L’Encyclopédie/1re édition/MOULIN

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MOULINS, s. m. Il y en a de plusieurs sortes. Ce sont des machines dont on se sert pour pulvériser différentes matieres, mais principalement pour convertir les grains en farine. Les uns sont mus par le courant de l’eau, d’autres par l’action du vent : c’est de ces derniers dont il va être premierement traité dans cet article. La description que nous donnons de cette très-ingénieuse & très-utile machine est en partie de M. de la Hire, & se trouve à la fin du traité de Charpenterie de Mathurin Jousse. C’est, comme on verra, un devis exact de toutes les pieces qui composent le moulin-à-vent ; nous y avons ajouté plusieurs remarques nécessaires, & refait entierement les figures qui dans le livre cité se sont trouvées très mal faites, & peu conformes au discours, commençant cette description par les aîles, comme fait l’auteur cité.

Les aîles (Pl. I. II. III.) qui tournent, suivant l’ordre des lettres LMNO, ont 8 piés de large ; elles sont composées de deux volans, 84, 84 qui ont chacun 40 piés sur 12 à 13 pouces de gros, & qui passent au travers de la tête de l’arbre tournant, où on les arrête avec des coins.

Aux quatre bouts des deux volans, on assemble avec des frettes de fer les antes 85, qui ont 21 piés de long, y compris les joints sur les volans qui sont de 7 à 8 pouces : pour faire ces antes on prend du bois sec qui ait 21 piés de long & 10 pouces de gros ; on le refend en deux, ce qui fait deux antes.

Les lattes 87 ont 8 piés de long sur 2 pouces de gros, & sont au nombre de 29 à chaque aîle ; la distance des unes aux autres est d’un pié : la premiere est éloignée du centre de l’arbre de 4 piés 6 pouces.

Chaque aîle a 34 piés de long.

On met à chaque aîle quatre cotrets 86 pour entretenir les lattes ; ils ont chacun 15 piés de long, 2 pouces de large & 1 pouce d’épaisseur. Les volans sont perpendiculaires à l’axe, & l’inclinaison du plan de chaque aîle est de 54°. ou 60°.

Il faut 220 aunes de toile pour habiller un moulin. Cette toile est un gros coutil qui a la largeur de la moitié d’une des aîles.

Au deuxieme étage. Le rouet H est fait de quatre pieces de bois 57, qu’on appelle chanteaux, de 9 piés de long, 26 pouces de large & 5 pouces d’épais assemblés quarrément, & dont le bord extérieur est circulaire. Quand les chanteaux n’ont pas 26 pouces de large, on y met des goussets 59, qui sont quatre pieces de bois triangulaires qu’on assemble avec les chanteaux dans les quatre angles qu’ils sont, ce qui rend le dedans du rouet octogone. On applique sur la partie du rouet qui regarde la lanterne K, quatre ou cinq paremens 58 qui sont de même circonférence que les chanteaux, & qui font tout le tour de la roue. Ils n’ont que la moitié de la largeur des chanteaux, & ont 4 pouces d’épais : ils y sont fixés avec 20 boulons de fer à tête & à vis.

Les chanteaux & les paremens se font ordinairement de bois d’orme.

Le rouet a 9 piés de diametre de dehors en dehors, & a sur son bord 48 aluchons de bois de cornier, nefflier ou alisier, d’environ 15 pouces de long, y compris les queues, sur 3 à 4 pouces de gros. Ils sont plantés perpendiculairement sur le plan du rouet par le moyen de leur queue quarrée qui traverse les chanteaux & les paremens. La queue est elle-même retenue par une cheville qui la traverse.

Le frein 65 est un morceau de bois d’orme de 32 piés de long, 6 pouces de large, d’épaisseur, appliqué sur l’épaisseur dans toute sa circonférence. Il est attaché par un de ses bouts à une des hautes pannes 46 par le moyen du hardeau, qui est une corde attachée au bout du frein par un boulon de fer qui le traverse, & ensuite lié à une des hautes pannes ; & par l’autre bout il est attaché à un bout d’une piece de bois 34 assez mince appellée l’épée de la bascule du frein, qui passe dans la chambre de dessus, où l’autre bout entre dans une mortaise dans laquelle il est mobile sur un boulon de fer. Cette mortaise est faite dans une piece de bois 33 de 15 piés de long sur 8 pouces de hauteur & 4 pouces d’épaisseur, appellée la bascule du frein, dont un des bouts entre dans une mortaise faite dans un des poteaux corniers, où il est mobile sur un boulon de fer qui est le point d’appui du levier éloigné de la mortaise où entre l’épée de 2 piés. Il faut remarquer que la bascule du frein est disposée de maniere que par son seul poids elle arrête le moulin, & qu’il faut la lever pour lâcher le frein, & laisser tourner le moulin ; ce qu’on fait du pié du moulin par le moyen d’une corde qui est attachée au porte-poulie 35 du frein. Cette corde passe sur la poulie qui est à l’extrémité de la bascule, passe ensuite sur une autre poulie dont elle descend par un trou qui est à côté du moulin, & va jusqu’au bas.

L’arbre tournant 56 a 18 piés de long sur 20 pouces de gros. Il porte les volans & le rouet ; on y pratique deux grandes mortaises dans lesquelles entrent les deux pieces 61 appellées embrasures, qui font la croisée du rouet. Ces pieces ont neuf piés de long, 12 pouces de large & 5 pouces d’épaisseur. Le reste du vuide de ces mortaises est rempli avec des coins de 9 pouces de long sur 3 & 6 pouces de gros.

L’arbre tournant a deux collets ; celui d’en haut est éloigné du flanc du rouet d’un demi-pié, & a 19 pouces de diametre : il est garni de 16 allumelles qui sont de bandes de fer attachées suivant sa longueur, & encastrées de toute leur épaisseur dans le bois. Il pose sur un morceau de marbre 50 de 15 pouces en quarré, de 9 pouces d’épais, attaché par une agraffe de fer sur une piece de bois 48 de 15 pouces de gros, appellée le jeu, & emmortaisée dans les hautes pannes, au milieu duquel il est placé. On met ordinairement une frete de lien de fer entre le collet & le rouet. Il y a à chaque côté du collet de l’arbre une piece de bois 55 appellée luon, de 3 piés de long sur 4 & 6 pouces de gros, emmortaisée par un bout dans le jeu, & par l’autre dans un petit entrait qui est au-dessus : ils servent à maintenir l’arbre, & empêchent qu’il ne sorte de dessus le marbre où il est posé.

Envi on 8 piés loin du plan du rouet, en fait à l’arbre tournant le collet d’embas de 7 à 8 pouces de gros & de 13 pouces de long, garni de 4 allumelles de fer, & posant moitié dans une concavité faite au palier du petit collet : ce palier 51 a 12 piés de long sur 12 pouces de gros, & est emmortaisé dans les hautes pannes. On applique sur ce palier, à l’endroit où pose le collet, une semelle 52 de 2 piés de long sur 6 pouces d’épaisseur & 12 pouces de large, avec une concavité pour y loger l’autre moitié du collet de l’arbre.

Environ à 14 pouces loin du palier du petit collet, en est un autre 53 qu’on nomme le palier de heurtoir, de même longueur & grosseur que le premier, & emmortaisé dans les hautes pannes : on l’appelle ainsi parce qu’il porte dans son milieu une semelle enchassée en queue d’aronde, à laquelle est fixé le heurtoir 54 fait de nefflier, de 4 pouces de gros sur 6 à 7 pouces de long : c’est contre ce heurtoir que vient s’appuyer le bout de l’arbre tournant, coupé perpendiculairement, & garni d’une plaque de fer.

Il faut remarquer que l’arbre tournant est incliné à l’horison vers le moulin d’un angle d’environ 10°. cette inclinaison sait que les aîles prennent mieux le vent.

Il faut encore observer que les deux paliers dont nous venons de parler, & celui du gros fer, peuvent s’avancer ou reculer quand on veut, parce que les mortaises dans lesquelles entrent leurs tenons, sont fort longues : on les remplit d’un côté ou d’autre de morceaux de bois appellés clés, aussi épais que les tenons, & d’une longueur convenable

La lanterne K est composée de deux pieces circulaires 62, appellées tourtes, dont la supérieure a 22 pouces de diametre, & l’inférieure 23 pouces sur chacune 4 pouces d’épaisseur. Elles sont percées chacune de dix trous pour y mettre les dix fuseaux, qui ont 15 à 16 pouces de long, l’épaisseur des tourtes comprise, sur 24 pouces de diametre. On met dans la lanterne un morceau de bois qu’en appelle tourteau, qui entretient les tourtes, au moyen de quatre boulons de fer qui passent au-travers de ces quatre pieces, & sont arrêtées par dessus avec des clavettes. Il faut que le milieu de la lanterne soit placé dans la ligne à plomb qui passe par le centre de l’arbre tournant.

Le gros fer b terminé en fourchette, de 3 pouces sur 4 pouces de gros & 7 piés de long, passe au-travers des tourtes & du tourteau qui y sont arrêtés ferme, il est perpendiculaire à l’axe de l’arbre tournant, & se meut par le bout supérieur dans la piece 49 qu’on appelle le palier du gros fer, qui a 1 pié de gros, & s’emmortaise dans les hautes pannes, & par le bout inférieur terminé en fourchette, il prend l’x de fer ou anil (fig. 8. Pl. V.) qui est scellé dans la partie de dessous de la meule supérieure, laquelle est percée d’un trou assez grand au milieu ; cet x a un trou quarré au milieu, dans lequel entre un des bouts du petit fer a, fig. 9. qui passe au travers de la meule inférieure, & pose sur une crapaudine ; on voit par ce moyen que la meule supérieure est soutenue en l’air sur le petit fer, & qu’elle tourne lorsque le gros fer tourne.

On appelle boite ou le boîtillon le morceau de bois au-travers duquel passe le petit fer a, & qui remplit le trou de la meule inférieure.

La trémie 72, dont les dimensions sont arbitraires, a ordinairement 4 piés en quarré sur 3 piés de profondeur ; sa figure est pyramidale : on la voit plus en grand, fig. 1. & 2. Pl. V. elle est de menuiserie aussi bien que l’auget 73, dans lequel donne sa pointe ou sommet ; l’auget CD a 3 piés de long, 15 pouces de large par le haut, & 9 pouces par le bas, qui est l’endroit où il touche le gros fer a qui est quarré, ce qui fait que lorsqu’il tourne il donne des secousses à l’auget qui panche vers le gros fer, & par ce moyen fait tomber le blé d’entre les meules, où il est ensuite écrasé. Mais comme on a besoin quelquefois de faire tomber plus ou moins de blé entre les meules, on a trouvé l’invention de le faire fort aisément. Il y a au bout de l’auget deux petites cordes C B, C E, Pl. V. fig. 1. 2. qui y sont attachées, & qui passent de telle maniere sur des morceaux de bois, que de la huche où elles vont aboutir, lorsqu’on les tire, l’une CE terre le bout de l’auget contre le gros fer, & lui fait donner des secousses plus fortes, on l’appelle le baille blé ; l’autre CB au contraire l’éloigne du gros fer, & fait donner des secousses moins fortes ; on les arrête toutes deux à côté de la trémie au point où l’on veut.

On avoit encore besoin de savoir quand il n’y avoit plus guere de blé dans la trémie sans être obligé d’y regarder, ce qu’on auroit pu oublier, ce qui pourroit causer la perte du moulin, à cause que les meules tournant sans rien entre elles pourroient faire feu & le communiquer au moulin. On a donc pendu une petite sonnette A à quelque endroit du moulin le plus commode pour qu’elle fût entendue, à laquelle on a attaché une petite corde 6, 2, qui vient s’arrêter à un petit morceau de bois 2, appliqué contre le fer du côté de la trémie, & auquel ou a arraché une petite corde 2, 1, qui entre par un trou dans la trémie à un pié environ du bas ; il y a au bout de cette corde un guenillon ou linge qui y est attaché. Il faut remarquer que la corde qui vient de la sonnette jusqu’au morceau de bois n’est point lâche ; cela étant ainsi disposé, quand on met le blé dans la trémie & qu’il est à la hauteur du trou par où passe la corde, on la tire & on l’engage dans le blé, ce qui éleve le morceau de bois 2 qui ne touche plus au gros fer ; mais quand la trémie s’est vuidée jusqu’à ce point où est le chiffon, en même tems que le guenillon échappe, le morceau de bois retombe contre le gros fer qui lui donne des secousses, & fait par ce moyen sonner la petite sonnette ; la cheville 5 porte alors sur le petit morceau de bois, le fait tourner sur lui-même, & partant tient la corde 2, 6, qui répond à la sonnette.

Au-dessus & tout au travers des meules sont placés les trumions 71 qui portent la trémie, ils ont chacun 7 piés de long sur 4 pouces de gros ; ils sont soutenus à chaque bout par un assemblage composé de deux montans de 3 piés de haut sur 2 & 3 pouces de gros, assemblés dans une des solives du plancher, & d’une traverse de 2 piés de long sur 2 & 6 pouces de gros.

Les surfaces opposées des deux meules entre lesquelles le blé est moulu, ne sont point planes. La surface de la meule inférieure est convexe, & celle de la supérieure est concave, comme le fait voir la fig. 3. Pl. V. l’une & l’autre de forme conique, mais très-peu élevées, puisque les meules ayant 6 piés de diametre, la meule de dessous qu’on appelle gissante n’a guère que neuf lignes de relief, & celle de dessus un pouce de creux ; ainsi les deux meules vont en s’approchant de plus en plus l’une de l’autre vers leur circonférence. Cette plus grande distance qui se trouve au centre, est ce qui facilite au blé qui tombe de la trémie de s’insinuer jusques sur les deux tiers du rayon des meules, & c’est où il commence à se rompre, l’intervalle des meules n’étant en cet endroit que des deux tiers ou des trois quarts de l’épaisseur d’un grain de blé. On augmente ou on diminue cet intervalle selon que l’on veut que la farine soit plus ou moins grosse en abaissant ou en élevant la trempure.

La meule tournante a assez de vîtesse si elle fait 50 ou 60 tours par minute, une plus grande vîtesse échauffe trop la farine.

Les meules ordinaires ont depuis 5 jusqu’à 7 piés de diametre sur 12, 15 ou 18 pouces d’épaisseur, & peuvent peser depuis 3000 à 4500. Si celle de 4500 fait 53 tours par minute, elle peut moudre en 24 heures 120 septiers de blé du poids de 75 livres chacun quand la meule est nouvellement piquée, & qu’elle est de bonne qualité, l’expérience faisant voir que les plus dures & les plus spongieuses sont préférables aux autres. Voyez le profil des meules, fig. 3. Pl. V.

On enferme les meules avec les archeures 66, c’est une menuiserie de 2 piés de haut sur 20 piés de pourtour environ, cela dépend de la grandeur des meules qui ont environ 6 piés de diametre ; elle se démonte en trois parties quand on veut rebattre les meules. Elle est faite de 6 toises 4 piés de courbes, qui ont 3 pouces de gros : on comprend dans ces 6 toises 4 piés les ceintres dans lesquels il y a une rainure pour y loger les trente douves ou panneaux qui font le pourtour des meules ; ces courbes sont entretenues par neuf traverses de 22 pouces de long sur 2 & 3 pouces de gros.

On met sur les archures les couverceaux qui sont quatre planches d’un pouce d’épais, dont 2 sont devant & deux derriere, & qui servent à enfermer les meules.

Au-dessus des archures & derriere la trémie ou H G, fig. 1, 2. Pl. V. est la trempure 67, qui est une piece de bois de 9 piés de long sur 6 & 4 pouces de gros, dans un des bouts de laquelle, savoir celui qui est derriere la trémie entre l’épée de fer 70 ; à 6 pouces loin de cet endroit, est le poteau debout 68 qui porte le dos d’âne sur lequel porte la trempure ; à l’autre bout est attachée une corde qui passe au-travers du plancher & va s’arrêter à côté de la huche, ou bien est chargée d’un poids ; un peu au-dessus de la trempure est une grande gouttiere de bois qui sort hors du moulin pour égoutter les eaux de la pluie qui pourroient couler le long de l’arbre tournant, & tomber sur les meules.

Au premier étage, derriere & à 6 pouces loin de l’attache B, qui a 3 toises de long sur 24 pouces de gros, & autour de laquelle tourne le moulin, est le poteau du faux sommier 28 de 6 pouces de long, 12 pouces de large, & 6 pouces d’épaisseur, emmortoisé par un bout dans le faux sommier 27, qui a 12 piés de long, sur 6 & 7 pouces de gros, & qui soutient le plancher des meules ; & par l’autre dans un doubleau qui est une des pieces qui forme le plancher du premier étage ; dans ce poteau, environ à 3 piés du faux sommier est emmortoisé par un bout à tenon & mortoise double sans être chevillé le palier 29 du petit fer ; ce palier a 6 piés de long sur 6 pouces de gros, & passe par l’autre bout sur la braie 32, laquelle a 6 piés de long sur 6 pouces de gros, & qui est enmortoisée par un bout dans son poteau 31, qui a 7 piés de haut sur 8 à 9 pouces de gros ; la braie par l’autre bout est soutenue par l’épée de fer 70 qui passe au-travers ; cette épée a 9 piés de long, 3 pouces de large, un demi pouce d’épais ; le palier est guidé du côté de la braie par une coulisse verticale pratiquée dans le poteau de remplage, qui fait partie du pan de bois derriere la braye ; un tenon pratiqué à l’extrémité du palier entre dans cette coulisse où il peut se mouvoir verticalement.

Au milieu du palier du petit fer est la souche 30, qui est un morceau de bois de 15 pouces de diametre sur 6 pouces d’épais, au milieu de laquelle est le pas ou la crapaudine dans laquelle tourne le bout intérieur du petit fer.

L’épée qui, comme nous avons dit, entre par le bout supérieur dans la trempure, & par l’inférieur dans le bout de la braye, sert de planches. Cette ouverture circulaire a le même diametre que la chausse qu’on y fait passer toute entiere, & dont l’extrémité garnie de peau & d’un cerceau est retenue par ce cerceau, qui forme un bourlet d’un diametre plus grand que celui de l’ouverture ; on étend ensuite la chausse en long dans la longueur de la huche, observant de faire entrer la baguette dans les boucles FG, ou attaches destinées à la recevoir ; on acroche ensuite les quatre extrémités des deux longues barres du chassis aux lanieres des treuils destinées à les recevoir, & qu’on aura lâchés pour cette opération ; on fait ensuite entrer l’entonnoir dans le trou pratiqué à la surface supérieure de la cage qui répond à l’anche où cet entonnoir est retenu par le bourlet dont il est garni : on dirige l’anche dans cet entonnoir ou le manche qui lui sert de prolongement, afin que la farine qui sort par-là d’entre les meules entre dans la chausse du blutoir ; on acroche aussi aux chevilles destinées à les recevoir les deux longues cordes OP qui cotoyent dans des foureaux la longueur de la chausse, & on roidit ces cordes à discrétion en faisant tourner plus ou moins les petits treuils qui tirent le chassis, & dont les étoiles sont retenues par les cliquets qui leur répondent : en cet état le blutoir est monté.

Il y a une tourte a, fig. 9. Pl. V. de 20 pouces de diametre, fretée d’une bande de fer qui est fixée sur le petit fer des meules au-dessus de la souche, & au-dessous des cartelles qui soutiennent le plancher des meules. Cette tourte est traversée par quatre chevilles de bois de cornier ou alizier, comme les fuseaux de la lanterne, ou les aluchons du rouet ; à ces chevilles répond l’extrémité K d’un bâton K L fig. 5. fixe par des coins dans un arbre ou treuil vertical MN, placé du côté de la bascule du frein dont les pivots roulent ; savoir, celui d’en bas sur une crapaudine fixée sur le second doubleau du plancher inférieur, ou sur une semelle, dont les extrémités portent sur le premier & le second doubleau, le tourillon supérieur du même axe roule dans un collet pratiqué à une des faces d’une des cartelles qui soutiennent les meules.

Le même treuil porte, comme nous avons dit, un autre bâton appellé baguette FG, qui entre dans la cage du blutoir, & va passer dans les attaches qui sont cousues sur une des longues cordes ; la tourte a qui tourne avec la meule supérieure, éloigne horisontalement quatre fois à chaque révolution l’extrémité K du bâton qui lui répond, ce qui fait tourner un peu le treuil vertical, & par conséquent la baguette qui y est fixée. Cette baguette tire donc la chausse horisontalement jusqu’à ce que la cheville qu’il répond au baton supérieur venant à échapper, l’action élastique des longues cordes qui ont été tendues hors de la direction rectiligne que la bande par les petits treuils leur a donné, ramene la baguette dans le sens opposé, ce qui fera retourner le treuil & le bâton en sens contraires, jusqu’à ce que celui-ci soit arrêté par une des chevilles de la tourte a, qui, en tournant, se présente à lui, & sur laquelle il tombe avec une force proportionnée à la tension des longues cordes.

Ces oscillations horisontales répétées quatre fois à chaque tour de meule, font que la farine mêlée au son, qui est entrée par l’entonnoir de la chausse, est promenée en long & en large dans la chausse, & qu’elle passe au-travers, comme au-travers d’un tamis, & tombe dans la huche, le son beaucoup plus gros, ne pouvant y passer, est promené en long & en large dans la chausse, en long parce que la longueur de la chausse est inclinée à l’horison, & sort enfin par l’ouverture annulaire où est le cerceau, & se répand sur le plancher ou dans les sacs destinés à le recevoir. On garnit de peau de mouton les extrémités de la chausse, parce que les parties fléchies un grand nombre de fois en sens contraire, seroient bientôt rompues, si elles étoient seulement d’étamine.

Comme ce sassement continuel éleve comme en vapeur les parties les plus fines de la farine, on a soin de clore la cage du blutoir, soit avec des planches pour le dessus, ou avec des toiles épaisses pour le tour de cette cage. Même on met un morceau de toile devant l’ouverture par laquelle sort le son, pour empêcher de ce côté la perte de la folle farine. Ce morceau de toile est seulement attaché par sa partie supérieure, & pend comme un tablier devant l’ouverture de la chausse par laquelle le son s’échappe. Ce sont les chûtes du bâton sur les chevilles qui causent le bruit que l’on entend dans les moulins lorsqu’on laisse agir le blutoir. Car, lorsqu’on ne veut pas séparer le son de la farine, on suspend l’effet du blutoir en éloignant le levier des chevilles par le moyen d’une petite corde que l’on attache à quelque partie du moulin ; on fait aussi passer la manche de l’anche dans une autre ouverture X, fig. 4. au haut de la cage de la huche, que celle qui répond à la chausse du blutoir, & la farine mêlée avec le son est reçue dans la huche.

Pour l’en retirer, il y a vers les extrémités de la huche des ouvertures DE pratiquées dans la face antérieure, & fermées par des planches mobiles dans des coulisses que l’on pousse d’un côté ou d’autre pour ouvrir ou fermer. C’est par ces ouvertures que l’on retire la farine, que l’on met dans des sacs pour la transporter où l’on juge à-propos.

La huche 37, représentée en grand, fig. 4. Pl. V. qui reçoit la farine, est de menuiserie : ses planches qui en font la fermeture ont un pouce d’épais : les quatre piés & les huit traverses sont des planches de deux pouces d’épais qui sont refendues.

