Dictionnaire de Trévoux/6e édition, 1771/Tome 1/071-080

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Fascicules du tome 1
pages 061 à 070

Dictionnaire de Trévoux, 1771
Tome 1, pages 071 à 080

pages 081 à 090


Accords ou Etaies, en termes de marine, sont de grandes pièces de bois dont on se sert pour soutenir le navire que l’on construit, tant qu’il est sur le chantier. Tigna.

Accord. Tirez d’accord, ou halez d’accord, termes de marine. Commandement aux matelots de roidir tous ensemble sur une manœuvre. On dit dans un autre sens, qu’une terre est accord, quand elle s’éleve perpendiculairement, & qu’on peut mouiller tout près. Le Manœuvrier.

ACCORDABLE. adj. Qui doit ou qui peut s’accorder. Concedendus. Cette grâce n’est pas accordable. Ce terme ne se trouve point dans le Dict. de l’Acad. aussi est-il peu usité. Les Vocabulistes auroient dû nous en avertir. A la façon dont ils l’expliquent, on le prendroit pour un terme d’un usage ordinaire.

ACCORDAILLES. s. f. Il n’a point de singulier. Cérémonie qui se fait pour signer les articles, ou le contrat de mariage en présence des parens, quand les parties sont d’accord. Sponsalia. Ce mot est vieux, & ne se dit qu’au Palais. Hors de-là, on dit accords. Le peuple dit aussi accordailles.

☞ ACCORDANT, ANTE. Concors. Terme de musique, qui s’applique aux tons qui s’accordent bien. Ad concentum aptus. Il y a des tons accordans, & des tons discordans, &c. ut & sol sont des tons accordans. La Musique consiste à bien choisir les tons accordans, à les distinguer des discordans. Il y a des voix accordantes & discordantes.

ACCORDEMENT. s. m. Terme de Coutume. C’est l’accord, la composition, le traité que fait un acquéreur avec le Seigneur censuel pour les droits censuels des lods & ventes qui sont dûs audit Seigneur. Pactum, conventio. Ragueau.

☞ ACCORDER, v. a. Mettre d’accord. Rétablir la bonne intelligence entre des personnes qui ont des procès, des contestations. Controversias dirimere, componere.

Accorder, dans ce sens, a beaucoup d’analogie avec concilier ; mais le premier suppose contestation & contrariété ; & concilier ne suppose que de l’éloignement ou de la diversité. On accorde les différents on concilie les esprits. Syn. Fr. Il paroît impossible d’accorder les libertés de l’Eglise Gallicane avec les prétentions de la Cour de Rome. Il sera toujours très-difficile de concilier les maximes de nos Parlemens avec les préjugés du Consistoire.

Accorder, se dit aussi en parlant des opinions. il signifie lever les contradictions apparentes qui peuvent se trouver entre deux ou plusieurs opinions. Conciliare. Rien n’est si aisé que d’accorder l’écriture avec l’écriture, lorsque l’on croit avec l’Eglise Chrétienne, &c. Peliss. Les Théologiens ont travaillé à accorder S. Matthieu & S. Luc sur la Généalogie de J. C.

Le mot accorder, dans ce sens, a encore beaucoup d’analogie avec concilier ; mais on emploie le mot d’accorder pour les opinions qui se contrarient, & celui de concilier pour les passages qui semblent se contredire. Le défaut de justesse dans l’esprit est, pour l’ordinaire, ce qui empêche les Docteurs de l’Ecole de s’accorder dans leurs disputes. La connoissance exacte de la valeur de chaque mot, dans toutes les différentes circonstances où il peut être employé, sert beaucoup à concilier les Auteurs.

Accorder, se dit en Grammaire en parlant du régime & de l’accord que les parties d’oraison doivent avoir ensemble. C’est mettre les mots comme ils doivent être les uns à l’égard des autres, suivant les règles. Voyez Concordance. Il faut accorder l’adjectif avec le substantif, le verbe avec son nominatif.

Accorder, en Musique, se dit dans plusieurs acceptions relatives à l’harmonie. Accorder les instrumens, c’est les mettre en état de faire des consonnances, des accords ; les mettre tous au ton où ils doivent être les uns à l’égard des autres pour former un concert agréable. Accorder les violons, les violes, &c. au ton du clavecin. Concentum inter instrumenta musica efficere.

Accorder un instrument en particulier. C’est monter un instrument, en mettre les cordes au ton où elles doivent être entr’elles. Accorder son luth, son violon.

Accorder sa voix avec un instrument. Vocem maritare. Cantare ad chordarum sonum. Chanter de manière que la voix & l’instrument fassent des accords réguliers.

On dit proverbialement accorder ses flûtes, convenir de ce qu’on veut faire. Accordez vos flûtes, convenez de ce que vous voulez faire, & des moyens de faire réussir votre dessein.

Accorder, se dit encore généralement de toutes les choses qui ont du rapport, de la convenance. On accorde la couleur d’un lambris avec l’ameublement. On dit qu’un Peintre accorde ses tableaux, pour marquer l’harmonie qui doit regner entre les différens objets qu’ils représentent. On dit aussi accorder les tons, Voyez Harmonie en peinture.

Accorder, synonyme d’octroyer. Concedere. Accorder une grâce, une faveur. Le Cardinal Ximénès n’accordoit jamais ce qu’on lui demandoit, pour n’être pas troublé dans l’ordre du bien qu’il vouloit faire. Flech. On lui a enfin accordé l’emploi qu’il demandoit. Le Pape a accordé cent ans d’indulgence.

Accorder, synonyme avec demeurer d’accord, reconnoître pour vrai. Je vous accorde telle proposition. C’est une vérité de fait que vous devez m’accorder.

Accorder, synonyme de consentir. Accorder une fille en mariage. C’est la promettre à celui qui la demande. Despondere.

Accorder, se dit aussi avec le pronom personnel. S’accorder, être d’accord. Consentire, convenire. Ce que vous me dites ne s’accorde pas avec ce que vous m’avez dit autrefois. Nous tâcherons de nous accorder. Calvin voudroit bien accorder Luther & Zuingle ; mais il ne peut s’accorder avec lui-même.

Quelquefois s’accorder signifie être d’intelligence, agir de concert. Tous ceux qui m’entourent, s’accordent à me tromper. Souvent ce mot exprime la conformité de caractère, d’esprit, d’humeur qui se trouve entre les personnes qui vivent ensemble. Les jeunes gens n’ont pas de peine à s’accorder : leurs plaisirs communs les unissent.

On dit proverbialement de gens dont les humeurs sont incompatibles, qui ne sauroient vivre ensemble, qu’ils s’accordent comme chiens & chats. Diffentire.

s’Accorder, se dit généralement de toutes les choses qui vont bien ensemble, qui ont un rapport de convenance, de ressemblance. Concinere, congruere. On dit de deux voix, qu’elles s’accordent bien. La couleur du lambris doit s’accorder avec l’ameublement. Cette garniture s’accorde bien avec l’habit. Le chaud & le froid ne s’accordent pas. Non benè conveniunt, nec in unà sede morantur majestas & amor.

Accorder. v. n. On dit en termes de Marine, Accorde, & c’est un commandement qu’on fait quand on veut obliger l’équipage de la chaloupe à nager ou voguer ensemble.

ACCORDÉ, ÉE. part. Il a les significations de son verbe. Un luth accordé ; une proposition accordée ; un procès accordé.

Accordé, ée. s. Celui & celle qui sont engagés l’un à l’autre par la promesse de mariage ou par la signature du contrat. Desponsus, desponsatus, desponsata C’est un accordé ; c’est son accordée. L’accordé qui refuse d’accomplir le mariage, est toujours condamné aux dommages & intérêts, proportionnés à la qualité de l’accordée, parce qu’elle est offensée, & méprisée par le changement.

Ces mots d’accord & d’accorder, selon quelques-uns, & entr’autres Nicod, viennent du latin ad cor ; comme si on disoit, que deux personnes sont amenées à un même cœur, à une même volonté. Mais il y a plus d’apparence qu’ils viennent de corde, & que le premier sens d’accorder vient de ce que deux cordes de même diamètre, également tendues, sont à l’unisson, si on les pince de la même manière. D’où vient qu’il y a des consonnances en musique qui s’appellent tétracorde & hexacorde, qui sont la quarte & la sixte ; ce qui a été étendu aux conventions, qui font agir les parties de concert. Le mot accord est assez ancien. Le P. Papebroch, Act. Sanct. Mai, T. I. p. 64. cite un vieux mémoire dans lequel on lit : Fit tractatus & accordum cùm quodam auri-Fabro istius urbis.

ACCORDOIR. s. m. Petit instrument qui sert à accorder les instrumens de musique. L’accordoir d’une orgue est fait en forme d’un petit cône, dont on affuble les tuyaux en les pressant, jusqu’à ce qu’ils soient assez étroits pour les faire descendre aux tons qu’on désire ; ou en poussant la pointe du cône dans le tuyau lorsqu’on le veut élargir & le faire monter. L’accordoir d’un clavecin est fait comme un petit marteau.

ACCORER. Terme de Marine, qui signifie appuyer ou soutenir quelque chose. Sustentare, fulcire.

ACCORÉ, ÉE. part. Ce qui est appuyé. Une vergue accorée.

ACCORNÉ, ÉE. adj. Terme de Blason, qui se dit d’un animal qui est marqué dans un écu avec ses cornes. Cornutus. On le dit seulement quand elles sont d’une autre couleur ou métal que le reste du corps de l’animal. Têtes de vaches de sable, accornées d’argent.

Accorné, ée. adj. Terme de Fortifications. Défendu, couvert par un ouvrage à corne en tenailles. Cornuto propugnaculo munitus, protectus, a, um. Des demi-lunes tenaillées, ou accornées. Les demi-lunes accornées ou tenaillées, (ce dernier terme est plus usité) sont des demi-lunes couvertes par des ouvrages à corne en tenailles, dont le front est couvert de chaque côté, depuis l’escarpe jusqu’à la contrescarpe du fossé de la demi-lune ; de sorte qu’un côté de la tenaille n’a point de communication avec l’autre, & que ses faces qui sont formées par le prolongement de celles de la demi-lune, sont flanquées du corps de la place. Nou. Mém. de Fort.

ACCORT, ORTE. adj. Complaisant, qui sait s’accommoder à l’humeur des personnes avec qui il a affaire, pour réussir dans ses desseins. Comis, obsequens, commodus. Les Grecs l’appellent πολύτροπος. Ce mot vient de l’Italien accorto, qui signifie la même chose. Suivant Voltaire, il vient d’accorder, & signifie conciliant. Il n’est plus d’usage, dit-il, dans le style noble, & on doit regretter qu’il n’y soit plus.

