Dictionnaire de Trévoux/6e édition, 1771/Tome 1/051-060

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Fascicules du tome 1
pages 041 à 050

Dictionnaire de Trévoux, 1771
Tome 1, pages 051 à 060

pages 061 à 070



qu’elle se fait le huitième jour dans le logis, & par un prêtre : ce qui a bien plus l’air d’une cérémonie de Religion, que d’une simple opération de Chirurgie.

Leur canon des saintes Ecritures est tout semblable au nôtre, & l’on y voir Tobie, Judith, Esther, le Livre de la Sagesse, l’Ecclésiastique, Baruch, & les deux Livres des Macchabées. Ils honorent & prient les Saints ; ils prient pour les morts. Ludolf lui-même l’a remarqué, Liv. III. Ch. 6. Ils croient la présence réelle, &c.

Les Ethiopiens ont une langue particulière, qu’ils nomment Chaldéenne, parce qu’ils croient qu’elle tire son origine de la Chaldée. Quoiqu’elle soit différente du Chaldéen ordinaire, elle a cependant beaucoup de rapport à cette Langue, aussi-bien qu’à la Langue Arabique, & il semble qu’elle en soit formée. On l’appelle Langue Ethiopienne ; mais elle n’est pas la même que l’Ethiopien d’aujourd’hui. Leurs Liturgies & leurs autres Offices divins sont écrits en cet ancien Ethiopien, que le peuple n’entend plus. Cette Langue a des caractères particuliers, & elle n’a pas de points voyelles séparés des consonnes, comme il y en a dans l’Hébreu & dans les autres Langues orientales ; mais elles sont attachées aux consonnes mêmes, en-sorte que dans l’Ethiopien il n’y a point de consonne qui ne porte avec elle sa voyelle, & ne fasse une syllabe. Voyez de Moni, Histoire de la Créance & des coutumes des nations du Levant, chap. IX. On peut voir aussi l’Histoire Ethiopienne faite en Latin par M. Job Ludolf, dont nous avons aussi la Grammaire, le Dictionnaire & le pseautier Ethiopique. Jamais Européen n’a si bien entendu cette langue que lui, & n’a eu plus de zèle pour la faire connoître en Europe.

Les Abyssins servent toujours parmi leurs mets trois plats, dans l’un desquels il y a des poires coupées en forme de croix, dans l’autre des cendres, & dans le troisième du feu. Ce sont des mets pour l’esprit, & destinés à les faire souvenir de la Passion du Sauveur, de la mort, & de l’enfer. Leurs prêtres portent toujours une croix à la main. Maty. Les Abissins ne fortifient point de place. Ils ne mettent, disent-ils, la force d’un pays que dans les bras & les armes des combattans, & non pas dans des pierres & des murailles. Voyez Ablancourt, traduction de Marmol, L. i. de l’Afrique, C. 20 & L. x. C. 23. Les Abyssins ne mangent point de cochon, ni de sang, ni d’animaux suffoqués, ni le nerf du jarret, que les Juifs appellent le nerf défendu. Ludolf, L. iii, C. i.

ABYSSIN, INE. adj. Abyssinus. L’Eglise Romaine, la Grecque, ou l’Abyssine. Peliss.

ABYSSINIE, ou ABISSINIE. s. f. Abassia, Abyssinia, Æthiopia superior, ou interior. Grand pays dans la partie méridionale de l’Afrique, au-dessous de l’Egypte, connu des Anciens sous le nom d’Ethiopie ; & dans des siècles plus voisins du nôtre, sous le nom d’Inde moyenne. On le renferme aujourd’hui entre le 62e degré 50 minutes, & le 73e d. 40 min. de longitude, & entre le 7e & 16e degré 9 min. de latitude septentrionale. On comptoit autrefois dans l’Empire d’Abyssinie 36 Royaumes & 14 provinces principales. Mais en 1537 les Galles, peuple situé au midi de l’Abyssinie, en conquirent plusieurs provinces. Ce pays est arrosé de trois grandes rivières principales ; le Nil, qui y prend sa source, le Tagaze, ou Thékaze, & le Maleg. Ces fleuves le rendent très-fertile dans les endroits où ils coulent : ailleurs ce ne sont souvent que des rochers & des cavernes affreuses. Il y paroît souvent des sauterelles en si grand nombre, qu’elles obscurcissent l’air, & ravagent toutes les campagnes où elles s’arrêtent. Il n’y a point de villes considérables dans l’Abyssinie ; mais les provinces fertiles sont remplies de villages fort près les uns des autres. Voyez Ablancourt, traduction de Marmol, L. i. C. 20.

ACA.

ACA. Habitation d’Afrique, sur les confins de la Lybie & des Sénéques. Elle consiste en trois ou quatre villes assez proches l’une de l’autre. Ce sont des Hidétes, race d’Arabes, qui s’y sont établis, & dont plusieurs se sont alliés avec les naturels du pays. Aca. Voyez Marmol.

ACABIT. s. m. Bonne ou mauvaise qualité d’une chose. Natura, genus. Les rôtisseurs s’en servent en parlant de leurs viandes. On ne le dit guère que des fruits & des légumes. Des poires d’un bon acabit. Quelques-uns le disent aussi des viandes & des étoffes. Ménage dit que le peuple a dit, d’un bon acabit ; pour dire, d’un bon achat. Boursaut a dit acabie. On le dit quelquefois des personnes par métaphore. Au reste ce terme n’est que du style familier.

On s’en promet en vain quelque chose de mieux,
Il est d’un acabit malfaisant, vicieux :
Sur ce noir sauvageon c’est en vain que l’on greffe, &c.


ACABLEMENT, ACABLER. Voyez Accablement, Accabler.

ACACALIS. s. m. C’est le fruit d’un arbrisseau qui croît en Egypte. Les Auteurs en ont parlé trop vaguement pour qu’on puisse regarder son sort comme bien décidé.

ACACALLIS. s. f. Nom d’une Nymphe dont parle Pausanias, qui fut aimée d’Apollon, & dont il eut deux fils dans l’ile de Crète, nommés Philachis & Philandre, qui furent allaités par une chèvre.

ACACE. s. m. Acacius. Nom d’homme qui est originairement Grec, & vient de l’α privatif, & de ϰαϰια, malice, comme qui diroit sans malice. Plusieurs personnages fameux ont porté ce nom, parmi lesquels il en est qui ont bien fait du mal à l’Eglise. Acace de Césarée, surnommé le Borgne, disciple & successeur d’Eusèbe, se rendit fameux au IVe siècle par ses inconstances en fait de doctrine. Acace, Patriarche de Constantinople, & successeur de S. Gennade, est le premier qui ait voulu l’emporter sur les Patriarches d’Alexandrie, d’Antioche & de Jérusalem. Acace de Béroé en Palestine, Evêque savant, vertueux, zèlé, & qui n’abandonna jamais dans l’épiscopat les pratiques de la vie Monastique dans laquelle il avoit été élevé dès l’enfance, fut cependant un des plus grands persecuteurs de S. Jean Chrysostôme. Acace, Evêque d’Amide en Mésopotamie au Ve siècle, homme d’une pitié rare, & d’une charité extraordinaire, vendit les vases sacrés pour nourrir les esclaves Persans que Théodose le jeune fit dans la guerre contre Varanes. Le Patriarche d’Antioche, successeur de Basile en 458, est le moins recommandable des Acaces. Acace Alexandrin, Capitaine dans les troupes de l’Empereur Adrien, fut pendu pour la Foi. Nous avons quelques ouvrages d’Acace de Mélitène. Quand on parle de tous ces Acaces, il ne faut point dire Acacius. Au contraire, quand on parle du Rhéteur Acacius, fameux sous l’Empire de Julien, on ne dit point Acace. Ce sont nos Livres sur la Religion & nos Auteurs de l’Histoire Ecclésiastique qui ont fait donner une forme Françoise à ce nom, dans le premier cas, au lieu que dans l’autre il est resté Latin, parce qu’on parle peu de ce Rhéteur.

ACACIA. s. m. Terme de Botanique. Nom qu’on donne à divers arbres, quoique fort différens entr’eux. Acacia. Il y a un acacia, qu’on appelle aussi Cassie, ou, selon M. d’Herbelor, Gagie, en Latin Spina Ægyptia, qui croît en Egypte, & qui est un grand arbre épineux, dont la fleur est jaune en quelques-uns, & blanche en d’autres : son fruit, qui est contenu dans des gousses, est semblable au lupin. Cet arbre nous fournit la gomme Arabique, & un suc qu’on appelle, le vrai acacia. Les Arabes appellent cet acacia d’Egypte Om Gailan, la mere des Satyres, ou des Démons des forêts. D’Herb. Il y a une sorte d’arbre qui croît à Malabar, & à Cranganor, qu’on appelle aussi acacia. En Mésopotamie près du Tygre, & dans les déserts d’Arabie près de l’Euphrate, on donne ce même nom à d’autres arbres, qui sont pourtant différens. Il y a encore un acacia du Brésil, & un de Virginie. Il y en a un autre différent des précédens, qu’on appelle Acacia de l’Amérique, ou Acacia Americana Robini. Cet arbre étranger n’est devenu commun en France que depuis 1650. Les premiers pieds qui ont paru, ont été élevés au Jardin Royal des plantes de Paris par Vespasien Robin, qui en a reçu le premier la semence. M. Tournefort l’a nommé Pseudo-Acacia vulgaris, pour le distinguer de l’acacia des Anciens, ou cassie, arbre d’un autre caractère. L’acacia d’Amérique s’éleve fort haut ; son tronc est assez gros : son bois est très-dur, jaunâtre, cassant, & couvert d’une écorce brune. Les jeunes branches de cet arbre sont moëlleuses, garnies de quelques épines courtes, & d’un rouge obscur. Ses feuilles sont comme rangées par paire sur une côte terminée par une seule feuille : elles ont un pouce environ de longueur sur un tiers moins de largeur. Ses fleurs sont légumineuses, blanches, d’une bonne odeur, & naissent en épi. A ces fleurs succèdent des gousses, à deux cosses courtes & aplaties, entre lesquelles sont renfermées des semences brunes aplaties, & de la figure d’un rein. Cet arbre donne de l’ombre, & n’est pas difficile à élever. Il fleurit en Juillet & Août. Ses racines ont un goût de réglisse. Ses fleurs distillées sont bonnes pour les vapeurs. Son bois est cassant & se fend trop aisément pour être employé aux gros ouvrages de menuiserie. Le nom Acacia est indéclinable. Deux acacia au pluriel. Ménage.

Acacia. Voyez Cassie.

