L’Encyclopédie/1re édition/REGLER

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REGLER, v. act. c’est conformer à la regle. Voyez l’article Regle. On regle du papier, on regle sa conduite, on regle les fonctions d’un préposé, le prix des denrées, une affaire.

Regler, faire des reglemens. Voyez Reglement. Ce terme se prend aussi pour servir de regle, comme quand on dit que les statuts d’une communauté reglent les visites des maîtres, jurés & gardes à quatre par an.

On dit que des marchands se font régler, quand ils prennent des amis communs pour décider de leurs différends, & qu’ils seront réglés en justice quand ils portent leurs affaires devant les juges ; enfin qu’ils seront réglés par arbitrage, quand ils conviennent d’arbitres. Voyez Arbitres.

Regler, en fait de société, signifie liquider les affaires d’une société, compter ensemble, faire le partage des dettes actives & passives, voir ce que chacun doit porter de la perte, ou avoir du gain à-proportion de ce que chaque associé doit fournir à la caisse, & de l’intérêt qu’il a pris au fonds de la société. Voyez Société.

Régler un compte, c’est l’examiner, l’arrêter, en faire le bilan ou balance. Voyez Bilan & Compte. Dictionn. de Comm.

Regler le coup, (Imprimerie.) c’est marquer avec de la craie sur le tympan l’endroit où doit poser la platine, afin de donner à-propos le coup de barreau. (D. J.)

Regler est en Horlogerie ce que mesurer est en Géométrie. Le mouvement se regle, l’étendue se mesure ; mais dans l’un & l’autre cas il faut un objet de comparaison qui serve de point fixe, auquel on rapporte l’objet qu’on veut régler ou mesurer. Ainsi le mouvement du soleil ou d’un astre quelconque dont le mouvement est connu, sera la mesure naturelle pour régler les montres & les pendules. Comme le soleil est l’astre le plus commode à observer, l’on le préférera, son mouvement étant très-sensible sur les cadrans solaires, ainsi que le point lumineux sur les méridiens ; il sera très-facile d’y rapporter le mouvement des montres & des pendules. Il y a eu un tems où il n’auroit pas fallu soupçonner la plus petite erreur dans le mouvement du soleil ; mais depuis qu’on s’est familiarisé avec l’Astronomie, on ne doute plus de ces irrégularités : l’on sait que dans ses révolutions il avance ou retarde de quelques secondes par jour, dont il faut tenir compte ; mais quand ces erreurs sont connues, appréciées, & qu’on en a formé des tables exactement calculées, alors c’est comme si elles n’existoient plus. On peut consulter là-dessus l’ouvrage que l’académie royale des Sciences publie toutes les années sous le titre de connoissance des mouvemens célestes. L’habile académicien qui les calcule, n’épargne aucun soin pour rendre cette matiere non seulement utile aux Astronomes, mais encore très intéressante à ceux qui cultivent les Mathématiques & la Physique générale. L’on trouve dans cet ouvrage des tables exactes de tous les mouvemens célestes, tant réguliers qu’irréguliers, & toutes les années on y fait entrer des objets toujours plus intéressans : ce qui rendra un jour la collection de cet ouvrage un bon fonds de sciences physiques & mathématiques.

Puisqu’on a des tables exactes des variations du soleil, l’on s’en servira donc pour régler les montres & les pendules, pourvu qu’on ait le soin d’ajouter ou retrancher les erreurs du soleil exprimées dans la table appellée d’équations, voyez Equations.

L’on dit quelquefois régler sa montre ou sa pendule, ce qui signifie tout simplement les mettre à l’heure du soleil ; mais regler une montre ou pendule en terme d’horloger proprement dit, c’est faire suivre le moyen mouvement du soleil, ensorte qu’elle n’avance ni retarde en plus grande quantité que les erreurs ou différences exprimées dans la table d’équation ; mais cela est-il bien possible ? & jusqu’où cela peut-il être ? Nous ne compterons pas ce que quelques particuliers nous rapportent de la justesse de leurs montres ou pendules ; la plûpart ignorent ce que c’est que d’être juste, & ne savent pas même ce que l’on doit entendre par bien aller. Ce n’est donc qu’à un horloger qu’on peut faire cette question, savoir jusqu’où l’on peut approcher de régler une bonne montre ou pendule ; question même très-embarrassante : car pour dire qu’une montre va bien, il faut déterminer le mot bien aller ce n’est pas d’être juste, il n’y en a que par hasard, & conséquemment pendant un tems assez court, mais ce sera celle dont on aura su prendre le terme moyen de ces variations, & pour le prendre il faut le connoître, ce qui ne peut être qu’après une suite de préparations & d’observations.