Accort, signifie encore adroit, habile à trouver promptement divers expédiens. Versutus, callidus.

ACCORTEMENT. s. m. Complaisance, l’Art de s’accommoder à l’humeur des personnes à qui on a affaire. Obsequium, obsequentia. Il ne se dit plus.

ACCORTISE. s. f. Il signifie la même chose qu’accortement, & n’est plus d’usage.

ACCOSTABLE. adj. m. & f. Qui se laisse aborder facilement. Facilis, comis. Ce sont des personnes peu accostables. Voit. Ce Conseiller est fort accostable, il écoute paisiblement les parties. Ce mot est de peu d’usage, & ne peut trouver place que dans le style familier.

ACCOSTER. v. a. Approcher de quelqu’un pour lui parler, pour lui apprendre, ou savoir de lui quelque chose, ou pour nouer amitié avec lui. Accedere. On conjugue, je m’accoste ; je m’accostai ; je me suis accosté. Ces mots viennent de ad & de costa, côté ; comme si l’on vouloit dire, se mettre à côté, ou aux côtés de quelqu’un ; c’est-à-dire, se joindre à lui. Il est allé hardiment accoster cette femme. Ce mot n’entre que dans le discours familier.

Accoster, avec le pronom personnel, signifie hanter, avoir familiarité avec quelqu’un. Frequentare. Il ne faut s’accoster que d’honnêtes gens. Ils se défioient tellement les uns des autres, qu’on n’eût osé s'accoster de personne. Vaug. Terme du discours familier qui se dit ordinairement en mauvaise part.

Accoster une manœuvre. Terme de Marine. Voy. Accoter.

☞ ACCOSTE-ABORD. Terme de Marine. Voy. Accoter.

☞ ACCOSTÉ. Terme de Blason. Voy. Accoté.

ACCOSTÉ. ÉE. part. En ces mots l’S se prononce.

ACCOTAR. s. m. Terme de Marine. C’est une pièce de bordage que l’on endente entre les membres du vaisseau, pour empêcher l’eau de tomber entre les membres, ou entre les pièces qui le composent.

ACCOTEPOT. s. m. Petite pièce de fer, courbée en demi-cercle, qu’on met au pied d’un pot, ou d’un coquemar, pour l’empêcher de tomber. Fulcrum. D’autres disent Appuiepot.

ACCOTER, ACOTTER ou ACCOSTER. Terme de Marine. C’est approcher une chose d’une autre. Admovere. On le dit des huniers & des perroquets, quand on fait toucher les coins ou pointes des uns ou des autres aux poulies destinées à cet usage, & qui sont mises exprès au bout des vergues. Accotte, ou accoste, est le commandement pour faire approcher une chose de l’autre. Ainsi on dit à un petit vaisseau pour le faire approcher d’un plus grand, accotte, accoste à bord.

Ces mots viennent aussi du Latin Costa, Côte.

ACCOTER, ou ACCOTTER. v. a. Appuyer en mettant quelque chose à côté d’une autre qui la soutienne. Fulcire, sustinere. Il faut accoter ce coquemar, de peur qu’il ne tombe. Il est aussi réciproque. Il faut s’accoter contre la muraille quand on n’a point de siége. Ce mot a la même origine & le même sens primitif que accoster, qui vient de costa. Il est familier.

ACCOTÉ, ÉE. part. Appuyé. Fultus, nixus.

Accoté, ou Accotté. Terme de Blason, se dit des pièces qui sont posées à côté d’une autre pièce de l’écu. Adpictus, appositus. Le Prêtre-Jean d’Ethiopie porte d’argent, à une croix haussée de gueules, chargée d’un Crucifix, accotée de deux fouets de cordes emmanchés d’azur. Il se dit particulièrement de toutes les pièces de longueur mises en pal, ou en bande, quand elles en ont d’autres à leurs côtés. Ainsi le pal peut être accoté de quatre ou de six annelets, quand il y en a deux ou trois de chaque côté. On dit la même chose de la bande, quand les pièces qui sont à ses côtés, sont couchées dans le même sens, & qu’il y en a le même nombre de part & d’autre. Quand elles sont droites, on nomme alors la bande accompagnée de deux ou de quatre fleurs de lys, ou autres choses dont il faut énoncer la situation. Quand ce sont des pièces rondes, comme des tourteaux, des besans, on peut dire indifféremment accoté, ou accompagné. Le P. Menestrier.

ACCOTOIR, ou ACCOTTOIR. s. m. Ce qui sert d’appui, de soutien à quelque chose. Fultura, fulmentum. Je suis si las, que je cherche un accotoir. Il est bas, hors de la conversation. En particulier, c’est un morceau de bois plat, attaché dans les confessionnaux, ou dans les chaises à porteurs, pour servir d’appui. L’accotoir sert pour s’appuyer de côté, & l’accoudoir pour s’appuyer en avant.

ACCOUCHEMENT. s. f. Enfantement, délivrance d’une femme grosse. Partus, puerperium, partio. Les travaux de l’accouchement sont une des peines du péché originel. Voyez Mauriceau sur cette matière. Il y a un traité latin du terme de l’accouchement des femmes, par Peysonnel, à Lyon, in-8°. Il entreprend de concilier toutes les contradictions apparentes d’Hippocrate sur ce sujet. Il prétend que le terme le plus court de l’accouchement naturel, suivant le sentiment d’Hipocrate, est de 182 jours, ou de six mois entiers & complets, & le plus long de 280 jours, ou de neuf mois entiers & 10 jours, & que les enfans qui viennent avant ou après ce terme, ne vivent point, ou ne sont pas légitimes. Cette opinion est contraire à la Loi, qui déclare qu’un enfant peut naître onze mois après la mort de son pere. Peysonnel répond que cette Loi doit s’entendre d’onze mois, en comptant la fin du premier mois & le commencement de l’onzième, & non pas d’onze mois entiers & accomplis. Bartholin a fait un Livre des conduits extraordinaires par où sort le fœtus ; il rapporte différens exemples d’accouchemens fort extraordinaires. Il y en a où le fœtus est sorti par la bouche ; il y en a où il est sorti par l’anus. Voyez Salmuthus, obs. 94. cent. 3. Le Journal des Savans d’Allemagne, sur l’observation 108. de l’année 1670. Degori, Dict. medical.

ACCOUCHER. v. n. Enfanter, mettre un enfant au monde. Parere, eniti. Il régit l’ablatif. Cette femme est accouchée d’un beau garçon. Elle est accouchée d’un faux germe, ou avant terme. Cette femme étoit accouchée quand la sage-femme arriva. On ne dit point elle a, elle avoit accouché. La Fable raconte que Jupiter accoucha de Minerve. La même nuit qu’Olympias accoucha d’Alexandre, le Temple d’Ephèse fut réduit en cendres. Cet homme, à cela près qu’il n’accouche pas, est la femme, & elle le mari. La Bruy. Il est quelquefois actif, & signifie, aider à une femme à se délivrer de son enfant. Adesse parturienti, obstetricare, obstetricari. Il se dit de la Sage-femme, ou de l’Accoucheur. Les Chirurgiens savent mieux accoucher les femmes que les Matrônes. Mais, ma Bonne, qui vous accouchera, si vous accouchez à Grignan ? Me de Sev. On le dit aussi avec le pronom personnel. Cette femme s’accoucha elle-même.

Accoucher, se dit figurément des productions de l’esprit. Edere. C’est un bel esprit, qui conçoit, qui invente facilement ; mais qui accouche, ou enfante avec peine. Socrate disoit qu’il faisoit l’office de Sage-femme, qu’il faisoit accoucher les esprits.

Le sort de ce sonnet a droit de vous toucher,
Car c’est dans votre cour que j’en viens d’accoucher.

Mol.

ACCOUCHÉ, ÉE. part.

ACCOUCHÉE. s. f. Femme en couche, qui vient de mettre un enfant au monde. Puerpera. On fait des visites en cérémonie aux femmes accouchées. Vous êtes parée comme une accouchée. Dans l’Amérique il y a des peuples où les maris font les accouchées à la place de leurs femmes. Herrera. Lorsque les femmes accouchoient dans le Béarn, les maris se mettoient au lit, & les envoyoient à la charrue. Scalig. in verbo Bearn. fol. 49, & Scaligerian. De Roch.

Il y en a aussi dans les Antilles, & même dans les Indes orientales, & à la Chine vers l’île de Formosa, qui font la même chose, comme on le voit dans le Recueil de Thévenot.

Au Pérou les femmes accouchées ne gardent point le lit ; mais après s’être lavées, elles se remettent à faire leur ménage ; & si quelque femme les assistoit en leur accouchement, elle passeroit plutôt pour sorcière que pour Sage-femme. Voyez l’Histoire des Incas. Varron, l. 11. de Re Rust. raconte que les femmes d’Illyrie portoient leurs enfans par-tout, après être accouchées, & ne demeuroient pas un moment au lit pour cela. de Roch.

On appelle proverbialement, les caquets de l’accouchée, les discours frivoles & de peu d’importance des femmes qui visitent celles qui sont en couche. On dit aussi, tant d’un homme que d’une femme, qu’ils font l’accouchée, quand ils se tiennent au lit par molesse, & sans nécessité.

ACCOUCHEUR. s. m. Chirurgien dont le talent principal est d’accoucher les femmes. Adjutor partûs. Maintenant les Chirurgiens accoucheurs sont fort en vogue. Autrefois on ne se servoit que de Sage-femmes ou de Matrônes pour accoucheuses.

Vers accoucheurs. Ce sont de petits vers rougeâtres dont les huîtres sont remplies dans une saison où elles sont laiteuses & mal-saines, & où elles font des œufs. Ces vers facilitent, selon quelques-uns, la naissance des petites huîtres ; & les œufs, au microscope, ne sont autre chose que de petites huîtres dans leur coquille.

ACCOUCHEUSE. s. f. Femme qui aide à accoucher. Obstetrix. Habile accoucheuse. On dit plutôt Sage-femme. Acad. Fr.

Ces mots viennent du Latin accubare.

ACCOUDER. v. n. S’appuyer sur le coude, Inniti cubito. Tristement accoudé contre une cheminée. S. Am. Il se dit plus souvent avec le pronom personnel. On met au rang des incivilités de s’accouder sur la table ; de s’accouder devant ses supérieurs. On ne s’en sert guère que dans le discours familier. On conjugue, je m’accoude ; je m’accoudai ; je m’accouderai.

