Cours d’agriculture (Rozier)/PLUIE

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Hôtel Serpente (Tome huitièmep. 53-66).


PLUIE. Eau qui tombe de l’atmosphère ; elle diffère du brouillard en ce que celui-ci n’est qu’une eau réduite en vapeur très-disséminée, & dont les gouttelettes ont une pesanteur moins considérable que la colonne d’air qui les soutient. Elle diffère de la brune qui n’est qu’un brouillard, dont l’eau vaporeuse est seulement un peu plus condensée que celle du brouillard ; aussi la bruine tombe-t-elle en gouttelettes très-fines, très-serrées ; elle diffère de la neige en ce qu’elle est dans un état de fluidité, au lieu que la neige est une goutte d’eau cristallisée, ainsi que de la grêle, qui est un assemblage de plusieurs gouttes d’eau glacées dans la région supérieure oc très-élevée de l’atmosphère.

La pluie est le résidu de l’évaporation de l’eau de la mer, des rivières, des fontaines, des étangs, de la transpiration des plantes, des hommes, des animaux, & de la terre qui les nourrit. Sans la pluie, sans les rosées, les règnes animal & végétal périroient, & le règne minéral n’opéreroit plus aucune cristallisation. Les lieux où il ne pleut jamais, ou du moins très-rarement, sont peu fertiles, à moins que des vents de mer n’entraînent avec eux une masse d’humidité qui redonne de la souplesse à l’air ; ces pays où les pluies sont très-rares, ont des plantes analogues aux climats, & qui se nourrissent presqu’entièrement par l’aspiration de leurs feuilles.

L’atmosphère est le réservoir général de toutes les émanations des corps vivans, ou qui se décomposent. La sublimation des fluides par l’évaporation forme les nuages ; mais cette eau en sublimation, qui traverse l’atmosphère, & qui est entraînée vers sa partie supérieure par les courans d’air, s’imprègne de ces exhalaisons, & fait corps avec elles. On a vu, à l’article air fixe, combien l’eau se charge promptement de l’air méphitique ou mortel. Ce qui s’opère dans nos laboratoires, s’opère bien plus en grand, & d’une manière plus exacte dans l’atmosphère, qui est un des grands laboratoires de la nature. (Consultez le mot Amendement) L’eau de la pluie n’est pas pure ; elle contient des corps étrangers, quoique ce soit une véritable eau distillée & réduite en vapeurs ; mais elle a passé, soit en s’élevant, soit en tombant, dans un milieu composé & chargé de particules très-déliées, & elle s’est combinée avec elles.

D’après cette théorie il est facile d’expliquer pourquoi la pluie, dans certaines circonstances, hâte si fort la végétation, tandis que dans d’autres elle devient inutile ; comment elle épure l’air, & le rend plus respirable pour tout ce qui a vie. À cet effet considérons la pluie suivant l’ordre des saisons. Dans l’hiver il se fait très-peu d’évaporation, parce que la chaleur n’est pas suffisante pour sublimer beaucoup de vapeurs, & ces vapeurs sont peu imprégnées d’air fixe ou méphitique, puisque la décomposition des corps, & la sortie de leur air fixe & inflammatoire, n’a lieu qu’autant que la chaleur aide & précipite leur séparation. Le cadavre d’un animal gelé se conservera des siècles entiers s’il reste toujours gelé. Les nuées pendant l’hiver sont toujours très-basses, parce que le froid de l’atmosphère supérieure les empêche de s’y élever, à moins qu’un vent impétueux ne les contraigne à gagner cette région. De cette proximité de la terre, qui diminue la force de la colonne d’air qui supporte le nuage, & du froid qui le rabaisse & le condense, il suit nécessairement que les pluies sont plus fréquentes l’hiver ; mais comme dans l’atmosphère inférieure elles ne trouvent plus ou presque plus de matières des exhalaisons terrestres, ces pluies ne contiennent plus de principes étrangers, elles sont, pour ainsi dire, de l’eau pure, qui ne contribue à la végétation que comme eau, & rien de plus. Dans cette saison la végétation est presque nulle, parce que la chaleur n’est pas au point qui convient à celle de chaque plante en particulier ; dès-lors l’eau étant sans principes, & la terre sans chaleur, la végétation reste engourdie. Cependant ces pluies sont nécessaires pour rendre à la terre cette masse d’humidité qu’elle a perdue par l’évaporation qui a eu lieu dans les trois autres saisons. Sans elles, comment les racines profondes trouveroient-elles l’eau nécessaire à délayer les principes qui doivent former la séve, & à se les approprier de manière qu’elle ne fasse plus qu’un même corps avec eux. Sans ces pluies abondantes les fontaines seroient bientôt taries, & les rivières & les ruisseaux mis à sec ; sans elles on ne verroit plus ces rosées bienfaisantes qui humectent les feuilles au printemps, leur servent de nourriture, & leur rendent une partie de l’air fixe qu’elles ont transpiré. Pour bien comprendre ceci, il est essentiel que le lecteur ait lu attentivement le dernier chapitre du mot agriculture, & l’article amendement. Si les pluies ne sont pas abondantes pendant l’hiver, on doit, généralement parlant, avoir un été sec, & craindre les orages.

