Dictionnaire de Trévoux/6e édition, 1771/Tome 1/021-030

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Fascicules du tome 1
pages 011 à 020

Dictionnaire de Trévoux, 1771
Tome 1, pages 021 à 030

pages 031 à 040



souvent cachée dans l’intérieur de la ruche, & elle n’est visible que lorsqu’elle veut faire ses petits dans les rayons qui sont exposés à la vûe ; encore n’est-elle pas alors toujours visible ; car le plus souvent il s’y trouve dans ce temps-là un très grand nombre d’abeilles, qui en s’attachant les unes aux autres, font une espèce de voile depuis le haut jusqu’au bas de la ruche, empêchent qu’on ne voie, & ne se retirent que lorsque l’abeille y a déposé ses petits.

Lorsqu’elle paroît à découvert, on la voit toujours accompagnée de dix ou douze des plus grandes abeilles ordinaires : elles lui font une espèce de cortège, & la suivent partout où elle va avec une démarche posée & fort grave. Avant que de mettre bas ses petits, elle met pour un moment la tête dans l’alvéole où elle se propose de les poser. Si cet alvéole se trouve libre, & qu’il n’y ait ni miel ni cire, ni aucun embryon, l’abeille se tourne sur le champ pour faire entrer la partie postérieure de son corps dans le même alvéole, & s’y enfonce jusqu’à ce qu’elle touche le fond. En même temps les abeilles qui l’accompagnent, & qui sont disposées en cercle au tour d’elle, ayant toutes leur tête tournée vers la sienne, la caressent avec leur trompe & leurs pattes, & lui font comme une manière de fête, qui ne dure que fort peu de temps : après quoi l’abeille sort de l’alvéole, dans lequel, après sa sortie, on voit un petit œuf blanc, fort mince, long d’environ une demi-ligne, ou trois quarts de ligne au plus, & quatre ou cinq fois plus long que gros, un peu plus pointu par une extrémité que par l’autre, & planté par l’extrémité la moins grosse sur la base, dans l’angle solide de l’alvéole. Cet œuf est formé par une membrane mince, blanche, unie & remplie d’une liqueur blanchâtre.

Après que la grosse abeille a fait un œuf dans un alvéole, elle va avec les mêmes circonstances en faire un autre dans un alvéole voisin ; & on lui en voit faire huit ou dix en différens alvéoles, immédiatement les uns après les autres, & il se peut faire qu’elle en ponde un plus grand nombre. Après avoir fait sa ponte, elle se retire, & va, accompagnée des mêmes abeilles, dans l’intérieur de la ruche, où on la perd de vûe.

L’œuf qui reste sur la base de l’alvéole demeure quatre jours dans cet état, sans changer de figure ni de situation ; après les quatre jours, on le voit changé en manière de chenille, divisée en plusieurs anneaux, couchée & appliquée sur la même base, entortillée en rond, de sorte que les deux extrémités se touchent. Il est alors environné d’un peu de liqueur, que les abeilles ont soin de mettre au bout des quatre jours dans l’angle solide de la base. On ne sait quelle est cette liqueur ; si c’est du miel pour la nourriture de l’embryon, ou quelqu’autre matière propre à féconder le germe : car elle paroît plus blanchâtre, moins liquide & moins transparente que le miel.

De quelque nature que puisse être cette première liqueur, dont le petit ver est environné, il est certain que dans la suite les abeilles lui apportent du miel pour nourriture. A mesure qu’il croît, elles lui fournissent une plus grande quantité d’aliment, jusqu’au huitième jour de sa naissance, qu’il est augmenté, de sorte qu’il occupe toute la largeur de l’alvéole, & une partie de sa longueur. Dans la suite, les soins que les abeilles ont de ces petits, finissent ; car elles bouchent avec la cire tous les alvéoles, où ces vers demeurent encore enfermés pendant douze jours. Durant ce temps il arrive aux embryons enfermés divers changemens, comme on le reconnoît en débouchant les alvéoles à des jours différens. D’abord les vers changent de situation, & d’entortillés qu’ils étoient auparavant sur la base de l’alvéole, ils s’étendent suivant sa longueur, & se placent la tête du côté de l’ouverture ; la tête du ver se développe un peu, & l’on commence à voir quelques petits alongemens, qui sont, à ce que l’on en peut juger, les premières origines de la trompe. On voit aussi sur l’origine de la tête un point noir, & à une petite distance de ce point, une raie noire sur le dos, mais qui ne va pas jusqu’à l’extrémité du ver ; on voit aussi les premiers linéamens des pattes fort petits.

Après que la tête est formée, & la trompe prolongée, toutes les parties se développent, en sorte que tout le ver se trouve converti en chrysalide ou nymphe, qui est la mouche presque parfaite, excepté qu’elle est encore blanche & molle, & qu’elle n’a pas cette espèce de croûte dont elle est revêtue dans la suite. Par cette transformation, le ver se dépouille d’une peau blanche & très-fine, & qui s’attache si parfaitement aux parois internes de l’alvéole, qu’elle prend même les contours des angles, tant de la base que des côtés, & ne paroît former avec lui qu’un même corps. L’abeille s’étant dépouillée de cette pellicule, a les six pattes rangées sur le ventre depuis la tête, où sont les premières, jusqu’à l’extrémité postérieure du corps, où sont les dernières. La trompe avec les gaînes, est située, dans toute sa longueur, au milieu des six pattes, depuis la tête jusqu’à l’extrémité presque de son corps ; les ailes sont couchées le long des deux pattes de derrière, du côté du ventre. Elles ne sont pas pour lors dans toute leur étendue, mais elles sont pliées en divers plis.

L’abeille étant dans cet état, différentes parties de son corps changent successivement de couleur. D’abord les yeux paroissent d’un jaune un peu obscur, qui devient ensuite violet & après noir. Après ce jaune obscur, on remarque trois points qui forment un triangle isocèle sur le plus haut de la tête, lesquels changent ensuite comme les yeux, en passant par diverses couleurs, & deviennent noirs. Les bouts des ailes sont teints d’une couleur obscure fort légère. Une partie des cornes ou antennes, dont la longueur est séparée en deux également par un article, change, la partie la plus éloignée de la tête, la première, ensuite la plus prochaine. La trompe & les pattes se voient en même temps de couleur de châtaigne. Toute la tête change, aussi-bien que la poitrine, dans une couleur de terre claire, & s’obscurcit dans la suite ; les ailes se trouvent déployées & étendues dans leur état naturel. On voit aussi les poils qui couvrent l’abeille, formés & rangés sur la tête, sur la poitrine & sur le reste du corps.

Après tous ces changemens, l’abeille étant dans sa perfection, le vingtième jour après sa naissance, elle cherche à sortir de l’alvéole : c’est elle-même qui se fait l’ouverture, en coupant en rond, avec ses mâchoires, le couvercle qui la bouchoit, & que les abeilles avoient fait pour l’enfermer. La nouvelle abeille, en sortant de l’alvéole, paroît un peu endormie, mais elle prend bientôt son agilité naturelle ; car on la voit le même jour sortir de la ruche, & revenir de la campagne chargée de cire comme les autres. On distingue les jeunes abeilles par la couleur, qui est un peu plus noirâtre, & par les poils qui sont plus blanchâtres.

La jeune abeille étant sortie par l’ouverture qu’elle a faite à son alvéole, il en vient aussitôt deux vieilles, dont l’une retire le couvercle, & va pétrir & employer ailleurs la cire dont il est composé ; l’autre travaille à raccommoder cette ouverture ; car de ronde ou inégale que la jeune abeille l’avoit laissée en sortant, celle-ci la fait hexagône, & lui donne sa première figure ; elle la fortifie avec le rebord ordinaire, & la nettoie en ôtant de petites pellicules de la jeune abeille qui y sont restées, & qui sont peut-être les dépouilles des pattes : car pour ce qui est d’une nouvelle pellicule, qui renferme tout son corps un peu avant que de sortir, il y a de l’apparence qu’elle s’applique comme la première, dont on a parlé, aux parois de l’alvéole. Ces pellicules qui s’attachent aux cellules, les font changer de couleur ; & c’est par cette raison, qu’on trouve dans une ruche des rayons de couleur différente, ceux où il n’y a eu que du miel étant d’un jaune clair, & ceux d’où sont sortis les abeilles étant d’un jaune obscur. Nous avons détaché quelquefois d’un alvéole, qui avoit été le berceau de plusieurs abeilles, jusqu’à huit de ces pellicules collées les unes sur les autres.

L’alvéole étant réduit à sa première perfection, les abeilles y font quelquefois le jour même de nouveaux œufs, quelquefois elles y mettent auparavant du miel : nous avons vû les abeilles faire cinq fois différentes leurs petits dans les mêmes alvéoles dans l’espace de trois mois.

Les abeilles recueillent deux sortes de cire fort différentes. La première, qui est brune & gluante, leur sert pour boucher toutes les ouvertures de la ruche, & quelquefois d’appui pour y attacher les rayons. La seconde est la cire ordinaire, qu’elles emploient dans la construction des alvéoles. Les abeilles recueillent la cire ordinaire sur les feuilles d’un grand nombre d’arbres & de plantes, & sur la plupart des fleurs qui ont des étamines. Elles en ramassent une grande quantité sur les fleurs de roquettes, & principalement sur celles des pavots simples, qui ont une grande quantité de ces étamines, & elles prennent souvent toute leur charge sur une de ces fleurs. Mais elles travaillent avec une si grande vîtesse, que quelqu’attention qu’on y prête, les yeux ont bien de la peine à les suivre, & à s’assûrer de quelle manière elles s’y prennent. Il est certain qu’elles ramassent la cire avec les poils dont leur corps est garni, en se roulant sur la fleur ; car on les voit retourner de la campagne ces poils chargés de petites particules de cire en manière de poussière ; ce qui arrive seulement lorsque les matinées sont humides, l’humidité qu’il y a sur les fleurs étant peut-être cause que ces particules ne se peuvent lier facilement ensemble à l’endroit de leur corps, où elles ont coutume de les mettre ; mais lorsqu’elles sont arrivées dans la ruche, la chaleur faisant évaporer l’humidité, elles ramassent la cire plus facilement avec leurs pattes, en les passant plusieurs fois sur leurs poils. Pour l’ordinaire, elles recueillent les particules de cire avec leurs serres & leurs pattes de devant ; de celles-ci elles les font passer aux pattes du milieu, qui les portent ensuite sur l’article du milieu des deux pattes de derrière, où elle se trouve à la fin ramassée de la grosseur & de la figure de deux petites lentilles. Cet article est plus large que les autres, & il a une petite concavité en forme de cuiller, destinée à cet usage ; de plus, cette concavité est environnée de petits poils, qui servent, pour ainsi dire, de doigts pour retenir la cire dans cet endroit, afin qu’elle ne tombe point lorsque les abeilles s’en retournent à la ruche. Outre ces moyens que la nature leur a fournis, elles prennent encore d’autres précautions pour ne pas perdre le fruit de leur travail. A mesure qu’elles font passer les particules de cire sur les pattes postérieures, elles compriment ces particules ensemble ; ce qu’elles font par le moyen des deux pattes du milieu, qu’elles portent en arrière, & qu’elles appliquent plusieurs fois & en différens sens sur la cire, de la manière que nous avons coutume de comprimer avec les deux mains des particules que nous voulons ramasser ensemble. Elles ont principalement ces attentions, lorsqu’étant chargées d’une quantité suffisante de miel, elles sont prêtes de s’envoler, & de retourner à la ruche ; & si les fleurs sur lesquelles elles sont appuyées, n’ont pas assez de consistance, ou sont agitées par le vent, elles cherchent quelque lieu plus fiable, & plus propre à résister aux petites compressions qu’elles font sur la cire.