Acacia. Terme de pharmacie. C’est le nom d’un suc épaissi qu’on apporte du Levant dans des vessies. Il paroît noir extérieurement ; mais étant cassé il est haut en couleur & d’un rouge foncé. On le nomme Acacia du Levant, Acacia vera en Latin, pour le distinguer du faux acacia, autre suc épaissi & extrait des prunelles. C’est un excellent astringent, d’un grand usage en Egypte pour arrêter les dévoyemens, les dyssenteries, les pertes, & pour se préserver de la goutte.

Acacia (Germanica) d’Allemagne, est le suc tiré par expression du fruit de prunier sauvage, qu’on cuit en consistance d’électuaire, & qu’on substitue à la place du vrai acacia. On appelle aussi Acacia d’Allemagne, l’arbre même.

Acacia. s. m. Nom qu’on donne à une espèce de sachet, ou de rouleau long & étroit, qui se voit dans les Médailles, à la main des Consuls, & des Empereurs, depuis Anastase. On ne sait pas trop de quoi étoit composé ce rouleau, & il n’est pas aisé d’en deviner le mystère. Les uns disent que c’étoit un mouchoir plié, que jetoit celui qui présidoit aux jeux, pour les faire commencer. D’autres disent que c’étoit un rouleau de mémoires que l’on présentoit à l’Empereur ou aux Consuls. M. Du Cange, dans sa Dissertation sur les Médailles des Empereurs de Constantinople, qui est à la fin de son Glossaire Latin, a traité de l’acacia pris en ce dernier sens. Voyez sur-tout le n. xiii.

ACACIEN, ENNE. s. m. Acacianus. Secte d’Ariens, ainsi nommés d’Acace de Césarée leur chef.

ACADÉMICIEN. s. m. Sectateur de Platon, qui est le fondateur de l’Académie. Les Académiciens soutenoient qu’il ne faut rien affirmer, & que nous ne savons qu’une chose, qui est que nous ne savons rien, Unum scio, quòd nihil scio. Ils prétendoient que l’esprit doit demeurer en suspens, parce qu’il ne peut se déterminer que sur des vraisemblances, & sur des apparences qui le peuvent tromper. Platon avoit pris de Socrate le fond & la substance de sa Doctrine. Au reste, en apprenant à ses disciples à douter de tout, c’étoit moins pour les laisser toujours flottans, & suspendus entre l’erreur & la vérité, que pour s’opposer aux décisions précipitées des jeunes esprits, & pour les mettre dans une disposition plus propre à se garantir de l’erreur, en examinant sans préjugé. M. Descartes, entre les Modernes, a adopté ce principe des Académiciens : mais il y a bien de la différence dans l’usage qu’il en fait. Les Académiciens doutoient de tout, & vouloient toujours douter. M. Descartes commence par douter de tout ; mais il déclare qu’il ne veut pas douter toujours, & qu’il ne doute d’abord, qu’afin d’être ensuite plus ferme dans ses connoissances. Je ne prétends pas décider ici s’il y a bien réussi, & s’il s’y est pris comme il faut : je dis seulement que c’est-là son intention, bien différente de celle des Académiciens. C’est à ce propos que les partisans de Descartes lui appliquent ce que Horace a dit d’Homère :

Non fumum ex fulgore, sed ex fumo dare lucem
Cogitat, ut speciosa dehinc miracula prodat.
Antiphatem, Scyllamque & cum Cyclope Charybdim.

Dans la Philosophie d’Aristote, disent ces Messieurs, on ne doute de rien, on promet de donner raison de tout, & cependant on n’explique rien, que par des termes barbares & des idées confuses & obscures ; au lieu que Descartes commence par vous faire oublier même ce que vous saviez auparavant, & ensuite vous mène comme pied à pied dans mille belles connoissances, qu’il vous fait découvrir, & qu’il vous rend si claires & si évidentes, que vous n’en pouvez plus douter. Voilà ce que disent les partisans de Descartes ; mais avant eux Aristote avoit dit que pour bien savoir une chose, il falloit en avoir bien douté, & que c’étoit par le doute que toutes nos connoissances devoient commencer.

ACADÉMICIEN, ENNE. s. m. qui est reçu dans une Académie, celui qui est membre d’une compagnie de gens de lettres, établie par autorité publique. Academicus. On a ajouté un féminin en faveur de Madame des Houlières. L’Académie d’Arles lui a envoyé des Lettres d’Académicienne. C’est la première de son sexe à qui l’on ait déféré cet honneur en France ; car en Italie la chose n’est ni nouvelle ni extraordinaire. Il y a des femmes dans l’Académie, ou Ragunanza d’Arcadie, à Rome, & la Reine Christine en est comme la Fondatrice. Voyez l’Histoire de cette Académie publiée depuis quelques années en Italie par M. Crescembeni, qui en étoit pour lors le Custode, ou Président. Voyez aussi l’Histoire des Femmes savantes dans M. Ménage & autres Auteurs.

ACADÉMIE. s. f. Lieu délicieux, ou maison de plaisance, située dans un fauxbourg d’Athènes à un mille de la ville. Ceux qui ont fait venir ce nom de Cadmus, parce qu’il fut le premier Instaurateur des Lettres chez les Grecs, se sont trompés. D’autres disent que ce mot est composé de deux mots Grecs, ἀϰὸς, qui signifie remède, & δήμος, qui veut dire Peuple, comme si les Académies étoient le remède du peuple. Sa véritable origine vient d’Academus, ou Ecademus, nom d’un Bourgeois d’Athènes, dont la maison servit à enseigner la Philosophie. Il vivoit du temps de Thésée. C’est dans sa maison située dans le fauxbourg d’Athènes, que Platon enseigna la Philosophie. Cimon l’orna, & l’embellit de fontaines & d’allées d’arbres, pour la commodité des Philosophes qui s’y assembloient. On y enterroit les grands hommes qui avoient rendu de signalés services à la Patrie. Depuis Platon, tous les lieux où se sont assemblés les gens de Lettres, ont été nommés Académie. Sylla sacrifia aux loix de la guerre les délicieux bocages, & les belles allées que Cimon avoit fait dresser dans l’Académie d’Athènes, & employa ces arbres à faire des machines pour battre la ville. Cicéron avoit une maison près de Pouzzol, à qui il donna le même nom : c’est-là qu’il écrivit ses Questions académiques & ses livres de Naturâ Deorum, de Amicitiâ, & de Officiis, dit M. Harris.

Académie, se prend aussi pour la Secte des Philosophes. On compte trois Académies, trois Sectes académiciennes. Quelques-uns en comptent même jusqu’à cinq. Platon fut le chef de l’ancienne. Arcésilas, l’un de ses successeurs, apporta quelques changemens dans sa Philosophie, & fonda, par cette réforme, ce qu’on appelle la seconde Académie. On attribue à Lacides, ou à Carnéades, l’établissement de la troisième ou nouvelle Académie. Quelques Auteurs ajoutent deux Académies. Une quatrième fondée par Philon & Carmides, & une cinquième fondée par Antiochus, & nommée Antiochienne, qui allioit l’ancienne Académie avec le Stoïcisme. Voyez sur tout cela les Questions académiques de Cicéron; personne n’a mieux débrouillé les différens sentimens, ou plutôt les différentes méthodes de traiter la Philosophie, dont se servoient ceux qu’on appelait de son temps les partisans de la nouvelle, & de l’ancienne Académie. L’ancienne Académie doutoit absolument de tout, & alloit même jusqu’à douter s’il falloit douter, se faisant une espèce de principe de ne jamais rien assurer, & de ne jamais rien nier, de ne tenir rien ni pour vrai, ni pour faux. La nouvelle Académie étoit un peu plus raisonnable : elle reconnoissoit plusieurs vérités, mais sans s’y attacher avec assurance. Ces Philosophes s’appercevoient bien que le commerce même de la vie & de la société est incompatible avec ce doute absolu & général de l’ancienne Académie ; mais cependant ils regardoient les choses comme probables, plutôt que comme vraies & certaines ; & par ce tempéramment ils croyoient se tirer des absurdités dans lesquelles tomboit l’ancienne Académie. Voyez encore Vossius, de Sect. Philos. c. 12, 13 14, 15, & Georges Hornius, Hist. Philos. L. 3. C. 20.

Académie. s. f. Assemblée de gens de Lettres, où l’on cultive les Sciences & les beaux Arts. Academia. Le premier Instituteur des Académies, & qui le premier leur a donné des règlemens, est Antonio Panormita, sous le règne d’Alphonse I. d’Arragon roi de Naples, qui favorisa beaucoup cette institution. Voyez Bernardino Tafuri, Dell’invenzioni uscite dal regno di Napoli, dans le Racc. d’Opusc. XII. p. 380 & suiv.

Jovianus Pontanus succéda au zèle & au soin qu’avoit eu Panormita de cette Académie. Une partie des Académiciens qui s’y firent recevoir, furent André-Matthieu Acquaviva Duc d’Acri, Alphonse Janvier, Alphonse Gianuario, Alexander ab Alexandro, Antoine de Ferrariis, Antoine Giarlone Seigneur d’Alifé, Antoine Tebaldo, Belisaire Acquaviva Duc de Nardo, Elie Matchèse, Ferdinand d’Avalos Marquis de Pescara, François Puderico, Jean de Sangro, le Cardinal Jérôme Séripando Archevêque de Salerno, Jérôme Carbone, Junianus Maggius Maître de Sannazaro, Jean Aniso, Jérôme Angeriano, Jérôme Borgia, Gabi-Altilio, Jean Eliseo d’Anfratta, dans l’Apouille, Jacques Sannazareo, Luc Grasso, Maxime Cruino, Pierre-Jacques Gianuario, Pierre Compare, Pierre Summonte, Rutilio Zenone, Trojano Cabaniglia Comte de Troja & de Montella, Tristan Carraciolo Thomas Fusco, &c. Les étrangers furent M. Anton. Flaminius de Sicile, M. Ant. Michele Vénitien, Barthélemi Scala de Florence, Basile Zanchi de Lucques, Cariteo Espagnol, le Cardinal Gilles de Viterbe, de l’ordre des Ermites de saint Augustin, Jean Cotta de Vérone, Pierre Valérien François, Jacques Latomus de Flandre, Jean Pardo Arragonois, le Cardinal Jacques Sadoleri de Modène, Louis Montalte de Syracuse, Matthieu Albino de Venise, Michel Marulle de Constantinople, Nicolas Grudius, Pierre Gravina de Catane, le Cardinal Pierre Bembe & autres : tous gens célèbres par leur capacité & leurs ouvrages. Cette Académie fut établie en 1470. La seconde qui fut établie en Italie, fut celle de Florence, que la libéralité de Laurent de Médicis fit naître. La troisième fut érigée par le Duc d’Urbin. Le Cardinal Bembe & Castiglione en parlent avec éloge. La quatrième est celle de Sienne. Voyez M. Tafuri, Racc. d’Opusc. XII. pag. 380. 420.

