L’Encyclopédie/1re édition/VERD

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VERD, adj. (Optiq.) est une des couleurs primitives des rayons de lumieres. Voyez Couleur, Rayon & Lumiere.

S’il tombe de l’urine, du jus de citron, ou de l’esprit de vitriol sur un ruban verd, il devient bleu, parce que ces liqueurs mangent tellement le jaune qui entre dans cette couleur, qu’il n’y reste plus que le bleu. Voyez Bleu, Jaune, &c. Chambers.

Verd, (Physiq.) il y a des écrivains fort distingués, qui ont regardé comme un effet de la providence, le soin qu’elle a eu de tapisser la terre de verd, plutôt que toute autre couleur, parce que le verd est un si juste mélange du clair & du sombre, qu’il réjouit & fortifie la vûe, au-lieu de l’affoiblir ou de l’incommoder. Delà vient que plusieurs peintres ont un tapis verd pendu tout auprès de l’endroit où ils travaillent, pour y jetter les yeux de tems en tems, & les délasser de la fatigue que leur cause la vivacité des couleurs. Toutes les couleurs, dit Newton, qui sont plus éclatantes, émoussent & dissipent les esprits animaux employés à la vûe ; mais celles qui sont plus obscures ne leur donnent pas assez d’exercice, au lieu que les rayons qui produisent en nous l’idée du verd, tombent sur l’œil dans une si juste proportion, qu’ils donnent aux esprits animaux tout le jeu nécessaire, & par ce moyen ils excitent en nous une sensation fort agréable. Que la cause en soit tout ce qu’il vous plaira, on ne sauroit douter de l’effet, & c’est pour cela même que les Poëtes donnent le titre de gai à cette couleur. (D. J.)

Verd, s. m. (Teinturerie.) le verd des Teinturiers n’est pas une couleur simple, mais elle se fait du mélange de deux des couleurs qu’on appelle simples ou primitives. C’est de l’union du jaune & du bleu que se font toutes les sortes de verd qu’on donne aux étoffes déjà fabriquées, ou aux soies, laines, fils & cotons qu’on met à la teinture, pour en fabriquer. Les principaux verds que produit ce mélange, suivant le plus ou le moins qu’on met de chacune de ces deux couleurs, sont :

Le verd jaune, Le verd molequin,
Le verd naissant, Le verd brun,
Le verd gai, Le verd de mer,
Le verd d’herbe, Le verd obscur,
Le verd de laurier, Le verd céladon,
Le verd de chou, Le verd de perroquet.

Il n’est pas possible de rapporter tous les différens verds que peut produire la teinture, ne dépendant que du teinturier d’en faire à son gré de nouvelles, en augmentant ou diminuant la dose de l’une & de l’autre couleur primitive, avec lesquelles il les compose. Les couleurs d’olive, depuis les plus brunes jusque aux plus claires, ne sont que du verd rabattu avec de la racine, ou du bois jaune, ou de la suie de cheminée.

Tout verd doit être premierement teint en bleu, puis rabattu avec bois de campêche & verdet, & ensuite gaudé, n’y ayant aucun ingrédient dont on puisse se servir seul pour teindre en verd. On appelle verd naissant, cette couleur vive & agréable qui ressemble à celle qu’ont les feuilles des arbres au printems ; on la nomme aussi verd gai & verd d’émeraude. Le verd de mer est la couleur dont paroît la mer quand elle est vue de loin ; elle tire un peu sur le bleu, ou comme on dit en terme de Teinture, elle est plus lavée que le verd gai. Le verd brun tire sur le noir, aussi en est-il mêlé pour le brunir. L’urine, le jus de citron, & l’esprit de vitriol, deteignent les verds, & les rendent bleus, leur acide consommant le jaune de la gaude. (D. J.)

Verd de Corroyeur, (Corroyerie.) il est composé de gaude, dont il faut une botte sur six seaux d’eau, à quoi l’on ajoute, après que le tout a bouilli six heures à petit feu, quatre livres de verd-de-gris. (D. J.)

Verd d’azur, (Hist. nat.) nom donné par quelques personnes à la pierre appellée communément lapis armenus.

Verd de montagne, (Hist. nat.) c’est ainsi qu’on nomme une substance minérale, de la couleur du verd-de-gris artificiel, qui est formée par la nature, & qui se montre dans les souterrains de quelques mines de cuivre. On l’appelle aussi ærugo nativa, ochra cupri viridis, chrysocolla viridis, viride montanum. Ce n’est autre chose que du cuivre mis en dissolution dans le sein de la terre. Sa couleur verte varie pour les nuances, & est tantôt plus, tantôt moins foncée. Le verd de montagne varie aussi pour la consistance & la figure ; il y en a qui est comme de la terre, tandis que d’autre est plus compacte & feuilletée, & quelquefois solide comme la malachite. Le verd de montagne est quelquefois en petites houppes soyeuses, & formé d’un assemblage de petites stries ou d’aiguilles, comme dans la mine de cuivre soyeuse de la Chine. D’autres fois cette substance est en globules, & en petits points répandus dans de la pierre : c’est une vraie mine de cuivre.

