L’Encyclopédie/1re édition/NOIX

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NOIX, s. f. sorte de fruit qui a une écale fort dure, dans laquelle est enfermée une amande plus tendre, & mangeable. Voyez Gland, Amande, &c.

Il y a diverses sortes de noix ; savoir, des noisettes, des avelines, des chataignes, des noix de noyer, &c. Voyez Avelines, &c.

Noix, (Diete & Matiere méd.) voyez Noyer.

Noix d’acajou, (Botan. exot.) fruit, ou plutôt noyau taillé en rein, de la grosseur d’un œuf, couvert d’une écorce grise ou brune, épaisse d’environ une ligne, composée de deux membranes & d’une substance entre deux, qui est comme un diploé fongueux, contenant dans ses cellules un suc mielleux, roussâtre, âcre, mordicant, brûlant. L’amande qui est sous l’écorce est blanche, douce, & revêtue d’une petite peau jaune, qu’il faut ôter.

L’arbre qui porte la noix acajou vient en Amérique, au Brésil & aux Indes orientales. Il s’éleve plus ou moins haut, selon la différence du climat & du terroir ; car dans le Brésil, il égale la hauteur des hêtres, & est beaucoup moins grand dans le Malabar & dans les îles d’Amérique. Le pere Plumier en donne la description suivante.

C’est un arbre qui est presque de la grandeur de notre pommier, fort branchu, garni de beaucoup de feuilles, couvert d’une écorce ridée & cendrée. Ses feuilles sont arrondies, longues d’environ cinq pouces, larges de trois, attachées à une queue courte, lisses, fermes comme du parchemin ; d’un verd gai en-dessus & en-dessous, ayant une côte & des nervures paralleles.

Au sommet des rameaux naissent plusieurs pédicules chargés de petites fleurs disposées en maniere de parasol, dont le calice est découpé en cinq quartiers droits, pointus, en partie rougeâtres, & en partie verdâtres, rabatus en-dehors, & plus longs que le calice ; il porte dix étamines déliées, de la longueur des pétales, garnies de petits sommets ; elles entourent le pistil dont l’embryon est arrondi : le stile est grêle, recourbé, de la longueur des pétales, & le stigmate qui le termine est pointu.

Le fruit est charnu, pyriforme, de la grosseur d’un œuf, couvert d’une écorce mince, lisse, luisante, tantôt pourpre, tantôt jaune, & tantôt colorée de l’une & l’autre couleur. Sa substance intérieure est blanche, pleine d’un suc doux, mais un peu acerbe. Ce fruit tient à un pédicule long d’un pouce, & porte à son sommet un noyau en forme d’un rein, long d’environ un pouce & demi, lisse en dehors & d’un verd obscur & cendré. L’écorce de ce noyau est épaisse, & comme à deux lames, entre lesquelles est un diploé contenant un suc ou une huile très-caustique, d’un jaune foncé. L’amande que renferme ce noyau est blanche, couverte d’une peau mince & blanchâtre. Elle a un goût qui approche beaucoup de celui de la pistache. Ce fruit a une odeur forte ; & il est tellement acerbe, que s’il n’étoit adouci par l’abondance du suc qui en sort quand on le mâche, à peine pourroit-on le manger.

L’arbre acajou répand par occasion, ou même naturellement, beaucoup de gomme roussâtre, transparente, solide, qui se fond dans l’eau comme la gomme arabique. On exprime des fruits un suc qui, par la fermentation, devient vineux, & capable d’enivrer. On en fait du vinaigre, & on en tire un esprit ardent fort vif. Les Indiens aiment beaucoup les amandes, & expriment des écorces une huile qu’ils emploient pour teindre le linge d’une couleur noirâtre presque ineffaçable. (D. J.)

Noix d’areque, l’areque est une espece de palmier qui croît dans les Indes orientales, & qui s’éleve beaucoup. Cet arbre porte des fruits ovales & gros comme des noix. L’écorce de ces fruits devient jaune & molle en mûrissant, & couvre un noyau de la grosseur d’une aveline, gris au-dehors & marbré blanc & de rouge au-dedans comme une muscade. Ce noyau n’est pas régulierement ovale, il est applati & un peu concave à l’endroit qui répond au pédicule du fruit. Ce fruit, lorsqu’il n’est pas encore mûr, enivre ceux qui en mangent ; il devient astringent en mûrissant. Les Indiens lui donnent le nom de chosoal. Ils le font sécher au soleil, & ensuite ils le mêlent avec du betel, des huîtres brûlées, du lycuim, du camphre, du bois d’aloës & de l’ambre gris, pour faire des trochisques, qu’ils mâchent pour faire couler plus abondamment la salive. Ces mêmes Indiens font épaissir le suc des fruits de l’areque, & alors ils le nomment caché.