L’Abbé Piazza a donné le catalogue de toutes les Académies d’Italie, avec leurs noms bizarres, après en avoir fait une recherche exacte. P. Helyot T. VIII. p. 444.

En France il a toutes sortes d’Académies établies par Lettres Patentes dans Paris : l’Académie Royale des Sciences, pour cultiver la Physique, la Chimie, & les Mathématiques : l’Académie Françoise pour la pureté de la Langue : l’Académie des Médailles & des Inscriptions : l’Académie d’Architecture, pour les bâtimens. L’Académie de Peinture est une école de Peintres & de Sculpteurs ; & l’Académie de Musique est établie pour les Opéra. Il y en a même d’établies dans les villes particulières, comme Arles, à Soissons, à Nismes, &c. Il y a à Toulouse l’Académie des Lanternistes.

Académie Françoise. Compagnie de gens de lettres, dont l’objet est de travailler à la perfection de la Langue françoise. Academia Gallica. L’Académie Françoise n’a été établie par édit du Roi qu’en l’année 1655 ; mais on peut dire que son origine est de quatre ou cinq ans plus ancienne, & qu’elle doit en quelque sorte son institution au hasard. Environ 1629, quelques particuliers logés en divers endroits de Paris, ne trouvant rien de plus incommode dans cette grande ville, que d’aller fort souvent se chercher les uns les autres sans se trouver, résolurent de se voir un jour de la semaine chez l’un d’eux. Ils étoient tous gens de lettres, & d’un mérite fort au-dessus du commun : M. Godeau, depuis Evêque de Grasse, qui n’étoit pas encore Ecclésiastique, M. de Gombault, M. Chapelain, M. Conrart, M. Giry, M. Habert commissaire de l’Artillerie, M. l’Abbé de Cérisy son frère, M. de Serizay & M. de Malleville. Ils s’assembloient chez M. Conrart. Là ils s’entretenoient familièrement de toutes sortes de choses, d’affaires, de nouvelles, de belles lettres. Si quelqu’un de la compagnie avoit fait quelque ouvrage, il le communiquoit volontiers à tous les autres, qui lui en disoient librement leur avis ; & dans la suite, quand ils parloient de ce temps-là, & de ce premier âge de l’Académie, ils en parloient comme d’un âge d’or.

Ils avoient arrêté de ne parler à personne de leurs assemblées, & cela fut observé exactement pendant ce temps-là : mais enfin vers le commencement de l’année 1634, le cardinal de Richelieu en eut connoissance, & leur fit proposer de faire un Corps, de s’assembler régulièrement, & sous l’autorité publique. Ils l’acceptèrent, malgré les oppositions de deux d’entre eux ; & pour donner quelque forme & quelque ordre à leurs assemblées, ils résolurent de créer d’abord trois Officiers : un Directeur & un Chancelier, qui seroient changés de temps en temps, & un Secrétaire qui seroit perpétuel. Outre ces trois Officiers on créa un Libraire de l’Académie, lequel devoit aussi lui servir comme d’Huissier. On donna à la Compagnie le nom d’Académie Françoise, qui avoit été approuvé par le Cardinal. Quelques-uns l’ont nommée depuis l’Académie des beaux esprits. D’autres l’Académie de l’éloquence. Plusieurs ont cru qu’elle s’appeloit l’Académie éminente, par allusion à la qualité du Cardinal son protecteur ; mais elle ne s’est jamais appelée elle-même que l’Académie Françoise.

Par une lettre du 22 Mars 1634, elle supplia le Cardinal d’être son protecteur. Les lettres patentes de l’établissement furent expédiées au mois de Janvier 1635, & elles furent apportées à la compagnie le 29 Janvier de la même année. Les statuts qu’on avoit faits, furent approuvés par le Cardinal ; mais les lettres patentes ne furent enregistrées au Parlement, qu’après bien des difficultés, & le furent enfin le 10 Juillet 1637, avec cette restriction : A la charge que ceux de ladite assemblée & Académie ne connoîtront que de l’ornement & embellissement & augmentation de la Langue Françoise, & des livres qui seront par eux faits, & par autres personnes qui le désireront & voudront.

L’Académie prit un contre-sceau, où doit être représentée une couronne de laurier, avec ces mots : A l’Immortalité.

Le nombre des Académiciens est de quarante, d’où vient qu’on les a souvent appelés les Quarante de l’Académie Françoise. Pour élire ou destituer un Académicien, il faut que les Académiciens soient assemblés au nombre de vingt au moins. Ces élections & destitutions se font par ballotes blanches & noires. Pour élire, il faut que le nombre des blanches passe de quatre celui des noires. Pour destituer, il faut que celui des noires passe de quatre celui des blanches. L’Académie ne s’est assemblée d’abord qu’une fois par semaine. Ce fut d’abord le lundi ; puis le mardi, ensuite le samedi, après quoi l’on revint au mardi. Enfin, à raison de son travail pour un Dictionnaire, elle s’assembla deux fois chaque semaine, le mercredi & le samedi. Aujourd’hui elle s’assemble trois fois par semaine, le lundi, le jeudi & le samedi. Les réceptions des Académiciens se font le jeudi dans des assemblées publiques. Ces assemblées se sont tenues pendant dix ans chez différens membres de l’Académie. Enfin en 1643, le 16 Février, M. le Chancelier Séguier, devenu protecteur après la mort du Cardinal, les fit tenir chez lui. Depuis, le feu Roi Louis le Grand s’étant fait protecteur de l’Académie, lui donna un appartement au Louvre, pour tenir ses assemblées. Ce fut le 28 Janvier 1642, que Louis XIV eut la bonté de prendre le titre de protecteur de l’Académie Françoise, qui a passé à son successeur.

Dès les commencemens, l’Académie projeta de faire un Dictionnaire de notre langue, une Grammaire & un Traité de la Poësie Françoise. Son Dictionnaire parut pour la première fois en 1684, en deux volumes in-folio. Les termes des arts & des sciences y manquoient, M. De C. de l’Académie Francoise, y suppléa par un Dictionnaire des arts & des sciences, publié la même année, en deux volumes aussi in-folio.

M. Pelisson a écrit l’Histoire de l’Académie Francoise depuis son origine jusqu’à son temps. M. l’Abbé d’Olivet en a donné la suite.

l’Académie des Sciences. Regia Scientiarum Academia. Elle fut établie en 1666, par les ordres du Roi, mais sans aucun acte émané de l’autorité royale. En 1699 le Roi lui donna une nouvelle naissance, en lui donnant une nouvelle forme. Le réglement est du 26 Janvier 1699. En vertu de ce réglement, l’Académie est composée de quatre sortes d’Académiciens, les Honoraires, les Pensionnaires, les Associés & les Elèves ; la première classe composée de dix personnes, & les trois autres chacune de vingt. Les Honoraires doivent être tous regnicoles ; les Pensionnaires doivent être tous établis à Paris ; des Associés huit peuvent être étrangers ; les Elèves doivent être tous établis à Paris. Les Officiers de l’Académie sont, un Président, qui est nommé tous les ans par le Roi, un Secrétaire & un Trésorier. Les Académiciens tiennent leurs assemblées deux fois la semaine dans une des salles du vieux Louvre. Les jours de ces assemblées sont le Mercredi & le Samedi : deux de ces assemblées sont publiques, la première après la S. Martin, & la seconde après le Dimanche de Quasimodo. A chaque assemblée le Roi fait distribuer quarante jetons d’argent aux Académiciens pensionnaires qui s’y trouvent présens. La fin de cette Académie est de perfectionner la Physique, les Mathématiques, la Géométrie, la Médecine, la Chimie, l’Anatomie, la Chirurgie.

Il y a à Montpellier une Académie sous le nom de Société Royale des Sciences. Elle fut établie en 1706 par lettres patentes du Roi, qui la mit sous sa protection. Il a voulu qu’elle ne fît qu’un seul & même corps avec l’Académie Royale des Sciences de Paris. Elle est composée de dix Honoraires ; & quinze autres Académiciens, savoir, trois Astronômes, trois Mathématiciens, trois Chimistes, trois Botanistes & trois Physiciens. Chacun de ces Académiciens peut avoir son élève ou son adjoint. Elle s’assemble une fois la semaine, & tous les ans après la S. Martin elle tient une assemblée publique.

Il y en a aussi une établie à Bordeaux depuis 1713.

Académie Royale des Inscriptions et Belles-Lettres. Elle fut établie en 1663, par le Roi, sous le ministère de M. Colbert ; mais c’est proprement en 1701 qu’elle a reçu sa forme par les soins de M. l’Abbé Bignon. Les Académiciens qui la composent, sont au nombre de quarante, divisés en trois classes, qui sont les Honoraires, les Pensionnaires & les Associés. Leurs conférences se tiennent dans une salle du vieux Louvre, le mardi & le vendredi de chaque semaine. Deux fois l’année il y a une assemblée publique, l’une après la S. Martin, & l’autre après le Dimanche de Quasimodo. Elle fut nommée d’abord Académie des Médailles & des Inscriptions ; elle a pris depuis le nom d’Académie des Inscriptions & Belles-Lettres.

Les Académies des villes de province, comme de Lyon, de Marseille, de Caen, & les autres tiennent plus de l’Académie des Belles-Lettres, que d’aucune autre, ou plutôt sont des Académies de Belles-Lettres.

Académie d’Architecture. Elle fut établie le 30 Novembre 1671, par les soins de M. Colbert, qui la forma de tous les Architectes renommés du Royaume. Le Roi la mit sous la direction du Surintendant des Bâtimens, qui étoit alors M. Colbert. Les Académiciens sont distribués en deux classes ; leur nombre n’est pas déterminé. Ils s’assemblent tous les lundis au Louvre. Le Roi entretient un Professeur public d’Architecture, qui donne dans le même lieu ses leçons deux fois la semaine, le lundi & le jeudi. M. Blondel est le premier qui l’ait fait. M. de la Hire l’a fait aussi bien des années.