On appelle l’anche 38, ou fig. 1. Pl. V. la conduite par laquelle la farine tombe dans la huche ou dans le blutoir, par le moyen de la tempure, ou trempure, qui est un levier à lever la meule supérieure ; ce qui fait moudre plus gros ou plus menu, parce que le petit fer soutient la meule supérieure ; le petit fer pose sur son palier, qui pose sur la braxe ; il sera levé si on tire la corde qui est attachée au bout de la tempure.

Le blutoir est une chausse presque cylindrique A B, fig. 4. 5. 6. Pl. V. d’étamine plus ou moins fine d’environ 8 piés de longueur, qui est placée en long dans la cage au-dessus de la huche. Cette chausse, composée de trois ou quatre lés d’étamine, est terminée par le bout B par un cerceau d’environ 18 pouces de diametre ; & de l’autre bout A, par un chassis quandrangulatre d’environ 2 piés de long sur 7 à 8 pouces de large. Ce chassis & le cerceau sont bordés de peau de mouton, longue du côte du cerceau d’environ trois pouces, & à laquelle l’étamine est réunie par une couture double. Du côté du chassis, qui est lui-même fermé par une piece de pareille peau clouée avec rivet sur le bois, est aussi une pareille bande de peau, mais plus large sur la circonférence, de laquelle la chausse est également arrêtée par une double couture. Cette bande de peau est percée à la partie supérieure d’une ouverture circulaire d’environ 3 pouces de diametre, à laquelle on ajuste un entonnoir C, aussi de peau de mouton, & terminé par un bourlet d’un pouce ou un pouce & demi de grosseur. Ce bourlet sert à retenir l’entonnoir à l’ouverture pratiquée à la face supérieure de la cage du blutoir, comme on voit, fig. 4. Cette ouverture répond à l’anche par laquelle la farine, mêlée au son, sort de dedans les archures qui renferment les meules.

Le long de la chausse & de chaque côté, depuis le milieu des traverses verticales du chassis, jusqu’aux extrémités du diametre horisontal du cerceau qui termine la chausse, s’etendent deux cordes OP de 7 à 8 lignes de diametre, qui sont renfermées dans des foureaux de peau de mouton cousus sur la longueur de la chauffe, suivant les lisieres de l’étamine. Ces cordes sont arrêtées par un nœud sur les traverses du chassis, & de l’autre bout sur quelques chevilles près de l’ouverture latérale à laquelle le cerceau de la chausse est ajusté.

Sur le milieu de la chausse, & sur le fourreau qui renferme la plus grosse de ses cordes dont on a parlé, on coud à 8 ou 10 pouces de distance l’une de l’autre, deux attaches F G, fig. 5. & 6. ou boucles de cuir de cheval, ou de peau d’anguille, dont l’ouverture soit assez grande pour recevoir l’extrémité d’un bâton FH, qu’on appelle baguette, d’un demi-pouce environ de grosseur. Ce bâton est fixé par son autre extrémité dans une mortoise pratiquée à l’arbre vertical MN, qui fait agir le blutoir.

Il y a du côté de la cage qui répond au chassis de la chausse, deux petits treuils ab, cd, horisontaux d’un pouce & demi de gros, dont les collets sont arrêtés dans des entailles pratiquées aux faces extérieures des deux poteaux corniers de la face latérale de la cage du blutoir, & où ces collets sont retenus par de petites semelles qui les recouvrent. Ces deux treuils portent chacun à leur extrémité une roue de 4 ou 5 pouces de diametre dentée en rochet, que l’on appelle étoile, à chacune desquelles répond un cliquet, par le moyen desquels on fixe ces petits treuils où l’on veut.

Chacune des quatre extrémités des longues barres du chassis de la chausse, & qui excede au-delà du travers d’environ un demi-pouce, est arrondi en façon de poulie. C’est sur ces especes de poulies que l’on fait passer des cordelettes ou des lanieres de peau d’anguille, ou de cuir, dont une des extrémités est acrochée à une entre-toise fixée aux montans de la cage, & l’autre extrémité est attachée à un des petits treuils ; savoir, les deux supérieures, qui répondent aux extrémités de la longue barre supérieure au treuil supérieur ab, & les deux autres au treuil inférieur cd.

Pour monter la chausse du blutoir dans sa cage, on fait premierement passer de dehors en dedans le chassis par l’ouverture circulaire pratiquée dans une des faces latérales de la huche fermée en cet endroit.

Tout ce que l’on vient d’expliquer ne regarde que la machine du moulin.

De la maçonnerie qui soutient la cage du moulin. On bâtit circulairement un mur de moilons d’environ un demi-pié d’épaisseur sur douze piés de haut ; l’espace en-dedans œuvre qu’il renferme est de 21 piés de diametre. On divise cette circonférence en quatre parties égales, & en bâtissant le mur, on bâtit aussi 4 gros piliers de pierre de même hauteur que le mur, mais saillans en dedans hors du mur d’environ 3 piés sur 2 piés de large.

On met à l’équerre sur ces 4 piliers élevés de même hauteur & dressés de niveau deux à deux, savoir, ceux qui sont diamétralement opposés, les solles A de 4 toises de long sur 15 à 16 pouces de gros, sur le milieu desquelles est encastrée l’attache, qui a 3 toises de long sur 2 piés de gros, & autour de laquelle tourne le moulin : aux quatre bouts des solles dans la face supérieure, on fait deux mortoises embrevées l’une après l’autre ; on en fait aussi deux, l’une au-dessus de l’autre, dans chaque face de l’attache qui est quarrée ; & dans ces mortoises sont emmortoisés huit liens OC, dont les quatre supérieurs ont 12 piés de long sur 15 à 16 pouces de gros ; & les quatre inférieurs, 9 piés de long sur 12 pouces de gros ; ils tiennent l’attache bien ferme & bien aplomb.

Sur ces liens, juste au-tour de l’attache qui est arrondie à 16 ou 20 pans, est un assemblage quarré de quatre pieces de bois 4, appellée la chaise, de 5 piés de long sur 12 pouces de gros : cet assemblage est à tenons & mortoises doubles ; mais les tenons sortent assez pour y mettre deux grosses chevilles quarrées. La partie supérieure de la chaise est arrondie cylindriquement sur l’épaisseur d’environ 4 ou 5 pouces.

Sur la chaise font posées parallelement les trattes 6, 6, de trois toises de long sur quinze à seize pouces de gros, éloignées l’une de l’autre du diametre de l’attache ; dans les deux trattes sont assemblés d’équerre à tenons & mortoises, les deux couillardes 7, 7, de trois piés de long y compris les tenons, sur quinze à seize pouces de gros : cela fait avec les trattes un quarré qui renferme l’attache.

On pose sur les trattes les huit doubleaux 8, ou solives, chacune de douze piés de long sur sept & huit pouces de gros, qui font le plancher du premier étage ; & sur les doubleaux on y met des planches d’un pouce d’épais, qui font le plancher.

Les quatre poteaux corniers 9, font les quatre poteaux qui sont dans les angles de la cage, & qui en font la hauteur ; ils ont dix-neuf piés & demi de long sur dix à onze pouces de gros ; dans les bouts de ces poteaux, qui sont plus bas que les trattes, s’assemblent trois petites soupentes 10, de quinze piés de long pour les deux, qui font la longueur du moulin, & de douze piés pour celle qui en fait la largeur du côté des ailes ; elles sont garnies chacune de trois potelets, ou entretoises 11, de trois piés de long, assemblés d’un bout dans les soupentes, & de l’autre dans les pannetes, pour ceux qui sont dans la longueur du moulin ; & pour ceux qui sont dans sa largeur, ils sont assemblés dans le dernier doubleau vers les ailes ; tant les soupentes que les potelets, ont trois à quatre pouces de gros.

Il y a une quatrieme soupente e de douze piés de long sur huit à dix pouces de gros, emmortoisée dans les deux poteaux corniers qui sont vers la queue du moulin, & qui sert à la porter, parce qu’elle est posée dessus, & de plus parce qu’il y a un boulon de fer qui est arrêté par une grosse tête qu’il a dans le premier doubleau en allant de derriere en devant, & qui passe au travers de la queue & de sa soupente, & est arrêté par-dessous avec une clavette.

La queue DD a trente-huit piés de long sur quinze pouces de gros par le bout qui est assemblé dans le couillard où elle est attachée ; elle va un peu en diminuant par l’autre bout auquel est attachée une corde avec laquelle on met le moulin au vent.

Des deux côtés de la queue sont les limons E de la montée de la longueur dont il est besoin pour aller depuis le rez-de-chaussée jusque dans le moulin, sur douze pouces de large & cinq d’épais ; ils sont posés de champ, & sont assemblés dans les deux bouts des trattes ; on les taille par dents de dix pouces de hauteur depuis le haut jusqu’en bas, pour y placer les marches, qui ont six piés de long & un pouce d’épais ; vers le milieu de la queue, est un assemblage de charpente F, appellé chevalet, qui sert à entretenir la montée avec la queue ; il est composé de deux bras 14, de huit piés de long sur quatre & six pouces de gros, appliqués aux deux côtés de la queue d’une entretoise 16, assemblée à tenons & mortoise embrevée dans les bras & posée sur la queue ; elle a de long la largeur de la queue en cet endroit, sur trois & quatre pouces de gros au dessus de l’entretoise ; sur le bout des bras est assemblé le chaperon 17, de deux piés de long sur quatre & six pouces de gros ; dans les bouts inférieurs des bras est assemblé le support 15 de la montée, qui a six prés de long sur quatre & six pouces de gros ; & pour le mieux relier avec les bras, il y a des étriers de fer qui l’embrassent par-dessous, & qui sont attachés sur les bras.

Sur le bout des trattes au haut de la montée, est placé le faux pont, de trois piés & demi de large sur huit piés de long ; les planches qui en font le plancher ont un pouce d’épais, elles portent par un bout sur les tratres, & de l’autre sur une petite sabliere de trois piés quatre pouces environ de longueur sur cinq & six pouces de gros, assemblée dans le poteau cornier, & soutenue par-dessous avec un lien de quatre piés de long sur sept & quatre pouces de gros, emmortoisé dans la sabliere & dans le bout du poteau cornier : dans les bouts des sablieres, tant de celle qui porte le faux pont que de celle qui porte la galerie, est assemblé le poteau d’angle 19 du faux pont, de huit piés de long sur quatre pouces de gros ; dans ce poteau & dans le poteau cornier, est assemblé l’appui 20 du faux pont, de trois piés de long sur quatre & trois pouces de gros ; il y a une petite guette qui est assemblée dans cet appui & dans la petite sabliere qui est dessous ; elle a trois piés quaire pouces de long, sur quatre & trois pouces de gros : Il y a encore à l’entrée du faux pont, un autre poteau égal & parallele au poteau d’angle, avec un appui qui les joint.

Sur les extrémités des doubleaux sont posées les panettes 23, de quinze piés de long sur sept à huit pouces de gros, assemblées à tenons & mortoises embrevées dans les poteaux corniers.

Le pan de bois au pourtour du premier étage, est composé de quatorze guettes 24, de huit piés de long ; de sept poteaux de remplage, y compris ceux d’huisserie de sept piés de long, & du linteau de la porte sur quatre & neuf pouces de gros, tant les uns que les autres : les guettes & les poteaux qui font dans les longues faces du moulin font assemblés dans les panettes & dans les pannes meulieres 41, & celles & ceux qui sont dans la largeur du moulin sont assemblés dans le premier & dernier doubleau, & dans les coliers 40.

Sur le bout de l’attache est posé le sommier 26, de douze piés de long sur vingt-quatre pouces de gros, dans lequel entre sen mamelon : c’est sur le sommier que le moulin tourne, & que porte une partie de sa pesanteur ; c’est ce qui fait qu’on le garnit d’une plaque de cuivre à l’endroit où il pose sur l’attache.

Derriere & parallelement au sommier, à six pouces loin, est placé le faux sommier 27, de douze piés de long sur six à sept pouces de gros ; il est emmortoisé dans deux des poteaux qui sont au pourtour du premier étage ; il soutient les bouts des quatre cartelles 36 de six piés de long, sept pouces de large, & six pouces d’épais, qui soutiennent les meules.

La montée qui va du premier étage au second, est composée de deux limons 39, de neuf piés de long sur quatre & six pouces de gros ; de dix marches faites de planches de deux piés & demi de long sur un pouce d’épais.

Explication des pieces qui sont au second & au dernier étage. Au-dessus du pan de bois du 1r. étage sont assemblés dans les poteaux corniers les deux colliers 40, de douze piés de long, l’un devant, l’autre derriere le moulin : celui du côté des volans porte les bouts des cartelles sur lesquelles les meules reposent ; celui qui est du côté de la montée porte les sept solives 22 de dix piés de long sur cinq & sept pouces de gros, qui composent le plancher du second étage ; elles sont assemblées d’un bout dans le sommier qu’elles afleurent en dessus ; & de l’autre bout, après avoir passé sur le collier, elles ont trois piés de saillie pour former la galerie : sur les solives sont attachées des planches d’un pouce d’épais qui forment le plancher ; ce plancher a deux ouvertures, l’une par laquelle on monte du premier étage au second, & l’autre par la quelle on tire le blé.

Immédiatement au-dessus du plancher du second étage, le long des côtés du moulin, sont assemblées à tenons & mortoises embrevées dans les poteaux corniers, les pannes meulieres 41, de quinze piés de long sur neuf & dix-huit pouces de gros ; elles sont posées de champ sur les deux bouts du sommier.

Près les pannes meulieres du côté des volans, est une entretoise 42, de douze piés de long sur sept à huit pouces de gros, servant de sabliere ; elle est emmortoisée dans les poteaux corniers.

Le pan de bois au pourtour de cet étage est composé de douze guettes 24, de sept piés & demi de long sur quatre & six pouces de gros, & trois poteaux de remplage ; il est assemblé pour les côtés dans les pannes meulieres & dans les hautes pannes 46, & pour le côté du volant, dans l’entretoise 42, & le collier supérieur 47, qui est au-dessous du jeu : un des poteaux, savoir celui qui est du côté des volans, a sept piés & demi de long, sur quatre & six pouces de gros ; les deux autres 25, à bossages par le haut, ont la même longueur sur huit à neuf pouces de gros.

Le pan de bois dans la face de la galerie est composé de trois sablieres, dont la premiere 45, est à la hauteur du plancher, & pose sur l’extrémité en saillie des solives ; la seconde 44 sert d’appui aux croisées de la galerie, & la troisieme f, qui est à la hauteur des hautes pannes, s’assemble en entaille avec elles ; ces trois sablieres ont chacune douze piés de long sur trois & quatre pouces de gros pour les deux inférieures, & quatre sur six pour celle qui est à la hauteur des hautes pannes : elles sont emmortoisées dans deux poteaux 43, de neuf piés de long sur cinq & six pouces de gros, qui servent de poteaux corniers à la galerie ; ils sont assemblés par le bout d’en haut dans le bout des hautes pannes, & par le bout d’en bas dans deux petites sablieres de trois piés & demi de long sur quatre & six pouces de gros, qui sont à la hauteur du plancher, & qui tiennent à tenons & mortoises dans les gros poteaux corniers ; elles soutiennent les ailes de la galerie, & ont un lien par dessous qui a quatre piés de long sur sept & quatre pouces de gros : dans les petites sablieres & dans le bout des hautes pannes, sont assemblées deux guettes, une de chaque côté ; elles ont neuf piés de long sur quatre pouces de gros ; elles font les côtés de la galerie.

Outre les trois sablieres de la face de la galerie, il y a encore 5 potelets, dont 3 qui font les fenêtres, ont piés de long, & sont éloignés les uns des autres de 2 piés ; les 2 autres qui sont sous les milieux des fenêtres ont piés de long : il y a encore 4 guettes, dont 2 qui ont piés de long, sont assemblées dans les sablieres d’appui, & à la hauteur des hautes pannes ; les 2 autres ont de long, & sont assemblées dans la face inférieure de la sabliere d’appui & dans celle qui pose sur le plancher : toutes ces pieces ont 3 sur 4 pouces de gros.

Les deux hautes pannes 46 qui servent d’entablement, ont 3 toises de long, sur 14 pouces de gros ; c’est dans ces deux pieces que sont assemblées, dans les faces latérales intérieures, les trois paliers & le jeu, & dans les faces inférieures les quatre poteaux corniers.

Il y a encore sous les hautes pannes, l’un devant l’autre derriere, deux coliers 47 de 15 piés de long, sur 8 à 9 pouces de gros, qui sont assemblés dans les poteaux corniers ; celui qui est du côté de la galerie, est soutenu par deux liens de 3 piés de long, sur 6 & 7 pouces de gros : une des fermes du comble pose dessus.

Explication du comble. Le comble est composé de trois fermes ; la premiere en commençant du côté des aîles, pose sur le jeu, & est composée de deux arbalêtriers 75, de 9 de long à-peu-près, d’un entrait de 5 piés de long, & d’un poinçon 77 de 3 à 4 piés, le tout sur 4 & 6 pouces de gros. La seconde, qui est au milieu du moulin, pose sur les hautes pannes à l’endroit où les poteaux de remplage 25 sont emmortoisés dans les hautes pannes ; ces poteaux ont un bossage par le haut, pour mieux soutenir les hautes pannes. La ferme est composée de deux arbalêtriers, d’un demi-entrait 76, & d’un poinçon qui a un lien 78 de chaque côté, qui s’emmortoise dans le faîte 79. La troisieme ferme pose sur le collier, & est composée de deux arbalêtriers, d’un poinçon & de deux entraits ; le poinçon a un lien qui prend un peu au-dessus de l’entrait, & va soutenir le chevron de la croupe, qui est au-dessus de la galerie : il y a encore à cette croupe, deux empanons qui ont 3 à 4 pouces de gros, aussi bien que le chevron de croupe. Il y a un faîte, dont la longueur est de 15 piés, sur 7 & 5 pouces de gros, & seize chevrons 80 de 12 piés de long, sur 3 & 4 pouces de gros.

Il faut pour l’étendue de la couverture 112 toises de planches appliquées sur les chevrons, elles servent de lattes pour attacher les bardeaux, qui ont 10 pouces de long & 3 pouces de large ; ils sont posés en pureau ordinaire de 4 pouces : il en faut 4500 pour toute la couverture.

Il faut aussi pour le houssage, fermeture ou clôture du moulin 127 ais à couteau : savoir 16 de 15 piés de long, 48 de 18 piés, 58 de 12 piés & 5 de 3 piés pour le devant du faux pont. Tous ces ais ont 10 pouces de large, 9 lignes d’épaisseur par le dos, & 3 par le taillant.

Explication de l’engin à tirer le blé. On monte le blé dans le second étage du moulin par le moyen d’une machine placée dans les fermes du comble, & dont voici la description.

Cette machine est composée d’un grand arbre hgq, d’environ 6 pouces de diametre, & dont la longueur est depuis le plan des dents du rouet jusque à la croupe du moulin. Cet arbre porte en h du côté du rouet, un petit hérisson qu’on appelle la machine, d’environ 2 piés de diametre, & dont les dents peuvent engrainer intérieurement dans celles du rouet, lorsqu’on souleve le colet sur lequel pose le tourillon de cet axe, ce qui se fait par la méchanique suivante.

Le collet de l’axe est porté par une piece de bois s, mobile par une de ses extrémités, sur un boulon de fer qui la traverse & un des chevrons du comble dans lequel on a pratiqué une mortaise, ce qui fait un levier du second genre ; l’autre extrémité de ce levier est portée par celle d’un autre levier smn, du premier genre, dont le point d’appui m est une petite barre de fer mk, faisant l’effet d’une chaîne par laquelle il est suspendu à quelques-uns des chevrons du comble ; l’autre extrémité de ce second levier est armée d’une corde np, qui descend à portée de la main, & que l’on peut fixer à un crochet, pour laisser tourner la machine tant qu’on en a besoin ; l’autre extrémité q de l’arbre est mobile sur un bout de chevron emmortoisé dans le chevron de la croupe & un des empanons ; la partie q 76 de cet arbre, comprise depuis cette extrémité jusqu’à l’endroit où il traverse la fermure de croupe, sert de treüil sur lequel s’enroule la corde qGr, à l’extrémité de laquelle est attachée une s de fer, par le moyen de laquelle & de la corde qui passe par l’autre treuil de cette s, on saisit le sac de blé que l’on veut monter dans le moulin. Cette corde passe sur un rouleau mobile par un bout dans un des arbalêtriers de la ferme de croupe, & de l’autre dans la sabliere de la galerie, qui est à la hauteur des hautes pannes ; ce rouleau renvoye la corde & fait qu’elle descend à plomb du centre de l’ouverture de la galerie.

Sur le même arbre, entre la fermure de croupe & celle du milieu du moulin, est un tambour g composé de différentes lattes qui traversent l’arbre & forment, avec d’autres qui leur servent d’entretoises, comme une espece de grand dévidoir, sur laquelle la corde sans fin appellée vindenne, fait plusieurs tours : cette corde descend si on veut, aussi-bien que celle du levier, dans le premier étage, la vindenne par deux trous, & celle de la bascule par un seulement, afin de pouvoir manœuvrer cette machine, soit du premier ou du second étage : lors donc que l’on veut monter un sac dans le moulin, & par le moyen du vent, on tire la corde np, de la bascule de l’hérisson, ce qui le souleve & met ses dents en prise avec celles du rouet qui le fait alors tourner ; & le treüil pratiqué à l’autre extrémité de l’arbre sur lequel la corde à laquelle le sac est suspendu, s’enroule pendant cette opération, la vindenne ou corde sans fin s’enroule d’un côté sur le tambour, & se déroule de l’autre, en sorte qu’il y a toûjours le même nombre de tours sur le tambour & en nombre suffisant pour que cette corde ne puisse pas glisser ; veut-on cesser de monter le sac, il n’y a qu’à lâcher la corde de la bascule, & le poids de l’hérisson & de ses agrêts, le faisant aussitôt descendre, dégagera ses dents de celles du rouet, il cessera de tourner : mais il faut alors saisir la vindenne, sans quoi le poids du blé contenu dans le sac, feroit promptement retrograder l’arbre de l’hérisson, ce qui feroit descendre le sac avec rapidité.

On peut aussi monter le blé dans le moulin, quoiqu’il ne fasse point de vent, il ne faut pour cela que manœuvrer l’arbre par le moyen de la vindenne, observant que les dents de l’bérisson ne soient pas en prise avec les dents du rouet. On se sert de la même machine pour redescendre la farine au bas du moulin.

De l’engin ou cabestan à virtr au vent. L’engin à virer au vent est composé d’un treuil 12, de 3 piés de haut sur 7 pouces de diametre, & dont la tête est garnie d’une frette de fer, pour l’empêcher d’éclater lorsqu’on met le levier dans l’œil pour le tourner ; d’un chaperon 13, de 2 piés de long sur 4 pouces de gros, dans lequel sont assemblées par le haut, les jambes 64, qui ont 2 piés de long sur 3 & 4 pouces de gros, elles sont aussi assemblées par le bas, dans l’essieu 60 qui a à chacune de ses extrémités une roue 63 d’un pié de diametre sur 3 pouces d’épais, pour pouvoir le mener plus facilement où l’on veut ; dans cet essieu est assemblée la semelle 2, dans un trou de laquelle tourne le pivot d’en-bas du treuil ; celle d’en-haut 3 est de deux pieces pour embrasser le collet du treuil, elles sont entretenues par le poteau du bout k, qui est lui-même arrêté dans la semelle par deux liens i. Ce poteau a 2 de haut, sur 4 à 5 pouces de gros, les liens ont 4 pouces de gros sur 1 pié de longueur. On amarre cet engin par une corde à un des poteaux 69, dont il y en a douze semblables fichés en terre dans la circonférence que l’extrémité de la queue décrit sur le terrein : au lieu de poteaux de bois on en met ordinairement de pierre.

