Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome16.djvu/277

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de Charles XII, trouvé sur le champ de bataille de Pultava, tout brisé de deux coups de canon ; derrière ce brancard marchaient deux à deux tous les prisonniers : on y voyait le comte Piper, premier ministre de Suède, le célèbre maréchal Rehnsköld, le comte de Levenhaupt, les généraux Slipenbach, Stackelberg, Hamilton, tous les officiers et les soldats, qu’on dispersa depuis dans la Grande-Russie. Le czar paraissait immédiatement après eux sur le même cheval qu’il avait monté à la bataille de Pultava. À quelques pas de lui, on voyait les généraux qui avaient eu part au succès de cette journée. Un autre régiment des gardes venait ensuite. Les chariots de munitions des Suédois fermaient la marche.

Cette pompe passa au bruit de toutes les cloches de Moscou, au son des tambours, des timbales, des trompettes, et d’un nombre infini d’instruments de musique, qui se faisaient entendre par reprises avec les salves de deux cents pièces de canon, et les acclamations de cinq cent mille hommes qui s’écriaient : Vive l’empereur notre père ! à chaque pause que faisait le czar dans cette entrée triomphale.

Cet appareil imposant augmenta la vénération de ses peuples pour sa personne ; tout ce qu’il avait fait d’utile en leur faveur le rendait peut-être moins grand à leurs yeux. Il fit cependant continuer le blocus de Riga. Ses généraux s’emparèrent du reste de la Livonie et d’une partie de la Finlande. En même temps le roi de Danemark vint avec toute sa flotte faire une descente en Suède : il y débarqua dix-sept mille hommes, qu’il laissa sous la conduite du comte de Reventlau.

La Suède était alors gouvernée par une régence composée de quelques sénateurs, que le roi établit quand il partit de Stockholm. Le corps du sénat, qui croyait que le gouvernement lui appartenait de droit, était jaloux de la régence. L’État souffrit de ces divisions ; mais quand, après la bataille de Pultava, la première nouvelle qu’on apprit dans Stockholm fut que le roi était à Bender à la merci des Tartares et des Turcs, et que les Danois étaient descendus en Scanie, où ils avaient pris la ville d’Helsinbourg, alors les jalousies cessèrent ; on ne songea qu’à sauver la Suède. Elle commençait à être épuisée de troupes réglées, car quoique Charles eût toujours fait ses grandes expéditions à la tête de petites armées, cependant les combats innombrables qu’il avait livrés pendant neuf années, la nécessité de recruter continuellement ses troupes, d’entretenir ses garnisons, et les corps d’armée qu’il fallait toujours avoir sur pied dans la Finlande, dans l’Ingrie, la