Les abeilles arrivées à la ruche, se déchargent de la cire ordinaire en deux manières différentes. Appuyées sur leurs deux pattes de devant, elles font plusieurs mouvemens des ailes & du corps, à droite & à gauche ; & comme si ce mouvement & le bruit que font les ailes par ce mouvement, étoit pour avertir leurs compagnes qui sont dans la ruche, il en vient trois ou quatre qui prennent chacune une portion de cire avec leurs serres. A ces premières, il en succède plusieurs autres, qui prennent chacune leur part, jusqu’à ce qu’il ne reste plus de cire sur la patte des mouches : après quoi elles retournent à la campagne pour y faire une nouvelle récolte. C’est aussi de cette manière qu’elles sont déchargées de l’autre sorte de cire, qui est une espèce de glu, qui tient si fort à la patte de l’abeille qui en est chargée, qu’il faut que les abeilles qui la détachent, & celles qui en sont chargées, fassent des efforts, & se cramponent pour qu’elle puisse être tirée. Mais lorsqu’il y a dans la ruche un grand nombre d’alvéoles, pour se décharger de la cire ordinaire, elles pratiquent une manière bien plus prompte & qui n’a besoin d’aucune aide. L’abeille chargée cherche un alvéole dans lequel il n’y ait ni miel, ni aucun ver ; l’ayant trouvé, elle s’attache par les deux pattes de devant sur son bord supérieur ; ensuite elle plie le corps un peu en devant pour mettre les deux parties postérieures dans l’alvéole : dans cette situation elle porte en arrière les pattes du milieu, une d’un côté, l’autre de l’autre, & les faisant glisser de haut en bas le long des deux pattes postérieures où sont les deux corps lenticulaires de cire, elle les détache en cette manière, & les fait entrer dans l’alvéole. Il y en a qui se contentent de laisser la cire à l’endroit de l’alvéole où elle tombe en la détachant des pattes ; mais la plûpart, après s’en être déchargées, entrent dans l’alvéole, & rangent fort proprement au fond les deux petits corps de cire, l’un à côté de l’autre. Cela fait, l’abeille se retire.

Presqu’aussitôt il en vient une autre ; il y en a même qui sont à attendre que la première soit sortie, pour y entrer & faire à leur tour leurs ouvrages. Si les deux morceaux de cire ne sont pas rangés, elles les portent au fond de l’alvéole, & les détrempent avec leurs deux mâchoires pendant un demi-quart-d’heure ; de sorte que quand la mouche se retire, ces deux petits corps sont réduits en manière de pâte qui prend la figure de l’alvéole comme dans un moule ; ce qui fait juger que l’abeille en détrempant la cire, y mêle quelque liqueur, soit miel, soit simple humidité qui doit sortir de l’endroit d’où elles ont coutume de rejeter le miel, & dont la vessie est peut-être remplie.

Plusieurs autres mouches viennent se décharger de la même manière dans le même alvéole, & y faire le même ouvrage, jusqu’à ce qu’il soit plein de cire, qui est quelquefois par étages de diverses couleurs, blanchâtre, jaune, rouge & brune, suivant les feuilles ou les fleurs sur lesquelles la cire a été recueillie par différentes abeilles.

On trouve en plusieurs endroits de la ruche une grande quantité d’alvéoles pleins de cire, qui sont comme autant de magasins auxquels elles ont recours dans les occasions, parce qu’elles en ont besoin, une grande partie de l’année, pour couvrir les alvéoles où sont enfermés les petits, & pour boucher ceux qui sont pleins de miel.

La cire qui se trouve dans les alvéoles, n’est pas encore parfaite comme celle dont les rayons sont formés ; car quoique la première soit détrempée avec de l’humidité, elle se réduit en poussière quand on la presse avec les doigts, au lieu que l’autre cire est une espèce de pâte liée. Il faut donc que les abeilles, avant que de l’employer dans la construction des rayons, fassent à la cire quelque préparation. Ce qui le fait croire encore, c’est que la cire enfermée dans les alvéoles, qui est souvent de différentes couleurs, est toujours blanche immédiatement après que les rayons sont bâtis.

Pour le miel, les abeilles le recueillent sur les fleurs dont le calice n’est guère plus profond que la longueur de leur trompe ; mais il y a si peu de miel dans chaque fleur, qu’elles en parcourent un grand nombre avant que d’en avoir ramassé une quantité suffisante pour remplir leur petite vessie. Dans l’instant que les abeilles se posent sur la fleur, elles étendent leur trompe, & la portent jusqu’au fond du calice, où elles vont sucer le miel. Quand la vessie se trouve pleine, les abeilles retournent à la ruche, & portent le miel dans un alvéole, en le rejetant par la partie de la tête, qui est entre les deux mâchoires, qu’elles alongent plus qu’à l’ordinaire, & qu’elles ne tiennent guère ouvertes. Elles posent le miel en remuant la tête tantôt d’un côté, tantôt de l’autre ; & lorsqu’il y a quelque goutte qui n’est pas bien rangée, elles alongent la trompe pour la recueillir, & pour la placer ensuite dans le même ordre que le reste, en la rejetant comme auparavant. Il faut le miel d’un grand nombre d’abeilles pour remplir un alvéole.

Quand les alvéoles sont pleins de miel, si elles le veulent conserver pour l’hiver, elles bouchent ces alvéoles en y faisant un couvercle fort mince de cire ; mais ceux où est le miel destiné pour servir de nourriture journalière, restent ouverts & à la disposition de tout l’essaim. Le miel qu’elles réservent le dernier pour leur nourriture, est toujours placé dans la partie supérieure de la ruche, si elle n’a point de couvercle qu’on puisse lever ; mais s’il y en a un, elles laissent dans la même partie supérieure des rayons vides, & posent le miel vers le milieu de la ruche.

Les abeilles aiment la propreté, & il n’y a rien qu’elles ne fassent pour la conserver. La glu qu’elles recueillent, leur sert à mastiquer les vitres autour de la ruche, et la ruche même autour du piédestal, de sorte que par ce moyen elles empêchent l’entrée aux moindres insectes.

Il y a des abeilles qui restent à l’ouverture de la ruche, pour s’opposer aux insectes qui veulent passer par cette ouverture ; & lorsqu’une abeille n’est pas assez forte, plusieurs autres viennent à son secours. Malgré tout cela un limaçon ayant pénétré dans la ruche, après être mort des piqûres de leurs aiguillons, fut couvert de toutes parts de ce mastic dont nous avons parlé, soit pour empêcher la mauvaise odeur que sa chair auroit pu causer, soit pour éviter les vers que cette corruption auroit pu produire.

La nature a doué les abeilles d’un odorat très-fin ; elles sentent de fort loin le miel & la cire.

Elles ont diverses manières de se caresser, auxquelles elles paroissent très-sensibles. Elles sont aussi sujètes à se battre & à se tuer, non-seulement dans un combat singulier, mais aussi dans des batailles générales : ce qui n’arrive pourtant ordinairement que lorsqu’en automne la récolte du miel n’est pas suffisante pour la nourriture de tout l’essaim pendant l’hiver.

Il semble qu’elles aient quelque pressentiment du beau & du mauvais temps ; car non-seulement elles ne sortent pas lorsqu’il y a apparence de mauvais temps ; mais lorsqu’il doit arriver quelqu’orage, celles qui sont à la campagne, le previennent, quittant leur travail, & arrivant à la ruche presque toutes à la fois, & avec beaucoup de précipitation. Elles font la même chose lorsqu’elles sont surprises à la campagne par quelques pluies, même légères.

Rien ne convient mieux aux abeilles que la chaleur ; plus elle est grande, plus elles sont animées & actives au travail. Le froid au contraire leur est si nuisible, que quelqu’animées qu’elles soient dans la ruche, lorsqu’elles en sortent pendant l’hiver, elles en sont saisies, & restent presqu’aussitôt sans mouvement. Si on les approche du feu, la chaleur leur rend leur première vigueur. Pour se garantir du froid pendant l’hiver, elles se placent vers le milieu de la ruche serrées les unes contre les autres, dans l’espace qui est entre deux rayons. Là elles s’agitent de temps en temps sans changer de place ; ce mouvement excite une chaleur qui les préserve du froid extérieur ; cette chaleur est telle, lorsqu’elles sont en agitation, qu’elle se communique aux vitres de la ruche qui en sont proche, & elle est très-sensible quand on y applique la main.

Il y a apparence que dans le travail elles se succèdent les unes aux autres, parce qu’elles travaillent nuit & jour dans la ruche, & qu’il y a une partie des abeilles qui se reposent même pendant le jour. Ce repos ne laisse pas d’être utile au public ; car leur présence dans la ruche cause une chaleur avec laquelle se couvent les petits dans les alvéoles ; ce que l’on a reconnu par l’expérience suivante. On a quelquefois détaché des morceaux de rayons, où il y avoit des petits vers dans les alvéoles, & on les a laissés au bas de la ruche. Une grande quantité d’abeilles alloient alors se poser sur ces rayons détachés, & y restoient jusqu’à ce que tous les petits fussent sortis en abeilles, après quoi elles abandonnoient entièrement le rayon. Cette expérience fait encore voir le soin que les abeilles ordinaires prennent des petits.

