Dictionnaire de Trévoux/6e édition, 1771/Tome 2/041-050

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Fascicules du tome 2
pages 31 à 40

Dictionnaire de Trévoux, 1771
Tome 2, pages 41 à 50

pages 51 à 60


que c’étoit un bon présage, & elle accoucha d’un fils qu’elle appela Branchus, à cause qu’elle avoit vu en songe que le soleil étoit entré par sa gorce. Ce fils étant devenu beau & bienfait, fut aimé d’Apollon, qui le gratifia de l’art de devier. Après sa mort, il rendit encore des Oracles, qui étoient les plus célèbres, après ceux de Delphes. Mor.

BRAND. s. m. Vieux mot, qui signifie une grosse épée d’acier, qu’on manioit à deux mains, & que les anciens Chevalier portoient autrefois. Acinaces.

Du Cange prétend que ce mot vient de branca, qui a signifié une griffe de lion, ou un ongle d’oiseau ; & qu’on l’a transporté au coutelas, parce qu’il sert au soldat comme de griffe & de défense.

☞ BRANDAM. Ville des Indes, dans l’Île de Java, sur la côte septentrionale.

BRANDE. s. f. Petit arbuste qui croît dans les terres incultes. On appelle aussi de ce nom une Campagne pleine de ces arbustes. Entrer dans une brande.

BRANDEBOURG. Ville d’Allemagne, dans la moyenne Marche de Brandebourg sur le Havel, qui la sépare en deux parties, dont l’une est le vieux Brandebourg, & l’autre le neuf Brandebourg. On prétend que cette ville a été bâtie par Brennus, chef des Gaulois, & que c’est de-là qu’elle a pris son nom Brandeburgum, Brandebourg, qui est la même chose que Brennoburgum, Brennebourg, ou ville de Brennus. D’autres dérivent ce mot de Brandon, Prince des François, & fils de Marcomir, qui selon eux en est le fondateur. Hofman lui donne de longitude 35°. & de latitude 52°. 39’. Cette ville, selon M. de la Hire, a de longitude 31°. 21’, 33”, & de lat. 52°. 16’, 0” Tab. Astr.

Brandebourg. La Marche, ou le Marquisat de Brandebourg, en latin Marchia Brandeburgensis. Province du Cercle de la haute Saxe, en Allemagne, bornée au couchant par le Duché de Lunebourg, au nord par celui de Mecklenbourg, & par la Poméranie ; au levant par la grande Pologne ; & au midi par la Silésie, la Lusace, les Duchés de Saxe & de Magdebourg. C’est Henri l’Oiseleur qui a érigé le Brandebourg en Marquisat, dont les Marquis n’étoient d’abord que des Gouverneurs, qui devinrent ensuite héréditaires. Et c’est l’Empereur Sigismond qui en 1411 ayant vendu le Marquisat de Brandebourg à Fréderic IV, Burgrave de Nuremberg, l’érigea en Electorat en 1415, a lui en donna l’investiture en 1417. L’Electeur de Brandebourg est Archi-chambellan ou grand Chambellan de l’Empire. La Marche de Brandebourg se divise en trois parties, dont nous allons parler.

La vieille Marche de Brandebourg ; c’est la partie occidentale du Marquisat de Brandebourg, appelée autrefois Marche de Soltwedel, parce que Soltwedel en étoit la capitale. La moyenne Marche de Brandebourg, qui est à l’orient de la vieille Marche, & à l’occident de la nouvelle, a pour capitale Berlin, qui l’est aujourd’hui de tout l’Electorat. La nouvelle Marche de Brandebourg en est la partie orientale, & a Custrin pour capitale. Il y a encore la Marche Uckerane de Brandebourg, qui est au nord de la moyenne Marche : Marchia Uckerana Brandeburgica. Elle a été ainsi nommée à cause du grand lac, & de la rivière d’Ucker qui sont au milieu. L’histoire des Marquis de Brandebourg a été écrite en latin par Gaspar Sagittarius, imprimée in-4°. à Iéne en 1684. Imhoff, Notit. Imp. L. II, cap. 8, en traite aussi.

Brandebourg, est aussi une ville bâtie depuis peu par l’Electeur de Brandebourg dans la Prusse Royale. Il y en a encore une autre dans le Cercle de la basse Saxe, qui se nomme le nouveau Brandebourg, ou la nouvelle Brandebourg.

Brandebourg. s. f. Terme de Fleuriste. Tulipe d’un rouge pâle tirant sur le colombin, & d’un blanc terni. Mor. Cult. des fleurs.

Brandebourg. s. f. Grosse casaque dont la mode nous est venue de Brandebourg. Penula chlamis. Elle va jusqu’à mi-jambe, & a des manches bien plus longues que les bras ; & quand on y veut mettre quelque ornement, elle est chargée de boutons à queue d’espace en espace. Ce nom passa en France en 1674, lorsque l’Electeur de Brandebourg entra en Alsace. Les gens de l’Electeur portoient cette espèce de casaque. Richelet avoit reproché à M. du Périer qu’il étoit fait comme un crieur d’arrêts : cela l’ayant piqué, il se fit faire une Brandebourg. Il trouva le soir un Grivois qui s’approcha tellement sous sa Brandebourg, qu’il s’en trouva revêtu, & le pauvre du Périer reste en juste-au-corps. Ménage.

Brandebourg, en fait de modes. s. m. C’est le nom qu’on donne aux agrémens de galons d’or ou d’argent, & même de soie, qu’on applique en forme de boutonnières sur les habits. Les Brandebourgs sont quelquefois d’un galon simple, mais plus souvent d’un galon doublé qui forme la boutonnière. On en a fait aussi à queue & sans queue.

BRANDEBOURGEOIS, OISE, s. m. & f. Qui est du Marquisat de Brandebourg. Brandeburgis.

BRANDEIS. Brandisium, petite ville de la Bohême propre, avec une Citadelle, sur l’Elbe.

BRANDERIE. s. f. On nomme ainsi en Hollande, & particulièrement à Amsterdam, les lieux où l’on fait les eaux-de-vie de grain.

BRANDEVIN. s. m. C’est le nom que le peuple donne à l’eau-de-vie. Vinum igne vaporatum & stillatum. Les artisans & journaliers commencent ordinairement leur journée par boire du brandevin. Quand les maîtres, principalement les Officiers militaires, font quelques libéralités de peu de conséquence à des soldats ou domestiques, il disent que c’est pour boire le brandevin.

Ce mot vient du Flamand Brandewyn, qui signifie vin brûlé.

BRANDEVINIER, NIÉRE. s. m. & f. Celui ou celle qui vend & qui cire du brandevin en détail dans un camp ou dans une garnison. Ce terme est plus usité à l’armée qu’ailleurs ; car ces sortes de gens n’y ont point d’autre nom.

Ce mot se dit & pour celui qui fait le brandevin, & pour celui qui le vend, soit dans la boutique, soit par les rues. Cabaret de brandevinier.

BRANDEUM. s. m. Ce nom est purement latin. M. l’Abbé Fleury s’en est servi dans son Hist. Eccl. Liv. XXXV, pag. 93. C’est ainsi qu’on nommoit dans la basse latinité les linges qui avoient été mis auprès des sépulchres des Apôtres Saint Pierre & S. Paul, & qui y étoient restés quelque tems. L’ignorance des derniers siècles les a fait prendre pour des corporaux. On le regardoit & on les honoroit comme des reliques, & on leur donnoit ce nom.

BRANDILLEMENT. s. m. Ce mot se trouve dans Pomey pour agitation. Mouvement que se donne celui qui se brandille. Agitatio, jactatio.

BRANDILLER. v. a. Mouvoir deçà & de-là. Movere, jactare. Brandiller les jambes. Se brandiller, s’agiter en l’air sur une planche, sur une corde. Agitare se ; jactare se fune ex arbore suspenso. Les enfans prennent plaisier à se brandiller. Les Danseurs de corde se brandillent quelque temps, avant que de se donner l’estrapade, & de faire leurs autres tours de souplesse.

BRANDILLOIRE. s. f. Quelques-uns disent mal BRANDILLOIR. s. m. Planche, cordes ou branches entrelacées, ou autre chose semblable, qui sert à se brandiller. Funis aut ramus arboris qui se quis jactat. La brandilloire est un jeu usité au Tunquin. Le P. Marini en a fait la description dans sa Relation du Tunquin. Son Traducteur a dit quelque part brandillon pour brandilloire, mais on n’a trouvé ce mot que dans cet Auteur.

BRANDIR. vieux v. a. Branler, secouer une arme à la main qui a quelque longueur, comme hallebarde, pique, épieu, comme si on se préparoit à frapper de la pointe. Quassare, succutere, vibrare. Il brandit un long bâton. S. Amand. Brandissant une grosse hallebarde. Celui-ci tenoit une épée de la main droit, qu’il brandissoit presque toujours. Spectat.

Brandir, se dit aussi en Charpenterie, comme synonyme avec arrêter, assujettir. Brandir un chevron, c’est, percer un chevron & la panne, & les attacher ensemble par le moyen d’une forte cheville.

BRANDI, IE. part. & adj. On dit proverbialement, enlever quelqu’un tout brandi, pour dire, à vive force, l’enlever tout d’un coup, dans l’état où il se trouve.

BRANDON. s. m. Flambeau de paille tortillée qui sert aux paysans à s’éclairer la nuit. Fax.

Ce mot est ancien dans la langue, & vient de l’allemand brandt, qui signifie, tison, incendie. Ménage. Il falloit dire, avec le P. Henschenius. Act. SS. April. Tom. III, p. 398, de l’allemand Branden, qui signifie ardere, brûler. On a dit brandos, branda, dans la basse latinité, pour signifier un flambeau, un tison. Ou plutôt brando, qui se trouve dans les loix Palatines de Jacques II, Roi de Majorque, tit. de illuminatione, & en beaucoup d’autres anciens monumens.