Bientôt les vents du sud, retenus pendant long-temps sur les déserts brûlans de l’Afrique, repoussent ceux du nord jusque dans leurs antres glacés ; à mesure que le soleil s’élève sur l’horizon, à mesure que les rayons lumineux de ce père de la nature perdent de leur obliquité, la nature sort de son engourdissement ; c’est l’instant d’une aurore nouvelle qui annonce le plus beau des jours ; le printemps renaît, les plantes se colorent d’une agréable verdure, & les oiseaux, par leurs chants mélodieux, célèbrent les bienfaits de celui qui leur redonne la vie. Tout corps animal & végétal déjà mort, qui a éprouvé l’action de la gelée, tend plus facilement à se corrompre & à se décomposer que tout autre ; le froid, en glaçant les fluides qu’il contient, a désagrégé ses parties constituantes, il a rompu les cellules qui renfermoient l’air fixe ou lien des corps, & dès que cet air fixe a la liberté de s’échapper lorsqu’il est mis en mouvement par la chaleur, la pourriture gagne d’une manière surprenante ; aussi, dans les pays où les hivers sont longs & rigoureux, & où ils cessent pour ainsi dire tout à coup, on respire alors une odeur fétide, parce que dans ce moment la putréfaction des substances animales & végétales, auparavant gelées, est singulièrement accélérée, & remplit l’air de miasmes, qui sont bientôt absorbés par l’étonnante végétation qui succède tout à coup aux froids les plus rigoureux. Ce qui arrive précipitamment dans le nord, s’opère sous nos yeux plus lentement. Le retour du printemps excite une chaleur douce ; la chaleur établit une fermentation modérée dans la terre, & de la chaleur & de la fermentation naît l’évaporation de l’air fixe & de l’huile éthérée (consultez ce mot) des corps qui se putréfient. La partie que les plantes n’absorbent pas par leur inspiration, se répand dans l’atmosphère ; mais bientôt rencontrée par la pluie, elle l’absorbe, elle se combine avec elle, & elle la rend à la terre qu’elle pénètre. C’est de cette circulation qu’est venu le proverbe, pluie d’avril, rosée de mai. À la végétation commençante il faut beaucoup de principes, & ils lui sont fournis par les pluies d’avril qui balaient l’atmosphère de ses impuretés. Les rosées de mai ramènent vers la terre les vapeurs qui s’en étoient élevées, & ces vapeurs sont déjà des composés savonneux qui forment la matière de la séve.

Il y a encore une autre manière de considérer les pluies d’avril. Elles agissent non-seulement par les principes terrestres qu’elles contiennent, mais encore comme eau. Les pluies d’hiver ont eu pendant ce long intervalle le temps de pénétrer dans l’intérieur de la terre, de manière que sa surface se trouve presque sèche. Cependant, c’est l’instant où l’eau devient indispensable pour la végétation, qui se ranime & qui en consomme une si grande quantité qu’on ne peut la fixer ; de là le proverbe qui dit que s’il pleuvait trente deux jours dans le mois d’avril, il n’y auroit pas trop d’eau, sur-tout dans les provinces du midi. Quoique cette métaphore soit un peu outrée, elle n’est pas moins vraie dans le fonds, & elle n’auroit pas passé en proverbe si elle n’étoit pas fondée sur la réalité.

Les pluies du printemps agissent donc, & comme dissolvant des principes répandus dans l’atmosphère, & comme eau qui dissout ceux renfermés dans la terre dont elle hâte la décomposition par la fermentation, & avec lesquels elle se combine ensuite pour former les matériaux de la séve.

On peut dire que les rosées de mai ne sont qu’une sublimation de l’eau de la terre, de l’air fixe & du principe éthéré ou esprit recteur, sortis par la transpiration des plantes. Les plantes en réabsorberont une partie, & l’autre, vaporisée & sublimée par le soleil, ira dans l’atmosphère former la matière des nuages, & celle des tonnerres ; l’huile éthérée n’est peut être que de l’air inflammable.

Il n’est pas rare de voir des pluies d’orage à la transition de l’hiver au printemps, à cause du choc des vents du midi contre ceux du nord. L’opposition des uns avec les autres force souvent les nuages à se presser, à se rouler les uns sur les autres, & le conflit des vents occasionne les averses.

Ici tout change de face ; l’été s’annonce par les feux qu’il lance sur la terre ; le ciel devient d’airain dans les provinces méridionales du royaume ; les plantes à racines fibreuses & traçantes se flétrissent ; la terre criblée de crévasses laisse évaporer toute l’humidité de sa superficie, & la végétation des arbres ne fait plus de progrès : heureux sont les végétaux qui, au milieu d’une soif dévorante, ont leurs feuilles humectées par l’évaporation des rivières, des fontaines, ou par les vents qui s’élèvent de la mer. Dans le nord & dans l’intérieur des terres, si la sécheresse est de durée, si la chaleur est forte, les arbres perdent leurs feuilles, tout languit & tout périt, parce que les chaleurs de la nuit ne sont pas tempérées par les rosées qui manquent rarement près du voisinage des eaux. Au midi, les nuages accumulés sur les têtes, augmentent encore la chaleur en la réfléchissant sur la terre ; l’air devient lourd, pesant, le plus léger zéphir n’ose agiter les feuilles. La terre, l’homme, les troupeaux, demandent à grands cris la pluie, & soupirent après un orage. Telle est la position cruelle des provinces du midi, où l’on reste souvent six mois entiers sans voir tomber une seule goutte d’eau. Pendant cet intervalle, la région inférieure de l’atmosphère se charge de toutes les émanations terrestres, qui vicient l’air, & causent la difficulté qu’on éprouve dans la transpiration, la lassitude dans toutes les parties du corps, parce que les poumons sont fatigués. On sait que l’air atmosphérique ne contient ordinairement qu’un tiers d’air pur & deux tiers d’air méphitique ; & dans ce cas, ce dernier est en plus grande abondance.