1°. Il faut démonter, visiter, examiner scrupuleusement toutes les parties du mouvement ; voir si elles sont dans le cas de bien faire toutes leurs opérations aussi constamment qu’on a droit de l’exiger dans une montre bien faite. En général une montre n’est bien disposée que lorsque la force motrice se transmet d’un mobile sur un autre avec toute son énergie, sans rencontrer sur son passage aucun obstacle qui l’interrompe, l’altere ou la suspende ; de telle sorte qu’on puisse considérer cette force motrice, ou le grand ressort développé, comme un bras de levier qui agit immédiatement sur le régulateur, comme s’il n’y avoit point d’intermédiaire, & que ce régulateur ou le balancier & son spiral soit pris pour l’autre bras de levier qui lui fait faire équilibre : ensorte que les vibrations de celui-ci soient telles, qu’elles ne soient point troublées ni altérées par la force qui les anime (Voyez Arc de levée), qui reçoit la force motrice, & Régulateur, qui la mesure. Si l’on se fait une idée nette de ces deux puissances en équilibre, savoir, d’un côté, la force motrice ou active, & de l’autre, la force réglante ou passive, l’on aura la meilleure idée de la bonté des montres & des pendules ; & ce n’est que dans ce cas & sous ce seul point de vue qu’on peut & qu’on doit s’attendre de les voir marcher constamment & sans aucune variation ; mais si l’équilibre vient à être rompu par la perte ou l’augmentation d’une de ces puissances, il faut alors que la montre ou pendule varie, & cette variation sera en raison composée de la directe de l’une, & de l’inverse de l’autre, & réciproquement où elle pourroit être d’autant moindre, qu’elle tendroit à se compenser l’une par l’autre.

Sans faire ici l’énumération de toutes les causes qui peuvent altérer cet équilibre, ce qui meneroit trop loin, je vais exposer les principales, & montrer de quel côté l’on peut rompre cet équilibre.

1°. La force motrice étant un ressort, perd beaucoup de son énergie, & d’autant plus qu’il est plus long-tems tendu, & que la lame est plus épaisse. Voyez Ressort.

2°. La force motrice ne peut être transmise sur le régulateur sans passer sur tous les mobiles intermédiaires ; elle éprouve donc de l’altération par le frottement des pivots de tous les mobiles, & de leurs engrenages ; mais comme l’on ne peut apprécier exactement l’altération du ressort moteur, & encore moins celle que le frottement retarde sur tous les mobiles (Voyez Pivots), il suit qu’il excite réellement une perte variable de force motrice sur le régulateur. Il faut donc que cette force soit excédante, pour ne se pas trouver en défaut. Voyez Arc de levée).

3°. Le régulateur ou le balancier & son spiral, tire son énergie du moment du balancier multiplié par l’arc des levées, & divisé par le ressort spiral, c’est-à-dire par la force élastique ; plus elle est grande, plus elle détruit les momens du balancier, & plus les vibrations sont promptes, & réciproquement, c’est-à-dire le produit de la masse par le rayon de gravité : le rayon part du centre, & se termine non à la circonférence, mais au centre de gravité du rayon total. Voyez Frottement, Horlogerie, & la figure qui s’y trouve. Voyez aussi Vibrations & Régulateur.

Si la chaleur vient à dilater le balancier, les momens seront augmentés ; cette même chaleur agissant sur le spiral, l’alongera, & par conséquent le rendra plus foible, deux objets qui feront retarder la montre ; mais comme les frottemens font un si grand rôle dans toutes les machines, & sur-tout dans les montres, par la chaleur & par le froid, voyez ce que j’ai dit au mot Montre, & vous verrez que le froid retarde tous les mouvemens. De tout cela, il suit qu’il y a réellement trois causes essentielles pour faire varier les montres, indépendantes de la meilleure exécution.

