L’Encyclopédie/1re édition/PRIME

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PRIME ou MINUTE, s. f. (Géom.) signifie en Géométrie la soixantieme partie d’un degré. Voyez Degré.

Prime se prend aussi quelquefois pour la dixieme partie d’une unité. Voyez Décimal.

En parlant des poids, prime se prend pour la vingt-quatrieme partie d’un grain. Voyez Grain. (E)

Prime de la lune, se dit de la nouvelle lune lorsqu’elle paroît pour la premiere fois, deux ou trois jours après la conjonction : on dit que la lune est en prime, lorsque l’on apperçoit pour la premiere fois le croissant, c’est-à-dire lorsqu’on voit pour la premiere fois la lune se lever en même tems que le soleil se couche. Voyez Nouvelle lune. (O)

Prime, (Théol.) prima, nom que l’on donne à la premiere des petites heures ou heures canoniques qui font partie du breviaire ou de l’office canonique. Voyez Breviaire & Heure.

Prime est la partie de l’office qui suit les laudes : elle est composée du Deus in adjutorium, d’une hymne, de trois pseaumes avec leur antienne, auxquels on ajoute le symbole de S. Athanase les dimanches & lorsqu’on fait l’office de la Trinité, puis d’un capitule & de son répons bref suivi d’une oraison, du confiteor, de quelques prieres ou versets de l’Ecriture, de la lecture d’un canon des conciles, & quelquefois de celle du martyrologe, ce qui est terminé par quelques autres courtes prieres.

On rapporte l’institution de cette heure canoniale aux moines de Bethléem, & Cassien en fait mention dans ses Institutions, liv. III. ch. iv. car l’auteur des constitutions apostoliques, S. Jérôme & S. Basile, qui avant Cassien ont traité de l’office divin, n’en disent mot. Ce dernier observe donc qu’on chantoit, on récitoit à prime trois pseaumes, savoir le 50e. le 62. & le 89. ou selon la maniere de compter des Hébreux, le 51e. le 63. & le 90. Il appelle cet office matutina solemnitas, ce qu’il ne faut pas toutefois confondre avec les matines ou l’office de la nuit, qu’on nommoit aussi matutinum, nocturnum, vigiliæ, au-lieu qu’on ne disoit prime qu’au point du jour, ou même après le lever du soleil, comme il paroît par l’hymne attribuée à saint Ambroise : Jam lucis orto sidere, &c. Cassien l’appelle encore novella solemnitas, parce que de son tems cette coutume étoit encore récente, & il ajoute qu’elle passa bien-tôt des monasteres d’Orient dans ceux des Gaules. La raison mystique que la glose apporte de la récitation de prime vers la premiere heure du jour, c’est-à-dire vers les six heures du matin, selon la maniere de compter des anciens, est qu’à cette heure Jesus-Christ fut mené chez Caïphe, & exposé aux insultes des soldats, prima replet sputis. Bingham. orig. Eccles. t. V. lib. XII. c. ix. §. 10.

Prime, (Hist. nat. Minéral.) les Lapidaires appellent du nom générique de prime, une pierre qui n’est autre chose que du quartz, sur lequel sont portés des crystaux de roche diversement colorés. Les sommets de ces crystaux sont ordinairement plus colorés que la pierre qui leur sert de base, ou de laquelle ils sont sortis. La prime d’amethyste est un quartz d’un violet plus ou moins vif ; il ne faut donc point regarder la prime comme une vraie pierre précieuse, dont elle n’a point la dureté, ce n’est autre chose que la matiere qui a donné naissance au crystal de roche coloré sans se crystaliser elle-même. (—)

Prime d’émeraude, (Hist. nat.) prasius, pierre d’un verd terne & impur, mêlé d’un peu de jaune, elle est demi-transparente ; M. Hill croit que c’est la pierre que les anciens ont nommée prasius, ils en distinguoient trois especes, l’une étoit verte, les autres étoient veinées de blanc & de rouge. Selon le même M. Hill les modernes en comptent aussi trois especes, savoir la verte foncée ; la verte jaunâtre & la jaune blanchâtre qui n’est que d’un verd très-léger. Woodward croit que cette pierre est le smaragdo prasus des anciens, mais M. Hill n’est point de cet avis, & croit que cette derniere est une belle pierre d’un verd de gazon. Selon lui ce n’est pas non plus le crysoprasas, qui étoit une pierre plus belle & plus précieuse que le prasius. Voyez les notes de M. Hill, sur le traité des pierres de Théophraste, & voyez Prasius.

