Cours d’agriculture (Rozier)/LANDE

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Hôtel Serpente (Tome sixièmep. 226-228).


LANDE. Grande partie de terre où il ne croît que des genêts, des bruyères, & une herbe coriace, maigre & courte. Tous les pays à landes que j’ai parcouru, mont offert le même spectacle & la même cause d’infertilité, c’est-à-dire, un tuf ferrugineux à un ou deux pieds de profondeur, & quelquefois en manière de table, de banc à sa surface. Comme ce minerai ne s’étend pas par-tout, & à une aussi petite profondeur, il y a plusieurs endroits susceptibles de culture, si on les défriche, & si on a le soin d’empêcher les troupeaux d’y entrer. La seconde cause d’infertilité est le défaut de niveau. Les eaux s’accumulent dans différens points, y sont stagnantes, ne se dissipent que par l’évaporation, & infectent l’air du voisinage. Je pense encore que toutes les landes ont été formées par des dépôts de la mer, d’où proviennent l’inégalité de leur surface, leurs bas-fonds & leurs élévations en certains endroits. Si la couche ferrugineuse n’est pas épaisse, il est possible de rendre les landes fertiles en la brisant, parce qu’on rencontre souvent au-dessous une couche de bonne terre. Chaque particulier peut défricher & cultiver dans ses possessions ; mais le travail ne sera véritablement utile qu’autant qu’il sera fait en grand ou par une compagnie, ou par la Province, ou par le Roi. Le premier soin doit être d’ouvrir des canaux d’écoulement, après avoir pris un ou plusieurs niveaux de pente, suivant les inégalités du sol ou ses débouchés. À ces canaux généraux doivent aboutir ceux des possessions des particuliers, & la terre que l’on en retirera, servira à combler les endroits bas. Le canal général, suivant l’abondance des eaux, peut devenir d’une grande utilité ; il servira à transporter les denrées, les bois &c. d’une extrémité des landes à une autre, ou auprès d’une ville ou jusqu’à un chemin.

Les couches inférieures d’argille, & recouvertes supérieurement par des couches de sable, sont les secondes causes de l’infertilité & de la stagnation des eaux. Il est possible de tirer meilleur parti de celles-ci que des sols ferrugineux. L’écoulement une fois donné, l’eau qui traverse les sables ne s’arrêtera plus à l’argille, & s’écoulera dans les canaux particuliers, & de ceux-ci dans le canal général. Le sable mêlé ensuite avec l’argille, donnera une terre végétale. Il n’est pas douteux que les sols qui ont été pendant longtemps couverts d’eau, ou qui ont servi d’étangs, ne deviennent très-riches en végétation, puisque les eaux qui y affluent, y ont sans cesse apporté & accumulé l’humus ou terre végétale. (Voyez ce mot) qu’elles tenoient en dissolution, & qu’elles y ont déposé.

En admettant le plan & l’exécution d’un travail général, à-peu près tel qu’il vient d’être indiqué, & suivant les circonstances, convient-il de mettre tout de suite le sol en culture réglée ? (Voyez ce qui a été dit au mot Défrichement) je répéte que je tiens pour la négative ; quelques endroits, de tenemens, sont exception à la règle, & la nature du sol le décide pour tout le reste. Il vaut beaucoup mieux semer des pins maritimes, des chênes dont les espèces sont les plus communes dans le pays, parce qu’à la longue ils formeront, par leurs débris, l’humus qui manque à cette terre, simplement terre matrice, & dépourvue des principes de la sève. (Voyez le dernier chapitre du mat Culture). Il n’est que trop ordinaire, dans ces cas, de vouloir promptement jouir du fruit de ses dépenses & de ses travaux. On seme, la récolte est chétive, ou médiocre tout au plus ; on laboure & on sème de nouveau, & la récolte est nulle ou presque nulle ; le grain a absorbé le peu de terre végétale que la terre matrice contenoit. Au contraire si, par exemple, on a semé le pin maritime qui vient très-vite, & dont la vente du bois & de la raisine est si avantageuse, on retardera, il est vrai, la rentrée des fonds mais ces rentrées dédommageront ensuite amplement, de la mise de fonds, & de l’attente enfin, on auroit à la longue un sol propre à toute espèce de grains.

On ne manquera pas d’objecter qu’en détruisant les landes, qu’en les plantant en bois, qu’en les mettant en culture réglée, on anéantit le pâturage d’un grand nombre de bêtes à cornes, de nombreux troupeaux, &c. Mais le problème à résoudre est, 1°. Vaut-il mieux rendre l’air salubre, & par conséquent conserver la santé des habitans ? 2°. Vaut-il mieux avoir de grandes forêts de chênes, &c., que d’avoir des bœufs, des vaches maigres & étiques, & des troupeaux exténués ? 3°. D’amples récoltes ne dédommageront-elles pas de la diminution des troupeaux ? Je pense, & je ne crains pas d’avancer, 1°. que plus il y a de terres cultivées, & plus les troupeaux peuvent être multipliés, 2° Que la santé des troupeaux est toujours en raison de la qualité de l’herbe qu’ils mangent ; & du lieu qui la produit. Or, quelle comparaison peut-on faire, soit pour la qualité, soit pour la quantité de l’herbe d’un champ cultivé avec celle d’un terrein inculte & sabloneux, ou marécageux. Si on doute de cette vérité, il convient de lire l’article Commune, Communaux, & on verra, d’après un tableau authentique, qu’on nourrit plus de bœufs, de vaches, & de troupeaux dans les villages qui n’ont point de communaux, que dans ceux qui en ont, & que la différence est énorme, quant à la qualité du bétail. Les abeilles seules perdent à ces échanges de landes en champs cultivés.