ACCOUDÉ, ÉE. part.

ACCOUDOIR. s. m. Chose destinée pour s’accouder ; ce que l’on met sous les coudes pour s’appuyer en avant. Cubiti fulmensum. En termes d’Architecture, c’est la même chose qu’appui. C’est le petit mur qui est élevé entre les deux pieds-droits d’une croisée. On appelle accoudoir, l’endroit inférieur de l’ouverture d’une fenêtre, sur lequel on s’appuie, on s’accoude. L’accoudoir d’une fenêtre doit aller seulement à la hauteur de la ceinture. Vitruve appelle un accoudoir, Pluteus, qui signifie un appui ou parapet. Il se sert aussi du mot Podium, qui est un balcon, ou saillie. On dit populairement & ironiquement à une personne qui en incommode une autre en s’appuyant sur elle, allez chercher plus loin des accoudoirs.

Ces mots viennent du François coude, qui s’est formé du Latin cubitus.

ACCOUER. v. a. C’est quand le Véneur court un cerf qui est sur ses fins, & le joint pour lui donner le coup d’épée au défaut de l’épaule, ou lui couper le jarret ; & pour lors on dit, le Véneur vient d’accouer le cerf ; le cerf est accoué. Dict. Économique.

☞ ACCOUÉ, ÉE. part. Cerf accoué. Bête accouée.

ACCOUPLAGE. s. m. Ne se dit que par le peuple. Voyez Accouplement.

ACCOUPLE. s. f. Liens dont on attache les chiens ensemble. Copula.

ACCOUPLEMENT. s. m. Jonction du mâle & de la femelle pour la génération. Copulatio. On ne le dit dans ce sens que des animaux. Le mulet vient de l’accouplement d’un âne & d’une cavale. On croit que la cause des monstres d’Afrique vient de l’accouplement qui s’y fait des animaux de différentes espèces. On ne le dit en parlant des hommes, qu’en l’adoucissant par une épithète qui sert de correctif. Alors il est synonyme avec mariage. C’est un heureux accouplement. Il est plus propre pour la poësie.

Tu menois le blond Hymenée,
Qui devoit solennellement,
De ce fatal accouplement
Célébrer l’heureuse journée. Malh.

Accouplement, se dit aussi des bœufs qu’on attache ensemble sous le même joug. Jugum, cojugatio.

Accouplement. Terme d’Architecture. Accouplement de colonnes. Arrangement de plusieurs colonnes jointes ensemble, & qui forment groupe. L’accouplement de ces colonnes est admirable.

ACCOUPLER. v. a. Associer, joindre deux choses ensemble. Copulare. Ces personnes sont mal accouplées ; leurs humeurs ne sympathisent point ensemble. On s’en sert dans un mauvais sens, & d’un ton railleur : c’est un Mercure de profession, qui fait accoupler les amans avec leurs belles qui ne sont pas inhumaines. Comb.

Accoupler des colonnes. Terme d’Architecture. Voyez Accouplement & Accouplé.

Accoupler. Terme de Rivière. Lier plusieurs bateaux ensemble.

En termes d’Agriculture, c’est appareiller deux bœufs, deux chevaux, pour les employer au labourage, ou à d’autres ouvrages de la campagne. Jugare, conjugare. Il étoit défendu par la Loi de Moyse d’accoupler un bœuf & un âne pour labourer.

Accoupler des dames, au trictrac, c’est les disposer deux à deux sur une flèche.

On le dit aussi du menu linge qu’on attache ensemble avec du fil, pour en faire des paquets.

Accoupler, en parlant de quelques animaux qui se joignent, mâle & femelle, pour la génération. C’est apparier ensemble le mâle & la femelle. Accoupler les pigeons, les serins, les tourterelles. On accouple ordinairement les serins à la fin de Mars. Voyez Apparier.

On dit que ces animaux s’accouplent ou sont accouplés, lorsqu’ils se joignent pour la génération. Copulari, coire. Les animaux s’accouplent de différentes façons. Il y en a qui ne s’accouplent point du tout. Voyez M. de Buffon.

ACCOUPLÉ, ÉE. part. Il a les significations de son verbe.

On dit en termes d’Architecture : colonnes accouplées. Ce sont plusieurs colonnes jointes ensemble, & qui font grouppe.

ACCOURCIE. s. f. Terme de Marine. Passage que l’on ménage dans le fond de cale & des deux côtés, pour aller de la poupe à la proue le long du vaisseau. Fori.

ACCOURCIR. v. a. Rendre plus court, retrancher de la longueur. Curtare, resecare. On conjugue, j’accourcis. Il faut accourcir ce manteau, en rogner un doigt. Il faut accourcir les étriers d’un point, resserrer l’étrivière. On dit aussi accourcir, en parlant d’un discours ; c’est l’abréger. Contrahere, coarctare. Il faut accourcir ce traité qui est trop long.

On dit aussi, accourcir le chemin, quand on prend quelque chemin de traverse qui abrége le chemin, qui le rend plus court. Uti vià compendiariâ.

☞ s’Accourcir. v. récip. Devenir plus court. Les jours s’accourcissent, quand le soleil a passé le solstice d’été. Decrescunt dies.

Accourcir le trait. Terme de Chasse. C’est le ployer à demi, ou tout-à-fait pour tenir le limier. Saln.

Accourcir la bride dans sa main. Terme de manége. C’est une action par laquelle le Cavalier, après avoir tiré vers lui les rènes de la bride, en les prenant par le bout où est le bouton, avec la main droite, les reprend ensuite avec la gauche, qu’il avoit ouverte tant soit peu, pour laisser couler les rènes pendant qu’il les tiroit à lui.

ACCOURCI, IE. part. Contractus, decurtatus, comme son verbe.

ACCOURCISSEMENT. s. m. Ce qui accourcit, ce qui abrége. Contractio. Le passage qu’on a ouvert par ce parc, sert beaucoup à l’accourcissement du chemin. Viæ compendium. Il ne se dit guère qu’en parlant des chemins & des jours.

ACCOURIR, v. n. Aller fort vîte en quelque endroit où quelque chose nous appelle, nous attire. Accurrere, advolare. On Conjugue, j’accours, j’accourois, j’accourus. J’ai accouru, & je suis accouru, j’accourrai, &c. L’armée est accourue en diligence au secours de cette place. Toute la noblesse accourut au bruit du canon, pour se trouver à la bataille. Ses amis sont accourus en foule, ou ont accouru pour le féliciter de sa nouvelle dignité, pour honorer son entrée. Il se dit figurément des personnes qui se portent à quelque action avec beaucoup d’ardeur. Accourir à la vengeance. Ablanc. Il faut dire courir à la vengeance.

ACCOURU, UE. part.

ACCOURS. s. m. Vieux mot que Nicod explique par subvention, affluence d’advenants. Accursus. Il s’emploie encore en termes de Chasse. Ainsi l’on dit : la chasse de sanglier se fait à force, aux accours, aux chiens courans, lévriers, & avec limiers & abboyeurs.

ACCOUSINER. v. a. Consanguineum appellare. Appeler cousin, traiter de cousin. Accousiner quelqu’un. Il se dit avec le pronom personnel. Ces deux Messieurs sont parens ; car ils s’accousinent. Ce mot est populaire, & a vieilli.

ACCOUSTIQUE. s. f. Voyez Acoustique.

ACCOUTREMENT. s. m. Ajustement, parure. Ornatus. Il ne se dit que parmi le peuple, ou dans le burlesque. Quand cet artisan a marié sa fille, elle lui a coûté cent écus pour tous ses accoutremens. Il signifioit aussi l’équipage militaire d’un Soldat, d’un Chevalier, d’un Gentilhomme.

Accoutrement. Il se peut dire figurément des ornemens de l’éloquence. Un Orateur me choqueroit infiniment moins sous l’accoutrement le plus grossier, que sous le fard & l’ajustement d’une courtisane. Morabin. p. 101. Il ne vaut pas mieux au figuré qu’au propre.

ACCOUTRER. v. a. Vieux mot, qui signifioit autrefois, habiller, orner, parer. Ornare. Il y avoit des singes qu’on avoit accoutrés en charlatans. Ablanc. Charles VIII. accorde à la Duchesse Anne par un traité de 1491, qu’il lui sera donné 60000 livres à ce qu’elle puisse tant mieux accoustrer aucuns ses affaires. Il n’est plus en usage qu’en cette phrase figurée & familière. Cet homme en une telle occasion, a été mal accoutré ; pour dire en raillant, qu’il a été maltraité, ou bien blessé. On diroit plus proprement, accoutrer, & préparer des peaux. Ces mots viennent du Gaulois, ou de l’Allemand. On appelle en quelques Cathédrales, comme à Bayeux, Coutre, le Sacristain ou Officier qui a soin de parer l’Eglise ou l’Autel, & en Allemand Kuster Sacristain, νεωκόρος. Du Traité de Charles VIII, dont nous venons de parler, le P. Lobineau juge qu’accoustrer pourroit bien venir de l’ancien mot Breton cost, dépens, d’où a encore été formé celui de custus, cousts ; mais il se trompe, il vient de Kuster, comme nous l’avons dit. Voyez Coustre.

☞ Aujourd’hui quand on se sert de ces mots, il paroît qu’on y attache l’idée d’un habillement extraordinaire. Voilà un accoutrement bien ridicule. Un homme singulièrement accoutré.

ACCOUTUMANCE. s. f. Habitude que l’on contracte en réitérant plusieurs fois la même action, en la faisant tourner en coutume. Consuetudo, assuetudo. On est souvent emporté par la force des mauvaises accoutumances qu’on a contractées dans la jeunesse. L’accoutumance de prendre du tabac est difficile à surmonter. Ce mot qui commençoit à vieillir du temps de Vaugelas, s’est rétabli peu à peu, & plusieurs bons Ecrivains s’en servent. Bouh. Habitude est plus doux, & je dirois plutôt, il a fait cela par une mauvaise habitude, que par une mauvaise accoutumance. Corn. On lui a substitué coutume, quoique ce soit un mot équivoque, & qu’accoutumance exprime bien mieux & uniquement ce qu’il signifie. Mais il n’y a point de raison contre l’usage. Cependant comme les meilleurs Ecrivains se servent du mot accoutumance, il ne faut point absolument le condamner. Un esprit abattu & comme dompté par l’accoutumance au joug, n’oseroit plus s’enhardir à rien. Boil. La jeunesse change ses goûts par l’ardeur du sang, & la vieillesse conserve les siens par l’accoutumance. La Rochef.