Les pluies d’été, peu fréquentes, produisent dans un moment le phénomène opéré par la continuité des pluies du printemps, c’est-à-dire, qu’elles purifient l’atmosphère, & rabattent sur la terre les substances qui s’en étaient évaporées. Voilà donc de quoi fournir amplement des matériaux à la séve ; mais comme la végétation avoit été pour ainsi dire suspendue, & que la décomposition & la fermentation (consultez ce mot) n’ont pas lieu sans l’humidité requise, tout se ranime par la pluie. Aussi dit-on que les pluies qui surviennent après qu’on a éprouvé un temps bas, excitent une plus forte végétation que toute autre pluie. C’est à ces émanations repoussées sur la terre, qu’est due l’odeur désagréable que l’on ressent lorsque les premières gouttes de pluie tombent après une longue sécheresse. On dit alors que la pluie sent la terre, & cette première pluie est très-mal saine dans tous les pays où les chaleurs sont vives, fortes & soutenues. Celui qui en est pénétré est presque assuré d’avoir une maladie grave. Si cette pluie avoit les mêmes caractères que celles de l’hiver, on n’auroit pas la même crainte ; mais les circonstances sont si différentes, & l’état de l’atmosphère inférieure, est si opposé qu’on ne doit plus être surpris du contraste dans ses effets. Règle générale, on doit, autant qu’on le peut, ne pas s’exposer à la pluie après une grande sécheresse ; il en est de même pour les animaux.

Les pluies du commencement de l’automne participent un peu de celles de l’été, & elles portent encore avec elles des principes de fécondité ; les grains hivernaux confiés à la terre, germent & lèvent sans peine ; maïs si les pluies ne viennent à leur secours, ils restent confiés à la terre jusqu’à ce qu’une humidité bienfaisante développe leurs germes. Si le vent du nord règne pendant l’équinoxe, (chacun suivant son climat) on est presque assuré d’avoir une automne sans pluie ; si au contraire, les vents, qui apportent la pluie, suivant les climats, sont les vents dominans à cette époque, il y a beaucoup à craindre des pluies qui se succéderont pendant les trois mois suivans. Alors les pluies qui succèdent aux premières, n’agissent plus que comme celles de l’hiver, c’est-à-dire, que ces dernières ne trouvent plus de principes à refouler de l’atmosphère, & que l’eau surabondante, dont la terre est pénétrée, s’oppose à la décomposition, à la fermentation, enfin à l’assemblage des matériaux de la séve. Dans tout état de cause, la qualité de l’eau de pluie dépend de l’état de l’atmosphère ; ce qui est prouvé par l’analyse que l’on a faite de ces différentes eaux : c’est pour n’avoir pas examiné les circonstances, que plusieurs physiciens ont avancé que l’eau de pluie contenoit tout au plus des particules simplement terreuses, tandis que d’autres y ont trouvé un sel acide, une substance huileuse ou mucilagineuse, &c.

Le degré de chaleur ou de froid est encore une qualité dans la pluie, qui hâte ou retarde la végétation. Supposons une intensité de dix degrés de chaleur à la superficie de la terre, & que l’eau de pluie n’en ait que quatre ; alors cette proportion de chaleur en moins agira fortement sur le végétal.

Par exemple, les pleurs de la vigne cesseront de couler jusqu’à ce que la chaleur de l’atmosphère ait repris le degré qui convient à leur ascension. Il en est ainsi de tous les végétaux. (Consultez ce qui a été dit au mot Arrosemens) Si au contraire la pluie poussée par un vent du sud est réellement plus chaude que la superficie de la terre, alors la végétation hâte ses progrès en raison du degré de chaleur que la terre reçoit, & que cette pluie communique à l’air ambiant.

Toute pluie qui vient d’une région très-élevée, quel que soit le vent qui la pousse, est toujours froide ; mais les premières gouttes qui tombent sont peu nombreuses, très larges & chaudes ; les premières qui leur succèdent sont moins chaudes, & un instant après les suivantes sont froides & souvent glacées comme dans les cas de grêle. La chaleur disséminée dans l’air est fluide, & les premières gouttes d’eau s’en emparent ; les secondes trouvent peu à se combiner à lui, & les troisièmes tombent telles qu’elles sont, c’est-à-dire froides.

Deux causes concourent au refroidissement subit de l’air après ces pluies, & sur-tout en été. La première, c’est qu’effectivement la pluie, en tombant, a diminué la chaleur de l’air atmosphérique ; mais la seconde est produite par l’évaporation de l’humidité surabondante reçue par la terre. Or, toute évaporation produit le frais, ou froid, suivant le degré d’activité, avec lequel elle s’exécute. On peut s’en convaincre en mouillant sa main avec de l’esprit de vin, encore mieux avec de l’éther, (consultez ce mot) & en faisant agir le vent d’un soufflet contre cette main. Si l’air atmosphérique est de dix degrés de chaleur, le vent, poussé par le soufflet, est donc également de dix degrés de chaleur, cependant il fait éprouver une sensation froide, que l’on comparera à celle de la glace.