1°. La force motrice.

2°. Les frottemens des mobiles qui la reçoivent.

3°. L’altération du régulateur.

Convaincu de ces trois objets, il faut donc, pour régler la montre la mieux faite, la mettre en expérience pendant dix, vingt, trente jours, l’observer sur une bonne pendule à secondes, écrire tous les jours ce qu’elle aura fait dans les diverses positions, pendue à plat, & portée toujours dans la température du dix ou vingtieme degré du thermometre de M. de Réaumur ; ensuite prendre pour point fixe le terme moyen de ses erreurs, affectant de choisir l’excès en avance plûtôt que le retard, parce qu’en général elle tend plus à retarder qu’à avancer. C’est avec de telles précautions que j’ai réglé des montres au point de ne pas faire un quart de minute d’erreur par jour ; j’en ai même réglé qui en faisoient moins encore ; mais j’en ai aussi trouvé qui faisoient deux à trois minutes d’erreur, sans pouvoir y découvrir aucune cause dans l’exécution de leurs parties, malgré les recherches les plus appliquées ; alors j’ai eu recours, pour parvenir à corriger ces variations, de changer le grand ressort & le spiral, sans néanmoins y avoir trouvé en les examinant scrupuleusement aucun défaut assignable ; ce qui prouve qu’il y a dans le métal des défauts qui se refusent à nos lumieres, mais qui se manifestent par leurs effets.

Si une montre étant réglée avec toutes les attentions possibles vient à se dérégler par le changement de température, il ne faudra pas toucher au spiral sans s’assurer auparavant, par une suite d’épreuves réitérées, que la montre retarde ou avance véritablement dans la température moyenne du dixieme ou vingtieme degré, comme je l’ai dit ci-dessus.

A l’égard des pendules, le terme moyen sera d’autant plus aisé à prendre, que les pendules seront plus longs, & conséquemment les variations seront d’autant plus grandes, que les pendules seront plus courts ; comme le pendule est par sa nature un puissant régulateur qui absorbe en quelque sorte toutes les inégalités de la force motrice & des frottemens qui la dirigent, je ne m’arrêterai pas sur les autres objets, mais seulement sur le régulateur.

Avant de procéder à régler une pendule, il faut faire le même examen de toutes les parties de son mouvement, comme je l’ai déja indiqué pour les montres : cela posé, il faut ensuite faire une suite d’expériences par une température moyenne du dixieme ou vingtieme degré pendant vingt ou trente jours, écrire ce qu’elle aura fait tous les jours, & prendre pour point fixe le terme moyen des variations qu’elle aura donné.

L’addition que l’on fait d’un thermometre au verge de pendules à secondes, pour rendre constantes leurs longueurs par des différentes températures, seroit une très-bonne chose s’il étoit vrai que ces thermometres de métal fussent eux mêmes infaillibles ; mais par les expériences que j’en ai faites, je n’ai point vu qu’elles suivissent exactement le rapport des dilatations ; ce que je vais essayer de justifier par des raisons.

1°. Supposons qu’on ait un rapport exact de leurs différens métaux, ce qui est déja assez problèmatique, il faudra faire des leviers de compensation dans le rapport des dilatations données ; la plus petite erreur ou imperfection dans cette méchanique sera plus que suffisante pour produire des erreurs sur les alongemens plus contraires que favorables.

2°. Le frottement de toutes ces parties, qui doivent glisser les unes sur les autres, est une cause variable, & pourra donc aussi faire varier les dilatations dans des rapports plus grands ou plus petits des dilatations naturelles.

3°. Les dilatations suivent-elles exactement les effets du chaud & du froid ? Une barre de fer, d’acier ou de cuivre ayant éprouvé de l’alongement par la chaleur, revient-elle à la même longueur lorsque la température revient au terme dont elle étoit partie ? Pour moi, qui ai fait un grand nombre d’expériences pour vérifier cet effet, je n’oserois l’assurer, car j’ai toujours trouvé que le pendule restoit plus long après une grande dilatation, ensorte qu’elle ne suivoit point du tout la proportion des degrés de la température, & qu’en général toutes les erreurs tendoient à tenir les verges plus longues.

