Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome16.djvu/61

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


tout : finance, discipline militaire, marine, police, église, jurisprudence. Il y avait beaucoup d’arbitraire dans les formes de la justice. Il pensa d’abord à rendre la procédure uniforme dans tout le royaume, et à extirper, s’il se pouvait, tous les abus ; mais une partie de cette grande entreprise ne fut exécutée qu’en 1667 ; elle demandait du temps, et il fallait remédier à des maux plus pressants.

Tandis qu’on commençait à jeter les fondements de toute cette réforme générale, il y eut entre les pairs du royaume et les présidents à mortier de Paris une contestation mémorable, dans laquelle il est vrai que les intérêts de la vanité humaine semblaient avoir plus de part que les intérêts de l’État ; mais enfin il s’agissait de l’ordre et de la décence qui sont nécessaires à toute administration. Les pairs ne venaient plus au parlement que lorsqu’ils accompagnaient le roi dans son lit de justice. Ils se plaignaient que, depuis la mort de Louis XIII, les présidents se fussent mis en possession d’opiner avant eux. La cause fut débattue dans le conseil du roi, devant les princes du sang et les ministres.

Les pairs représentaient qu’ils étaient originairement les juges nés de la nation ; qu’ils avaient succédé aux droits des anciens pairs du royaume ; que les maisons de Guise, de Clèves, de Gonzague, pourvues de pairies, avaient joui des mêmes prérogatives que les ducs de Bourgogne, de Guienne et de Normandie ; que les Montmorency, les Usez, les Drissac, les La Trimouille, et tous les autres revêtus de cette dignité, avaient les mêmes droits qu’avaient eus les Guises ; que cette dignité était héréditaire et non sujette à la paulette, comme les charges de présidents ; qu’enfin la cour de justice du parlement tirait son plus grand honneur de la présence des pairs, et du titre de cour des pairs.

Les présidents disaient qu’ils ne faisaient qu’un avec le premier président, que toute la présidence représentait le roi, que le parlement était la cour des pairs, non-seulement parce que les pairs y avaient obtenu séance, mais parce qu’ils y étaient jugés.

Louis XIV et son conseil décidèrent[1] qu’on rendrait aux pairs l’honneur qui leur était dû, et que dans ces séances solennelles ils opineraient les premiers[2].

Les présidents restèrent en possession d’opiner les premiers dans les séances ordinaires où le roi ne se trouve pas, et où le

  1. 26 avril 1654. (Note de Voltaire.)
  2. Voyez le chapitre XXV du Siècle de Louis XIV.