Si un seul vent domine, alors les nuées s’étendent, & couvrent tout l’horizon ; si deux vents se contrarient, les nuages forment des zones ; si trois vents se combattent à forces égales, alors les nuages s’accumulent, forment ce que le peuple appelle des balles de coton, & ils paroissent comme stationnaires ; mais si l’un des trois vents vient avec impétuosité à l’emporter sur l’autre, malheur au pays qui se trouvera sous sa direction, il est fort à craindre qu’il ne soit suivi de la grêle, parce que ce vent impétueux enlève les nuages dans la région supérieure de l’atmosphère où l’eau se glace, & d’où elle retombe en grêle plus ou moins grosse, suivant le degré de froid, & la réunion du nombre des gouttes d’eau qu’elle a rapprochées. Il n’est pas possible d’entrer dans le détail de toutes les combinaisons des vents & des nuages qui font pleuvoir ; une très-grande partie, tient à la localité du climat que l’on habite. Il pleut pendant trois mois consécutifs, & sans interruption dans les isles de France & de Bourbon, & dans tout le reste de l’année il ne tombe pas une seule goutte d’eau. Le terme moyen de l’eau qui tombe à Paris, quoiqu’il y pleuve souvent, est de 19 à 20 pouces ; tandis que le même terme moyen de Montpellier & de Beziers, où il pleut rarement, est de 28 à 29 pouces. Règle générale, plus on approche du midi, & plus, lorsqu’il pleut, les pluies donnent une grande quantité d’eau, parce que toutes les pluies y sont par orages ; il est très-rare d’y voir des pluies douces & uniformes. Ces exemples suffisent pour prouver qu’on ne doit jamais calculer la fréquence des pluies & l’abondance d’eau qu’elles donnent d’un climat par un autre. Il pleut beaucoup plus dans les pays de montagnes, que dans les plaines ; dans les pays boisés, près des grandes forêts, que dans les cantons dépouillés d’arbres, parce que les forêts & les montagnes attirent les nuages, qui se décomposent en les touchant. Cette théorie est établie à l’article montagne. Voici encore une règle générale, c’est que l’eau de pluie du printemps, de l’été & du commencement de l’automne, favorisent plus la végétation que tous les arrosemens & toutes les irrigations possibles. Il est aisé d’en sentir la raison, par ce qui a été dit ci-dessus.

Mais quelle est la cause de l’élévation des vapeurs terrestres, & des rivières & de la mer ? &c. Par quel mécanisme les nuages restent-ils suspendus sur nos têtes ? Pourquoi les vents les font-ils résoudre en pluie ? Ce sont autant de problèmes dont la solution tient à la haute physique, & qui ne sont pas du ressort de l’agriculture ? Je ne devois considérer la pluie que comme avantageuse ou nuisible à l’agriculture.


Des pronostics de la pluie.

Il n’existe aucun pays qui n’ait dans son voisinage des signes locaux, par exemple, la vue de certaines montagnes, à des distances très-éloignees. Ce phénomène a lieu depuis les bords de la méditerranée en remontant le rhône & ensuite la saône, jusqu’à Auxerre en Bourgogne. Lorsque le vent du sud veut régner, & avant que le baromètre annonce aucune variation, les Pyrénées ou les Alpes, sont alors très-visibles, (chacun suivant sa position) on distingue même jusqu’à ses vallons & aux croupes de ses rochers. Comme le vent du sud est celui qui traîne communément la pluie après lui, au moins pour la majeure partie de ces climats, on est assuré qu’elle ne tardera pas à tomber. Chaque canton, & pour ainsi dire chaque paroisse, a des signes à peu près semblables, il suffit de les étudier.

Le baromètre est un indicateur fidèle, & s’il trompe quelquefois, chose assez rare, cela tient aux exceptions décrites dans cet article essentiel à lire.


I. Présages tirés des plantes.

Presque toutes celles dont les feuilles sont ailées, comme celles de la luzerne, du sainfoin, des pois, des trèfles, se replient sur elles-mêmes à une certaine heure de la soirée, & se rouvrent le lendemain avant, avec, ou après le soleil levé. (Consultez, au mot Plante, l’article de leur sommeils) Une fois l’heure de leur lever déterminée, elles suivent le cours du soleil, ainsi elles se lèvent plus matin, & se couchent plus tard, suivant que cet astre est plus ou moins long-temps sur l’horizon ; maïs si les feuilles fermées pendant la nuit ne s’épanouissent à l’heure de la matinée qui leur convient, on est assuré d’un changement de temps dans tous les pays qui ne sont pas extrêmes dans la manière d’être de leur atmosphère, comme dans les provinces du midi du royaume. La fleur du souci d’Afrique, qui a mérité la dénomination de calendula pluvialis Lin., est un signe assuré de la pluie, si elle n’est pas épanouie à l’heure accoutumée, & on observoit de plus près le moment de l’épanouissement des fleurs, on trouveroit un très-grand nombre d’exemples pareils. Ces observations méritent d’être suivies par un observateur.


