Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome27.djvu/69

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


DES THÉISTES. 61

on a fait ces mille dieux qui ne sont qu'un Dieu en chair et en os ; créer son sang avec du vin, quoique le sang soit, à ce qu'on prétend, déjà dans le corps de Dieu ; anéantir ce vin, manger ce Dieu et boire son sang, voilà ce que nous voyons dans quelque pays, où cependant les arts sont mieux cultivés que chez les Égyptiens.

Si on nous racontait un pareil excès de bêtise et d'aliénation d'esprit de la horde la plus stupide des Hottentots et des Cafres, nous dirions qu'on nous en impose ; nous renverrions une telle relation au pays des fables : c'est cependant ce qui arrive journel- lement sous nos yeux dans les villes les plus policées de l'I^urope, sous les yeux des princes qui le souffrent, et des sages qui se taisent. Que faisons-nous à l'aspect de ces sacrilèges ? Nous prions l'Être éternel pour ceux qui les commettent, si pourtant nos prières peuvent quelque chose auprès de son immensité, et en- trent dans le plan de sa providence,

DES SACRIFICES DE SAXG HUMAIN.

Avons-nous jamais été coupables de la folle et horrible super- stition de la magie, qui a porté tant de peuples à présenter aux prétendus dieux de l'air et aux prétendus dieux infernaux les membres sanglants de tant de jeunes gens et de tant de filles, comme des offrandes précieuses à ces monstres imaginaires ? Aujourd'hui même encore, les habitants des rives du Gange, de l'Indus et des côtes de Coromandel, mettent le comble de la sain- teté à suivre en pompe de jeunes femmes riches et belles qui vont se brûler sur le bûcher de leurs maris, dans l'espérance d'être réunies avec eux dans une vie nouvelle. Il y a trois mille ans que dure cette épouvantable superstition, auprès de laquelle le silence ridicule de nos anachorètes, leur ennuyeuse psalmodie, leur mauvaise chère, leurs cilices, leurs petites macérations, ne peu- vent pas même être comptés pour des pénitences. Les brames ayant, après des siècles d'un théisme pur et sans tache, substitué la superstition à l'adoration simple de l'Être suprême, corrompi- rent leurs voies et encouragèrent enfin ces sacrifices. Tant d'hor- reur ne pénétra point à la Chine, dont le sage gouvernement est exempt, depuis près de cinq mille ans, de toutes les démences superstitieuses. Mais elle se répandit dans le reste de notre hémi- sphère. Point de peuple qui n'ait immolé des hommes à Dieu, et point de peuple qui n'ait été séduit par l'illusion alïreuse de la magie. Phéniciens, Syriens, Scythes, Persans, Égyptiens, Afri-

�� �