Le Dimanche des brandons, est le premier Dimanche de Carême. Il y a des Commissions de S. Louis & de Rodolphe Légat du S. Siége, pour terminer le différent entre l’Eglise & les habitans de Lyon, qui sont datées du Vendredi devant les brandons. Ce nom vient de ce que, par un reste d’Idolâtrie, quelques paysans mal instruits vont la nuit de ce jour-là avec des torches de paille, ou de bois de sapin allumées, parcourir les arbres de leurs jardins, & de leurs vergers, & les apostrophant les uns après les autres, ils les menacent, s’ils ne portent du fruit cette année, de les couper par le pied & de les brûler. C’est un reste de paganisme que les Idolâtres pratiquoient au mois de Février, qui en fut nommé Februarius à Februando, parce que, comme dit un ancien Auteur, les Payens, pendant douze jours de ce mois, qui étoit le dernier de leur année solaire, couroient les nuits avec des flambeaux allumés pour se purifier, & pour procurer le repos aux manes de leurs parens & de leurs amis ; ce que quelques paysans ont retenu pour les arbres ; peut-être parce qu’on le faisoit avant le commencement du Printems pour purger les arbres de chenilles, dont les œufs commencent à éclore aux premières chaleurs sans cette précaution, qui insensiblement a dégénéré en superstition. Menestr. Hist. de Lyon, p. 379. En plusieurs endroits il n’y a que les enfans qui portent des brandons, mais le soir seulement dans les rues, & sans aucune marque de superstition.

On donne aussi à Lyon le nom de brandons à des rameaux verts, que le peuple va querir tous les ans au fauxbourg de la Guillotiere, le premier Dimanche de Carême, & auxquels il attache des fruits, des gâteaux, des oublies, &c. & avec ces brandons il rentre dans la ville. C’est ce qui fait donner à ce Dimanche le nom de Dimanche des brandons. Menestr. C’est probablement un reste de la cérémonie que nous avons expliquée au mot A gui lan neuf.

☞ DANSE DES BRANDONS. Qui s’exécutoit dans plusieurs villes de France, le premier Dimanche de Carême, autour des feux qu’on allumoit dans les places publiques : d’où lui vient son nom. Ces danses ont été abolies par les Ordonnances des Rois, ainsi que les Balladoires, les Nocturnes & autres danses que l’on nommoit sacrées.

☞ Ce jour-là le peuple allumoit des feux, dansoit autour, & en portoit dans les rues & dans les Campagnes.

Brandon, signifie aussi, feu errant. C’est un feu passager pareil à ces brandons, qui errent à la faveur d’un vent qui les conduit. Voit. Il est vieux en ce sens.

On appelle, en termes de Palais, brandons & panonceaux, de la paille tortillée qu’on attache à la porte des héritages saisis avec les armes du Seigneur, pour montrer que les choses sont à vendre en Justice. Paleatus baculus symbolum tutelæ Principis. Les procès-verbaux des saisies réelles portent, que le Sergent a attaché aux portes des lieux, des brandons & panonceaux.

On le dit aussi de ces piques ou bâtons garnis de paille qu’on plante dans un champ, pour montrer que les fruits pendans par les racines sont saisis & arrêtés. Dans l’ancienne pratique on disoit aussi, brandonner ; pour dire, saisir. On met encore de la paille à la queue des chevaux qui sont à vendre, ou sur des meubles qu’on expose dans la rue.

☞ On appelle encore brandons en quelques endroits, les épines, branches, ou bouchons de paille que l’on met dans les champs, pour avertir que le chaume est réservé & retenu par celui qui jouit de la terre, sans quoi ce chaume seroit censé abandonné & pris par le premier venu.

Brandon, se dit encore des corps enflammés qui s’élevent d’une incendie. Le vent poussoit des brandons qui portoient partout l’incendie.

Brandons, se dit figurément en poësie des feux célestes, & du flambeau que porte l’amour. Faces.

Ainsi les célestes brandons
Versent sur son chef mille dons
En lignes perpendiculaires.

Desmarets, en ses Visionn.


Qu’est ceci, mon cher Cupidon ?
Quelque cœur de glace
Résiste-t-il à ton Brandon.

Il est vieux, & hors d’usage.

Brandon d’amour. Voyez Arrosoir, Coquillage.

BRANDONNER. v. a. C’est mettre des brandons. Brandonner un héritage, prædium tortâ paleâ insignire, ou sub tutelâ Principis esse, tortâ paleâ indicare. Il y a des coutumes qui veulent qu’on mette des brandons aux quatre coins & au milieu des héritages saisis, & mis sous la main & autorité de Justice. Bruneau.

BRANLANT, ANTE, part. act. & adj. v. Qui branle, qui panche de côté & d’autre. Nutans, labans. Tête branlante.

On dit proverbialement d’une chose qui n’est pas ferme, ni assurée, que c’est un château branlant.

Branlante, en termes de metteur en œuvre. C’est une croix qui se porte sans coulant, d’un simple chaton, qui se termine par une pendeloque qui lui donne ce nom. Encyc.

BRANLE. s. m. Agitation de ce qui est remué tantôt d’un côté, tantôt de l’autre. Motus. On sonne les cloches en branle. Les estomacs foibles ne sauroient souffrir le branle du navire.

Branle, se dit figurément du commencement d’une affaire, lorsqu’on la met en train d’aller, qu’on lui donne le premier mouvement. Ce Ministre est celui qui donne le branle aux affaires, & à tout l’Etat. Auctor, impulsor ad rem faciendam. C’est cet homme de bonne humeur qui méne le branle, qui met les autres en train pour se divertir. Ce sont eux qui donnent le branle à la réputation. Mol. Dieu, après avoir créé les causes secondes, & avoir donné le branle à toute la machine du monde, les laisse agir selon le mouvement & le branle qu’il leur a imprimé. Ju.

Branle, signifie aussi, incertitude, délibération. Fluctuatio, jactatio. Cet homme est en branle s’il s’engagera dans une telle entreprise. Sa fortune est en branle, & fort incertaine.

Branle, en termes de Musique & de danse, est un air ou une danse par où on commence tous les bals, où plusieurs personnes dansent en rond, & non pas en avant, en se tenant par la main, & se donnant un branle continuel & concerté avec des pas convenables, selon la différence des airs qu’on joue alors. Saltatorius orbis. Se branles consistent en trois pas & un pied joint, qui se font en quatre mesures, ou coups d’archet, qu’on disoit autrefois battement de tabourin. Quand ils sont répétés deux fois, ce sont des branles doubles, ou communs. On danse d’abord le branle simple & pui le branle gai, par deux mesures ternaires : & il est ainsi appelé parce qu’on a toujours un pied en l’air. Voyez Thoinot Arbeau dans son Orchésographie, où il donne les noms, les mesures, & la tablature d’un grand nombre de branles qu’on dansoit il n’y a pas long-tems, comme les branles de Bourgogne, qui se dansent à droit & à gauche par une mesure binaire, prompte & légère, les branles du haut Barrois, du Monstier en Der, de Hainault, d’Avignon, &c. Les branles du Poitou, qui se dansent par mesure ternaire en allant toujours à gauche. Les branles d’Ecosse & de Bretagne. On appelle ceux-ci le Tryori. Il parle aussi du branle des Lavandieres, où les danseurs font du bruit par le tapement de leurs mains : du branle des sabots, où on bat du pied, qu’on a appelé aussi le branle des chevaux, à cause de ce tapement de pieds ; du branle des pois & des Hermites ; du branle de la torche, dans lequel le danseur tient un chandelier, une torche, ou un flambeau allumé. Il y a eu aussi des branles morgués & gesticulés, qu’on a appelé de la moutarde, que les Dames appellent branles de la haie, qui ont gégénéré enfin en ceux qu’on appelle branle à mener, qui sont ceux par qui se terminent maintenant tous les branles. En ceux-ci chacun méne le branle à son tour, & puis se met à la queue. Les danses aux chansons sont des espèces de branles. Le branle de sortie est ce qu’on danse à la fin du bal.

Il y a aussi une espèce de petit jeu qu’on appelle Branlemoine.

Branle de S. Elme. (le) Réjouissance ou Fête qui se donnoit autrefois à Marseille, la veille de S. Lazare, pour divertir les étrangers qui venoient en foule à cette fête : on faisoit un branle de tous les plus beaux garçons & des filles les mieux faites qu’on pouvoit trouver : on les habilloit le plus superbement qu’il étoit possible ; les uns représentoient les Dieux de la fable, & les autres toutes les nations du monde. En cet état ils passoient par la ville au son des violons & des tambours. Ce branle, qu’on appeloit communément le branle de S. Elme, a été interrompu depuis long-tems. De Ruffi. Hist. de Marseil, c. 11, p. 400.

On dit proverbialement, qu’on va danser un branle de sortie, lorsqu’on est prêt de s’en aller, ou qu’on est chassé de quelque lieu.

On dit aussi d’un homme ou d’une femme de gaieté excessive, qu’il est fou, ou qu’elle est folle comme le branle gai.

Branle, en termes de Marine, ou hamac, est un lit dont on se sert sur les vaisseaux, qui est suspendu sous le pont par des cordes qui tiennent aux quatre côtés. Il est fait de grosse toile, & renforcé d’un cordage qui lui sert d’ourlet nommé ralingue. Il sert à coucher le soldat. On appelle branle matelasse, une sorte de matelats qui est fait en branle. Quand on veut faire détendre tous les branles d’entre les ponts, afin de se préparer au combat, ou pour faire quelqu’autre chose, on dit Branlebas, ou For-branle.

Branle, en Fauconnerie, Voyez Branler.

Branle, en Horlogerie, s’entend de l’espace parcouru par le régulateur dans une vibration.

BRANLEBAS. s. m. Terme de Marine. Præparatio ad pugnam. Faire branlebas, c’est ôter tous les cadres, hamacs, coffres, & malles qui sont tant sur le gaillard que dans l’entrepont, pour se disposer à un combat. On jette tous les coffres & malles au fond de calle ; les hamacs & matelats servent à faire des retranchemens sur le pont, sur le gaillard & sur la dunette.

BRANLEMENT. s. m. Mouvement de ce qui est agité, de ce qui va de côté & d’autre. Nutatio, jactatio. Il a approuvé son discours par un branlement de tête. Nutatio capitis. Branlement d’un carrosse.

☞ BRANLER. v. a. Agiter, faire aller de côté & d’autre. Branler les jambes, les pieds, la tête. Movere : dans ce sens on dit bassement branler le menton, la machoire, pour dire manger.