ACCOUTUMER. v. a. Faire contracter une habitude. Assuefacere. Il ne faut pas accoutumer les peuples à prendre les armes, & à murmurer. On accoutume les bœufs au joug. Les enfans qu’on accoutume à être applaudis, conservent l’habitude de juger avec précipitation. Fenel. C’étoit la coutume des Sénateurs, de mener leurs enfans au Sénat, pour les former de bonne heure aux affaires, & les accoutumer au secret. Bouh. Il faut accoutumer les enfans à faire le bien, plutôt par leur propre inclination, que par la crainte. Port-R. L’étude de la critique accoutume l’esprit à chicaner. S. Evr.

☞ Quand il est joint avec le pronom personnel, il signifie pratiquer souvent une même chose, contracter une habitude par la fréquente réitération du même acte. On s’accoutume à tout, au travail, à la peine, aux douleurs. Le peuple est accoutumé à la servitude. Nous sommes si accoutumés à nous déguiser aux autres, qu’enfin nous nous déguisons à nous-mêmes. La Rochef.

Accoutumer, est aussi v. n. & signifie alors avoir coutume. On l’emploie avec le verbe avoir. J’ai accoutumé de faire telle chose. Dans ce sens on le dit quelquefois des choses inanimées. Il y a des terres qui ont accoutumé de rapporter deux fois l’an. L’automne n’a pas accoutumé d’être si pluvieuse.

Quand le verbe accoutumer est joint au verbe auxiliaire avoir, il demande que la particule de précède l’infinitif qui le suit : J’ai accoutumé de faire, &c. Quand il est avec être, il demande la particule à : je suis accoutumé à souffrir. Mais accoutumer seul gouverne toujours à : je m’accoutume à prendre les choses sans m’affliger : accoutumez-vous à haïr le vice. Corn. Il faut modérer la légéreté de sa langue, pour l’accoutumer à ne se point précipiter dans les choses obscures & douteuses. Port-R.

☞ Les Auteurs du grand Vocabulaire trouvent à redire à cette remarque, toute vraie qu’elle est. Laissons ces grands critiques s’expliquer eux-mêmes. « On a accoutumé les laquais à être insolens. Nous donnons cet exemple, disent-ils, pour être le correctif d’une erreur du Dictionnaire de Trévoux, qui dit que lorsque le verbe accoutumer est conjugué avec l’auxiliaire avoir, il demande que la particule de précède l’infinitif qui suit. Outre que cet exemple que nous venons de donner, est d’un usage assez connu, pour prouver évidemment l’erreur de ce Dictionnaire, ceux qui voudront s’en convaincre plus particulièrement, n’auront qu’à consulter le Dict. de l’Acad. Fr. » A ce ton décidé, ne croiroit-on pas que notre remarque est fausse, & contraire à l’usage ? Cependant toute l’erreur est dans le prétendu correctif, & n’est que là.

Accoutumer. v. a. Faire contracter une habitude, & accoutumer conjugué avec l’auxiliaire être, demande que la particule à précede l’infinitif qui suit.

Accoutumer, joint au verbe auxiliaire avoir, qui est alors verbe neutre, & signifie avoir coutume, demande la particule de devant l’infinitif qui suit.

Voilà ce que nous disons avec le Dict. de l’Acad. Fr. auquel on nous renvoie, avec tout le monde, avec les Vocabulistes eux-mêmes. D’où peut donc venir une critique aussi déplacée ? Ils n’auroient pas fait cette étrange bévue, s’ils avoient pris la peine de distinguer les différentes acceptions du verbe accoutumer.

On diroit que ces Messieurs ont accoutumé de critiquer beaucoup ; & qu’ils sont accoutumés à critiquer avec peu de discernement & peut-être avec peu de bonne foi. On accoutume les laquais à être insolens, & les laquais ont accoutumé d’être insolens.

On dit proverbialement, qu’un homme est accoutumé à une certaine chose, comme un chien à aller nue tête, comme un chien à aller à pied, comme les poules à gratter.

Accoutumer un cheval. Terme de manége, c’est le styler, le faire à quelque exercice, ou à quelque bruit que ce soit, pour qu’il n’en ait point peur.

ACCOUTUMÉ, ÉE. part. Assuefactus, Assuetus.

Accoutumé, signifie quelquefois, ordinaire, ce qu’on a coutume de faire. Solitus. On a tenu l’audience à l’heure accoutumée. On lui a fait son procès en la forme & manière accoutumée. Style du Palais.

A l’accoutumée. adv. De la manière qu’on avoit accoutumé. Ut solet, de more. On a raccommodé ces amis qui étoient brouillés : ils vivent maintenant à l’accoutumée. Ce mot n’est en usage que dans le style familier.

ACCOUVER, v. n. qui s’emploie avec le pronom personnel. On dit à la campagne, que les poules & les canes s’accouvent, quand elles commencent à couver leurs œufs.

ACCOUVÉ, EE. part. & adj. Qui se tient au coin de son feu en fainéant, en paresseux, sans vouloir en sortir pour travailler. Alsiosus, iners. Cet artisan passe tout l’hiver accouvé au coin de son feu. Il est bas & vieux. Ce mot vient de incubitare. Nicod.

ACCRAVANTER. v. a. Ecraser, accabler sous un poids excessif. Onere obruere, mole opprimere. Si vous lui faites porter ce fardeau, c’est le moyen de l’accravanter. Cet homme a été accravanté sous les ruines de sa maison. Ce mot est vieux, & vient du latin aggravare. Autrefois on disoit même en François Aggravanter, & c’est de-là que s’est formé accravanter, en changeant g en c.

ACCRAVANTÉ, ÉE. part. C’est ce que nous disons Aggravé. Courbé & accablé de fatigue. Cl. Marot. Ce Poëte dit dans son Cantique à la Déesse Santé :

Soit à ton loz mon Cantique chanté,
Car par toy est laise doux enfanté,
Par toy la vie en corps accravanté
Est restaurée.

ACCRÉDITER. v. a. Donner du crédit & de l’autorité ; mettre en réputation & en estime dans le public. Commendare, auctoritatem dare. Il s’emploie souvent avec le pronom personnel. Il n’y a rien qui accrédite davantage une personne que la bonne foi. Un chef de parti est obligé à caresser un scélérat, qui s’est accrédité parmi le peuple. M. Esp. Est-ce un prodige qu’un sot riche & accrédité ? La Bruy. Ce Président s’est accrédité dans sa Compagnie par sa capacité & par son intégrité. Ce ministre s’est fort accrédité à la Cour par son zèle & par sa prudence. Les marchands s’accréditent en vendant fidellement.

Il se dit aussi figurément pour autoriser, donner cours ; rendre plus vraisemblable. Accréditer la calomnie. Accréditer le mérite. Ce mot vient d’accreditus, qui a été fait d’accredere, dont on s’est servi dans la basse Latinité, pour signifier, Prêter. Du Cange.

ACCRÉDITÉ, ÉE. part. Auctoricate pollens.

ACCRÉTION. s. f. Terme de Médecine dans M. Harris. Ce mot est Latin, accretio, accroissement. Et dans le sens que l’explique M. Harris, nous disons en François excroissance. Voyez ce mot.

Accrétion, dans le même sens d’accroissement, est aussi un terme de coutume. Voyez ce mot.

ACCROC. s. m. Déchirure qui se fait quand on est arrêté par quelque chose de crochu, & de pointu. Scissura. Il est difficile de passer à travers des ronces & des haies, sans qu’on se fasse quelque accroc. Il se dit aussi de ce qui accroche, de ce qui déchire. J’ai rencontré un accroc qui a déchiré mon habit.

Accroc, se dit figurément des embarras, des difficultés, de tout ce qui arrête, & qui retarde une affaire. Mora, impedimentum. La mort d’une des parties est un accroc qui empêche l’instruction de ce procès. L’accusation qu’on a faite contre cet homme, est un fâcheux accroc qui peut ruiner sa fortune. Dans ce sens il est du style familier.

ACCROCHE. s. f. Embarras, retardement qui arrive en quelque affaire, à cause de quelque difficulté qui survient. Impedimentum, mora. Les oppositions à ce décret sont des accroches qui retarderont long-temps notre payement. Il est populaire.

ACCROCHEMENT. s. m. Action d’accrocher. Unci immissio. Il ne se dit point au propre. Quelques-uns s’en servent au figuré. Il y a des gens qui se font descendre des plus nobles familles sur des ressemblances de noms, ou par d’autres accrochemens visionnaires. Cail. Il ne vaut pas mieux au figuré qu’au propre.

Accrochement en horlogerie, signifie un vice de l’échappement qui fait arrêter l’horloge ; ce qui arrive lorsqu’une dent de la roue de rencontre s’appuie sur une palette avant que son opposée ait échappé de dessus l’autre palette.

ACCROCHER. v. a. Attacher quelque chose à un crochet, à une cheville, à un clou, à une agraffe. Unco suspendere. Il faut accrocher ce sac à sa cheville. Accrocher sa montre à sa ceinture. Accrocher un tableau. Ce mot vient du Grec ἀκροχεῖρ qui signifie le bout de la main, parce qu’il sert à accrocher.

Accrocher, signifie aussi attacher à quelque chose de ferme. Unco astringere. Accrochez ce bateau avec sa chaîne à l’anneau de ce pont. Avec le pronom personnel il signifie se prendre à quelque chose. Nos braves s’accrochant se prennent aux cheveux. Boil. On dit qu’un homme qui se noie, s’accroche à tout.

Accrocher, en termes de Marine, signifie, arrêter un navire, le joindre, ou s’y attacher en jetant le grapin pour venir à l’abordage. Harpagonem in navim injicere, harpagare. Ces deux navires étoient accrochés, il y eut entr’eux un rude combat.

Accrocher, se dit figurément en choses morales, & dans le style commun des difficultés, des circonstances qui retardent la conclusion d’une affaire. Il a trouvé moyen d’accrocher son affaire au Conseil, en l’y faisant retenir pour la juger. Ce procès étoit sur le point d’être jugé ; la partie l’a accroché par une chicane ; c’est-à-dire, qu’elle y a apporté du retardement par quelque incident. Liti moram injicere. Ce prisonnier alloit sortir, mais il a été accroché par une nouvelle recommandation. Il signifie encore attraper, emporter par finesse.

Dans l’ame elle est du monde, & ses soins tentent tout,
Pour accrocher quelqu’un, sans en venir à bout.