Académie de Peinture et de Sculpture. C’est une Académie établie par le feu Roi Louis le Grand de glorieuse mémoire, & dont le Roi Louis XV, son arrière-petit-fils, s’est déclaré le protecteur en 1748. Le Cardinal Mazarin en fut le premier protecteur, & M. le Chancelier Séguier vice-protecteur. Elle est composée des meilleurs Peintres & Sculpteurs de France. Pour y entrer, il faut donner des preuves de la capacité par quelque morceau que l’on fournit. Elle a un Directeur qui préside aux assemblées, porte la parole dans les occasions qui le présentent, & a une inspection générale sur tout ce qui se passe dans l’Académie. Il peut être changé tous les ans ; mais la coutume est de le continuer trois ans. Elle a un Chancelier pour viser & sceller du sceau de l’Académie, les lettres de réception, & autres actes qui en sont émanés. Il est perpétuel. Elle a quatre Recteurs, pour présider par quartier aux assemblées en l’absence du Directeur, & pour se trouver à l’Académie pendant les trois mois de leur exercice, pour veiller avec le Professeur de mois à l’ordre qui se doit observer dans l’école du modèle, & juger ensemble des ouvrages des étudians, & des récompenses qu’ils méritent. Ils sont à vie, à la réserve du dernier, qui peut être changé tous les ans. Les Recteurs ont deux adjoints pour suppléer à leur absence. Il y a douze Protecteurs qui sont en fonction pendant un mois chacun. Ils doivent se trouver tous les jours à l’Académie à l’heure que se tient l’école du modèle, pour tenir les élèves assidus & en règle, les corriger, & avoir soin des affaires particulières. On en peut changer au sort jusqu’à deux tous les ans. Il y a huit Adjoints aux Professeurs, qui en font les fonctions quand ils sont absens ou empêchés. Deux Professeurs, l’un en Anatomie, l’autre en Géométrie & Perspective. Un Trésorier qui fait la recette & la distribution des pensions du Roi & des autres deniers de l’Académie ; il a la garde des ouvrages de Peinture, de Sculpture & des meubles : il peut être changé tous les trois ans. Il y a des conseillers divisés en deux classes : dans la première sont des personnes de considération, qui sont admises par honneur, comme Amateurs des arts, du dessein, & connoisseurs. Ils ont voix délibérative avec les Officiers, & rang dans la liste après les Recteurs & Adjoints des Recteurs. La seconde est composée de six Académiciens renommés par leurs talens. Le Secrétaire Historiographe tient les registres des délibérations & des expéditions ; il a la garde des titres & papiers, fait l’ouverture des propositions & des affaires dont on doit traiter en chaque assemblée, recueille ce qui se dit dans les conférences pour le mettre au net : il a la garde des sceaux en cas de maladie ou d’absence du Chancelier, pour sceller en présence de la Compagnie. Il est perpétuel.

On est reçu dans cette Académie, ou comme Peintre, ou comme Sculpteur. Les Peintres y sont reçus selon leurs talens, & avec distinction de ceux qui travaillent à l’histoire, & de ceux qui ne font que des portraits, ou des batailles, ou des paysages, ou des animaux, ou des fruits, ou des fleurs, ou qui ne peignent que de miniature, ou qui s’appliquent à la gravure, ou à quelque autre partie qui regarde le dessein.

Pour service, l’Académie de Peinture a deux Huissiers pour ouvrir & fermer les portes, & tenir l’appartement propre : le premier fait la fonction de concierge. Elle a encore deux hommes entretenus pour servir de modèle dans l’école.

Louis le Grand a donné à cette Académie, comme aux autres, un appartement au Louvre, composé d’un grand nombre de pièces ornées d’une grande quantité d’ouvrages excellens de sculpture & de peinture.

L’Académie de Peinture & de Sculpture doit son établissement à Martin Charmois.

Il y a deux modèles c’est-à-dire, deux hommes bien faits de corps, que l’on expose nus tous les jours à six heures du soir, & que l’on fait mettre en différentes postures ou attitudes, pour donner lieu de se perfectionner aux jeunes gens qui ont du génie pour le dessein, & pour apprendre de la nature même l’art de dessiner correctement. Le jour de la fête de S. Louis on distribue des prix à ceux qui ont le mieux réussi. Cette Académie tient ses assemblées au Louvre, le dernier samedi de chaque mois. Une de ses principales constitutions, est que tous ceux qui la composent, sont obligés d’exposer au public de leurs ouvrages à la S. Louis. Ils s’exposent dans les galeries du Louvre, & restent exposés pendant quinze jours.

Outre cette Académie de Peinture & de Sculpture établie au Louvre, il y en a encore deux autres à Paris, dont l’une est à l’Hôtel royal des Gobelins, sous les ordres de l’Académie Royale du Louvre ; & l’autre est dirigée par les Maîtres Peintres & Sculpteurs, & leur bureau est rue des Hauts-Moulins près de saint Denis de la Chartre.

Académie Royale de Musique. Regia Musicæ Academia. Voyez Opéra.

Académie Royale de Chirurgie, établie pour la perfection de l’art de guérir les maladies qui exigent la main du Chirurgien. Voyez Chirurgie.

Il y aussi dans la plupart des villes d’Italie des Académies dont les noms sont curieux à cause de leur bizarrerie. A Sienne on appelle les Académiciens, Intronati : à Florence, Della Crusca ; à Rome, Humoristi, Lyncei, Fantastici ; à Bologne, Otiosi ; à Gènes, Addormentati ; à Padoüe, Ricovrati, & Orditi ; à Vicence, Olympici ; à Parme, Innominati ; à Milan, Nascosti, à Naples, Ardenti ; a Mantoüe, Invaghiti ; à Pavie, Affidati ; à Césene, Ossuscati ; à Fabriano, Disuniti ; à Fayence, Filoponi ; à Ancone, Caliginosi ; à Rimini, Adagiati ; à Cita del Castello, Assorditi ; à Pérouse, Insensati ; à Ferme, Rafrontati ; à Macerata, Catenati ; à Viterbe, Ostinati ; à Alexandrie, Immobili ; à Bresse, Occulti ; à Trévise, Perseveranti ; à Vérone, Filarmonici ; à Cortone, Humorosi ; à Lucques, Oscurri. M. Pélisson a donné ce catalogue dans son Histoire de l’Académie. Maseurat ajoute les Sileni à Ferrare ; les Agitati, à Cita di Castello, mettant les Assorditi à Urbin.

Il y a encore à Florence une Académie de Physique nommée del Cimentò où l’on fait plusieurs expériences physiques & astronomiques. Elle a été établie par Laurent de Médicis, & est souvent citée par Francisco Redi, Médecin. Au reste, l’Académie della Crusca à Florence est différente de l’Académie de Florence, laquelle est plus ancienne que celle della Crusca. On les a souvent confondues, & le Tasse même s’y méprit d’abord. Il attribua à l’Académie de Florence la critique que quelques Académiciens della Crusca firent de ses ouvrages dans les premiers temps de l’établissement de cette Académie. Voyez tout cela fort bien détaillé dans l’Aminta diffesa du savant M. Fontanini. Il falloit aussi ajouter l’Académie des Arcadiens à la liste des autres. Car quoique ces Messieurs ne se donnent point le titre d’Académiciens, & qu’ils affectent de ne se servir que de termes conformes à la qualité qu’ils prennent de Bergers d’Arcadie ; cependant on appelle Académie, ce qu’ils ne veulent appeler que Ragunanza, ou Assemblée, parce qu’effectivement on se propose à-peu-près le même but dans leurs assemblées que dans les autres Académies, qui sont établies pour entretenir une noble émulation parmi les savans, & sur-tout parmi ceux qui cultivent la Poësie, & ce qu’on appelle plus particulièrement les Belles-Lettres. On a depuis peu établi à Venise une Académie de Savans ; une autre à Dublin ; une autre à Oxford, qui travaillent à l’avancement des Sciences. Il y a une Académie en Allemagne, établie sous le titre d’Académie des Curieux des secrets de la Nature dans le Saint Empire Romain. L’Empereur lui donna la protection en 1670. Elle fut établie dès 1652 par le sieur Bauch Médecin. L’une des plus fameuses de toutes les Académies, est celle qui est établie à Londres, sous le nom de Société Royale d’Angleterre, qui est composée de plusieurs Savans de qualité, qui nous ont donné plusieurs beaux ouvrages, & dont on a vu aussi d’excellens Journaux, sous le titre de Philosophical Transaction. Au reste, quoique ces Académies soient dans l’approbation commune, elles ne sont pas toutefois dans celle de ce grand Chancelier d’Angleterre, François Bacon, ni, pour le dire vrai, dans la mienne. Car je vois que du temps de Léon X, que l’on doit comparer à celui de l’Empereur Auguste, ces façons d’exercer la jeunesse avec tant de montre, de pompe & d’éclat, n’étoient point en usage ; de sorte que l’on pourroit dire avec Pétrone à tous ces MM. les Académiciens, Pace vestrâ liceat dixisse, Primi omnium eloquentiam perdidistis, &c. Mascur. Charlemagne établit par le conseil d’Alcuin, une espèce d’Académie, dont il voulut être lui-même, & qui étoit composée des plus beaux esprits, & des plus Savans de la cour. Dans ces conférences académiques, chacun rendoit compte des Anciens Auteurs qu’il avoit lus ; & même ceux qui en étoient, prirent chacun un nom de quelque Auteur ancien qui étoit le plus à son goût, ou de quelque homme fameux dans l’antiquité. Alcuin, dont les Lettres nous apprennent ces particularités, prit celui de Flaccus, qui étoit le surnom d’Horace ; un jeune Seigneur, nommé Angilbert, prit celui d’Homère ; Adelard, Abbé de Corbie, s’appela Augustin ; Riculfe, Evêque de Mayence, se nomma Dametas ; le Roi lui-même prit le nom de David. P. Dan. Il paroit par-là que M. Baillet n’étoit pas assez instruit, quand il a dit, que c’est en suivant le génie des gens de Lettres de son temps, amateurs des noms Romains, qu’Alcuin s’est appelé Flaccus Albinus.

l’Académie Espagnole. C’est une Académie établie à Madrid sur le modèle de l’Académie Françoise à Paris, pour perfectionner la langue Espagnole. Academia Hispanica. Dom Manuel Fernandez Pachéco, Marquis de Villéna, Duc d’Escalone, Chevalier de la Toison d’or, &c. en doit être regardé comme le Fondateur. Elle s’assembla pour la première fois, sous le bon plaisir & une permission verbale du Roi Philippe V, dans le palais de son Fondateur, qui fut nommé Directeur. Elle demanda au Roi sa protection & une approbation authentique : le Prince la donna le 14 Octobre 1714, & accorda aux Académiciens tous les priviléges, grâces, prérogatives, immunités & exemptions dont jouissent les officiers-domestiques, qui sont actuellement au service dans le Palais Royal. La Compagnie ainsi autorisée, nomma de nouveau pour son Directeur le Marquis de Villéna, Duc d’Escalone, pour l’être toute sa vie. Après lui les Directeurs doivent changer tous les ans. Sa devise est un creuset dans le feu, avec ces mots espagnols : Lempia fija, y da esplendor. Elle fit des statuts, qui le 24 Janvier 1715 furent en état. La fin de cette Académie est de purifier & de perfectionner la langue Castillane. Les ouvrages de l’Académie sont un Dictionnaire, une Grammaire, une Poëtique & une Histoire de la langue Espagnole. Il n’y eut d’abord que huit Académiciens : ensuite on en ajouta quatorze. Outre le Directeur, elle a un Secrétaire. La fondation & les statuts de cette Académie, d’où ceci est tiré, ont été imprimés à Madrid à l’Imprimerie Royale en 1715, in-4°.