Branler est aussi neutre, être agité, chanceler, pancher de côté & d’autre : moveri, nutare, titubare. Le plancher branle : cette femme est si vieille, que la tête lui branle.

☞ Dans ce sens on dit proverbialement que tout ce qui branle ne tombe pas, & figurément, & familièrement qu’un homme branle au manche, pour dire est irrésolu, qu’il n’est pas ferme dans son avis, assuré dans son emploi, dans son poste qu’il est prêt de perdre. On dit de même d’un homme foible qu’il tourne, qu’il branle à tout vent.

Branler, signifie aussi, n’être pas ferme dans une opinion, dans un parti. Fluctuare animo, vaccillare. Il y a plusieurs villes rebelles qui branlent & qui se veulent remettre dans le devoir. Le calme dans l’orage procede de la force de l’ame, qui ne branle point de quelque impétuosité que la fortune la choque. Bal. La renommée de cette victoire arrivée si à propos, affermit l’Asie qui branloit de toutes parts. Vaug.

Branler, signifie aussi, simplement remuer, faire quelque mouvement. Moveri. Si tu branles, je te tue, dit un brigand à celui qu’il vole. Toute la sédition est appaisee, rien ne branle. Il ne faut pas qu’une sentinelle branle de son poste. Huit heures étant venues sans qu’on vît rien branler du côté des ennemis. Bussy.

☞ Dans ce sens, branler se dit du mouvement que font des troupes intimidées, qui par leur contenance font voir qu’elles sont prêtes à fui. L’armée Romaine commençoit à branler. Labere. Quand il vit les ennemis branler, il se mit à les charger. Vaug.

On dit proverbialement, quand je remue, tout branle ; pour dire, je fais trembler tous mes gens. On dit aussi d’un homme puissante, que tout le monde branle sous lui ; pour dire, que tout le monde est prêt de se remuer pour obéir à ses commandemens.

Branler, en termes de commerce, se dit d’un marchand ou d’un banquier qui donne à connoître que ses affaires sont en mauvais état, & qu’il est prêt à faire faillite.

Branler, en fauconnerie, se dit lorsque le faucon se tient haut au premier degré sur la tête du fauconnier ; & qu’il tourne en battant les aîles & remuant la queue.

☞ Outre cette idée principale, le libertinage en a attaché une accessoire au mot branler qui n’est que trop familière aux jeunes gens. Heureux si des réflexions sérieuses sur leur propre intérêt les dégoûtoient d’un exercice aussi contraire à la religion, que préjudiciable à leur santé. Ce dernier motif au moins devroit les toucher.

BRANLÉ, ÉE. part.

BRANLEUR, EUSE, adj. Qui branle. Il n’est guère en usage qu’en un sens odieux & obscène.

BRANLOIRE. s. f. On appelle ainsi un ais posé en travers & en équilibre sur quelques chose d’élevé, & aux deux bouts duquel deux enfans font tour à tour le contre-poids.

Branloire, se dit aussi de la chaîne qui sert à faire mouvoir les soufflets des forgerons, serruriers, Taillandiers, &c.

On dit en Fauconnerie, qu’un héron est à la branloire, lorsqu’il est haut, & qu’il tourne en branlant.

BRANQUE-URSINE, ou BRANCHE-URSINE. Voy. Acanthe.

☞ BRANSKO ou BRANSKI. Ville de l’Empire de Russie, dans le Duché de Séverie sur la Deszna.

☞ BRANSLE (la). Rivière de France qui a sa source dans le Vandomois, arrose quelques villes en Touraine, & se jette dans la Cisse, un peu au dessus de sa jonction avec la Loire.

BRANTA, ou BERNACLE. s. f. C’est une espèce d’oie que l’on trouve en Angleterre & en Ecosse, & qui a donné lieu à plusieurs fables. On a prétendu qu’elle naissoit sur les arbres, & demeuroit suspendue à leurs branches. D’autres ont avancé qu’elle s’engendre du bois vermoulu. Sa chair est moins savoureuse & d’une odeur plus forte que celle de l’oie ordinaire, mais les Montagnards d’Ecosse l’estiment un mets très-délicat. Dict. de James.

BRANTION. s. f. Terme de Fleuriste. Nom de tulipe. Elle est incarnat & blanc. La Brantion Morin rouge, colombin & blanc. Elle est printanière. Morin. Il y a encore la Brantion de Boh. & la Brantion de l’Aubebine. Id.

BRANTOME, ville de France en Périgord, sur la Drome.

BRAQUE, mieux que Brac. s. m. Terme de chasse. Espèce de chien de chasse, ras de poil, bien coupé, bon quêteur, & fin du nez. Indagator canis.

Il vient de braccus, ou de bracco, qui a été fait de l’allemand brachen, signifiant la même chose, ou du grec βραχὺς, brevis. Ménage.

BRAQUE. s. m. Nom d’homme. Brachio. C’est ainsi que l’on nomme à Menat celui qu’ils prennent pour successeur de S. Ménelé, leur premier Abbé, mais qui paroît plutôt être ce célèbre Brachio, dont Grégoire de Tours parle dans son livre de la gloire des Confesseurs. Chastel.

☞ BRAQUEMARDER. v. n. Vieux terme obscène, qu’on trouve souvent dans Rabelais. Faire l’acte conjugal.

BRAQUEMART. s. f. Epée courte & large qu’on portoit anciennement. Fauchet le dérive de βραχυμάχαιρα, mot grec, qui signifie la même chose. Il a quelquefois une signification joyeuse dans le figuré. Gloss. sur Marot.

BRAQUEMENT. s. m. Disposition d’une pièce d’artillerie à tirer vers un certain lieu. Libramentum.

BRAQUER. v. a. Tourner le canon selon certaine ligne, & selon certain angle ou élévation, pour le faire tirer à un point désiré. Bellicum tormentum librare, dirigere. Il vaut mieux dire pointer le canon.

On dit aussi, Braquer le timon d’un carrosse, pour le pousser d’un certain côté : braquer une lunette.

Braqué, ée, part.

BRAQUES. s. m. Qui se dit des pinces d’une écrevisse. Chelæ.

BRAS. s. m. La partie du corps de l’homme qui aboutit d’un côté à l’épaule, & de l’autre à la main. Brachium. En terme d’Anatomie, c’est seulement la partie qui prend de l’épaule jusqu’au coude ; car celle qui est depuis le coude jusqu’au poignet s’appelle avant-bras. Le bras, pris au second sens, n’a qu’un os grand & très-fort appelé humerus, qui a une grosse tête à son extrémité supérieure, laquelle s’embouche dans la cavité de l’épaule. Il a trois éminences & deux cavités à son extrémité inférieure, qui forment comme une poulie, par laquelle le pli, & le mouvement de l’avant-bras qui lui est joint, sont facilités. L’avant-bras est composé de deux os : le plus long, qui est l’inférieur, s’appelle le grand focile, ou l’os du coude, parce que c’est lui qui forme le coude. On l’appelle en latin Cubitus, lacertus. D’autres lui ont donné le nom d’ulna, parce qu’anciennement il servoit d’aune & de mesure. Le second os qui est plus court, & le supérieur, s’appelle le petit focile, & en latin radius, rayon. Dieu a donné deux bras à l’homme, afin qu’il pût vivre de son travail. Moyse avoit les bras levés au ciel, tandis que le peuple combattoit contre Amalec. Les saignées du bras sont les plus ordinaires. Il est estropié d’un bras. Il a le bras en écharpe. Il s’en va les bras balans, ou les bras pendans. Autrefois un cri militaire des François étoit, aux bras, aux bras. Voyez Guil. de Nagis, dans l’Histoire de S. Louis, p. 381.

On dit, en termes de Danse, avoir des bras, c’est les porter, les disposer, les remuer avec grace, les élever, les abaisser à propos. Il faut les faire porter plus haut, si le sujet a la taille courte, & s’il a la taille longue, ils doivent être à la hauteur de la hanche ; mais s’il est proportionné, il les tiendra à la hauteur du creux de l’estomac. Beauchamp est le premier qui en ait donné des régles. Conduire ses bras, c’est les bien manier, les bien mouvoir, les bien poser & avec grace. Si un danseur n’a point les bras doux & gracieux, sa danse ne paroîtra pas animée. L’élévation des bras, les mouvemens des bras, l’opposition des bras aux pieds, la manière de faire les bras dans les différentes danses & avec les différens pas. Voyez sur cela Rameau. Faire des bras en terme de danse, c’est donner du mouvement à ses bras, leur faire prendre différentes situations. Les Demoiselles ne doivent point faire de bras dans le menuet, lorsqu’elles présentent les mains. Rameau.

Ce mot bras vient du latin brachium, qui s’est fait du grec βραχίων. Et le P. Pezron prétend que le mot grec vient du mot celtique brech. Et le bras, dit-il, est ainsi appelé des Gaulois, parce qu’il est rompu au milieu ; au lieu que la jambe est toute d’une pièce. Or toute rupture se nomme bréche, mot que les François ont tiré des Celtes ; car il n’est ni grec, ni latin.

Bras, en termes de manége, c’est la partie de la jambe de devant, qui s’étend depuis le bas de l’épaule jusqu’au genou ; & on dit qu’un cheval plie bien le bras ; quand il plie bien la jambe, quoique la partie appelée bras ne plie pas.

Bras, se dit encore des choses qui ont quelque ressemblance avec les bras, qui ont par leur longueur & leurs fonctions, des rapports quelquefois bien éloignés, avec la forme & les fonctions du bras, dans le corps humain. Les bras d’un fauteuil, ce sont les bâtons, qui sont aux côtés, sur lesquels on appuie ses bras. On le dit aussi de l’étoffe ou de la tapisserie qui les couvre. On appelle bras, les chandeliers qu’on applique contre les murailles, qui ont la figure d’un bras. Le même se dit des enseignes d’un Maître en fait d’armes. Au bras d’Hercule, &c. Les Tourneurs disent aussi, les bras des poupées de leur tour, les Charpentiers les bras d’une chèvre, en parlant des deux pièces qui sont à côté du poinçon & qui lui servent d’arc-boutans. On dit aussi les bras d’une Croix.