Mol
.

s’Accrocher, à un Prince, à un grand Seigneur, se dit de ceux que le mauvais état de leurs affaires oblige de s’attacher à la fortune d’un Prince, d’un grand Seigneur. Acad. Fr.

Accrocher, se dit proverbialement en cette phrase : Belle fille & méchante robe, trouvent toujours qui les accroche.

ACCROCHÉ, ÉE. part. Inuncatus.

ACCROIRE. v. n. Il n’est en usage qu’à l’infinitif, & se met toujours avec le verbe faire. Faire croire à quelqu’un, ce qui n’est pas. Imponere, verba dare, ludificari. Le peuple est si sot, qu’on lui fait accroire tout ce qu’on veut. Vous faites accroire à une infinité de gens que ces points ne sont pas essentiels à la foi. Pasc. D’autres prétendent que faire accroire n’emporte pas que la chose qu’on veut persuader soit fausse ; mais seulement que celui qui l’a dit, a dessein de tromper. Vaug. Ce mot vient de Accredere, qui a été dit en basse Latinité, pour signifier Prêter.

S’en faire accroire, signifie présumer trop de soi-même, tirer vanité d’un mérite qu’on n’a pas pour en imposer aux autres. Multum sibi arrogare. Les Favoris des Princes sont sujets à s’en faire accroire. Cette femme est belle, mais elle s’en fait trop accroire ; sa beauté la rend trop vaine. Je ne hais rien tant que certains esprits qui s’en font extrêmement accroire.

ACCROISSEMENT, s. m. Augmentation d’un corps. Incrementum, accretio L’Accroissement se fait par l’addition de quelques parties qui sont propres à la nature de ce corps ; & c’est en cela que l’accroissement diffère de la raréfaction, dans laquelle les parties qui augmentent le corps, ne sont pas de la nature du corps qui se raréfie. On juge de la fertilité de l’Égypte par l’accroissement du Nil, selon les degrés de hauteur qu’il marque dans la colonne qui est élevée pour cela dans le Calis. Les chênes reçoivent de l’accroissement jusqu’à cent ans.

L’Accroissement disent plusieurs Physiciens, se fait de deux façons, par juxta-position, c’est-à-dire, par une simple position extérieure de nouvelle matière ; & c’est ainsi que croissent, disent-ils, les pierres, les coquilles, &c. ou bien, par intus-susception, lorsqu’un fluide reçu dans les vaisseaux s’attache à leurs parois : & c’est ainsi que croissent les animaux, les plantes. Voyez plante, animal, végétation.

Accroissement. Terme d’Agriculture, se dit de la manière dont poussent ou croissent les végétaux. Ces arbres en peu de temps ont pris un bel accroissement. Le tuf est cause que nos arbres n’ont pris qu’un petit accroissement. Liger. Comme il y a des moyens d’avancer l’accroissement des plantes, ainsi qu’on le peut voir au mot Avancer, il y en a aussi de le retarder. On le fait premièrement en coupant les sommités des branches, lorsqu’elles commencent à pousser : 2°. Par une transplantation fréquente : 3°. En leur donnant de l’ombrage. Chom.

Accroissement, signifie aussi agrandissement. L’accroissement de son parc, de sa maison, lui a beaucoup coûté. De la Mare, dans son Traité de la Police, L. i. Tit. vi. C. 3. & suiv. a marqué tous les accroissemens & embellissemens de Paris depuis les Romains jusqu’à nos temps.

Accroissement, se dit aussi figurément en choses morales, & signifie l’augmentation, la prospérité. Les passions ont leurs accroissemens, & leurs relâchemens. Sa fortune fait tous les jours de nouveaux accroissemens. Accroissement d’honneurs & de dignités. Honoris amplificatio. Les envieux s’affligent de l’accroissement des richesses, ou de la gloire d’autrui. M. Esp.

Accroissement, terme de Jurisprudence. C’est un droit par lequel une portion vacante est jointe & réunie à la portion qui est occupée & possédée par un autre. Cela arrive entre collègues, ou entre membres d’une compagnie, entre légataires, ou par la mort ou l’absence d’un associé, ou d’un confrère. Une chose léguée conjointement, tam re, quàm verbis, à deux légataires, appartient pour le total à celui qui survit le testateur, par droit d’accroissement. L’alluvion est une autre espèce d’accroissement. Les terres que l’attérissement ajoute à un rivage, à une île, &c. appartiennent au propriétaire par droit d’accroissement, si cet accroissement s’est fait insensiblement. Voyez alluvion. Accroissement à la Tontine. Ce mot vient d’accrementum, qui signifie la même chose, d’accrescere, accresco, accroître. Le droit d’accroissement n’a pas lieu dans les contrats entre vifs, tels que sont les donations, à cause que les donataires étant saisis de ce qui leur a été donné, c’est-à-dire, de leurs portions personnelles & viriles dans les choses données, ils n’ont par conséquent aucun droit aux portions des autres.

Accroissement légal en faveur de l’aîné, est un accroissement qui a lieu en Bretagne en faveur de l’aîné, & qui se fait de la portion de la fille mariée à moindre part, ou de la portion de celui qui se fait Religieux, pourvu que le mariage ait été célébré, ou la profession faite du vivant du père : car l’incapacité des héritiers se considère au moment de la délation de l’hérédité.

☞ ACCROÎTRE, v. a. Rendre plus grand, plus étendu. Augere, amplificare. Accroître un parc, un jardin, en y joignant les terres voisines. Voyez Agrandir & Augmenter.

Accroître, v. n. Devenir plus grand, aller en augmentant. Son revenu accroît tous les jours. Crescere, augescere.

Accroître, se dit de même en choses morales. Les richesses ne font qu’accroître la soif. Vaug. On accroît sa puissance, sa gloire, sa réputation, son autorité. Dans le monde les vertus sont affaiblies par les mauvais exemples, & les vices accrus par le libertinage & l’impénitence. Flech.

Tes discours superflus accroissent mes ennuis.

Mol.

On dit de même avec le pronom personnel, son amour, sa colère s’accroissent au lieu de diminuer. Sa gloire, son crédit, son pouvoir s’accroissent tous les jours. Sa terre étoit fort bornée, il s’est accru.

Ce mot vient d’adcrescere, ou accrescere.

Accroître, v. n. En termes de Droit, se dit de ce qui tourne au profit de quelque associé, ou confrère, par la mort ou par l’absence d’un autre. La part de celui qui renonce à une succession, accroît à ses cohéritiers. En toutes les compagnies où il y a bourse commune d’épices, de droits, &c. la part des absens accroît aux présens. Si un testateur associe dans un même usufruit plusieurs personnes, celles qui meurent, celles qui abandonnent, celles qui n’acceptent pas, le laissent entier aux autres. C’est tantôt un droit d’accroître, tantôt un droit de retenir, & de non décroître. Peliss.

ACCROUPIR, S’ACCROUPIR, v. récip. Qui sert à exprimer la posture d’un homme dont le corps est courbé, de façon que la plante des pieds touchant à terre, le derrière touche presque aux talons. Sidere, in clunes residere. La plûpart des Orientaux s’accroupissent au lieu de s’asseoir. Une vieille qui étoit cachée & accroupie derrière un buisson, entendit tout leur entretien.

ACCROUPI, IE. part. C’est aussi un terme de Blason, qui se dit d’un lion & de même des autres animaux quand ils sont assis. In clunes residens. On le dit des lièvres, & des lapins qui sont ramassés : ce qui est leur posture ordinaire quand ils ne courent pas. D’azur au lion accroupi d’argent, &c.

ACCROUPISSEMENT. s. m. Situation de ce qui est : accroupi. Incubitus. l’accroupissement d’un lièvre en forme. Ce mot est peu en usage, & est composé de croupe.

ACCRU, UE. part. d’accroître. Il a les significations de son verbe.

ACCRUE, s. f. Terme des Eaux & Forêts. Additamentum, adcretio, augmentum. Accrue de bois, est une augmentation de l’étendue d’un bois qui se fait naturellement, & sans être planté ni semé. Ce mot a la même origine qu’accroître, & accroissement.

Accrues, est aussi un terme dont se servent quelques-unes de nos Coutumes, pour signifier les îles & attérissemens qui se font dans les rivières. Voyez Alluvion.

Accrues, jeter des accrues, chez les Marchands de filets, faire des boucles au lieu de mailles pour accrocher les filets.

ACCUBE. Vieux mot qui vient d’accumbo, & qui veut dire, Repaire, lit. Lectus, stratum. Borel. Ils tendirent pavillons & accubes. Rom. d’Artus de Bre.

ACCUBITEUR. s. m. Accubitor. C’est le nom d’un Officier des Empereurs de Constantinople. L’Accubiteur étoit celui qui couchoit près de l’Empereur. Chast. Ce mot vient du Latin Accubitor, qui couche proche d’un autre. Il vient du verbe accumbo, je couche proche.

ACCUEIL. s. m. Traitement, réception qu’on fait à une personne qui arrive, ou qui nous aborde. Acceptio, exceptio. Je me suis laissé tromper par l’accueil hypocrite que m’a fait ce rusé courtisan. M. Scud. Les grands gagnent l’amitié des peuples en faisant un bon accueil aux personnes qui les approchent. Il m’a fait un accueil froid, & désobligeant : j’en attendois un accueil plus favorable.

Accueil, seul & sans épithète, se prend d’ordinaire en bonne part. Il signifie la manière civile & honnête dont on reçoit une personne. Faire accueil à tout le monde. L’accueil qu’a fait ce Seigneur à cet infortuné gentilhomme, en le retirant dans sa maison, lui a sauvé la vie & l’honneur. Son accueil charme tous ceux qui l’abordent. Il fait accueil à tout le monde.

Bel-Accueil. s. m. Accueil honnête, poli, agréable. Marot a personnifié bel-accueil, & en fait le portier du temple de Cupidon.

Si vins de pensée joyeuse
Vers Bel-accueil le bien appris,
Qui de sa main dextre m’a pris,
Et par un fort étroit sentier
Me fait entrer au beau pourpris
Dont il étoit premier portier.

☞ ACCUEILLIR. v. a. qui se conjugue comme cueillir, signifie proprement recevoir ceux qui ont affaire à nous, ou qui nous rendent visite. Accipere, excipere. Il est déterminé à signifier une bonne ou une mauvaise réception par les termes qui l’accompagnent. Il l’accueillit avec des témoignages d’une grande tendresse, de la manière du monde la plus honnête. Il m’accueillit froidement.

