Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome16.djvu/202

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palatins liés à sa fortune. Il fallait fuir, et on n’avait encore rien décidé en sa faveur. Il se hâta, avant de partir, de tenir un conseil avec ce petit nombre de sénateurs qui représentaient encore le sénat. Quelque zélés qu’ils fussent pour son service, ils étaient Polonais : ils avaient tous conçu une si grande aversion pour les troupes saxonnes qu’ils n’osèrent pas lui accorder la liberté d’en faire venir au delà de six mille pour sa défense ; encore votèrent-ils que ces six mille hommes seraient commandés par le grand-général de la Pologne, et renvoyés immédiatement après la paix. Quant aux armées de la république, ils lui en laissèrent la disposition.

Après ce résultat, le roi quitta Varsovie, trop faible contre ses ennemis, et peu satisfait de son parti même. Il fit aussitôt publier ses universaux[1] pour assembler la pospolite et les armées, qui n’étaient guère que de vains noms : il n’y avait rien à espérer en Lithuanie, où étaient les Suédois. L’armée de Pologne, réduite à peu de troupes, manquait d’armes, de provisions et de bonne volonté. La plus grande partie de la noblesse, intimidée, irrésolue, ou mal disposée, demeura dans ses terres. En vain le roi, autorisé par les lois de l’État, ordonne, sur peine de la vie, à tous les gentilshommes de monter à cheval et de le suivre ; il commençait à devenir problématique si on devait lui obéir. Sa grande ressource était dans les troupes de son électorat, où la forme du gouvernement, entièrement absolue, ne lui laissait pas craindre une désobéissance. Il avait déjà mandé secrètement douze mille Saxons qui s’avançaient avec précipitation. Il en faisait encore revenir huit mille qu’il avait promis à l’empereur dans la guerre de l’empire contre la France, et qu’il fut obligé de rappeler par la nécessité où il était réduit. Introduire tant de Saxons en Pologne, c’était révolter contre lui tous les esprits et violer la loi faite par son parti même, qui ne lui en permettait que six mille ; mais il savait bien que s’il était vainqueur on n’oserait pas se plaindre, et que s’il était vaincu on ne lui pardonnerait pas d’avoir même amené les six mille hommes. Pendant que ces soldats arrivaient par troupes, et qu’il allait de palatinat en palatinat rassembler la noblesse qui lui était attachée, le roi de Suède arriva enfin devant Varsovie le 5 mai 1702. À la première sommation les portes lui furent ouvertes. Il renvoya la garnison polonaise, congédia la garde bourgeoise, établit des corps de garde partout, et ordonna aux habitants de venir

  1. Lettres circulaires.