II. Présages tirés du soleil.

Ce que je vais dire est tiré du Dictionnaire Économique de Chomel. Je préviens que ces pronostics ne sont pas toujours des indicateurs infaillibles ; mais ils sont vrais, généralement parlant, & les exceptions qui ont lieu dans quelques climats ne les détruisent pas.

En été, les présages de pluie n’annoncent souvent qu’une légère humidité, ou même simplement un temps nuageux, parce que la chaleur & la sécheresse dominent dans cette saison.

1. Le soleil présage la pluie, lorsqu’en se levant il est couvert d’une nuée, qu’il paroît couvert de taches, & qu’il se dérobe à nous à moitié ; ou bien, lorsqu’à la pointe du jour on voit plusieurs des rayons percer les nuées qui le couvrent… L’expérience ne confirme pas toujours ce pronostic[1].

2. On doit craindre la pluie si l’on voit le soleil rouge quand il se couche, & s’il paroît environné de longs rayons[2].

3. Lorsque le soleil paroît diversement coloré en se levant.

4. Toutes les fois que le soleil en se levant est environné en tout ou en partie, d’un cercle bleuâtre ou pâle.

5. Si le soleil est rouge & paroît large en se levant, & que bientôt après il se forme des nuages qui s’amassent & obscurcissent l’air, la pluie ne tarde pas, & plus il fait chaud alors, & plutôt elle tombe.

6. Les nuées rouges qui quelquefois environnent le soleil à son lever, menacent de pluie pour le lendemain.

7. Lorsque le soleil paroît pâle toute la journée, ou qu’il se montre petit ou rond comme une boule, c’est signe de pluie & d’orage.

8. Sitôt qu’on voit des cercles obscurs, & de couleur de terre autour du soleil, c’est une marque de pluie.

9. Craignez aussi la pluie lorsque le soleil, pendant la journée, se montre, noir & obscur, & qu’en se couchant il ne sort point d’une nuée noire, dans laquelle il se trouve pour lors enveloppé.

10. Lorsque le soleil se couche lançant de grands rayons vers la terre, attendez-vous à de la pluie le lendemain.

11. Si en se couchant ou autrement, il est caché par une nuée jaune ou un peu rousse, c’est signe de pluies

12. Lorsque le soleil à son lever se fait sentir plus âprement qu’à l’ordinaire, on peut compter sur de la pluie ; il produit le même effet lorsqu’il se couche avec la même âpreté ; & souvent aussi quand ses rayons dardent dans la journée avec la même violence.


III. Présages tirés de la Lune.

1. La lune paroissant sur notre horizon, lorsque l’on voit ses cornes obscures embrasser un nuage sombre & épais, c’est signe de beaucoup de pluie.

2. Si la lune en se levant, particulièrement le troisième jour, lorsqu’elle est nouvelle, ou au commencement du premier quartier, paroît noire, obscure, épaisse, pâle, bleue, livide ou d’une couleur tirant sur le verd, on s’attend à la pluie.

3. Quand la lune étant pleine, est environnée de quelque chose qui lui est étranger, c’est signe de pluie.

4. Nous voyons quelquefois la lune entourée de deux ou trois apparences de cercle ; quand ils sont de couleur noire ou sombre, & que cet astre est embrouillé, on a indubitablement de la pluie.

5.. On observe, lorsque la lune se renouvelle, que si le temps est chargé, c’est ordinairement un présage de pluie.

6. Il arrive quelquefois que vers le quatrième jour de son renouveau, la lune ne paroît point du tout, pour lors on peut pronostiquer de la pluie.

7. On dit que si la lune récemment nouvelle, a ses cornes obscures, mais que la corne haute du croissant soit plus obscure que la basse, il pleuvra au décours ; si la basse est plus obscure que celle d’en haut, il pleuvra au premier quartier… On ajoute que si la lune, dans cette phase est noirâtre au milieu, il pleuvra en pleine lune.

8. Si le croissant penche & regarde l’occident, c’est signe de pluie[3].


IV. Présages de la pluie, tires des étoiles fixes.

Quand ces étoiles paroissent plus grosses qu’à l’ordinaire, c’est un signe de pluie ; comme aussi lorsqu’elles semblent nébuleuses & obscures, quoique le ciel soit sans nuages.[4]


V. Présages de la pluie, tirés de f air..

1. Un des plus assurés pronostics est lorsqu’il fait beaucoup plus chaud que la saison ne le demande, sur-tout si le temps est très-lourd.

1. Temps pommelé, femme fardée, ne sont pas de longue durée. On aura bientôt de la pluie. On appelle pommelé lorsque les nuages sont petits, séparés, comme des pelotons.

3. Lorsque l’on voit des nuées blanches aller du côté de l’orient, c’est un signe de pluie.

4. Quantité de petits nuages répandus le soir vers l’ouest, annoncent la pluie pour le lendemain.

5. Il est ordinaire de voir en même temps de gros nuages qui ont différentes formes, comme des rochers, &c. alors on peut s’attendre à beaucoup de pluie, & souvent à du tonnerre.

6. Si l’arc-en-ciel paroît à la suite d’une grande sécheresse, il annonce une pluie abondante… Quand il est éclatant vers l’est, il est communément suivi de beaucoup de pluie.