Il y a des moulins à vent construits dans une tour de pierre, & dont la construction ne differe de ceux-ci qu’en ce que c’est seulement le comble qui tourne pour mettre les ailes au vent. Dans ces moulins l’arbre tournant, le rouet & le frein suivent le comble, & les meules, la lanterne qui les fait tourner, sont placées au centre de la tour ; le comble entier & la queue qui y est assemblée, sont portés par des roulettes qui roulent dans une rainure circulaire, pratiquée à une semelle qui recouvre la maçonnerie de la tour. Voyez cette construction représentée dans les Planches du moulin à pompe, & l’explication des mêmes Planches.

Des moulins à eau. Il y en a de plusieurs sortes, selon les lieux où ils sont placés, & le plus ou moins d’abondance d’eau pour les faire mouvoir, & le plus ou moins de vitesse de cette eau.

Celui représenté sur-la Pl. Vl. est supposé construit sur une riviere navigable, à la partie d’aval d’une arche de pont, ou entre deux piliers de maçonnerie, ou enfin entre deux palées, comme sont placées les machines hydrauliques du pont N. D. à Paris, représentées dans nos Planches de Charpente, & sur lesquelles il faut jetter les yeux, la construction de la cage des roues, &c. ayant beaucoup de rapport avec celle des mêmes parties dans le moulin dont il s’agit.

Sur les piés droits de maçonnerie ou sur les chaperons des palées on construit un plancher de poutres, solives & madriers. Ce madrier est percé de six ouvertures, par cinq desquelles descendent de longues pieces de bois, servant de chaînes assez longues pour atteindre depuis le plancher jusqu’à la surface des plus basses eaux. Ces chaînes, dont quatre suspendent le chassis EE qui porte la grande roue à aubes A, & la cinquieme qui suspend la vanne avec laquelle on ferme le coursier, sont percées de trous quarrés sur deux rangées paralleles, distans l’un de l’autre de six pouces ou environ. C’est dans ces trous que l’on fait entrez les verroux, qui fixent le chassis à une hauteur convenable, pour que les aubes inférieures soient plongées dans l’eau. & reçoivent par conséquent l’impression du courant, premier moteur de toute la machine. On éleve le chassis & la vanne par le moyen des crics, comme à la machine du pont N. D. ou avec des verins qui sont de fortes vis de bois Voyez Verin & les Planches de Charpenterie. Les crics ou les verins sont placés sur le plancher du premier étage, & les verroux posent sur leurs semelles.

La grande roue A, composée de plusieurs assemblages de charpente, porte les aubes de trois piés de hauteur, sur environ 15 piés de longueur, & aussi un rouet C, dont les aluchons, au nombre de soixante, engrenent dans les fuseaux de la grande lanterne F, qui sont au nombre de seize. L’arbre vertical de cette lanterne porte par son pivot inférieur sur le palier D, garni d’une crapaudine ; & par sa partie supérieure, traverse le moyeu G de la roue horisontale qui engrene dans la lanterne H des meules.

La partie inférieure du moyeu G de la roue horisontale est arrondie & roule entre deux moises qui ferment la sixieme ouverture qui est au plancher.

Les meules & les archures ou tonneaux qui les renferment, sont placées sur un fort assemblage de charpente, fig. 1. & 2. Pl. V. de 4 piés d’élévation, sur 6 ou 7 en quarré, formant une cage à jour, dont la face supérieure fermée par des madriers de trois pouces d’épais, posés sur des carteles ou solives de six pouces de gros, est le plancher des meules. L’hérisson G entre dans le vuide de cette cage par une des faces latérales, pour engrener avec les fuseaux de la lanterne H, enarbrée sur l’axe ou fer de la meule tournante. Ce fer porte par son pivot inférieur sur le palier qui est garni d’une crapaudine.

Le palier, dont les deux extrémités sont terminées en tenons, est emmortoisé dans les deux braies dont les mortoises sont plus longues que les tenons n’ont de largeur, & où ils sont fixés par des coins ou clés. On fait ainsi cet assemblage pour pouvoir avec facilité rectifier l’engrenage de l’hérisson avec la lanterne, en l’approchant ou l’éloignant autant qu’il est nécessaire. Les deux braies sont mobiles dans de longues rainures pratiquées aux faces intérieures opposées des poteaux corniers où elles aboutissent. Ces quatre poteaux corniers sont assemblés par leur bout inférieur dans les semelles ou patins, qui sont eux-mêmes assemblés à mi-bois. & ils sont affermis dans la situation verticale par huit liens assemblés à tenons & mortoises, embrevés dans les poteaux & dans les patins. Les poteaux corniers sont aussi réliés ensemble deux à deux par des chapeaux dont la longueur est perpendiculaire à la ligne qui joint ensemble les centres de l’hérisson & de la lanterne. Les chapeaux sont joints ensemble par deux entre-toises & les solives qui composent le fond du plancher des meules.

Du côté opposé à l’hérisson, se trouve la huche dans laquelle tombe la farine mêlée au son ; car le moulin n’a pas de blutoir.

Si on vouloit y en adapter un, il faudroit placer le treuil vertical du blutoir près d’un des angles de la cage, & le blutoir passeroit sous le plancher des meules, pour aller rencontrer quelques uns des fuseaux de la lanterne H, prolongés au-dessus d’une des tourtes qui la composent ; le reste du blutoir seroit disposé comme il a été dit ci-dessus en parlant du blutoir du moulin à vent.

La trémie L & l’auget K, disposés, par rapport aux meules, de la même maniere que dans le moulin à vent, sont supportés par le plancher supérieur auquel on monte par un escalier pratiqué dans un des angles du bâtiment. Ce plancher est percé d’une ouverture quarrée, dans laquelle est placée la trémie. Il y a aussi une autre ouverture que l’on ferme avec une trape, par laquelle & au moyen d’un engin ou treuil mû par le hérisson horisontal G, on parvient à monter les sacs de blé non moulu au second étage, pour être versé dans la trémie. Voyez les Pl. & leur explication.

Les moulins construits sur des bateaux ne different de ceux-ci qu’en ce que la roue à aubes est double, c’est-à-dire qu’il y en a deux, une à chaque bout de l’arbre horisontal qui traverse le bateau. Cet arbre a deux coliers garnis d’allumelles qui roulent sur deux semelles fixes sur les plats-bords du bateau. Il porte un hérisson dont les dents engrenent dans une lanterne fixée sur un autre arbre horisontal & parallele au premier. Cet arbre porte un rouet dont les dents conduisent la lanterne des meules. Il y a un frein autour de ce rouet, dont les extrémités sont attachées aussi-bien que la bascule qui le roidit, à la cage de charpente qui soutient les meules. Le reste comme dans celui que nous venons de décrire.

Il y a des moulins à eau d’une autre construction plus simple que la précédente ; mais ils ne peuvent être établis que dans les lieux où on a une chute d’eau de quatre ou cinq piés de hauteur au-moins. Ayant donc construit en bonne maçonnerie la cage du moulin & le contre-mur qui avec une des faces du bâtiment forme le canal ou coursier dans lequel la roue à aubes doit être placée, & dans lequel l’eau doit couler ; ce coursier est fermé par une vanne que l’on ouvre quand on veut laisser tourner le moulin. Il y a aussi dans le canal supérieur une autre vanne que celle qui répond au coursier, par laquelle on peut vuider le canal, & un déchargeoir pour laisser écouler l’eau superflue.

La roue à aubes de 15 ou 18 piés de diametre, est composée de deux cercles de charpente assemblés parallelement sur l’axe horisontal qui traverse le coursier. Sur la circonférence de cette roue formée de planches, sont fixées perpendiculairement les aubes au nombre de seize ou vingt ; le même axe porte un rouet de neuf piés de diametre, placé dans la cave du moulin. Ce même rouet qui a 48 aluchons, mene une lanterne de neuf ou dix fuseaux, fixée sur l’arbre de fer de la meule supérieure. Le pivot inférieur de cet arbre de fer tourne dans une crapaudine posée sur un palier ; le palier est supporté par une braie qui est elle-même suspendue, au moyen d’une épée de fer, à une tempure dans l’étage supérieur, dont la corde va se fixer quelque part auprès de la huche. Le bout supérieur du fer, moins gros que le reste, entre dans le trou quarré de l’X ou anil de fer scellé à la partie inférieure de la meule supérieure. Le reste de ces moulins est semblable à ceux décrits ci-dessus.

Lorsque l’eau destinée à faire tourner un moulin, n’est pas abondante, & que la chute a beaucoup de hauteur, on la conduit au-dessus de la roue par une buse ou canal de bois, dont l’entrée se ferme avec une vanne, quand on veut arrêter le moulin. La circonférence des jantes de la roue est couverte de planches, & forme un cylindre ou tambour, dont la surface sert de fond à un grand nombre d’auges composées de planches latérales qui font tout le tour de la roue, & de planches transversales comme des aubes, mais inclinées du côté de la buse, par où l’eau vient. L’eau venant à tomber au haut de la roue, dans les auges qu’on appelle pots, son choc & son poids la font tourner ; & par conséquent le reste du moulin comme celui ci-dessus.

Mais si l’eau a beaucoup de chute, & qu’elle soit en quantité suffisante, on peut construire un moulin avec encore moins de frais, comme ceux, par exemple, construits en Provence & en Dauphiné ; ils n’ont qu’une seule roue horisontale de six ou sept piés de diametre, & dont les aubes sont faites en cuillieres pour mieux recevoir le choc de l’eau qui coule dans une buse, tuyau ou canal d’un pié environ d’ouverture dirigée à la concavité des cuillieres. L’axe de cette roue, sur lequel la meule est aussi fixée, terminé en embas par un pivot, roule sur une crapaudine placée sur un sommier dont une des extrémités pose sur un seuil dans la cave du moulin ; l’autre extrémité du même sommier pose sur une braie, ou est suspendue par une épée à une tempure par le moyen de laquelle on approche ou on éloigne la meule tournante de la meule gissante. On arrête ces sortes de moulins, en interceptant le cours de l’eau par le moyen d’une vanne ou d’un clapet à bascule, que l’on peut mettre en mouvement de dedans le bâtiment même du moulin. L’eau étant arrêtée ou obligée de prendre un autre cours, le moulin cessera de tourner ; quant à celle qui vient frapper les cuillieres ou aubes de la roue qui est dans la cave du moulin, elle s’écoule par une ouverture pratiquée à une des murailles de cette cave.

On trouve au Basacle à Toulouse des moulins de cette espece, qui sont ce qu’il y a de mieux imaginé & de plus simple jusqu’à présent.

Il y a aux moulins du Basacle seize meules de front placées dans un même bâtiment en-travers de la riviere ; & comme elles sont toutes mues de même par la force du courant, il suffira d’expliquer ce qui convient à deux ou trois de ces meules.

On a construit plusieurs piles de mâçonnerie qui servent de piés droits à des arcades de trois à trois piés & demi de largeur, qui divisent le canal en seize canaux différens : les avants & arrieres becs des piles sont éloignés l’un de l’autre de cinq & demi environ. Ces arcades qui servent de coursier, & dont la fig. prem. Pl. I. représente le plan de la fondation au-dessous du radier ; la fig. 2. le plan au niveau du radier ; la fig. 3. le plan du premier étage ; la fig. 4. la coupe transversale par le milieu de la tonelle ; la fig. 5. la coupe au-devant des vannes ; la fig. 6. l’élévation du côté d’amont ; la fig. 7. la coupe longitudinale par le centre ; la fig. 8. partie supérieure, la coupe par le centre vûe du côté d’aval, & partie inférieure, la coupe par un plan antérieur du côté de la sortie du coursier ; la fig. 9. l’élévation du côté d’aval ; la fig. 10. le profil de la roue, & la fig. 11. le plan de la roue : ces deux dernieres figures sont dessinées sur une échelle double. Ces arcades, dis-je, sont fermées du côté d’amont par des vannes qui descendent dans des coulisses, & qu’on leve quand on veut laisser tourner le moulin. Le coursier va en rétrécissant jusqu’à l’endroit où il aboutit à la circonférence d’un cylindre ou tonneau de maçonnerie sans fond, dans lequel est placé une roue horisontale, dont l’axe vertical concentrique à ce cylindre, porte la meule supérieure. L’eau retenue derriere la vanne passant par le pertuis qu’elle laisse ouvert lorsqu’elle est levée, entre avec précipitation dans le coursier dirigé obliquement suivant la tangente au cylindre, & ne trouvant point pour sortir une ouverture aussi grande que celle par laquelle elle est entrée, gonfle & s’introduit avec plus de force dans le cylindre, en formant un tourbillon elle contraint la roue horisontale qui y est de tourner avec elle.

L’eau après avoir fait plusieurs tours, & frappé les aubes de la roue, s’échappe par le vuide que ces mêmes aubes laissent entre elles, sort par le fond du cylindre, & s’écoule du côté d’aval, où on a ménagé une pente.

L’essieu ou arbre de la roue, laquelle a trois piés de diametre, est terminé par un pivot tournant sur une crapaudine fixée sur un palier. Ce palier repose par une de ses extrémités sur un seuil où il est encastré de quelques pouces. L’autre extrémité de ce palier est suspendue par un poteau ou épée de bois boulonée à une braie qui est elle-même suspendue par un autre poteau ou épée retenue sur le plancher par un boulon qui la traverse, ou sur une tempure. Toutes ces pieces servent comme dans les autres moulins à élever ou à baisser la meule supérieure.

La roue à aubes intérieures de trois piés de diametre est d’une seule piece de bois de dix pouces d’épaisseur : cette piece de bois est un tronçon d’un gros arbre que l’on garnit en-haut & en-bas d’une frette ou bande de fer pour l’empêcher de fendre. On y taille les aubes que l’on incline à l’axe d’environ cinquante-quatre degrés, ou pour le mieux, l’inclinaison doit être telle que la diagonale du parallélogramme fait sur les directions horisontales circulaires de l’eau, & sur sa direction verticale y soit perpendiculaire, les côtés du parallélogramme étant proportionnels aux vîtesses. Voyez dans les Planches d’Agriculture, la représentation de ce moulin, & l’explication des mêmes Planches.

Enfin, on a inventé dans ces derniers tems d’employer le flux & le reflux de la mer à faire tourner les moulins, invention très-heureuse & très-utile attribuée à un nommé Perse, maître charpentier à Dunkerque ; il faut pour cela avoir un lieu bas d’une étendue suffisante pour contenir assez d’eau : on ferme la communication de ce lieu à la mer par une chaussée, dans le travers de laquelle on pratique trois canaux paralleles. Celui du milieu sert de coursier à la roue ; un des deux autres qui communique à la mer, & que nous appellerons canal de flot, communique par deux branches aux deux extrémités du coursier. Le troisieme canal appellé canal de jusant, communique au bassin ou réservoir, & aussi aux deux extrémités du coursier par deux branches ; le coursier est séparé des canaux par quatre vannes placées dans les branches de communication ; après que le flux monte d’une quantité suffisante, on ouvre la vanne du canal de flot qui communique au coursier du côté par où l’eau doit y entrer, & on ferme la seconde du même canal ; on ouvre aussi celle du canal de jusant, qui communique à la sortie du coursier, & on ferme l’autre du même canal en cet état, & l’étang étant supposé vuide, l’eau de la mer à marée montante, entrera par le canal de flot, & passera dans le coursier sous la roue qu’elle fera tourner, & du coursier entrera dans l’étang ; ce qui fera tourner le moulin pendant environ quatre des six heures que dure le flot. On ouvrira alors toutes les autres vannes, afin que pendant les deux heures qui restent à écouler jusqu’à la pleine mer, l’eau puisse entrer en abondance dans l’étang, & qu’elle soit au niveau de la pleine mer ; on fermera alors toutes les vannes pour retenir l’eau, jusqu’à ce que le jusant ou reflux ayant fait baisser les eaux de la mer pendant deux heures au-dessous du niveau de celles contenues dans l’étang, on ouvrira alors la vanne du canal de jusant, qui communique à l’entrée du coursier, & aussi celle qui communique de la sortie du même coursier au canal de flot ; les deux autres vannes demeurant fermées, & l’eau de l’étang passant dans le coursier, fera tourner la roue du même sens qu’auparavant, avec une vîtesse proportionnelle à la chûte que les différens niveaux de l’eau contenue dans l’étang & de la mer, pourra lui procurer, & le moulin tournera jusqu’à la basse mer, si l’eau contenue dans l’étang est suffisante, ou seulement jusqu’à ce qu’elle soit épuisée.

Une heure environ avant la basse mer, on ouvrira toutes les vannes pour laisser écouler entierement toute l’eau de l’étang à la mer, ou du-moins qu’elle se mette de niveau aux plus basses eaux, où le jusant puisse les abaisser. On refermera alors toutes les vannes, que l’on laissera fermées jusqu’à ce que le flot ayant assez élevé les eaux de la mer pour leur procurer une chûte suffisante dans l’etang, on rouvrira celle du canal de flot qui communique à l’entrée du coursier, & celle du canal de jusant, qui communique à la sortie du même coursier, les deux autres demeurant fermées, & le moulin tournera comme auparavant, & du même sens soit de flot ou de jusant.

C’est-là sans doute, ce que l’inventeur s’est proposé ; mais on peut simplifier encore cette invention, ainsi que nous allons expliquer ; mais alors le moulin tournera pendant le flot d’un certain sens, & pendant le jusant dans le sens opposé ; ce qui n’entraîne aucun inconvénient, étant facile de disposer les engrenages des roues & des lanternes pour cela : ce qui même ne peut que tendre à leur conservation. Il y aura donc un seul canal en-travers de la chaussée de l’étang. Ce canal sera fermé par deux vannes, une du côté de la mer qui sera nommée vanne de flot, & une autre du côté de l’étang appellée vanne de jusant, qui fermeront de part & d’autre le coursier. Les deux parties du canal hors les vannes, communiqueront ensemble par une branche qui sera fermée aussi par une vanne. L’étang étant supposé vuide, la mer basse, & toutes les vannes fermées, excepté celle de jusant, on attendra que le flot soit assez monté, pour que la différence des niveaux de la mer & de l’étang soit suffisante, pour que la chûte des eaux puisse faire tourner le moulin. On ouvrira alors la vanne de flot du coursier, celle de la branche de communication demeurant fermée, & l’eau de la mer passant sous la roue dans le coursier, la fera tourner presque jusqu’au tems de la pleine mer. Quelque tems auparavant on ouvrira la vanne qui fermoit la branche de communication des deux parties du canal, pour que l’eau de l’étang puisse se mettre de niveau aux plus hautes eaux du flot. On les y retiendra alors en fermant cette vanne & celle de jusant, jusqu’à ce que le reflux ait abaissé les eaux de la mer d’une quantité suffisante pour procurer à celles de l’étang assez de chûte dans le coursier ; alors on ouvrira la vanne de jusant, & l’eau de l’étang s’écoulant dans le coursier à la mer, fera tourner la roue du moulin en sens contraire. Quelque tems avant la basse mer, on ouvrira la vanne de la branche de communication afin de laisser écouler entierement à la mer l’eau qui est contenue dans l’étang ; & à l’instant où le flot suivant recommence, on la refermera & celle de flot, jusqu’à ce que sa hauteur au-dessus de la surface de l’étang puisse procurer assez de chûte pour faire tourner la roue dans sa premiere direction ; on ouvrira alors la vanne de flot pour recommencer la même opération, & faire provision d’eau dans l’étang pour suffire à faire tourner le moulin pendant le tems du reflux suivant. (D)

Noms des pieces qui entrent dans la construction d’un moulin.
A, solles.
B, attache.
C, liens. 37. La huche & le blutoir.
4. Chaise.
5. Chevrons du pié. 38. L’anche.
6. Trattes. 39. Montée du second
7. Couillards. étage.
8. Doubleaux. 40. Colliers.
9. Poteaux corniers. 41. Pannes meulieres.
10. Soupentes. 42. Entre-toise.
11. Entre-toises. G, galerie.
D, la queue. 43. Poteau de croisée de la galerie.
E, limons de la montée.
44. Appui.
12. Le treuil. 45. Sabliere.
13. Chaperon. 46. Hautes pannes.
14. Bras du chevalet. 47. Colliers.
F, chevalet. 48. Le jeu.
15. Support de la montée. 49. Palier du gros fer.
b, gros fer.
16. Entre-toise. 50. Marbre sur lequel
17. Chaperon. pose le collet de
18. Lien du rossignol. l’arbre tournant.
19. Poteau d’angle. 51. Palier du petit collet.
20. Appui du faux pont.
21. Lien sous la sabliere de la galerie. 52. Semelle du petit collet.
22. Planchers. 53. Palier de heurtoir.
23. Pannettes. 54. Le heurtoir.
24. Guettes. 55. Les luons.
25. Poteaux de remplage. 56. Arbre tournant.
H, rouet.
26. Sommier. 57. Chanteaux.
27. Faux tommier. 58. Paremens.
28. Poteau du faux sommier. 59. Goussets.
60. L’essieu.
29. Le palier. 61. Embrasures.
30. La souche. K, lanterne.
a, petit fer & chevilles du blutoir. 62. Tourtes.
63. Roues.
31. Poteau de la braie. 64. Les jambes.
32. La braie. 65. Frein.
33. La bascule du frein. 66. Archures.
34. Epée de la bascule du F. 67. Tempure.
68. Dos d’âne.
35. Porte-poulie du F. 69. Pieu.
36. Plancher des meules, composé de quatre cartelles. 70. Epée de fer.
71. Trumions.
72. Trémie.
73. Auget. 82. Bardeaux.
74. Clés des paliers 83. Ais à couteau.
75. Jambes de force. 84. Volans.
76. Entrait. 85. Antes.
77. Poinçon. 86. Coterets.
78. Liens. 87. Lattes.
79. Faite. i, liens.
80. Chevrons du comble. k, poteau debout.
81. Planches sur lesquel les posent les bardeaux. 2, 3. Semelles.

Observations sur les moulins à vent & à eau, avec leur théorie. Du moulin à vent. Le moulin à vent, quoique connu de tout le monde, est cependant d’une construction beaucoup plus ingénieuse qu’on ne l’imagine communément. On croit qu’il nous a été apporté d’Asie dans le tems des croisades ; quoi qu’il en soit, cette machine a été poussée à un degré de perfection que les machines communes n’atteignent pas ordinairement. Mais avant que de passer à sa théorie, il est nécessaire de revenir sommairement sur les principales parties de sa construction.

Construction sommaire du moulin à vent, considéré relativement à sa théorie. La structure intérieure du moulin à vent est fort semblable à celle du moulin à eau. La différence qui est entre ces deux machines ne consiste guère que dans la maniere d’appliquer la force extérieure.

