Œuvres de Champlain/Tome II

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ŒUVRES
DE
CHAMPLAIN
PUBLIÉES
SOUS LE PATRONAGE
DE L’UNIVERSITÉ LAVAL
Par l’abbé C.-H. LAVERDIÈRE, M. A.
PROFESSEUR D’HISTOIRE A LA FACULTÉ DES ARTS
ET BIBLIOTHÉCAIRE DE L’UNIVERSITÉ

SECONDE ÉDITION

Tome II
Champlain - Oeuvres de Champlain publiées sous le patronage de l'Université Laval, illust couverture.png
QUÉBEC
Imprimé au Séminaire par Geo.-É. Desbarats

1870


La première édition du Voyage de 1603 est d’une excessive rareté. Il n’y en a, jusqu’à ce jour, qu’un seul exemplaire de connu ; c’est celui de la Bibliothèque Impériale de Paris. Nous devons à l’extrême obligeance de M. l’abbé Verreau, la copie qui a servi à cette présente édition.

Des Sauvages : tel est le titre que l’auteur donna à sa première publication ; tandis que ses autres relations sont intitulées Voyages. L’auteur a-t-il choisi ces mots uniquement pour piquer la curiosité du lecteur, à une époque où l’on n’avait encore sur les sauvages que quelques récits plus ou moins fabuleux ? ou bien a-t-il voulu donner à entendre par là, qu’il ne publiait cet opuscule que comme un épisode d’un voyage dont il n’avait pas le commandement en chef ? Cette dernière supposition expliquerait un peu pourquoi le nom de Pont-Gravé ne figure ni dans le titre, ni dans les préliminaires, bien qu’il fût officiellement chargé de la conduite de l’expédition. Quoiqu’il en soit, il semble que la chose ait été remarquée dans le temps ; car la Chronologie Septénaire, qui reproduit ce voyage, a presque l’air de vouloir tirer une petite vengeance en ne mentionnant que le nom de Pont-Gravé, sans dire même que la relation fût de Champlain.

L’auteur, dans son édition de 1632, a peut-être voulu réparer cette omission, qui était de nature à blesser un peu la susceptibilité de celui qu’il respectait comme son père. « Après la mort du sieur Chauvin, dit-il, le Commandeur de Chaste obtint nouvelle commission de Sa Majesté, et, d’autant que la dépense était fort grande, il fit une société avec plusieurs gentilshommes et principaux marchands de Rouen et d’autres lieux… Le dit Pont-Gravé, avec commission de Sa Majesté (comme personne qui avait déjà fait le voyage, et reconnu les défauts du passé), fut élu pour aller à Tadoussac, et promet d’aller jusques au saut Saint-Louis, le découvrir et passer outre, pour en faire son rapport à son retour, et donner ordre à un second embarquement. »

C’était donc Pont-Gravé qui était commissionné pour ce voyage, et ce n’était que justice de le mentionner.


DES
SAVVAGES,
ov
VOYAGE DE SAMVEL
CHAMPLAIN DE BROVAGE,
FAIT EN LA FRANCE NOVVELLE,
l’an mil ſix cens trois :
Contenant


Les mœurs, façon de viure, mariages, guerres & habitation des Sauuages de Canadas.
De la deſcouuerte de plus de quatre cens cinquante lieues dans le païs des Sauuages. Quels peuples y habitent ; des animaux qui s’y trouuent ; des riuieres, lacs, iſles & terres, & quels arbres & fruicts elles produifent.
De la coſte d’Arcadie, des terres que l’on y a deſcouuertes, & de pluſieurs mines qui y ſont, ſelon le rapport des Sauuages.

A PARIS,
Chez Clavde de Monstr’œil, tenant ſa boutique en la cour du Palais
au nom de Iéſus.

Auec priuilége du Roy.

EPISTRE


A
TRES NOBLE HAVT & PVISSANT SEIGNEVR Messire Charles de Montmorency, Cheualier des Ordres du Roy, Seigneur d’Ampuille & de Meru, Comte de Secondigny, Vicomte de Meleun, Baron de Chateauneuf & de Gonnort, admiral de france & de Bretagne.



MONSEIGNEVR,

Bien que pluſieurs ayent eſcript quelque choſe du pays de Canadas, ie n'ay voulu pour tant m'arreſter à leur dire, & ay expreſſement eſté ſur les lieux pour pouuoir rendre fidele teſmoignage de la vérité, laquelle vous verrez (s’il vous plait) au petit diſcours que ie vous adreſſe, lequel ie vous ſupplie d’auoir pour agreable, & ce faiſant, ie prieray Dieu, Monſeigneur, pour votre grandeur & proſperité, & demeureray toute ma vie


Votre tres humble &
obeïſſant ſeruiteur
S. CHAMPLAIN.

LE SIEVR DE LA FRANCHISE

AV DISCOVRS


DV SIEVR CHAMPLAIN.