Noix ben, (Botan. exot.) vous trouverez au mot Ben la description complette de ce fruit, de l’huile qu’on en tire, & de son usage.

La noix ben croît en Espagne, en Arabie, en Ethiopie & dans les Indes. Elle a été connue des Grecs, des Romains & des Arabes, comme il paroît par les écrits de Théophraste, de Dioscoride, de Pline & de Mesué. Ils l’ont nommé βάλανος, μυρεψικὴ, μυροβάλανος, glans ægyptia, & glans unguentaria.

L’huile qu’on en tire par expression, oleum balanicum, ne rancit presque jamais, & n’a ni goût, ni odeur ; elle est très-utile aux parfumeurs pour prendre l’odeur des fleurs, & en faire des essences agréables. Les dames s’en servent aussi pour adoucir la peau ; & on la mêle avec du vinaigre & du nitre pour guérir les petits boutons, & calmer les démangeaisons. Horace appelle cette huile balanus.

Pressa tuis balanus capillis
Jamdudum apud me est.


« J’ai aussi, dit-il à Mécénas, de l’essence de ben, que j’ai fait tirer exprès pour parfumer vos cheveux ». Les parfumeurs romains savoient très-bien exprimer de cette noix une sorte d’huile qui faisoit un parfum exquis ; mais la plus estimée, au rapport de Pline, venoit de Pétra, aujourd’hui Grac, ville d’Arabie. Mécénas étoit l’homme du monde qui aimoit le plus le parfum, & qui y faisoit le plus de dépense : c’est sur ce soin qu’il avoit de se parfumer, qu’est fondé le bon mot d’Auguste, qui pour dépeindre le caractere du style de son favori, l’appelloit μυροτρίχεις, ajusté comme ses cheveux. (D. J.)

Noix de cyprès, (Mat. méd.) Voyez Cyprès.

Noix de Galle, (Hist. nat. des végét.) en latin galla, en grec κουρίδες ; ce sont des excroissances contre nature qui se forment sur divers chênes en divers pays, à l’occasion de la piquure de quelques insectes.

Nous tirons divers services des insectes sans aucune reconnoissance. Comme plusieurs d’eux trouvent la vie & le couvert sur de certaines plantes, c’est au soin qu’ils prennent d’y loger leurs petits, que nous devons l’invention ou la matiere des plus belles couleurs que l’on emploie, soit dans la Peinture, soit dans la Teinture, telles que sont, par exemple, le vermillon & l’écarlate. Nous devons en particulier le plus beau noir de nos étoffes de soie & de laine aux noix de galle, pur ouvrage des moucherons.

On a tort de les appeller noix, puisque ce sont des excroissances contre nature. Il est vrai qu’elles ont une sorte de noyau, & qu’on les recueille sur un arbre : mais elles n’ont qu’une fausse apparence de noix ou de fruit, sans être ni l’un ni l’autre. Il n’y a presque point de plante qui ne soit de même piquée par un insecte, & qui ne produise de ces prétendues noix de toute couleur & de toute grandeur. Il y a des arbres dont les feuilles en sont entierement parsemées ; mais on ne leur a point donné de nom, parce qu’on n’en fait point d’usage, & peut-être en tirera-t-on dans la suite de celles qui croissent sur le plane, sur le peuplier, sur le saule, sur le bouis, sur le lierre, &c. Les secrets des arts ne sont point épuisés.

Les noix de galle, puisque l’usage leur a donné ce nom impropre, viennent sur des chaînes ou sur des arbres qui portent du gland, mais non pas sur toutes les especes de chêne, ni dans tous les pays. Le chêne qui porte les galles s’appelle robre ou rouvre ; en latin, par les botanistes, robur. J. B. I. ij. 76. Raii, hist. II. 1386. Quercus gallam exiguæ nucis magnitudine ferens, C. B. P. 420. Tourn. inst. 583.

Il croît dans le Levant, dans la Pannonie, dans l’Istrie, en Italie, en Provence, en Gascogne, &c.

