Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome26.djvu/445

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À WARBURTON [1]

Tu exerces ton insolence et tes fureurs sur les étrangers comme sur tes compatriotes. Tu voulais que ton nom fût partout en horreur, tu as réussi : après avoir commenté Shakespeare, tu as commenté Moïse ; tu as écrit une rapsodie en quatre gros volumes[2] pour montrer que Dieu n’a jamais enseigné l’immortalité de l’âme pendant près de quatre mille ans, et tandis qu’Homère l’annonce, tu veux qu’elle soit ignorée dans l’Écriture sainte. Ce dogme est celui de toutes les nations policées, et tu prétends que les Juifs ne le connaissaient pas.

Ayant mis ainsi le vrai Dieu au-dessous des faux dieux, tu feins de soutenir une religion que tu as violemment combattue ; tu crois expier ton scandale en attaquant les sages ; tu penses te laver en les couvrant de ton ordure ; tu crois écraser d’une main la religion chrétienne, et tous les littérateurs de l’autre : tel est ton caractère. Ce mélange d’orgueil, d’envie, et de témérité, n’est pas ordinaire. Il t’a effrayé toi-même ; tu t’es enveloppé dans les nuages de l’antiquité, et dans l’obscurité de ton style ; tu as couvert d’un masque ton affreux visage. Voyons si l’on peut faire tomber d’un seul coup ce masque ridicule.

Tous les sages s’accordent à penser que la législation des Juifs les rendait nécessairement les ennemis des nations.

Tu contredis cette opinion si générale, et si vraie, dans ton style de billingsgate[3]. Voici tes paroles : « Je ne crois pas qu’il

  1. D’Alembert, dans sa lettre du 4 auguste 1767, à Voltaire, lui dit que cette réponse à Warburton était trop amère, encore bien que le patriarche ne fit qu’user de représailles contre le pédant évêque de Glocester ; et Grimm, tout en avouant, dans sa Correspondance, que cette lettre n’est pas tendre, ajoute que Warburton pouvait passer, en Angleterre, pour le La Beaumelle de Voltaire : ce qui s’accorde avec ce qu’en dit ce dernier dans les chapitres xiii, xiv et xv de la Défense de mon oncle. Nous pensons, au surplus, que cette soi-disant facétie fut composée vers le mois de juillet 1767. (Cl.) — Voyez aussi, ci-dessus, le chap. xv de la Défense de mon oncle.
  2. Divine Legation of Moses ; 1766, cinq volumes in-8°.
  3. Style de Billingsgate signifie langage des halles.