L’Encyclopédie/1re édition/NOYAU

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NOYAU, OSSICULE, ossiculum, c’est la partie dure des fruits qui contient un corps mou & bon à manger, auquel on a donné le nom d’amande ; comme dans l’amandier, l’abricotier, le pêcher, &c. Tournefort, Inst. rei herb.

Noyau, s. m. (Astron.) nom que quelques astronomes donnent au milieu des taches du soleil & des têtes des cometes, qui paroît plus clair que les autres parties de ces astres. Hevelius dans sa cometographie, liv. VII. remarque à l’égard des noyaux des taches du soleil, qu’ils croissent & décroissent ; qu’ils occupent presque toujours le milieu des taches, & que ces taches étant prêtes à disparoître, ces noyaux crevent par éclats. Cet astronome a encore observé que dans une tache il y a souvent plusieurs noyaux qui se concentrent quelquefois en un seul. Les noyaux, dans la tête d’un comete, diminuent de même, & se dissipent par éclat ; ils se changent à la fin en une matiere semblable au reste. (D. J.)

Noyau, (Hist. nat. Minéral.) nucleus, ou metrolitus ; c’est ainsi que les Naturalistes nomment la substance, qui après avoir été moulée dans l’intérieur d’une coquille dont elle a pris la forme, s’est enfin durcie, & a pris la consistence d’une pierre. Ces noyaux sont de différente nature, suivant les différens sucs lapidifiques, & les différentes terres qui sont venues remplir la capacité de ces coquilles. Il y en a de calcaires, de silicées, de grais, &c. Ces noyaux ont aussi pris différentes formes, suivant les coquilles dans lesquelles ils se sont moulés.

L’on nomme aussi noyaux les pierres, soit mobiles, soit adhérentes, qui se trouvent dans les cavités des étites ou pierres d’aigle.

Enfin on appelle noyau, la partie la plus dure qui se trouve au centre de certains cailloux. (—)

Noyau, en terme d’Artillerie, est une espece de barre de fer longue & cylindrique, qui après avoir été revêtue d’un fil d’archal tourné en spiral, & recouvert d’une pâte de cendre que l’on fait bien secher, se place au milieu du moule d’une piece de canon pour en former l’ame. Quand le métal a été coulé dans le moule, & que la piece est fondue, on retire le noyau, & l’on alleze ensuite la piece pour égaliser l’intérieur du canon, & lui donner par-tout la même épaisseur & le même calibre.

On couvre le noyau d’une pâte de cendre, afin d’empêcher que le métal ne s’y attache, & qu’on puisse le retirer aisément du milieu de la piece lorsqu’elle est fondue.

Pour que le noyau soit placé exactement au milieu du moule, & que sa position ne puisse pas changer, on le soutient du côté de la culasse par des barreaux d’acier passés en croix, c’est ce qu’on appelle le chapelet, & du côté de la bouche de la piece, par une meule faite de plâtre & de tuiles, dans laquelle est passé le bout du noyau.

Lorsque les pieces sont coulées massives elles n’ont point de noyau. On les fore après qu’elles sont fondues. Cette derniere méthode est plus avantageuse que l’ancienne, pour éviter les soufflures & les chambres. Voyez Canon.

On appelle encore noyau dans l’Artillerie, un globe ou une boule de terre sur laquelle se moule la chape des bombes, des grenades & des boulets creux. Entre cette chape & ce noyau se coule le métal ; & quand il est coulé on casse le noyau, & l’on en fait sortir la terre. Aux boulets on ne fait des noyaux que pour faire les coquilles qui sont ou de fer, ou de sable. Ces noyaux sont de la grosseur qu’on veut donner aux boulets. Voyez Bombe, Grenade, Boulet, &c. (Q)

Noyau est aussi, dans l’Artillerie, une espece de moule qu’on fait pour les bombes, grenades & boulets creux.

La grosseur du noyau répond au vuide qu’on veut donner à la bombe ou à la grenade. C’est une boule de terre égale au vuide. On y ajoute dessus une couche d’une autre terre plus douce, de l’épaisseur qu’on veut donner au métal de la bombe ou de la grenade. Dessus cette terre on fait la chape d’une autre terre encore plus forte, après quoi on ôte celle qui occupe l’espace que le métal doit remplir, & l’on rejoint la chape sur le noyau ; on coule ensuite la bombe ou la grenade. Voyez Bombe. (Q)

Noyau, s. m. (Archit.) c’est la maçonnerie qui sert de grossiere ébauche pour former une figure de plâtre ou de stuc. On la nomme aussi ame. Selon M. Félibien, les anciens faisoient les noyaux des figures avec de la terre à potier, composée de bourre & de fiente de cheval, bien battues ensemble. Cela se pratique encore aujourd’hui, principalement pour les figures de bronze, parce que la terre résiste mieux à la force & à la violence de ce métal fondu, que toute autre matiere. Mais pour les figures moyennes, & pour celles qu’on a à jetter en or ou en argent, on se sert de plâtre bien battu, avec lequel on mêle de la brique pilée & bien sassée qu’on employe ainsi. On prend les premieres assises du moule remplies des épaisseurs de cire qu’on assemble de bas en haut sur une grille de fer plus large de trois ou quatre pouces que la base de la figure. Cet assemblage se fait autour de la barre qui doit soutenir le noyau. On serre ensuite fortement ces épaisseurs de cire avec des cordes, de peur que les pieces ne se détachent, & on verse du plâtre détrempé bien clair & mêlé avec de la brique battue & sassée, sitôt qu’on a disposé la premiere assise du creux. Cette premiere assise étant remplie, on éleve la seconde que l’on remplit de même ; c’est ainsi qu’on continue d’assise en assise à élever toutes les pieces du moule, & à former le noyau. Quand le creux est rempli, on défait toutes les parties du moule, en commençant par le haut, & alors on voit la figure de cire toute entiere qui couvre le noyau qui est dedans. Voyez les principes d’Architect. de Félibien, &c. liv. II. ch. v.