MVſes, ſi vous chantez, vrayment ie vous conſeille
Que vous louëz Champlain, pour eſtre courageux :
Sans crainte des haſards, il a veu tant de lieux,
Que ſes relations nous contentent l’oreille.
Il a veu le Perou [1], Mexique & la Merueille
Du Vulcan infernal qui vomit tant de feux,
Et les ſaults Mocoſans [2], qui offenſent les yeux
De ceux qui oſent voir leur cheute nonpareille.
Il nous promet encor de paſſer plus auant,
Reduire les Gentils, & trouuer le Leuant,
Par le Nort, ou le Su, pour aller a la Chine.
C’eſt charitablement tout pour l’amour de Dieu.
Fy des laſches poltrons qui ne bougent d’vn lieu !
Leur vie, ſans mentir, me paroiſt trop meſquine.


DE LA FRANCHISE.

EXTRAICT DV PRIVILEGE.



PAR priuilege du Roy donné à Paris le 15. de nouembre 1603, ſigné Brigard.

Il eſt permis au Sieur de Champlain de faire imprimer par tel imprimeur que bon luy ſemblera vn liure par luy compoſé, intitulé, Des Sauvages, ou Voyage du Sieur de Champlain, fait en l’an 1603, & ſont faictes deffenſes à tous libraires & imprimeurs de ce Royaume, de n’imprimer, vendre & diſtribuer ledict liure, ſi ce n’eſt du conſentement de celuy qu’il aura nommé & eſleu, à peine de cinquante eſcus d’amende, de confiſcation & de tous deſpens, ainſi qu’il eſt plus amplement contenu audit priuilege.

Ledict Sieur de Champlain, ſuiuant ſon dit priuilege, a eſleu & permis à Claude de Monſtr’œil, libraire en l’vniuerſité de Paris, d’imprimer le ſuſdict liure, & luy a cédé & tranſporté ſon dit priuilege, ſans que nul autre le puiſſe imprimer, ou faire imprimer, vendre & diſtribuer, durant le temps de cinq années, ſinon du conſentement dudict Monſtr’œil, ſur les peines contenuës audit priuilege.




TABLE DE CHAPITRES.



BRef du diſcours, où eſt contenu le Voyage depuis Honfleur en Normandie iuſques au port de Tadouſac en Canadas.

Bonne reception faicte aux François par le grand Sagamo des Sauuages de Canada, leurs feſtins & dances, la guerre qu’ils ont auec les Irocois, la façon & de quoy ſont faicts leurs canots & cabanes : auec la deſcription de la poincte de Sainct Mathieu.

La reiouiſſance que font les Sauuages aprés qu’ils ont eu victoire ſur leurs ennemis ; leurs humeurs ; endurent la faim, ſont malicieux ; leurs croyances & fauſſes opinions ; parlent aux diables ; leurs habits, & comme ils vont ſur les neiges, auec la maniere de leur mariage, & de l’enterrement de leurs morts.

Riuiere du Saguenay, & ſon origine.

Partement de Tadouſac pour aller au Sault ; la deſcription des iſles du Lieure, du Coudre, d’Orléans & de plufieurs autres iſles, & de noſtre arriuée à Quebec.

De la poincte Saincte Croix, de la riuiere de Batiſcan, des riuieres, rochers, iſles, terres, arbres, fruicts, vignes & beaux pays qui ſont depuis Quebec iuſques aux Trois-Riuieres.

Longueur, largeur & profondeur d’vn lac, & des riuieres qui entrent dedans, des iſles qui y ſont, quelles terres l’on voit dans le pays de la riuiere des Irocois, & de la fortereſſe des Sauuages qui leur font la guerre.

Arriuée au Sault, ſa deſcription, & ce qui s’y void de remarquable, auec le rapport des Sauuages de la fin de la grande riuiere.

Retour du Sault à Tadouſac, auec la confrontation du rapport de pluſieurs ſauuages touchant la longueur & commencement de la riuiere de Canadas ; du nombre des ſaults & lacs qu’elle trauerſe.

Voyage de Tadouſac en l’iſle Percée ; deſcription de la baye des Molues, de l’iſle de Bonne-aduenture, de la baye de Chaleurs, de pluſieurs riuieres, lacs & pays où ſe trouuent pluſieurs ſortes de mines.

Retour de l’iſle Percée à Tadouſac, auec la deſcription des anſes, ports, riuieres, iſles, rochers, ſaults, bayes & baſſes, qui ſont le long de la coſte du Nort.

Les cérémonies que font les Sauuages deuant que d’aller à la guerre : Des Sauuages Almouchicois & de leurs monſtrueufes formes. Diſcours du ſieur Preuert de Sainct Malo, ſur la deſcouuerture de la coſte d’Arcadie, quelles mines il y a, & de la bonté & fertilité du pays.

D’vn monſtre eſpouuantable que les Sauuages appellent Gougou, & de noſtre bref & heureux retour en France.

  1. Champlain a bien été jusqu’à Mexico, comme on peut le voir dans son Voyage aux Indes Occidentales ; mais il ne s’est pas rendu au Pérou, que nous sachions.
  2. Mocosa est le nom ancien de la Virginie. Cette expression, saults Mocosans, semble donner à entendre que, dès 1603 au moins, l’on avait quelque connaissance de la grande chute de Niagara.