Ce mot vient du latin adcolligo. Ménage. S’il n’est pas suranné, au moins est-il certain que nos bons Auteurs s’en servent peu aujourd’hui. J’aimerois mieux l’éviter, & au lieu de dire, il m’a bien accueilli, je dirois, il m’a fait un bon accueil, il m’a reçu favorablement.

Accueillir, synonyme avec secourir. Præsidium ferre. On ne doit pas méconnoître dans la prospérité, ceux qui nous ont accueillis, qui nous ont secourus dans notre misère.

Accueillir, se dit dans un sens figuré des accidens fâcheux qui nous arrivent ou qui nous surprennent. Occupare, adoriri. Nous n’étions pas loin du port, lorsque nous fûmes accueillis par la tempête, c’est-à-dire, surpris & battus par la tempête. Tous les malheurs l’ont accueilli.

L’Acad. Fr. ne fait aucune difficulté sur ce mot. Le P. Bouhours le condamne dans cette signification. Son usage paroît au moins douteux. Il vaut mieux chercher un autre tour.

Les nouveaux Vocabulistes nous présentent ce mot comme usité dans toutes ses acceptions. Ils auroient dû nous avertir que son usage est au moins douteux, & que dans la première signification, il vieillit.

Accueillir, se dit plus particulièrement pour recevoir dans un bateau, dans une chaloupe des gens en danger. Le Patron voyant notre vaisseau brisé, détacha une chaloupe pour nous accueillir.

ACCUEILLI, IE. part. Acceptus, exceptus.

Cette beauté de vertu accuillie
Se passera comme une fleur cueillie. Marot

C’est-à-dire, remplie, douée de vertu. Il ne se dit plus.

ACCUL. s. m. l’L se prononce. Lieu d’où on ne peut sortir, faute d’issue. Angustiæ. Pousser dans un accul. Quand on est dans un accul, on ne peut sortir que par où l’on est entré. L’Acad. ne nous dit rien sur l’usage de ce mot. Je ne le crois pas d’un service bien fréquent. On le dit particulièrement à la chasse, des lieux où l’on réduit le gibier.

Acculs, sont aussi les lieux les plus enfoncés des terriers, où les renards ou blaireaux ont toute leur famille. Fundula. On appelle Carrefours, les principaux conduits ou creux qui mènent à leurs acculs. On appelle encore Acculs, en termes de chasse, les bouts des forêts & des grands bois. Il se dit aussi des piquets qu’on enfonce en terre au bout d’une platte-forme pour retenir le canon, quand il recule après avoir tiré.

Acculs, se dit aussi parmi les navigateurs de l’Amérique, pour distinguer l’enfoncement d’une baie. Il a parmi eux la même signification que cul-de-sac.

ACCULEMENT. s. m. Terme de Marine, qui se dit de la concavité & rondeur de quelques membres qui se placent à l’avant, & à l’arrière sur la quille du vaisseau. Varangues acculées, sont celles qui sont rondes en dedans. Ozanan dit qu’on appelle acculement, la proportion avec laquelle chaque gabarit s’élève sur la quille plus que le premier gabarit.

ACCULER. v. a. Pousser quelqu’un, & le réduire en un endroit où il ne puisse plus reculer. In angustias redigere, compellere. On a acculé les ennemis dans ce détroit de montagnes, où on les fera mourir de faim. On le dit aussi des sangliers, des renards, &c. Les Chiens ont acculé le loup.

s’Acculer, signifie au contraire, se placer dans un coin, se retirer dans un lieu étroit où on ne puisse être attaqué par derrière, pour se mieux défendre contre plusieurs ennemis de front. Locis postico imperviis uti ad defensionem. Ce brave s’est acculé contre une muraille, pour n’être point enveloppé par les ennemis. Le taureau s’accule, quand il est pressé avec trop de vigueur par des dogues. S’acculer contre un arbre.

Acculer, en termes de manège, se dit lorsque le cheval qui manie sur les voltes, ne va pas assez en avant à chacun de ses mouvemens ; ce qui fait que les épaules n’embrassent pas assez de terrain, & que sa croupe s’approche trop près du centre de la volte. On dit encore vulgairement, qu’un cheval s’accule, ou qu’il s’est acculé, lorsqu’il s’abandonne sur sa croupe, lorsqu’on l’arrête, ou qu’on le veut faire reculer.

Acculer, v. n. Terme de Marine. Je jugeai que je l’avois fort incommodé en lui donnant une bordée, puisqu’il mit toutes ses voiles à acculer. M. le Chev. de Caylus.

ACCULÉ, ÉE. part. In angustias loci redactus.

En termes de Blason, on appelle un cheval acculé, quand il est cabré en arrière & sur le cul. In clunes residens. Ce mot convient à quelques autres animaux. Un lion acculé. On le dit aussi de deux canons sur leurs affûts, dont les culasses sont opposées l’une à l’autre ; comme ceux que le Grand Maître de l’Artillerie met au bas de ses armoiries, pour marques de sa dignité. Ce mot se tire du Latin culum. On dit un cul-de-sac.

ACCUM, AUXUM, ou CHAXUMO. Ville de l’Abissinie en Afrique. Auxima. Elle est dans le Royaume de Tigre, sur la rivière de Marabo. Elle a été capitale de l’Abissinie ; ce n’est plus qu’un petit village, où l’on couronne cependant encore les Rois. Il ne lui reste de son ancienne splendeur, que les ruines de quelques édifices, celles d’une Eglise magnifique, & de quelques pyramides & obélisques qui servoient d’ornement aux tombeaux des Rois.

ACCUMULATION. s. f. Entassement, amas de plusieurs choses les unes sur les autres. Accumulatio, coacervatio. Accumulation de richesses. Il n’y a rien de plus ruineux que de laisser faire une accumulation d’arrérages. Ce mot n’est pas usité.

On dit au Palais, une accumulation de droits, ou cumulation, quand quelqu’un prétend un héritage, un bénéfice, en vertu de plusieurs droits de différente nature, comme par mort, par résignation, &c. & qu’un seul de ces titres pourroit lui acquérir.

ACCUMULER, v. a. Entasser, assembler, amasser plusieurs choses ensemble. Accumulare, coacervare, congerere. Les avares ne songent qu’à accumuler trésors sur trésors. On dit figurément, accumuler crime sur crime.

On le dit quelquefois absolument. Les avares ne songent qu’à accumuler. On sous-entend du bien, des richesses.

Accumuler, est aussi récip. Et dans cette acception on dit, que des arrérages s’accumulent tous les jours ; pour dire, qu’ils augmentent tous les jours. Acad. Fr.

ACCUMULÉ, ÉE. part. Accumulatus, Congestus. Ce mot vient d’accumulatio, accumulare. Ad & cumulus, monceau.

ACCURBITAIRE. adj. m. qui se dit d’un ver du corps humain. Le ver qu’on appelle le Tænia, ou le solitaire, ou ver plat, quelques-uns le nomment Ver accurbitaire. M. Valisniéri prétend que les vers accurbitaires sont un amas de plusieurs petits vers joints ensemble, & qui se tiennent les uns aux autres pour éviter plus surement quelques dangers, tels que seroient certains sucs dangereux contenus dans les intestins. Rien n’est plus singulier que les preuves qu’il apporte de cette étrange supposition. Nous parlerons du Tænia, ou Solitaire en sa place.

ACCURSE. s. m. Accursius. Nom propre de trois savans Italiens. Les deux premiers, père & fils, célèbres Jurisconsultes du xie siècle, & le troisième, savant Critique du xvie siècle.

ACCUSABLE. adj. Qui peut être accusé. Danet. Le même Auteur n’a pas été si hardi dans son Dictionnaire Latin & François, où il s’est contenté de rendre accusabilis, par digne d’être blâmé ou repris ; repréhensible ou blâmable. On trouve accusabilis, Accusable dans le petit Dictionnaire de Boudot. On le trouve aussi dans le Dict. de l’Acad. Fr. Notre Langue a bien des mots qui ne valent pas celui-là. Tout ce qu’on peut faire, c’est de lui souhaiter une bonne fortune.

ACCUSATEUR, ACCUSATRICE. s. m. & f. Celui ou celle qui accuse, qui impute un crime à quelqu’un, & en poursuit la réparation en Justice. Accusator, accusatrix. Par le Droit civil il n’y avoit point d’accusateur public. Chaque particulier, soit qu’il eût intérêt au crime public, ou non, pouvoir accuser, & conclure au châtiment de l’accusé. En France il n’y a que le Procureur-Général, ou les Substituts préposés dans chaque Siége, qui se puissent constituer accusateurs ; c’est à eux seuls qu’appartient la vengeance publique. La partie civile ne peut conclure qu’à la réparation, & aux intérêts, & non pas à la punition du criminel. Mais il requiert la jonction des gens du Roi qui ont seuls droit de conclure à la punition corporelle. C’étoit autrefois une chose odieuse, que de passer pour accusateur. Quintilien l’a dit avant moi, & a mis en proverbe, Accusatoriam vitam agere. Et parce qu’il y eut un Brutus qui fit à Rome cet infame métier, & qui fut appellé l’Accusateur, Cicéron l’appelle pour cela le déshonneur de la famille des Juniens. Balz.

☞ Se rendre Accusateur, être reçu Accusateur. Nul ne peut être reçu Accusateur en France, à moins qu’il n’ait un intérêt personnel dans la poursuite du crime. L’Accusateur défère un crime à la justice, en se déclarant partie civile. Le dénonciateur révèle aussi un crime, mais dont la réparation ne l’intéresse point personnellement, & sans se rendre partie civile, Voyez ces mots.

☞ Ce mot s’emploie au figuré. Au dernier jour nos peines se présenteront comme autant de cruels Accusateurs. Nicol. En quelque endroit que se trouve un parricide, il rencontre un Accusateur, un Juge & un Bourreau. Le Maître.

ACCUSATIF. s. m. Terme de Grammaire. C’est le quatrième cas des noms qui se déclinent. Accusandi casus, accusativus. Il marque & désigne le terme d’une action, ou d’un rapport, le sujet où passe l’action du verbe, ou de la préposition. Un verbe actif régit l’accusatif. Il y a des prépositions qui demandent après elles un accusatif. En François l’accusatif est semblable au nominatif.