La Hongrie fournit, dit-on, le plus beau verd de montagne, il se trouve ordinairement joint avec une terre calcaire, qui fait effervescence avec les acides ; l’action du feu lui fait perdre sa couleur. Cependant cette regle n’est point générale, & M. Pott a trouvé du verd de montagne sur qui les acides n’agissoient point. En effet, la couleur verte du cuivre peut se joindre avec des terres de différentes natures.

Le verd de montagne est une couleur qui s’emploie dans la peinture.

Verd de Prata, (Hist. nat.) en italien verde di Prata. Nom donné à un marbre d’un verd tirant sur le jaune, rempli de veines bleuâtres suivant les uns, & de veines rouges suivant d’autres. Son nom vient de Prata en Toscane, d’où on le tire.

Verd antique, (Hist. nat.) les Italiens appellent verde antico ou verd antique, un marbre verd, rempli de taches ou de veines blanches : les anciens l’appelloient marmor Tiberium ou marmor Augustum : il venoit d’Egypte, d’où ces empereurs l’avoient fait venir.

Verd moderne, (Hist. nat.) on nomme ainsi un marbre verd, rempli de taches & de veines blanches & noires, que les Italiens nomment verde moderno, o cipollino moderno, ou verde meschio, cipollacio pardiglio, bigio antico. Il est d’un verd pâle ; très-dur, prend très-bien le poli ; il se trouve en Italie. Scheuchzer dit qu’il se trouve un marbre verd, mêlé de veines & de taches noires, pourpres & blanches, dans le canton de Berne en Suisse. On trouve aussi un marbre verd, tacheté de blanc & de noir, à Brieg en Silésie. Voyez d’Acosta, natural history of fossils.

Verd-de-gris, ou Verdet, (Chimie.) on entend sous cette dénomination toute rouille verte ou bleue, qui se forme sur tous les vaisseaux & instrumens qui sont faits de cuivre ou d’autres compositions métalliques non malléables, où le cuivre entre, & qui sont connues sous différens noms, comme laiton, bronze, similor, &c. dont on se sert dans les arts pour faire une infinité de machines.

Cette rouille qu’on appelle verdet ou verd-de-gris, & qui se forme sur ces différens instrumens, est une dissolution de cuivre, que presque tous les dissolvans tant aqueux, huileux, acides, salins, &c. attaquent.

Ce n’est pas de ce verd-de-gris que j’ai à parler dans cet article ; c’est de celui qui se prépare depuis plusieurs siecles à Montpellier, où il forme une branche de commerce très-considérable.

Depuis très-long-tems, les habitans de la seule ville de Montpellier étoient en possession de préparer tout le ver-de-gris que les étrangers demandoient ; & les personnes qui le fabriquoient, s’imaginoient qu’on n’en pouvoit faire que dans cette seule ville. On leur a démontré le contraire, comme on le verra dans la suite de cet article. Depuis plusieurs années, on en fabrique dans les villes & villages des environs de Montpellier.

Je vais donner le détail de tout ce qui concerne l’art de faire le verd-de-gris, & de tout ce qui concourt à faire cette opération, d’après les mémoires que j’ai donnés, qui sont imprimés dans le volume des années 1750, 1753 de l’académie royale des Sciences.

Pour traiter cette matiere avec ordre, nous examinerons le cuivre qu’on emploie, & la maniere dont on le prépare ; les vaisseaux de terre dont on se sert ; la nature du vin, le choix qu’on en doit faire, & la maniere de préparer les grappes ou raffles. Nous rapporterons ensuite scrupuleusement la maniere dont on s’y prend pour faire cette opération.

Le cuivre dont on se sert pour faire le verd de-gris, se tire de Suede par la voie d’Hambourg. Il est en plaques circulaires de 20 à 21 pouces de diametre ; son épaisseur est d’une demi-ligne à peu de chose près ; chaque plaque est du poids de quatre livres & demie jusqu’à six.

On retire de chaque plaque circulaire par le moyen du ciseau 28 lames, auxquelles les chauderonniers donnent en les coupant différentes figures ; les unes ont celle d’un parallélogramme ; les autres ont deux angles droits & un côte curviligne. Ces figures différentes sont très-utiles pour l’arrangement des lames dans les vases.

On bat chaque lame en particulier sur une enclume, pour corriger les inégalités que le ciseau peut avoir laissées sur les bords, & pour polir leur surface, afin que la dissolution se fasse plus uniformément, & qu’on puisse les racler plus commodément ; ces lames sont du poids de deux onces jusqu’à quatre onces & demie.

Quelques particuliers préparent les lames neuves de cuivre avant de s’en servir ; cette préparation consiste à les ensevelir pendant trois ou quatre jours dans du verd-de-gris. Ils assurent que par cette préparation elles ne s’échauffent pas tant, lorsqu’elles sont mêlées avec les grappes, & que la dissolution s’en fait mieux. D’autres n’emploient point cette méthode qu’ils regardent comme inutile ; il est vrai que les lames se dissolvent sans cette préparation, mais non pas si aisément ; ainsi je pense qu’il convient de les préparer de cette façon lorsqu’elles sont neuves ; l’acide surabondant qui est dans le verdet, dans lequel on les ensevelit, les pénetre, & par-là facilite la dissolution. Ce qui prouve ultérieurement l’utilité de cette préparation, c’est que les lames qui ont déjà servi se rouillent plutôt, parce qu’elles ont été pénétrées par l’acide du vin dans les opérations antérieures.