On dit, en Architecture, les bras d’un bâtiment, en parlant des corps de logis qui sont à côté du grand : on les appelle aussi ailes, ou potences.

Bras, se dit aussi en parlant des choses qui se portent à bras, ou qui se remuent à force de bras. Un bar, une civière à bras. Un moulin à bras. Il a fallu monter le canon à bras, à force de bras. On appelle aussi des tours de bras, des dentelles qui se mettent au bout des manches.

Bras, se dit au figuré pour la manche qui le couvre. Elle avoit les mains crasseuses & les bras retroussés. Ablanc.

Bras, se dit aussi de la mer, fretum, & des rivières ; ramus, alveus, quand les eaux se séparent, & font un petit canal entre deux terres. L’Italie & la Sicile ne sont divisées que par un bras de mer. Le bras de mer est une partie de mer qui s’avance dans les terres, ou qui est entre deux terres : petit golfe étroit. Sinus, détroit.

Bras d’une rivière, se dit des différens canaux qu’elle forme. Une rivière, un fleuve se partage en plusieurs bras.

On appelle dans la Méditerranée le bras S. George, le détroit du Bosphore, à cause d’une Eglise construite sur ses bords, dédiée à S. George, hors de la ville de Constantinople. Quelques-uns ont donné aussi ce nom à la Propontide & à l’Hellespont. Hellesponius. Du Cange.

Bras, terme d’Horlogerie, pièce qui se met sur le principe du levier, & d’une Bascule. On appelle bras toutes les parties d’une pièce qui a un centre. Bras de levier sont les deux côtés d’une bascule : l’un est ordinairement plus grand que l’autre. Les deux côtés d’un fléau de balance sont appelés bras ; celui d’une équerre s’appelle branche.

On appelle les bras d’une scie, les deux pièces de bois auxquelles la feuille de la scie est attachée.

Bras, en termes de Marine, sont des cordages qui sont amarrés au bout de la vergue pour la tourner, ou gouverner selon le vent. On appelle bracher, ou brasseyer, faire la manœuvre de ces cordages. On dit tenir un bras ; pour dire, hâler & amarrer un des cordages. On appelle bras d’ancre, la moitié de la croisée de l’ancre. On appelle bon bras, quand on brasse au vent, en sorte que le vent ne soit pas au plus près.

Bras, en termes de Jardinage. Les Jardiniers appliquent principalement ce nom aux branches des cucurbitacées, melons, concombres, citrouilles. Ramus, brachium. On dit qu’un pied de melon pousse des bras ; qu’il fait des bras. Les bras de nos melons sont déjà fort grands, fort longs. Les bons melons viennent sur les bon bras, & il n’en vient point sur les méchans bras ; par exemple, sur ceux qui sont trop veules ; ou sur ceux qui venant des oreilles sont trop matériels, larges & épais. Il faut entièrement les ôter. La Quint. Lig.

On appelle aussi bras, les nageoires d’une baleine.

Bras, signifie figurément, Puissance : & se dit premièrement de Dieu. Le bras du Tout-puissant. Le bras qui lance le tonnerre. Le bras de Dieu s’est appesanti sur ce criminel. On le dit aussi de sa miséricorde. Le recours des affligés, c’est de se jeter entre les bras de Dieu.

Bras, se dit aussi des autres Puissances, & signifie, pouvoir, autorité, bravoure, exploits militaires, &c. Les Rois ont les bras bien longs. Ce Ministre est le bras droit de ce Prince. Il ne faut point prêter son bras pour soutenir l’injustice. Tout plie sous les efforts de son bras.

Si ces fiers ennemis refusent cette grace,
Qu’ils doivent regarder comme un supreme bien,
Le Ciel, pour mieux punir leur criminelle audace,
Ne se servira pas d’autre bras que du sien. Scuderi.

Bras, se dit figurément en ces phrases. Son Médecin l’a retiré d’entre les bras de la mort ; pour dire, l’a tiré d’une très-dangereuse maladie. Il l’a reçu entre ses bras ; pour dire, il lui a donné sa protection. Il l’a reçu à bras ouverts ; pour dire, il lui a fait un grand accueil. Il lui a tendu les bras ; pour dire, il lui a facilité les moyens de faire ce qu’il désiroit. Il étoit le bras droit du Cardinal ; c’est-à-dire, le Cardinal se servoit de lui en toutes choses. Prêter son bras à quelqu’un, c’est le servir dans quelque entreprise. On dit aussi d’un Rapporteur qui a fait tout ce qu’il a pû contre une partie, qu’il lui a rompu bras & jambes. On dit, qu’un Ministre a toutes les affaires d’un Etat sur les bras ; pour dire, que c’est lui qui a la charge de toutes les affaires. On dit qu’un Capitaine avoit toute l’armée ennemie sur les bras ; pour dire, qu’il avoit à résister à toute une armée. On dit qu’un homme a six enfans sur les bras ; pour dire, qu’il a le soin de les faire subsister. On se console aisément quand on n’a sur les bras que ceux qui se sont déclarés contre le bien. Abb. d. l. Tr. On dit aussi, qu’un homme n’a que ses bras ; pour dire, qu’il ne vit que de son travail, qu’il n’a ni bien, ni revenu. Faire quelque chose haut les bras ; pour dire, faire quelque chose d’autorité.

Bras raccourci. Terme d’Escrime. Pousser à bras raccourci, c’est rapprocher son poignet du corps avant que d’allonger la botte. Motu reciproco petere, ictu reciproco ferire.

Bras séculier. Terme de droit, se dit de la puissance temporelle & laïque, de l’autorité du Juge séculier, à laquelle on est obligé d’avoir recours pour l’exécution des sentences du Juge d’Eglise. Profanæ jurisdictionis potestas, robur, auxilium. L’Eglise ne verse point de sang : & quand un Prêtre est criminel, on l’abandonne au bras séculier. On implore le bras séculier. Le Concile d’Antioche, tenu en 341, ordonne d’avoir recours au bras séculier, pour réprimer ceux qui ne veulent point obéir à l’Eglise ; & il appelle puissance du dehors, ou puissance extérieure, ce que nous appelons bras séculier. On trouve dans le Pontifical Romain, & dans les Rituels Pontificaux de plusieurs Eglises particulière, la manière de livrer un Clerc au bras séculier : où il faut remarquer que l’Eglise ne pouvant retenir un Clerc que les Juges Laïcs répétent pour le punir de ses crimes, elle prie qu’on use de douceur à l’égard de ce malheureux, & qu’on épargne sa vie. Cette cérémonie de livrer un Clerc au bras séculier ne se pratique guère en France, où les Juges Laïcs sont en possession de faire le procès à tous les criminels, Ecclésiastiques ou Laïcs.

On dit figurément en ce sens, qu’on a abandonné quelque chose au bras séculier ; pour dire, qu’on l’a abandonnée aux valets, ou à des gens qui la consomment, qui la détruisent.

Bras. On dit figurément d’un Juge, d’un arbitre, ou de toute autre personne qui retranche à quelqu’un beaucoup de ses droits, de ses prétentions, qu’il coupe bras & jambes. Acad. Fr.

Bras, se dit proverbialement en ces phrases. Il l’a reçu bras dessus, bras dessous ; pour dire, il lui a fait bien des caresses. Il l’a traité de Monsieur gros comme le bras ; pour dire, il lui a fait le plus d’honneur qu’il a pû. On dit aussi, si on lui en donne un doigt, il en prend long comme le bras ; pour dire, il étend la liberté, la permission qu’on lui donne. On dit aussi à celui qui craint d’en attaquer un autre, il n’a que deux bras non plus que vous. On dit, qu’un homme demeure les bras croisés, quand il est oisif, quand il voit travailler les autres sans rien faire ; & qu’il a les bras rompus, quand il ne veut point travailler. L’Espagnol a dit agréablement en ce sens, Adineros pagados branços que brantados. Il faut baisser le bras dont on voudroit que la main fût coupée ; pour dire, qu’il faut faire bonne mine & des complimens à gens qu’on hait & qu’on voudroit qui fussent morts.

A tour de bras, adv. De toute sa force. Il lui a donné un coup de poing à tour de bras. Un soufflet à tour de bras.

L’Ordre du bras armé. C’est un ordre militaire des Rois du Dannemark. Il florissoit sous Christien IV, dans la suite il fut uni à celui de l’Eléphant, & l’on en attache l’écu au côté de l’Eléphant dans les armoiries de ce dernier Ordre.

BRASER. v. a. Souder le fer, en joindre deux pièces ensemble avec de la poudre d’épingle, de laiton, & du borax, de la roche & du verre pilé, & faire fondre le tout dans un brasier ardent. Ferruminare. C’est par cette manière de soudure qu’on met des pièces à des canons de pistolet qui sont crevés, qu’on fait des cadenats, & qu’on racommode d’autres ouvrages. Elle est différente de la manière ordinaire des Maréchaux, de souder le fer en appliquant les deux bouts ensemble bien chauffés & bien battus.

BRASIDAS. s. m. Un des plus fameux & des plus braves Chefs des Lacédémoniens. Les habitans d’Amphipolis lui éleverent au milieu de leur ville un superbe tombeau, & établirent en son honneur des fêtes appelées Brasidées.

BRASIDÉES. s. f. pl. Fêtes établies en l’honneur de Brasidas, Général des Lacédémoniens, dont les belles actions dans les batailles données à Méthone, à Pyle, & à Amphipolis, étoient célébrées à Sparte par des sacrifices & par des jeux, auxquels personne ne pouvoit disputer le prix, à moins qu’il ne fût citoyen. Pausanias, in Lacon. Thucydide, L, V.

BRASIER. s. m. Feu de charbons ardens. Ardentes prunæ.

Brasier, est aussi un vaisseau de métal large & plat, où l’on met de la braise pour échauffer une chambre. Chez les Grands il y a d’amples brasiers d’argent.Focus. Elle eut le plus gros lot, qui étoit un brasier d’argent. Bussi.

Brasier, se dit figurément de ce qui est fort chaud. Cet homme a une violente fiévre, son corps est un brasier ardent. Ardens focus. Nos cœurs doivent être des brasiers ardens de l’amour divin. Il se dit aussi d’une flamme amoureuse.

