L’Encyclopédie/1re édition/INFUSION

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Briasson, David l’aîné, Le Breton, Durand (Tome 8p. 740-741).

INFUSION, (Chimie & Pharmacie.) espece d’extraction, d’application d’un menstrue à une matiere dont on se propose de séparer une substance particuliere soluble dans ce menstrue, d’une autre substance insoluble par le même menstrue. Voyez Extraction, Chimie. Le caractere particulier de l’infusion est déterminé par le degré de chaleur, qui est inférieur dans cette operation au degré bouillant d’un menstrue employé, mais qui est dû à un feu artificiel. Voyez Feu, Chimie. Le menstrue bouillant employé au même but, tout étant d’ailleurs égal, fait prendre à l’extraction opérée à ce degré de feu, le nom de décoction ; & le menstrue à froid (voyez Feu & Froid, Chimie.), celui de macération. Lorsque la chaleur artificielle mise en œuvre pour l’infusion, est celle des rayons directs du soleil, l’infusion s’appelle communément insolation. Voyez Décoction, Macération & Insolation. L’infusion long-tems continuée, s’appelle aussi digestion. Voyez Digestion, Chimie.

Les sujets de l’infusion sont toujours des corps concrets ou consistans, & presque toujours de l’ordre des tissus ou corps organisés, dont le squelette, la base, donne par sa nature peu de prise aux menstrues ordinaires, & sur-tout lorsque ces menstrues ne sont animés que par un foible degré de feu ; en sorte que les sucs végétaux & animaux, leurs matieres non organiques, telles que les gommes, les extraits proprement dits, la partie aromatique, le corps doux, les résines, la lymphe, la graisse se peuvent passer aisément dans ces menstrues, sans que les solides, le corps des fibres végétales ou animales, soient même superficiellement entamés. Ce corps fibreux, ce tissu, qui étant même absolument épuisé par les décoctions, n’a rien perdu de sa forme, de sa structure naturelle, & que les infusions les plus réitérées ne peuvent qu’imparfaitement dépouiller de la matiere soluble par le menstrue appliqué ; ce tissu, dis-je, s’appelle, après qu’il a essuyé l’infusion, résidu, & plus communément marc. Voyez Marc, Chim. Pharm.

On peut employer à l’infusion tous les menstrues connus dans l’art. Un acide minéral versé sans mesure sur une argile colorée, dans le dessein d’en séparer les parties métalliques d’où cette couleur dépend, & tenu long-tems sur cette argile à un léger degré de feu artificiel, est alors l’agent d’une véritable infusion ; mais l’usage ordinaire borne l’usage de ce mot pour désigner l’application de l’eau, de l’huile, & des liqueurs vineuses aux végétaux & aux animaux, & même l’infusion par les esprits ardens, s’appelle plus ordinairement teinture. Voyez Teinture.

On appelle quelquefois infusion la dissolution légere d’une substance entierement soluble par le menstrue appliqué, & qui n’est bornée que parce qu’on n’employe pas une quantité proportionnelle de menstrue, ou qu’on ne l’applique pas pendant assez longtems : c’est ainsi qu’on dit que le vin émétique se prépare, en faisant infuser du verre d’antimoine dans du vin, ou du vin dans une tasse de régule d’antimoine ; mais ce n’est que très-improprement qu’on appelle cette opération une infusion, puisque le résidu ou marc est parfaitement semblable, identique à la partie, ou pour mieux dire, à la portion dissoute.

L’infusion n’a d’autres regles de manuel que les regles très-générales de l’application des menstrues ; savoir, de disposer les corps à leur abord, en les divisant, s’ils ne le sont naturellement, par une des opérations préparatoires communes (voyez Opérations de chimie.) à opérer dans un vaisseau convenable tant pour la forme que pour la matiere ; à connoître d’après les découvertes précédentes, ou par le tatonnement, si le degré de chaleur propre à l’infusion est suffisant ou excessif pour le sujet qu’on y expose ; par exemple, si l’infusion peut faire du bon bouillon (voyez Feu, Chimie.), ou si elle ne retire pas d’une racine extractive & muqueuse, telle que celle de réglisse ou de grande consoude, l’extrait dont on n’a que faire, tandis que la macération ou l’infusion au feu le plus doux, n’eût emporté que le corps doux, &c.

L’usage des infusions n’est presque que pharmaceutique.

On emploie à la préparation d’un remede l’infusion, l’application d’un menstrue animé d’un foible degré de chaleur, toutes les fois qu’un degré plus fort, celui de l’ébullition dissiperoit des parties qu’on se propose de retenir, ou que la macération seroit insuffisante pour extraire d’une drogue assez de parties medicamenteuses ; & on la rejette toutes les fois qu’elle est inutile, c’est-à-dire que la décoction toujours plus efficace & plus prompte, ne doit dissiper aucun principe utile, ou qu’elle est insuffisante. Ce sont-là les uniques motifs qui déterminent le choix entre la décoction, l’infusion & la macération.