ACCUSATION. s. f. En Jurisprudence, c’est en général la délation d’un crime ou d’un délit faite en Justice, ou par une partie privée, ou par la partie publique. Accusatio. C’est une action en justice par laquelle on impute un crime à quelqu’un, dont on poursuit la réparation. Dans cette action, la partie civile demande réparation des torts que lui a occasionnés le crime ou délit, ou des dommages & intérêts ; & la partie publique conclut à des peines corporelles. Vous ferez bien de prévenir une accusation si redoutable, ou de la repousser vigoureusement, si elle est déjà formée. Ablanc. Susciter une accusation capitale. Il y a vingt chefs d’accusation contre ce criminel. L’accusation des crimes privés n’étoit recevable par le Droit Romain qu’en la bouche de ceux qui y avoient intérêt : pour les crimes publics, l’accusation pouvoit être intentée par quiconque la vouloit entreprendre. La poursuite d’un délit particulier s’appeloit simplement action. Autrefois en France si l’accusation étoit grave, il en falloit venir à un combat ; si elle ne l’étoit pas, tout accusé étoit tenu de se purger du moins par serment. Il n’y étoit reçu qu’en faisant jurer avec lui des gens de sa profession, de son sexe, de sa parenté, ou du moins de son voisinage, gens sans reproche, domiciliés, & connus de l’accusateur. Le Juge en fixoit le nombre : il pouvoir les nommer d’office ; on les tiroit quelquefois au sort. C’étoit ordinairement l’accusé qui les présentoit ; & rarement en laissoit-on le choix à l’accusateur. Le Gendre.

Accusation, se dit par extension, de toute imputation qu’on peut faire à quelqu’un pour quelque faute que ce soit. Vous m’accusez de paresse, de peu d’exactitude : cette accusation est sans fondement.

☞ Accusation, synonyme de confession. Déclaration sincère de ses péchés, faite au Prêtre dans le tribunal de la pénitence. Confessio. Il faut faire une sincère accusation de ses péchés au Prêtre.

ACCUSER. v. a. Intenter une action criminelle contre quelqu’un, soit en son nom, soit sous le nom de la partie publique, qui est toujours le Procureur-Général, ou son Substitut. Accusare. Il n’appartient qu’au mari d’accuser sa femme d’adultère. On a accusé de concussion un tel Officier. Caton, l’homme le plus juste de son siècle, avoit été accusé 42 fois, & absous 42 fois. Dans l’esprit de la plûpart des gens, c’est assez d’être accusé pour être coupable. Voit. Un homme de bien accusé injustement, ôte à la prison même ce qu’elle a d’ignominieux. Bouh.

Accuser, signifie quelquefois simplement, reprocher. Imputer à quelqu’un une faute, grave ou légère, un dèfaut, un ridicule. Tous ses amis l’accusent de paresse à faire réponse aux lettres. On accuse les François de légéreté & d’imprudence.

On accuse souvent de beaux yeux, dont toute la force est dans la foiblesse du cœur qu’ils ont blessé. S. Evr. Je ne m’accuse que de trop de délicatesse pour mes amis, bien loin de les négliger. Id.

Ma juste impatience
Vous accusoit déjà de quelque négligence. Rac.

Accuser, signifie aussi, impugner un acte, contester sa validité à cause de quelque défaut essentiel. Impugnare. Accuser un acte de faux. Accuser un testament de suggestion.

Accuser, signifie aussi, confesser sa faute, ou nommer, déclarer ses complices. Confiteri. Il faut accuser ses péchés. Il faut qu’un pénitent s’accuse franchement de ses péchés, les déclare au prêtre dans le tribunal de la confession. Ce criminel a tout avoué, il a accusé tous ses complices. Il a accusé bien des gens dans son testament de mort.

☞ On dit d’un criminel qui avoue son crime, qu’il s’accuse lui-même. Le remords a quelquefois obligé les criminels à s’accuser eux-mêmes. Les persécuteurs semblent s’accuser eux-mêmes de n’être pas bien convaincus de l’évidence & de la force de leurs raisons, puisqu’ils emploient la violence.

Accuser, signifie aussi simplement, déclarer. Enunciare. On dit à certains jeux de cartes, accuser son jeu, accuser son point ; & en style de Marchands, accuser la réception d’une lettre ; pour dire, déclarer ce que les règles veulent qu’on déclare. Déclarer combien on a de point ; déclarer qu’on a reçu une lettre.

Accuser. Terme de Peinture, donner une idée juste de ce qui est couvert, par les surfaces de ce qui couvre. Accuser les os, les muscles sous la peau. Accuser le nu par les plis des draperies. Acad. Fr.

ACCUSÉ, ÉE. part. Accusatus. Socrate accusé répondit : ce que j’ai fait ne mérite rien, sinon qu’on me nourrisse aux frais de l’Etat dans le Prytanée.

Accusé, se prend quelquefois substantivement, Reus. Celui qui est prévenu de quelque crime capital, ou non. Il n’y a que le décret d’ajournement personnel, qui fasse l’accusé, & non point la plainte. On doit entendre l’accusé, à peine de nullité du jugement. L’accusé ne peut point résigner quand le crime emporte la privation de son Bénéfice. Bouch. Par les dures Loix de l’inquisition, l’on contraint l’accusé à s’accuser lui-même du crime qu’on lui suppose. Inq. de Goa. L’accusé n’est point reçu à accuser son accusateur, ni à user de récrimination, avant qu’il se soit purgé. De Laun.

ACE.

ACÈ. Ace. Ville de Phénicie, dans Strabon & dans Etienne. Ce fut depuis Ptolémaïs. Voyez ce mot.

ACÉE. s. f. Ce mot se disoit autrefois pour bécasse : il vient d’acceia qui vient d’acus, à cause du long bec de la bécasse.

ACÉEMENT. s. m. Vieux mot. Grand équipage, ajustement. Parcevax esgarde la Demoiselle, & la voit tant belle, & si li plot tant étabeli (éblouit, charma) par le grant acéement qu’il voit en li. Graal. Acéement se trouve dans les Poësies de Thibaut, Roi de Navare.

ACELLARO. Voyez Abyso.

☞ ACEMÈTE. Voyez Acœmète.

☞ ACENSEMENT. s. m. Autrefois ACENSE. s. f. Terme de coutumes. Action de donner à cens. Datio ad censum, locatio accensiva. Acensement d’une maison, d’un héritage. Voyez Cens.

☞ On appelle aussi acense ou accense, un héritage, une ferme qu’on tient à certain cens & rente, ou à prix d’argent. Cette métairie est une accense d’une telle Abbaye. Tenir un héritage, une maison en acense ou en accense.

☞ ACENSER, ACCENSER, & ADCENSER. v. a. Donner à cens une maison, une terre, un héritage, à condition d’en payer un cens, ou une rente Seigneuriale. Ad censum dare.

☞ Il y a encore des provinces où l’on dit acenser une maison pour louer une maison. Locare.

☞ ACENSEUR, ACCENSEUR & ADCENSEUR. s. m. Dans la Coutume de Berri, c’est celui qui donne à louage quelque chose. Accensator, qui dat ad censum.

☞ ACENSIR. v. a. Vieux terme de coutumes. Donner ou prendre à cens ou à ferme.

ACEPHALE. s. m. Acephalus. Proprement, qui n’a point de chef, de l’α privatif, & de ϰεφαλή tête, chef. On a donné ce nom, 1° à ceux qui, dans l’affaire du Concile d’Ephèse ne voulurent suivre ni S. Cyrille, ni S. Jean d’Antioche : 2° à des hérétiques du Ve siècle, qui suivirent d’abord Pierre Mongus, ou Moggus : puis l’abandonnèrent, parce qu’il souscrivit au Concile de Chalcédoine. Ils suivoient les erreurs d’Eutichès. Et sous l’empire de Justin, les Sectateurs de Sévère d’Antioche, & généralement tous ceux qui ne voulurent pas recevoir le Concile de Chalcédoine, furent appelles Acéphales. Quelques-uns prétendent que ce nom signifie hésitans ; & que parce qu’ils tenoient la neutralité pour les décrets du Concile de Chalcédoine, qu’ils ne se déterminoient à rien, qu’ils hésitoient quand on les pressoit, ils furent appelés Acéphales ; C’est-à-dire, hésitans. Mais l’autre opinion est plus vraie, & Acéphale n’a point ce sens. Voyez Bolland, T. I. Anastase le Bibliothécaire appelle l’exemption de la juridiction du Patriarche, Autocéphalie, Autocephalia. 5° On a appelé Acéphales, les clercs qui ne vivoient pas sous la discipline ecclésiastique d’un Evêque. Isidore, de Eccles. off. Lib. III. Les Conciles de Mayence, Can. 22 de Paris, Can. lO de Pavie en 850, Can. 18, &c. ont fait différens réglemens contre ces clercs Acéphales. On en trouve encore dans les Capitulaires de Charles le Chauve, I. VI, C. 57, dans Burchard, L.II, C. 226, dans Réginon à l’an de J. C. 865. Baronius à l’année 1090. Hucbert, frère de Thierberge concubine de Lothaire, fut appelé Acéphale, parce que, comme disent les Annales de Metz à l’an 864. de J. C. il étoit Clerc marié, & par là non soumis aux règles de la cléricature ; ou comme d’autres écrivent, parce que son Monastère étoit exempt de la juridiction de l’Evêque. Cependant les Moines exempts de la juridiction de l’Evêque, ne sont point Acéphales ; car Godefroy, Abbé de Vendôme, dit dans sa 27e Lettre du livre second ; Nous ne sommes point Acéphales, puisque nous avons pour chef Jésus-Christ, & après lui le souverain Pontife. 4° Dans les Loix de Henri I, Roi d’Angleterre, on appelle Acéphales les pauvres qui n’ayant rien, ne tiennent point de biens en fief, ni du Roi, ni des Evêques, ni des Barons, ou Seigneurs féodaux ; & ainsi sont en quelque sorte sans chef. Voyez le Gloff. de Du Fresne. Voyez Nicéphore, L. XVIII. 54. Evagr. L. III. C. 31. Baron. aux années 432, 482, 492, 513, 536, 538, 546, 553. Hornius, Hist. Eccles. Nov. Test. Per. I, Art. 3, §. 48 & 49. Les Acéphales sont appelés Acéphalites dans Isidore, L. VIII, C. XV, & dans la Chronique d’Adon de Vienne. Voyez encore les Notes du P. Sirmond sur Facundus Hermianensis.

ACÉPHALES. s. m. pl. Hommes sans tête. La fable dit qu’il y avoit au nord des Hyperboréens, (c’est-à dire, vers la Russie & la grande Tartarie d’aujourd’hui) un peuple d’Acéphales. Ce qui doit se prendre au figuré d’un peuple de barbares, qui vivoient alors sans chef, sans subordination, sans société.