7. Des nuages noirs & épais qui paroissent long-temps sans qu’il pleuve, ou que le soleil se montre, annoncent un peu de beau temps, mais qui sera bientôt suivi de pluie. Quoiqu’il pleuve un peu dans ce temps-là, on ne doit pas interrompre les travaux de la campagne, car il y aura sûrement un intervalle de beau temps avant la grande pluie.

8. Des nuages épars à l’ouest, dès le matin, & qui ne se dispersent pas à mesure que le soleil avance, annoncent la pluie.

9. Le vent qui est sud ou ouest, & qui ne va que de l’une à l’autre de ces directions, en est encore un présage.

10. Si, après que la pluie a cessé, il s’élève un vent vif & froid, la pluie recommence[5]

11. Si le son des cloches est plus bruyant, & si on l’entend de plus loin que de coutume, on doit présager la pluie.

12. Si le sol devient humide ; si les latrines infectent ; si le chardon bonnetier, cueilli & suspendu en quelque endroit de la maison, se serre & ferme ses pointes, ce qui est particulièrement sensible pendant l’été ; si le bois de sapin, de peuplier blanc, &c. se renfle ; si le marbre se couvre d’humidité, ce sont autant de signes de pluie.[6]

13. Il en est de même lorsqu’au lever du soleil on voit des nuages blanchâtres & peu épais, comme stationnaires sur le sommet des montagnes.

14. De semblables nuées qui roulent le matin vers les mi-coteaux, annoncent que le temps se dispose à la pluie & qu’elle n’est pas éloignée.


VI. Présages de la pluie, tirés du feu.

1. Quand le feu paroît bleu, c’est une marque que l’on doit avoir de la pluie.

2. Si l’on entend pétiller les charbons, & qu’on leur voie jeter des étincelles, c’est signe de pluie.

3. On la conjecture aussi quand la fumée ne monte pas droit dans la cheminée, ou que le feu ne veut pas s’allumer, ou lorsque les tisons embraies se couvrent de cendres.

4. Si la mèche de la chandelle ou de la lampe se noircit en brûlant, si sa fumée se répand çà & là & ne monte pas droit, on doit s’attendre à la pluie.[7]


VII. Présages tirés du corps humain.

On se trouve souvent assoupi, las, sans que l’assoupissement & la lassitude provienne d’aucune autre cause que de la pesanteur de l’air ; lorsqu’on se sent ainsi, on peut dire qu’on aura de la pluie.[8]

2. Les douleurs aux jointures, les douleurs & élancemens des parties qu’on a eu rompues ; celles des cors aux pieds, des rhumatismes anciens, enfin des autres maux dont le corps a déjà été atteint, sont des indicateurs assez sûrs de la pluie.


VIII. Présages de la pluie, tires des animaux.

1. Si les bœufs & les vaches lèvent la tête en haut comme pour humer le vent, & regardent vers le midi, s’ils lèchent leurs ongles tout à l’entour, & se retirent vers l’étable en meuglant, on doit s’attendre à la pluie.

i. Lorsqu’il doit y avoir de la pluie, les bêtes à laine sont sujettes à courir çà & là, & elles jouent entre elles.

3. Quand on voit voltiger les hirondelles le long des marais, des étangs ou des rivières, & plus bas qu’à l’ordinaire, en criant, la pluie n’est pas loin.

4. Lorsque la fourmi, toujours prévoyante interrompt ses courses, & s’occupe à entraîner ses œufs dans les galeries les plus souterraines, il y a beaucoup de pluie à attendre.

5. Si les oies, les canards, les autres oiseaux de rivières, s’élèvent sur leurs pattes, battent des ailes, font de grands cris, tantôt se plongent, tantôt courent sur la face des eaux, c’est signe de pluie, de même que si les poissons nagent à fleur d’eau.

6. On dit que la corneille appelle la pluie, lorsque se promenant seule elle se met à crier, il est presque sûr que le corbeau qui crie fort du haut de l’arbre sur lequel il est perché, la présage, & qu’elle approche quand on le voit marcher le long des fosses.

7. Les cris perçans du geai sont encore un signe de pluie.

8. Quand les ânes secouent l’oreille, roidissent leur queue, braient & se vautrent par terre, on doit s’attendre à la pluie.

9. Elle n’est pas loin lorsqu’on voit sortir de terre les vers, lorsque les limaces sortent de leur retraite pendant le jour.

10. Lorsque les crapauds crient dans les lieux élevés.

11. Les abeilles ne s’écartent pas aux approches de la pluie.

12. Lorsque les pigeons s’élèvent en l’air avec précipitation, & qu’ils vont ensuite à leur colombier pour n’en plus sortir, c’est signe de pluie.

13. Les coqs qui chantent avant l’heure ordinaire, principalement le soir, & les oies qui crient beaucoup, annoncent ordinairement la pluie.

14. On peut ajouter à ces pronostics, les cris du hibou & de la chouette, après le soleil levé, & sur-tout s’ils se font entendre vers l’heure du midi.


Erreurs populaires sur certaines espèces de pluies.

Tout ce que le commun des hommes voit rarement, tout ce qui est extraordinaire, est aussitôt métamorphosé en prodige ; la crainte s’empare de ses esprits, & il s’attend aux plus fâcheuses catastrophes ; dans les pays de bétail, c’est une épizootie ; dans les vignobles, c’est une gelée totale, dans les cantons à grains, c’est une famine ; ailleurs, c’est la guerre, la peste, &c, &c. L’observateur considère, examine, & dit, ce n’est rien.