Les vaisseaux dont on se sert pour faire le verd-de-gris, sont des especes de jare ou d’urne, qu’on appelle dans la langue vulgaire du pays oule, c’est-à-dire pot. Si on ne prépare ces vaisseaux, ils perdent le vin qu’on y met. Cette préparation consiste à les faire bien tremper huit ou dix jours dans de la vinasse, ou dans du vin si on n’avoit point de vinasse.

Ils sont de poterie, mais mal cuite ; & quand ces pots ont été bien pénetrés par la vinasse, on les lave avec la même liqueur, pour détacher & emporter quelques parties tartareuses qui s’étoient attachées aux parois ; après ils sont très-propres pour faire le verd-de-gris.

L’expérience a appris que plus ces vases ont servi, plus ils sont propres à cette préparation ; mais après un certain tems on a soin de les écurer exactement avec du sable & de la vinasse, pour emporter les parties grasses & mucilagineuses qui par des opérations réitérées s’attachent à leurs parois.

Ces vaisseaux de terre sont d’une grandeur différente ; on ne sçauroit là-dessus établir rien de positif. Communément ils ont seize pouces de hauteur, quinze pouces ou environ de diametre à la partie la plus large ; leur ouverture est de douze pouces ou environ, autour de laquelle regne un rebord courbé en-dedans, qui a un pouce & demi de largeur.

On range dans ces vaisseaux cent lames de cuivre, plus ou moins ; il est de l’intérêt du particulier d’y en placer beaucoup ; par-là il consomme moins de vin.

Tous les vins ne sont pas également propres à faire le verd-de-gris. Les vins verds, aigres & moisis, comme aussi ceux qui sont doux donnent peu de verd-de-gris. Les vins blancs en général sont moins propres à faire cette préparation, que les vins rouges de bonne qualité ; les premiers en se décomposant comme les vins doux, engraissent ou graissent les grappes & les vases : on ne demande pas que les vins aient une belle couleur, il suffit qu’ils n’aient par les qualités que nous venons d’indiquer, mais il faut qu’ils aient du feu (comme parlent les particuliers) c’est-à-dire qu’ils soient spiritueux : aussi tout l’essai qu’ils font du vin pour connoître s’il est propre pour cette opération, consiste à le faire brûler ; celui qui brûle le mieux est toujours préféré, & lorsqu’il ne brûle point, on le rejette. Plus un vin rouge donne d’eau-de-vie, plus il est propre pour le verd-de-gris ; ainsi quand le particulier qui en fait emploie de bon vin rouge, qui brûle bien & qui est bien spiritueux, il doit être assuré d’avoir une bonne recolte de verdet, pourvû que les autres causes qui concourent à cette opération ne soient point dérangées dans leur action, comme nous l’exposerons dans la suite de cet article. C’est donc principalement du choix du vin que dépend le succès de cette préparation.

Les vins de Saint-George, de Saint-Drezery & de quelqu’autres terroirs des environs de Montpellier, sont extrèmement renommés : si on n’aimoit pas mieux les reserver pour les boire, ce qui est plus avantageux à tous égards, on pourroit les employer pour le verd-de-gris, ils donneroient pour chaque vase deux livres & jusqu’à trois livres de verdet, pourvû que toutes les autres causes fussent d’ailleurs dans l’état convenable.

Les grappes ou rafles demandent des préparations avant de les employer : on les ramasse dans le tems des vendanges. La premiere préparation consiste à les faire bien sécher au soleil ; il faut avoir soin de les remuer de tems en tems, pendant qu’elles sont exposées à l’air, & prendre garde qu’il ne pleuve dessus : si on négligeoit ces précautions, on les verroit bien-tôt noircir, elles deviendroient peu propres à faire aigrir le vin, & il faudroit absolument les rejetter, comme le pratiquent en pareil cas les femmes qui font du verdet. Lorsque les grappes sont parfaitement séches, on les serre au haut de la maison : je ferai remarquer, que lorsqu’on serre les grappes séchées au soleil, il ne faut pas se mettre dans un endroit où il y ait de l’huile, & moins encore, comme le font par mégarde quelques particuliers, les envelopper dans des draps qui ont été imbibés d’huile (tels sont ceux qui ont servi à serrer les olives avant de les porter au moulin), parce qu’elles s’engraissent, & deviennent peu propres à l’opération que nous allons décrire, comme aussi on ne doit point employer des vaisseaux de terre qui ont contenu quelque corps gras ou huileux ; ils s’engraissent aussi-bien que les grappes. La seconde préparation consiste à fouler ces grappes de vin, comme on va l’exposer sur le champ.

Procédé dont on se sert aujourd’hui pour faire le verd-de-gris. On prend une certaine quantité de grappes bien séchées au soleil, & on les fait tremper pendant huit ou dix jours dans de la vinasse, par cette macération, elles acquierent environ le double de leur poids : au défaut de vinasse, on peut les faire macérer dans du vin. Cette premiere opération, & toutes celles qui suivent se font à la cave ; quelques particuliers en petit nombre les font au rez-de-chaussée, & en d’autres lieux plus élevés. Voyez mémoires de l’acad. royale des Scienc. année 1753. pag. 626.

