Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome27.djvu/44

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36 CONSEILS RxVlSONNABLE S

moindre présomption ? Est-ce à un défenseur de la religion chré- tienne à être l'éclio de l'abbé Lenglet, et à oser affirmer même ce que ce compilateur n"a fait que soupçonner?

Un théologien ne doit pas adopter des bruits populaires. Quoi! monsieur, une rumeur odieuse l'emportera sur les pièces authen- tiques du procès de Ravaillac ! Quoi ! lorsque Ravaillac jure sur sa damnation à ses deux confesseurs qu'il n"a point de complices, lorsqu'il le répète dans la torture, lorsqu'il le jure encore sur l'é- chafaud, tous lui donnez pour complice une reine à qui l'histoire ne reproche aucune action violente ^ !

Est-il possible que vous vouliez insulter la maison royale pour disculper le fanatisme ? Mais n'est-ce pas ce même fanatisme qui arma le jeune Chàtel ? n'avoua-t-il pas qu'il n'assassina notre grand, notre adorable Henri IV que pour être moins rigou- reusement damné ? et cette idée ne lui avait-elle pas été inspirée par le fanatisme des jésuites? Jacques Clément, qui se confessa et qui communia pour se préparer saintement à l'assassinat de Henri III ; Baltazar Gérard, qui se munit des mêmes sacrements avant d'assassiner le prince d'Orange, étaient-ils autre chose que des fanatiques ? Nous vous montrerions cent exemples eflroyables de ce que peut l'enthousiasme religieux, si vous n'en étiez pas instruit mieux que nous,

II.

Ayez encore la bonté de ne plus faire l'apologie du meurtre de Jean Hus et de Jérôme de Prague -. Oui, monsieur, le concile de Constance les assassina avec des formes juridiques, malgré le sauf- conduit de l'empereur. Jamais le droit des gens ne fut plus solen- nellement violé; jamais on ne commit une action plus atroce avec plus de cérémonies. Vous dites ^ pour vos raisons : « La princi- pale cause du supplice de Jean Hus fut les troubles que sa doctrine avait excités en Bohême... » Non, monsieur, ce ne fut point le trouble excité en Bohême qui porta le concile à ce meurtre. 11 n'est pas dit un mot de ce trouble dans son libelle de proscription

i. M. Bergier a répondu qu'il n";ivait pas voulu parler de la reine, mais de la marquise de Verneuil : or il n'est pas beau coup plus chrétien de charger gratui- tement d'une imputation atroce la mémoire d'une femme que celle d'une reine. L'imputation est au moins également absurde. La marquise de Verneuil était vin- dicative, mais elle était ambitieuse; quel intérêt avait-elle de se mettre, elle, sa famille, et son fils, à la merci de la reine, qui la haïssait, et qui l'avait outra- gée? (K.)

2. Page 100. (Aofe de Voltaire.)

3. Page 107 de la deuxième partie.

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