I. De toutes les pluies.

La moins alarmante est la prétendue pluie de crapaud, parce que le paysan connoît le crapaud, & il lui paroit tout naturel que ses œufs aient été élevés dans l’air, qu’ils aient éclos dans le nuage, & que les petits crapillons soient tombés avec la pluie. Je conviens que souvent, après une forte pluie d’été, on en voit des places couvertes, & par cantons, sur-tout sur les lieux où l’on vend le poisson dans les villes.

1°. Si l’on considère la conformation des prétendus œufs de crapauds, de grenouilles, on verra, 1°. que lorsque la femelle les pond, ils sont liés les uns aux autres par un gluten très-épais, que cette éjection ressemble à une petite corde souvent de plusieurs aunes de longueur sans interruption aucune. 2°. que cette masse est trop pesante pour surnager, & qu’elle se précipite & reste toujours au fond de l’eau ; 3°. que le gluten l’y retient collée & fixe ; 4°. que le gluten ne reste suspendu entre deux eaux que lorsque l’animal a été entièrement développé & s’en est séparé, débarbouillé ; 5°. que la matière gélatineuse se réunit alors par floccons, & fuit dans l’eau, & en partie à la surface, le mouvement que le courant d’air lui imprime ; 6° qu’elle se putréfie assez lentement ; qu’elle répand une odeur marécageuse & mal-saine ; enfin, qu’elle ne se précipite au fond de l’eau, qu’autant que la corruption détruit les espèces d’utricules qui renfermoient beaucoup d’air, au moyen duquel la masse étoit soutenue à la superficie de l’eau, étant alors d’une gravité spécifique moindre que celle de la colonne d’eau.

D’agrès cet exposé, il est donc impossible qu’un vent impétueux enlève du fond de l’eau ce long cordon d’œufs, sans enlever en même temps le mucilage qui les réunit ; mais cette masse est trop pesante pour rester long-temps en l’air, & il faudroit ce qu’on appelle une de ces trombes violentes, pour opérer un pareil enlèvement, & jamais personne n’a remarqué un semblable phénomène après une trombe. Pour que le vent le plus impétueux soit supposé capable d’enlever ces œufs, il faut supposer qu’il aura auparavant enlevé toute l’eau qui les recouvre. Ce n’est donc qu’à force d’entasser suppositions sur suppositions, que l’on viendroit à bout de donner un air de probabilité à ce phénomène.

2°. Le frai du crapaud, de la grenouille ne contient point d’œufs, mais bien le têtard replié & concentré en lui-même, qui, au moyen de la fécondation se développe & acquiert la figure d’un animal. Les membranes que l’on prenoit pour les enveloppes de l’œuf, ne sont que celles de l’amnios, puisqu’avec le temps elles grossissent & se remplissent d’une plus grande quantité de liqueur, & le point noir qu’elles renferment, est le têtard lui-même. C’est un véritable fœtus & non un œuf, puisqu’il ne laisse après lui ni coquille ni écaille, ni dépouille, comme laissent après eux tous les animaux qui naissent d’un œuf.

De plus grands détails nous écarteroient de notre objet, & ne sont pas de notre ressort ; ceux qui en désireront, peuvent consulter l’extrait de l’ouvrage du célèbre naturaliste, & excellent observateur, l’abbé Spallanzani, inséré dans le dix-neuvième volume du Journal de Physique 1781, page 151.

Dira-t-on que l’eau du fossé, évaporée, un coup de vent peut enlever les œufs ; mais on n’observe donc pas que le gluten qui les enveloppe, une fois désséché par l’air, par le soleil, l’animal meurt complètement, & qu’il ne peut être rappelé à la vie, même par la pluie qui surviendroit bientôt après.

Si l’on fait bien attention que ces petits crapauds paroissent toujours dans les endroits où se perpétue une sorte d’humidité, tels que dans les poissonneries & dans leur voisinage, & que le frai entraîné par les filets des pêcheurs, se mêle avec le poisson, & qu’il est apporté avec lui au marché ; qu’une partie de ce frai de la longueur d’un pied seulement, contient plusieurs centaines d’individus, si cette partie a été conservée fraîchement, on ne doit pas être étonné de voir ensuite pulluler les petits crapauds. Pourquoi n’y auroit-il pas également des pluies de petits escargots, de petits limaçons, & d’autres animaux pareils.


II. Des prétendues pluies de soufre.

On se contente de regarder sans examen une poussière jaune qui est quelquefois entraînée par les vents, & l’on dit, sans autre réflexion, en voyant sa couleur, c’est du soufre. Il y a un moyen bien simple de se convaincre de la vérité, c’est d’incinérer cette poussière jaune, elle brûlera, non à la manière du soufre, en répandant une odeur d’acide vitriolique & suffoquante, mais une odeur végétale, peut-être un peu accompagnée d’odeur de cire ou de résine. Si, pour plus grande sureté on la distille comme on distille le soufre, on n’en retirera pas de l’acide vitriolique & en quantité. Cette poussière jaune & légère est très-visible sur les flaquées d’eau, dans tous les endroits où l’eau est stagnante, parce qu’elle est pure sur sa superficie, qu’elle surnage, au lieu que, mêlée avec la terre, on la distingue plus difficilement.