Les grappes étant bien pénétrées de vinasse ou de vin, on les laisse égoutter un moment sur une corbeille ; ensuite en les mêlant bien, on en forme un peloton qu’on met dans le vase de terre ; chaque peloton contient environ deux livres de grappes séches, qui imbibées pesent environ quatre liv. on verse par-dessus trois pots de vin qui équivalent à quatre pintes de Paris. On appelle cette manœuvre dans le pays, aviner ; on a soin de retourner ces grappes sens-dessus-dessous, pour qu’elles soient bien humectées par le vin ; on couvre ensuite le vase d’un couvercle, qui est fait avec les ronces & la paille de seigle, qui a un pouce d’épaisseur, & autour duquel il y a un rebord, afin qu’il ferme exactement le vaisseau.

J’ajouterai, que quand on ne met pas les grappes tout-à-la-fois dans le vase, on les remue mieux, & que lorsqu’on fait le mélange de vin & des grappes, il faut les bien battre ensemble, jusqu’à faire écumer le vin ; mais on ne peut bien faire cette manœuvre qu’avec la moitié de grappes qui entrent dans chaque vase. Dès qu’on a battu dans un vaisseau la moitié du vin & des grappes suffisant pour le charger : on agite de même l’autre moitié de vin & de rafles dans un second ; après quoi on met les grappes de ce second dans le premier pour achever de le charger.

Toutes les grappes qui entrent dans un vase ayant été bien pénétrées par le vin, la fermentation se fait beaucoup mieux ; cette agitation rapide, communiquée au vin, favorisant sa décomposition.

Plusieurs particuliers qui font du verdet, remuent les grappes au bout de deux, trois, quatre, cinq & six jours, suivant que la saison plus ou moins froide, & le vin plus ou moins spiritueux les pressent : c’est pour empêcher qu’elles ne s’échauffent trop ; la fermentation acide commençant alors, la chaleur dénote que le vin se décompose. Ils observent de tenir les pots bien bouchés, afin que la fermentation ne se fasse pas trop vîte : d’autres au contraire, trouvent cette manœuvre défectueuse, parce qu’elle interrompt le mouvement intestin qui s’excite dans le vin par le moyen des grappes, & fait perdre ce premier esprit qui s’est développé par ce mouvement : c’est par cette seule raison que la plûpart ne remuent plus les grappes après avoir aviné ; la fermentation n’étant point troublée & se faisant par degrés, on ne perd rien de l’esprit & de l’acide le plus volatil qui est le véritable dissolvant du cuivre.

Parmi ceux qui manœuvrent de cette maniere, les uns quand ils apperçoivent que la fermentation est en bon train, les autres quand elle tire vers sa fin, mettent les grappes sur deux morceaux de bois, dont chacun ordinairement est un parallélépipede de 10 pouces de longueur, d’un pouce 3 lignes de largeur, & de 7 lignes d’épaisseur. Ils placent ces deux morceaux de bois en forme de croix, à 1 ou 2 pouces de distance de la superficie du vin changé en vinasse : la plûpart attendent que la grande chaleur des grappes soit passée ; ils les laissent dans cette situation trois ou quatre jours pour faire, disent-ils, monter l’esprit ; au bout de ce tems ils couvent, c’est-à-qu’ils regardent les grappes de raisins comme prêtes à recevoir les lames de cuivre, & ont soin d’ôter du vase la vinasse & les morceaux de bois.

Les personnes qui s’adonnent à cette préparation reconnoissent de plusieurs manieres le point de la fermentation, & je vais donner celles qui me paroissent le plus essentielles. Ce sont des femmes qui font toute la manœuvre de cette opération ; elles disent que quand il y a une espece de rosée qui ne recouvre que les grappes, placées vers le milieu de la couche supérieure, & qui ne paroît point sur les autres grappes de la même couche qui sont autour de la paroi du vase ; cette rosée est une marque que la fermentation est au point desirée, & qu’on doit saisir cet instant pour ranger les lames de cuivre ; car ce tems manqué, l’acide & l’esprit le plus pénétrant, & le plus volatil, qui est le principal agent de la dissolution de ce métal, se dissipent.

Mais quoique ces attentions suffisent pour connoître le point de fermentation nécessaire à l’opération que nous décrivons, ce que je vais dire des moyens employés pour connoître mieux le point requis de la fermentation acide, de maniere à ne pas s’y tromper, est d’une extrème importance, puisqu’il ne s’agit pas moins que de déterminer avec précision le moment auquel on doit mettre les grappes avec les lames de cuivre. On reconnoit que la fermentation est au degré requis & qu’il faut couver, à une pellicule extrèmement mince qui se forme à la surface du vin changé en vinasse (l’on dit alors que le vin est couvert). Je ne puis mieux comparer cette pellicule qu’à celles qui se forment dans les sources d’eaux minérales vitrioliques ferrugineuses ; tous les chimistes savent qu’il s’en forme dans toutes les liqueurs qui sont sujettes à passer à la fermentation acide. On ne peut bien appercevoir cette pellicule que quand les grappes sont suspendues sur des morceaux de bois ; pour la bien voir, il faut d’abord plonger la main dans le vase, & se faire jour par un de ses côtés, après quoi l’on prend doucement les dernieres grappes qui sont les plus voisines de la superficie du vin, & avec le secours d’une chandelle allumée on distingue très bien la pellicule lorsqu’elle est formée ; autrement les grappes étant mêlées avec le vin, pour peu qu’on les remue, elles la détruisent ; & il est presque impossible de l’appercevoir. La méthode que je viens de rapporter, est plus exacte qu’aucune autre ; c’est par elle qu’on s’assure que le vin ne donne plus de cet acide uni à la partie inflammable qui s’éleve & s’attache aux grappes, & qui étant le premier dissolvant du cuivre, influe essentiellement sur la réussite de l’opération.