Il porte dans le sein
Un brasier qui n’a point de fin. Voit.

Brasier, en termes de Boulangers, c’est une manière de petite huche où les Boulangers mettent de la braise, quand elle est étouffée. Les Boulangers ne sont pas d’accord sur ce mot ; il y en a plusieurs qui disent braisier.

BRASIL. Voyez Brésil.

BRASILIEN, ENNE. s. m. & f. Brasilus, a. Quoiqu’on dise Brésil, ainsi que nous le marquerons en son lieu ; il y en a qui disent Brasilien, & non pas Brésiliens, pour signifier un homme du Brésil, habitant du Brésil, sauvage du Brésil. Les Brasiliens ont une tradition obscure du déluge. Les Brasiliens croient l’immortalité de nos ames ; qu’elles vivent encore après leur séparation des corps ; que les unes sont alors changées en démons, & que les autres sont transportées dans les campagnes agréables, où elles jouissent de plaisirs continuels. Jean de Lery, dans l’Histoire de son voyage du Brésil, dit Brésilien.

BRASILLER. v. a. Faire griller un peu de temps sur de la braise. Faire brasiller des pêches. Il n’a guère d’usage que dans cette phrase, où il est neutre.

Brasillé, ée, part. Des pêches brasillées.

☞ En parlant de la lumière que l’on voit sortir de la mer pendant la nuit, on dit neutralement que la mer brasille le long des flancs d’un navire.

☞ BRASLAW, Braslavca. Ville de Pologne, dans la Lithuanie, au Palatinat de Wilna, capitale du Palatinat.

☞ BRASQUE. s. f. Mêlange d’argille & de charbon pilé, dont on enduit l’intérieur des fourneaux des Fonderies.

BRASSAGE. s. f. Terme de Monnoyeur, qui se dit de la manufacture des Monnoie. Le brassage est la peine de l’ouvrier, dont la plus grande est celle de bien remuer avec les bras l’or & l’argent en grenaille, qui est dans des sacs, quand il y en a de différente valeur, pour en faire un mélange fort égal, & avoir la monnoie au titre qu’on desire. Brachiorum labor. Dans le droit de brassage est compris le droit du Maître, du monnoyeur & du Tailleur de la monnoie, qui s’appellent particulièrement ouvrage, monnoyage & ferrage. Ainsi Boizard, Tr. des Mon. P. I, C. 9, le définit : Le pouvoir accordé par le Roi au Maître des monnoies de prendre sur chaque marc d’or, d’argent, ou de billon, ouvré en espèces, une certaine somme modique, de laquelle somme le Maître de chaque monnoie retient environ la moitié pour le déchet de la fonte, pour le charbon, & pour les autres frais ordinaires. L’autre moitié est distribuée aux Officiers des monnoies, & aux Ouvriers qui ont contribué de leur ministère à la fabrication des espèces. Les vieux titres appellent le droit de Brassage, en latin Brazeagium. Le droit de brassage pour l’or est de trois livres par marc, & celui de l’argent de dix-huit sols. Bouteroue dit, pag. 7, que les frais de la fabrication sont ce que l’on nomme Brassage.

☞ BRASSARD, BRASSART ou BRASSAR. Le premier est le plus usité. Les Vocabulistes copiant fidellement l’Académie, disent que c’est la partie de l’armure d’un homme de guerre, servant à lui couvrir le bras. Cela est vrai ; mais mal dit. On ne dit point l’armure, mais les armes d’un homme de guerre, en parlant en général de ce qui lui sert dans le combat : armure ne se dit qu’en détail. Armure de tête, armure de cuisse, armure de bras. Voyez Armure. Ainsi il faut dire que le Brassard est non pas une partie de l’armure, mais simplement est l’armure du bras d’un Gendarme, d’un homme de guerre. Brachiale. L’ancienne Gendarmerie portoit des brassards. L’infanterie suisse porte encore des brassards ; ce sont seulement les piquiers. Pour armes défensives, au lieu de jacques de maille, dont on s’étoit servi long-temps, les cavaliers prirent vers l’an 1300 une cuirasse, des brassards, des cuissards, des jambières & des gantelets. Le Gendre.

Brassard, est aussi un instrument de cuir, long environ d’un pied : il est rond & creux, afin qu’on puisse y passer le bras : on s’en sert en jouant au balon pour le pousser avec plus de force, & pour ne se point blesser, ce qui arriveroit, si en poussant on rencontroit l’ouverture du balon, où il y a un morceau de bois avec une soupape. Brachiale lusorium, coriaceum.

☞ On se sert aussi dans les Verreries de brassards faits de vieux chapeaux, dont on se couvre le bras droit jusqu’au coude, afin de pouvoir soutenir le manche des pelles, quand il est trop chaud.

☞ BRASSAW, ou BRASSOW. Chez les Allemands Cronstadt. Patrovissa. Ville de Transilvanie, avec Evêché, sur la frontière de la Valachie, dans le Burchland.

BRASSE. s. f. Mesure qui contient la longueur des deux bras étendus, avec le travers du corps ; ce qui fait à-peu-près la longueur de six pieds de Roi. Senorum pedum mensura, orgya. En plusieurs lieux, comme à Florence, à Bergame, à Lucques, la brasse est une mesure de longueur, dont on se sert pour les étoffes. Il ne se dit guère sur terre que d’une brasse de corde. ☞ Elle est différente dans les différentes villes d’Italie où cette mesure est en usage.

☞ On se sert encore de la brasse pour mesurer la profondeur des mers & des rivières, quand on jette la sonde. La brasse des vaisseaux de guerre est de six pieds ; celle des vaisseaux marchands, de cinq pieds & demi ; celle des barques & bâtimens destinés à la pêche, de cinq pieds. Grande, moyenne & petite brasse. Il y avoit en ce port douze brasses d’eau. Ce vaisseau tire deux brasses d’eau. On dit aussi, du pain de brasse ; pour dire, un pain très-gros, pesant vingt ou trente livres.

On dit aussi au figuré. Il est cent brasses au-dessus de lui. Longo illum intervallo superat : c’est-à-dire, il est bien supérieur à lui, soit pour le savoir, soit pour le crédit, &c. Il est cent brasses au-dessous de lui ; pour dire, il est beaucoup inférieur. Cela n’est bon que dans le style familier.

BRASSÉE. s. f. Charge de quelque chose qu’on peut porter entre ses bras. Quantùm ferri potest ambabus uinis. Brassée de fagots, de foin, de paille, &c. Emporter à brassée.

BRASSELET. Voyez Bracelet.

☞ BRASSER. v. a. Remuer avec ses bras, à force de bras, plusieurs choses, afin qu’elles s’incorporent les unes avec les autres. Subigere subigendo, agitando permiscere. Brassez bien toutes ces matières.

Brasser la bière, c’ est la faire. Il faut pour cela remuer, agiter fortement la liqueur pour la mêler avec l’orge, le houblon & les autres ingrédiens dont elle est composée.

Brasser à la monnoie, c’est remuer le métal quand il est en fusion dans le creuset, quand il a acquis le degré de fluidité. L’or ne se brasse par de même que l’argent. Voyez Brassoir.

☞ On dit aussi brasser dans les Papeteries. Voyez Papier, Papeterie.

Brasser. Terme de Tanneur. C’est remuer les cuirs & les retourner dans une cuve remplie d’eau & de tan pour les rougir.

Ménage dérive ce mot de braxare, qu’on a dit pour brasiare, qui signifie proprement brasser de la bière, qu’il dit avoir été formé de brasium, signifiant bière. Du Cange dit que brace, brasium, & bracium, signifioient une espèce de blé dont on faisoit la bière, d’où sont venus les mots de brasse, brassin & brasserie, qu’il dit avoir été appelée bracina, brascina, brachinum, braxatorium & brasseria, dans la basse latinité. Mais il y a plus d’apprence que ce mot vient simplement de bras ; parce qu’encore en plusieurs lieux on nomme Brassier, un manœuvre, un homme qui vit du travail de ses bras. Le Pere Thomassin aime mieux remonter jusqu’à la langue grecque, & chercher brasser dans βράζω, ferveo, ebullio, parce qu’on se sert de feu pour faire de la bière.

En Normandie on appelle brasser, la manière d’exprimer le jus des pommes & des poires. Pour brasser ces sortes de fruits destinés à faire du cidre ou du poiré, on les fait écraser dans le tour du pressoir avec une meule qu’un cheval fait tourner autour. Quand ces fruits sont bien écrasés, on en prend le marc, on le met sur un tablier en le stratifiant avec du gleu ou du glui, jusqu’à une élévation d’environ trois pieds ; puis par le moyen de l’arbre du pressoir & de sa vis, on presse ce marc de façon qu’on en exprime tout le jus, qui tombe du tablier où est le marc, dans le cuvier nomme Bellon ; d’où on le prend pour le mettre dans les tonneaux. C’est-là que la liqueur bout, fermente & devient potable.

Brasser, se dit aussi particulièrement en matière de pêche, de ceux qui agitent & troublent l’eau avec des bouilles, ou bouloirs, pour faire donner le poisson dans les trubles, étiquettes, ou autres filets que le Pêcheur a tendus.

En termes de Marine, Brasser, c’est se servir de bras, ou manœuvres, avec lesquelles on gouverne les vergues. On dit, Brasser à faire servir ; c’est brasser les vergues, ensorte que le vent donne dans les voiles. Brasser à contre ; c’est brasser le bras du vent, afin que le vent donne dans les voiles. Brasser au vent ; c’est brasser les vergues du côté opposé à celui du vent. Brasser les vergues ; c’est en maniant les bras, mettre les vergues horisontalement de l’avant à l’arrière. Brasser les voiles sur le mat, c’est hâler les bras du vent, ensorte que le vent se mette sur les voiles, au lieu d’être dedans ; c’est-à-dire, manœuvrer les voiles, de manière que le vent fasse le contraire de ce qu’il faudroit pour faire filler le vaisseau. ☞ On dit en commandement : brasse tribord devant, brasse bas-bord, &c.

☞ On trouve dans Montaigne, brasser un lit de plumes ; pour dire, le remuer. On le dit encore dans les Provinces, & brasser les cartes, pour les mêler.