La maniere d’appliquer cette force dans le moulin à vent consiste dans un essieu ou arbre EF (Planche de la Pneumatique, fig. 15.), traversé par deux bras ou leviers AB & CD, qui font ensemble un angle droit & qui peuvent avoir chacune environ trente-deux piés de long. Sur ces bras, sont attachées des especes de voiles, appellées ailes, qui ont la figure de trapezes, surfaces dont les faces HI & FG sont paralleles. La plus grande HI est d’environ six piés, & la moindre FG est de la longueur qui est déterminée par les rayons tirés de H & de I au centre. L’usage de ces aîles est d’être toûjours présentées au vent afin de recevoir son impression ; &, afin qu’elles aient cet effet, on emploie deux différentes constructions qui constituent les deux especes de moulin à vent dont on fait ordinairement usage.

Dans le premier, la machine entiere est soutenue par un arbre mobile, perpendiculaire à l’horison, sur un appui ou pié, & peut tourner sur-ce pié d’un côté ou d’un autre, suivant qu’on en a besoin.

Dans l’autre, il n’y a seulement que le toît de la machine & l’essieu des aîles qui tourne ; &, pour cet effet, on donne à ce toît la forme d’une tourelle, & on l’entoure d’un cercle de bois dans lequel on a pratiqué une rainure où sont placées de distance en distance plusieurs rouleaux. Dans cette rainure, roule un autre cercle de bois sur lequel le toît entier porte. A l’anneau, ou cercle mobile, sont fixés des rayons ab, auxquels on attache une corde dont l’autre bout tient à une espece de petit vindas. Par ce moyen, en tournant le vindas & assujettissant ensuite la corde ou crochet de fer G, on donne aux aîles la position nécessaire.

Theorie du mouvement des moulins à vent, & de la position de teurs aîles. L’angle que les aîles doivent faire avec l’essieu ou l’arbre auquel elles sont attachées, est l’objet d’une question délicate que les Mathématiciens ont jugé digne de leurs recherches.

Afin de concevoir comment le moulin est mis en mouvement, il faut savoir la théorie des mouvemens composés. Lorsqu’un corps frappe perpendiculairement contre une surface il emploie toute sa force : mais s’il frappe cette surface obliquement, son mouvement étant composé de deux autres dont l’un est perpendiculaire & l’autre parallele à la surface frappée, le seul de ces deux mouvemens qui agisse est le perpendiculaire ; & chaque direction oblique de mouvement est la diagonale d’un parallélogramme, dont les directions perpendiculaires & paralleles sont les deux côtés. De plus, si après avoir décomposé une impulsion oblique sur une surface dans la perpendiculaire à cette surface, il arrive que cette surface ne puisse pas se mouvoir suivant la direction que cette impulsion tend à lui donner, & qu’elle puisse seulement changer sa direction, il faut encore redécomposer cette impulsion perpendiculaire en deux autres, dont l’une soit celle que la surface peut suivre, & l’autre celle qu’elle ne sauroit suivre. Voyez Composition de mouvement.

Pour donner une idée de l’action du vent sur les moulins, nous emploierons une comparaison. Représentons-nous un gouvernail attaché obliquement à la quille d’un navire, & frappé par le courant de l’eau parallelement à la quille, c’est-à-dire, frappé obliquement ; il est aisé de voir, en tirant la ligne qui exprime l’impulsion perpendiculaire, que cette impulsion tendra à arracher le gouvernail du navire, & que cette direction, perpendiculaire au gouvernail, est oblique à la quille. Or, comme ce gouvernail, poussé par une impulsion oblique qui tend à l’arracher du vaisseau, ne sauroit en être détaché par la maniere dont il y est assuré, il s’ensuit que des deux mouvemens dont l’impulsion oblique est composée, il ne faut avoir égard qu’à celui qui est dans la direction que le gouvernail peut suivre, & abandonner l’autre comme inutile. Or, la direction dans laquelle le gouvernail ne peut se mouvoir sans se détacher de la quille, est celle qui le pousse circulairement autour de son extrémité comme centre. L’effet de l’impulsion oblique de l’eau sur le gouvernail doit donc être réduit d’abord à une impulsion perpendiculaire, & ensuite cette impulsion à celle qui tend véritablement à faire tourner le gouvernail. Voyez Gouvernail. Présentement, dans un mouvement oblique & composé dans lequel il n’y a qu’une des forces composantes qui soit à employer, il est clair que plus la proportion que cette force aura à l’égard de l’autre sera petite, moins le mouvement aura d’effet & au contraire. Or, en examinant les mouvemens composés sur le gouvernail, on trouve que plus il est oblique à l’égard de la quille, plus la proportion de la force qui tend à le faire tourner est grande par rapport à l’autre. Mais, d’un autre côté, plus il est oblique à l’égard de la quille, ou, ce qui revient au même, plus il est oblique à la direction de l’eau, plus l’impulsion est foible. L’obliquité du gouvernail a donc en même tems un avantage & un desavantage ; mais comme cet avantage & ce desavantage ne sont point égaux & qu’ils varient suivant les différens angles de l’inclinaison, ils se compliquent d’une maniere fort variable, & prévalent chacun à leur tour l’un sur l’autre.

On a agité la question de la situation la plus avantageuse à donner au gouvernail. M. Renau, dans sa théorie de la manœuvre des vaisseaux, a trouvé que la meilleure situation à lui donner étoit celle où il faisoit un angle de 55 degrés avec la quille.

Cette théorie sur le gouvernail peut s’appliquer aux moulins à vent. En effet, supposons présentement qu’un moulin exposé à l’action du vent eût ses quatre ailes perpendiculaires à l’arbre auquel elles sont adaptées, comme elles reçoivent alors le vent perpendiculairement, il est clair que son impulsion ne tendroit qu’à les détruire. Il est donc nécessaire, pour qu’elles soient de quelque utilité, qu’elles aient une direction oblique à l’axe, & qu’elles reçoivent par conséquent le vent obliquement.

Afin de traiter la question plus facilement, ne considérons qu’une aîle verticale : l’impulsion du vent sur cette aîle étant oblique, doit être réduite à l’impulsion perpendiculaire ; & comme l’aile ne sauroit suivre cette direction, il faut encore la décomposer en deux autres, dont l’une tende à la faire tourner sur son axe, & dont l’autre tendroit à la renverser. Mais il n’y a que la premiere de ces deux impulsions qui puisse avoir son effet ; il faut donc que l’impulsion entiere du vent sur l’aîle n’agisse que pour la faire tourner ou de droite à gauche ou de gauche à droite, suivant que son angle aigu est tourné d’un côté ou de l’autre, &c. Ce qu’il y a d’heureux dans la construction de cette machine, c’est que les trois autres aîles ne peuvent tourner que du même côté.

Supposons donc que le vent vienne dans la direction de l’axe, & que x soit l’angle de l’aîle avec l’axe, l’effort perpendiculaire du vent sur l’aîle sera d’abord , en appellant f la force absolue que le vent exerceroit contre l’aîle s’il la frappoit perpendiculairement : or cette force se décompose en deux, une parallele à l’axe qui n’a point d’effet, & l’autre perpendiculaire à l’axe, & qui est la force qui tend à faire tourner l’aîle. Or on trouvera très-aisément que celle-ci est , qui doit être un maximum : donc la différence = 0. Voyez Maximum. Donc ou ce qui donne à environ le sinus de 55 degrés.

L’obliquité de l’aîle du moulin à l’égard de l’arbre auquel elle tient, a précisément le même avantage & le même désavantage que l’obliquité du gouvernail à l’égard de la quille ; & M. Parent qui a cherché par la nouvelle analyse la situation la plus avantageuse de l’aîle sur l’arbre, a trouvé que c’étoit précisément le même angle de 55 degrés. Cependant dans la pratique cette regle est peu observée, & apparemment est peu connue. On donne ordinairement aux aîles l’angle de 60 degrés, qui differe assez sensiblement du vrai.

Au reste il n’est pas inutile de rappeller ici ce que M. Daniel Bernoully a remarqué dans son hydrodynamique sur la maniere dont on résout ordinairement le problème de la position la plus avantageuse des aîles du moulin à vent à l’égard du vent. Il observe que dans la solution de ce probleme on doit avoir égard à la vîtesse respective du vent par rapport au moulin, au lieu qu’on regarde d’ordinaire la vîtesse du vent comme infinie ; & cet auteur fait voir qu’en ayant égard à la vîtesse du moulin & la regardant comme donnée, le problème est beaucoup plus compliqué que dans l’hypothese où on le résout ordinairement. On peut ajouter à ce qu’il a dit que dans la solution de ce problème on ne peut pas regarder la vîtesse du moulin comme donnée à volonté, ainsi que la vîtesse du vent. Il y a une certaine vîtesse à laquelle l’aîle doit arriver pour se mouvoir uniformément, & qui est telle que quand elle a cette vitesse, la force du vent pour la mouvoir est zéro. D’où il s’ensuit que la figure & la position de l’aîle étant donnée, sa vîtesse proprement dite, celle à laquelle elle doit arriver pour se mouvoir uniformément, est nécessairement donnée. Le problème consiste donc à savoir quelle doit être la figure & la position de l’aîle, pour que cette vîtesse soit la plus grande qu’il est possible.

La raison qui à obligé M. Daniel Bernoully à avoir égard à la vitesse respective du vent & du moulin, c’est qu’il prétend avoir observé que la vîtesse du vent bien loin d’être infinie par rapport à celle du moulin, est quelquefois à-peu-près égale à la vîtesse de la partie supérieure des aîles. De plus, il remarque que dans le calcul des forces motrices des aîles des moulins, on doit avoir égard aux différentes vîtesses des différens points d’une même aile, lesquelles vîtesses sont entr’elles comme les distances de ces points au centre du moulin : de sorte que l’angle de 55 degrés donné par les auteurs, lui paroît trop grand. Dans certains cas même il faudroit, selon lui, incliner les aîles sous un angle de 45 degrés ; & il prétend que la meilleure figure qu’on pût leur donner seroit de les courber, afin que le vent les frappât sous un moindre angle en haut qu’en bas, & que par conséquent l’avantage d’un plus grand levier étant compensé par une moindre force, le vent pût agir également sur tous les points des aîles. Voyez mon traité de l’équilibre & du mouvement des fluides, Paris 1744, page 372. J’ai ajouté de nouvelles remarques à celles de M. Daniel Bernoulli sur cette matiere. (O)

Du moulin à eau. Il paroît par une épigramme de l’anthologie greque, que l’usage des moulins à eau n’a commencé que du tems d’Auguste. Jusque-là on s’étoit toujours servi de moulins à bras. Vitruve, contemporain de ce prince, fait la description des moulins à eau dans son liv. X. & cette description peut servir de commentaire à l’épigramme greque. Il y auroit beaucoup de choses à dire touchant les meules & les moulins à bras dont on se servoit avant que l’on eût inventé les moulins à eau ; mais comme cette matiere a été traitée assez amplement par Saumaise dans ses commentaires sur Solin, nous y renvoyons le lecteur.

Dans les moulins à eau la force motrice est une roue à la circonférence de laquelle sont attachées des aubes (voyez Aubes) qui étant frappées par le courant l’eau ou par son poids, déterminent la roue à tourner. Voyez Roues, Machines hydrauliques, & Force des eaux au mot Force. Voyez. aussi l’article Aube, déja cité, où vous trouverez plusieurs détails physiques & méchaniques sur ces sortes de moulins ; ces détails nous dispensent d’en parler ici plus au long.

Mémoire instructif pour l’intelligence d’un moulin à vent qui puise l’eau au jardin de madame Planterose. Le moulin à vent qui éleve l’eau au jardin de madame Planterose, situé au faubourg S. Sever à Rouen, est de ceux que l’on nomme moulins à pile, c’est-à-dire que le corps du moulin est une tour de maçonnerie, & que le comble tourne sur la maçonnerie lorsque l’on veut en exposer les aîles au vent.

Si on se contentoit d’avoir une idée de cette machine, ce mémoire se réduiroit à peu de chose, parce que la méchanique appliquée à ce moulin est simple ; mais puisqu’il s’agit d’être utile à ceux qui en voudroient construire une semblable, on sera obligé d’entrer dans le détail de la construction du moulin, de la machine qui y est appliquée, & de la pompe dont on a fait usage. Afin de faire comprendre comment ces parties sont unies, & en quoi consiste leur solidité ; on sera pareillement obligé de faire connoître quelles sont les forces de ce moulin, & de quelle façon on les a dirigées.

I. Pl. Le premier dessein représente le plan de tout l’ouvrage ; A est la tour de maçonnerie bâtie de moilon avec des chaînes de pierre. Outre la porte & la fenêtre que l’on voit en cette maçonnerie, on a observé sur la retraite une ouverture de 10 pouces b, dont nous parlerons à la troisieme Pl. figure premiere.

C’est un canal creusé dans l’intérieur d’une piece de bois, lequel passe dans cette ouverture ; il porte l’eau qu’il a reçue de la pompe d dans la cuvette de pierre E. L’usage de cette cuvette est de donner de la facilité à puiser de l’eau fraîche pour l’usage de la maison.

Le trop plein de cette cuvette s’écoule dans le grand reservoir, d’où elle est distribuée au besoin aux jets d’eau & aux jardins pour les arrosemens.

f est le puits situé dans la tour ; g un entablement de charpente posé sur le puits, qui sert à assujettir le corps de pompe d, & à le tenir solidement au centre du puits.

h est la queue du moulin qui descend du comble jusqu’à fleur de terre, où elle arrive à 20 piés de distance de la tour : elle sera plus amplement détaillée à la quatrieme Planche, fig. 3.

A l’extrémité inférieure de cette queue est une forte corde attachée à un petit cabestan portatif I, avec lequel un homme fait tourner tout le comble du moulin, lorsque l’on veut présenter les aîles au vent. K est le plan de ce cabestan ; L est le pieu où il est fixé : on place de semblables pieux tout autour du moulin à distance convenable pour tourner le moulin & l’exposer à tous les vents.

II. Pl. Le second dessein donne l’élévation du moulin vû du côté de la porte & des aîles ; la porte est élevée de sept piés & demi, pour faciliter l’introduction des longues pieces de bois qu’il faut entrer dans la tour. Le moulin est couvert en essentes, comme étant plus capables de resister aux mouvemens qu’éprouve ce comble lorsqu’on le tourne.

Dans le comble sont deux lucarnes, une par laquelle passe l’arbre tournant, vû sur son marbre A ; l’autre donne passage au levier 75 qui paroît au-dehors de la tour, au bout duquel est un contre-poids 22. qui sera expliqué au troisieme dessein, fig. premiere. Il faut qu’un homme trouve dans cette lucarne un passage libre pour aller au contre-poids 22, en passant par-dessus le levier C.

Les aîles ont 25 piés de long depuis le centre de l’arbre A, jusqu’à leur extrémité ; la partie des aîles appellée volans qui est garnie de toile, a huit piés de large & 18 piés de long : on trouvera une plus grande explication de ces aîles dans l’explication de la quatrieme Planche, fig. 3.

Lorsque le vent est foible on revêtit les aîles comne en m ; lorsque le vent est plus fort, on diminue les toiles comme en n ; lorsqu’il est très-fort, on les retraint comme en o : dans le très gros tems on peut faire marcher le moulin sans toile, comme en p.

Les aîles ont quatre arboutans qqqq, qui les fortifient beaucoup, en ce qu’ils les unissent solidement entr’elles : on trouvera ci-après la raison qui a déterminé à faire usage de ces arboutans.

III. Planche. La troisieme Planche, fig. premiere, donne la coupe du moulin & d’une partie du puits : on voit dans cette coupe toute la machine, dont nous ne parlerons qu’après avoir expliqué la construction des parties qui la contiennent & qui la supportent.

Dans l’intérieur de la tour est un plancher 60, dont le plan est à côté, fig. 2, fait de poutrelles & de planches de sapin. On y a pratiqué deux ouvertures ; on place une échelle dans celle qui est de côté, pour monter dessus ce plancher ; l’autre ouverture qui est au milieu de ce même plancher, donne passage à la barre de fer F pour descendre sur le bout du levier de la pompe G, où elle est attachée au point 8.

La corde 23, dont on ne voit que partie, laquelle sert à lever & à abaisser le levier du frein du moulin Q, passe par cette même ouverture du plancher 60, & descend jusqu’en bas, pour l’usage journalier du garde-moulin.

On passe encore par cette même ouverture les corps de pompes & les branches du piston, qui sont d’une grande longueur ; & lorsqu’on les veut introduire, on détache les planches 1. 2. 3. 4. 5. 6. fig. 2, ce qui donne de la liberté pour entrer ces pieces dans la tour & les introduire dans le puits.

Ce plancher est fixe, mais tout ce qui est au-dessus de lui est mobile & tourne avec le comble lorsque l’on porte les aîles du côté du vent.

On monte au plancher supérieur & mobile par une échelle que l’on suspend à un crampon attaché à une des poutres, lorsqu’on n’en fait pas usage, afin qu’elle ne soit pas brisée lorsque le comble tourne ; & lorsque l’on veut s’en servir, on la pose sur le plancher 60.

Le plancher mobile, autrement l’assemblage de charpente, sur lequel toute la machine & le comble sont posés, tourne sur un ourlet dont on voit la coupe en 62, & le plan en la 3. fig. de la Pl. III. il est composé de neuf pieces de bois qui couvrent presque tout le parpin de la tour.

Ces pieces sont assemblées par les bouts à tenons & à mortoises. Les assemblages de ces neuf pieces portent sur neuf billots de bois de chêne qui sont engagés dans la maçonnerie de la tour, & ces billots en font le parpin, comme on le voit en 63, fig. 1.

Les neuf pieces qui forment l’ourlet, sont fortement attachées à ces billots avec des chevilles de fer bretées afin qu’elles ne puissent se détacher ni rien perdre de leur plan circulaire.

L’ourlet qui s’éleve de trois pouces & demi à la partie supérieure de ces pieces de bois, a été formé en les élargissant, & nul morceau ne doit être rapporté à cet ourlet.

A la face supérieure de l’ourlet 62, fig. 3, on a incrusté à fleur du bois neuf bandes de fer plat qui forment le cercle entier. Les extrémités de ces bandes se joignent & portent une pointe en crochet qui entre à force dans l’ourlet, ensorte que nul clou n’y est employé : ces bandes de fer servent à faciliter le mouvement de la charpente qui doit tourner sur l’ourlet.

IV. Planche. La premiere figure de cette Pl. présente une des poutres qui portent sur l’ourlet vue par-dessous ; on voit dans la hoche qui doit embrasser l’ourlet, une piece de fer qui est incrustée à fleur du bois. Lorsque cette poutre est posée sur l’ourlet, la piece de fer porte sur les bandes 62, fig. 3. de la Planche III. incrustée dans l’ourlet. Lorsque l’on tourne le comble, ces pieces de fer coulent l’une sur l’autre, facilitent le mouvement, & empêchent que les bois ne soient usés par le frottement ; on enduit ces parties de savon mou : on voit deux de ces hoches 65 & 65, fig. 3.

Fig. 2. La figure 2 de la même Planche donne le plan de toute la charpente qui est posée sur l’ourlet 62, fig. 1. de la Planche III. expliquée ci-dessus ; & la figure 3 de la même Planche donne le profil de la même charpente 61. L’arbre tournant, la queue du moulin, le frein, le comble, & tout ce qui doit porter sur cet assemblage de charpente paroissent en cette figure : ces mêmes pieces paroissent de même en la 1. fig. Pl. III. 61, mais elles sont vues d’un autre sens.

Quant à la grosse charpente, l’assemblage est d’une assez facile exécution pour n’entrer dans aucun détail. On remarquera seulement que le carré long qui est pratiqué vers le milieu de cet assemblage, fig. 2, n’occupe pas le milieu de la tour, parce que la roue P, fig. 3. sur laquelle est placé le frein, n’y pourroit tourner étant en place ; c’est pour lui laisser de sa liberté, qu’on a porté cette ouverture un peu vers le souchet de l’arbre tournant 73, fig. 3.

L’usage de la piece 64, est pour le frein, voyez la coupe de cette piece, en la fig. 1 de la Pl. III.

La chaîne du frein est tournée autour pour y fixer le bout du cercle R, appellé frein. La même piece sert aussi à deux arcboutans 11, destinés à soutenir les jumelles Kk, Pl. III. fig. 1, qui traversent la poutre 13.

Les lignes ponctuées 66, sont deux autres arcboutans des mêmes jumelles K, Pl. III.

14, poutre au-travers de laquelle passe les jumelles L & l, fig. 1 de la Pl. III.

L’espace qui est entre les trous 13 & 14, par lesquels doivent passer les quatre jumelles ci-dessus, étant prolongé d’un côté à l’autre du moulin, doit passer par le centre de la tour, parce que c’est la place que doit occuper le levier C, fig. 1 de la Pl. III. lequel doit agir entre ces quatre jumelles.

68 est la place que doit occuper la queue du moulin V, fig. 3, lorsqu’elle est en place. Cette espeçe de fourche doit être forte ; le tenon qu’on y voit doit entrer dans le corps de la queue V, fig. 3, & la soutenir en place au moyen du lien de fer qui doit l’attacher au fourchet.

Les mortoises 69 & 70 percées dans la charpente, doivent recevoir deux pieces X, fig. 3, dont on ne voit qu’une.

Les pieces chevillées dont on ne voit que la coupe y & y, sont les mêmes que l’on voit en Y, fig. 3, dont cependant on n’a représenté qu’une. Ces quatre pieces servent à retenir la queue V, fig. 3, en état, & obligent toute la charpente à obéir lorsque l’on tourne le moulin au vent au moyen de cette queue.

La queue V, fig. 3, de 43 à 44 piés, est une piece de bois fort lourde qui attire le moulin en arriere ; pour prévenir les accidens qui s’en suivroient, on passe deux pieces de bois 71 & 72 sous la charpente ; on les attache solidement aux trois poutres qu’elles touchent ; la queue qui les tire au moyen des pieces y & y tend à soulever toute la charpente, ensemble l’arbre tournant qui est sur son marbre 75, encore plus lourd que la queue, ce qui annulle l’action de cette lourde piece de bois, & établit une sorte d’équilibre entre les pieces qui portent sur l’ourlet.

Les sablieres 74, fortes de 5 sur 6 pouces d’échantillon, sont bien assemblées dans le bout des poutres : elles contribuent à faire de cette charpente un tout solide.

L’arbre tournant A, fig. 3, dont l’action tend perpétuellement à entrer dans le moulin, tend conséquemment à faire perdre à l’assemblage de toute la charpente la forme ronde qu’elle doit avoir pour tourner sur l’ourlet. Pour prévenir ces accidens qui seroient considérables, on a liaisonné cette espece de charpente avec le fer, comme on le voit, les assemblages ordinaires & les chevilles ne pouvant pas y résister seules.

Figure 3 de la IV. Planche. L’arbre tournant A, fig. 3 de la IV. Pl. vue en toute sa longueur, est disposé comme celui des moulins à vent ordinaire, il est appuyé sur son marbre 75. Ce marbre est appuyé sur le billot 73 où il est incrusté d’un pouce. Ce billot est une forte piece de bois de 16 à 17 pouces d’échantillon, posée à queue d’aronde sur les poutres de la charpente, fig. 2, où elle est liaisonnée avec de fortes barres de fer bien chevillées.