Voici un autre moyen pour reconnoître quand la fermentation est finie : on va visiter de tems-en-tems les pots de verdet, on ôte le couvercle ; & si on apperçoit que le dessous est mouillé, c’est une marque que le vin se décompose, & qu’il se fait alors une vraie distillation ; l’humidité du couvercle augmente par degrés, & dure plus ou moins de tems, à proportion de la bonté du vin & du degré de chaleur qui le presse. Dès que le dessous du couvercle est sec, après cette grande humidité, on peut être assûré que le vin a cessé de fournir, en se décomposant, le dissolvant volatil du cuivre, & que les grappes sont prêtes pour le couvage.

Voici encore un autre indice non moins assuré que ceux que je viens de rapporter, pour reconnoître le moment précis où il faut couver. On met sur les grappes une plaque de cuivre chauffée, posée de plat à un des côtés du vase, & qu’on couvre de grappes ; elle se change en six heures de tems en un verd d’éméraude ; & au bout de deux jours on découvre sur la partie verte de cette lame, quelques taches blanchâtres qui indiquent sûrement, comme je l’ai éprouvé, que la fermentation a atteint le degré requis.

Le nombre des jours ne décide rien pour cette fermentation ; la saison, l’air, la qualité du vin l’accélerent plus ou moins ; en été, elle est parfaite dans trois jusqu’à dix jours, tandis qu’en hiver il faut douze, quinze, vingt jours & quelquefois davantage.

Dans cette fermentation, les grappes se chargent des parties du vin qui ont la propriété de dissoudre le cuivre. Quand elles en sont bien chargées, & qu’on le reconnoit aux signes que nous avons donnés, on rejette le vin qui est devenu vinasse (c’est à-dire un foible vinaigre). On laisse égoutter un moment les grappes sur une corbeille en les mêlant bien ; puis on les range dans les vases couche par couche avec les lames de cuivre qu’on a fait chauffer, observant que la premiere & la derniere couche soient de grappes ; ensuite on couvre le vaisseau avec le même couvercle.

Lorsqu’on a ainsi rangé les lames de cuivre avec les grappes, on les laisse pendant trois ou quatre jours, & quelquefois davantage ; on a soin cependant de les visiter de tems-en-tems pour reconnoître le moment où l’on doit retirer les lames de cuivre. On les retire lorsqu’on apperçoit sur celles qui ont verdi, des points blancs qui ne sont qu’une crystallisation, comme nous le dirons. Les particuliers qui font du verd-de-gris, disent qu’alors les lames se cotonnent. Le mot cotonner est encore un terme de l’art. Lorsqu’on apperçoit ces points blancs, il faut tout-de-suite retirer du vase les lames de cuivre ; si on les y laisse plus long-tems, toute la partie verte se détache des lames, tombe dans le vase, & s’attache si intimement aux grappes, qu’il est fort difficile de la recueillir.

Quand on examine attentivement les grappes qui ont servi à cette préparation ; & que les particuliers font sécher à cause qu’elles sont trop grasses, on y voit des parties de verd-de-gris qui viennent de ce qu’on a laissé les lames trop long-tems avec les grappes dans les vases.

Il faut remarquer que les grappes qui ont servi, ne demandent plus la préparation qu’on fait aux neuves : préparation qui, comme on l’a déja dit, consiste à les faire tremper dans de la vinasse ou dans du vin. Cette préparation seroit nécessaire si les grappes s’étoient engraissées ; dans ce cas, après les avoir fait sécher, on les prépare comme si elles n’avoient jamais servi. Nous avons dit que les grappes s’engraissent lorsqu’elles sont enduites d’une huile mucilagineuse, qui est un des plus grands obstacles de la formation du verd-de-gris ; sur quoi je remarquerai ici en passant, qu’on doit être fort attentif à ne point serrer les grappes dans les endroits où il y a de l’huile, & à ne les point envelopper dans les linges qui en ont été imbibés ; comme aussi il ne faut jamais mettre des substances grasses, huileuses, dans les pots qui doivent servir à cette opération.

Les femmes connoissent si fort le dommage que l’huile peut porter à leur travail, qu’elles ne descendent jamais avec une lampe dans les caves où elles préparent le verd-de-gris ; elles se servent de chandelle ; une seule goutte d’huile qui seroit tombée par mégarde dans le vase leur feroit perdre le produit de ce vase. L’expérience d’une dame de cette ville, qui fait faire une grande quantité de verd-de-gris, prouve incontestablement ce fait. Un domestique qui portoit du vin à la cave dans un grand chauderon, y laissa tomber une lampe pleine d’huile ; on ne s’apperçut de cet accident qu’après avoir mis du vin dans plusieurs vases ; lorsqu’on voulut juger du degré de fermentation, on trouva les grappes & les vases engraissés au point qu’on fut oblige de jetter le vin & les grappes, & de faire écurer les pots.