Cet arbre est plus bas que le chêne ordinaire, mais fort gros & souvent tortu ; son bois est fort dur, ses feuilles sont découpées à ondes assez profondes, couvertes d’un duvet délicat ; ses fleurs sont des chatons, & ses fruits des glands plus petits que ceux du chêne commun. Ses feuilles, fruit, écorce, sont astringens, résolutifs, & ont les mêmes vertus que ceux du chêne ordinaire ; mais le rouvre ne fournit pas des galles dans tous les pays ; par exemple, il n’en porte point en Angleterre ; la raison qu’en dit Ray est excellente, c’est que l’on ne voit point dans les îles britanniques les insectes qui donnent naissance aux noix de galle, & qu’il est constant que c’est à leur piquure que ces sortes d’excroissances contre nature doivent leur origine. Voici comme elles se forment suivant les observations de Malpighi qui le premier a développé ce méchanisme de végétation.

Certains petits insectes, & sur-tout certaines mouches piquent les bourgeons, les feuilles & les rejettons les plus tendres des rouvres ; ils en déchirent les vaisseaux les plus minces, & en font sortir une humeur qui se forme d’abord en une coque ou vessie, & puis se remplit & se durcit. En effet, le cœur du bouton étant entamé par la tariere de l’insecte, le cours du suc nourricier est interrompu. La seve détournée de son chemin s’extravase, s’enfle & se dilate à l’aide des bulles d’air qui entrent par les pores de l’écorce, & qui roulent dans les vaisseaux avec la seve. Cette vessie se seche en dehors, & l’air extérieur la durcit quelque peu en forme de croute ou de noyau. Cette boule se nourrit, végete & grossit avec le tems, comme le reste de l’arbre. On conçoit bien que le suc coulant de la plaie que la mouche a faite, il abonde ici avec plus d’abondance, parce que la résistance est diminuée, ensorte que les vaisseaux se distendent de plus en plus par l’humeur qui s’y répand.

Ces vessies sont destinées à être comme la matrice qui doit recevoir les œufs que pondent ces insectes, les conserver, les échauffer, les faire éclorre & les nourrir. Toutes ces vérités se justifient à l’œil & à l’examen. Quand on ouvre les noix de galle mûres & récentes, on trouve à leur centre des vermisseaux, ou plutôt des nymphes qui se développent insensiblement & se changent en mouches qui sont quelquefois d’un genre différent.

Peu de tems après qu’elles sont formées, elles se cherchent une issue en rongeant la substance de la noix de galle, & enfin elles font un trou rond à la superficie, par lequel elles sortent & s’envolent. Si les noix de galle ne sont pas percées, on y trouve le vermisseau ou la mouche : mais si elles sont ouvertes, on les trouve vuides ou remplies d’autres animaux qui sont entrés par hasard dans les trous, & se sont cachés dans ces petites tanieres ; on y trouve, par exemple, quelquefois une petite araignée qui profite du domicile vuide : elle y tend des filets proportionnés à la grandeur de la place, & y attrape les pucerons sans expérience qui y viennent chercher aventure.

On distingue deux sortes de noix de galle dans les boutiques, savoir celles d’orient, que l’on appelle noix de galle d’Alep ou Alepines, & celle de notre pays.

Les noix de galle d’Alep sont arrondies, de la grosseur d’une aveline ou d’une petite noix, anguleuses, plus ou moins raboteuses, pesantes, de couleur blanchâtre, verdâtre ou noirâtre, compactes & résineuses en-dedans, d’un goût astringent & acerbe : celles de notre pays sont rondes, rougeâtres ou rousses, polies à leur superficie, légeres, faciles à rompre, d’une substance plus raréfiée, spongieuses & quelquefois creuses. Elles sont moins bonnes pour la teinture que celles du levant. Elles n’étoient pas inconnues aux anciens. Les premieres s’appelloient ὀμφακίτες, & les autres ὀνοκίτες, comme si l’on disoit noix de galle des ânes.

Nous venons de voir que les noix de galle different par leur figure, par leur couleur & par leur surface polie ou raboteuse. Il est vraissemblable que ces différences dépendent principalement de la variété des especes d’insectes qui piquent les chênes. Comme les insectes d’un pays ne sont pas tous pareils à ceux d’un autre pays, quoique peu éloigné, il arrive par cette raison que sur la même espece de chêne, on voit croître en Italie des galles fermes, grosses & solides, pendant qu’en France elles sont molles, petites, &, à proprement parler, des fausses galles.