Brasser, signifie figurément, faire quelque conspiration. ☞ Pratiquer secrettement quelque complot pour prendre ou trahir quelqu’un. Machinari, moliri. Il y a long-temps qu’ils brassoient cette trahison. Brasser quelque chose contre l’Etat. Il se dit toujours odieusement. Il n’est pas noble.

Il signifioit autrefois, procurer, fournir. Il ne se dit plus qu’en mauvaise part. Gloss. sur Marot.

Brassé, ée, part.

BRASSERIE. s. m. Lieu où l’on fait de la bière. Cervisiæ officina. Dans un placet des Moines de Fulde à Charlemagne, on trouve braciarium en ce sens, Act. SS. Ben. Sæc. IV. P. I. p. 262. Il est défendu aux Brasseurs de nourrir, ou de tenir en leurs maisons, où sont les brasseries, aucuns bœufs, vaches, porcs, oisons, ni canards, à cause de l’infection que causeroient ces animaux dans les brasseries, qui ne peuvent être tenues trop nettes. De la Mare.

BRASSET. s. f. On appelle à Meaux le Brasset ; un canal d’eau qui environne les fauxbourgs de la ville. C’est l’ancien lit de la rivière de Marne. Hist. de l’Egl. de Meaux, Tom. I. p. 3.

BRASSEUR. s. m. Celui qui fait & qui vend de la bière en gros. Cervisiarius. Les Brasseurs s’appeloient autrefois Cervoisiers. L’histoire des Evêques de Verdun, qu’on trouve dans le Spicilége de Dom Luc d’Achery, appelle les Brasseurs, bracentes.

BRASSEUSE. s. f. Femme de Brasseur.

☞ BRASSEYAGE. s. m. Terme de Marine. C’est la partie qui avoisine le milieu des vergues. On entend par brasseyage ce qui est compris entre les haubans. Le brasseyage est facile quand la vergue ne touche pas les haubans sous le vent, sans être orientée au plus près.

BRASSICOURT, BRACHICOUR substantivement. Terme de Manége, qui se dit d’un cheval qui a naturellement les jambes courbés en arc, à la différence des chevaux arqués, qui les ont courbées par la force du travail.

BRASSIÈRES. s. f. pl. Chemisette, espèce de petite camisole de femme qui sert à couvrir les bras & le haut du corps. Brachiala.

On dit proverbialement, qu’une personne est en brassières ; pour dire, qu’elle est contrainte, qu’elle n’a pas la libre disposition d’agir, de faire ce qu’elle voudroit.

☞ BRASSIEUX. Gros Bourg de France, dans la Sologne, au bord du Beuvron.

BRASSIN. s. m. Est un vaisseau où les Brasseurs font leurs bières. C’est aussi la quantité de bière contenue dans la cuve. Ce mot signifioit autrefois, Affaire.

Soit Philosophe ou Médecin,
Il n’entend rien en tel brassin.

BRASSOIR. s. m. Terme de monnoie. Espèce de canne de terre cuite avec laquelle on brasse l’or en bain. Rudicula. A l’égard de l’argent & du billon, on se sert d’un brassoir de fer, à cause qu’il n’y a pas le même inconvénient qu’à l’or, qui s’aigriroit avec un brassoir de fer ; & de plus, le fer, par son hétérogénéité, feroit pétiller l’or, ce qui causeroit des déchets.

BRATHITE, ou SABINITE. s. f. Pierre figurée. C’est une espèce de la Dendrite. Elle imite les feuilles de la Sabine. Brathites.

☞ BRAVA. Ville d’Afrique, en Ethiopie, au Zanguebar, sur la côte d’Ajan, dans un petit Etat indépendant. C’est aussi le nom de la plus méridionale des Îles du Cap Vert, connue par ses bons vins.

BRAVACHE. s. m. Fanfaron sur le fait de la valeur, faux brave. Traso. Ce mot est un peu vieux, & ne peut entrer que dans le discours comique & burlesque.

BRAVACHERIE. s. f. Bravade, menace fière & insolente, fanfaronade. Cotgrave seul. Frivola jactantia. Il n’y a ni rodomontade d’Espagne, ni bravacherie Napolitaine, ni mutinerie Walonne, ni Fort d’Antonia, ni du Temple ou Citadelle dont on nous menace, qui nous puisse empêcher de desirer & demander la paix. Sat. Men. t. 1, p. 176.

BRAVADE. s. m. Menace d’un fanfaron, ☞ action de braver quelqu’un par ses actions, par ses paroles ou par ses manières. Ferocio insultatio. Ceux qui font le plus de bravades, sont bien souvent les plus poltrons. Voilà où se sont terminées toutes ses bravades. Voit. Fabius étoit trop prudent pour prendre les bravades d’Annibal pour autant d’affronts. S. Evr.

Les bravades enfin sont des discours frivoles,
Et qui songe aux effets, néglige les paroles. Corn

Bravade, s. f. est aussi le nom d’une fête instituée en 1256, par Charles d’Anjou, à son retour de la Terre-Sainte, & qui se fait à Aix en Provence. Celui qui a abattu l’oiseau est déclaré Roi par les Magistrats, il se choisit un Lieutenant & un Enseigne, qui lévent chacun une compagnie ; & la veille de la fête de S. Jean-Baptiste, ils se rendent dans la place de la ville, où le Parlement & les autres Corps se trouvent aussi pour allumer le feu, & cela s’appelle la Bravade ; peut-être parce qu’ils sont braves, c’est-à-dire, vêtus magnifiquement, ou plutôt parce que cette fête fut établie pour entretenir les habitans dans l’exercice de la guerre, & les rendre braves.

☞ BRAUBACH, Brocubachium, ou brubachium, petite ville d’Allemagne, sur le Rhin, dans la Wétéravie.

BRAVE. adj. m. & f. & s. Excellent en sa profession. Eximius, insignis, egregius. On dit un brave homme, un brave soldat, brave cavalier, qui fait toutes choses d’une manière noble & honnête. Il l’a fait en brave homme, & le doit soutenir. Corn. Cette qualité ne doit être attribuée qu’à un homme d’épée, & Balzac s’est mocqué d’un Prédicateur qui avoit appelé sainte Paule, cette brave veuve. On ne laisse pas de dire dans le discours familier, vous êtes une brave femme.

Brave, en termes de guerre ; signifie ☞ celui qui a de la bravoure, c’est-à-dire, cette fermeté d’ame qui ne connoît pas la peur : qui court au danger de bonne grace, & préfere l’honneur au soin de sa vie. Præstantis animi vir, bellicâ laude clarus. On dit absolument, c’est un brave : les vrais beaux esprits sont de l’humeur des vrais braves, qui ne parlent jamais de ce qu’ils font. Bouch. Si les Braves n’avoient pas la passion de la gloire, ils demeureroient paisiblement confondus avec les lâches. M. Scud. Faisons tant que nous voudrons les braves, la mort est la fin qui aatend la plus belle vie du monde. Pasc. Un faux brave tourne les yeux de tous côtés pour voir si on le regarde. S. Evr. On est brave par férocité, aussi-bien que par la vertu. Flech. Un homme brave par tempérament seul, ne fera autre chose que de n’être pas poltron ; & ce n’est que par ambition qu’il cherche à se signaler. M. Scud.

Il est de faux dévots, comme il est de faux braves. Mol.

Ce mot vient de bravium qui signifie le prix de la victoire.

Brave, se prend en mauvaise part, & se dit d’un bretteur, d’un assassin, d’un homme qu’on emploie à toutes sortes de méchantes actions. Sicarius. Cette courtisane a plusieurs braves qui la protegent.

Brave, signifie aussi une personne bien parée, bien vêtue. Insigni ornatu comptus, cultus. Les bourgeois ne sont braves que les Fêtes & Dimanches. Ce mot est un peu bas en ce sens. Mén.

On dit ironiquement d’un fanfaron, qu’il est brave jusqu’au dégaîner. Acad. Fr.

On dit proverbialement, qu’un homme est brave comme César ; qu’il est brave comme l’épée qu’il porte ; pour dire, qu’il est fort vaillant : qu’il est brave comme un bourreau qui fait ses Pâques ; pour dire, qu’il n’a pas coutume d’être si bien vêtu. Ce proverbe vient de ce que les bourreaux étoient autrefois obligés de porter des habits chargés de quelque marque de leur infamie, comme d’une échelle & d’une potence, pour les distinguer des autres personnes ; & il leur étoit permis de les quitter quand ils faisoient leurs Pâques, pour la révérence de la fête, auquel jours ils s’habilloient des plus beaux habits qu’ils vouloient. On dit aussi, brave comme un lapin. On dit aussi, mon brave, absolument comme on dit, mon cher, &c. A brave, brave & demi ; pour dire que si un homme est brave, on lui en opposera un autre encore plus brave que lui, ou lorsque quelque bravache s’est fait battre.

BRAVEMENT. adj. D’une manière brave, courageusement, honnêtement. Fortiter, egregiè. Il lui a répondu bravement & sans crainte.

BRAVER. v. a. ☞ Traiter quelqu’un avec hauteur, le regarder avec mépris, l’insulter. Insultare. Un homme de cœur souffre difficilement qu’on le brave.

Tu me brave, Cinna, tu fais le magnagnime, Com.

☞ Il se prend très-souvent au figuré. Braver la mort, les périls, la fortune, les mépriser, ne les point craindre. Lacessere, despicere, contemnere. La satire brave l’orgueil & fait pâlier le vice. Boil. La raison ne brave pas toujours la puissance suprême de l’amour. Vill. Il est bien plus aisé de se guinder sur de grands sentimens, & de braver la fortune en vers, que d’entrer comme il faut dans le ridicule des hommes. Mol.

Fui, traître, & ne viens point braver ici ma haine,
Et tenter un courroux que je retiens à peine. Rac.

Vous triomphez, cruelle, & bravez ma douleur. Id.

☞ La Princesse ne bravoit point la mort avec fierté, contente de l’envisager sans émotion, de la recevoir sans trouble. Boss.

☞ On trouve ce mot dans Montagne, pour signifier action de valeur.

Bravé, ée, part. & adj. Lacessitus, contemptus.