Au moyen de ce billot & du marbre ainsi placés l’un sur l’autre, l’arbre tournant qui y est porté par son collet 67, est élevé à l’horison de 7 à 8 degrés qui suffisent pour recevoir avantageusement l’impulsion du vent. L’arbre est retenu sur son marbre par le creux qu’on y a pratiqué, afin que son collet y entre de quelques pouces ; il est aussi retenu par les montans de la lucarne 78, fig. 2, qui joignent ce marbre.

L’autre extrémité de l’arbre tournant est retenue en deux manieres : l’une l’empêche d’entrer en-dedans du moulin, & l’autre l’assujettit au point où il doit tourner sur lui-même.

76, fig. 2 & fig. 3, sont deux pieces de bois bien attachées à la charpente, dans lesquelles on a pratiqué un passage garni de fer où l’arbre tournant est emprisonné par une hoche faite vers le bout, de sorte qu’il ne peut varier, mais on lui conserve la liberté de tourner librement sur lui-même. Derriere le bout de l’arbre est une piece de bois 77, fig. 2 & fig. 3, incrustée dans les poutres qui la supportent, où elle est solidement attachée avec un lien de fer. Cette piece porte une sorte pointe de fer, acérée par son extrémité, polie & large d’un pouce ; cette pointe a de bons épaulemens qui l’empêchent d’entrer dans la piece de bois 77 plus qu’elle ne doit. Cette sorte de pointe arboute & porte contre une piece plate d’acier 78, de 6 lignes d’épaisseur, qui est au bout de l’arbre tournant qu’elle empêche de reculer lorsqu’il tourne.

Les parties de l’arbre tournant qui frottent soit au collet 67, soit dans la prison 76, sont garnies de lames de fer d’un pouce de large sur 3 lignes ; on les a incrustées dans l’arbre même de toute leur épaisseur, à un pouce de distance les unes des autres, de sorte que cet arbre porte sur des parties qui sont moitié de bois, moitié de fer, par lesquelles il est très-bien préservé de l’usure des frottemens, si on les enduit souvent de vieux-oing. Au surplus, cet arbre est fortifié des ferrures, telles qu’on les voit, fig. 3.

Des aîles. L’arbre tournant doit avoir 18 pouces d’échantillon vers la tête A, les ailes y sont assemblées par couples. 79 est une piece de bois nommée entre-but, laquelle passe au-travers de l’arbre A ; elle est destinée à recevoir deux bras des aîles 80, qui sont attachés sur l’entre-but avec des étriers de fer & des chevilles qui les traversent.

Le trou 81 qui reste à remplir à l’arbre A, est le lieu par où doit passer le deuxieme entre-but, lequel doit porter les deux autres bras des aîles. Le tout étant placé, & les aîles étant bien en équilibre entr’elles, on introduit deux coins en 81, c’est-à-dire, un en-dessous, & l’autre en-dessus de l’ouverture par où doit passer le dernier entre-but. Lorsque l’on chasse ces coins, les deux entre-buts s’approchent & se serrent l’un contre l’autre, ce qui les fixe solidement ; on use de plusieurs autres coins pour assujettir les autres pieces de ces aîles, comme on le voit en la 3 fig.

Les bras des aîles 80 sont percés de 17 mortoises dans lesquelles on introduit des barreaux de 8 piés & quelques pouces de longueur, qui forment les volans que l’on voit, Planche II. lesquels reçoivent la toile. La position de ces barreaux est une partie essentielle dans la construction du moulin ; c’est de leur position que vient le biais nécessaire aux volans pour recevoir l’impulsion du vent dans le degré le plus avantageux à faire tourner le moulin.

Figure 4 de la IV. P. anche. Les ouvriers qui travaillent ces moulins, n’ont aucun usage constant à cet égard, & les meûniers ont chacun leur caprice. M. Belidor a examiné cette matiere & a fixé ce biais à 55 degrés d’écartement de l’arbre tournant. La fig. 4 rend ce biais tel qu’il est exécuté au moulin que nous décrivons, dont on a reconnu le bon usage, depuis l’année 1743 que ce moulin a été construit, jusqu’à présent (1755.)

a, fig. 4. de la IV. Planche, est la ligne qui représente l’arbre tournant 80, le bras des aîles dans lequel passent les barreaux. 82, le barreau dont un des bouts doit approcher de 55 degrés de la ligne a, & ce côté du barreau doit avoir 6 pouces de longueur plus que le côté opposé, afin que le vent ait plus de prise sur cette partie, & détermine mieux le moulin à prendre le mouvement circulaire. Tous les barreaux sont dans cette situation ; l’enfoncement diversement observé par les praticiens de ces aîles, ne me paroît point utile, & quelques-uns le pratiquent d’une maniere nuisible.

Ces aîles ainsi disposées étant poussées d’un bon vent, font neuf tours à chaque minute, sur quoi on a arrangé l’intérieur de la machine.

On a remarqué que la longueur des aîles est un modérateur à la vîtesse ; que si on leur donne plus de 25 piés de long, elles auront plus de force que celles du moulin décrit, mais elles iront moins vîte ; elles ne feront pas neuf tours en une minute, quoique poussées du même vent. Il en est de même, si on les diminuoit de longueur, elles tourneroient plus promptement, mais elles ne leveroient pas un aussi pesant fardeau. Cette observation pourra être utile à ceux qui seroient dans le cas de changer les proportions de cette machine.

Des parties qui donnent le mouvement à la pompe. Les rouleaux 1 & 2, fig. 3 de la Pl. IV. ont 5 pouces de diametre, & 1 pié de long ; ils tournent sur leurs chevilles de fer & d’acier battus ensemble. Ces chevilles sont soutenues par deux bras de levier B, fig. 3, & par la roue P qu’elles traversent.

Les rouleaux sont fortifiés de bandes de fer, comme on les voit fig. 5. de la IV. Pl. où un de ces rouleaux est dévelopé. Ils tournent librement sur leurs chevilles, & deux rondelles en facilitent encore le mouvement.

III. Planche, fig. 1. Revenons à la coupe du moulin, III. Planche, fig. 1. qui nous présente toute la machine : A est l’arbre tournant dont on ne voit que la coupe : B est un des leviers qui portent les rouleaux 1 & 2, plus amplement expliqués ci-dessus ; ce levier passe au-travers de l’arbre A, & est fixé à la roue P. Cette roue ne sert point à la machine, nous en donnerons l’usage ci-après.

Lorsque l’arbre tourne, le rouleau 1 monte & éleve le levier C. Lorsque ce levier est parvenu jusqu’à la ligne ponctuée c qui est au-dessus, le rouleau échape l’hoche 3, qui est audit levier, & le levier tombe de lui-même, tandis que le rouleau continue de marcher.

Le levier c étant retombé à son point, le rouleau 2 le reprend, & s’éleve de nouveau ; de sorte que dans un tour de moulin ; le levier C est élevé deux fois.

Ce mouvement est communiqué au levier D au moyen de la corde E qui les attache ensemble. Vers le milieu de ce levier D est une barre de fer F, qui occupe le centre de la tour, & qui descend sur le levier de la pompe G, où elle est attachée au point 8 ; ensorte que le mouvement des leviers supérieurs est communiquée à ce dernier, qui éleve la branche du piston H ; le piston éleve l’eau, qui prend son cours par le conduit de bois C, qui a été expliqué à la premiere Pl. de-là l’eau tombe dans la cuvette pour se rendre au grand réservoir.

De l’économie des forces du moulin, III. Pl. fig. premiere. Suivant les proportions qu’on a données à la pompe, la colonne d’eau qu’elle contient, & dont nous donnerons le détail ci-après, pese 520 l. y compris la branche du piston, & les ferrures qui sont attachés. Le frottement du piston, des rouleaux & de la colonne d’eau que le moulin éleve, est évalué à 200 livres ; le poids des leviers qui obligent le piston à rentrer précipitamment dans la pompe est d’environ 30 livres ; ces trois sommes réunies, la résistance ou le poids à mouvoir par l’action du vent est de 750 livres, à prendre cette résistance à la branche du piston H.

Mais comme le levier G, appliqué à cette branche du piston, a son point d’appui 4, distant du piston de 6 piés 9 pouces, & que le mobile 8, appliqué à l’autre extrémité du même levier, est distant de la branche du piston H de 3 piés & 3 pouces ; le mobile F n’est plus chargé que des 27 quarantiemes de la somme totale : ainsi, la barre de fer F ne sera plus chargée que de 460 livres, aulieu de 750 ; conséquemment le levier D qui supporte la barre de fer au point 5, n’est chargé que de la somme de 460 livres.

Mais ce levier D a son point d’appui 6 à 6 piés 6 pouces du point de la résistance 5 ; & le mobile ou la corde E appliquée à l’autre extrémité 7 du même levier, est distant de la résistance 5 de 4 piés 9 pouces. Le mobile ou la corde E n’est plus chargé au point 7 que de 26 quarante-cinquiemes ; ainsi aulieu de 460 que pese la branche de fer au point 5, la corde E, qui représente le mobile du moulin ou la puissance, n’a plus à supporter qu’un fardeau de 340, le tout à compter rondement.

Le levier supérieur C perd partie de ces avantages, lorsque le rouleau 1 ou 2 agissent sur lui : car lorsqu’un de ces rouleaux commence à l’élever, il suffit qu’il soit mu avec une force égale à 340. Mais à mesure que ce rouleau avance, il s’éloigne du point de la résistance, ou de la corde E qui la représente, & cette résistance devient plus considérable à mesure qu’il avance vers le point d’appui 9 du même levier : ensorte qu’étant parvenu à échaper l’hoche 3, la résistance augmentée est en effet de 460, comme nous l’avons trouvé être au point 5 du même levier D, tous deux au centre de la tour.

Le moulin étant en mouvement par l’action du vent, doit donc faire un effort de 460 pour élever l’eau. Pour faire cet effort, on a employé quatre aîles, qui sont des leviers de 25 piés de longueur, lesquels prennent la résistance par les rouleaux 1 & 2, qui sont à 4 piés du centre A, où est le point d’appui des aîles ; par conséquent le vent agissant sur les aîles avec un effort égal à 4 vingt-cinquiemes de 460 ou à 78 livres, enleveroit ces 460 livres, & donneroit le mouvement à la pompe, si ce n’étoit les frottemens de l’arbre tournant sur lui-même, qui sont peu considérables, d’autant que cet arbre est en équilibre sur son marbre 75 fig. 3 de la III. Pl. c’est-à-dire, que la tête de l’arbre joint aux aîles, font équilibre avec le reste de l’arbre à l’endroit où cet arbre porte sur son marbre, qui en est le centre.

Un homme seul qui prend les aîles l’une après l’autre par leur extrémité, fait marcher le tout, & pompe de l’eau sans être aidé par l’action du vent ; mais il ne peut supporter ce travail que pour 3 ou 4 coups de pompe, l’effort qu’il est obligé de faire étant d’environ 90 à 95 livres.

L’effort à faire sur les aîles par l’extrémité du bras pour donner le mouvement au moulin, étant évalué à 95 livres, un vent qui pousse une des aîles avec une force de 25 suffira, & la fera tourner librement.

Pour recevoir le vent capable d’opérer, on a donné à chaque aîle un volant de 8 piés de large & de 18 piés de long, que nous avons vu, II. Planche, garnis de toile, lesquels présentent au vent, dans la position la plus avantageuse, ainsi que nous l’avons dit, fig. 4. de la IV. Pl. une surface de 576 piés de toilé carrée, qui le font agir au plus petit vent qu’il soit possible ; objet qu’on s’étoit proposé dans la construction de ce moulin destiné à fournir en été l’eau nécessaire aux agrémens & aux arrosemens d’un terrein sablonneux & brûlant. On-parlera du produit de cette machine en parlant de la pompe à la V. Planche.

Des parties de la machine, Planche III. fig. 1. Le levier supérieur C porte un contrepoids de plomb 22 fixé à l’extrémité ; il paroît hors de la tour à 6 piés de distance du point d’appui 9 : son poids doit être tel, que tout ce qui pese vers le piston de la pompe H, lorsque les leviers retombent, ne pesent que 25 à 30 livres ; celui de cette machine, qui est ainsi reglé, pese environ 180 livres. Ce contrepoids reçoit des secousses considérables lors des grands vents, ce qui oblige de l’attacher avec précaution, & d’employer de forts écrous avec des clavettes derriere pour le fixer, autrement les écroux s’ébranleroient, & le contrepoids tomberoit. Il faut que ce comme-poids n’ait nul jeu dans ses attaches, si ce n’est dans la charniere, qu’il faut très-forte.

A ce même levier C on voit une hoche 3 qui sert à deux usages essentiels : le premier est lorsque le rouleau 1 a dépassé cette hoche, le levier a la liberté de retomber incessamment vers son point ; que si le levier étoit sans hoche, il seroit soutenu par le rouleau, un tems qui seroit perdu & qui seroit préjudiciable, parce que dans les grands vents ce levier C n’auroit pas le temps de revenir à son point, le rouleau 2 le devanceroit & le joindroit pendant sa chûte avec un grand bruit, elle en diminueroit l’effet, d’autant que le mouvement de ce levier & de toute la machine seroit raccourci.

C’est cet excès de mouvement & ce choc qui arrivent lorsque le garde du moulin est éloigné, qui ont obligé de mettre aux aîles les arboutans dont nous avons parlé à la II. Pl. qqqq ; ces aîles souffrent beaucoup de ce contre-coup, qui les met en danger de rompre. Au moyen de l’hoche 3 du levier C, ces contre-coups sont plus rares, moins forts ; & si le garde-moulin est surpris par la violence du vent, les arboutans qqqq de la II. Pl. mettent les ailes en état de les supporter.

Le second usage de cette hoche 3 du levier C est lorsque le gardien du moulin, qui s’éloigne volontiers, est surpris par quelque changement de vent qui, venant à prendre les aîles par-derriere, les obligent ce tourner en sens contraire : on sait par expérience que la machine va très-bien en sens contraire, & qu’elle éleve l’eau, comme si le mouvement se faisoit du bon côté ; mais ce ne peut être qu’au dommage de la machine, qui se trouve forcée en plus d’un point. Cette hoche y remédie parfaitement ; le rouleau 2 agissant alors en sens contraire, est porté vers le levier C, où rencontrant l’hoche 3 il y est arrêté jusqu’à ce que les ailes étant exposées au vent reprennent le sens qu’elles doivent suivre.

A l’extrémité intérieure de ce même levier C, vers le rouleau 1, on a donné une inclinaison considérable à la partie de ce levier, qui reçoit ce rouleau afin de prémunir des deux pieces du choc, trop rude lorsque les grands vents les portent avec violence l’un vers l’autre.

On voit au dessus du levier C les lignes ponctuées c, qui représentent le même levier lorsqu’il est porté par le moulin à son plus haut degré d’élevation. Ces lignes font voir de combien est grande cette élevation, & en même tems qu’il faut pratiquer dans le comble une ouverture entre deux chevrons pour laisser passer le bout de ce levier lorsqu’il est élevé.

Les leviers C & D ont leur point d’appui 9 & 6 entre les jumelles K & k, lesquelles jumelles sont de 6 pouces d’échantillon en leur partie supérieure, solidement arboutée par les pieces de charpente 11 & 66 : on réduit l’échantillon de ces jumelles à quatre pouces pour les faire passer dans la poutre 13, afin d’enfermer la partie k de la même jumelle où le levier D est fixé ; l’intervalle entre ces jumelles est de 5 pouces, pour donner passage libre aux leviers, qui ont quatre pouces & demi d’épaisseur.

L & l sont deux autres jumelles semblables aux précédentes, entre lesquelles levent & baissent librement le bout des deux leviers C & D ; l’extrémité supérieure de ces jumelles est fixée avec le comble, & la partie inférieure l est percée de divers trous, dans l’un desquels on introduit une forte chevîlle de fer, que l’on garnit d’un bouchon de paille 15, enveloppé de mauvaise toile, afin que le levier D qui tombe dessus lorsque la machine est en mouvement, ne descende pas trop bas, & ne fasse pas un trop grand bruit en tombant. Ce bruit est encore diminué & presque annullé par un pareil bouchon que l’on passe semblablement sous le levier C au point 12. On n’a représenté qu’une des jumelles K & L, pour éviter l’embarras ; on doit les considérer toutes comme doubles, & fixées aux poutres 13 & 14 par des chevilles que l’on voit dessous ces poutres. On voit la disposition de leur passage dans les poutres 13 & 14, figure 2 de la IV. Pl.

La barre de fer F qui descend du levier D sur le levier de la pompe G, où elle est attachée au point 8, est assujettie à deux sortes de mouvemens ; le premier est de hausser & baisser avec le reste de la machine, lorsque le moulin est en mouvement, ce qui s’opere sur les tourillons de la cheville 8, qui passe au travers de ce levier G.

L’autre mouvement est de tourner sur elle-même, lorsque le comble du moulin, la charpente 61, & toute la machine tourne sur l’ourlet 62, pour exposer les aîles au vent. Cette barre F qui occupe le centre de la tour tourne dans la cheville 8, au-travers de laquelle elle passe. Voyez le bout de cette barre F dévelopée en la fig. 4.

Fig. 4. 17 est la barre de fer : les lignes ponctuées représentent un bout du levier de la pompe G, fig. 1 dans lequel les parties suivantes sont cachées ; 18 est un bouton qui oblige le levier G de baisser, en foulant sur les parties qui lui sont inférieures ; & par cette pression, fait rentrer dans la pompe la branche du piston H, fig. 1.

19 est la place que la cheville 16 doit occuper ; 20 est un écrou de cuivre, qui tient en place la cheville 16.

21 est une clavette qui fixe l’écrou, afin qu’il ne se divise pas ; 16 est la cheville percée qui doit être placée en 19, qui est la même cheville dont nous avons parlé au point 8, fig. 1. Au moyen de la barre de fer F ainsi disposée, le moulin agit sur la pompe au point 8, de quel côté que soient tournées les aîles.

Figure 3, 4 est le point d’appui du levier de pompe G. Ce point d’appui est une cheville de fer passée dans deux crampons scellés dans la maçonnerie de la tour ; mais en-dehors ce levier est posé dessus, & y est retenu par un encochement 4.

C’est pour faire un passage à ce levier & au canal qui est au-dessous, qu’on a pratiqué dans la maçonnerie de la tour une ouverture b de 10 pouces de large, & de trois piés & demi de haut, de laquelle nous avons parlé à la premiere Pl. sous la pareille lettre.

Le levier de la pompe G agit entre deux jumelles pratiquées à la partie supérieure de la pompe, dont on ne voit qu’une en M ; l’intervalle entre ces deux jumelles est de 5 pouces, dans laquelle agit le levier G, qui est de 4 pouces & demi d’épaisseur : mais comme il ne seroit pas possible de passer la cheville qui assemble le piston au levier, ainsi engagée entre deux jumelles ; on a fait dans les jumelles les ouvertures O, tant pour la commodité de placer cette cheville, que pour donner la liberté aux deux extrémités de cette cheville, pour monter & baisser avec le piston, sans froisser en aucun endroit : cette cheville du piston doit être à tête quarrée, afin qu’elle ne tourne pas, & que la clavette puisse être facilement rivée en un lieu si étroit.

Du frein. III. Planche, fig. 1. La roue P, qui est fixe sur l’arbre tournant A, sert à arrêter les ailes du moulin ; elle a 8 piés de diamettre & 8 pouces d’épaisseur à la circonférence. Elle reçoit sur cette épaisseur le cercle R, appellé le frein, qui l’entoure. Lorsque l’on tire avec la piece de bois Q (dont on ne voit ici que la copie), le cercle R touche cette roue en tous les points de sa circonférence, & par ce frottement, que l’on fait sentir à cette roue par degrés, on modere l’action des aîles, & enfin on les arrête, ce qui s’opere ainsi.

On voit au bout du cercle R deux chevilles de fer, & une chaîne de même métal, tournée autour de ces chevilles, & de la piece de bois 64 qui les attache ensemble très-solidement : car l’effort est très-considérable en ce point. 33 est la partie inférieure de la corde d’un palant, dont il faut reconnoitre la partie supérieure à la IV. Pl. figure 3. n°. 23.

10 est le palant du frein avec lequel on éleve le contre poids 24 attaché à l’extrémité de la piece de bois ou de levier Q.

IV. Planche, fig. 3. T est une piece de bois qui sert de point d’appui au levier Q. Lorsque le garde-moulin lâche la corde 23, le contre-poids 24 descend, tire en bas le cercle R ; & la roue P est comprimée, d’autant qu’il juge à-propos lui faire sentir l’effet du contre-poids, qu’on ne doit jamais abaisser que par degrés, autrement on risqueroit de briser l’arbre tournant, que l’effort du vent tordroit vers le colet.

De la pompe. V. Pl. Cette machine, en l’état qu’elle est construite, ne met en mouvement qu’une pompe, parce qu’il faut nécessairement que les forces du mobile agissent au centre de la tour, & que toutes les parties supérieures du moulin que l’on tourne alternativement de tous les côtés, aboutissant au point central 8, III. Pl. fig. 1. or, puisqu’il n’y a qu’un centre, il est difficile d’y ajuster plusieurs pompes ; il les faudroit faire agir sur une bascule appuyée sur un point d’appui, ce qui ne seroit pas avantageux ; puisque cette composition & les parois de plusieurs pompes, multiplieroient les frottemens. Il a paru plus simple & plus avantageux de n’y en admettre qu’une, & de lui donner un plus grand diametre, comme aussi de le faire lever deux fois dans un tour du moulin ; ces deux coups de pompe forment dans le mouvement une sorte d’équilibre semblable à la pluralité des pompes, qu’on estime en ces sortes de machines hydrauliques.

Figure 1. La premiere figure de la V. Pl. représente cette pompe en son entier, formée de plusieurs corps solidement établis, & soutenus sur la charpente qui est dans l’intérieur du puits.

A & A sont deux pieces de charpente qui entrent dans la maçonnerie du puits, dont le plan est à côté. Elles sont situées un peu au-dessus de l’eau ; elles servent à porter tout le fardeau de la pompe, & sont aidées des barres de fer que l’on y voit.

B & B ainsi que C & C sont d’autres poutres qui forment comme deux étages dans l’intérieur du puits, lesquelles servent à appuyer les corps de pompe qui y sont unis au moyen de liens de fer, ainsi qu’on le voit aux plans de ces étages qui sont à côté.

G & G est un assemblage de charpente qui sert à fixer cette pompe au milieu du puits, ainsi que nous l’avons dit de la I. Pl. lettre G.

DDD sont trois corps de pompe de bois appuyés, ainsi qu’on les voit, sur les poutres A.

Les emboîtures de ces pieces étant bien arrondies, on enduit ces deux pieces, à l’endroit de leur emboîture, de goudron ; on seme sur ce goudron du sable fin, bien tamisé & très-sec : lorsque les pieces sont unies, le sable & le goudron tombent dans la jonction, & la tient parfaitement étanchée, tant que dure la pompe. Il est bon d’avertir que ces corps de pompe sont sujets à fendre lorsqu’on les emploie secs, si on n’a pas la précaution de les humecter plusieurs jours en dehors avant de leur faire sentir l’humidité en-dedans.

E, est un corps de pompe de cuivre de quatre piés de longueur attaché à l’extrémité inférieure des corps de pompe de bois D. Le piston agit dans cette piece ; elle est destinée à en supporter les frottemens, sans altération sensible de la part de ce corps de pompe.