On dit aussi Académie, en parlant des Ecoles des Juifs, & des endroits où ils ont des Rabbins & des Docteurs pour enseigner aux jeunes gens de leur nation la langue hébraïque, leur expliquer le Talmud, leur apprendre la Cabale, &c. Les Juifs n’ont eu de ces sortes d’Académies que depuis le retour de la captivité de Babylone. Les Académies de Tibériade, de Babylone ont été fameuses.

Quelques Auteurs ont employé ce terme pour signifier aussi ce que nous appelons Université. Il me vient quelquefois en pensée de parcourir les Académies de l’Europe, principalement celles de Paris, &c. Bouhours, Vie de Xay. L. III. L’Académie d’Oxford est si illustre, que son Chancelier est toujours un des premiers Seigneurs du Royaume. Larrey. Ce n’est pas parler assez juste. Il est vrai que M. Harris, dans son savant Dictionnaire des Arts, définit le mot Académie, une espèce de hautes Ecoles, ou Université, dans laquelle les jeunes gens sont instruits dans les Arts Libéraux & dans les Sciences ; mais il parle Anglois, & explique ce que signifie ce mot en Anglois. De même en Latin on appelle Académie, ce que nous appelons Université, & tout le viii livre de Lymnæus de Academiis, regarde les Universités. Mais quand on écrit en François, il faut distinguer ces deux choses, qui dans notre Langue sont fort différentes. Académie est une assemblée de gens doctes, qui tiennent entre eux des conférences sur des matières d’érudition. Université est un Corps composé de Docteurs, de Bacheliers, qui aspirent au Doctorat ; de Régens qui enseignent dans les Collèges, & de jeunes gens, ou écoliers qui étudient sous ces Régens. On peut cependant appeler Académies, les lieux où les jeunes gens étoient instruits & élevés. Ainsi l’on dit que pendant que les Romains étoient les maîtres de la Gaule, il y avoit des Académies à Autun, à Bordeaux, à Marseille, à Narbonne, à Tours & à Trêves. Le Gendre. Mais en parlant de nos temps, cela fait une équivoque qu’il faut éviter, en distinguant ces deux choses, Académie & Université, comme en effet l’usage les distingue.

Académie, se dit aussi des maisons, logemens & manèges des Ecuyers, où la noblesse apprend à monter à cheval, & les autres exercices qui lui conviennent. Epheborum Gymnasium. C’est ce que Vitruve appelle Ephebeum. Au sortir du collège on a mis ce gentilhomme à l’Académie. Newcastle dit que l’art de monter à cheval prit naissance en Italie ; que ce fut à Naples que la première Académie pour monter à cheval fut établie, & que Frédéric Grison, Napolitain, fut le premier qui en écrivit ; ce qu’il fit en vrai cavalier & en grand maître. Henri VIII fit venir en Angleterre deux Italiens, écoliers de Grison, qui remplirent le Royaume d’écuyers. Gui Allard dit que Pluvinel est le premier qui a établi en France des Académies pour apprendre à monter à cheval. Il étoit du Dauphiné. Newcastle dit aussi que le plus célèbre écuyer qui fut jamais en Italie, étoit à Naples & Napolitain, nommé Pignatel ; que la Broue monta cinq ans sous lui, Pluvinel neuf, & S. Antoine plusieurs années ; que ces trois François, qui firent leur apprentissage sous Pignatel, remplirent la France d’Ecuyers François, qui étoit auparavant pleine d’Ecuyers Italiens. Il croit que la Broue a été le premier qui a écrit en François de l’art de monter à cheval.

Académie, se dit non-seulement du lieu où l’on fait les exercices, mais des écoliers mêmes. Ce jour-là un tel Ecuyer fit monter toute son Académie.

Académie. Terme de Peinture. C’est une figure entière, dessinée d’après le modèle, qui est un homme nu, ou la copie d’un pareil dessein. Cette Académie ne m’a coûté qu’une heure de travail.

Académie, se dit abusivement du Brélan, ou des lieux publics où l’on reçoit toutes sortes de personnes à jouer aux dez & aux cartes, ou à d’autres jeux défendus. Les Juges de Police sont obligés de veiller à ce qu’on ne tienne point des Académies de jeu. Voulons que les ordonnances de Police pour chasser ceux chez lesquels se prend & consomme le tabac, qui tiennent Académie, brélans, jeux de hasard, & autres lieux défendus, soient exécutées. Ordonnance de 1666. Ces lieux que l’on appelle fort improprement Académies, mais beaucoup mieux du nom infâme de Brélan, tout homme d’honneur doit les éviter, & les loix les condamnent. De la Mare. Cet Auteur montre dans son Traité de la Police, L. III. Tit. iv. C. 2 & 3, que non-seulement les Peres & les Loix ecclésiastiques, mais les Loix civiles chez les Païens, ont défendu ces sortes d’Académies. Les maîtres de ces Académies étoient si infâmes & si odieux, que s’ils étoient volés ou maltraités dans le temps du jeu, ils n’avoient aucune action en justice pour en demander réparation. L. i. Præt. ait. ff. de alea. & ibi gloss. Ulpian.

ACADÉMIQUE. adj. m. & f. Qui appartient à l’Académie des Sciences, des Arts, des Belles-Lettres ; à des Académiciens, à des Gens de lettres. Academicus. Discours académique. Exercices Académiques. Questions Académiques.

On le dit quelquefois des personnes. Sujet Académique, homme qui convient à l’Académie.

ACADÉMIQUEMENT. adv. D’une manière académique. Academicè. Cette question a été traitée académiquement, pour dire, suivant la méthode des Académiciens.

ACADÉMISTE. s. m. Ecolier qui fit ses exercices chez un Ecuyer, qui apprend à monter à cheval, à faire des armes, à danser, &c. Equestris disciplinæ tyro. Les exercices du corps sont pour l’Académiste. L’exercice d’esprit pour l’Académicien.

ACADIE. Acadia. Grande province de l’Amérique septentrionale, entre le fleuve de S. Laurent & la nouvelle Angleterre. Elle a environ cent lieues d’étendue. Ce pays appartient aujourd’hui aux Anglois. Nul pays, disent élégamment les grands Vocabulistes, n’est plus abondant en gibiers & en poissons de toutes espèces que l’Acadie. Quel style, pour des réformateurs !

ACADINE. s. f. Fontaine de Sicile proche de deux lacs de soufre & de feu, nommés Delles. Elle étoit consacrée avec les deux lacs aux deux frères Paliques, fils de Jupiter & de la nymphe Thalie ou Actua, & fameuse par les preuves des sermens qu’on y faisoit. On ne doutoit point de la vérité du serment, lorsque les planches de bois sur lesquelles on avoit écrit le serment, alloient à fond : le serment étoit réputé faux & sur le champ le parjure étoit aveuglé, ou même brûlé par les flammes des lacs, lorsqu’elles surnageoient. Aristote, Etienne de Bysance, Diodore de Sicile, Le Clerc & Moréri parlent de cette Fontaine.

AÇAFRAN. s. m. Rivière d’Afrique, qu’on nommoit autrefois Quinalaf, & que quelques-uns appellent aujourd’hui Vetxilef. Acafranus fluvius. Il est dans le royaume de Tremecen. La ville de Col des Modechaves est sur le bord de Açafran.

☞ ACAGNARDER. Voyez Accagnarder.

ACAJA, autrement IBAMETARA. C’est un des plus grands arbres du Brésil, dont Pison parle, L. iv. c. 16. & qu’il distingue de l’Acajou dont il avoit parlé, c. 6. Il paroît cependant que ce n’est qu’une espèce de l’Acajou ; car il appelle aussi cet arbre Acaja iba, comme celui-ci.

ACAJOU. s. m. Arbre de l’Amérique de la hauteur de nos pommiers, branchu & chargé de beaucoup de feuilles. L’écorce de son tronc est ridée & cendrée. Son bois est rougeâtre, les feuilles sont sèches, fermes, luisantes, arrondies, & ont cinq pouces de longueur sur trois de largeur. Les extrémités de ses branches se terminent par un bouquet de fleurs panachées de rouge & de vert, d’une seule pièce taillée en entonnoir. De plus de cent fleurs qu’il y a quelquefois sur un bouquet, il n’y en a que trois à quatre qui nouent ; c’est le pistil de la fleur qui devient un fruit de la figure d’une poire grosse comme un œuf d’oie, qui, en mûrissant, est tantôt rouge, tantôt jaune, & tantôt également teint de ces deux couleurs, & dont la grande âcreté diminue à mesure qu’il mûrit. De l’extrémité de ce fruit pend une semence ou amande bonne à manger, revêtue de deux écorces, dont la première est gris de souris, & l’autre brune, entre lesquelles est contenue une liqueur huileuse, très-caustique, & dont on se sert en Amérique pour emporter les dartres & faire tomber les cors des pieds. Le suc de cette poire qui soutient la semence, quand il est nouvellement exprimé, est blanc, laiteux, & d’une âcreté si grande, qu’il prend à la gorge, & qu’on ne peut le boire qu’après qu’il a fermenté & qu’il s’est éclairci ; pour lors il est agréable, & a le goût vineux. Il coule du tronc de l’Acajou une gomme semblable à celle qu’on nous apporte du Sénégal ; mais elle est en plus gros morceaux ; elle se fond dans l’eau comme la gomme Arabique. Thevet, Pison, & la plupart des Voyageurs nous ont parlé de cet arbre.

