L’Encyclopédie/1re édition/PERSONNEL

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PERSONNEL, LLE, adj. (Gramm.) ce mot signifie qui est relatif aux personnes, ou qui reçoit des inflexions relatives aux personnes. On applique ce mot aux pronoms, aux terminaisons de certains modes des verbes, à ces modes des verbes, & aux verbes mêmes.

On appelle pronoms personnels ceux qui présentent à l’esprit des êtres déterminés par l’idée prise de l’une des trois personnes. Les pronoms personnels dans le système ordinaire des Grammairiens ne sont qu’une espece particuliere, & l’on y ajoute les pronoms démonstratifs, les possessifs, les relatifs, &c. mais il n’y a de véritables pronoms que ceux que l’on nomme personnels ; & les autres prétendus pronoms sont ou des noms, ou des adjectifs, ou même des adverbes. Voyez Pronom.

Les terminaisons personnelles de certains modes des verbes sont celles qui sont relatives à l’une des trois personnes, & qui servent à marquer l’identification du verbe avec un sujet de la même personne déterminée. Ego amo, tu amas, Petrus amat ; voilà le même verbe identifié, par la concordance, avec le sujet ego, qui est de la premiere personne, avec le sujet tu qui est de la seconde, & avec le sujet Petrus qui est de la troisieme.

On peut encore regarder comme des terminaisons personnelles ou comme des cas personnels le nominatif & le vocatif des noms. En effet, dans une proposition on ne considere la personne que dans le sujet, parce qu’il n’y a que le sujet qui prononce le discours, ou à qui l’on adresse, ou dont on énonce l’attribut sans qu’il parle ni qu’il soit apostrophé. Or le nominatif est le cas qui désigne le nom comme sujet de la troisieme personne, c’est-à-dire comme le sujet dont on parle, Dominus probavit me : le vocatif est le cas qui désigne le nom comme sujet de la seconde personne, c’est-à-dire comme le sujet à qui on parle, Domine probasti me : c’est la seule différence qu’il y ait entre ces deux cas ; & parce que la terminaison personnelle du verbe est toujours suffisante pour désigner sans équivoque cette idée accessoire de la signification du nom qui est sujet, c’est pour cela que le vocatif est semblable au nominatif dans la plûpart des noms latins au singulier, & que ces deux cas, en latin & en grec, sont toujours semblables au pluriel. Voyez Vocatif.

Les modes personnels des verbes sont ceux où les verbes reçoivent des terminaisons personnelles, au moyen desquelles ils se mettent en concordance de personne avec le nom ou le pronom qui en exprime le sujet. Ces modes sont directs ou obliques ; les directs sont l’indicatif, l’impératif & le suppositif, dont le premier est pur & les deux autres mixtes ; les obliques qui sont aussi mixtes, sont le subjonctif & l’optatif. Voyez Mode, & chacun de ces modes en particulier.

Enfin les Grammairiens ont encore distingué des verbes personnels & des verbes impersonnels ; mais cette distinction est fausse en soi, & suppose un principe également faux, comme je l’ai fait voir ailleurs. Voyez Impersonnel. (B. E. R. M.)

Personnel, (Belles-Lettres.) ce qui concerne ou regarde particulierement les personnes. Voyez Personne.

Dans les disputes littéraires il n’entre que trop souvent du personnel ; aussi distingue-t-on les critiques en critiques réelles & critiques personnelles. Les critiques réelles sont celles où l’on ne s’attache qu’à relever les défauts des ouvrages. Les critiques personnelles sont celles où l’on s’attaque à l’auteur dont on censure la vie, les mœurs, le caractere, &c. Celles-ci ne se renferment pas toujours dans les bornes d’un badinage léger & permis, elles ne dégénerent que trop souvent en fiel & en aigreur, à la honte des lettres, ou, pour mieux dire, de ceux qui les cultivent. Voyez Anti.

C’est une maxime en morale que toutes fautes sont personnelles, c’est-à-dire qu’elles ne doivent point nuire aux parens ou aux descendans du coupable. Cette maxime n’avoit pas lieu chez les Macédoniens pour le crime de lése-majesté ; quiconque en étoit convaincu, étoit lapidé, & sa famille étoit enveloppée dans la même condamnation.

Personnel, (Jurisprud.) c’est ce qui est attaché à la personne, ou destiné à son usage, ou qui s’exerce sur la personne comme un droit personnel, une servitude personnelle, une obligation personnelle, une action personnelle, une charge personnelle. Le personnel est ordinairement opposé au réel qui suit le fond. Voyez Action, Bail à rente, Charge, Obligation, Rente, Servitude. (A)