Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome16.djvu/60

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n’était pas au parlement à se mêler de cet objet. Le roi partit de Vincennes à cheval, vint en bottes au parlement, le fouet à la main[1]. Il adressa la parole au premier président, et lui dit : « On sait les malheurs qu’ont produits vos assemblées ; j’ordonne qu’on cesse celles qui sont commencées sur mes édits. Monsieur le premier président, je vous défends de les souffrir ; et vous (en se tournant vers les conseillers des enquêtes), je vous défends de les demander. » On se tut, on obéit, et depuis ce moment l’autorité souveraine ne fut plus combattue sous ce règne.

Quand le cardinal eut conclu la paix des Pyrénées, et marié Louis XIV, le parlement vint haranguer ce ministre par députés, ce qu’il n’avait jamais fait ni pour le cardinal de Richelieu, ni pour aucun prince. La harangue était remplie de louanges qui parurent trop fortes même aux courtisans ; elle devint l’objet de leurs railleries. Ménage adressa au cardinal, qui n’était pas sans lettres et sans goût, une pièce de vers latins alors très-fameuse ; il y parlait comme toute la cour, et il disait dans cet ouvrage :

« Et, puto, tam viles despicis ipse togas[2]. »
Tu méprises sans doute ces robes si viles.

On en fit des plaintes dans la grand’chambre ; mais ce n’était plus le temps où cette compagnie pouvait venger ses injures particulières. La cour applaudissait à cette humiliation. Ménage s’excusa ; il prétendit qu’il n’avait point voulu désigner la compagnie par le mot de robes, quoique ce mot ne pût en effet désigner qu’elle ; et le parlement crut qu’il n’était pas de sa dignité de relever cette injure.



CHAPITRE LVIII.

DU PARLEMENT DEPUIS QUE LOUIS XIV RÉGNA PAR LUI-MÊME.

Dès que Louis XIV gouverna par lui-même, il sut contenir tous les corps de l’État dans les limites de leurs devoirs. Il réforma

  1. Voyez le chapitre XXV du Siècle de Louis XIV.
  2. Vers 56 de la 10e élégie du livre II. Sur l’explication de ce vers, donnée par Ménage, voyez l’article Ménage, dans le Catalogue des écrivains, en tête du Siècle de Louis XIV. (B.)