Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome16.djvu/572

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Le czar resta trois mois en Hollande. Il se passa, pendant son séjour, des choses plus sérieuses que l’aventure de Kalf. La Haye, depuis la paix de Nimègue, de Rysvick, et d’Utrecht, avait conservé la réputation d’être le centre des négociations de l’Europe : cette petite ville, ou plutôt ce village, le plus agréable du Nord, était principalement habité par des ministres de toutes les cours, et par des voyageurs qui venaient s’instruire à cette école. On jetait alors les fondements d’une grande révolution dans l’Europe. Le czar, informé des commencements de ces orages, prolongea son séjour dans les Pays-Bas pour être plus à portée de voir ce qui se tramait à la fois au Midi et au Nord, et pour se préparer au parti qu’il devait prendre.


CHAPITRE VIII.

SUITE DES VOYAGES DE PIERRE LE GRAND. CONSPIRATION DE GÖRTZ. RÉCEPTION DE PIERRE EN FRANCE.

Il voyait combien ses alliés étaient jaloux de sa puissance, et qu’on a souvent plus de peine avec ses amis qu’avec ses ennemis.

Le Mecklenbourg était un des principaux sujets de ces divisions presque toujours inévitables entre des princes voisins qui partagent des conquêtes. Pierre n’avait point voulu que les Danois prissent Vismar pour eux, encore moins qu’ils démolissent les fortifications ; cependant ils avaient fait l’un et l’autre.

Le duc de Mecklenbourg, mari de sa nièce, et qu’il traitait comme son gendre, était ouvertement protégé par lui contre la noblesse du pays, et le roi d’Angleterre protégeait la noblesse. Enfin il commençait à être très-mécontent du roi de Pologne, ou plutôt de son premier ministre, le comte Flemming, qui voulait secouer le joug de la dépendance imposé par les bienfaits et par la force.

Les cours d’Angleterre, de Pologne, de Danemark, de Holstein, de Mecklenbourg, de Brandebourg, étaient agitées d’intrigues et de cabales.

À la fin de 1716 et au commencement de 1717, Görtz, qui, comme le disent les Mémoires de Bassevitz, était las de n’avoir que le titre de conseiller de Holstein, et de n’être qu’un plénipo-