M. Lehmann a donné le nom de crysoprase à une pierre qu’il a trouvée en Silésie ; elle est d’un verd céladon clair, ou verd de pomme, demi-transparente, mais souvent remplie de petites taches blanches. Voyez les Mémoires de l’acad. de Berlin, année 1755, pag. 202 & suiv. Voyez Peridot.

Le mot de prime d’émeraude paroît fondé sur l’opinion où plusieurs naturalistes ont été que cette pierre servoit de matrice ou d’enveloppe à l’émeraude, mais rien ne semble appuyer ce sentiment. (—)

Prime, s. f. (Lainage.) nom que l’on donne à la premiere sorte de laine d’Espagne, qui est la plus fine & la plus estimée pour la fabrique des étoffes, bas, & autres ouvrages de laine ; on lui donne aussi à cause de sa grande finesse, le nom de refin ; & pour faire connoître le lieu précisément d’où elle vient, on ajoute ordinairement le nom de la ville ; ainsi l’on dit, prime Ségovie, refin Ségovie. Voyez Laine. (D. J.)

Prime d’assurance, en terme de commerce de mer, signifie parmi les marchands une somme d’argent, par exemple, 8 ou 10 pour cent, que l’on donne à un assureur, pour assurer le retour d’un vaisseau ou d’une marchandise. Voyez Police d’assurance ; on l’appelle prime à cause qu’elle se paye premierement & par avance ; en quelques lieux elle est appellée primeur, prémice : coût ou agio d’assurance, primage, &c.

Prime est aussi en usage dans le trafic d’argent & de papier, pour signifier ce que l’on donne.

Ainsi on dit des billets de loterie, qu’ils portent tant de prime, par exemple, 10 ou 20 sols quand on les achete tant par-delà le premier prix que le gouvernement leur avoit fixés.

Prime, s. f. (Monnoie.) dans la division du marc d’argent, ce mot se dit de la vingt-quatrieme partie d’un grain, ensorte qu’un grain est composé de vingt-quatre primes. (D. J.)

Prime, garde de, estocade de, (Escrime.) on entend par prime une position qui dépend du premier mouvement que fait un escrimeur (je veux dire que la garde de prime est celle où l’on se trouve naturellement après avoir tiré l’épée du fourreau), & si de cette position on détache une estocade, elle s’appelle estocade de prime.

Les mots de seconde, de tierce, de quarte, de quinte sont dérivés de même, de sorte que la seconde est la position qui a succédé à la premiere, &c.

Comme on peut tirer son épée d’une infinité de façons, on ne peut pas donner une position certaine de ce premier mouvement ; les secondes & les troisiemes, &c. ne peuvent non plus être reglées, c’est pourquoi on n’a déterminé que les positions de tierce, quarte, &c. de la maniere qu’elles sont expliquées dans ce traité.

Prime, (Sucre.) est une espece de poinçon dont les Rafineurs se servent pour percer les pains, & donner écoulement aux syrops. Voyez Percer. Il y a des primes de bois dont l’usage regarde les vergeoi ses seulement. Voyez Vergeoises ; voyez aussi les Pl.

Prime, au jeu de l’Ambigu, c’est quatre cartes de différentes couleurs, mais égales de point ; le prime passe devant le point, & vaut deux jetons de chaque joueur à celui qui l’a : lorsqu’il gagne outre la vade, la poule & les renvois, elle lui en vaut trois ; la plus haute emporte la plus basse.

Prime, grande, c’est, au jeu de l’Ambigu, celle qui est composée de plus de trente points. Voyez Prime.