Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome27.djvu/70

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


62 PROFESSION DE FOI

cains, Grecs, r«omaiiis, Celles, Germains, tous ont voulu être magiciens, et tous ont été religieusement homicides.

Les Juifs furent toujours infatués de sortilèges; ils jetaient les sorts, ils enchantaient les serpents, ils prédisaient l’avenir par les songes, ils avaient des voyants qui faisaient retrouver les choses perdues ; ils chassèrent les diables et guérirent les possédés avec la racine barath en prononçant le mot Jaho, quand ils eurent connu la doctrine des diables en Chaldée. Les pythonisses évoquèrent des ombres ; et même l’auteur de l'Exode, quel qu’il soit, est si persuadé de l’existence de la magie qu’il représente les sorciers attitrés de Pharaon opérant les mêmes prodiges que Moïse. Ils changèrent leurs bâtons en serpents comme Moïse, ils changèrent les eaux en sang comme lui, ils couvrirent, comme lui, la terre de grenouilles, etc. Ce ne fut que sur l’article des poux qu’ils furent vaincus ; sur quoi on a très-bien dit que les Juifs en savaient plus que les autres peuples en cette partie.

Cette fureur de la magie, commune à toutes les nations, dis- posa les hommes à une cruauté religieuse et infernale avec laquelle ils ne sont certainement pas nés, puisque de mille enfants vous n’en trouvez pas un seul qui aime à verser le sang humain.

Nous ne pouvons mieux faire que de transcrire ici un passage de l’auteur de la Philosophie de l’Histoire 1 quoiqu’il ne soit pas de notre avis en tout.

" Si nous lisions l’histoire des Juifs, écrite par un auteur d’une autre nation, nous aurions peine à croire qu’il y ait eu en effet un peuple fugitif d’Egypte, qui soit venu par ordre exprès de Dieu immoler sept ou huit petites nations qu’il ne connaissait pas, égorger sans miséricorde toutes les femmes, les vieillards et les enfants à la mamelle, et ne réserver que les petites filles ; que ce peuple saint ait été puni de son Dieu quand il avait été assez criminel pour épargner un seul homme dévoué à l’anathème. Nous ne croirions pas qu’un peuple si abominable eût pu exister sur la terre ; mais, comme cette nation elle-même nous rapporte tous ces faits dans ses livres saints, il faut la croire,

" Je ne traite point ici la question si ces livres ont été inspirés. Notre sainte Église, qui a les Juifs en horreur, nous apprend que les livres juifs ont été dictés par le Dieu créateur et père de tous

1. Ou l'introduction à l'Essai sur les Mœurs et l’Esprit des nations. {Note de Voltaire.)