Les animaux qui ne contiennent que peu ou point de parties volatiles médicamenteuses, & dont les différens matériaux sont peu solubles par les menstrues aqueux ou huileux foiblement échauffés, sont presqu’absolument exclus de la classe des sujets de l’infusion. Les infusions ou teintures de castor, de musc, de civette, sont des infusions improprement dites, sont de vraies dissolutions. Voyez le commencement de cet article.

Les végétaux aromatiques dont on veut faire passer dans l’eau la partie aromatique & un léger extrait, ou la matiere colorante, ou enfin une partie très mobile, quoiqu’inodore, telles que les feuilles de mélisse, les fleurs de violette, d’œillet, le séné, &c. doivent se traiter par l’infusion ; & c’est aussi par cette voie qu’on procede à ces extractions, soit qu’on destine les liqueurs qu’on obtient par ce moyen à des potions ou à des syrops. Quelques substances végétales, aromatiques, dont l’odeur est forte & le parfum abondant, telles que la fleur d’orange & l’excellent thé, soutiennent fort bien une légere décoction, & même fournissent à ce degré de feu, une liqueur plus agréablement parfumée que celle qu’on obtiendroit par l’infusion ; mais communément cependant les substances végétales, aromatiques, ne doivent pas être exposées à la décoction.

Les fleurs, feuilles & racines des plantes qui portent des fleurs en croix, dont Tournefort a fait une classe, & qui sont plus ou moins chargées d’un esprit alkali-volatil, ou d’un principe très-analogue, aussi bien que celles qui, comme l’oignon, l’ail, la capucine, &c. sont pourvues d’un principe vif-âcre, très-volatil, jusqu’à-présent indéfini ; ces substances, dis-je, devroient, selon la même regle, n’être traitées que par l’infusion toutes les fois qu’on leur appliqueroit un menstrue étranger ; mais soit parce qu’elles portent ce menstrue en elles-mêmes (car elles sont la plupart très-succulentes), soit parce qu’elles sont très-sujettes à subir un mouvement intestin qui les altere promptement, lorsqu’on les expose long-tems à une chaleur légere, soit enfin parce que le menstrue non-bouillant ne se chargeroit que très foiblement d’une partie extractive qu’on se propose d’en retirer, aussi bien que le principe volatil ; pour ces raisons, dis-je, on ne prépare communément ces plantes pour l’usage médicinal, que sous la forme de suc, comme le suc de cochléaria, de cresson, d’oignon, ou sous celle de décoction, qu’on nomme aussi bouillon dans ce cas, bouillon de navet, de chou rouge, &ct.

On préfere aussi l’infusion à la décoction, pour ménager un principe volatil dans le menstrue employé. C’est dans cette vûe que les vins & les vinaigres médicamenteux se préparent par infusion. Voyez Vin & Vinaigre.

Les infusions pharmaceutiques s’exécutent par toutes les différentes especes de feux légers (voyez Feu, Chimie.), au bain-marie, sur les cendres chaudes, au soleil, &c. & c’est encore une espece d’infusion que l’effusion de l’eau bouillante sur une matiere placée dans un vaisseau froid, sur laquelle on ne laisse séjourner ce menstrue que quelques instans ; on appelle cette espece d’infusion théiforme, c’est-à-dire semblable à celle qu’on emploie communément à préparer le thé.

Nous n’avons parlé jusqu’à-présent que de remedes internes préparés par infusion. On n’emploie presqu’absolument à ces infusions proprement dites que l’eau, le vinaigre ou le vin : nous avons déja observé que celles où on employoit les esprits ardens, s’appelloient teintures.

On prépare aussi par infusion plusieurs remedes externes, principalement des collyres, tel que le vin imprégné de l’extrait & de la partie aromatique des roses rouges, & des huiles appellées par infusion. Voyez l’article Huile.

Les sujets des infusions sont ou simples ou composés. Les dernieres sur-tout pour l’usage interne sont appellées especes. Les poudres grossieres appellées trageæ, sont sous une forme très-propre à donner leur vertu par l’infusion.

Le menstrue s’applique ou immédiatemnt au sujet de l’infusion, ou on enferme ce sujet dans un petit sac ou dans un nouet.

Nous n’avons pris jusqu’à-présent le mot infusion, que pour désigner une opération chimique, l’action de faire infuser ; & ce mot est également en usage pour exprimer la liqueur préparée par infusion : il répond dans ce dernier sens, au mot latin infusum ; ainsi on dit fort bien boire ou prendre une infusion de capillaire, &c. (b)