Les meilleures galles nous viennent de Tripoli, & sur-tout d’Alep & de Mozul sur le Tibre. On en recueille dans le Levant une si grande quantité, qu’on en tire de Smyrne seule plus de dix mille quintaux par an. La noix de galle des Turcs, qu’ils nomment bazgendge. est rougeâtre, de la grosseur d’une noisette, & est employée dans leur écarlate : ce fruit est fort cher en Europe.

Les noix de galle servent dans les arts. Je sai bien que, comme elles sont fort astringentes, quelques médecins les recommandent intérieurement dans les dissenteries, les flux de ventre & les hémorrhagies ; mais outre que ces maladies demandent des remedes extremement variés, suivant leur nature & leurs causes, & que dans plusieurs cas les noix de galle seroient plutôt nuisibles que salutaires, il faut encore convenir que, dans les cas où elles seroient utiles, on a des remedes beaucoup plus énergiques à mettre en usage.

M. Reneaume, membre de l’académie des Sciences, a cru avoir découvert dans les noix de galle un second spécifique pour les fievres intermittentes ; mais la vertu fébrifuge qu’il leur attribuoit, n’a point été confirmée par l’expérience, & la théorie de la fievre de ce médecin, sur laquelle il fondoit son remede, étoit pitoyable.

On emploie les noix de galle extérieurement pour resserrer & répercuter, pour affermir & fortifier les parties qui sont trop relâchées. On s’en sert dans des injections & dans des fomentations astringentes pour guérir la chûte de la matrice, & celle de l’anus qui vient du relâchement du sphincter. Elles entrent aussi dans quelques emplâtres & onguens astringens, comme dans l’emplâtre pour les hernies, appellée communément emplâtre contre les ruptures, de Charas.

Elles servent encore en Chimie à éprouver la nature des eaux minérales : elles donnent à la solution du vitriol la couleur noire, ou plutôt celle de violette foncée ; savoir, lorsque le sel alkali des noix de galle se joint au sel acide vitriolique, & en fait séparer les parties métalliques ; alors ces particules ne vont pas au fond de la liqueur, mais elles s’unissent avec les particules sulphureuses des noix de galle, lesquelles nagent dans le fluide & soutiennent les particules métalliques. Par cette raison l’infusion ou la décoction de ces noix sert aux Chimistes & aux Physiciens pour l’examen des eaux minérales ; car si elles contiennent un sel vitriolique, ou un peu de fer ou de cuivre, cette infusion ou cette décoction donne à ces eaux la couleur noire, violete, pourpre ou tirant sur le pourpre, selon qu’elles contiennent plus ou moins de sel métallique.

Cependant le principal usage des noix de galle est réservé pour les arts, pour les teintures du grand & sur-tout du petit teint, pour les corroyeurs & autres ouvriers en cuir, enfin pour faire de l’encre. Les Teinturiers emploient les galles étrangeres, dites galles à l’épine pour teindre en noir, & les galles de France, qu’ils nomment cassenolles, pour former en soie le noir écru. (D. J.)

Noix de galle, (Chimie & Matiere médicale.) noix de galle d’Alep, & noix de galle de notre pays.

Ces deux especes de noix de galle sont fort analogues quant à leur composition intérieure ou chimique ; mais les premieres sont meilleures, tant pour les usages chimiques que pour ceux de la médecine & ceux des arts.

La noix de galle possede éminemment le goût acerbe, austere, stiptique, propre aux écorces des bois & à celles de quelques fruits, par exemple de la grenade. On a coutume d’attribuer cette saveur à un sel vitriolique ou alumineux, & à un principe terreux très surabondant & presque nud. La propriété que possede la noix de galle de précipiter les sels métalliques, principalement observée dans ses effets sur le vitriol de Mars, indique assez bien ce principe terreux ; mais & la démonstration chimique de la nature de la noix de galle & la théorie des phénomenes qu’elle présente, lorsqu’on l’applique aux différentes dissolutions de fer, manquent également à la Chimie jusqu’à présent. L’observation nue des faits a seulement appris que la poudre ou la décoction filtrée de noix de galle étant mêlée en petite quantité à une liqueur qui contient la moindre parcelle de fer, dans quelque état que ce soit, y manifeste ce métal sous la forme d’un précipité plus ou moins divisé, plus ou moins rare, selon qu’il est plus ou moins abondant, & de différentes couleurs proportionnelles à ses différens degrés de tenuité & d’abondance, dans l’ordre suivant : le précipité à peine sensible est d’une couleur de rose tendre, il devient par nuances paillé, vineux, gros-rouge, violet, bleu foncé, & enfin noir, c’est-à-dire bleu très-foncé. Voyez Noir. Cette derniere nuance est celle de l’encre, qui n’est autre chose qu’une forte dissolution de vitriol martial précipité par la noix de galle, & dans laquelle le précipité est constamment suspendu par une matiere gommeuse dont cette liqueur est en même tems chargée. Voyez Encre & Vitriol.