Les abeilles ont diverses manières & divers mouvemens, par le moyen desquels elles s’entendent les unes les autres ; par exemple, quand une abeille qui travaille aux rayons, demande du miel à une autre qui arrive, celle qui demande du miel, alonge sa trompe, & la porte entre les serres de celle qui le doit donner ; à mesure que celle-ci rejette le miel par cet endroit, l’autre le reçoit avec la trompe, sans qu’il s’en répande une goutte. Elles s’entendent aussi, lorsque par un mouvement des ailes elles demandent à être déchargées de la cire qu’elles ont recueillie à la campagne : quand le matin elles s’excitent pour sortir du travail ; lorsqu’enfin plusieurs abeilles veulent quitter un endroit, si une fait un mouvement des ailes, qui cause un petit son, toutes les autres, à l’exemple de la première, font le même mouvement, & se retirent. C’est apparemment de la même manière qu’elles s’avertissent dans la ruche, lorsqu’elles se préparent à sortir pour faire un nouvel essaim.

Il y a beaucoup d’apparence que les Bourdons sont les mâles des abeilles, comme le Roi est la femelle. Mais nous en parlerons au mot Bourdon.

On dit pour le moins aussi communément, Mouche à miel, que l’on dit, Abeille. Voyez Mouche a miel.

On a souvent fait entrer les abeilles dans des devises. Une abeille avec ce mot d’Horace, Studiosa florum, est la devise d’un homme appliqué à des ouvrages d’esprit. Elle conviendroit encore mieux à une femme savante. Une ruche, & Labor omnibus unus, convient à une société de gens qui travaillent de concert. Et avec ce mot pris de Virgile, Ore legunt sobolem, on l’a appliqué aux Prédicateurs. Et ceux-ci à des Savans, Utile dulci, ou E pluribus unum. Ephèse a une grosse abeille au revers de ses médailles. Les abeilles, si l’on en croit M. Reger, étoient le symbole des Colonies, aussi-bien que celui de la sagesse. Sic vos non vobis fut appliqué à Charles V, lorsqu’il fit la guerre pour rétablir le Duc de Sforce, dans le Duché de Milan. Une abeille qui voltige sur les fleurs, Ut prosim, pour marquer un homme qui consacre toutes ses veilles & ses travaux à l’utilité du public. Louis XII entrant dans Gènes, parut avec un habit blanc semé d’un essaim d’abeilles d’or, au milieu duquel étoit le Roi, avec ces mots : Rex non utitur aculeo, le Roi n’a point d’aiguillon, pour faire connoître aux Génois, qu’il leur pardonnoit leur rébellion.

Abeille, est l’une des douze constellations australes, qui ont été observées par les Modernes depuis les grandes navigations. Ozan. Elle est composée de quatre étoiles de la cinquième grandeur.

Abeille, se dit quelquefois figurément de ceux qui parlent, ou qui écrivent élégamment. Xénophon a été appelé la Muse & l’abeille Athénienne, à cause de la douceur de son style. M. Scud. Mais ces sortes de métaphores, qui sont fort bonnes en Grec, ne sont point tolérables dans notre langue, ou du moins ont besoin de quelqu’adoucissement. C’est avec cet adoucissement que Mlle Scuderi s’en est servie : elle ne dit pas crûment que Xénophon étoit l’abeille Athénienne, mais qu’il a été appelé la Muse & l’abeille Athénienne, à cause de la douceur de son style. Voilà trois adoucissemens. 1°. Il a été appelé, & non pas il étoit. 2°. La Muse & l’abeille Athénienne : ces deux mots servent à s’expliquer l’un l’autre. 3°. A cause de la douceur de son style. Cette raison approche encore la métaphore, & la rend plus intelligible. C’est à peu près de cette sorte qu’il faut se servir en François de la plûpart des métaphores, & il est bon de donner cet avis, sur-tout aux étrangers. Comme les sens figurés & les expressions métaphoriques frappent davantage l’esprit du Lecteur, que les expressions propres & simples, il arrive souvent que ceux qui étudient notre langue dans les bons Auteurs, remarquent avec attention ces sortes de mots, & en remplissent leurs recueils. Ils sont ensuite portés à croire qu’on peut s’en servir en toutes rencontres, parce qu’ils les ont remarqués dans un bon Auteur ; mais cela demande bien de la précaution, & un discernement que l’usage seul peut donner. Une expression métaphorique bien placée est d’un grand agrément ; mais elle ne vaut rien hors de sa place ; & sur-tout en François, il ne faut point s’en servir indifféremment, outre qu’on ne doit point transporter dans un style grave ce qu’un Auteur n’aura dit que dans un discours enjoué, ni détacher une expression hardie de tous les adoucissemens qui l’accompagnent. Cette remarque peut servir à toutes les pages de ce Dictionnaire.

☞ ABEIN. Source d’eau minérale en Auvergne, à quatre lieues de la Cuillie, sur le chemin d’Isoire, dans les montagnes. Ce sont des eaux chaudes, qui passent, à ce qu’on croit, par des mines de fer. On les croit bonnes pour la lèpre & autres maladies.

ABEL. Abel, ou Abela. Petite ville des Ammonites, qu’Adrichomius met dans la Tribu de Gad, & Josephe dans la demi-Tribu de Manassé, au-delà du Jourdain, c’est-à-dire, dans le petit pays qu’on nomma depuis la Trachonite ; elle étoit à sept milles de Philadelphie. Les Septante l’appellent Εβιλχαρμίμ. Elle étoit dans un pays de vignes. Ce fut là que Jephté défit les Ammonites. Liv. des Jug. ch. XI. Son nom, qui est Hébreu אבל signifie pleureux, & non pas affliction, qui se dit en Hébreu Ebel. Jephté prit & ravagea vingt villes depuis Aroër jusqu’à Mennith, et jusqu’à Abel, qui est planté de vignes. Saci. M. Corneille dit aussi Abela.

Abel, s. m. est aussi le nom du second fils d’Adam & d’Eve, qui fut tué par Caïn son frere aîné.

ABELE. Abela. Ville de la Terre-Sainte, dont il est fait mention au II. liv. des Rois, chap. 20. v. 14. Elle étoit de la Tribu de Nephthali, ou dans la Galilée supérieure, & dans une plaine de la contrée qu’on appeloit Bérim. Cette ville s’appeloit Abel, ou Abéle, Abel-Maacha, ou Abel beth Maacha, c’est-à-dire, Abel qui appartient à Maacha, ou qui est des dépendances de la maison du Roi. On la met à 60 stades, ou à 7 ou 8 lieues du Jourdain. Voyez Abelmaïm.

ABELICÉE. s. m. Grand arbre qui croît particulièrement en Créte, Abelicea. On l’appelle encore Santalus Adulterina, ou Pseudosantalum. Son bois est dur, rouge, un peu odorant, ressemblant un peu au santal rouge. On s’en sert pour faire des poutres.

ABELIENS, ou ABELOÏTES, ABÉLONIENS. s. m. plur. Abeliani, Abeliotæ, Abelonii. Nom de paysans hérétiques qui habitoient un bourg proche d’Hippone. Le dernier de ces noms vient de celui qu’on leur donnoit en langue Punique ; les deux premiers sont ceux que S. Augustin leur donne en latin. Ces hérétiques se marioient ; mais ils vivoient avec leur femme dans la continence, & sans avoir de commerce ensemble. Ils adoptoient un jeune garçon & une jeune fille, à condition qu’ils se mariroient, mais qu’ils vivroient aussi en continence ; & ils ne manquoient point, dit S. Augustin, de trouver dans le voisinage des pauvres qui leur fournissoient leurs enfans pour qu’ils les adoptassent. Quelques Auteurs croient qu’ils se fondoient sur cet endroit de S. Paul, i. Cor. VII. 29. Que ceux qui ont des femmes soient comme s’ils n’en avaient point. S. Augustin n’en dit rien. Un Auteur moderne, qui avoue que ce Pere est le seul qui ait parlé de cette Secte, dit que ces gens-là régloient le mariage sur le pied du Paradis terrestre, prétendant qu’il n’y eût entre Adam & Eve qu’une union de cœur. Ils se régloient aussi, poursuit-il, sur l’exemple d’Abel ; car ils prétendoient qu’Abel avoit été marié, mais qu’il étoit mort sans avoir jamais connu sa femme. C’étoit de lui que leur Secte avoit pris son nom… Voilà, dit-il, ce que saint Augustin nous en apprend. Il n’y a pas un mot de tout cela dans ce Pere. l. de Hæres. ad Quodvult. hær. 87. Il ne parle ni du Paradis, ni d’Adam & d’Eve, ni du mariage d’Abel, ni de sa continence. Il dit seulement, que quelques-uns de ces Sectaires tiroient leur nom d’Abel, fils d’Adam ; mais il ne le rapporte pas de son chef, ni comme son opinion. Hos nonnulli dicunt, &c. Il est cependant assez vraisemblable que c’est en effet là l’origine de ce nom, & qu’ils furent ainsi appelés, parce qu’ils n’avoient pas plus de postérité qu’Abel, à qui l’Ecriture n’en donne point, & qui par conséquent n’en eut point ; non pas qu’il eût vécu en continence dans le mariage, mais parce que vraisemblablement il fut tué avant que d’avoir été marié : on pourroit dire certainement, puisque l’Ecriture n’en dit rien, & que peut-être Caïn son aîné ne l’étoit point encore lui-même quand il le tua. Un autre Moderne dit, qu’il y avoit une fable répandue dans tout l’Orient, qui disoit, qu’après la mort d’Abel, Adam fut cent trente ans sans avoir de commerce avec Eve ; que c’est un sentiment des Docteurs Juifs ; que ce conte avoit eu cours, même parmi les Arabes ; que c’est pour cela, qu’au rapport de Gigejus תאבל thabala, en Arabe signifie s’abstenir de sa femme ; & qu’il est le plus trompé du monde, si cette opinion n’avoit point pénétré jusqu’en Afrique, & donné occasion à leur nom. Il est vrai que les Rabbins disent qu’Adam, touché de la mort d’Abel, fut long-temps sans user du mariage, & jusqu’à ce qu’il engendrât Seth. Si quelques-uns disent que ce temps fut de cent trente années, c’est une erreur manifeste, & contraire à leurs propres Chronologies, qui mettent la naissance de Seth à la cent trentième année du monde & de la vie d’Adam, comme on le peut voir dans les deux Seder Olam, & dans David Ganz. Car comment auroit-il eu Seth à sa cent trentième année, si Seth n’avoit été conçû que cent trente ans après la mort d’Abel ? Aussi Abarbanel dit, que ce fut cent trente ans depuis son péché. Car il croit, comme beaucoup d’autres Rabbins, que Caïn & Abel furent conçus immédiatement après le péché d’Adam. Mais soit que l’on prenne sa pénitence & sa continence depuis son péché, ou depuis la mort d’Abel, ce seroit la continence d’Adam, & non pas celle d’Abel, que ces hérétiques auroient imitée ; & si c’eût été de cette fable que leur nom leur fût venu, on les eût nommés Adamites ou Adamiens, plutôt qu’Abéliens. Le thabala des Arabes ne prouve point que ceux qui à l’exemple d’Adam n’usoient point du mariage, fussent nommés du nom d’Abel. Car 1°. ce thabala ne vient point du nom d’Abel, הבל ; s’il en venoit, il s’écriroit par un ה, & non par un א. Il ne faut point dire que ces lettres se changent aisément ; car les Arabes ne l’ont point fait. On peut voir tous nos Interprétes, aussi-bien qu’Eutychius, & Abulfaragius, qui écrivent tous le nom d’Abel par un ה, aussi-bien qu’en Hébreu. 2°. Thabala vient de abala, qui comme l’abal des Hébreux, signifie être en deuil, en affliction, & s’abstenir en général du plaisir à raison du deuil ; de sorte qu’il vient de l’abal des Hébreux, comme l’a très-bien remarqué Golius, & après lui Castel. Ainsi il est plus croyable que les hérétiques dont nous parlons, s’appelèrent Abéliens, parce qu’ils ne laissoient point de génération non plus qu’Abel. Cette hérésie fut toute renfermée dans un seul village, & ne dura point, comme S. Augustin le remarque. Est quædam hæresis rusticana in campo nostro, id est, Hipponensi, vel potius fuit. Paulatim enim diminuta in una exigua villa remanserat : in quaquidem paucissimi, sed omnes hoc fuerunt.