Il y a d’autres arbres qu’on nomme dans les Îles d’Amérique Acajou rouge, Acajou blanc, Acajou à planches, Acajou à canot ; mais le caractère de ceux-ci ne nous est pas si connu. M. Louvillers de Poinci, dans son Histoire naturelle des Antilles, fait de l’Acajou une description plus détaillée & différente de celle-ci. Il y a, dit-il, trois sortes d’arbres qui portent le nom d’Acajou. Mais il n’y en a qu’un qui donne du fruit. C’est un arbre de moyenne hauteur, qui penche ses branches jusqu’à terre. Ses feuilles sont belles & larges, arrondies par devant, & rayées de plusieurs veines. Il porte des fleurs qui sont blanches, lorsqu’elles s’épanouissent ; puis elle deviennent incarnates, & d’un assez beau pourpre. Elles croissent par bouquets, & elles exhalent une odeur agréable. Ces fleurs ne tombent point jusqu’à ce qu’elles soient poussées par une espèce de chataigne faite en forme d’oreille, ou de rognon de lièvre. Quand cette chataigne a pris son accroissement, il se forme au-dessous une belle pomme longuette, qui est couronnée de cette crête, qui devient en mûrissant d’une couleur d’olive, pendant que la pomme se revêt d’une peau délicate & vermeille. Elle est remplie de certains filamens spongieux, qui sont imbus d’un suc doux, aigre, qui désaltère, & que l’on croit très-bon pour la poitrine & pour les défaillances, lorsqu’il est tempéré avec un peu de sucre. Mais s’il tombe sur quelque linge, il y imprime une tache rousse qui ne s’efface, dit-on, que lorsque l’arbre fleurit de nouveau. Les Indiens font un breuvage excellent de ce fruit, lequel étant gardé quelques jours, enivre aussi promptement que le meilleur vin de France. La noix qui est au-dessus étant brûlée, rend une huile caustique de laquelle on se sert pour amollir, & même pour extirper les cors des pieds. Si on la casse, on trouve dedans, un pignon d’un très-bon goût, & propre à échauffer & fortifier l’estomac quand il est dépouillé de la pellicule qui l’enveloppe. Cet arbre ne porte du fruit qu’une fois l’an, d’où vient que les Brésiliens comptent leur âge avec les noix qu’il produit. Ils en réservent chaque année, qu’ils conservent avec grand soin dans un petit panier qui n’est destiné qu’à cet usage. Si on fait une incision au pied de cet arbre, il en découle une gomme claire & transparente, que plusieurs ont prise pour celle qui vient d’Arabie. La semence de l’arbre est dans la noix.

Les autres Acajous sont des arbres propres à bâtir. On en fait cas à cause de leur bois. Ils sont si hauts & si gros, que les Caraïbes tirent souvent d’un seul tronc ces grandes chaloupes, qu’ils appellent Pyrangues, qui peuvent porter 50 hommes. Ils poussent plusieurs branches fort touffues, & qui font un ombrage fort agréable. Il y a deux sortes d’Acajous, qui ne différent que par la hauteur de leur tronc & la couleur de leur bois. Le plus estimé est le rouge, qui, outre ce qui en a été dit ci-dessus, est fort facile à mettre en œuvre. Il ne se pourrit point dans l’eau. Les armoires qui en sont faites, donnent une bonne odeur aux habits, & les préservent des vermines qui s’engendrent, ou se glissent dans les coffres d’une autre matière. Ces propriétés sont cause que quelques-uns ont cru que cet arbre étoit une espèce de Cèdre. On en fait de petites planches pour couvrir les maisons. L’Acajou blanc est semblable par sa forme à l’Acajou rouge ; mais il n’est pas tout-à-fait si haut. Il est facile à mettre en œuvre, quand il est nouvellement coupé ; mais si on le laisse à l’air, il devient si dur, qu’on a bien de la peine à s’en servir. Il est sujet aux vers, & se pourrit en peu de temps. Si on fait une incision au pied de ces arbres, ils jettent une grande abondance de gomme. Voyez aussi l’Histoire des Antilles du P. Du Tertre, Tr. III. C. 4. §. 4. & C. 5. §. 6. & Pison, Liv. iv. C. 6. Il l’appelle du nom que lui donnent les sauvages. Acaja Iba.

ACALIFOURCHONNÉ, ÉE. adj. Qui est à califourchon : terme bas & peu en usage. Le rustre s’étoit acalifourchonné sur mon cheval, & déjà comme sien le talonnoit de bonne grâce. Cyrano.

☞ ACALIPSE. Nicander & Gollius font mention, l’un d’un poisson, l’autre d’un oiseau de ce nom. Athénée parle aussi de ce poisson. Attendons de nouvelles lumières de l’Histoire Naturelle pour prononcer sur leur existence.

ACALUS. Voyez Calus.

ACAMANTIDE. s. f. C’étoit une des dix Tribus des Athéniens, ainsi nommée d’Acamas, fils de Thésée. Acamantis.

ACAMARCHIS. s. f. Terme de Mythologie. C’est le nom d’une nymphe de la mer, fille de l’Océan, dont parle Diodore de Sicile, Liv. VI.

ACAMAS. s. m. Fils de Thésée & de Phèdre, ou d’Antiope, fut un des princes Grecs qui allerent au siége de Troye.

☞ ACAMBOU ou AQUAMBŒ. Royaume d’Afrique sur la côte de Guinée, vers le 19e d. de long. & le 7e de lat. sept.

☞ ACANANÉ, ÉE. Les Auteurs du grand Vocabulaire nous donnent ce mot pour un terme de Botanique, synonyme d’Acanthacé. Le même mot se trouve dans le Dictionnaire de l’Académie Françoise, pour désigner des plantes épineuses. Je trouve dans tous les Botanistes Plantes Acanthacées. Voyez ce mot.

ACANES. Nom de deux villes d’Afrique. Acana. Elles sont dans la Guinée. Acanes la grande est sur la rivière de la Volta, vers sa source : Acanes la petite est aussi sur la Volta, au midi d’Acanes la grande.

ACANGE. s. m. Excursor, Prædator, Velo. Espèce de soldat Turc, qui ne fait qu’aller en course pour butiner. Les Turcs les appellent Akingi, nom qui vient du mot Turc Akan, ou plutôt Akin, & signifie, Proie, butin, course. Meninski. Les Acanges sont des volontaires Turcs, qui ne reçoivent point de solde, & ne font la guerre que dans l’espérance du butin. Gratiani. Histoire de Chypre.

ACANIE. Nom d’un royaume des Négres, Acania. Il est dans le pays des Négres. L’Acanie est bornée par Cuiforo & Bonoé à l’ouest, par Daroé, Ati & Abramboé au sud ; par Inta au nord, & Ahim à l’est.

ACANIEN, ENNE. s. m. & adj. Nom du peuple qui habite l’Acanie. Acanianus, a, um. Les Acaniens sont tous adonnés au commerce, riches en esclaves & en or, & braves. La langue Acanienne est la même que celle de Fétu, d’Ati, & de Cibou, de Commendo & d’Abramboé, mais elle est plus douce. Voyez La Croix, Relat. d’Afrique.

ACANTHABOLE. s. m. Instrument de Chirurgie, fait en forme de pincettes, dont on trouve la description dans Paul Eginète. On s’en sert pour enlever les esquilles d’os cariés, les épines, les tentes, & tout autre corps étranger qui se trouve dans une plaie, ou pour arracher les poils des paupières qui incommodent & irritent les yeux, ceux des narines ou des sourcils. Ἄϰανθα, épine ; βάλλω, jeter dehors, chasser.

☞ ACANTHACÉ, ÉE. adj. Terme de Botanique. Plantes acanthacées, qui tiennent de la nature du chardon, & sont armées de pointes. Quelques Botanistes ont donné le nom d’Acanthium à plusieurs chardons ou plantes épineuses, à cause du rapport que les feuilles de ces plantes ont avec celles de l’acanthe.

ACANTHE, ou ACANTE. s. f. Acanthus. Les Botanistes modernes reconnoissent, avec Dioscoride & Pline, deux espèces d’Acanthe, dont l’une est sans épines, & l’autre en est armée. Celle qu’on nomme ordinairement Acanthe molle, a ses racines rougeâtres, longues, assez tendres & visqueuses. Ses feuilles sont grandes, larges, lisses, découpées assez profondément en plusieurs segmens, qui sont encore recoupés en de plus petits lobes, charnues, d’un vert obscur & luisant en dessus, & plus pâle en dessous. Entre ses feuilles s’élève une tige haute de trois à quatre pieds, de la grosseur du doigt, garnie vers la partie moyenne de quelques petites feuilles, au dessus desquelles se forme un bel épi de fleurs, mais très-piquant ; chaque fleur est d’une seule pièce aplatie & découpée par le haut en trois, retrécie & terminée par le bas en un tuyau court & en forme d’anneau. Quatre étamines chargées de leurs sommets tiennent lieu de la lèvre supérieure de la fleur. Le calice est formé par quelques feuilles, dont la supérieure est voûtée, & semble suppléer au défaut de la lèvre supérieure de la fleur, soit par sa situation, soit par une teinte de pourpre dont elle est colorée, & que les autres n’ont point. Le pistil qui s’élève du fond du calice & de la fleur, devient un fruit de figure d’un gland, & partagé en deux cellules, qui contiennent chacune quelques semences aplaties & jaunâtres.

L’Acanthe épineuse se distingue de la molle par ses feuilles plus finement découpées, & dont chaque segment se termine par un piquant assez roide & fort aigu ; le vert est aussi plus obscur. Ces deux espèces ne changent point par la culture, & l’une ne dégénère jamais en l’autre. On doit donc être très-assuré que ces deux espèces sont très-distinctes & très-constantes.

On appelle l’Acanthe, Branca ursina, branche ou branque ursine, à cause de la prétendue ressemblance de ses feuilles avec la patte d’un ours, & Branca hircina, à cause que ces mêmes feuilles se contournent en quelque façon comme les cornes d’un bouc ; mais ces dénominations sont assez mal fondées. Le rapport qu’ont les feuilles de certaines plantes à celles de l’Acanthe, a aussi donné lieu à quelques Botanistes d’attribuer le nom d’Acanthium à plusieurs chardons, ou plantes épineuses, & celui de Branca ursina Germanica à la Berce, en latin Sphondylium, Plantes souvent de différens genres. On dit que plus l’Acanthe est pressée, mieux elle pousse. C’est ce qui a donné lieu d’en faire une devise, qui a pour mot : Depressa resurgit, pour exprimer que la vertu tire des forces de l’affliction. L’Abbé Picinelli en fait aussi le symbole de la pénitence, avec ce mot : Tabida curat : Elle guérit la corruption.

Acanthe. Terme d’Architecture. Ornement dont on embellit les chapiteaux des colonnes. Acanthina folia. Un chapiteau taillé à feuilles d’Acanthe. Felibien. La feuille d’Acanthe, qui a été le sujet de l’invention du chapiteau Corinthien, a aussi donné le nom à cet ouvrage d’Architecture. Il y en a de deux espèces : la cultivée & l’épineuse ou sauvage. C’est de cette dernière, qui est la moins belle, que se sont servis les Sculpteurs Gothiques, qui l’ont mal imitée. Pour l’Acanthe cultivée, qui est plus refendue, & plus découpée, & assez semblable au persil, elle est la plus parfaite. C’est ainsi qu’elle a été taillée aux chapiteaux Composites des arcs de Titus & de Septime Sévère à Rome, & au Corinthien de la cour du Louvre.