F, est une lanterne de cuivre, percée de trous sans nombre, dans laquelle le bout inférieur de la pompe de cuivre entre : elle empêche que les ordures n’entrent dans la pompe lorsqu’elle agit. Cette lanterne est attachée sur la planche M, qui est au fond du puits. Cette planche est retenue au fond du puits par deux pierres 1 & 2, au travers desquelles passent deux broches de fer qui les fixent sur la planche.

Fig. 2. La figure 2. de cette V. Pl. donne la coupe de tous les corps de pompe, dans l’intérieur desquels on voit la branche du piston & le piston même plongé dans l’eau : cette branche est composée de deux longues pieces de sapin arrondies, & de trois pouces à trois pouces & demi de diametre, jointes ensemble par des pieces de fer, & par deux écrous E, qu’il faut avoir soin de river. A l’extrémité supérieure H, sont des trous qui servent à passer la cheville du levier G. fig 1. de la IV. Pl.

A l’extrémité inférieure de la même Planche est le piston qui est développé en la fig. 3. ainsi que le corps de pompe de cuivre, & toutes les parties qui lui appartiennent.

Developpement du corps de pompe de cuivre, V. Pl. 3. fig. L est le piston que l’on a fait de bois de hêtre, parce qu’il est d’un très bon usage dans l’eau : on voit cette piece en grand, entourée de son cuir du Brésil attaché à la branche du piston O, au moyen d’une piece de fer à charniere N, dont un bout tient au piston par trois écrous qu’il faut river.

La même piece de fer N est attachée par l’autre bout sur la branche du piston O, au moyen d’un long affourchement de fer : des broches de fer passent au travers & lient ces affourchemens ensemble, comme vous le voyez en O. Observez que ces broches soient à écrou & rivées, afin qu’elles compriment fortement le bois & le fer ; mais ces broches quoiqu’en nombre, comme vous les voyez en la branche du piston H, 2. fig. seroient sujettes à déchirer le bois suivant son fil, lorsque le moulin leve le piston avec violence, si elles n’étoient soutenues elles mêmes par une autre broche de fer toute semblable, que l’on passe au-travers du bois, mais dans un sens opposé, comme on le voit en O, où l’on a rendu sensible une de ces broches soutenues d’une autre : toutes les jonctions qui sont à cete branche du piston doivent être traitées ainsi.

Cette branche est si solide (celles de fer seroient sujettes à fléchir), que depuis 1743 jusqu’à présent, on n’y a fait aucunes réparations, & on n’a pas trouvé à propos de la renouveller en 1754, quoiqu’on ait été obligé de passer de nouveaux corps de pompe de bois, qui étoient totalement pourris. Par la longueur de cette branche on a évité toute aspiration incommode dans ces pompes.

P est la soupape qui est au fond de la pompe de cuivre ; cette piece est du même bois que le piston ; elle est légerement entourée d’étoupes imbibées de suif, afin qu’elle joigne le cuivre & remplisse exactement la place qu’elle occupe. Elle porte une anse de fer qui sert à accrocher & à enlever cette soupape lorsqu’il faut la réparer.

On voit tant-à-côté de la soupape que du piston, le plan des clapets de ces deux pieces : l’explication de l’un servira pour l’autre, parce qu’ils sont de même construction, il different seulement de grandeur ; ils sont faits d’un cuir fort (le cuir du Brésil bien liant & bien égal est le meilleur), tenu entre deux pieces de cuivre. La piece de dessous porte une large vis qui passe au-travers du cuir, & va se visser dans la piece de cuivre I, qui est en-dessus de quatre lignes d’épaisseur : l’on voit cette vis exprimée par des points à l’endroit où elle est rivée. Le cuir qui est entre ces deux pieces de cuivre porte sur les bords du fût de bois des soupapes, & les rend étanches. Ce même cuir s’étend sur toute la partie postérieure des mêmes fûts pour y servir de charniere. On pose sur cette derniere partie du cuir une nouvelle plaque de cuivre 2, d’une ligne d’épaisseur, que l’on attache aux fûts, en passant des clous au travers de la plaque de cuivre & du cuir ; de sorte cependant que le clapet 1 puisse ouvrir & fermer librement. On observe d’abattre les arrêtes des pieces de cuivre, afin que les cuirs ne soient pas coupés par le jeu du clapet.

La fig. 3. fait encore voir la piece Q, qui est une plaque de cuivre vue de profil, d’un pouce d’épaisseur, & d’un pié en quarré ; le corps de pompe de cuivre passe dedans, & y est fortement soudé. R est le plan de cette piece de cuivre.

Sur cette piece on pose un cuir du Brésil 3, auquel on observe les mêmes ouvertures qui sont à la plaque de cuivre R. Quatre écrous 4, compriment cette plaque de cuivre contre la pompe de bois & le cuir 3 qui se trouve pris entre les deux corps de pompe, & étanchent cette jonction.

Mais comme les crampons qui portent les vis & les écrous 4, ne peuvent être fixés au corps de pompe de bois avec des clous qui y feroient des trous, on y a suppléé par un cercle de fer divisé en quatre parties S, qui sont jointes ensemble par quatre bonnes vis. On pose ce cercle en S fig. 1. & 2. il sert premierement à fixer les crampons ci-dessus, en embrassant la pompe de bois, à laquelle il donne de la solidité ; & lorsque le corps de bois vieillit, que le bois diminue de volume, on répare ce défaut en serrant les quatre parties de ce cercle également avec les quatre vis, & on empêche la pompe de fuir tant qu’elle n’est pas totalement pourrie ; c’est pour cette derniere raison que l’on a fait les quatre trous qui sont à la plaque de cuivre R un peu en ovale, tendant au centre de cette plaque, au moyen desquels les crampons qui y passent peuvent se rapprocher du centre, à mesure que le cercle S les comprime.

Cette pompe ainsi travaillée a toute la solidité requise pour résister à tous les efforts du moulin, deux années se passent communément avant qu’on soit obligé d’y mettre de nouveaux cuirs. On a préferé l’usage des corps de pompe de bois à ceux de plomb, qui auroient pû s’affaisser par leur propre poids & par l’action du piston.

On a donné 5 pouces de diametre à l’intérieur du corps de pompe de cuivre, & 5 pouces & 3 lignes à ceux de bois, afin que la soupape & le piston puissent passer librement dans ces corps de pompe lorsqu’on les introduit pour les mettre en place.

Lorsqu’on introduit, ou que l’on retire la branche du piston, cette piece embarrasse par sa longueur : les écrous E, V. Planche, 2. figure, donnent la liberté de la diviser en deux parties que l’on introduit l’une après l’autre.

Lorsqu’il s’agit de lever la soupape P, l’effort qu’il faut faire pour l’arracher du lieu où elle est posée, & où elle s’attache par l’effet du moulin, est considérable, il faut être pourvu d’un croc de pompe 6, Pl. V. fait d’une balle de fer d’un pouce ; on y attache une forte corde avec laquelle on descend ce croc dans la pompe, après en avoir enlevé le piston ; & quand on a saisi l’ance de la soupape P, Pl. V. fig. 3. on porte le bout de la corde sur l’arbre tournant, autour duquel on fait plusieurs tours, & trois hommes font tourner les ailes du moulin, jusqu’à ce que cette soupape soit hors du corps de pompe de cuivre : l’arbre tournant fait en cette opération l’office d’un cabestan.

Pour donner au corps de pompe de cuivre la solidité convenable au travail qu’il a à supporter, on y a employé des planches de cuivre de deux lignes d’épaisseur, & on l’a fortifié de bandes de pareil cuivre, que l’on a soudées par-dessus de distance en distance, ainsi qu’on le voit, fig. 3. de la Pl. V.

Du produit de la pompe. Nous avons dit que le corps de pompe dans lequel le piston agit, est de 5 pouces de diametre.

Le piston H, 1. fig. de la Pl. V. peut être levé jusqu’à 21 pouces ; mais nous supposons qu’il ne sera élevé que de 18 pouces, pour ne pas compter trop avantageusement : chaque coup de piston fera donc sortir de la pompe un cylindre d’eau de 5 pouces de diametre sur 18 pouces de hauteur, qui équivaut à-peu-près à 350 pouces cubiques. Nous avons dit que la vîtesse des ailes la plus avantageuse étoit celle où le moulin faisoit neuf tours par chaque minute, ou 540 tours par heure, qui font 1080 coups de pompe par heure ; le produit sera donc de 378000 pouces cubiques d’eau : en supposant le muid d’eau de 8 piés cubiques, il contient 13824 pouces cubiques ; en ce cas la somme de 378000 pouces d’eau équivaut à 27 muids un tiers par heure : en 16 heures de travail, qui est la journée ordinaire, il produira 437 muids. Nous supposons ici un vent très favorable & bien soutenu, & les cuirs de la pompe en très-bon état, ce qui arrive rarement ; ainsi on ne doit espérer que 350 muids lorsque le vent est très-favorable, beaucoup moins lorsque le vent est plus foible, & qu’il n’est pas continuel, comme en été.

Le levier G, même figure, s’éleve lorsque le moulin marche jusqu’aux lignes ponctuées G, qui sont au-dessus, ce qui donne 21 pouces d’élevation au piston H : que si l’on vouloit faire rapporter à cette pompe une plus grande quantité d’eau que nous n’avons dit ci-dessus, on pourroit la transporter vers le point 8 ; la levée du piston se trouveroit augmentée, la pompe rapporteroit en proportion ; mais le moulin auroit à mouvoir un plus grand fardeau. On doit donc consulter les forces du moulin avant de prendre cet avantage : si au contraire le moulin se trouvoit trop chargé, on le soulageroit en transportant la pompe vers le point 4, les points 4 & 8 restant toujours tels qu’ils sont.

Toute la charpente qui est à ce puits, Pl. V. figure premiere, est disposée pour opérer ces changemens, au cas qu’il en eût été besoin. Que si le moulin eût été établi dans un lieu isolé, éloigné de tous les objets qui peuvent arrêter le cours du vent, on auroit pû sans nul inconvénient approcher la pompe du point 8, jusqu’à la faire peser sur le moulin au point 8, 150 liv. plus qu’elle ne pese ; mais les murailles & les bois voisins qui diminuent l’action du vent, ont déterminé à la laisser au milieu du puits.

Nous avons dit que le cylindre d’eau qui sort de la pompe à chaque coup de piston, pouvoit être évaluée à 350 pouces cubiques d’eau ; sur ce pié la pompe de 50 piés en contiendra 11700 pouces cubiques, qui équivalent à 6 piés 3 quarts de piés cubiques : à 72 liv. le pié cubique, font 486 liv. que peseroit l’eau contenue dans l’intérieur de la pompe, si elle ne contenoit que de l’eau ; mais le bois des pistons & le fer qui s’y trouve pesent ensemble plus que l’eau ; c’est pourquoi l’on a estimé la charge totale contenue en l’intérieur de la pompe, à 520 l. indépendamment des frottemens intérieurs évalués à 200 liv. & du poids des leviers, comme nous l’avons dit.

Si on fait attention au total de cette machine, on trouvera qu’elle tire un avantage de la longueur des leviers dont elle est composée : quoiqu’ils soient forts, ils fléchissent cependant quand le vent force le mouvement, de sorte que la pompe n’a jamais été incommodée des négligences du gardien, & la solidité de toutes les parties est telle qu’il n’est point encore arrivé de désastre.

Cette machine est d’autant plus avantageuse, qu’elle n’a coûté que 3000 liv. au plus ; c’est-à-dire, la tour, la pompe, l’intérieur du puits & toute la machine, indépendamment du puits & des reservoirs qui étoient faits d’ancienneté.

Que s’il s’agissoit d’élever l’eau d’une hauteur moindre que celle du puits dont est question, il suffiroit d’augmenter les diametres des corps des pompes, pour profiter de tous les avantages du moulin dont le produit augmenteroit.

Projet. figure 2. de la premiere Pl. Mais s’il s’agissoit d’élever l’eau d’un puits de 150 à 200 piés de profondeur, on pourroit multiplier les forces du moulin en faisant les ailes de 32 piés de long & de 9 piés de large ; on pourroit même y pratiquer six ailes ; alors on pourroit multiplier les pompes en les arrangeant comme on les voit à la premiere Pl. fig. 2. qui est une idée de la disposition qu’il conviendroit leur donner. F est la barre de fer sur laquelle agit le moulin que nous avons vû ci-devant au milieu de la tour. G, le levier de pompe sur lequel les quatre pistons des pompes sont fixes ; 4 est son point d’appui. Les quatre pompes que l’on voit dans l’intérieur du puits sont censées avoir chacune 50 piés de longueur ; elles se communiquent au moyen d’une petite cuvette qui est à leur partie supérieure.

Le moulin étant en mouvement, les quatre pompes agissent ensemble ; celle d’en bas 1 remplit & entretient la cuvette A ; la pompe 2 y puise l’eau, qu’elle transporte dans la cuvette B ; la pompe 3 puise en B l’eau qu’elle éleve en la cuvette C ; la pompe 4 puise en C l’eau qu’elle éleve jusqu’au-dessus du puits, & la transporte au-dehors.

Une commodité qu’il est bon de faire observer ; est que si un homme pose sa main au point 8, III. Pl. fig. premiere, lorsque ce levier est au plus haut degré d’élévation G, où le moulin puisse le porter, & qu’il soutienne ce levier à ce degré d’élévation, soit de sa main, soit de quelqu’autre appui, la pompe & le moulin sont partagés de sorte que l’un n’a plus de prise sur l’autre, & qu’il ne peut arriver nulle sorte d’accident par la vîtesse des aîles qui sont seules en mouvement.

Il y a beaucoup d’autres machines auxquelles on a donné le nom de moulins ; nom qui sembleroit par son étymologie ne devoir appartenir qu’aux machines qui par le moyen des meules pulvérisent & réduisent en farine les différentes graines : car toutes les-autres machines auxquelles on a donné le nom de moulins, n’ont de commun avec ceux qu’on vient de décrire, qu’une roue à l’eau, soit à aubes ou à pots, premier moteur de la machine ; c’est cette ressemblance extérieure qui peut-être aura fait donner indistinctement à toutes les machines qui suivent le nom de moulins : ainsi pour

Moulin à poudre à canon. Voyez Poudre & Salpetre.

Moulin à tan. Voyez Tan.

Moulin à scier le bois en planches. Voyez Scie.

Moulin à chaplets. Voyez Pompe.

Moulin à papier. Voyez Papier ou Papeterie.

Moulin à foulon. Voyez Manufacture en laine.

Moulins à bras. On voit deux de ces moulins représentés, dans nos Pl. d’Agriculture, ils sont de fer ; ils servent à moudre tout ce qu’on ne peut porter aux moulins à blé, comme amande, poivre, ris, caffé.

La construction en varie beaucoup relativement à la forme intérieure ; quant à la partie qui mout, elle est toujours la même.

La position de l’arbre peut être ou verticale, comme on la voit, fig. 1. ou horisontale, comme elle est fig. 9. où l’on voit une des sortes de moulins à bras garni de toutes ses pieces : nous allons commencer par le détail de celui-ci. Aux deux côtés sont deux platines de fer battu de 6 pouces de large sur 10 pouces de haut ; c’est entre ces platines qu’est placé & suspendu le corps du moulin. Les pieces dont le corps du moulin est composé sont la boîte qu’on voit fig. 10. la noix qui entre dans cette boîte fig. 11. le noyau de la noix qui se place dans la noix fig. 12. & les cloisons qu’on voit fig. 9. forment extérieurement le corps du moulin, revêtant la boîte, & fixées sur les platines au moyen de deux étochios rivés chacun, & sur les platines & sur les cloisons. Les bouts des étochios, du côté de la face de la cloison sur laquelle doit poser la boîte, doivent excéder d’une ligne ou deux ladite cloison, pour entrer dans deux trous pratiqués dans l’épaisseur de la boîte, fig. 10. mais on ne peut appercevoir ces étochios, parce qu’ils sont au dedans de la machine ; mais voyez-les aux fig. 13. & 14. Les platines & le corps du moulin sont tenus ensemble par quatre vis dont on voit les extrémités & leurs écrous, sur la face d’une des platines du moulin, fig. 9.

Il faut bien remarquer, 1°. qu’avant que de fixer le corps du moulin & les plaques ensemble, il faut placer la noix qui doit être montée sur son arbre, comme on voit fig. 11. la noix placée, on arrête les platines par les vis & leurs écrous.

Il faut encore remarquer, 2°. que la hauteur de la cloison laisse un intervalle entre la plaque où l’on voit la manivelle fig. 9. & le derriere de la noix, pour laisser passer la farine de ce qu’on mout.

3°. Que comme il faut que la noix puisse avancer ou reculer, selon que l’on veut moudre plus gros ou plus fin, & que cependant il ne faut pas que cette noix se déplace, on a posé sur la face intérieure de la même plaque, où l’on voit les vis & leurs écrous, un heurtoir, ou une piece de fer plat, longue de 3 pouces ou environ, sur 15 de large, & 3 ou 4 d’épaisseur, au milieu de laquelle est un trou où l’arbre de la noix est reçu, & qu’à chaque extrémité il y a deux trous pour recevoir le bout des vis à tête quarrée qu’on voit fig. 17. qui passent à-travers la plaque & par-dessous le heurtoir qu’on voit fig. 18. & qui entrent dans les deux trous susdits comme on voit fig. 18. ces vis y sont rivées, mais mobiles, de sorte qu’en tournant ces vis auxquelles la même plaque sert d’écrou, on fait avancer parallelement le heurtoir vers l’embase-de l’arbre de la noix, il est impossible que l’arbre recule ; car la noix & la boîte étant de forme conique, la noix fait toujours effort pour sortir de sa place.

4°. Que la hauteur de la cloison appliquée à l’autre platine, laisse un vuide entre la plaque & la tête de la noix, vuide qu’on appelle l’engrenoire, c’est sur cette cloison qu’est en partie posée la trémie, & en partie sur la boîte.

Ce que nous venons de dire suffit de reste pour entendre le méchanisme & l’action d’une machine aussi simple ; mais quelque détail sur les parties acheveront d’éclaircir le reste.

On voit fig. 16. la plaque ou platine de derriere, par la face du dedans sur cette platine, la cloison, avec les étochios qui la rendent immobile ; au centre de la cloison une douille rivée sur la plaque, à-travers laquelle l’arbre de la noix passe ; cette douille est saillante à l’extérieur, comme on voit, fig. 15. face extérieure de la même platine : on voit aussi à cette douille une virole. L’usage de la douille est de donner plus de solidité à l’arbre, & lui servir de palier, ce qui est nécessité par le trop peu d’épaisseur des plaques, qui ne pourroient resister long-tems à l’effort de l’arbre mu quand on mout.

La fig. 18. est l’autre plaque, ou la plaque de devant, vûe par la face intérieure, on remarquera sur cette plaque l’autre cloison avec ses étochios, au centre de la cloison le heurtoir, & les bouts des vis rivées sur le heurtoir.

La fig. 17. représente la plaque ou platine de devant vûe en dehors du côté de l’arbre qui meut la machine ; on y remarquera aussi les vis du heurtoir, avec une bouterolle fixée comme la douille à l’autre plaque & pour le même usage.

On sait par l’emploi précédent des figures, que la dixieme est la boîte du moulin. Il faudra la forger d’une barre plate d’acier, & lui donner 20 lignes de hauteur sur 6 lignes d’épaisseur de dehors en dehors. On tournera cette barre de forme conique sur un mandrin. La base de la boîte aura 46 lignes de diametre, & le diametre du côté de la tête n’aura que 39 lignes ; le tout de dehors en dehors : dans l’épaisseur des deux faces de la même piece, comme on a dit, seront percés de trous pour recevoir les tenons des étochois : au reste, les mesures présentes varieront selon la force des moulins.

La noix qu’on voit fig. 11. se fera aussi comme la boîte, d’une barre d’acier, de même hauteur & épaisseur, tournée & soudée comme on l’a indiqué.

La fig. 12. est le noyau de la noix. Il faut que ce noyau soit un peu moins haut que la noix ou la virole, afin qu’on puisse serrer le bord de dedans de cette virole sur le noyau sans diminuer la hauteur.

Au centre du noyau est un trou quarré qui reçoit l’arbre.

Au milieu de l’arbre il y a un ambase qui sert à arrêter la noix : au côté de la tête de la noix on a ouvert une mortoise pour une clavette qui serrera la noix contre l’embase.

La mortoise qui a environ 6 lignes de hauteur, empêche que le heurtoir ne pose ou ne s’applique entierement contre la base de la noix, ce qui rendroit le mouvement rude.

Le dedans de la boîte est cannelé ; ses dents sont comme celles d’une écouanne, c’est-à-dire que le devant de la dent est perpendiculaire & le derriere incliné.

L’inclinaison des dents de la boîte & l’inclinaison des dents de la noix sont en sens contraire.

La fig. 13. est la cloison des dents de devant, elle porte en partie la trémie ; elle est faite de fer battu comme une cloison de serrure ; elle a 9 lignes de hauteur sur deux lignes d’épaisseur : on y a montré les étochios qu’il attache à la plaque.

La fig 14. est la cloison de derriere, c’est elle qui forme l’intervalle resserré entre la platine & la noix ; elle sera aussi faite d’une lame de fer battu, sa hauteur de 14 lignes & son épaisseur de deux : on y voit aussi ses deux étochios.

Passons maintenant au moulin à bras, à arbre perpendiculaire, celui de la fig. premiere : on le voit garni & monté de toutes ses pieces ; il ne differe du précédent qu’en ce qu’il n’a ni platine ni cloison, mais seulement deux entretoises & deux vis qui en lient toutes les pieces.

L’espece d’entonnoir qui le forme est cannelé en dedans. Sur cet entonnoir au haut est l’entretoise supérieure entaillée dans son épaisseur, & au bas l’autre entretoise ou l’inférieure ; ces deux entretoises sont tenues par des vis bien paralleles afin que l’arbre soit bien vertical. A la patte de l’entretoise supérieure on a percé plusieurs trous ; dans ces trous sont rivées des pointes ; ces pointes servent à fixer le moulin sur le dessus d’une table ; à la patte de l’entretoise inférieure il y a un trou taraudé qui reçoit une vis dont le bout est en griffe ; cette vis & cette griffe fixent le moulin contre le dessus de la table : la vis en griffe est traversée par en-bas d’un boulon à tête, arrêté dans l’œil de ladite vis. On voit dans la même figure la tremie, le bas de l’entonnoir qui est en cône s’appelle le culot du moulin ; c’est-là que tombe la mouture. La partie cylindre est fermée en-dessus par une rondelle qui couvre la noix ; sur cette rondelle est montée la trémie.

Les figures adjacentes montrent les parties séparées de ce moulin ; la fig. 2. est la manivelle, son pommeau est mobile sur sa broche ; la fig. 3. représente la noix & son arbre ; la fig. 4. l’entretoise de dessus ; la fig. 5. l’entretoise de dessous ; la fig. 6. la rondelle qui tourne le moulin ; la fig. 7. le boulon de la vis à griffe ; & la fig. 8. la vis à griffe.