ABELISER. v. a. Vieux mot, qui veut dire, Charmer & ravir. Allicere, delinire. On disoit aussi Abelir.

 Si m’abélisoit & féoit.
Rom. de la Rose.

ABELLE. Petite rivière de Pologne. Abella. Elle arrose la Samogitie, & se jette dans la Nieuvara, au bourg de Kieydani.

ABELLINAS. Abellina vallis, grande & belle vallée de Syrie, entre le Liban & l’Antiliban, dans laquelle est Damas.

ABELLION. s. m. Abellio. Ancien Dieu des Gaulois. On a trouvé vers Cominges, dans l’ancienne Novempopulanie trois inscriptions antiques qui font mention de lui. Scaliger les rapporte dans son L. i. sur Ausone, C. 9. & Gruter. p. 37.

La première est,

DEO
ABELLIO-
NI
MINUCIA
JUSTA
V.S.L.M.

Les autres n’apprennent rien davantage de ce Dieu. Bouche en son Histoire de Provence, T. i. p. 61. croit que c’étoit un Dieu qui étoit adoré en quelque lieu anciennement nommé Abellio. Vossius, de Idolol. L. ii. C. 17. croit que c’est le Soleil ; qu’il a été ainsi nommé du nom Bélus ; que les habitans de Pamphilie & ceux de Créte appeloient ainsi le Soleil, comme le dit Hésychius ; que les anciens Romains nommoient aussi le soleil Apello, au lieu d’Apollo ; que ce nom pouvoit s’être formé du mot Ἀβέλιος, qu’ils avoient pris de l’Île de Créte ; que c’est ainsi que pour hemo, on a dit homo, & pour bonus, benus, d’où est resté benè. Quoiqu’il en soit, le nom Apollo ne s’est pas fait de l’Ἀβέλιος des Crétois, mais de l’Ἀπόλλων des Grecs.

ABELMAÏM. Ville de la Terre-Sainte. Abelmaïm. Adrichomius la distingue d’Abela, ou Abel-Maacha, & prétend que c’étoit une ville différente. Le P. Lubin, au contraire, soutient qu’en comparant le IIIe livre des Rois, chap. XV, §. 2, & le IIe. des Paral. chap. XVI, §. 4, on trouve que c’est la même. L’un & l’autre la placent dans la Tribu de Nephthali, contrée de la Galilée supérieure.

Ce mot signifie Abel des eaux, ou les eaux d’Abel, מים, en Hébreu, aquæ.

ABELMELUCH. s. m. Espèce de ricin ou de palme de Christ. Cet arbre croît aux environs de la Mecque. Ses semences sont regardées comme un purgatif violent. Dict. de Med.

ABEL-MEHULA, ABELMEULA, ABELMAULA. Ville de la Terre-Sainte. Abelmehula. Elle étoit dans la demi-Tribu de Manassé, qui étoit au-delà ou à l’orient du Jourdain, Abel-mehula étoit la patrie du Prophète Elisée.

ABEL-MOSC. s. m. Qu’on nomme en François, Ambrette, ou Graine de musc. C’est la semence d’une plante qui croît en Egypte, & dans les Îles Antilles, qui a des feuilles verdâtres & veloutées, assez semblables à celles de la Guimauve ; ce qui lui a fait donner par nos nouveaux Botanistes le nom de Guimauve veloutée des Indes. Althæa Indica villosa. Cette graine n’est guère plus grosse que la tête d’une très-grosse épingle, de la forme d’un petit rognon, grisâtre & comme chagrinée par-dessus, & d’une odeur qui tient tout ensemble de l’ambre & du musc. On s’en sert principalement dans la composition de quelques parfums. Les Parfumeurs Italiens s’en servent beaucoup. En France les Religieuses & les Patenôtriers en font des chapelets. On lit dans Blancard, que cette plante Egyptienne a l’odeur du musc, & que les Arabes la mêlent avec leur café, pour la lui communiquer.

ABEN-EZER. Nom de lieu dans la Terre-Sainte, situé entre Masphat & Sen. C’est là que les Israëlites furent défaits par les Philistins, & que l’Arche d’Alliance fut prise. Ce mot qui est Hébreu signifie, la pierre du secours ; venant de אבן, aben, pierre, & עזר, ezer secours. L’armée campa près de la pierre du secours. Sacy. Israël campa près d’Eben-heser. Trad. de Gen. et les Desmar. Il ne faut point heser par un h mais eser. Il est mieux. C’est en Hébreu un ain.

ABENOW. Abnoba. Montagne de Souabe, en Allemagne, dans la principauté de Furstemberg ; elle communique son nom à la longue chaîne de montagnes qui s’étendent entre le Rhin & le Nékre, depuis les villes forestières jusqu’à celle de Phorsheim. Maty.

ABENSPERG. Abusina, Aventicum, Abensperga. Ville de Bavière, près du confluent de la rivière d’Abeust & du Danube, à quelques lieues au-dessus de Ratisbonne.

ABENST. Petite rivière de Bavière, qui se décharge dans le Danube, près de la ville d’Abensperg. Ampla.

ABÉONE. s. f. Abeona. Déesse du Paganisme, à laquelle les Romains se recommandoient quand ils se mettoient en chemin pour s’en aller. S. Aug. De Civ. L. iv. C. 22. Ce mot est formé du verbe Abeo, je m’en vais.

ABERAVON. Bourg du Comté de Glamorgham, en Angleterre. Il est à l’occident de Cardiffe, proche de l’embouchure de la rivière d’Avon. Aberavonium. Ce mot peut être une preuve que la langue Celtique, que parloient les anciens habitans de l’Albion ou de l’Île Britannique, puisqu’ils étoient descendans des Celtes, venoit de l’Hébreu. Car dans l’une & l’autre de ces langues, Abéravon signifie, Passage de l’Avon, ou au-delà de l’Avon. Il en est de même des autres où le mot Ab entre.

ABERCE. s. m. Nom d’homme. Avircius. S. Aberce, ou Avirce Marcel, Evêque d’Héraple en Phrygie, a été célébre parmi les Grecs, vers l’an 230. Baill.

☞ ABERCOBAB. Ville de Perse, dans la Province d’Aragian, entre les pays de Fars & d’Ahovaz, bâtie par Kaicobab, premier Roi de Perse, d’où elle a pris son nom.

ABERCONWEY, ou CONWEY. Bourg d’Angleterre. Abercovonium. Il est dans la principauté de Galles, & dans le Comté de Carnarvan, à l’embouchure du Conwey.

☞ ABERCOUH ou ABERCOUEH, Ville de l’Iraque Persienne, à vingt parasangues, ou quatre-vingt mille pas d’Ispahan. Elle commande une campagne la plus fertile & la plus riche de toute la Perse.

ABERDÔNE ou ABERDÉEN, Ville d’Écosse. Il y a Old-Aberdône, la vieille Aberdône, vetus Aberdona ; & Now-Aberdône, la nouvelle Aberdône. La vieille est dans le Comté de Marr, à l’embouchure du Don. Aberdône a une Université. On la prend pour la Devana, ou Denana des Anciens.

La nouvelle Aberdône, Aberdona nova, est aussi dans le Comté de Marr, à l’embouchure de la Dée, environ à une lieue de la vieille Aberdône. Elle a une Université, comme la première. C’est un bon port qui lui attire beaucoup de commerce.

ABERDORE. Aberdura. Il y a deux villes en Ecosse de ce nom. La première qu’on nomme Aberdour, est une petite ville ou bourg du Comté de Buquam, sur la côte, & plus au nord de la vieille Aberdône.

La seconde Aberdour, est dans le Comté de Fife, sur le golfe d’Edimbourg, au nord-ouest de cette capitale.

ABERFRAW, ou ABERFAW. Bourg de la principauté de Galles, en Angleterre. Aberfraria, Gadiva. Il est sur la côte occidentale de l’île d’Anglesey. Il étoit autrefois la ville capitale de l’île, & le lieu de la résidence des Rois de la Vénédotie, qu’on appeloit encore rois d’Aberfraw.

ABERGEVENI, ou ABERGENY. Bourg de la province de Galles, en Angleterre. Abergevenium, Abergenium. Il est dans le comté de Montmouth, sur la rivière d’Usque, entre Brecknock & Caërlion. Il étoit autrefois habité par les Silures, & s’appeloit Gobanium, d’où Gebeni s’est formé.

ABERHAVRE. Embouchure de rivière ; c’est de-là que vient le mot Havre, du mot Hébreu habar, selon Bochart. Ostia fluvii. Ce mot n’est plus en usage.

ABERISTIWITH. Bourg d’Angleterre, dans la principauté de Galles. Aberflivium. Il est dans le comté de Cardigan, à l’embouchure de la rivière d’Invith.

ABERNÉTHY, ou ABUBORN. Ville d’Ecosse. Abernæthum, Abernæthæa, Abrinea. Elle est dans le comté de Straterne, sur la rivière du Tay, un peu au-dessous du confluent de l’Erne. Abernéthy est fort ancien. C’étoit autrefois la capitale du royaume des Pictes. Il a eu un archevêché que le roi Canut fit transférer à saint André.

