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L’ÉPÎTRE AUX ROMAINS


TRADUITE DE L’ITALIEN


DE M. LE COMTE DE CORBERA[1].




ARTICLE PREMIER.


Illustres Romains, ce n’est pas l'apôtre Paul qui a l’honneur de vous écrire ; ce n'est pas le digne Juif né à Tarsus[2], selon les Actes des apôtres, et à Giscala, selon Jérôme et d'autres Pères : dispute qui a fait croire, selon quelques docteurs, qu’on peut être né en deux endroits à la fois, comme il y a chez vous de certains corps qui sont créés tous les matins avec des mots latins[3], et qui se trouvent en cent mille lieux au même instant.

Ce n’est pas cette tête chauve et chaude, au long et large nez, aux sourcils noirs, épais et joints, aux grosses épaules, aux jambes torses[4] ; lequel ayant enlevé la fille de Gamaliel son maître, et étant mécontent d’elle la première nuit de ses noces[5], la répudia, et se mit par dépit à la tête du parti naissant des disciples de Jésus, si nous en croyons les livres juifs contemporains.

Ce n'est pas ce Saul Paul qui, lorsqu'il était domestique de Ga-

  1. Il est question de cette épître dans les Mémoires secrets du 13 août 1768. L’édition originale in-8° de 42 pages sans millésime, est intitulée l’Épître aux Romains, par le comte Passeran, traduite de l’italien. Dans le tome XI des Nouveaux Mélanges, publié en 1772, le titre est : l’Épître aux Romains, traduite de l’italien. C'est dans le tome XXXIX (second des Pièces détachées) de l’édition de 1775, que fut mis le titre actuel. L’Épître aux Romains n'a été mise à l’index, à Rome, que le 1er mars 1770.
  2. Voyez, tome XVII, page 328 ; XXVI, 231.
  3. L’eucharistie.
  4. Voyez les Actes de sainte Thècle, écrits dès le ier siècle par un disciple de saint Paul, reconnus pour canoniques par Tertullien, par saint Cyprien, par Grégoire de Nazianze, saint Ambroise, etc. (Note de Voltaire.) — Sur les Actes de sainte Thècle, voyez tome XVII, page 302.
  5. Anciens Actes des apôtres, ch. xxi. (Note de Voltaire.)