Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome27.djvu/97

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tout, jusqu’aux habits des prêtres. Ils dépouillèrent l’ancienne religion, et se parèrent de ses vêtements. Ils se prosternent encore aujourd’hui devant des statues et des images d’hommes ignorés, en reprochant continuellement aux Périclès, aux Solon, aux Miltiade, aux Cicéron, aux Scipion, aux Caton, d’avoir fléchi les genoux devant les emblèmes de la Divinité.

Que dis-je ? Y a-t-il un seul événement dans l’Ancien et le Nouveau Testament qui n’ait été copié des anciennes mythologies indiennes, chaldéennes, égyptiennes, et grecques ? Le sacrifice d’Idoménée n’est-il pas visiblement l’origine de celui de Jephté ? La biche d’Iphigénie n’est-elle pas le bélier d’Isaac ? Ne voyez-vous pas Eurydice dans Édith, femme de Loth ? Minerve et le cheval Pégase, en frappant des rochers, en firent sortir des fontaines : on attribue le même prodige à Moïse ; Bacchus avait passé la mer Rouge à pied sec avant lui, et il avait arrêté le soleil et la lune avant Josué. Mêmes fables, mêmes extravagances de tous les côtés.

Il n’y a pas un seul fait miraculeux dans les Évangiles que vous ne trouviez dans des écrivains bien antérieurs. La chèvre Amalthée avait sa corne d’abondance avant qu’on eût dit que Jésus avait nourri cinq mille hommes, sans compter les femmes, avec deux poissons. Les filles d’Anius avaient changé l’eau en vin et en huile, quand on n’avait pas encore parlé des noces de Cana. Athalie, Hippolyte, Alceste, Pélops, Hérès, étaient ressuscités quand on ne parlait pas encore de la résurrection de Jésus, et Romulus était né d’une vestale plus de sept cents ans avant que Jésus passât pour être né d’une vierge. Comparez et jugez.

ARTICLE IV.

Quand on eut détruit votre autel de la Victoire, les barbares vinrent, qui achevèrent ce que les prêtres avaient commencé. Rome devint la proie et le jouet des nations qu’elle avait si longtemps ou gouvernées ou réprimées.

Toutefois vous aviez encore des consuls, un sénat, des lois municipales ; mais les papes vous ont ravi ce que les Huns, les Hérules, les Goths, vous avaient laissé.

Il était inouï qu’un prêtre osât affecter les droits régaliens dans aucune ville de l’empire. On sait assez dans toute l’Europe, excepté dans votre chancellerie, que, jusqu’à Grégoire VII, votre pape n’était qu’un évêque métropolitain, toujours soumis aux empereurs grecs, puis aux empereurs francs, puis à la maison de