Acanthe. s. f. Acantha. C’est, selon quelques Anatomistes, l’avance de derrière des vertèbres, appelée autrement Epine du dos. Spina dorsi. Harris. Ce nom est Grec, & signifie épine.

Acanthe. s. f. Terme de Mythologie. Nom d’une Nymphe, qui fut aimée d’Apollon. Acanthe. ce Dieu en récompense la changea en la plante nommée Acanthe.

ACAPATHI. s. m. Plante de la nouvelle Espagne, qui porte le poivre long. Elle a son tronc contourné à la façon des sarmens ; & le tronc a des feuilles qui ressemblent à celles du poivre blanc, mais plus longues & aiguës. Son fruit est rond & long ; sa graine n’acquiert jamais une parfaite maturité sur la plante : c’est pourquoi on la cueille dès qu’elle commence à rougir. On la met sécher au soleil, où elle achève de mûrir, & on la seme. On la mange séche, & verte ; & elle donne un bon goût aux viandes. Voyez Poivre. On lit Acapalti dans le Dictionnaire de Corneille ; mais Acapathi est meilleur.

☞ ACAPTE. s. m. Terme de Coutume, tiré du latin captare, signifie un droit d’entrée qui est dû en quelques endroits au Seigneur à la mort du tenancier à rente, cens, ou autre charge, par son héritier, à cause de l’investiture emphitéotique que le Seigneur lui fait.

ACAPULCO. Ville de l’Amérique septentrionale. Acapulcum. Elle est dans l’Audience de Mexique, à cent lieues environ & au midi de la ville de Mexique, dont elle est comme le port.

La différence du méridien d’Acapulco à celui de Paris, est, selon M. Harris, 7°. 14’. 11’’. occid. ou 85°. 35’. 15’’. Sa latitude 17°. 30’. 5’’. D’autres le mettent à 18°. 4°’. Lat. mérid.

ACARADI. Province de la Nigritie, en Afrique. Acaradia. Elle a au couchant Caunnanah, à l’occident Quahoé, au midi Ningo & Latabi : elle est abondante en fort bon or.

☞ ACARAGA. Rivière de l’Amérique méridionale, dans le Paraguai. Elle a sa source dans la province de Parana, & après trente lieues de chemin, elle se jette dans l’Urvaig. La ville de l’Assomption est au confluent de ces rivières.

ACARAÏG, ACARAI ou ACARA. Ville de l’Amérique méridionale. Acaraga. Elle est dans le Paraguai, sur la rivière de Parana. On la nomme autrement la ville de la Nativité. Elle fut bâtie par les Jésuites, en 1624. long. 26°. 55’. lat. mérid. 26.

ACARE. s. m. Mot dérivé du Grec κειρᾷν, couper, & de α privatif, comme qui diroit Animal qu’on ne peut couper à cause de sa petitesse, Ciron. C’est un petit animal qui a huit pieds, & qui est engendré de l’œuf d’une mouche ordinaire, en laquelle il se change ensuite, conservant toujours une petitesse qui est telle qu’on ne peut l’appercevoir, ou du moins que très-difficilement, sans le secours du microscope. Voyez le Dictionnaire de James.

ACARER. Voyez Accarer.

ACARIÂTRE. adj. m. & f. Qui est d’une humeur fâcheuse, aigre & criarde. Morosus, acerbus, pertinax. Je ne puis traiter avec cet homme-là, c’est un esprit, une humeur acariâtre. C’est une femme acariâtre, qui crie jour & nuit contre son mari & ses domestiques. Il a aussi autrefois signifié fou.

Sylvius dérive ce mot de saint Acaire, parce qu’il guérit les acariâtres. Ménage veut qu’il vienne du mot Latin acariasser, & Nicod du mot Grec Κάρη, signifiant caput, comme si on disoit acaris, un homme sans tête & écervelé ; ou plutôt un homme têtu & opiniâtre. Capito, ou, comme dit Prudence, capitosus. D’autres le tirent du Grec ἀκαριέστερος, qui signifie, Opiniâtre, ennemi de la complaisance, dont les mœurs & les paroles sont désagréables, & tirent vers la folie. Borel le dérive de cara, vieux mot François venu d’Espagne, qui signifioit un visage refrogné.

ACARIÇOBA. Plante du Japon, que les Portugais appellent Erva do Capitaon, herbe du Capitan. Elle vient dans les lieux humides, & le long des ruisseaux & des fontaines. Sa feuille est ronde, lisse & assez épaisse ; sa fleur est d’un gris blanchâtre. Elle a beaucoup de racines qui sont blanches, & serpentent à terre. Elles sont longues, distinguées par des nœuds, bulbeuses, & pleines de suc. Elle est chaude & aromatique, & très-agréable au goût. Ses principales qualités sont dans ses racines. Elles sont apéritives, & guérissent les obstructions du foie & des reins. Pison, L. iv. C. 50.

ACARNA, ou ACORNA. s. m. Chardon à fleur large & jaune : ses têtes sont oblongues, garnies d’épines ; sa semence ressemble à celle du Carthame. L’étymologie est ἄκορνα, plante épineuse.

ACARNAN, ou ACARNE. s. m. Acarnus, Acarnanus. Poisson de mer qui, par sa figure & par sa taille ressemble au rouget, mais il est blanc & couvert d’écailles argentines : sa tête est grosse ; son museau est aquilin, sa gueule petite, ses dents menues. Sa chair est fort blanche, bonne à manger & de facile digestion. Il contient beaucoup d’huile & de sel volatil, & les Médecins le croient propre à purifier le sang & à exciter l’urine.

ACARNANIE. Acarnania. Province de l’Epire en Grèce, qui avoit à l’orient l’Ætolie, dont elle étoit séparée par le fleuve Achéloüs ; à l’occident le golfe d’Ambracie, que nous nommons aujourd’hui golfe de Larta, & au midi la mer Ionienne, & les îles d’Ithaque & de Céfalonie. On l’appelle aujourd’hui Despotat, ou Petite Grèce, ou Carnie ; mais quand on parle de l’Antiquité, il faut dire Acarnanie. Les chevaux d’Acarnanie étoient estimés chez les Anciens.

Acarnanie est aussi le nom d’une ville de Sicile célèbre par un temple dédié à Jupiter.

ACARNANIEN, ENNE. s. m. & f. Qui est d’Acarnanie. Les Acarnaniens ne faisoient, dit-on, leur année que de six mois. Les Acarnaniens se faisoient couper les cheveux pardevant, apparemment pour ne donner point par-là de prise à leurs ennemis dans les combats. Ils passoient anciennement pour un peuple invincible.

ACARNAR. Terme d’Astronomie. Nom de la dernière étoile à l’extrémité australe de la constellation appelée Eridan.

ACARNE. Voyez Acarnan.

ACASTE. s. f. Terme de Mythologie. Nom d’une nymphe, ou naïade, fille de l’Océan & de Thétis. Voyez Hésiode, dans sa Théogonie, ou Génération des Dieux.

Acaste. s. m. Fils de Pélias, Roi de Thessalie, & parent de Jason, fut un des Argonautes. Pline veut qu’Acaste soit le premier qui ait fait célébrer des Jeux funèbres : ce qu’il fit en l’honneur de son père.

ACAT. s. m. Vieux mot, au lieu duquel on dit aujourd’hui Achat, comme acheter, au lieu d’acater ; & acheteur, au lieu d’acateur ou acatour.

ACATALECTE, ou ACATALECTIQUE. adj. Terme de Poësie, qui se dit des vers qui sont exactement parfaits, qui n’ont pas une seule syllabe de trop ou de trop peu. Ainsi le définit M. Harris. Pour parler juste, & selon la force du mot, il faut dire que ce sont les vers auxquels il ne manque point de syllabe à la fin, à la différence des vers catalectiques, auxquels il manque à la fin quelque syllabe. Car ces mots sont Grecs, & viennent de λήγω, cessio, desino. De-la ϰαταληϰτός, & ϰαταληϰτιϰός, à qui il manque quelque chose à la fin ; & avec l’α privatif ἀναταληϰτιϰός, à qui il ne manque rien à la fin. Par exemple, dans la Ve Ode du I Livre d’Horace, chaque strophe est de trois vers, dont les deux premiers sont acatalectiques, & le troisième catalectique.

Solvitur acris hyems gratâ vice
Veris & Favoni,
Trahuntque siccas machinæ carinas.

Dans la Poësie Françoise on peut appeler acatalectiques, les vers de sept syllabes, tels que sont ceux-ci composés sur la mort de M. le Dauphin & de Madame la Dauphine, morts à quelques jours l’un de l’autre.

En vain la mort & l’amour
D’une funeste victoire
Se disputent-ils la gloire,
Ils sont vainqueurs tour à tour.
Sitôt que la mort jalouse,
A l’époux ravit l’épouse,
Aussitôt l’amour jaloux
A l’épouse rend l’époux.

Et de même les vers de trois syllabes :

La cigale ayant chanté
Tout l’été, &c.

Ou bien ceux-ci de Marot :

Damoiselle de Torcy,
Cet an cy
Tel étrène vous désire,
Qu’un bon coup vous puissiez dire :
Grand’mercy.


☞ ACATALEPSIE. s. f. Impossibilité de savoir, de connoître une chose. Les Pyrrhoniens admettoient une Acatalepsie universelle & absolue ; prétendoient qu’on ne peut avoir aucune connaissance certaine. Voyez : le mot suivant, & Scepticisme, Pyrrhonisme.

ACATALEPTIQUE. s. m. & f. Nom d’une secte d’anciens Philosophes. Acatalepticus, a. Les Acataleptiques étoient une branche de l’ancienne Académie. Ils doutoient absolument de tout : non-seulement ils disoient qu’on ne sait rien certainement, mais même ils prétendoient qu’il étoit impossible d’avoir aucune connaissance certaine. C’est ce qui les distinguoit des Sceptiques & des Pyrrhoniens. Car quoique ceux-ci doutassent de tout, ils avouoient néanmoins qu’on pouvoit acquérir quelque connoissance certaine.

☞ ACATER. v. a. Vieux mot Acheter. Emere. Voyez dans ce Dictionnaire au mot Apostolat, un passage de Philippe Mouskes.

ACATISTE. s. f. Nom d’une fête que les Grecs célébroient à Constantinople, le samedi de la quatrième semaine de Carême, en l’honneur de la sainte Vierge, qui avoit préservé trois fois cette ville de l’incursion des Barbares. L’hymne que le Clergé chantoit pendant l’office, s’appeloit aussi Acatiste. Ce mot vient du Grec, Ἀκάθιστος, parce qu’on se tenoit debout pendant tout l’office de la nuit. Voyez les fêtes mobiles d’Adrien Baillet.