De tels exemples ne sont pas rares dans le voisinage des pins, & si je ne me trompe, vers l’an 1760, on vit un semblable phénomène dans les environs de Bordeaux, en 1749, à Berlin & à Gottingue, &c. Les Éphémérides des Curieux de la Nature, rapportent plusieurs traits de ce genre. Ils sont encore assez communs dans les cantons où il y a beaucoup d’aunes & de noisetiers, & tout le mystère consiste à reconnoître que cette prétendue matière sulphureuse n’est autre chose que la poussière des étamines de ces arbres. Plusieurs espèces de mousses, de vesces de loup, le tilleuil, le sureau, &c. fournissent une semblable poussiere. Plutôt que de réfléchir, on aime mieux se livrer au merveilleux.

III. Des pluies de sang.

Plusieurs auteurs anciens en font mention, & les représentent comme des phénomènes extraordinaires & effrayans. Ces auteurs, & ceux qui croient à de telles puérilités, auront beau ballonner la vessie, un petit coup d’épingle suffira pour la réduire à rien. Le règne végétal fournit la prétendue pluie de soufre, & les excrémens de plusieurs insectes donnent les pluies de sang. On est tout étonné de voir, après une pluie, des taches d’un rouge plus ou moins vif contre les murailles, sur le toit des maisons ; la plupart de ces taches sont dues à la dépouille délayée par la pluie, de la chenille de l’ortie ordinaire ; d’autres sont effectivement les excrémens de certains papillons, de certaines phalènes, enfin quelqu’unes tiennent à la première. Les papillons en rendent par la bouche ou par l’anus, un moment après qu’ils sont sortis de leur chrysalide. En 1774 la terre étoit couverte de neige chez un gentilhomme du Vivarais, & sur cette neige étoient en grand nombre des taches d’un beau rouge vif, qui pénétroient dans la neige de l’épaisseur de quelques lignes. Comme ce n’étoit pas alors la saison des insectes, il fallut recourir à une autre explication de ce phénomène. C’étoit tout simplement les excrémens de quelques oiseaux, qui ne trouvant aucune nourriture dans la campagne, avoient mangé les baies du phytolaca americana Lin., ou raisin d’Amérique.

Que dans les environs des volcans, & même à de très-grandes distances, lors de leurs fortes éruptions, on éprouve des pluies de cendres, de pierres, c’est aussi naturel eue de voir tomber une balle après l’explosion de la poudre dans le fusil. La force de projection du volcan, unie avec celle des vents impétueux, qui régnent ordinairement alors, suffisent pour expliquer la manière dont s’exécute cette espèce de pluie. Tout est simple dans la nature, & Il cesse simplicité n’est pas apparente pour tout le monde, c’est qu’on ne réfléchit point assez.


  1. Note de l’Éditeur. Dans ces circonstances, les nuages suivent presque toujours l’ascension du soleil, & à mesure qu’il s’élève sur l’horizon, les nuages le couvrent, alors le temps est bas, lourd & pesant, & dans l’été on doit craindre les tonnerres & l’orage, sur-tout si les nuages laissent de grands vides entre eux, s’ils se ballonnent, & si sur le midi ils paroissent stationnaires.
  2. La rougeur simple annonce plus le vent du sud que la pluie ; mais comme le vent du midi est dans un très-grand nombre de cantons, l’indice de la pluie, le pronostic est bon & très-bon s’il est accompagné de longs rayons lumineux.
  3. Quoique la plupart de ces signes soient très-certains, il vaut beaucoup mieux se régler sur les points lunaires, ou du moins y en ajouter l’étude. À cet effet consultez l’article Almanach, objet qui mérite beaucoup d’attention.
  4. On peut ajouter à ce signe un autre pour le moins aussi caractérisé. Par exemple, lorsque l’air est parfaitement calme pendant la nuit, & qu’il ne règne pas le plus leger zéphir ; lorsque dans ces circonstances la couleur du firmament est pure & d’un bleu foncés enfin lorsque les étoiles ont un grand mouvement de scintillation, on est assuré que dans peu on aura un grand changement de temps.
  5. Cette observation est trop générale, & semble n’appartenir qu’aux pays de plaine très-éloignés des chaînes de montagnes. Si les montagnes sont rapprochées, par exemple de cinq a six lieues, & même plus, & si le vent qui règne après la pluie, traverse ces montagne ; il est nécessairement vif & froid en hiver, & frais en été, sans indice de nouvelles pluies. Il est frais, parce qu’il excite une forte évaporation de l’humidité de la montagne, & toute évaporation considérable produit le froid ou le frais, suivant la saison.
  6. On devroit ajouter, pour les provinces du Midi, l’apparition des aurores boréales, sur-tout près des équinoxes.
  7. On auroit dû ajouter à ces pronostics celui de la fumée des fours à chaux ou des autres fumées dans ce genre.
  8. Si cette lassitude, &c provenoit réellement de la pesanteur de la colonne d’air on verroit monter celle du mercure dans le baromètre, & cependant, très-souvent à ces époques il reste stationnaire. Il y a donc une autre cause, & elle se trouve dans le peu d’air pur mêlé à l’air atmosphérique, ainsi qu’il a été dit ci-dessus.