Noyau est aussi le nom de toute saillie brute, & particulierement de celle de brique, dont les moulures lisses doivent être trainées au calibre, & les ornemens postiches scellés. Les Italiens appellent ossatura l’un & l’autre des noyaux qui ont fait le sujet de cet article.

Noyau de bois. Piece de bois, qui, posée à plomb, reçoit dans des mortoises le tenon des marches d’un escalier de bois, & dans laquelle sont assemblés les limons & appuis des escaliers à deux ou à quatre noyaux. Voyez ci-après noyaux d’escalier.

On appelle noyau de fond celui qui porte depuis le rez-de-chaussée jusqu’au dernier étage ; noyau suspendu, celui qui est coupé au-dessous des paliers & rampes de chaque étage ; & noyau à corde, celui qui est taillé d’une grosse moulure en maniere de corde pour conduire la main. C’est de cette derniere façon qu’on les faisoit autrefois.

Noyau d’escalier. C’est un cylindre de pierre qui porte de fond, & qui est formé par le bout des marches gironnées d’un escalier à vis. On appelle noyau creux celui qui étant d’un diametre suffisant, a un puisard dans le milieu, & qui retient par encastrement les colets des marches. Tel est le noyau des escaliers de l’église de S. Louis des invalides à Paris. On donne encore le nom de noyau creux à un noyau fait en maniere de mur circulaire, & percé d’arcades & de croisées pour donner du jour. Ce noyau est pratiqué aux escaliers en limace de l’église de S. Pierre de Rome, & à l’escalier du château de Chambor.

Il y a encore de ces noyaux qui sont quarrés, & qui servent aux escaliers en arc de cloître, à lunettes & à repos. Tel est le noyau du bout de l’aîle du château de Versailles, appellée l’aile des princes, située du côté de l’orangerie. Vitruve appelle aussi noyau de plancher, une couche de mortier de six doigts d’épaisseur, faite de chaux avec deux fois autant de ciment, qu’on met sur un plancher, avant que d’y mettre le pavé. Vitruve, liv. II. chap. j. (D. J.)

Noyau, terme de Fonderie. Le noyau que quelques-uns appellent l’ame d’une figure, est un corps solide dont on remplit l’espace renfermé par les cires. La maniere dont-il est composé doit avoir quatre qualités essentielles. Premierement, il faut qu’étant renfermée dans les cires, elle ne puisse s’étendre ni se comprimer. En second lieu, il faut qu’elle puisse résister à la violence du feu lorsqu’on en fait le récuit sans se fendre ni se tourmenter. Il faut en troisieme lieu qu’elle ait une qualité que les ouvriers appellent bouf, qui est, pour ainsi dire, une molle résistance, afin que le métal remplissant l’espace qu’occupoient les cires, le noyau ait assez de force pour résister à sa violence, & n’en ait pas trop en même tems pour s’opposer au métal qui travaille à mesure qu’il se refroidit dans le moule ; ce qui feroit gercer le métal dans plusieurs endroits. La quatrieme qualité que doit avoir le noyau est, qu’il soit d’une matiere agréable au métal, & qu’il le reçoive volontiers lorsqu’il coule, sans le recracher, & y faire des soufflures ; ce qui pourroit arriver s’il y avoit trop de plâtre dans sa composition.

On forme ordinairement le noyau d’une matiere composée de deux tiers de plâtre & d’un tiers de brique bien battus & sassés, que l’on gâche ensemble, & que l’on coule dans les assises du moule, après que l’armature est faite, continuant ainsi jusqu’au haut de la figure. La brique qu’on mêle avec le plâtre l’empêche de pousser, & fait qu’il résiste à la violence du feu & du métal. Voyez Fonderie & les fig. Pl. de la Fonderie des fig. équestres.

Noyau, en terme de graveur en pierres fines ; c’est la partie de la pierre qui est entrée dans la charniere, sorte de bouterolle concave, représentée, figure, Pl. de la Gravure.

On détache ensuite le noyau, & la pierre se trouve par ce moyen, creusée, ou champlevée ; on grave ensuite ce que l’on veut dans le fond du creux que le noyau a fait, ce qui donne plus de relief aux empreintes, si la pierre est destinée à faire un cachet.

Noyaux ou Noix ; on appelle ainsi dans les orgues des morceaux de plomb représentés, fig. 53. A Pl. d’orgue, percés d’un trou que l’on soude, au bas des tuyaux des jeux d’anches, comme il est représenté en C, fig. 44. Ces noyaux, qui ont un talon a, sont formés dans un moule d’une grandeur proportionnée à celle du tuyau, & servent après qu’ils y ont été soudés, à tenir l’anche & la languette au moyen d’un petit coin de bois, dont on remplit le reste du trou. Ils ont aussi un autre petit trou par lequel passe la rosette, qui va appuyer sur la languette de l’anche. Voyez la fig. 44 & l’article Trompette, & Orgue, où la facture des jeux d’anches est expliquée.

Noyau, c’est le nom que les Potiers d’étain donnent aux pieces de leurs moules, que les chappes qui composent ces mêmes moules enveloppent. Aux moules de vaisselle le noyau est convexe, & c’est ce qui forme le dedans, qui est creux ; à ceux de poterie, les noyaux sont enveloppés de chappes. Ils ont un cran, qu’on appelle portée, qui tient les chappes en respect. Voyez Chappe, & les figures du Potier d’étain.