Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome16.djvu/488

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habile, et ensuite le battit lui-même. On gagna pour la première fois des drapeaux suédois au nombre de quatre, et c’était beaucoup alors.

Les lacs de Peipus et de Ladoga furent quelque temps après des théâtres de batailles navales ; les Suédois y avaient le même avantage que sur terre, celui de la discipline et d’un long usage ; cependant les Russes combattirent quelquefois avec succès sur leurs demi-galères ; et dans un combat général sur le lac de Peipus, le feld-maréchal Sheremetof prit une frégate suédoise[1].

C’était par ce lac Peipus que le czar tenait continuellement la Livonie et l’Estonie en alarme : ses galères y débarquaient souvent plusieurs régiments ; on se rembarquait quand le succès n’était pas favorable ; et, s’il l’était, on poursuivait ses avantages. On battit deux fois[2] les Suédois dans ces quartiers auprès de Derpt, tandis qu’ils étaient victorieux partout ailleurs.

Les Russes, dans toutes ces actions, étaient toujours supérieurs en nombre : c’est ce qui fit que Charles XII, qui combattait si heureusement ailleurs, ne s’inquiéta jamais des succès du czar ; mais il dut considérer que ce grand nombre s’aguerrissait tous les jours, et qu’il pouvait devenir formidable pour lui-même.

Pendant qu’on se bat sur terre et sur mer[3] vers la Livonie, l’Ingrie et l’Estonie, le czar apprend qu’une flotte suédoise est destinée pour aller ruiner Archangel ; il y marche : on est étonné d’entendre qu’il est sur les bords de la mer Glaciale, tandis qu’on le croit à Moscou. Il met tout en état de défense, prévient la descente, trace lui-même le plan d’une citadelle nommée la nouvelle Duina, pose la première pierre, retourne à Moscou, et de là vers le théâtre de la guerre.

Charles avançait en Pologne, mais les Russes avançaient en Ingrie et en Livonie. Le maréchal Sheremetof va à la rencontre des Suédois commandés par Slipenbach ; il lui livre bataille auprès de la petite rivière d’Embac, et la gagne ; il prend seize drapeaux et vingt canons, Nordberg met ce combat au 1er décembre 1701, et le journal de Pierre le Grand le place au 19 juillet 1702.

Il avance, il met tout à contribution ; il prend la petite ville de Marienbourg[4], sur les confins de la Livonie et de l’Ingrie. Il y a dans le Nord beaucoup de villes de ce nom ; mais celle-ci,

  1. Mai. (Note de Voltaire.)
  2. Juin et juillet. (Id.)
  3. Juillet. (Id.)
  4. 6 août. (Id.)