Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome16.djvu/605

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directeurs des fabriques de corderies et de voiles, des briqueteries, des ardoises, des manufactures de toiles ; beaucoup d’ouvriers de toute espèce lui arrivèrent de France : c’était le fruit de son voyage.

Il établit un tribunal de commerce dont les membres étaient mi-partie nationaux et étrangers, afin que la faveur fût égale pour tous les fabricants et pour tous les artistes. Un Français forma une manufacture de très-belles glaces à Pétersbourg, avec les secours du prince Menzikoff. Un autre fit travailler à des tapisseries de haute-lice sur le modèle de celle des Gobelins ; et cette manufacture est encore aujourd’hui très-encouragée. Un troisième fit réussir les fileries d’or et d’argent, et le czar ordonna qu’il ne serait employé par année dans cette manufacture que quatre mille marcs, soit d’argent, soit d’or, afin de n’en point diminuer la masse dans ses États.

Il donna trente mille roubles, c’est-à-dire cent cinquante mille livres de France, avec tous les matériaux et tous les instruments nécessaires, à ceux qui entreprirent les manufactures de draperies et des autres étoffes de laine. Cette libéralité utile le mit en état d’habiller ses troupes de draps faits dans son pays ; auparavant on tirait ces draps de Berlin et d’autres pays étrangers.

On fit à Moscou d’aussi belles toiles qu’en Hollande, et à sa mort il y avait déjà à Moscou et à Jaroslau quatorze fabriques de toiles de lin et de chanvre.

On n’aurait certainement pas imaginé autrefois, lorsque la soie était vendue en Europe au poids de l’or, qu’un jour, au delà du lac Ladoga, sous un climat glacé et dans des marais inconnus, il s’élèverait une ville opulente et magnifique dans laquelle la soie de Perse se manufacturerait aussi bien que dans Ispahan. Pierre l’entreprit, et y réussit. Les mines de fer furent exploitées mieux que jamais : on découvrit quelques mines d’or et d’argent, et un conseil des mines fut établi pour constater si les exploitations donneraient plus de profit qu’elles ne coûteraient de dépense.

Pour faire fleurir tant de manufactures, tant d’arts différents, tant d’entreprises, ce n’était pas assez de signer des patentes, et de nommer des inspecteurs ; il fallait dans ces commencements qu’il vît tout par ses yeux, et qu’il travaillât même de ses mains, comme on l’avait vu auparavant construire des vaisseaux, les appareiller et les conduire. Quand il s’agissait de creuser des canaux dans des terres fangeuses et presque impraticables, on le voyait quelquefois se mettre à la tête des travailleurs, fouiller la terre, et la transporter lui-même.

Il fit cette année 1718 le plan du canal et des écluses de