Je reviens à la suite de l’opération : dès que les lames se cotonnent, on les tire du vase, & on les range sur un de leurs côtes à un coin de la case, où on les laisse pendant trois ou quatre jours (cela s’appelle mettre au relais). Elles se sechent pendant ce tems-là ; alors on les trempe par leurs côtés dans la vinasse ; mais la plûpart les trempent aujourd’hui avec l’eau, de maniere qu’il n’y ait que leur extrémité qui y soit plongée ; on les laisse égoutter en les tenant quelque tems suspendues ; puis on les range dans leur premier ordre pour les faire sécher, & on renouvelle à trois reprises cette manœuvre, en observant de mettre huit jours d’une trempe à l’autre. Lorsque les lames de cuivre sont seches, quelques-uns les trempent dans du vin ; d’autres, comme je l’ai déja dit, les trempent dans l’eau ; par-là ceux-ci ont un verd-de-gris plus humide, plus pesant, moins adhérent à la lame, & conservent même leurs lames, qui sont moins rongées par l’acide du vin affoibli par l’eau. Le verd-de-gris ainsi nourri est moins coloré & inférieur à l’autre, pour les différens usages auxquels on l’emploie : c’est ce qui a déterminé M. l’intendant de la province à défendre cette manœuvre par une ordonnance où il enjoint de se servir du vin ou de vinasse pour humecter les lames : c’est ce qu’on appelle vulgairement nourrir le verd-de-gris.

Lorsque les plaques de cuivre sont au relais, plusieurs particuliers les enveloppent d’une toile fort claire mouillée d’un peu de vin, & d’autres les arrosent de tems-en-tems, & les entourent de grappes.

Les tems du relais & de la nourriture du verd-de-gris est ordinairement de 24 à 30 jours. Le seul coup-d’œil décide de sa perfection, qui est plus ou moins avancée, selon que la dissolution du cuivre a été plus ou moins parfaite. Cette opération dépend de tant de circonstances, qu’il seroit trop long de les rapporter dans cet article. Je renvoie mes lecteurs au second mémoire que j’ai donné sur le verd-de-gris. Mémoires de l’acad. royale des Sciences de Paris, année 1753.

Au relais, la matiere dissoute se gonfle, s’étend & forme une espece de mousse unie, verte, qu’on racle soigneusement avec un couteau émoussé : cette mousse s’appelle verd-de-gris ou verdet.

Dès qu’on a exactement raclé les lames, les uns les exposent à l’air libre pour les faire sécher ; les autres les font sécher & chauffer dans un fourneau fait exprès qu’ils ont à leur cave, & les préparent par-là pour une seconde opération.

Les lames de cuivre, par les dissolutions réitérées, perdent considérablement de leur masse, & deviennent peu propres à cette opération, non qu’elles ne soient aisées à dissoudre, mais parce qu’étant réduites en lames extrèmement minces, elles ne peuvent plus être raclées sans se plier & se rompre par quel qu’un de leurs côtés ; alors on les vend aux Chaudronniers qui les fondent pour leur usage.

Nous remarquerons que quand on fait du verd-de-gris, il ne faut pas se contenter d’avoir le nombre de lames de cuivre qui peuvent être contenues dans les vases, il faut en avoir un pareil nombre de réserve ; ainsi chaque pot contenant cent lames de cuivre, il faut, pour faire un pot de verd-de-gris, avoir deux cens lames, pour deux pots quatre cens lames, & de cette façon les vaisseaux & les grappes ne restent pas oisifs, & on fait dans le même tems une plus grande quantité de verdet. Voici la maniere dont il faut procéder, quand on a tiré les lames du vase, & qu’on les a mises au relais ; on verse tout-de-suite trois pots de vin sur les grappes pour préparer une nouvelle fermentation ; lorsque cette fermentation est au point requis, on place dans le même vase les cent lames de cuivre qu’on a réservées, que l’on retire, & que l’on met au relais quand elles sont couvertes de verdet ; alors on verse de nouveau du vin sur les grappes, pour préparer une nouvelle dissolution.

On observera encore que quand on fait une grande quantité de verd-de-gris, comme certains particuliers qui en ont jusqu’à cinq cens pots, il faut mettre dans de grandes auges ou dans de grands tonneaux, à un coin de la cave, toute la vinasse qu’on a tirée des vases (nous avons dit quel étoit l’usage de cette vinasse), soit pour faire macérer les grappes, soit pour imbiber les pots neufs, ou pour tremper les lames quand elles sont au relais, ou pour pétrir le verdet.

On ne jette la vinasse que quand elle est devenue claire, & qu’elle n’a presque plus de force.

Les particuliers après avoir raclé & ramassé le verd-de-gris, le mettent dans des sacs de toile, & le portent au poids du roi devant l’inspecteur, pour juger s’il est de la qualité requise, c’est-à-dire s’il n’est pas trop humide, & s’il n’est point mêlé avec de corps étrangers ; puis ils le vendent à des marchands commissionnaires, qui le préparent avant de l’envoyer. Pour cet effet ils font pêtrir le verd-de-gris dans de grandes auges avec de la vinasse, & ensuite ils le font mettre dans des sacs de peau blanche, qu’on expose à l’air pour les faire sécher ; cette matiere pêtrie & serrée dans ces sacs s’y durcit à un tel point, qu’elle ne forme qu’une seule masse. On range ensuite ces sacs dans de grands tonneaux avec de la paille ; on les y serre & presse bien, & on les envoie dans différens pays, & principalement en Hollande.