ABERRATION. s. f. Terme d’Astronomie, qui se dit d’un mouvement en déclinaison, que l’on prétend depuis quelques années avoir trouvé dans les étoiles fixes, différent de celui qui vient du mouvement des étoiles autour des pôles de l’écliptique. M. Bradley, Anglois, est le premier qui l’ait découvert. Il prétend que chaque étoile observée pendant le cours d’une année, semble décrire dans les Cieux une petite ellipse, dont le grand axe est d’environ 40″. La cause de ce mouvement apparent, ou d’aberration, s’il y en a, doit être le mouvement annuel de la terre dans son orbite. J’ai dit, s’il y en a ; car quoique M. Roëmer ait aussi cru trouver ce mouvement par les observations qu’il a faites à Stockholm, néanmoins les plus habiles & les plus exacts astronômes, ayant fait en France les mêmes observations sur les mêmes étoiles que Roëmer, ont à la vérité souvent trouvé quelque chose qui sembloit favoriser cette opinion ; mais plus souvent encore, ou pour le moins aussi souvent, ils n’ont trouvé aucune différence dans la situation de ces étoiles pendant le cours d’une année. D’ailleurs, l’orbite annuelle apparente d’une étoile est si petite, qu’il est impossible de déterminer si c’est une ellipse, ou un cercle, ou quelqu’autre courbe. Voyez Bradley dans les Transactions philosophiques, N°. 406, M. Horrebow dans sa Clavis Astronomiæ, vel Copernicus triumphans. Hawniæ, 1727.

M. Bradley ne prétend pas que ce mouvement apparent des étoiles vienne du mouvement seul de la terre dans son orbite, mais du mouvement de la terre & du mouvement de la lumière que l’étoile lance, combinés l’un avec l’autre. Ce second mouvement s’appelle aberration de lumière. Ces deux mouvemens combinés ensemble sont ce qu’on appelle aberration des étoiles fixes.

Ce terme signifie donc l’éloignement d’une étoile du lieu effectif où elle est. Les étoiles paroissent faire un circuit en ellipse autour du point qu’elles occupent réellement ; c’est ce qu’on appelle aberration. La parallaxe nous fait voir les astres, où ils ne sont pas, & tous les astronômes y ont égard dans leurs observations & leurs calculs ; mais en outre les étoiles ont encore d’autres aberrations. M. Bradley, qui est le premier, je crois, qui se soit apperçu de l’aberration des étoiles, après avoir conclu qu’elle se faisoit par le mouvement progressif de la lumière, donna des règles pour trouver l’aberration en ascension droite. En l’année 1737, M. Claitaut présenta un Mémoire à l’Académie des Sciences sur l’aberration des étoiles, où il donne des méthodes plus sûres & plus exactes pour calculer cette aberration, que tout ce qu’avoient dit MM. Bradley & Manfrédy, en comparant le mouvement progressif de la lumière avec le mouvement de la terre. Quoique M. Bradley prétende avoir observé l’aberration dans le lieu des fixes, néanmoins parce que cette théorie n’est pas encore adoptée de tout le monde, nous ne croyons pas qu’il faille trop se hâter de recevoir une découverte qui n’est encore attestée que par un seul auteur, qui ne s’accorde point avec les observations faites par les astronômes François, & qui est fondée sur le mouvement successif de la lumière, dont les plus habiles astronômes doutent encore. Voici cependant la réflexion d’un célèbre astronôme. Si la France a produit dans le dernier siècle les deux plus grandes découvertes de l’astronomie physique, savoir, l’accourcissement du Pendule sous l’Equateur, dont Richer s’apperçut en 1672, & la Propagation ou le mouvement successif de la lumière, démontré dans l’Académie des Sciences par Roëmer, l’Angleterre peut bien se flatter aujourd’hui d’avoir annoncé la plus grande découverte de ce dix-huitième siècle. Institutions Astronomiques de M. Le Monnier, p. 94.

ABERTIVI. Voyez Taff.

☞ ABESKOUN, ABUSKOW, ou ABKOUN. Île de la Mer Caspienne, éloignée seulement de trois parasangues de la ville d’Esterabad. Il y a dans cette Île une ville & une rivière du même nom.

ABET. Voyez Goza.

ABÉTI, IE, part. & adj. Hebes.

ABÉTIR. v. a. Hebetem, stupidum reddere. Rendre un homme stupide & semblable à une bête. Vous abétirez votre enfant. L’excès du vin abétit. Ce verbe est quelquefois neutre, & signifie devenir bête. Hebescere. On dit, Cet enfant abétit tous les jours. Il n’est guère d’usage ni à l’actif, ni au neutre.

ABEX. Contrée de la haute Éthiopie, en Afrique. Abaxia ora. La côte d’Abex s’étend le long de la mer Rouge, qui la borne au levant. Elle a l’Abissinie & la Nubie au couchant, l’Egypte au nord, & la côte d’Ajan au midi. On la divise en deux parties, la supérieure qui est au nord, & régie par le Béglierbey d’Habeleth ; ses villes principales sont Ercoco & Suaquem. Celle-ci est la capitale & le siége du Gouverneur. L’inférieure est le royaume de Dancala, dont les villes principales sont Dégibelcora & Dégibeldara. La première appartient aux Turcs, & la seconde aux Mores. La côte d’Abex est une partie de l’ancienne Troglodyte.

ABEYANCE. s. f. Abbeyantia, abeyantia. Terme de Droit. Littleton le définit ainsi : Le droit de fée simple est en Abeyance, c’est-à-dire, il est tant seulement en la remembrance, entendement & considération de la ley. Car moi semble que tiel chose & tiel droit que est en divers livres être en Abeyance, est à tant à dire en Latine : Talis res vel tale rectum, quæ vel quod non est in homine ad tunc superstite, sed tantummodo est & consistit in consideratione & intelligentiâ legis, & quod alii dixerunt, talem rem, aut tale rectum fore in nubibus. Edoüard Cok dit que selon les Jurisconsultes, les choses sont en abeyance, Quæ nondum sunt définitæ, aut sententiâ comprobatæ, sed sunt adhuc in expectatione ; c’est, ajoute-t-il, en donnant l’étymologie du mot abeyance, que beer chez les François & les Flamands, signifie, Attendre avec empressement quelque chose. Ce mot abeyance est ancien.

☞ ABGARES. Les Abgares d’Edesse, en Mésopotamie, étoient de petits Rois qu’on voit souvent sur des Médailles, avec des thiares d’une forme assez semblable à celles que portoient certains Rois Parthes. Antiq. du Pere Montfaucon, T. III.

ABHAL. s. m. Fruit de couleur rousse, tirant sur le noir, très-connu dans l’Orient, qui est à-peu-près de la grosseur de celui du cyprès, & que l’on recueille sur un arbre de l’espèce de ce dernier. On le regarde comme un puissant emménagogue ; l’on s’en sert aussi pour hâter l’expulsion des fœtus qui sont morts dans la matrice. Dict. de Med.

☞ ABHER ou ABHERAH. Ville d’Asie, dans la Province de Gebal ou Iraque Persienne, située au quatrième climat à 84 d. 30’de long. & à 36 d. de lat. sept.

AB HOC ET AB HAC. Mots empruntés du Latin dont on se sert dans le style familier, pour dire, Confusément, sans ordre, sans raison, à tort & à travers. Temerè, inconsideratè, inconsultè. Discourir ab hoc & ab hac.

 Ici gît Monsieur de Clézac
Qui baisoit ab hoc & ab hac.Mén.

ABHORRER. v. a. Avoir un sentiment d’aversion qui est l’effet du goût naturel, ou du penchant du cœur ; Abhorrere. On le dit également des personnes & des choses. Suivant la remarque de M. l’Abbé Girard, ce mot n’est guère d’usage qu’au présent. On ne doit pas le confondre avec détester, qui marque également un sentiment d’aversion ; mais ce dernier est l’effet de la raison ou du jugement. On abhorre ce qu’on ne peut souffrir, tout ce qui est l’objet de l’antipathie. Le malade abhorre les remèdes ; une ame bien placée abhorre tout ce qui est bassesse & lâcheté. On déteste ce qu’on désapprouve, & tout ce que l’on condamne. Une personne vertueuse déteste tout ce qui est crime & injustice. On dit aussi, s’abhorrer soi-même dans l’agitation & dans les remords d’un crime.

 Objet infortuné des veangeances célestes,

Je m’abhorre encor plus que tu ne me détestes.
Racine.

ABHORRÉ, ÉE. part. Odiosus. Une chose, une personne abhorrée de tous les honnêtes gens.

ABI.

ABIA, ou ALBIA. s. f. Petite rivière de la grande Tartarie. Abia, Albia. Elle coule dans le Zagathay, & après avoir reçu la rivière d’Amu, elle prend le nom d’Abiamu, ou Albiamu, ou plus communément Giehun. Voyez Giehun.

☞ ABIAD. Ville d’Afrique, sur la côte d’Abex.

ABIAGRASSO. Bourg du Milanez, en Italie. Albiatum, Albiatum crassum. Il est entre Milan & Vigévano, sur la petite rivière de Ticinello.

ABIAMU, ou ALBIAMU. Voyez Abia, ou Giehun.

☞ ABIANNEUR. Voyez Abienheur.

ABIB. s. m. Nom que les Hébreux donnoient au premier mois de l’année sacrée, & qui répond à la fin de notre mois de Mars, & au commencement de celui d’Avril. Saint Jérôme a traduit le mot Abib par Fruits nouveaux ; & c’est ainsi qu’il est dans la Vulgate. Le P. Calmet dit qu’il signifie des épis verts. On donna dans la suite le nom de Nisan à ce même mois.

ABIBES. Voyez Abaïbes.

ABIBON. s. m. Abibon. Nom d’homme. Abibon étoit le puîné des fils de Gamaliel. Baill. Ce mot est Hébreu, formé de אב, ab, pere, & בון, bun, ou bon, Comprendre, être intelligent, & signifie, Pere de l’intelligence. M. Baillet l’appelle Abibas. Quoique ce mot puisse absolument se dire, il paroît mieux de dire Abibon, comme on le trouve dans le Martyrologe.

ABICUREN. s. m. Petite rivière de Perse. Abicurenus. Elle arrose Ispahan, capitale de Perse, & la province d’Erak-Atzem.

ABIDOS. Voyez Aveo et Abyde, Abydos.

ABJECT, ECTE. adj. Bas, vil, méprisable, dont on ne fait aucune estime. Abjectus, vilis, contemptus. Un homme de néant, & dont la personne lui paroissoit si abjecte. Bouh. On le dit aussi de l’esprit, du courage. C’est un esprit vil & abject, une ame basse & abjecte, qui n’a aucune élévation, qui ne pense à rien de grand.