Moulin a bras du Levant, (Méchan.) on se sert beaucoup dans le Levant de moulins à bras pour moudre le blé. Ces moulins consistent en deux pierres plates & rondes, d’environ 2 piés de diametre, que l’on fait rouler l’une sur l’autre par le moyen d’un bâton qui tient lieu de manivelle. Le blé tombe sur la pierre inférieure, par un trou qui est au milieu de la meule supérieure, laquelle par son mouvement circulaire, le répand sur la meule inférieure où il est écrasé & réduit en farine ; cette farine s’échappant par le bord des meules, tombe sur une planche où on la ramasse. Le pain qu’on en fait est de meilleur goût que le pain de farine moulue aux moulins à vent ou à eau : ces moulins à bras ne se vendent qu’un gros écu ou une pistole. (D. J.)

Moulin pour exprimer l’huile des graines. Cette machine a beaucoup d’affinité avec le moulin à foulon à la hollandoise décrit à son article. Voyez Manufacture en laine. Celui-ci construit dans une tour de charpente élevée sur une autre de maçonnerie d’environ 12 piés d’élévation, est mu par la force du vent comme les moulins à vent. Voyez Moulin à vent. C’est le comble de ce moulin qui tourne sur la tour pour virer au vent & y présenter les aîles. Voyez Pompe, & les figures plus détaillées de ces sortes de combles, la construction & l’explication de leurs différentes parties représentée plus au net dans les planches des pompes mues par le vent.

L’arbre tournant AB, renfermé dans le comble, lequel porte les volans, porte aussi un rouet C, dont les alluchons engrainent dans les alluchons d’un autre rouet horisontal D, ou les fuseaux d’une lanterne fixe sur l’arbre vertical DF concentrique à la tour ; cet arbre porte une lanterne E dont les fuseaux conduisent les alluchons d’un rouet G fixé sur le gros arbre horisontal HK auquel sont adhérentes les levées NNN des pilons OP qui pulvérisent les graines placées dans les mortiers FFF, pratiqués dans une forte piece de bois XY où elles sont écrasées par les chûtes réitérées des pilons.

Les pilons sont guidés dans leur mouvement vertical par des moises TVcd entre lesquelles leurs tiges peuvent couler librement lorsque les levées dont elles sont armées sont rencontrées par celles de l’arbre HK ; l’extrémité P des mêmes pilons est arrondie & garnie d’une boîte de fer pour la conserver, la partie arrondie remplit l’ouverture du mortier, ce qui empêche les graines de ressortir, comme on peut voir en ZAE qui représente la coupe de quatre mortiers & celle de l’auge où se fait le pressurage.

Entre les deux moises qui servent de guides aux pilons en est une troisieme ab à laquelle sont fixées par un boulon des pieces de bois servant de cliquets pour arrêter & suspendre les pilons quand on veut suspendre leur effet ; pour cela il y a une coche à la face latérale de chaque pilon dans laquelle, lorsqu’il est relevé un peu plus haut que les levées de l’arbre ne peuvent le conduire ; une des pieces dont nous parlons vient s’engager & tient par ce moyen le pilon suspendu, ce qui permet de retirer les graines pulvérisées de dedans les mortiers sans pour cela suspendre l’effet des autres parties de la machine, chaque pilon ayant son cliquet.

Les graines pulvérisées, ainsi qu’il vient d’être explique, & réduites en une espece de pâte, sont mises dans des sacs de crin qu’on appelle scoufins, pour être portées à la presse & en exprimer l’huile, ce qui se fait en cette sorte ; aux extrémités X & AE des deux grosses pieces de bois, dans lesquelles sont creusées les mortiers, sont aussi pratiqués deux vuides ou auges dans lesquelles se fait le pressurage : on place un sac entre les deux plaques de fer 1, & un autre entre les deux autres plaques 5 ; on remplit le reste de l’auge avec des billots de bois 6, 7, dont les faces sont inclinées en talud, & dont la longueur est égale à la largeur de l’auge ; on place aussi la piece 2 dont un des taluds s’applique contre la face en surplomb de la piece 6 ; cette piece 2 qui répond au-dessous du pilon R ne porte point au fond de l’auge ; enfin contre ces pieces on applique quelques planches 44 pour remplir suffisammant le vuide de l’auge, & ne laisser au coin 3 qu’une place suffisante ; on ôte ensuite le cliquet ou autre arrêt qui tient le pilon S suspendu ; les levées Q de l’arbre horisontal HK relevent quatre fois à chaque révolution le pilon S dont les chûtes réitérées sur la tête du coin 3 le font entrer à force entre les calles ou échsses 4, 4, ce qui comprime latéralement les sacs & exprime l huile de la pâte qu’ils contiennent ; cette huile s’éçoule par une ouverture pratiquée au fond de l’auge dans les vases destinés à la recevoir.

Lorsque le coin 3 est descendu au fond de l’auge on arrête le pilon S, & après que l’huile a cessé de couler, on desserre les sacs par le moyen du pilon R, qui agissant sur la partie étroite du coin renversé 2, dont la tête ne touche point au fond, repousse ce coin 2 jusqu’à ce que sa tête touche au fond de l’auge, ce qui desserre d’autant toutes les pieces dont elle est remplie, & permet de relever le coin 3 ; on arrête alors le pilon R ; on remet le coin 2 en situation ; on met deux ou plusieurs nouvelles éclisses 4, 4, qui s’appliquent contre celles qui y sont déjà placées, & entre lesquelles on replace le coin 3 que l’on fait entrer à force par l’action du pi on S comme auparavant, ce qui comprime de nouveau les sacs & en exprime une plus grande quantité d’huile : on réitere cette manœuvre jusqu’à ce que l’huile cesse de couler, & on a la premiere huile ou l’huile vierge tirée sans feu.

Le marc que l’on retire de cette opération n’est pas encore si bien épuisé d’huile qu’il n’en reste encore beaucoup, mais si bien liée au marc que la plus forte expression ne sauroit l’en faire sortir ; pour l’en retirer on met le marc dans des chaudieres établies sur des fourneaux de maçonnerie Voyez la fig. 2. Plan. suivante ; ces chaudieres dont la concavité est sphérique, & dans lesquelles on met un peu d’eau pour empêcher le marc de brûler ; il y a au-dessus de la chaudiere une tige de fer ab, dont l’extrémité inférieure est terminée par une ancre cd concentrique à la chaudiere, & dans laquelle elle peut tourner librement étant suspendue par deux traverses de bois fixes à quelques-unes des parties du bâtiment qui renferme la machine ; l’extrémité supérieure a de la tige ba de l’ancre, est armée d’une lanterne dont les fuseaux engrenent & sont conduits par les dents d’un petit rouet dont l’axe horisontal placé au niveau de l’arbre HK fig. premiere, est terminée à l’autre extrémité par une lanterne dont les fuseaux sont menés par les dents d’un des petits rouets LM, fixés sur le grand arbre HK, chacun de ces deux rouets conduit une ancre semblable à celle que l’on vient de décrire.

Le marc toujours brouillé dans l’eau par le mouvement continuel de l’ancre, s’en impregne, & l’effet combiné de ce fluide & de la chaleur en dissout l’huile & la dispose à sortir, pour cela on reporte ce marc à la presse, qui en fait sortir l’eau & l’huile qu’il contient, laquelle se sépare facilement de l’eau à laquelle elle surnage dans les vaisseaux où ce mélange a été reçu au sortir de la presse ; pour favoriser cette opération on chauffe médiocrement les plaques de fer entre lesquelles les sacs sont placés, & on réitere cette opération tant qu’on espere en tirer quelque profit ; on met à part les résultats de ces différentes opérations qui donnent des huiles de 1le. 2e. 3e. sortes, &c.

Il est des substances dont on tire de l’huile, qui exigent avant d’être mises dans les mortiers, la préparation d’être écrasées sous des meules, comme celles de la fig. 3. Pour cela il y a au-dessus de la lanterne E, fig. 1. de l’arbre vertical DE, une autre lanterne plus petite, dont les fuseaux conduisent les dents d’un hérisson horisontal fixé sur la tige verticale du chassis ABCD, fig. 3. qui contient les meules. Ce chassis est composé de deux jumelles AB, CD, réunies par quatre entretoises Bc, e, f, AD, dont les deux intérieures e, f, embrassent sur deux faces opposées l’arbre vertical. Ce même arbre est aussi enfermé sur les deux autres faces par deux petites entretoises 9 assemblées dans les deux premieres, avec lesquelles elles composent un quarré dans lequel l’arbre est renfermé. Les deux autres entretoises AD, CD, portent chacune dans leur milieu un poinçon pendant nm, assemblé ainsi que les quatre entretoises à queues & clavettes ; ces poinçons sont affermis par deux liens op, & leurs extrémités inférieures sont percées d’un trou circulaire pour recevoir les tourillons de l’axe h des meules, dont la circonférence en roulant, écrase les matieres que l’on a mises dans le bassin circulaire L. Ce bassin ou auge circulaire de pierre dure est établi sur un massif de maçonnerie, & a à son centre une crapaudine dans laquelle roule le pivot d’embas de l’arbre vertical.

Comme l’action des meules en roulant range les matieres qui sont dans le bassin vers les bords & vers le centre où elles resteroient sans être écrasées, on a pour remédier à cet inconvénient placé un ou deux rateaux fke, qui ramenent à chaque révolution ces matieres sous la voie des meules.

Au lieu d’établir ce moulin dans une tour de bois composée de huit arestiers réunis par des entretoises, guettes, contrevents, ou croix de saint André, comme celle de la figure, on pourroit le construire dans une tour de pierre : on peut aussi se servir au lieu du vent, du courant d’une riviere.

Moulin a tabac ; ces moulins qui ont beaucoup d’affinité avec les moulins à tan (voyez Moulin à tan), & avec celui que l’on vient de décrire, la maniere de faire mouvoir les pilons étant la même, n’en different qu’en quelques détails que nous allons expliquer.

Le tabac que l’on veut hacher est placé dans un mortier A, fig. 4. de forme cylindrique, dans lequel les pilons armés de longs couteaux affilés & bien tranchans, tombent alternativement, & coupent par ce moyen le tabac. Mais comme les couteaux des pilons guidés par deux moises suivent toujours la même direction, ils retomberoient toujours sur le même endroit dans le mortier, si l’on n’avoit donné à celui-ci un mouvement circulaire qui présente successivement à l’action des couteaux les différentes parties du tabac qui y sont contenues.

Le mortier est armé d’une cramaillere dentée en rochet, dont les dents reçoivent l’extrémité d’un cliquet B fixé à l’extrémité inférieure d’un chevron vertical ED, avec laquelle il est articulé à charniere : l’extrémité supérieure E du même poteau est de même assemblée à charniere dans l’extrémité d’une bascule SV représentée en profil, fig. 5. mobile au point T sur un boulon qui la traverse aussi-bien que la mortoise pratiquée dans une des jumelles de la cage des pilons, à-travers de laquelle on a fait passer la bascule SV : l’extrémité S répond vis-à-vis des levées fixées sur l’arbre horisontal destinées à l’élever quatre fois à chaque révolution ; ce qui fait baisser en même tems l’autre extrémité V, fig. 5. ou E, fig. 4. & par conséquent l’extrémité D du chevron ED, dont le cliquet pousse une des dents de la cramaillere du mortier, & le fait tourner sur son centre d’une quantité proportionnée à la distance d’une dent à l’autre.

Le même chevron est reçu dans la fourchette d’une bascule DCX qui lui sert de guide, & où il est traversé par un boulon. Cette bascule mobile au point C sur un boulon qui la traverse, & le chevalet qui la porte, est chargée à son autre extrémité X par un poids dont l’effet est de relever le chevron vertical DE après qu’une des levées a échappé l’extrémité S de la bascule supérieure SV ; ce qui met en prise-le cliquet ou pié de biche B dans la dent qui suit celle qu’il avoit poussée en avant lors de la descente du chevron ED.

L’arbre des levées au nombre de vingt pour chaque mortier, savoir quatre pour chacun des quatre pilons armés de couteaux qui agissent dans le mortier, & les quatre autres pour la bascule du chevron, les extrémités de toutes ces levées doivent être disposées en hélice ou spirale, pour qu’elles ne soient pas toutes chargées à la fois des poids qu’elles doivent élever ; cet arbre, dis-je, porte aussi un rouet vertical, dont les alluchons conduisent une lanterne G, fig. 6. fixée sur un treuil vertical ; le treuil porte une poulie H qui y est fixée, laquelle au moyen d’une corde sans fin qui l’embrasse, & une des poulies pratiquée sur la fusée K, fig. 6. lui transmet le mouvement qu’elle a reçu du rouet. Cette fusée K fixée à une tige de fer LN coudée en M, fait mouvoir en différens sens les tamis O, P, fixés à un chassis dont la queue embrasse le coude de la manivelle M. Par cette opération le tabac pulvérisé qui a été apporté des mortiers dans les tamis O, P, y est sassé continuellement, ce qui sépare la poudre la plus fine d’avec les parties grossieres ; cette poudre passe à-travers les toiles des tamis, & tombe dans le coffre R qui est au-dessous : quant aux parties grossieres qui n’ont pas pû passer au travers des tamis, elles sont reportées dans les mortiers, où par l’action continuelle des pilons, elles sont réduites en poudre assez fine pour pouvoir passer au-travers des tamis.

Moulin a grand banc, pour exprimer l’huile des graines ; pour faire l’huile on commence par mettre la quantité de deux sacs d’olives, qui pesent les deux, environ 400 livres, dans le bassin A du moulin, pour être écrasées par la meule B, & réduites en ce que l’on appelle pâte, que l’on met dans une auge C, qui est auprès du pressoir. On réitere cette opération quatre fois, ce qui fait la quantité de pâte nécessaire pour remplir les cabacs ; après quoi on exprime l’huile de la maniere suivante.

Par le moyen de la visse D, ayant élevé l’arbre FG sur les clés ou solives E, dont les mortoises des petites jumelles dites serres N, sont remplies, ensorte que le point F de l’arbre soit plus élevé que le point G, pour laisser la commodité de manœuvrer ; on remplit les cabacs de pâte, & on les empile au nombre de quarante-huit, comme se voit au point H ; cela fait on abaisse le point F, ce qui faisant porter l’arbre sur la pile de cabacs, donne moyen de placer les clés I dans les mortoises des grandes jumelles L, & d’ôter celles E des petites jumelles N. Alors tournant la visse au sens contraire, on abaisse le point G jusques à ce que l’arbre appuyant au point H sur la pile des cabacs, celle-ci résiste, & la visse D pour lors continuant d’être tournée dans son écrou O jusques à ce qu’elle soit montée à son colet, tient le massif P suspendu. Si venant à descendre par son poids il appuie son pivot Q sur la crapaudine R, il faut relever le point G de l’arbre pour donner moyen de mettre une autre clé I dans les mortoises des grandes jumelles L ; & la compression sur les cabacs est portée à son dernier période lorsque le massif P reste suspendu. Alors l’huile coule dans une cuvette S pleine d’eau jusques aux deux tiers, à côté de laquelle il y en a une autre T, où se place l’homme qui ramasse l’huile d’abord avec une cuilliere ou casserole de cuivre V, & ensuite avec une lame de cuivre X, pour ne point prendre d’eau. Après quoi par un robinet on fait passer l’eau de la cuvette S dans l’autre T, d’où elle va se rendre dans un réceptacle dit les enfers Y. Ce réceptacle étant plein, se décharge à mesure de la nouvelle eau qui vient, par un tuyau de fer blanc dit chantepleure Z, qui la puisant à cinq pans de profondeur ne vuide pas l’huile qui surnage. Voyez les Pl. d’Agriculture.

Moulin a scier le bois, est une machine par le moyen de laquelle on refend les bois soit quarrés ou en grume. Le méchanisme d’un moulin à scier se réduit à trois choses : 1°. à faire que la scie hausse & baisse autant de tems qu’il est nécessaire, 2°. que la piece de bois avance vers la scie, 3°. que le moulin puisse s’arrêter de lui-même après que les pieces sont sciées. Il y a des moulins de différentes constructions, & même on peut employer à cet usage la force du vent.

Celui dont il va être question est mû par un courant : une roue à aubes A de douze piés de diametre, placée dans un coursier, en reçoit l’impression, & devient le moteur de toute la machine ; l’arbre de cette roue placé horisontalement, porte l’hérisson B de cinq piés de diametre garni de trente-deux dents, qui engrene dans une lanterne C de huit fuseaux : l’arbre de cette lanterne est coudé ; ce qui forme une manivelle d’environ quinze pouces de rayon, dont le tourillon est embrassé par les collets de fonte qui remplissent le vuide de la fourchette pratiquée à la partie inférieure D de la chasse DE, d’environ huit piés de longueur : la partie supérieure E de cette chasse est assemblée à charniere avec la traverse inférieure du chassis de la scie ; toutes ces pieces sont dans la cave du moulin.

Sur le plancher du moulin sont fixées deux longues coulisses fg, fg, composées chacune d’une piece de bois évuidée en équerre, & deux fois aussi longues que le chariot auquel elles servent de guide ; leur direction est perpendiculaire à celle-de l’axe de la roue à aubes, & aussi au plan du chassis de la scie.

Le chariot est aussi composé de deux brancards ou longues pieces de bois hk, hk, de neuf à dix pouces de gros, unies ensemble par des entretoises de trois piés ou environ de longueur : ce chariot peut avoir trente ou trente-six piés de long ; il est garni de roulettes de fonte de quatre pouces de diametre, espacées de deux piés en deux piés pour faciliter son mouvement le long des longues coulisses qui lui servent de guide ; ces roulettes sont engagées dans la face inférieure du chariot qu’elles desafleurent seulement de quatre lignes : il y a aussi de semblables roulettes encastrées dans les faces latérales extérieures du chariot ; ces dernieres roulent contre les faces latérales intérieures des longues coulisses, & servent à guider en ligne droite le mouvement du chariot.

A côté & au milieu des longues coulisses, sont placées verticalement deux pieces de bois lm, lm, de douze piés de longueur, évuidées aussi en équerre comme les longues coulisses, & qui en servent en effet au chassis de la scie ; ces pieces sont fixées par de forts boulons de fer qui les traversent aux faces latérales de deux poutres, dont l’inférieure fait partie du plancher au-dessus de la cave, & l’autre fait partie d’une des fermes du comble qui couvre l’attelier dans lequel toute la machine est renfermée.

Le chassis de la scie est composé de deux jumelles no, no, de huit piés de longueur, assemblées par deux entretoises nn, oo, dont l’inférieure oo est racordée à charniere avec la châsse DE : la supérieure nn est percée de deux trous dans lesquels passent les boulons à tête & à vis pp, par le moyen desquels on éleve une troisième entretoise mobile par ses extrémités terminées en tenons dans deux longues rainures pratiquées aux faces intérieures des jumelles du chassis ; c’est par ce moyen que l’on bande la feuille ou les feuilles de scie, car on en met plusieurs qui sont arrêtées haut & bas par des étriers de fer qui embrassent l’entretoise inférieure & l’entretoise mobile dont on vient de parler. Il faut remarquer aussi que le plan du chassis répond perpendiculairement sur l’axé de la lanterne E, dont la manivelle communique le mouvement vertical au chassis de la scie.

Le chassis de la scie est retenu dans les feuillures de ses coulisses par des clés de bois, trois de chaque côté ; ces clés dont la tête en crossette recouvrent de deux pouces le chassis, & sont arrêtées aux coulisses après les avoir traversées par des clavettes qui en traversent les queues.

Les faces intérieures des coulisses du chassis de la scie sont revêtues de regles de bois d’environ dix pouces d’épaisseur ; ces regles sont mises pour pouvoir être renouvellées lorsque le frottement du chassis les ayant usées, il a trop de jeu, & ne descend plus bien perpendiculairement, sans quoi il faudroit réparer ou rapprocher les coulisses qui sont fixes à demeure. Ces regles aussi bien que toutes les autres parties frottantes de cette machine, doivent être graissées ou enduites de vieux-oing.

Pour refendre une piece de bois, soit quarrée ou en grume, on la place sur le chariot, où on l’affermit dans deux entailles pratiquées à deux coussinets ; ces coussinets sont des morceaux de madriers entaillés en-dessous de maniere à entrer d’environ deux pouces entre les brancards du chariot, & au milieu en-dessus d’une entaille assez grande pour recevoir en tout ou en partie la piece de bois que l’on veut débiter ; c’est dans ces entailles qu’elle est affermie avec des coins ou avec des crochets de fer. Les coussinets sont aussi fixés sur les brancards, le long desquels ils sont mobiles par des étriers, dont la partie inférieure embrasse le dessous des brancards, & la supérieure les coins, au moyen desquels on affermit les coussinets à la longueur des pieces que l’on veut refendre, ou bien on fixe les coussinets par des vis dont la partie inférieure applatie embrasse le dessous des brancards, & la supérieure terminée en vis est reçue dans un écrou que l’on manœuvre avec une clé percée d’un trou quarré qui embrasse le corps de l’écrou.

La piece de bois à refendre ayant donc été amenée sur le chariot, & l’extrémité par laquelle le sciage doit finir ayant été posée sur un coussinet, ou sur l’entretoise du chariot qu’elle couvre d’environ deux pouces, on place un coussinet sous cette même piece à l’extrémité par laquelle la scie doit entrer, sur lequel on l’affermit : ce coussinet est fendu verticalement par autant de traits qu’il y a de feuilles de scie, & dans lesquels pour lors les feuilles sont engagées de toute leur largeur, & encore deux ou trois pouces au-delà. C’est sur cet excédent que repose la piece de bois que l’on veut débiter, où elle est affermie par quelqu’un des moyens indiqués ci-dessus.

Au dessous & tout le long des deux brancards sont fixées deux cramailleres de fer dentées dans toute leur longueur ; les dents de ces cramailliers engrenent dans des lanternes de même métal fixées sur un arbre de fer horisontal, qui porte une roue dentée en rochet. C’est par le moyen de cette roue que le chariot, & par conséquent la piece de bois dont il est chargé, avancent à la rencontre de la scie.

Le rochet dont on vient de parler est poussé du sens convenable pour faire avancer le chariot sur la scie à chaque relevée, & cela par une bascule dont l’extrémité terminée en pié de biche, s’engage dans les dents du rochet pour empêcher celui G de rétrograder. Il y a un cliquet ou volet mobile à charniere sur le plancher, & disposé de maniere à retomber dans les dentures à mesure qu’elles passent devant lui. Voyez les fig. & leur explication en Charpenterie.

C’est du nombre plus ou moins grand des dents du rochet, que dépend le moins ou le plus de vitesse du chariot, & par conséquent du sciage. Cette vitesse doit être moindre quand le chassis porte plusieurs scies que quand il n’en porte qu’une, puisque la résistance qu’elles trouvent est proportionnelle à leur nombre. On refend de cette maniere des troncs d’arbres jusqu’en dix-huit ou vingt feuillets de trois ou quatre lignes d’épaisseur, qu’on appelle feuillets d’Hollande, & dont les Menuisiers, Ebénistes, &c. font l’emploi.

Reste à expliquer comment, lorsque la piece est sciée sur toute sa longueur à un pouce ou deux près, la machine s’arrête d’elle-même : pour cela il y a une bascule par laquelle la vanne qui ferme le coursier est tenue suspendue, & le coursier ouvert : la corde par laquelle l’autre extrémité de la bascule est tenue abaissée, est accrochée à un déclict placé près d’une des coulisses du chassis de la scie, & tellement disposée, que lorsque l’extrémité du chariot est arrivée jusque là, un index que ce même chariot porte fait détendre le déclict qui lâche la corde de la bascule de la vanne ; cette vanne chargée d’un poids venant à descendre, ferme le coursier & arrête par ce moyen toute la machine.