Huit onces de verd-de-gris, tel qu’on le porte aux marchands, & préparé avec le cuivre neuf, & mouillé pendant qu’il étoit au relais avec la vinasse, exposé au soleil pendant trois ou quatre jours, jusqu’à ce qu’il ait pu se mettre en poudre, ont été réduites à quatre onces par la perte qu’elles ont faite de l’eau surabondante que contient l’acide du vin & d’un peu d’huile inflammable. Ces quatre onces mises dans une cornue de verre à laquelle on avoit ajusté un ballon, ayant été distillées au feu de sable, j’en ai retiré un esprit acide qui a pesé deux onces & demie d’une odeur forte & nauséabonde, paroissant huileux ; cet acide est ce que les chimistes appellent l’acide radical ou esprit de vénus, qui est extremement concentré, le cuivre lui communiquant une odeur désagréable, & me semble encore plus de volatilité. Ce vinaigre ou acide radical est un bon dissolvant de terres absorbantes. J’ai retiré de ce qui a resté dans la cornue, & qui pesoit une once & demie par le moyen du flux noir & exposé au feu de forge pendant une heure dans un creuset bien fermé, un bouton de cuivre qui a pesé une once deux gros : ce qui démontre que huit onces de verd-de-gris préparé comme je l’ai dit plus haut, contiennent en dissolution une once & deux gros de cuivre.

On appelle verdet distillé les crystaux retirés d’une teinture bien chargée de verd-de-gris ordinaire faite dans l’esprit de vinaigre, filtrée, évaporée & crystallisée (cette dissolution s’appelle teinture de vénus). Ces crystaux qui forment pour l’ordinaire des lozanges ou des rhombes, sont de toute beauté & fort transparens. On m’a assuré qu’on les fabriquoit à Grenoble, & que l’artiste en faisoit un secret, & qu’il avoit beaucoup gagné à cette préparation. On sait que tout dépend dans la plûpart des opérations chimiques, d’un tour de main que le bon chimiste praticien attrappe par le long usage de travailler. Je pense que tout le mystere de cette opération est de dissoudre dans du bon vinaigre distillé le plus de verdet que faire se pourra, de bien filtrer cette dissolution, & de la faire évaporer lentement dans un vaisseau de verre un peu large à la chaleur de l’atmosphere, & de laisser crystalliser dans le même endroit, & prendre bien garde qu’il n’y tombe des ordures. J’ai réussi moi-même à avoir de cette maniere de très beaux crystaux. Les chimistes appellent ces crystaux crystaux de vénus ou de verdet, les peintres & les marchands leur ont donné le nom de verdet distillé ; ils sont fort employés dans la peinture tant à la détrempe qu’à l’huile. A la détrempe on les emploie mêlés avec le sucre candi pour illuminer des estampes, surtout celles où il y a beaucoup de feuillages. A l’huile il est employé avec succès pour donner un beau verd aux chaises à porteur & autres meubles. Sa couleur est durable ; seulement elle noircit un peu avec le tems.

L’emploi du verd-de-gris qu’on prépare à Montpellier se borne pour l’usage de la Médecine à l’extérieur ; les Chirurgiens s’en servent quelquefois comme d’un escarotique pour manger les chairs qui débordent & qui sont calleuses, en en saupoudrant la partie malade. Dans ce cas il faut que le verdet soit bien sec & réduit en poudre pour qu’il agisse, ayant perdu alors toute son eau surabondante : on l’emploie encore avec succès dans des collyres officinaux pour les yeux. Il entre dans le collyre de Lanfranc, dans le baume verd de Metz, dans l’onguent égyptiac & des apôtres, & dans les emplâtres divins & manus Dei.

La grande consommation du verd-de-gris se fait pour la teinture & la peinture ; en France on l’emploie beaucoup pour peindre en vert à l’huile les portes & les fenetres des maisons de campagne. On s’en sert encore dans les maisons pour peindre les portes & certains meubles ; mais le grand emploi du verdet se fait en Hollande & dans quelques autres pays du Nord. Les Hollandois s’en servent pour peindre en vert toutes les portes & les murs de clôture de leurs jardins qui sont faits tout en bois tant à la ville qu’à la campagne. La quantité de verd-de-gris que nous envoyons dans ce pays est prodigieuse ; on m’a assuré que le grand usage qu’on fait encore en Hollande du verd-de-gris, c’est pour teindre les chapeaux en noir. Enfin, un fameux teinturier de cette ville m’a dit qu’il n’employoit le verd-de-gris qu’à une seule teinture, savoir pour teindre en noir les étoffes de laine. C’est une chose bien particuliere, que les Chimistes ayent ignoré jusqu’aujourd’hui que le verd-de-gris qui est un sel neutre, & qui a pour base le cuivre, donne le noir aux étoffes, & qu’ils ayent été persuadés qu’il n’y avoit que le fer qui peut donner un beau noir. J’ai remarqué moi-même que l’encre ordinaire tenue un certain tems dans un écritoire de cuivre, devenoit plus noire ; même le noir des chauderons de cuivre est aussi fort brillant & fort beau.