A CAUSE. Préposition qui gouverne le génitif : & a cause que, conjonction, qui veut après soi, l’indicatif. Voyez au mot Cause.

ACAXI, ou AKAS. Ville du Royaume de Farima, dans l’île de Niphon, au Japon. Acaxium. Elle est sur la côte au sud-ouest de Méaco.

ACAXUTLA. Petite ville & Port de l’Amérique méridionale. Acaxutla. Elle est dans la Province de Guatimala, entre la ville de S. Ïago de Guatimala, & celle de Léon de Nicaragua, sur la côte de la mer du sud, ou mer pacifique.

ACAZER. v. a. Terme de Coutume. C’est proprement donner en fief, inféoder.Infeodare. Voyez Caseneuve, dans son Traité du franc-alleu. L. i, Ch. ii. Du Cange sous le mot Casare. De Lauriere.

Acazer, dans la Coutume de Bordeaux, Art. 101, signifie aussi, Bailler à rente. Id.

☞ ACAZÉ, ÉE. part. Inféodé, ou donné à rente.

ACAZEMENT. s. m. Terme de Coutume. Il a les significations de son verbe, & signifie inféodation ou bail à rente.

ACC.

☞ ACCABLANT, ANTE. adj. qui accable, qui fait succomber sous le faix. Opprimens. On dit du fardeau, qu’il est lourd ; & du faix, qu’il accable. Syn. Fr. un poids Accablant.

Il se dit plus ordinairement, dans un sens figuré, des choses qui sont considérées comme un poids difficile à porter, qui mettent l’esprit dans un état de langueur & d’abattement. Nouvelle Accablante. Une tristesse accablante. Un revers accablant. Acerbus.

Quelquefois ce mot désigne simplement l’ennui occasionné par des choses désagréables, qui nous importunent, ou qui nous gênent. Pour exprimer l’importunité de quelqu’un, on dit c’est un homme accablant. Visites accablantes. Molestus, importunus.

☞ ACCABLEMENT, s. m. Oppressio. Ce mot n’est point en usage dans le sens propre, pour désigner l’état d’un homme qui succombe sous le faix. On l’emploie particulièrement pour exprimer l’état où l’on tombe par maladie, ou par excès de douleur & d’affliction. Oppressio, Mœror. Sa maladie l’a mis dans un si grand accablement, qu’il a peine à se soutenir. Acad. Fr. Je n’ai pas de ces heures de chagrin & d’Accablement, qui vont jusqu’à l’ame. Voit. Accablement d’esprit.

On le dit aussi d’une surcharge d’affaires. Il est dans un si grand accablement d’affaires, qu’il n’a pas le temps de respirer.

Accablement de pouls. Terme de Médecine. Déréglement de pouls, lorsque l’accès commence, ou redouble. Venæ inordinatæ. Doc.

☞ ACCABLER. v. a. Dans le sens propre. Faire succomber sous le faix, sous un poids capable d’abattre, d’écraser. Opprimere. Ils furent tous accablés sous les ruines de cette maison. Ce mur est tombé, & a accablé tous ceux qui étoient auprès.

On le dit par exagération, comme synonyme de surcharger. Il porte un fardeau dont il est accablé.

On dit à peu-près dans le même sens, mais qui tient du figuré, être accablé par le nombre, par la multitude. Obrui numero. Leur multitude pouvoit accabler notre valeur. Sarras.

Accabler, se dit dans un sens figuré, d’une surcharge d’affaires, de dettes, d’impôts, de malheurs, d’infirmités, & généralement de tout ce qui met l’esprit dans un état de contention, de chagrin, de douleur, & que l’on considère comme un poids difficile à porter. Obruere curis, negotiis, doloribus, &c. Accablé de vieillesse, de chagrin, de dettes, de misère. Le travail, les visites, les importuns l’accablent. Il y eut à Rome bien des gens accablés sous les ruines de la république. L’Empire Romain courant à sa ruine, entraîna avec lui les belles-lettres, qui se trouverent accablées sous le poids de sa chûte. Bail. Ici il présente l’idée de ruine, de destruction. Si un ouvrage est trop chargé de pensées, leur nombre accable, & lasse l’esprit. Nicol.

A vaincre tant de fois, les Etats s’affoiblissent,
Et la gloire du Trône accable les sujets. Corn.

On dit accabler quelqu’un de reproches, d’injures, lui faire de grands reproches, lui dire beaucoup d’injures. Il est même employé en bonne part, comme synonyme de combler. Accabler quelqu’un de présens, de bienfaits. Cumulare muneribus, beneficiis. Ne vous venoit-il jamais aucun scrupule sur tous les éloges dont on vous accabloit ? Font. On est souvent trahi par ceux que l’on accable de biens. Je croirois pourtant que dans cette dernière acception le mot accabler dénote un excès. Accabler quelqu’un de louanges, c’est le louer plus qu’il ne le mérite, en sorte que cela suppose un défaut de discernement, ou un peu de flatterie dans celui qui loue. C’est ainsi qu’on dit d’un homme excessivement civil & poli, qu’il accable tout le monde de ses complimens.

Accabler, se dit aussi avec le pronom personnel. Il y a des gens qui s’accablent de travail, d’affaires. Ces deux personnes s’accablent de politesses, de complimens.

☞ ACCABLÉ, ÉE. part. Oppressus, obrutus. Il a les significations du verbe au propre & au figuré.

☞ ACCAGNARDER. v. a. (Il vaudroit mieux écrire Acagnarder.) Accoutumer quelqu’un à une vie obscure, fainéante ou libertine. Ignaviæ, inertiæ aliquem tradere. La mauvaise compagnie l’a accagnardé. Ce mot ne peut être employé que dans le style très-familier & populaire.

S’accagnarder, mener une vie fainéante, soit en s’attachant au jeu, au vin, aux femmes ; soit en gardant la maison. Ignaviæ tradere se. Un tel s’accagnarde auprès de sa femme.

Il s’accagnarde au cabaret
Entre le blanc & le clairet.
Je m’accagnarde dans Paris,
Parmi les amours & les ris. Boisr.

Nicod dérive ce mot de cagnard, qui est un lieu à l’abri du vent, ou exposé au soleil, où les gueux s’assemblent pour fainéanter, qu’on appelle pour cela cagnardins, & cagnardiers.

ACCAGNARDÉ, ÉE. part.

ACCAÏN. Ville de la Terre Sainte. Accaïn. Elle étoit dans la Tribu de Juda, vers le désert de Thérué, près du lieu où la Laure de saint Sabas fut bâtie dans la suite. Jos. XV. 57.

ACCAPAREMENT. s. m. Achat de Marchandises, défendu par les Ordonnances. Emptio vetita. Monopole sur les denrées ou marchandises. Voyez le mot suivant.

ACCAPARER. v. a. Amasser, faire de grands amas de quelque chose, les mettre en réserve. Colligere, coacervare. N. célébre partisan, accaparoit des blés dans un temps de disette. Ch. De Rior. Ce mot se prend presque toujours en mauvaise part, & signifie ordinairement, enlever des foires & des marchés, toute une certaine sorte de marchandise, pour la vendre plus cher en la rendant plus rare, & se faisant seul le maître de la vente.

ACCARA. Royaume d’Afrique. Accara. Il est dans la Guinée sur la côte d’Or. Voyez La Croix, Relat. d’Afrique. La Capitale de ce royaume porte le même nom, aussi-bien qu’une autre petite ville de Guinée. C’est la grande Accara & la petite Accara.

ACCAREMENT, ou ACAREMENT. s. m. & ACCARIATION. s. f. Confrontation. Voyez Accarer & Confrontation.

ACCARER. v. a. Terme de Palais, usité dans quelques-unes de nos provinces méridionales les plus voisines d’Espagne. Confronter les témoins & les criminels. Testes cum reo componere. Ce mot vient de cara, qui en Espagnol signifie la tête ou le visage de l’homme. Ainsi accarer les accusés, c’est les mettre tête à tête. Il envoya prier la Reine de ne faire mourir ce malheureux, qu’il ne fût premièrement accaré à lui. Brant.

ACCARON. Accaron. Ville de la Palestine, & l’une des cinq Satrapies ou gouvernemens des Philistins, où ils garderent quelque temps l’Arche d’Alliance, après l’avoir prise. Ce n’est aujourd’hui qu’un village. Postel prétend que c’est le Portus Jamnetorum, ioμνετῶν, de Ptolomée. On y adoroit l’Idole de Béelzébuth, qui est appelé le Dieu d’Accaron au 4e Liv. des Rois, C. i. v. 6. Elle est à 3 lieues de la mer, & à 3 de Jaffa. Ceux de Geth envoyerent l’Arche de Dieu à Accaron. Saci.

Je ne sais dans quel Pline l’Auteur d’un de nos Dictionnaires a pris que Accaron, Achoron, & Acharon, sont les Dieux des mouches, selon Pline, L. x. C. 28. Ce Chap. n’a que trois lignes que voici : Invocant & Ægyptii Ibes suas contra serpentium adventum : & Elei Mylagron Deum, Muscarum multitudine pestilentiam afferente, quæ protinùs intereunt quâ litatum est illi die. Il est vrai que quelques Mss. au lieu de Mylagron, ont mis Myiacoren ; mais c’est manifestement une faute.

ACCASTILLAGE. s. m. Terme de Marine, qui se dit en parlant des châteaux qui sont sur l’avant & sur l’arrière d’un vaisseau.

☞ ACCASTILLER. v. a. Terme de Marine. Etablir un château sur l’avant & sur l’arrière d’un vaisseau.

On appelle un vaisseau accastillé, quand il est accompagné de ces deux châteaux.

ACCÉDER. v. n. Terme de négociation & de droit public. entrer dans un traité fait par des Puissances étrangères, signer ce traité, se joindre aux Puissances contractantes. Accedere ad fœdus aliquod, illi subscribere. Une des conditions de ce traité, est que les Puissances qui voudroient accéder dans six mois, y seront reçues. Il fut stipulé que la guerre contre les Suédois ne se feroit point en Poméranie, ni dans aucune des provinces de l’Allemagne ; & que les ennemis de Charles XII pourroient l’attaquer par-tout ailleurs. Le Roi de Pologne & le Czar accéderent eux-mêmes à ce traité. Voltaire.

On dit aussi, en termes de pratique, accéder à un acte, à un contrat de vente : consentir à un acte, le signer en se joignant aux autres personnes qui y ont intérêt.

ACCÉLÉRATEUR. s. m. Terme d’Anatomie, qui se dit de quelques muscles. Qui accélere. Accelerator. L’urètre est resserrée par les deux muscles accélérateurs, dont une partie naît du sphincter de l’anus, &


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