ACÉPHALITE. s. m. Acephalita. Hérétique. Voyez Acéphale ; c’est la même chose. Le Chanoine Régulier de Léon, qui a écrit la vie de S. Isidore de Séville, dit Acephalita, & marque que cette Secte étoit fort étendue en Espagne & en France, au temps de ce Saint. Peut-être que dans ces pays-là on les nommoit alors Acéphalites, & non pas Acéphales.

ACERBE. adj. Saveur mixte qui consiste dans un goût sûr avec une pointe piquante & astringente. Acerbus. Les Médecins tiennent que ce goût est mitoyen entre l’aigre, l’acide, & l’amer. Ils appellent du vin acerbe, du vin fait de raisins qui ne sont pas encore mûrs. Tous les fruits avant leur maturité ont un goût acerbe. Ce mot vient du latin acerbus. C’est un terme de Médecine. Hors delà on dit âpre.

☞ ACERENZA. Ville archiépiscopale du Royaume de Naples, capitale de la Basilicate.

ACÉRER. v. a. Terme de Taillandier. Garnir d’acier un outil de fer ; y joindre ou appliquer de l’acier, soit à la pointe, comme aux burins ; soit au tranchant, comme aux couteaux & cimeterres ; soit sur la face entière des outils, comme aux enclumes, &c. Durare ferri aciem chalybe. On a dit acérer pour aciérer.

ACÉRÉ, ÉE. part. & adj. Qui est d’acier, ou ce à quoi on a joint & appliqué de l’acier. Ferrum chalybe duratum. On le dit des instrumens de fer destinés à couper, à limer, à trancher, à forger. Un cimeterre acéré & bien tranchant. Les enclumes, les bigornes, & autres outils semblables sont aussi acérés, parce qu’on les couvre d’acier.

On le dit en termes de Médecine & de Pharmacie, pour signifier une saveur austère & astringente.

Acéré, s’emploie par quelques-uns au figuré, pour signifier, mordant, perçant, tranchant. C’est une plume bien acérée. La pauvreté est un glaive bien acéré. Mau. Il faut pourtant s’en servir avec discrétion.

ACERIDES. s. m. Terme de Pharmacie. C’est un emplâtre fait sans cire, tel qu’est celui qu’on nomme emplâtre de Nuremberg. Emplastrum Norimhergense. Hart.

ACERNO. Ville épiscopale de la principauté citérieure, au royaume de Naples. Acernum. Elle est entre Salerne & Couza.

ACERRA. Ville épiscopale du royaume de Naples dans la terre de Labour. Acerra. Elle est sur la rivière de Patria, entre Naples & Capoue.

☞ ACERRE. s. f. Du latin Acerra. C’étoit chez les Romains une espèce d’autel dressé près du lit d’un mort, sur lequel les parens & les amis du défunt brûloient perpétuellement de l’encens jusqu’au moment des funérailles.

☞ ACERSOCOME. adj. & substantif qui signifie à longue chevelure : nom donné a Apollon.

ACERTAINER. v. a. Vieux mot. Assurer, certifier. Asseverare, certiorem facere.

Quant au travail, bien je vous acertaine
Qu’incessamment y serai exposée. Marot.

☞ ACÉRURE. Terme de Serrurier & Taillandier. Morceaux d’acier préparés pour être soudés aux outils qu’on veut acérer.

ACÉSIEN. s. m. Acesius. Surnom que les Eléens donnoient à Apollon. Pausanias, L. VI. Tristan, T. I, p. 600.

ACÉSINÉ, ÉE. adj. Vieux mot. Qui est en embonpoint. Belle, gente & acésinée.

ACESMEMENT. s. m. Vieux mot, qui veut dire, ajustement. Ornatus, Cultus.

ACESMER. v. a. Orner, ajuster. Ornare. Ce mot n’est plus en usage.

ACESMÉ, ÉE. adj. Vieux mot. Embelli, orné.

De grant beauté est certes acesmée.
Celle pour cui mes cuers est si sopris.

Gasse-Brules.

ACESMES, ACHESMES. s. pl. Vieux mot, qui veut dire, habillemens, atours de femme. Mundus muliebris. Quand la Déesse a mis bas ses habits & achesmes, qu’elle eut deffeublé coiffe, guimple, atour, & autre accoutrement de tête, termaillets, chaînes, anneaux, bulletes, & tissus, jusqu’aux galoches dorées. Jean le Maire.

ACESO. s. f. Fille d’Esculape, à qui la fable attribue une connoissance profonde de la Médecine. Le Clerc prétend que les Anciens, sous l’allégorie d’Acéso, ont voulu désigner un air épuré par les rayons du soleil, & rendu par-là salubre & propre à réparer les forces de ceux qui le respirent.

ACESTE. s. m. Roi de Sicile, étoit fils du fleuve Crinisus & d’Egeste, fille d’Hippotas : c’est-à-dire, que ce Crinisus étoit le Roi ou le Seigneur d’un canton de Sicile où couloit ce fleuve, ou bien qu’il portoit le même nom.

☞ ACESCENCE en Médecine. Disposition à l’acide. Voyez Acide.

☞ On dit aussi Acescent adj. Accescens. Qui approche de l’acidité. Alimens acescens.

☞ ACESTIDES. Nom donné par les anciens aux cheminées des fourneaux à fondre le cuivre. Encyc.

ACETABULE. s. m. Terme d’Anatomie. Acetabulum. Il a différentes significations. Il se dit des cavités profondes de quelques os, dans lesquels sont reçues de grosses têtes d’autres os, pour faire les mouvemens. La cavité de l’os ischium, qui reçoit la tête de l’os de la cuisse, est appelée Acétabule, Cotyle ou Cotyloïde.

Il se dit d’une autre chose dont les Anatomistes ne conviennent point ; les uns appellent Acétabules les orifices des vaisseaux répandus dans la surface interne de la matrice ; Harvée croit que ce sont de petites cellules du placenta, ou de ce qui tient lieu de placenta dans les femelles de plusieurs animaux. Le sentiment le plus probable est celui dans lequel on dit que les acetabules sont ces glandes qui s’élèvent dans la matrice des brebis & des chèvres, lorsqu’elles sont pleines, & qui sont ainsi appelées, parce qu’elles sont faites en forme de coupe ou de godet : ce qu’on ne remarque pas dans les femelles des autres animaux, non plus que dans la femme.

Acétabule, se dit encore des vases ou mamelons creux qui sont le long des pieds des polypes & des nautilles, par lesquels il sucent l’air & l’eau, & les rejettent ensuite.

Acétabule, signifie encore une certaine mesure dont les Apothicaires se servent pour les choses liquides. Voyez Cotyle, Cotylédon. C’est une mesure des anciens qui contenoit un cyathe & demi, comme Agricola le prouve dans son L. I. des mesures Rom. par ces deux vers de Fannius, qui, en parlant du cyathus, dit qu’il pese dix drachmes, & que l’oxybaphe, ou acétabule en contient 15.

Bis guinque hunc faciunt drachmæ, si appendere tentes,
Oxybaphus fiet si quinque addantur ad illas.

Du Pinet, dans un Traité des poids & des mesures qu’il a mis au commencement de sa traduction de Pline, dit que l’acétabule d’huile pese deux onces & deux scrupules ; l’acétabule de vin deux onces deux drachmes & demie, un grain & le tiers d’un grain ; l’acétabule de miel trois onces, trois drachmes, un scrupule & deux siliques.

Acétabule, étoit encore un petit vase, dans lequel on mettoit des choses propres à assaisonner, & que l’on servoit sur la table, comme on sert aujourd’hui une salière, un vinaigrier, &c.

Agricola, dans son Traité des mesures Rom. L. I. croit que c’est de-là que ce nom s’est formé ; que ce vase étant destiné principalement à servir du vinaigre, d’acetum, vinaigre, on a fait acetabulum, & qu’ensuite, à cause de la ressemblance, on l’a transporté à la mesure. C’est pour la même raison que les Grecs l’appeloient ὀξύβαφος.

ACETABULUM. s. m. Sorte de Plante, appelée autrement Umbilicus veneris. Il y en a de deux sortes : l’un dont les feuilles sont creuses, & tournées comme un acétabule, ou une coupe. L’autre jette une tige menue, & produit des fleurs semblables à celles de millepertuis. Cette plante a les feuilles larges & fort épaisses. Sa graine, qui est un peu grosse, a les mêmes propriétés que la joubarbe.

Acetabulum. s. m. Plante qui croît au fond de la mer, & qui a assez la figure d’un champignon, puisqu’elle est composée d’un pédicule mince & terminé par un chapiteau formé en bassin de balance. Cette plante est diurétique, & se trouve dans la mer Méditerranée, & dans les étangs salés, qui sont près de Montpellier. Quoique Cotylédon & Acetabulum, soient deux noms qui ont la même signification, ils ne se donnent pas néanmoins à la même espèce de plantes. Celle qu’on appelle Cotylédon, est même une plante terrestre.

☞ Depuis les découvertes de M. Peyssonnel, on a reconnu que l’acétabule, que l’on regardoit comme une plante marine, appartient au règne animal, & qu’il est produit par des insectes de mer. Encyc.

ACETÈS. s. m. Etoit un des compagnons de Bacchus, c’est-à-dire, un des partisans de son culte.

ACETEUSE. s. f. Oxalis. C’est un nom que l’on a donné quelquefois à l’oseille, à cause de son goût aigret, & qui est pris du nom Latin Acetum, qui signifie Vinaigre. C’est proprement le féminin de l’adjectif Aceteux qui tient du goût du vinaigre. Plante aceteuse.

ACETUM. Mot Latin, qui signifie Vinaigre, & qui vient d’aceo, je suis aigre. Tout Latin qu’il est, on l’emploie quelquefois dans la Chimie.

Acetum Alcalisé, Alcalisatum. Terme de Chimie. C’est du vinaigre distillé, auquel on a mêlé quelque sel volatil, ou alkali. Harris.

Acetum Radicatum. Terme de Chimie. Ce sont les parties les plus fines & les plus aigues du vinaigre, quand le flegme en a été tiré. Harr.

Acetum Philosophorum, ou Vinaigre des Philosophes : terme de Chimie. Quelques Chimistes donnent ce nom à une liqueur aigre qui se fait en faisant dissoudre un peu de beurre, ou liqueur glaciale d’antimoine, dans beaucoup d’eau. Harr.

☞ ACGIAH KERMEN. Ville d’Asie, sujette aux petits Tartares, à cinq journées d’Acgia-Saraï.

☞ ACGIA-SARAÏ. Très-belle ville, au nord de la mer Caspienne, entre le pays de Bulgar & le Turkestan.