BRAVERIE. s. f. Dépense en habits ; inclination, penchant à se vêtir richement & proprement. Manière affectée de se vêtir ainsi. Cultus, ornatus. Cet homme a dépensé tout son bien en braveries inutiles. Il est familier. On trouve ce mot dans Montagne pour signifier action de valeur.

BRAULS, s. m. pl. Toiles des Indes rayées de bleu & de blanc. On les nomme autrement Turbans, parce qu’elles servent à couvrir cette sorte d’habillement de tête, particuliérement sur les côtes d’Afrique.

☞ BRAVOURE. s. f. magnanimitas, animi magnitudo, fortitudo. C’est une fermeté d’ame qui ne connoit pas la peur, elle court au danger de bonne grace & préfère l’honneur au soin de la vie. La bravoure fait qu’on s’expose. Il ne faut pas que la bravoure se pique de paroître mal-à-propos. M. l’Abbé Girard. Ce qui distingue la véritable bravoure de la brutalité, c’est qu’elle a la gloire pour objet. Log.

☞ Le courage, est cette vigueur nécessaire à l’ame pour exécuter des actions vertueuses qui, par les obstacles qu’il faut braver, seroient impraticables à des cœurs pusillanimes.

☞ La force, est la noblesse des sentimens qui éleve l’ame au dessus des craintes vulgaire, & lui fait braver, quand il est besoin, le danger, la douleur & l’adversité.

☞ La grandeur d’ame, est ce sentiment noble qui nous montrant le vrai beau, nous y fait tendre avec empressement.

☞ La fermeté, est la résolution constante d’un homme sensé qui persiste dans un dessein qu’il sçait être juste & utile, malgré les oppositions qu’il rencontre, ou les travaux qu’il lui en coûte. L’honneur, la vertu, l’amour du bien public, inspirent la fermeté. L’Intrépidité est une sorte de fermeté, mais éprouvée par la présence du danger, des peines & des souffrances, elle caractérise plus particulièrement le héros.

☞ Le cœur soutient dans l’action ; le courage fait avancer ; la valeur fait exécuter ; la bravoure fait qu’on s’expose ; l’intrépidité fait qu’on se sacrifie.

Il signifie quelquefois, les actions de valeur. En ce sens il n’a d’usage qu’au pluriel. On attribue aux héros de roman des bravoures merveilleuses. Fatiguer le monde du récit de ses bravoures.

BRAURON. s. m. Bourgade de l’Attique, où la statue de Diane, apportée de la Tauride par Iphigénie, fut transportée & déposée dans un Temple qui y fut bâti par Oreste. On y célébroit tous les ans la fête de la délivrance d’Oreste & d’Iphigénie. On appliquoit légèrement une épée nue sur la tête d’une victime humaine ; quelques gouttes de sang répandues en l’honneur de Diane, y tenoient lieu de sacrifice. Iphigénie fut Prêtresse de ce Temple, & après sa mort y reçut les honneurs divins.

BRAURONIES. s. f. pl. Fêtes de Diane, surnommée Brauronie, de Brauron, Bourgade de l’Attique, où se voyoit cette célébre statue de la Déesse apportée de la Scythie-Taurique par Iphigénie, & qui y demeura jusqu’au temps de la seconde guerre Persique, durant laquelle Xercès la fit enlever Brauronia. (Pausan. in Attic & Arcad. Pollux, l. 8 c. 9.) Ces fêtes étoient données une fois tous les cinq ans par les Décemvirs surnommés Ἱεροποιοὶ, c’est-à-dire, Intendans des choses sacrées. Hésychius dit qu’on y immoloit une chévre, & que l’on y chantoit l’Iliade d’Homère. L’Ornement de la solemnité étoient plusieurs vierges depuis l’âge de cinq ans jusqu’à dix, habillées de robes de couleur de safran. (Κροκωτὸν) Voici, selon Suidas, l’origine de cer usage. Dans un bourg de l’Attique étoit un ours si apprivoisé, qu’il mangeoit familiérement avec tout le monde, & badinoit sans faire le moindre mal à personne ; mais une jeune fille ayant un jour voulu badiner avec lui d’une manière un peu trop familière, & contraire aux loix de la nature, l’ours se jeta sur elle & la mit en pièces. Ses freres vengèrent sa mort sur le meurtrier. Cette vengeance fut suivie d’une peste horrible qui désola toute l’Attique. Pour en faire cesser les tristes effets, on abandonna à Diane, suivant la réponse d’un Oracle, plusieurs jeunes filles, pour appaiser la colère que lui avoit causé la mort de son ours, & l’on fit une loi qui défendoit à aucune fille de se marier, sans avoir servi de Prêtresse à la Déesse. Harpocration & Hésychius nous apprennent que ces jeunes filles étoient appelées Ἄρϰτοι, ursæ ; & l’initiation Ἀρϰτεία, qu’Aristophane nomme Δεϰετείς, à cause qu’il ne falloit pas avoir plus de dix ans, pour être mise au nombre des filles consacrées à Diane.

BRAY. s. m. Vieux mot, qui signifioit autrefois, fange, boue. Lutum ; & dans la basse latinité, Braïum. C’est de-là que le nom de Bray a été donné à tant de lieux en France. Le pays de Bray, Braïum, petit pays en Normandie, très-mauvais & très-fangeux dans le temps de pluie. Il est situé entre le pays de Caux, le Comté d’Eu, le Vexin Normand, le Vexin François, & les Diocèses d’Amiens & de Beauvais. Voyez la Descript. Géogr. & Hist. de la Haute-Norm. Tom. I. pag. 52. Le Livre des miracles de S. Bernard parle du château de Bray, ce qui signifie, dit-il, boue, fange. Castrum Braïum, quod lutum interpretatur. C’est Bray sur Seine dans le Sénonois. Dans la Chronique du Monastère de S. Pierre le Vif dans le Sénonois, il est appelé Braïcus, & il est dit qu’il est dans des lieux marécageux ; Munitiunculam in pago Senonico, super Secanam fluvium, quæ Braïcus dicitur, in locis palustribus. C’est-de-là encore que l’on dit Bray, sur Somme, Braïum ad Summam ; la forêt de Bray, Silva Braïensis ; la Ferté en Bray, Firmitas in Braïo ; Houdane en Bray, Hosdencum ; Ville en Bray, villa in Braïo ; la tour de Bray, Turris in Braïo ; Piseux en Bray, Puteoli in Braïo ; Onesnbray, Ontium in Braïo ; Bray Comte-Robert ; Braïum Comitis Roberto, que l’on prononce communément Bri-Comte-Robert.

On a dit aussi Brahic, ou Braic, Breïcum, Braïacum, Braïcum, Brahicum, & quelquefois Brajotum. De-là viennent encore Vibraye, Follenbray, Savigni sur Braye, & cent autres lieux. Strada dit que quelques Auteurs croient que Bruxelles a été ainsi nommée, parce que cette ville est dans un lieu boueux & marécageux. Enfin, M. de Valois prétend que c’est de-là que viennent les noms de brouet, bouage, & boue. Voyez cet Auteur dans sa Notice des Gaules, p 94 & 95, d’où tout ceci est pris. Voyez Brayeux. Peut-être que bray est un mot celtique, qui vient de ברא, gras ; les terres grasses sont plus brayeuses, ou fangeuses que les autres.

Bray, ou Bré, selon Ménage, s. m. on dit mieux Bray ou Brai. Terme de Marine, est une composition de gomme, de resine & d’autres matières gluantes, qui font un corps dur, sec & noirâtre, qui sert à calfater & remplir les jointures des planches du bordage d’un vaisseau. Navalis uncturæ cera. On en fait aussi avec de la poix liquide mêlée avec de l’huile de poisson. Il y a du bray sec & du bray gras : le bray gras a plus d’humeur, & est plus visqueux. Le bray liquide est une liqueur grasse & claire qui découle du tronc des vieux pins. Les Suédois & les Norvégiens les incisent, & ensuite coupent l’écorce de l’arbre, d’où il découle du galipot noir, qu’on appelle aussi tarc, & c’est le bray : quand ce tarc, qui est comme la graisse de l’arbre, est tout découlé, l’arbre meurt. Le bray sec, qu’on appelle aussi arcançon, est du galipot ou suc de pin, qu’on a fait cuire jusqu’à ce qu’il soit presque brûlé. Pomet. ☞ On entend encore par ce mot bray, l’escourgeon & l’orge broyés pour la bière.

BRAYE. Voyez Braie.

BRAYE, (la) rivière de France, qui a sa source dans la petite Perche, près de S. Bomert, reçoit plusieurs ruisseaux, passe à Vibraye dans le Maine, & se perd dans le Loir.

BRAYEMENT. Voyez Braiement.

BRAYER. s. m. Bandage fait d’acier, ☞ ou d’autre matière semblable, pour contenir les parties auxquelles il y a des hernies, ou ruptures. Subligar, subligaculum, herniæ vinculum, ou Fascia inguinalis. Il y a aux Grands Augustins une fondation pour distribuer charitablement des brayers aux pauvres qui en ont besoin. ☞ Il y a des brayers pour les hémorroïdes, pour la chûte du fondement de la matrice, pour la hernier du nombril.

Quelques-uns dérivent brayer de brak, mot de Lombardie, qui signifie rupture. Mais du Cange le dérive à brachis, ou braccis, parce qu’il se met sous les braies. Il l’appelle bracheriolum en latin. Dans la vie de S. Justine, Act. SS. Mart. T. II. p. 244. on trouve ce mot que les Bollandistes dérivent de brak, nom Lombard, qui signifie rupture. De-là s’est fait braker, bandage, d’où l’on a fait bracheriolum diminutif. Dans le même ouvrage, April. T. II. p. 828, cet instrument est appelé brachirolus, du même mot bracchæ, ainsi qu’il s’écrit quelquefois. Et Maii, T. V. p. 190, on trouve bracrium, fait apparemment de bracerium, ou bracherium ; & bracale, Junii, T. III. p. 661.

Brayer, est aussi un terme de Balancier ; & il se dit du petit morceau de fer qui passe dans les trous qui sont au bas de la chasse du trébuchet & des balances, & qui sert à la tenir en état.

Brayer, est aussi un morceau de cuir, large de deux à trois doigts, au bout duquel il y a une espèce de sachet de cuir, où l’on met le bâton de la bannière quand on la porte.