☞ ABJECTION, s. f. Etat de mépris où est une personne. Abjectio. L’abjection, dit M. Girard, se trouve dans l’obscurité où nous nous enveloppons de notre propre mouvement, dans le peu d’estime qu’on a pour nous, dans le rebut qu’on en fait, & dans les situations humiliantes où l’on nous réduit.

Ce mot n’est synonyme avec bassesse, qu’autant qu’ils marquent l’un & l’autre l’état où l’on est. La bassesse se trouve dans le peu de naissance, de mérite, de fortune & de condition. On doit dire, état d’abjection, & bassesse d’état.

On emploie souvent ce mot dans les livres & dans les discours de dévotion. La piété diminue les amertumes de l’état d’abjection. M. l’Abbé Girard. Le mérite des premiers Chrétiens, des premiers Religieux, a été de vivre dans l’abjection, dans l’humilité, dans le mépris du monde. Ab. d. l. Tr.

ABIENHEUR, & ABIANNEUR. s. m. Terme de Coutume. Dépositarius. Sequester. Ce sont en Bretagne les Dépositaires, les Sequestres ou Commissaires d’un fonds saisi. Voyez M. Hevin sur Frain.

ABIENS. s. m. plur. Abii. Peuple de Scythie, qu’Homère appelle, Les plus justes de tous les hommes, Δικαιοτάτους ἀνθρώπων. Iliad. V. Quelques Auteurs les placent dans la Thrace. Quoique les Abiens aimassent leur liberté au dernier point, & qu’ils l’eussent toujours conservée depuis Cyrus, ils vinrent se soumettre volontairement à Alexandre, lorsqu’il étoit à Maracande.

On rapporte trois ou quatre étymologies de ce mot. 1°. On dit qu’il vient du fleuve Abien, Abianus, sur les bords duquel ils habitoient. Si cela étoit, ils eussent été appelés Abianiens, Abiani, plutôt qu’Abiens, Abii. 2°. On le fait venir de l’α privatif, & de ϐίος, vie, comme qui diroit : Des gens qui ne vivent pas, quorum non est vita vitalis, parce qu’ils vivoient dans le célibat, ne se nourrissant que de lait, & demeurant toujours dans des chariots. Le célibat entier d’une nation paroît une fable ; comment se fût-elle perpétuée ? Bien d’autres chez les Scythes menoient une vie encore moins humaine, qu’on n’appeloit point pour cela Abii. 3°. D’autres tirent ce nom de l’α privatif, & de ϐιός, un arc, parce qu’ils ne s’en servoient point. 4°. Enfin, & c’est ici ce qu’il y a de plus probable, d’autres veulent qu’ils fussent ainsi appelés de l’α privatif, & de βία, violence, force, parce qu’ils n’usoient point de force, ni de violence, & n’avoient jamais fait la guerre, à moins qu’on ne voulût attenter à leur liberté. L’épithète que leur donne Homère, confirme ce sentiment.

ABIGEAT. s. m. Terme de Droit Romain. L’Abigeat est une action qui consiste à emmener les troupeaux des pâturages, pour se les approprier. C’est une espèce de vol, qui se commet, non pas en enlevant & en transportant d’un lieu à un autre la chose dont on veut profiter, mais en la détournant, en la faisant aller devant soi. Abigere, ante se agere. Celui qui n’enlève qu’un mouton, ne commet point le crime d’abigeat, mais un simple vol. La distinction de l’abigeat, & du vol simple, n’est pas connue en France.

☞ ABIGIRAS. Peuple peu connu de l’Amérique Méridionale, à l’Orient de la rivière de Moyobamba, au-dessus de sa jonction avec la rivière des Amazones.

ABIHAIL. s. m. ou f. Selon qu’il est nom d’homme ou de femme. Car c’est le nom de plusieurs personnes dans l’Ecriture. Quand il est écrit par un ה, on l’interprète Pere de lumière ou de louange. Et quand il s’écrit par un ח, Abihhail, Pere de force, ou Pere de l’armée, ou de douleur, ou la force du Pere. Leur prince est Suriel, fils d’Abihahiel. Sacy. Nomb. III, 35. Il faut lire Abihhail.

ABIMALIC. La langue d’Abimalic, c’est la langue des Africains Bérebéres, ou anciens & véritables Africains naturels du pays. On la nomme ainsi, à ce que l’on croit, de l’Auteur de leur Grammaire, nommé Abimalik, qui n’est apparemment autre chose qu’Abimelech, c’est-à-dire, Pere de Roi, ou Mon pere Roi.

ABIME, ABIMER. Voyez Abyme, Abymer.

ABIMELECH. s. m. Abimelech. Ce nom, qui est Hébreu, composé de אבי, abi, pere, ou mon pere, & de מלך, Roi, & qui signifie par conséquent pere de Roi, ou plutôt, mon pere Roi, comme qui diroit mon pere & mon Roi, est 1°. un nom propre d’homme dans l’Ecriture. 2°. C’est un nom appellatif, ou comme appellatif, qui paroît commun à tous les Rois de Gérare, comme celui de Pharaon l’étoit à ceux d’Egypte. Car le Roi de Gérare, qui reçut Abraham, s’appelle Abimelech ; & Achis, qui reçut David, est aussi appelé Abimelech dans le titre du xxxiii. Pseaume. C’est un nom très-convenable aux Rois de ces premiers temps, qui furent les peres ou les chefs des familles, en sorte qu’on pourroit les appeler Peres & Rois en même temps. Il est croyable que ce fut là un des premiers que les Rois porterent.

☞ ABIN. Château d’Arabie, à l’Orient de la ville d’Aden, à douze milles de la mer.

ABINGTON. Bourg du comté de Bar en Angleterre. Abindonia, Abingtonia. Il est au-dessous d’Oxford, au confluent de la Tamise & de l’Ock.

AB-INTESTAT. Terme de Jurisprudence, qui se dit de celui qui meurt sans avoir fait de testament, ou qui en a fait un qui n’est pas valable, qui a été cassé, & qui ne peut avoir son exécution. On ne dit point d’un mineur, qu’il est mort ab-intestat ; mais on dit d’un fils, qu’il est héritier de son pere ab-intestat, lorsque le pere est mort sans avoir fait de testament. Il y a eu un temps où l’on privoit de sépulture ceux qui étoient décédés ab-intestat : ce qui donna lieu à un Arrêt du 19 Mars 1409, portant défenses à l’Evêque d’Amiens d’empêcher, comme il faisoit, la sépulture des décédés ab-intestat.

☞ ABIOURD, ou ABIURD. Ville d’Asie, dans le Corasan, Province de Perse. Elle a donné naissance à plusieurs grands hommes.

☞ ABIPONES. Peuple de l’Amérique Méridionale, dans le Paraguai, entre les Frontones au midi, & les Guanalcas au nord.

ABISCA. s. f. Province de l’Amérique méridionale. Abisca. On la place dans le pays des Amazones, vers la source du Tipy, à l’orient de Cusco.

☞ ABISSINIE. C’est ainsi qu’on écrit communément. Voyez Abyssinie.

ABISUS. Voyez Atellaro.

☞ ABIVERD, ou BAVERD. Ville d’Asie, dans la Tartarie, au nord du Corassan, près de Tous.

☞ ABJURATION. s. f. acte par lequel on renonce solennellement à une erreur dans laquelle on s’étoit engagé, ou dont on faisoit profession publique. Erroris confessio ac detestatio. Il fit son abjuration entre les mains de l’Evêque. C’est aussi l’acte en forme, par lequel on justifie que l’on a abjuré. Son abjuration est signée de l’Evêque.

Chez les Romains le mot d’abjuration signifioit dénégation avec faux serment d’une dette, d’un gage, d’un dépôt, ou autre chose semblable, auparavant confiée. En ce sens l’abjuration est la même chose que le parjure. Elle differe de l’éjuration qui suppose le serment juste.

Abjuration, se dit aussi dans l’Histoire & les Loix d’Angleterre, du serment qu’un homme qui a commis un crime de félonie, & qui s’est réfugié dans un asyle, fait de sortir du Royaume pour toujours. C’est S. Edouard le Confesseur qui en fit la Loi ; mais depuis elle a été changée. Harris. Selon Boyer, il signifie, Exil perpétuel. Voyez au mot abjurer une autre signification de ce mot. Ce mot vient du Latin abjurare, qui dans Cicéron & dans les autres bons Ecrivains de ce temps-la, signifie, Nier quelque chose avec serment.

ABJURER. v. a. Renoncer solennellement à quelque mauvaise doctrine, à des maximes erronées. Errorem damnare, detestari. Cet homme a abjuré les erreurs de Socin. On dit simplement & absolument, Il a abjuré ; pour dire, Il a changé de Religion, il s’est converti. Abjurer, dit M. l’Abbé Girard, se dit toujours en bonne part. En quoi il differe de renier qui s’emploie toujours en mauvaise part. L’Hérétique abjure quand il rentre dans le sein de l’Eglise. Le Chrétien renie quand il se fait Mahométan. On renie le maître qu’on sert, ou la religion qu’on avoit embrassée. On abjure l’erreur dans laquelle on étoit.

On a dit autrefois, abjurer la patrie ; pour dire, quitter la province pour n’y plus retourner, comme font les bannis, les proscrits. Abnegare. Voyez Abjuration.

Dans les Loix d’Angleterre, abjurer une personne, c’est renoncer à l’autorité ou au domaine d’une telle personne. Par le serment d’abjuration on s’oblige à ne reconnoître aucune autorité royale dans la personne appelée le Prétendant, & de ne lui rendre jamais l’obéissance que doit rendre un sujet à son Prince.

Ce mot pris dans un sens figuré, se dit encore pour signifier qu’on renonce pour toujours à certaines choses, & qu’on les abandonne. Il a abjuré la Poësie. Scar. Elle a abjuré tout sentiment de pudeur & de vertu Pasc.

ABJURÉ, ÉE. part. Damnatus, abjectus, repudiatus.

ABIXINIE. s. f. Voyez Abyssinie. Ce mot s’est formé d’Abex.

ABL.

ABLAB. s. m. Arbrisseau de la hauteur d’un sep de vigne, dont les rameaux s’étendent de même. Il croît en Egypte, & subsiste un siècle, également vert en hiver & en été. Ses feuilles ressemblent à celles de nos féves de Turquie ; & ses fleurs qu’il porte deux fois l’an, au printemps & en automne, sont presque semblables. Cette plante produit des féves qui servent de remède contre la toux & contre la rétention d’urine. Les Egyptiens s’en nourrissent. Voyez Hablab.

☞ ABLACTATION. s. f. Ablactatio. Terme de Médecine, qui signifie l’action ou la manière de sevrer les enfans.

☞ ABLAI. Voyez Ablay.