Pour amener les pieces de bois que l’on veut scier sur le chariot, il y a dans la cave du moulin un treuil armé d’une lanterne, disposé parallelement à l’axe de la roue à aubes. Ce treuil, monté par une de ses extrémités sur quelques-unes des pieces de la charpente qui, dans la cave du moulin, soutiennent les pivots de la roue à aubes & de la lanterne de la manivelle, est soutenu, du côté de la lanterne, par un chevron vertical ; l’extrémité inférieure de ce chevron, terminée en tenon, est mobile dans une mortoise pratiquée à une semelle, posée au fond de la cave du moulin ; l’extrémité supérieure du même chevron traverse le plancher par une ouverture aussi large que le chevron est épais, & longue autant qu’il convient pour que la partie supérieure de ce chevron, poussée vers l’une ou l’autre extrémité de cette ouverture, puisse faire engrener ou desengrener la lanterne du treuil avec les dents de l’hérisson. On arrête le chevron dans la position où il faut qu’il soit pour que l’hérisson puisse mener la lanterne, soit avec une cheville qui traverseroit l’ouverture qui lui sert de coulisse, ou avec un valet ou étai assemblé à charniere à l’autre extrémité de la même coulisse, & dont l’extrémité, terminée en tranchant, s’engage dans des crans pratiqués à la face du chevron.

Lorsqu’on veut faire cesser le mouvement du treuil, il n’est besoin que de relever le valet & de repousser le chevron vers l’autre extrémité de la coulisse où il reste arrêté par son propre poids, sa situation étant alors inclinée, & la lanterne, n’engrenant plus avec l’hérisson, cesse de tourner.

La corde du treuil, après avoir passé, en montant obliquement sur le plancher du moulin, par une ouverture où il y a un rouleau, est étendue horisontalement le long des coulisses du chariot, & est attachée à un autre petit chariot monté sur quatre roues, sur lequel on charge les pieces de bois que l’on veut amener dans le moulin pour y être débitées ; la même corde peut aussi servir à ramener le chariot entre les longues coulisses, après que la piece de bois dont il est chargé auroit été débitée dans toute sa longueur. Pour cela il faut relever l’extrémité de la bascule qui engrene dans les dents du rochet & le cliquet qui l’empêche de rétrograder ; on amarre alors la corde du treuil à la tête du chariot, après cependant qu’elle a passé sur une poulie de retour ; &, relevant la vanne du coursier, la roue à aubes venant à tourner fera aussi tourner le treuil dont la lanterne est supposée engrener dans l’hérisson, & fera, par ce moyen, rétrograder le chariot dont les cremaillieres feront en même tems rétrograder le rochet, jusqu’à ce que la scie soit entierement dégagée de la piece qu’elle avoit refendue. En laissant alors retomber la vanne, elle fermera le coursier, & la machine sera alors arrêtée.

Dans les pays de montagnes où on trouve des chûtes d’eau qui tombent d’une grande hauteur, il y a des moulins à scier plus simples que celui dont on vient de voir la description. Ils n’ont ni hérisson ni lanterne, le mouvement de la scie dépendant immédiatement du mouvement de la roue à aubes, sur laquelle l’eau est conduite par une beuse ou canal de bois, dont l’ouverture est proportionnée à la grandeur des aubes qui peuvent être faites en coquilles, & à la quantité d’eau dont on peut disposer, ou on se sert d’une roue à pots dans lesquels l’eau est conduite par le même moyen.

Dans ces sortes de moulins, l’arbre de la roue porte la manivelle qui, par le moyen de la châsse, communique le mouvement à la scie. Le chariot & le reste est à-peu-près disposé de même.

La vîtesse de la scie est d’environ soixante-douze ou quatre-vingt relevées par minute, & la marche du chariot pendant le même tems est d’environ dix pouces ; ainsi, en une demi-heure, une piece de bois de vingt-cinq piés peut être refendue d’un bout à l’autre. Pour ce qui concerne la forme des dentures des scies, voyez l’article Scie & Scieur de long. (D)

Mouiin, en terme d’Epinglier-Aiguilletier, est une boîte de bois, longue & ronde, garnie de plusieurs bâtons comme une cage d’oiseau, & surpassée par un autre plus gros qui la traverse dans toute sa longueur. Ce bâton a à l’un de ses bouts une manivelle avec laquelle on tourne le moulin sur deux montans. Voyez les figures, Planches de l’Aiguillier-Bonnetier. Une de ces figures, même Pl. représente l’arbre du moulin, traversé de plusieurs bâtons. On met les aiguilles, après qu’elles sont trempées, dans le moulin avec du son pour les sécher ou les éclaircir, ce qui se fait en les sassant dans cette machine.

Moulin, en terme de Batteur d’or, c’est un instrument de fer monté sur un banc d’environ quatre piés de haut. Cette machine est composée de deux montans percés vers le milieu de deux encoches, dans lesquelles sont rivées par un bout deux roues massives d’acier trempé, qui se terminent chacune du côté opposé par un arbre quarré à son extrémité, qui excede le montant, & où entre une manivelle. Les montans sont traversés en-haut d’une piece qui les surpasse tous deux, & qui, dans cette partie même, est percée en vis & contient un écrou qui tombe de part & d’autre sur l’arbre de chaque roue, & par le moyen duquel on les approche ou on les éloigne tant qu’il est besoin. Entre les deux roues, seulement à l’extérieur, est un morceau de fer percé en quarré, qui contient l’or toûjours au milieu. A mesure qu’on tourne les manivelles, les roues écrasent & chassent l’ouvrage, & l’applatissent suffisamment pour pouvoir être perfectionné au marteau, ce qui s’appelle passer au moulin. Voyez l’article Batteur d’or & les Pl.

Moulin, machine dont les Bimblotiers, faiseurs de dragées de plomb pour la chasse, se servent pour adoucir les angles des dragées, c’est-à-dire, la partie du jet particulier par lequel elles tenoient à la branche ou jet principal. Voyez Branche & l’article Fonte des dragées au moule. Pour cet effet, on les met trois ou quatre cens pesant-dans le moulin que l’on fait tourner ensuite.

Le moulin représenté dans les Pl. de la Fonderie des dragées au moule, est une caisse de bois fortement sertie par des bandes de fer qui en maintiennent les pieces assemblées ; cette caisse qui a un pié quarré de face par les bouts & quinze pouces de long, est traversée dans la longueur par un axe terminé par deux tourillons, qui roulent sur les coussinets M des montans MN du pié sur lequel la machine est posée ; ces montans sont assemblés dans des couches OO où ils sont maintenus par des étais PP, ensorte que le tout forme un assemblage solide ; une des extrémités de l’axe est terminée par un quarré B sur lequel est attaché avec une clavette la manivelle FKL, au moyen de laquelle un homme tourne la boîte ABCD dont tous les parois intérieurs sont armés de grands clous, dont l’usage est de frapper en tout sens les dragées dont la boîte est remplie à moitié ou aux deux tiers. Le couvercle est tenu fortement appuyé sur la boîte ABCD par le moyen de quatre charnieres 11, 22, qui tiennent à la boîte, & de quatre autres 33, 44, qui tiennent au couvercle QR. Ces charnieres sont retenues les unes dans les autres par des boulons S & T qui les traversent ; ces boulons sont arrêtés par des clavettes qui passent au-travers d’un œil pratiqué à leurs extrémités s & t ; l’autre est une tête ronde qui empêche le boulon de sortir de la charniere par ce côté.

Moulin, en terme de Boutonnier en tresses, ce sont deux meules de bois bien polies, placées l’une au-dessus de l’autre, & ayant chacune la manivelle pour la tourner. Au-dessus, en-travers, est une planche garnie dans le milieu d’une vis. Cette planche répond à deux montans qui se haussent & se baissent comme on veut sur l’arbre de la roue de dessus ; par-là on les écarte & on les rapproche à son gré. Ce moulin sert à fouler les tresses pour les reparer. Voyez Tresses. Je ne parle point du banc & des piés du moulin, il lui faut ces deux pieces, cela va sans dire, mais nulle forme affectée. L’essentiel de la machine sont ses roues ; la carcasse sur laquelle elles sont montées, on peut la faire de diverses manieres également bonnes.

Moulin a pierres précieuses, en terme de Diamantaire, est une machine de bois composée de quatre montans cb, figures & Planches I. du Diamantaire, assemblés les uns avec les autres par des traverses bb, ii, qui forment en-bas & en-haut des chassis qui affermissent les quatre montans. Les traverses sont assemblées par des vis qui traversent les montans, & se vissent dans les écrous placés dans l’intérieur des traverses à trois ou quatre pouces de leurs extrémités, ensorte que tout cet assemblage a la forme d’un parallélipipede plus long que haut & plus haut que large. La longueur est de sept ou huit piés, la hauteur de six, & la largeur ou épaisseur de deux. Nous appellerons cette derniere, dimension, le côté de la machine. Les côtés, outre les deux traverses 1 & 5, en ont encore trois autres 2, 3, 4. La premiere porte le sommier du chef l, qui est une forte piece de bois qui traverse la cage dans le milieu de son épaisseur. Cette piece est assemblée à tenons & mortoises dans le milieu de chaque traverse 22. La traverse 3 porte la table, cc, qui est un fort madrier de chêne ainsi que tout le reste de la machine. Les traverses 44 portent le sommier du bas n, assemblé de même que le premier l. Celui-ci est soutenu dans le milieu de sa longueur par un pilier o, assemblé d’un bout dans le sommier, &, par en-bas, dans une piece de bois qui traverse le chassis inférieur. Cette piece est assemblée à tenons & mortoises dans les longues barres ii de ce chassis. Le sommier supérieur est percé de deux trous quarrés verticaux, dans lesquels passent deux barreaux de bois de noyer ee, qui sont retenus dans les trous par des clavettes ou clés de même bois qui traversent horisontalement le sommier, voyez les figures ; o est le bâton de noyer, c la clé qui le serre dans le trou du sommier.

Le sommier inférieur n est de même percé de deux trous, dans lesquels passent deux autres bâtons de noyer d, retenus avec une clé c. Ces bâtons doivent répondre à plomb au-dessous de ceux du sommier supérieur l. Ces bâtons doivent être placés vers les extrémités des sommiers à un quart de leur longueur de distance. La table m de la machine est percée de deux trous ronds de cinq ou six pouces de diametre, dont les centres répondent précisément entre les extrémités des deux bâtons c & f, qui servent de crapaudines pour les pivots p & R de l’axe de la roue de fer q qui traverse la table lm. Voyez les fig. On éleve plus ou moins la roue q en élevant ou abaissant les deux barreaux Dd, qui servent de crapaudines à son axe.

Cet axe se termine en pointes par les deux bouts. Ces pointes sont les pivots qui roulent dans les trous coniques, pratiqués aux extrémités des bâtons qui regardent l’axe. A un tiers ou environ, en montant, est une platine de fer de cinq pouces de diametre, soudée sur l’arbre qui lui est perpendiculaire. Cette platine a quatre tenons zzzz (fig. 17.), qui entrent dans quatre trous yyyy, pratiqués à la face inférieure de la meule (fig. 16.) ; x est le trou par où entre l’arbre. La fig. uu représente le dessus de la meule qui est de fer forgé ; le milieu de la meule est cavé à moitié de l’épaisseur totale.

Après que la meule est passée sur l’arbre, & que les tenons z sont entrés dans les trous yy, on passe, sur la partie cylindrique 2 de l’arbre, une virole i que l’on serre contre la meule, & celle ci contre la platine par le moyen d’une clavette ou coin qui traverse la mortoise 3. Voyez la fig. 5. qui représente comment les tenailles sont posées sur la meule précisément de q en Q, & sur la table ; & l’article Tenailles, qui explique leur construction.

Le mouvement est communiqué à la meule par le moyen d’une roue de bois, posée horisontalement. Cette roue a une gravure dans toute sa circonférence, dans laquelle passe une corde sans fin qui passe aussi dans une poulie (fig. 15.) fixe sur l’arbre au-dessous de la platine. Voyez la figure premiere, Pl. II. du Diamantaire, & R, fig. 5. de sa premiere Pl. & 15 & 17, qui représentent, la premiere, sa poulie qui a plusieurs gravures ; &, la seconde, l’arbre sur lequel elle doit être montée. Le mouvement est communiqué à la roue par le moyen d’un bras (voyez Bras.), qui communique au coude de l’arbre de la roue de bois par le moyen d’un lien de fer, appellé épée. Voyez Épée, & la Pl. II. du Diamantaire.

Lorsque la meule par l’usage est rayée & inégale, on la redresse avec une lime à quatre faces, fig. 14. 66 sont deux poignées par le moyen desquelles on gouverne la lime sur la meule qui tourne dessous. 77 est une reglette de bois dont l’usage est de garantir la virole de l’action de la lime ; on applique cette regle sur la face de la lime qui regarde l’axe de la roue.

Moulins a dégraisser et à fouler, (Draperie.) voyez l’article Manufacture en laine, où ils sont expliqués.

Moulins a fil, voyez l’article Fils & Dentelles, où ils sont expliqués.

Moulin, (Fourbisseur) les moulins pour faire les lames d’épée sont menés par l’eau, ils sont fréquens à Vienne en Dauphiné ; on y forge avec de grands marteaux ces excellentes lames d’epée qu’on nomme lames de Vienne. Voyez la Planche du Fourbisseur au moulin, dont voici l’explication.

Ce moulin est mu par une chûte d’eau qui coule dans un canal a, d’où elle tombe sur les aubes de la roue à l’eau c, dont l’axe est horisontal & porté par les tourillons qui sont à ses extrémités sur des coussinets de cuivre posés sur des massifs, dont l’un est au-dehors du bâtiment, & l’autre en-dedans ; ensorte que l’arbre ou axe de cette roue traverse la muraille par un trou fait exprès ; on a représenté la muraille rompue, pour laisser voir la roue à l’eau & le canal qui la conduit sur l’arbre de la roue à l’eau, & à sa partie qui est dans le bâtiment, est moulée une grande poulie dd sur laquelle passent deux cordes sans fin, qui par le moyen des poulies n & f qu’elles entourent, communiquent le mouvement aux deux arbres n N f N. L’arbre nN par le moyen de la poulie o, communique de même le mouvement à la poulie p qui fait tourner l’arbre sur lequel sont montées les deux meules qq. Par le moyen de la poulie r, le même arbre nN deux poulies s & u ; la premiere porte sur son arbre une meule de bois t, qui au moyen de l’emeril, dont elle est enduite sur la circonférence, sert à polir l’ouvrage ; c’est la derniere façon des lames au moulin. L’autre poulie u porte sur son arbre une grande meule de grès x, sur laquelle l’ouvrier, fig. 2. couché sur le chevalet ébauche une lame d’épée, après qu’elle a été forgée ; c’est la premiere meule sur laquelle on la fait passer. L’autre arbre fN porte trois poulies fgh & une meule i, la poulie f communique le mouvement par le moyen de la poulie k & d’une corde sans fin à l’arbre qui porte les deux meules lm de bois, qui, comme la meule t servent à polir l’ouvrage, la meule de grès i qui le meut avec moins de vitesse que la meule x, est la seconde de grès sur laquelle on passe l’ouvrage, tous les tourillons des arbres de cette machine sont portés sur des coussinets, établis sur des massifs de pierre ou de gros billots de bois. Les rigolles mm yy portent de l’eau par le moyen des tuyaux yyyyy, sur les tourillons & les meules pour y entretenir l’humidité.

La fig. 1. du bas de la Planche représente en particulier la grande poulie AB fixée sur l’arbre de la piece à l’eau ; DD sont les deux poulies f & n de la vignette, auxquelles la grande poulie communique le mouvement par le moyen des deux cordes sans fin encroisées en c & en G. E est la poulie k qui est menée par une corde sans fin qui l’entoure & la poulie D, cette corde est encroisée en f.

Les fig. 2. & 3. représentent en particulier la poulie S & la meule de bois t, fig. 3. vignette. A est la poulie t qui reçoit le mouvement par le moyen d’une corde sans fin, o la jonction des deux pieces de l’arbre, M la meule de bois t, P une fourchette qui soutient l’arbre de la poulie N.

La fig. 3. représente la même chose démontée, I la poulie, K la boîte de l’arbre de la poulie qui reçoit le tenon, L de l’arbre de la meule de bois M, qui est divisée par plusieurs gravures circulaires, ainsi qu’on peut voir en P & en QR qui est la coupe d’une meule de bois.

La fig. 4. représente la barre sur laquelle on assujettit les lames pour les passer sur les meules aa, est une barre de bois ou de fer courbée, comme on le voit dans la figure ; on applique la lame qu’on veut passer sur les meules sur le côté convexe de cette barre, on l’y assujettit par le moyen des deux anneaux dc qui entourent à la fois la barre & la lame bc, qui en cet état est ceintrée comme la barre, ce qui sait qu’elle porte mieux sur la meule à laquelle on présente le côté convexe.

Moulin, en terme de Lapidaire, est une machine composée de deux roues, dont l’une fait tourner l’autre sur un pivot ; c’est sur cette derniere que l’on travaille les pierres, les crystaux, &c. Voyez les détails, Planches & figures du Lapidaire : elle tourne sur un pivot, enfoncé dans une traverse, qui se hausse & s’abaisse au gré de l’ouvrier. Ces deux roues sont montées sur une charpente assez forte, & qui est couverte d’une sorte de table, bordée sur le derriere & les côtés, partagée en deux parties par une barre de bois, dans l’une desquelles est la manivelle, & dans l’autre la roue à travailler les pierres, dont l’arbre tourne dans le pivot de la potence. Voyez Potence. Voyez l’art. Pierre fine.

Moulin, à la monnoie, nom que les ouvriers donnent au laminoir. Voyez Laminoir.

Moulin, en terme de Fondeur de plomb à tirer, c’est un petit coffre suspendu sur deux montans où on le tourne à la main. Son intérieur est rempli de clous qui abattent les carnes qui sont restées au petit plomb. Voyez l’art. préced. Fond. de dragées.

Moulin, en terme de Potier de terre, est un tonneau ou un massif de plâtre ou de pierre, creux, dans le milieu duquel, on voit une crapaudine qui reçoit l’extrémité de l’arbre d’une roue qui se tourne à la main dans ce massif. C’est dans le moulin que le potier broye ses couleurs. Voyez Planche du Fayancier, cette machine étant commune à ces deux arts.

Moulin à tirer l’or, est une machine dont les Tireurs d’or se servent pour écraser le fil qui sort rond des filieres : ce sont deux roues d’acier enchâssées dans une cage ou montant au-dessus l’une de l’autre, de maniere qu’elles se touchent plus ou moins près, par le moyen de deux grenouilles qui sont au-dessus de l’arbre de ces roues, & qui tenant à une planche sous le banc, sont plus ou moins baissées, à proportion que le poids qu’on met sur cette planche est plus lourd. Derriere la cage est une bobine, d’où le fil vient dans la passette, après avoir passé dans les feuilles d’un livre couvert de quelque chose de pesant, pour empêcher ce fil d’aller de côté & d’autre. Il entre de ce livre dans la passette pour être écaché sous les roues, d’où il soit & va se dévider sur un bois qui est à la tête du moulin. Voyez Passette. A cette tête sont, comme nous le venons de dire, les bois sur lesquels on dévide le battu qui sont mus par la roue qui est attachée extérieurement à l’arbre de la roue d’acier qui est dessous, & qui tourne par le jeu de la manivelle.

Moulins a toile ; ils ne different pas de beaucoup des moulins à foulon, & on s’en sert pour dégraisser les toiles, après les avoir nettoyées une premiere fois, lorsqu’on les a retirées de la lessive. Voyez Blanchisserie. Il y en a qui sont menés par l’eau ; mais la plus grande partie le sont par les chevaux.

Moulin a cuir. On s’en sert pour nettoyer & pour préparer avec l’huile les peaux des cerfs, des buffles, des élans, des bœufs pour faire ce qu’on appelle des peaux de buffles à l’usage des militaires, & il est garni pour cela de plusieurs gros pitons qui s’élevent & s’abaissent ensuite sur les peaux dans de grandes auges de bois, au moyen d’une roue placée au-dehors, & que la force de l’eau fait tourner. Voyez Buffle.

Moulin a poudre a canon, est celui dont on se sert pour broyer & battre ensemble les ingrédiens dont la poudre est composée. Voyez Poudre à canon.

La poudre se broie dans un mortier, au moyen de pilons menés par une roue, qu’une chûte ou un courant d’eau fait tourner. Ce mortier & ces pilons étoient autrefois de fer, mais les accidens arrivés par le feu ont donné lieu d’en substituer de bois. Voyez Pl. V. de Fortif. fig. 2. & 3. un moulin à poudre construit à Essaune.

Explication de la figure de ce moulin. A, moulin à poudre avec toutes ses roues, ses pilons & ses mortiers.

B, profil des pilons & mortiers.

C, arbre qui fait mouvoir les pilons.

D, pilon.

E, bout du pilon.

F, coupe du mortier où se bat la poudre.

Au lieu de mortier, on se sert quelquefois d’une poutre creusée en forme de mortier, comme il est représenté lettre G, figure A.

Voyez dans l’Architecture hydraulique de M. Belidor, le détail d’un moulin à poudre, construit à la Fere.

Moulin à mouliner la soie, voyez l’article Soie.

Moulin des Verreries, voyez l’article Verrerie

Moulin a Moutarde, (Vinaigrier.) espece de machine dont les Vinaigriers se servent pour broyer le senevé avec le vinaigre dont ils composent la moutarde.

Cette machine est composée de la maniere suivante. C’est une espece de baril, fait de douves, & relié de cerceaux comme les futailles ordinaires, mais beaucoup plus bas. Ce baril s’ouvre par le haut, ou plutôt la partie d’en-haut, appellée le couvercle ou chapeau, s’emboîte dans la partie d’en-bas, appellée la cuvette. La cuvette a environ un pié & demi de diametre, & le fond en est rempli par une meule d’environ 5 pouces d’épaisseur, qui y est assujettie & immobile. Au centre de cette meule est un pivot scellé avec du plomb, & qui ressort d’environ un pouce & demi. A une des douves de la cuvette, & à la hauteur de la meule, est un petit trou destiné à donner passage à la moutarde broyée. Sur le pivot de la meule s’ajuste une autre meule, au-dessus de laquelle est mastiquée une planche de cœur de chêne, de même circonférence & de l’épaisseur de 2 pouces. Vers le milieu de la seconde meule, à la planche de chêne, est un trou circulaire fait en entonnoir, d’environ 3 pouces de diametre par en-haut ; ce trou est appellé mise, & communique à un-petit canal pratiqué dans toute l’épaisseur de la meule supérieure, & destiné à porter entre les deux meules les matieres que l’on veut broyer. Sur la planche de chêne ou chapeau du moulin, vers la circonférence, est un trou destiné à recevoir le bâton qui sert de main pour donner le mouvement à la meule. Lorsque le vinaigrier veut faire jouer son moulin, il insinue un long bâton dans ce trou par un côté, & de l’autre le fait entrer dans un autre trou pratiqué dans une planche attachée entre deux solives, immédiatement au-dessus du centre de la meule, de sorte que le bâton mis en place, est toûjours panché, ce qui donne plus de facilité à l’ouvrier pour faire jouer le moulin.