Quant aux vertus médicamenteuses de la noix de galle, nous avons à en dire exactement la même chose que des noix de cyprès. Voyez Cyprès, mat. méd. M. Reneaume, médecin de Paris, a donné sur leurs vertus fébrifuges un mémoire à l’académie royale des Sciences, an. 1711. (b)

Noix d’Inde, nux Indica, (Médecine.) est le fruit d’un arbre qui croît dans les Indes, & qu’on appelle cocotier. Voyez Cacao & Chocolat.

Noix de Madagascar, (Botan. exot.) noix grosse comme une noix de galle, ronde, légere, de couleur de châtaigne, ayant l’odeur & le goût du girofle, mais beaucoup plus foible, & contenant quelques pepins ou semences : on nous l’apporte de Madagascar ; c’est le fruit d’un arbre appellé dans le pays ravendsara. (D. J.)

Noix métel, (Médecine.) voyez Pomme épineuse.

Noix muscade, (Botan. exot.) voyez Muscade.

Noix vomique, (Botan. exot.) amande ou fruit de différente grosseur, que nous recevons des Indes orientales. Il est mal nommé noix vomique, car il n’excite point le vomissement ; mais il tue les hommes, les quadrupedes & les oiseaux, après leur avoir causé de terribles angoisses.

On nous envoie le plus communément sous le nom de noix vomique une amande orbiculaire, applatie, large d’environ un pouce, épaisse de deux ou trois lignes, d’une substance dure comme la corne, de couleur grise, un peu lanugineuse en dehors ; ayant une espece de nombril qui occupe le centre, mais plus applati d’un côté que de l’autre.

Les Grecs n’ont point connu notre noix vomique, & il n’est pas certain que ce soit la noix métel des Arabes. Ceux des modernes qui ont pris la noix vomique orientale pour une racine, ou pour un champignon, se sont également trompés : c’est l’amande ou le fruit d’un certain arbre, qui s’appelle nux vomica major, ou caniram. H. Malab. tom. I. Malus Malabarica, fructu corticoso, amaricante, semine plano, compresso. D. Syen, Raii hist. 1661. Solanum arborescens indicum, maximum, foliis œnopliæ, sive nanenæ majoribus, fructu rotundo, duro, rubro, semine orbiculari, compresso, maximo, &c.

Cet arbre est également grand & gros, fort branchu, couvert d’une écorce cendrée, noirâtre ou rougeâtre & amere. Ses feuilles naissent opposées sur les nœuds des branches ; elles sont ovales, très-larges dans leur milieu, terminées en pointe mousse, verdoyantes, d’une saveur amere, ayant trois nervures un peu saillantes en-dessus & en-dessous. Ses fleurs naissent par bouquets sur les rameaux aux aisselles des feuilles : elles sont composées d’un pétale d’une seule piece en forme d’entonnoir, divisé profondément en cinq parties ; les étamines sont au nombre de cinq, garnies de longs sommets & d’un seul pistil plus long que le pétale.

Les fleurs étant passées, leurs embryons deviennent des fruits ronds, lisses, verds d’abord, ensuite d’une couleur jaune dorée, contenant dans leur maturité une substance blanche & mucilagineuse, sous une écorce un peu épaisse, cassante, & d’une saveur fort amere. Ils n’ont qu’une loge ; chaque fruit contient quinze semences arrondies & applaties ; l’écorce extérieure de ces fruits est avant leur maturité de couleur argentine, tirant sur le brun ; lorsqu’ils sont murs, cette écorce est velue, verdâtre, mince, & fort amere. Cet arbre croît dans le Malabar, & sur la côte de Coromandel.