ABLAIS. s. m. Terme de Pratique en quelques Provinces. Dépouille de blés. La Coutume d’Amiens défend d’enlever les fruits, & ablais, quand ils sont saisis, sans donner caution au Seigneur de ses droits. Ablais, dans les Coutumes d’Amiens & de Ponthieu, sont les blés coupés qui sont encore sur le champ. Segetes desectæ in agro jacentes.

ABLAQUE. adj. f. Nom que les François ont donné à la soie Ardassine, que l’on tire de Perse par la voie de Smyrne. Voyez Ardassine.

ABLATIF. s. m. Terme de Grammaire. Sixième cas de la déclinaison du nom & du participe, qui exprime un rapport de séparation, de division, ou de privation. Ablativus casus, auferendi casus. On l’appelle ablatif absolu, quand il est sans régime. On l’a nommé autrefois ablatif égaré. On dit populairement ablativo tout en un tas ; c’est-à-dire, tout ensemble, avec confusion. Le mot d’ablatif Latin a été fait ab auferendo. Priscien l’appelle aussi comparatif, parce qu’il ne sert pas moins à comparer qu’à ôter, parmi les Latins. Les Grammairiens prétendent que les Grecs n’ont point d’ablatif. L’ablatif est opposé au datif, parce qu’on se sert de l’ablatif pour exprimer l’action par laquelle on ôte, comme on se sert du datif pour exprimer l’action par laquelle on donne. Il n’y a pas en François de marque fixe & certaine dans la Grammaire qui distingue l’ablatif de tous les autres cas : & nous disons qu’un mot est à l’ablatif par analogie avec la langue Latine. Ainsi dans ces deux phrases, La grandeur de la ville, & je viens de la ville, nous disons que de la ville dans la première est au génitif, & dans la seconde à l’ablatif ; parce que cela seroit ainsi en Latin, si les deux phrases étoient exprimées en cette langue.

ABLAY. s. m. Nom d’une principauté de la grande Tartarie. Ablasus principatus. Vitien le met au midi de la Sibérie, entre le 92 & 97e degré de longitude, & entre le 60 & le 61e degré de latitude, & il appelle Boëkhaërs les Tartares qui l’habitent.

ABLE. C’est la terminaison des adjectifs formés des verbes ; comme detestable, recouvrable, exprimable ; qui viennent de détester, recouvrer, exprimer. Cette terminaison finale ne trouve ici sa place, que pour avertir que la langue Françoise hait la plûpart de ces adjectifs ; c’est-à-dire, ceux qui sont nouvellement faits, & ne permet point d’en hasarder de nouveaux.

ABLE, ou ABLETTE, s. m. Petit poisson plat & mince, qui a le dos vert & le ventre blanc. Alburnus. Il se trouve dans les rivières. Il semble que ce mot vient d’albus, & qu’on dit able pour albe, à cause de sa blancheur, par une simple transposition de lettres assez ordinaire dans les Langues. On tire de l’able la matière avec laquelle on colore les fausses perles. C’est cette matière préparée que l’on appelle essence d’Orient.

ABLÉGAT. s. m. Sa Sainteté nomma M. Assemani Ablégat Apostolique en ces quartiers, (chez les Maronites,) & le chargea d’une lettre pour le Patriarche. Le souverain Pontife enjoignoit au Patriarche d’assembler un concile de concert avec l’Ablégat, &c. Legati vicarius. Mém. de Trév. C’est un Officier commis par le Pape pour faire les fonctions de Légat dans quelque circonstance particulière.

ABLERET, ou ABLERAT. Terme de pêche. C’est une espèce de filet carré attaché au bout d’une perche, avec lequel on pêche les ables, ou autres petits poissons ; ce qui est permis par plusieurs Coutumes. On l’appelle en quelques pays, Carré. Rete quadratum.

☞ ABLÉGATION. Voyez Exil, Bannissement.

☞ ABLIS. Petite ville de France, dans la Beauce, à l’orient d’été de Chartres.

ABLON. s. m. Ablonium. Bourg de l’Île de France. Entre Paris & Corbeil.

ABLOQUIÉ. adj. Terme de Coutume, qui signifie la même chose que situé. C’est dans ce sens, qu’il est pris dans celle d’Amiens, qui défend aux Tenanciers de démolir aucuns édifices abloquiés & solivés, dans l’héritage qu’ils tiennent en roture, sans le consentement de leur Seigneur. Suivant la remarque de Ferrière, il faudroit dire obloquiez. On entend, dit-il, par oblogs, des parpains ou murs de pierre ou de brique, élevés de deux pieds ou environ, sur lesquels on dresse des solives, pour bâtir des maisons de bois. Les édifices ainsi construits sont appelés obloquiez, & du mot solive, solivez.

ABLUER. v. a. Terme de Maître d’écriture. On appelle Abluer un parchemin, un papier ou de l’écriture, lorsqu’en passant légérement d’une certaine liqueur sur un parchemin dont l’écriture est effacée & altérée, on la ressuscite, & on la met en état d’être lue. L’ablution des écritures effacées par le temps est quelquefois d’un grand secours. Cela se fait avec de la noix de galle broyée dans du vin blanc & distillée au feu, dont on frotte légérement le papier. Voyez le traité des Inscriptions en faux, & des reconnoissances d’écritures & signatures de Ragueneau.

☞ ABLUTION. s. f. Ablutio. Cérémonie Réligieuse, pratiquée chez les Romains, comme une sorte de purification pour laver le corps avant que d’aller au sacrifice. C’est pour cela qu’à l’entrée des temples il y avoit des vases de marbre remplis d’eau. Ils avoient sans doute pris cette coutume des Juifs. Salomon, à l’entrée du temple qu’il fit bâtir, plaça un grand vase, que l’écriture appelle la mer d’Airain, où les Prêtres se lavoient avant que d’offrir le sacrifice, après avoir sanctifié l’eau, en y jetant les cendres de la victime immolée.

Ce mot d’Ablution est particulièrement usité dans l’Eglise Romaine, pour signifier un peu de vin & d’eau que les communians prenoient autrefois après l’hostie, pour la consumer plus facilement, ou qui sert encore aujourd’hui à laver les doigts du Prêtre qui a consacré.

Ablution. Se dit aussi des bains religieux, ou plutôt superstitieux des Turcs. Jamais les Turcs ne prient Dieu dans les mosquées, ni ailleurs, qu’ils n’aient fait la grande ou petite ablution. La première se nomme Ghousl, qui est un lavement général de tout le corps. Cette ablution leur est commandée quand ils ont couché avec leurs femmes, quand ils ont eu quelque pollution en dormant, ou qu’en urinant, une seule goutte d’eau est tombée sur leur chair. D’où vient qu’ils évitent cet accident en s’accroupissant avec un soin ridicule. Et afin que rien ne soit à couvert de l’eau qui les purifie, ils se rognent les ongles, & ils se font tomber, ou rasent tout le poil, excepté celui de la barbe aux hommes, & celui de la tête aux femmes. La seconde ablution se nomme Abdest, & est celle qu’ils font toujours immédiatement avant l’oraison, quand ils sont en un lieu commode. Auprès de toutes les mosquées, on pratique, autant qu’il est possible, des bains pour le Ghousl, & des fontaines pour l’Abdest. Par la petite ablution, ils croient se purifier les cinq sens du corps ; ils se lavent les mains & les bras jusqu’au coude, & puis le nez, les yeux, les oreilles, le dessus de la tête, & les pieds. Ils prétendent que cette eau a le même effet que l’eau bénite parmi nous, & ils la jugent si nécessaire au repos de leur conscience, que quand elle leur manque, après avoir déchargé leur ventre, ils font suppléer la terre à l’eau, & ils nomment cette cérémonie Tehyemmum. Duloir. Voyage du Lev. p. 140. 141.

Les Médecins & les Apothicaires appellent ablution, une préparation du médicament dans quelque liqueur, pour le purger de ses immondices, ou de quelque mauvaise qualité.

Ablution, se dit aussi chez les Religieux qui portent des habits blancs, de l’action de les blanchir & de les nettoyer. Lotio, lotura. Il y a aussi des écriteaux qu’on met dans les cloîtres pour marquer les jours d’ablution.

ABN.

ABNAQUIS, ISE. s. m. & f. Abnaquii. Peuple de l’Amérique septentrionale, entre la mer du Nord, le lac de Champlain, & la rivière de S. Laurent. Maty. Au reste, je ne sais pourquoi Maty & M. Corneille écrivent Abnaquiois. J’ai toujours oui dire Abnaquis par les François qui ont été en Canada ; & un Auteur de Dictionnaire, qui les appelle Abnaquiois, avoue néanmoins qu’on les appelle aussi souvent Abnaquis.

ABNÉGATION. s. f. Terme de dévotion. Renonciation à ses passions, à ses plaisirs, à ses intérêts. Abnegatio. L’abnégation de soi-même est nécessaire pour la perfection Chrétienne. Il n’est guère en usage que dans cette phrase, & pour signifier un renoncement à soi-même, & un détachement de tout ce qui n’a point de rapport à Dieu. L’abnégation & la haine de soi-même recommandées dans l’Evangile, ne sont pas une haine absolue de nous-mêmes, mais de notre corruption. Fenel. Ce terme vient du Latin abnegare, qui signifie Désavouer, ne vouloir point reconnoître une chose comme sienne.

ABNOUS. s. m. Poisson vorace qui fait la guerre à l’Aquador, & qui le dévore quand il le peut attraper. Voyez Aquador. Les Portugais appellent l’Abnous, Poisson doré, parce que son écaille est d’un beau jaune doré.

ABO.

ABO. Ville de Suéde. Aboa. Elle est capitale de la Finlande. Elle a un Evêché & une Université. Cette ville est située sur le golfe de Finlande, à l’embouchure de la rivière d’Aurajoki.

ABODRITE. s. m. & f. Nom de peuple. Abodritus, a. Les Abodrites au VIIIe & IXe siècle occupoient en Allemagne un pays voisin de la mer Baltique. On croit que c’est le duché de Meckelbourg, ou la Poméranie citérieure.

☞ ABŒRA. Ville d’Afrique, sur la côte d’or de Guinée.

ABOI. s. m. On disoit autrefois abay. Le cri d’un chien. Latratus. Ce mot est factice & formé sur le son des chiens qui crient, ou aboient. L’aboi des chiens fait connoître le lieu où est le gibier.

Tenir les abois. Terme de chasse. C’est quand la bête s’arrête, tient devant les chiens par lassitude, & n’en peut plus.

On dit proverbialement, Tenir quelqu’un en aboi ; pour dire, Repaître de vaines espérances.