☞ On appelle aussi brayer un bandage fait de gros cuir garni d’une boucle & de son ardillon qui sert à soutenir le battant d’une cloche.

Brayers, en termes de Maçonnerie, se dit des cordages qui servent à élever le bourriquet, ou petit bat, avec lequel on porte le moilon, & le mortier au haut des plus grands édifices.

Brayer, en termes de Fauconnerie, signifie le cul de l’oiseau. Anus. Une marque de la bonté d’un oiseau de proie, c’est quand il a le brayer net, & lorsqu’il lui tombe bien bas le long de la queue, & qu’à l’entour il est bien émaillé de taches noires ou rousses.

Brayer. v. a. Terme de Marine. Espalmer, ou calfater un vaisseau, y appliquer du bray bouillant, du gaudron & du suif pour remplir les jointures de son bordage. Navem incerare.

BRAYETTE. s. f. Ce mot n’est guère en usage que dans les Provinces. C’est la fente de devant d’un haut de chausse. Subligaris anterior lingula, Braccarum pars anterior. Il y a peu de temps qu’on disoit braguette. On les voit encore peintes dans les tableaux du siècle passé. Comment Panurge désista de porter sa magnifique braguette. Rab. On dit figurément qu’un homme est chaud de la brayette ; pour dire, qu’il est ardent après les femmes.

BRAYEUX, EUSE. Vieux mot, qui signifioit autrefois boueux, fangeux, pein de bray ou de boue. Lutosus, cœnosus. Il passa parmi la ville, où il y avoit caves & sources moult brayeuses. Monstrelet, C. 221.

BRAYMAL. Pays de France en Normandie.

☞ BRAYOIRE. s. f. On appelle ainsi dans quelques Provinces, l’instrument qui sert à donner au chanvre la première façon, & à commencer à séparer la filasse de la chevenotte. En Normandie, on dit brie, en Bretagne, braye & brayer.

BRAYON. s. m. Terme de Chasse, qui se dit de ce qui sert à prendre les bêtes puantes qui ruinent les garennes.

Brayon, se dit aussi chez les Imprimeurs, de ce qui sert à broyer l’encre avec le noir.

☞ BRAZER. Voyez Braser.

BRE.

BRÉANT. s. m. Petit oiseau qu’on nourrit en cage à cause de son chant. Anthus. Il a le bec court & assez gros. Il est d’un vert brun avec quelques marques jaunes sur l’extrémité des gros tuyaux de ses aîles ; ses jambes & ses pieds sont d’un rouge presque couleur de chair.

BEAUNE. s. f. C’est une sorte de toile de lin, blanche & assez claire, qui se fabrique en Normandie, particulièrement à Baumont & à Bernai. Il y en a de différentes qualités : les unes fines, les autres moyennes, & les autres plus grosses qui s’emploient ordinairement à faire des rideaux de fenêtre. On ne laisse pas cependant de s’en servir quelquefois à faire des chemises & autre sorte de lingerie.

BRÉBIAGE. s. m. Dans la basse latinité. Bebriagium, tributum ex berbicibus. C’est un tribut qu’on levoit sur les brebis. Il en est parlé dans une charte de Philippe le Long. Item, il a esdites fermes brebiage de tiers en tiers an.

BREBIETTE. s. f. Vieux diminutif. Petite brebis. Ovicula.

BREBIS. s. f. Animal à quatre pieds, couvert de laine ; la femelle du bélier, & qui porte les agneaux. Ovis. Mener un troupeau de brebis. Elle vit neuf ou dix ans. Il y a dans le Pérou une sorte de brebis, tant sauvages que domestiques, qui approchent de la forme d’un chameau, à la réserve qu’elles sont sans bosse. Elles sont plus grandes que les brebis de l’Europe, & hautes le plus souvent d’une aune d’Espagne. Elles ont le cou long & rond, & la lèvre d’en-haut fendue. Les privées sont d’ordinaire blanches, ou noires, & quelquefois de couleur cendrée. Les sauvages sont rougeâtres ou fauves, & couvertes d’une laine longue, légère, luisante, & qui est beaucoup plus chère que celle des autres. On en fait un certain drap dont le lustre approche fort de celui du camelot. Leur chair est plus séche que celle de nos brebis. Elles courent d’une grande vîtesse ; sur-tout les sauvages. En Ethiopie les brebis n’ont point de toison. Celles de Turquie ont une queue longue & épaisse. Les brebis du Pérou & celles de S. Laurent portent à chaque fois trois ou quatre petits. Hist. des Incas, & Pyrard. L’on trouve dans toute la Chine des troupeaux de brebis par miliers, qui portent, comme en Tartarie & en Perse, de longues queues ; dont quelques-unes pesent 40 livres & plus. Ambass. des Holl. à la Chine, P. II. p. 92. Au Royaume d’Issiny en Guinée, les brebis portent régulièrement deux agneaux de cinq mois en cinq mois. Ce qui plaît dans la vie champêtre, c’est l’idée de tranquillité attaché à la vie de ceux qui prennent soin des brebis & des chèvres. Fonten. On voit Ajax essayer sa fureur sur une innocente brebis, qui semble jeter un accent plaintif pour implorer l’assistance des spectateurs. Vill.

alors pour se couvrir durant l’âpre saison,
Il fallut aux brebis dérober leur toison. Boil.

Heureux qui vit en paix du lait de ses brebis,
Et qui de leur toison voit filer ses habits. Racan.

Ces animaux étoient en vénération à Saïs en Egypte, apparemment à cause de leur utilité.

Ménage dérive ce mot de berbix, dont les Latins se sont servis en même signification, qu’il dit venir de vervex. Il allègue aussi qu’on a dit berbix, berbigale & berbicarius, d’où sont venus bercail & berger. Dans la vie de S. Gudwal, Evêque en Angleterre, on lit brebix, & non berbix, surquoi le P. Henschenius remarque, Act. SS. Junii, T. I. p. 746, que c’est la seule fois qu’il a trouvé ce mot, qui méritoit bien d’être dans Du Cange ; que cependant il faut qu’il ait été autrefois en usage, puisqu’il est resté dans la langue françoise. On le voit aussi dans les Loix Saliques, tit. 4, & Chifflet l’interpréte vervex. En françois, il a changé de genre, & ne signifie proprement que les femelles. On dit cependant quelquefois brebis en général, & pour l’espèce ; & un troupeau de brebis, quoiqu’il y ait des mâles, comme on dit mouton en général, & un troupeau de moutons, quoiqu’il y ait des femelles, & même en plus grand nombre.

Brebis, se dit figurément des Chrétiens qui sont sous un même Pasteur, ou sous le Chef de l’Eglise. Jésus-Christ dit à S. Pierre, paissez mes brebis. On le dit aussi de ceux qui sont sous le gouvernement spirituel d’un Curé, d’un Prélat. Combien de brebis errantes & dispersées, qu’un Pasteur soigneux & vigilant auroit ramenées dans le bercail, ont été malheureusement dévorées par le loup ! Fl. Dieu vous traite comme se brebis favorites, à qui le souverain Pasteur a réservé ses plus fertiles pâturages. Id.

Brebis, se dit proverbialement en ces phrases. Brebis comptées, le loup les mange ; pour dire, que ce n’est pas assez d’avoir compté son bien, son argent ; il faut encore avoir le soin de le bien garder. On dit aussi, quand on se fait brebis, le loup vous mange ; pour dire, que ceux qui sont trop endurans, qui ne savent pas se défendre, sont sujets à essuyer beaucoup d’oppressions & de violences, & qu’il ne faut point avoir trop de douceur & de condescendance. A brebis tondue Dieu lui mesure le vent ; pour dire, que Dieu ne nous envoie pas plus de mal que nous n’en pouvons porter. Faire un repas de brebis, quand on mange beaucoup sans boire. On appelle aussi, une brebis galeuse qu’il faut séparer du troupeau, une personne dont la compagnie est dangereuse. On a dit autrefois, brebis rogneuse fait souvent les autres teigneuses.

Morbida sola pecus inficit omne pecus.

Cela signifie que les défauts se communiquent aisément. On dit encore, brebis qui bêle, perd sa goulée ; pour dire, que quand on parle beaucoup, on perd le temps d’agir. Et cela se dit particulièrement de ceux qui parlent tant à table, qu’ils perdent le temps de manger. Quand brebis enragent, elles sont pires que loups ; pour dire, que les gens doux sont les plus terribles quand ils sont en colère.

BRÈCHE. s. f. Ouverture faite à quelque partie d’une clôture, soit qu’elle se fasse par violence, soit par caducité. Muri ruina, pars dejecta. Il faut réparer les brèches de ce parc pour conserver le gibier.

Ce mot vient de l’allemand brechen, qui signifie rompre, dont on a fait ébrécher. Le tout est venu de brix, ancien mot gaulois qui s’est dit dans le même sens.

Brèche, en termes de guerre, se dit de cette ouverture qu’on fait aux murailles d’une ville assiégée, par mine, sappe, ou coups de canon, pour ensuite monter à l’assaut. On dit qu’une batterie voit en brèche, quand elle la découvre de telle sorte qu’on puisse tirer dessus pour la défendre ou l’attaquer ; que le canon bat en brèche.

☞ Battre en brèche ; monter à la brèche. Voyez Battre, Batterie, & Monter.

Brèche, s’est dit poëtiquement des larges blessures.

Il mourut tout couvert & de sang & de flèches,
Et son ame sortit par plus de mille brèches.

Scuder
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Brèche, se dit des diminutions ou ruptures qui se font à plusieurs choses. Ce goinfre a fait une grande brèche à ce pâté. Dans une traduction de la Batrachomyomachie, le rat dit qu’il sait

Faire brèche au fromage, & d’une adresse extrême,
Sans tomber dans le lait, en enlever la crême.

Il a fait deux ou trois brèches à mon couteau.

Brèche, se dit figurément, du tort, du dommage qui est fait à quelque chose, de la diminution d’un bien qui doit être conservé tout entier. Labes, macula, detrimentum. Il n’y a rien de si délicat que la réputation, il est aisé d’y faire brèche. Cette déclaration a fait brèche, a donné atteinte


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