Les noix vomiques font mourir par une vertu spécifique & vénéneuse tous les quadrupedes, les corbeaux, les corneilles, les cailles, & la plûpart des oiseaux. Presque tous les médecins reconnoissent qu’il n’en faudroit pas deux drachmes pour tuer un homme des plus robustes. Il est certain qu’une très-petite quantité suffit pour bouleverser l’estomac & exciter des mouvemens convulsifs. Le poison de cette noix paroît attaquer principalement les nerfs : car c’est de là que vient l’anxiété, la roideur, le frisson, le tremblement, les convulsions & la respiration déréglée. Voyez à ce sujet les observations de Gesner, de Bauhin, & sur-tout d’Antoine de Heyde.

On connoît une autre espece de noix vomique entierement semblable à la précédente, dont l’arbre s’appelle modira caniram, H. Malab. t. VIII. Solanum arborescens indicum, foliis napecæ majoribus, magis mucronatis ; fructu rotundo, duro, spadiceo, nigrescente ; semine orbiculari, compresso, maximo, Breyn 2. prodr.

Quoique l’on prétende que cette seconde noix vomique & le bois de couleuvre se tirent du même arbre ; Herman assûre au contraire que cette noix vient d’un autre arbre, mais c’est un point qui nous importe fort peu.

Il y a une troisieme espece de noix vomique, plus petite que les précédentes, & que l’on trouve très-rarement dans les boutiques. A peine égale-t-elle la troisieme partie de la noix vomique ordinaire : au reste, elle lui ressemble par la figure, la couleur, le goût & la consistence ; le bois de l’arbre qui produit cette espece de noix vomique s’appelle bois de couleuvre ; mais c’est plutôt une racine ligneuse qui renferme sous une écorce de couleur de fer, & marquée de taches grises, une substance solide, pesante, d’un goût âcre & amer, sans aucune odeur. On nous l’apporte des îles de Solor & de Timor. On distingue ce bois de celui des arbres dont nous venons de parler, en ce qu’il est plus dur & plus dense. L’arbre qui fournit la petite noix vomique s’appelle nux vomica minor, moluccana ; il ne differe de l’arbre caniram que par la moindre grandeur de ses feuilles, de ses fruits & de ses graines. (D. J.)

Noix, s. f. (Géom. prat.) partie d’un instrument de Géométrie pratique, tel qu’un graphometre, un niveau, &c. C’est une boule de métal ou de bois qui a un col long, sur lequel on fixe l’instrument. Cette boule est enchassée dans une boîte où elle est mobile en tout sens, pour pouvoir mettre l’instrument dans une situation verticale, parallele à l’horison, oblique, de façon qu’on puisse l’arrêter dans toutes ces situations, & la fixer sans qu’elle puisse branler ; ce qui se fait par le moyen d’une vis qui serre la boîte dans laquelle la noix est renfermée. (D. J.)

Noix, (Marine.) où passe la manuelle du gouvernail. Voyez Moulinet.

Noix, terme d’Arquebusier ; c’est un petit morceau de fer plat sur ses deux faces, de la largeur de dix à douze lignes, & épais de six, qui est arrondi par-derriere, & garni de deux crans, dont l’un sert pour le repos, & l’autre pour la tente, & s’engrenent dans la machoire de la gachette, qui est immédiatement posée derriere cette noix. Le devant est creusé en-dedans en forme de machoire, & est pour recevoir la machoire du grand ressort à sens contraire. Les deux faces plates sont traversées d’un pivot qui est rond & menu, & qui se passe dans le trou qui est au milieu de la bride. L’autre bout du pivot est plus gros & est rond, de l’épaisseur de deux à trois lignes, & le reste est quarré. Ce pivot entre dans un trou qui est rond, du calibre du pivot, & qui est pratiqué au corps de platine, de façon que l’épaisseur du pivot rond se place dans ce trou, & soutient la noix qui tourne en bascule, selon le besoin ; le reste, qui est quarré, sort en-dehors, & sert pour placer le chien. Ce pivot est percé d’un trou en écrou, dans lequel on place le clou de chien, & qui l’assujettit de façon qu’il ne peut pas sortir.

Noix, (Bas au mét.) Voyez l’aticle Bas au métier.

Noix, terme de Potier de terre ; les Potiers de terre appellent la noix de la roue sur laquelle ils tournent les ouvrages de poterie, l’arbre ou pivot qui lui sert comme d’essieu ; & cela, parce que la tête de cet arbre est presque ronde, & en forme de noix, à la réserve qu’elle est applatie par en haut, pour y placer le morceau de terre glaise qu’on veut travailler. (D. J.)

Noix, (Soirie.) petite poulie cavée, arrêtée fixe sur le bout des broches des rouets.