On se sert encore du verdet ordinaire comme du verdet distillé pour colorer des estampes, du papier, &c. Voici la maniere dont on le prépare : on fait dissoudre du verd-de-gris dans une dissolution de crystal de tartre faite avec l’eau de pluie. Cette dissolution de crême de tartre dissout très-bien le verd-de-gris, & les deux dissolutions colorent très-bien le papier, & lui donnent quand il est bien sec un luisant qui paroît brillanté ; cela vient du tartre qui s’est crystallisé sur le papier, & le verd est plus ou moins foncé, selon qu’on a chargé la dissolution du tartre de verd-de-gris. Article de M. Montet, maître apoticaire, & membre de la société royale des Sciences de Montpellier.

Verd d’iris, (Arts.) espece d’extrait qu’on tite de l’iris à fleurs bleues, iris vulgaris violacea hortensis & sylvestris, & qui sert à peindre en miniature ; cette couleur tendre peut se faire de la maniere suivante.

Cueillez de grand matin avant le lever du soleil des plus belles fleurs d’iris, séparez-en la partie extérieure qui est verte & satinée, & ne vous servez que de cette partie. Pilez-la dans un mortier de verre, versez ensuite par-dessus quelques cueillerées d’eau dans laquelle vous aurez fait fondre un peu d’alun & de gomme ; broyez bien le tout ensemble, jusqu’à ce que votre eau ait la couleur & la consistence nécessaire ; ensuite passez ce jus dans un linge fort, mettez-le dans des coquilles, & laissez-le sécher à l’ombre. (D. J.)

Verd de vessie, (Arts.) pâte dure qu’on prépare avec le fruit de nerprun.

Pour faire cette pâte, on écrase les baies du nerprun quand elles sont noires & bien mûres ; on les presse, & l’on en tire le suc qui est visqueux & noir ; on le met ensuite évaporer à petit feu sans l’avoir fait dépurer, & l’on y ajoute un peu d’alun de roche dissout dans de l’eau, pour rendre la matiere plus haute en couleur & plus belle ; on continue un petit feu sous cette liqueur, jusqu’à ce qu’elle ait pris une consistence de miel ; on la met alors dans des vessies de cochon ou de bœuf qu’on suspend à la cheminée, ou dans un autre lieu chaud, & on l’y laisse durcir pour la garder ; les Teinturiers & les Peintres s’en servent.

On doit choisir le verd de vessie dur, compact, pesant, de couleur verte, brune ou noire, luisant extérieurement ; mais qui étant écrasé ou pulvérisé, devienne tout-à-fait verd, & d’un gout douçâtre.

Verd, (Maréchal.) on appelle ainsi l’herbe verte que le cheval mange dans le printems ; mettre un cheval au verd, c’est le mettre pâturer l’herbe pendant le printems ; donner le verd, voyez Donner.

Verd, en termes de Blason, signifie la couleur verte. Voyez Verd & Couleur. On l’appelle verd dans toutes les armoiries de ceux qui sont au-dessous du degré des nobles ; mais dans les armoiries des nobles, on l’appelle émerande, & dans cedes des rois, on l’appelle vénus.

Dans la Gravûre on le marque par des diagonales ou des hachures qui prennent de l’angle dextre du chef à l’angle senestre de la pointe. Voyez les Pl. de Blason.

En France les hérauts d’armes lui donnent le nom de synople.

Verd bonnet, (Jurisprud.) voyez ci-devant Bonnet verd, & Banqueroute, Banqueroutier. (A)

Verds et Bleus, (Hist. rom.) on nomma verds & bleus, deux partis qui régnoient à Rome, & qui tiroient leur origine de l’affection que l’on prend dans les théatres pour de certains acteurs plutôt que pour d’autres. Dans les jeux du cirque, les chariots dont les cochers étoient habillés de verd, disputoient le prix à ceux qui étoient habillés de bleu, & chacun y prenoit intérêt avec passion. Suétone rapporte que Caligula attaché à la faction des verds, haïssoit le peuple, parce qu’il applaudissoit à l’autre parti.

Ces deux factions qui se répandirent dans toutes les villes de l’empire, étoient plus ou moins furieuses à proportion de la grandeur des villes, c’est-à-dire, de l’oisiveté d’une grande partie du peuple. On voit sous Justinien les habitans de Constantinople divisés avec acharnement pour les bleus ou les verds.

Mais les divisions toujours nécessaires dans un gouvernement républicain pour le maintenir, ne pouvoient être que fatales à celui des empereurs ; parce qu’elles ne produisoient que le changement du souverain, & non le rétablissement des lois, & la cessation des abus.

Justinien qui favorisa les bleus, & refusa toute justice aux verds, aigrit les deux factions, & par conséquent les fortifia. Pour prendre une idée de l’esprit de ces tems-là, il faut voir Théophanes, qui rapporte une longue conversation qu’il y eut au théatre entre les verds & l’empereur.

Ces deux factions allerent jusqu’à anéantir l’autorité des magistrats : les bleus ne craignoient point les lois, parce que l’empereur les protégeoit contre elles ; les verds cesserent de les respecter, parce qu’elles ne pouvoient plus les défendre.

Tous les liens d’amitié, de parenté, de devoir, de reconnoissance, furent ôtés ; les familles s’entredétruisirent ; tout scélérat qui voulut faire un crime, fut de la faction des bleus ; tout homme qui fut volé ou assassiné, fut de celle des verds. Grandeur des Romains.