Aboi, se dit aussi de l’extrémité où est réduit le cerf sur ses fins ; car alors on dit, qu’il est aux abois, qu’il ne peut plus courir, qu’il manque de force & de courage. Ultima cervi deficientis necessitas. On ne s’en sert dans ce sens qu’au pluriel.

Aboi, se dit figurément de l’homme, & signifie l’Agonie, ou la dernière extrémité. Il est réduit aux abois ; c’est-à-dire, Il se meurt. Animam agere, expirare. On dit aussi qu’une place est aux abois, lorsqu’elle ne peut plus tenir, & qu’elle est sur le point de se rendre ; qu’une fidélité est aux abois, lorsqu’elle est presque vaincue, & qu’elle est prête à succomber. Extrema, summæ angustiæ. On y voit tous les jours l’innocence aux abois. Boil.

Corneille dans la tragédie de Sertorius, a dit sauver des abois. C’est une faute, abois, signifie les derniers soupirs. On ne sauve point d’un soupir, on sauve du péril, & on tire d’une extrémité ; on rappelle des portes de la mort, mais on ne sauve point des abois. Volt.

Ce mot abois est pris des cris des chiens qui aboient autour d’un cerf forcé, avant que de se jeter sur lui.

Dans la Tragédie de Nicomede M. Corneille dit encore approcher des abois. Cette expression, qui par elle-même n’est pas noble, dit M. de Voltaire, n’est plus d’usage aujourd’hui.

ABOIEMENT. s. m. Le cri du chien. Latratus. Les longs & affreux aboiemens des chiens ont troublé mon sommeil.

ABOILAGE ou ABEILLAGE. s. m. Vieux mot qui se trouve encore dans quelques Coutumes, & qui signifie un Droit des Seigneurs sur les abeilles qui se trouvent dans les forêts de leurs châtellenies. Il a été formé d’aboilles, qu’on disoit autrefois pour abeilles. Mén.

Aboilage ou Abeillage, se prend aussi quelquefois pour un droit en vertu duquel les abeilles épaves, & non poursuivies, appartiennent aux Seigneurs justiciers. Voyez Épaves.

ABOILE. s. f. Vieu mot qui veut dire une Abeille. Apis.

ABOKELLE. s. f. Terme de Négociant en Egypte & de Relation. C’est le nom que les Arabes donnent à une monnoie de Hollande. Elle vaut moins que la piastre, & les Arabes la nomment ainsi, à cause d’une figure de lion qu’elle porte. Cependant au lieu de lui donner le nom de lion, ils lui donnent celui de kelb, qui signifie chien, soit par mépris pour les Chrétiens, soit pour marquer son bas alloi. Herb. Ce nom vient de אנ, ab, Pere, & kelb, qui est la même chose que l’Hébreu הלנ Chaleb, qui veut dire chien. C’est un Arabisme. Les Arabes disent aba, Pere, au régime de tout ce qui a, qui posséde quelque chose, dans le même sens que les Hébreux disent נן fils. Ainsi aboukelb est une monnoie, qui a un chien gravé, qui est marquée d’un chien. Car proprement il faudroit dire aboukelb, mais on dit vulgairement en Egypte abokelle.

ABOLIR. v. a. Mettre quelque chose hors d’usage, la détruire, l’anéantir, l’abroger. Abolere, abrogare, refigere. Le Magistrat a aboli cette méchante coutume. Le Roi a aboli une telle loi, il a entièrement aboli les duels. Le temps a aboli les plus beaux monumens de l’antiquité. On dit aussi abolir, ou effacer la mémoire ou le souvenir des choses passées. Oblitterare memoriam. Abolir, ou bannir la superstition. Superstitionem tollere. Abolir ou révoquer les impôts. Le temps qui consume tout, abolit tous les jours les noms & les titres qui sont gravés sur ces magnifiques monumens. Bouh. Ce mot vient du Latin abolere, ita extinguere & delere, ut ne oleat quidem. Ainsi abolir une loi, une coutume, c’est la révoquer, l’éteindre de façon qu’elle n’ait plus lieu à l’avenir. Il n’appartient qu’à ceux qui font les loix, de les abolir.

M. l’Abbé Girard prétend qu’abolir se dit plutôt à l’égard des coutumes, & abroger à l’égard des loix. Le non usage suffit pour l’abolition, mais il faut un acte positif, pour l’abrogation. On a aboli en France les joutes, les tournois & les autres divertissemens brillans. Les nouvelles pratiques font que les anciennes s’abolissent.

Abolir un crime, se dit lorsque le prince, par des lettres qu’il donne, remet d’autorité absolue, la peine d’un crime qui, par les ordonnances, n’est pas remissible. Voyez Abolition, terme de Chancellerie.

Abolir, se dit aussi avec le pronom personnel. Les Mandats Apostoliques se sont abolis par un non usage. Il ne faut pas souffrir que les bonnes coutumes s’abolissent.

On dit que tout crime s’abolit par vingt ans, pour dire, que le droit d’en poursuivre la punition cesse après vingt ans. Acad. Fr.

ABOLI, IE part. abolitus, abrogatus. Loi abolie, Crime aboli.

☞ ABOLISSEMENT. s. m. Abrogation, extinction. Il n’est plus d’usage qu’en parlant des loix & des coutumes. Voyez Abolition.

☞ ABOLITION. s. f. En général, est l’action par laquelle on détruit ou l’on anéantit une chose. Abolitio. Voyez la note de M. l’Abbé Girard au mot Abolir. L’Abolition d’une Religion coûte toujours du sang, & la victoire peut n’être pas attachée, en cette occasion, à celui qui le répand : le persécuté y triomphant quelquefois du persécuteur. M. l’Abbé Girard, C’est ainsi que le Christianisme a triomphé du Paganisme par le martyre des premiers fidèles. Abolition d’un culte superstitieux. L’entière abolition de l’Ordre des Templiers.

Abolition. Terme de Chancellerie. Abolitio criminis. Lettres de pardon du Prince, par lesquelles il abolit entièrement un crime qui n’est pas rémissible par les Ordonnances, sans même qu’on soit tenu d’en expliquer les circonstances, & de les rendre conformes aux informations, ainsi qu’il est requis aux Lettres de grâce, qui ne s’accordent que pour les cas rémissibles. Absolutoriæ litteræ. Les Lettres d’abolition doivent contenir cette clause : En quelque sorte & manière que le cas puisse être arrivé. Celui qui obtient l’abolition de son crime se met au nombre des innocens, & reprend son premier rang, Liv. III, ff. de accusat. De roch. Quoique la parole d’un Roi soit un fondement inébranlable, néanmoins en matière de crime de Lèse-Majesté, il faut toujours faire entériner les Lettres d’abolition au Parlement. Matthieu, en la vie de Henri IV. Liv. V. De Roch. L’amnistie est une abolition générale de tout ce qui s’est commis dans la guerre civile. Les Lettres d’abolition pour les Gentilshommes, sont adressées aux Parlemens ; & pour les roturiers, aux Baillifs, Sénéchaux, ou à leur défaut aux autres Juges ressortissans nuement aux Parlemens, pourvu, suivant la Déclaration de 1681, que les crimes aient été commis dans leur ressort. Le Roi n’accorde point de Lettres d’abolition pour les duels, les assassinats prémédités, le crime de rapt commis par violence. Ordonnance de 1670. Tit. XVI.

ABOMASUS. C’est l’un des estomacs des animaux qui ruminent. On en compte quatre. Venter, Reticulum, Omasus & Abomasus. C’est ce qu’on nomme, proprement la caillette. Ce mot est latin, & vient d’Omasus, ou Omasum, qui se trouve dans Pline.

ABOMINABLE. adj. m. & f. Horrible, détestable, exécrable. Abominandus, detestandus. Le repas d’Atrée & de Thyeste fut un repas abominable. Néron étoit un monstre abominable, L’hérésie d’Arius étoit abominable. Le parricide est un crime abominable. Il se dit par exagération de tout ce qui est très-mauvais. Une phrase abominable, une musique abominable.

Ce mot, ainsi que détestable & exécrable, désigne quelque chose de très-odieux, de mauvais au suprême degré. Abominable paroît avoir un rapport plus particulier aux mœurs. Il marque une sale corruption. Détestable a plus de rapport au goût. Il marque de la dépravation. Exécrable a plus de rapport à la conformation. Il marque une extrême difformité, une figure hideuse. Comme le mot abominable désigne une chose odieuse au suprême degré, il est évident qu’on ne peut pas l’employer au superlatif, ou qu’on ne peut pas dire très-abominable. Mais on peut s’en servir pour comparer un crime abominable à un autre crime plus abominable encore.

ABOMINABLEMENT. adv. Exécrablement, horriblement. Abominandum, detestandum in modum. Il en a usé avec lui abominablement ; c’est-à-dire, d’une manière détestable : & par exagération, il écrit abominablement.

ABOMINATION. s. f. Horreur, exécration. Abominanda, detestanda res. L’Eglise a cette opinion en abomination. Le Seigneur a en abomination les sanguinaires. Sain. Ce scélérat est en abomination à tous les gens de bien. Ce mot signifie aussi la chose, ou la personne même abominable. Ce brigand commet tous les jours mille abominations. Il est l’abomination de tous les gens de bien.

On dit les abominations des Gentils, pour dire leur culte idolâtre. Acad. Fr.

Abomination de la désolation. Phrase tirée de l’Ecriture-Sainte, qui exprime les plus grands excès de l’impiété ; la profanation portée au suprême degré.

ABOMINER. v. a. Vieux mot qui n’est plus en usage. Avoir en horreur. Abominari, execrari.

Ces mots viennent d’abominari, comme qui diroit, ab omine rejicere, rejicere tamquam malum, Rejeter une chose comme si elle étoit de mauvais augure.

ABONDAMMENT. adv. En abondance. Abundanter, abundè, copiosè, cumulatè. Cette source donne de l’eau abondamment. Ce champ me fournit abondamment de quoi vivre. Le Parasite ne seme ni ne moissonne, & trouve tout abondamment.

☞ ABONDANCE. s. f. Grande quantité, affluence de plusieurs choses en un même lieu. Abundantia, copia. Les Etymologistes dérivent ce mot d’ab & unda, eau, vague, parce que dans l’abondance les biens viennent en affluence, & pour ainsi dire, comme des flots. La commodité des rivières amene l’abondance à Paris. L’abondance n’est pas toujours la marque de la perfection des langues. Bouh. On se lasse des plaisirs, & l’abondance engendre le dégoût. Ablanc. Il étoit dans une heureuse abondance de toutes choses. Patr.

On appelle la corne de la chèvre Amalthée, la Corne d’abondance. Copiæ cornu. En Sculpture & en Peinture, c’est une figure de corne d’où il sort des fruits.


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