4°. Enfin une verge de pendule composée de plusieurs branches, peut remédier aux effets du chaud & du froid, est une machine composée qui par sa figure & par le poids que ces parties exigent, altere & change réellement la nature d’un bon régulateur (Voyez Régulateur) : donc il suit qu’en supposant qu’on parvienne à corriger les effets de la dilatation, l’on tombe nécessairement dans d’autres inconvéniens plus à craindre encore, celui d’affoiblir la puissance réglante. Comme l’on ne passe pas subitement d’une grande chaleur à un grand froid, les particuliers qui ont des pendules à secondes ne verront que de petites erreurs, & d’autant plus petites, qu’ils pourront les prévenir en y faisant toucher deux fois l’année, au commencement de l’été & de l’hiver ; mais pour l’observateur qui veut continuellement l’heure exacte, il peut sans grande peine maintenir sa pendule par une température artificielle, ou bien encore se former une table des erreurs que le changement de température lui donne, & comparer la table avec son thermometre lorsqu’il consulte sa pendule.

Il suit de ces quatre principales remarques, que pour avoir une pendule bien réglée, & que la verge soit sensiblement dans une longueur constante, il vaut mieux chercher à la tenir dans la même température.

L’on y trouvera ce double avantage qu’en prevenant l’alongement de la verge du pendule, l’on prévient encore tous les effets que le froid ou le chaud fait sur les autres parties de la machine, ce qui n’est pas à négliger, car j’ai vu dans de grands froids une pendule bien faite faire des effets tout contraires à ce qu’on devoit s’en attendre : la verge du pendule étant raccourcie, elle devoit avancer, cependant elle retardoit ; la cause étoit que l’huile étoit un peu desséchée, ensorte que les frottemens étoient tellement augmentés, qu’ils retardoient l’oscillation en plus grande raison que le raccourcissement ne l’accéléroit. Je n’ai fait que mettre de la nouvelle huile fluide, & cette pendule s’est mise à avancer à-peu-près de ce qu’elle retardoit. A l’égard des pendules de différentes longueurs, l’on peut poser en fait qu’elles varient toutes également par les mêmes températures, ce qui est aisé à démontrer par le raisonnement suivant.

L’on sait que les longueurs des pendules sont entre elles réciproquement comme le quarré du nombre de leurs vibrations faites dans un même tems, ou bien que le nombre de vibrations de deux pendules dans un même tems sont entr’eux en raison inverse des racines quarrées des longueurs desdits pendules : cela est démontré. Il suit donc de ce principe que si la chaleur ou le froid vient à faire varier la longueur des pendules, comme cela est indubitable, cette variation sera proportionnée aux longueurs données, car la dilatation ou la condensation agit en tout sens, cela est incontestable : donc les dimensions homologues éprouveront des changemens proportionnels. Ainsi un pendule double ou triple s’alongera de même du double ou triple.

Donc il suit que les effets ou vibrations qui résulteront dans un même tems par les variations des longueurs du pendule, produiront nécessairement des effets proportionnés au principe ; par conséquent il n’y a point de préférence à donner sur les longueurs des pendules pour obtenir moins de variation par des températures différentes. Il suit même de ce principe que pour régler un pendule de différentes longueurs, il faut, pour faire les mêmes effets, remonter ou descendre la lentille dans ce rapport des longueurs : par exemple, deux pendules, un de 36 pouces, l’autre d’un pouce pour faire un effet d’une minute sur le grand pendule, il le faut alonger d’une ligne, & il ne faudra que la 36e partie d’une ligne pour faire le même effet sur le pendule d’un pouce, ce qui est infiniment difficile à saisir, pour ne pas dire impossible. Il suit encore que pour régler des pendules très-courts, les causes méchaniques ou le méchanisme des suspensions étant les mêmes dans les longs que dans les courts, les erreurs des suspensions seront des effets quadruples sur les courts.

Il suit enfin que les pendules les plus courts sont les régulateurs les plus foibles ; ils absorbent donc moins les inégalités de la force motrice, & les variations qui proviennent du frottement des pivots : d’où je conclus que les pendules qui ont de courts pendules sont les plus difficiles à régler, & les plus inconstantes dans leurs usages, & réciproquement. M. Romilly.