Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome16.djvu/83

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pape, et il fit, par une politique qu’il crut nécessaire, ce qu’avait fait le jésuite Le Tellier par esprit de parti, et par un fanatisme mêlé de méchanceté et de fraude. Il donna plus de lettres de cachet, et fit des actions plus sévères encore pendant son ministère, que Le Tellier pendant qu’il confessa Louis XIV.

En 1730, trois curés du diocèse d’Orléans[1], qui exposèrent le sentiment véritable de tous les ordres de l’État sur la bulle, et qui osèrent parler comme presque tous les citoyens pensaient, furent excommuniés par leur évêque. Ils en appelèrent comme d’abus au parlement, en vertu d’une consultation de quarante avocats. Les avocats peuvent se tromper comme le consistoire ; leur avis n’est pas une loi ; mais ils ne sont avocats que pour donner leur avis. Ils usaient de leur droit. Le cardinal Fleury fit rendre contre leur consultation un arrêt du conseil flétrissant, qui les condamnait à se rétracter.

Condamner des jurisconsultes à penser autrement qu’ils ne pensent, c’est un acte d’autorité qu’il est difficile de faire exécuter. Tout le corps des avocats de Paris et de Rouen signa une déclaration très-éloquente dans laquelle ils expliquèrent les lois du royaume. Ils cessèrent tous de plaider jusqu’à ce que leur déclaration, ou plutôt leur plainte, eût été approuvée par la cour. Ils obtinrent cette fois ce qu’ils demandaient[2]. De simples citoyens triomphèrent n’ayant pour armes que la raison[3].

Ce fut vers ce temps-là que les avocats prirent le titre d’ordre ; ils trouvèrent le terme de corps trop commun ; ils répétèrent si souvent l’ordre des avocats, que le public s’y accoutuma, quoiqu’ils ne soient ni un ordre de l’État, ni un ordre militaire, ni un ordre religieux, et que ce mot fût absolument étranger à leur profession[4].

Tandis que cette petite querelle nourrissait l’animosité des deux partis, le tombeau d’un diacre nommé l’abbé Pâris, inhumé

  1. L’un des trois était Couet, curé d’Olivet. (B.)
  2. 25 novembre 1730. (Note de Voltaire.)
  3. Voyez l’Histoire des avocats au parlement et du barreau de Paris, par Fournel, 1813, tome II, pages 433-449, 403-460. Fournel donne les noms des quarante avocats qui avaient signé la consultation sous les dates des 27 juillet et 7 septembre. L’arrêt du conseil, qui foudroyait cette consultation, est du 30 octobre 1730, et ordonnait aux quarante de se rétracter. L’ordre des avocats publia une requête justificative de la consultation ; et cette requête fut signée, non-seulement du bâtonnier, mais de deux cent cinquante avocats. Ce fut sur cette requête que, le 25 novembre, un arrêt du conseil rétracta celui du 30 octobre. (B.)
  4. Voyez, dans les Mélanges, année 1761, la Conversation de M. l’Intendant des menus en exercice avec M. l’abbé Grisel.