L’Encyclopédie/1re édition/RAYON

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
◄  RAYN
RAYONNANT  ►

RAYON, s. m. terme de Géométrie, c’est le demi-diametre d’un cercle, ou la ligne tirée du centre à la circonférence. Voyez Diametre.

Le rayon s’appelle en Trigonométrie, sinus total. Voyez Sinus.

Il est évident par la définition & par la construction du cercle, que tous ses rayons sont égaux. Voyez Cercle.

Dans la haute Géométrie, le rayon de la développée, le rayon de la courbure, ou le rayon osculateur, radius osculi, est la ligne droite CM, (Pl. analys. fig. 12.) représentant un fil, dont le développement a formé la courbe AM. Voyez Développée, Osculation, Osculateur, &c. Chambers. (E)

Rayon astronomique, est un instrument autrement nommé arbalestrille. Voyez Arbalestrille.

Rayon, (Optique.) trait ou ligne de lumiere qu’on imagine partir d’un corps lumineux. Voyez Lumiere.

M. Newton définit les rayons les moindres parties de la lumiere, soit qu’elles soient successives dans la même ligne, ou contemporaines dans plusieurs, c’est-à-dire que, selon ce philosophe, un rayon de lumiere est une suite de plusieurs corpuscules en très-grand nombre, qui s’échappent du corps lumineux, & qui se suivent pour ainsi dire à la file & en ligne droite.

Il paroît en effet que la lumiere est composée de parties successives & contemporaines ; puisqu’on peut intercepter dans un endroit celles qui viennent dans un instant, & laisser passer celles qui lui succedent l’instant d’après, intercepter celles qui viennent dans le même instant dans un endroit, & les laisser passer dans un autre.

Un rayon est appellé direct, lorsque toutes ses parties comprises entre l’œil & l’objet lumineux sont en ligne droite. Ce sont les propriétés de cette espece de rayon, qui font le sujet de l’optique proprement dite. Voyez Optique.

Un rayon rompu est celui qui s’écarte de cette direction, ou qui se détourne de sa route en passant d’un milieu dans un autre. Voyez Réfraction.

Si un rayon après avoir frappé la surface d’un corps, retourne en-arriere, on l’appelle réfléchi. Voyez Réflexion.

Dans l’un & dans l’autre cas, le rayon qui tombe sur le point de réflexion ou de réfraction, s’appelle incident. Voyez Incidence.

Les rayons paralleles sont ceux qui partant de divers points de l’objet, conservent toujours une égale distance les uns des autres. Voyez Parallele.

Les rayons convergens, sont ceux qui partant de divers points de l’objet, concourent ou tendent vers un même point. Voyez Convergent.

Les rayons divergens, sont ceux qui partant d’un point de l’objet, s’écartent & s’éloignent les uns des autres. Voyez Divergent.

Ce sont les diverses especes de rayons, directs, réfléchis ou rompus, qui servent à distinguer les différens corps que l’on considere en Optique : un corps, par exemple, qui répand la lumiere qui lui est propre, est appellé corps lumineux.

S’il ne fait que réfléchir les rayons qui lui viennent d’un autre corps, on l’appelle corps éclairé.

On l’appelle corps transparent, ou diaphane, quand il donne passage aux rayons. Voyez Diaphaneité. Et corps opaque, quand il les intercepte, ou qu’il leur refuse passage. Voyez Opacité.

Il suit de là qu’aucun corps n’envoye des rayons, qu’il ne soit lumineux ou éclairé. Voyez Radiation.

C’est par le moyen des rayons réfléchis des différens points des objets éclairés, & qui parviennent à l’œil, que ces objets deviennent visibles ; & de-là vient qu’on a donné à ces rayons le nom de rayons visuels. Voyez Visuel.

On remarque en effet, qu’un point d’un objet s’apperçoit de tous les endroits où l’art peut mener une ligne de ce point ; d’où il suit que chaque point d’un objet envoie de tous côtés un nombre infini de rayons. Il paroît encore par d’autres expériences, que les images de tous les objets desquels on peut mener des lignes droites à l’œil, se peignent dans cet organe au-delà du crystallin d’une maniere très-distincte, quoiqu’en petit. Voyez Vision & Œil artificiel. Chaque rayon emporte, pour ainsi dire, avec lui l’image du point de l’objet d’où il part ; de sorte que les divers rayons qui partent du même point, sont réunis en un seul par le crystallin ; & ce point de réunion est au fond de l’œil.

C’est la quantité & la densité des rayons qui partent d’un corps lumineux, qui constitue l’intensité de la lumiere ; mais il faut convenir que la direction suivant laquelle ces rayons frappent l’œil, y entre aussi. En effet, un rayon perpendiculaire frappant l’œil avec plus de force qu’un rayon oblique, en raison du sinus total au sinus de l’angle d’incidence, comme il résulte des lois de la percussion, affectera l’œil beaucoup plus vivement qu’un rayon oblique.

Si donc la quantité des rayons est égale, l’intensité sera comme le sinus de l’angle d’incidence ; si l’angle d’incidence est le même, l’intensité sera comme la quantité des rayons. Si l’une & l’autre different, l’intensité sera en raison composée de la densité des rayons, & du sinus de l’angle d’incidence.

Il suit de-là 1°. que si la lumiere se répand en lignes paralleles dans un milieu qui ne lui résiste point, son intensité ne variera point par l’éloignement.

2°. Que si elle se répand par des rayons convergens dans le même milieu, sa force sera en raison doublée réciproque des distances du point de concours. En effet, un cercle par exemple, étant mis à un pié de distance, recevra une certaine quantité de rayons : à deux piés de distance il ne recevra à-peu-près que le quart de la quantité de rayons qu’il recevoit auparavant ; à trois piés que la neuvieme partie de ces mêmes rayons. Voyez Qualité.

3°. Que si la largeur du plan éclairé est à la distance du point lumineux, comme 1 à 2000000, les mêmes choses doivent arriver à-peu-près, que si les rayons étoient paralleles : d’où il suit que comme le diametre de la prunelle, quand elle est dans sa plus grande largeur, excede à peine un cinquieme de pouce ; les rayons peuvent être censés tomber sur elle parallelement, lorsqu’ils viennent d’un point un peu éloigné.

4°. Si on présente une surface quelconque à des rayons paralleles qui tombent dessus perpendiculairement, & qu’ensuite on incline cette surface, la quantité des rayons diminuera en raison du sinus d’incidence au sinus total, & la force de ces mêmes rayons diminuera aussi dans la même raison ; de sorte que la raison composée de la quantité des rayons & du sinus d’incidence, sera comme le quarré de ce sinus. De-là vient cette regle que l’intensité des rayons de lumiere qui tombent sur une surface donnée, est en raison du quarré du sinus d’incidence.

L’effet des lentilles & des miroirs concaves, est de rendre divergens les rayons paralleles ; de rendre paralleles ceux qui sont convergens, & de faire que ceux qui sont divergens le deviennent encore plus. Voyez Miroir.

L’effet des lentilles & des miroirs convexes, est de rendre les rayons divergens paralleles, de rendre convergens ces derniers, & de faire que ceux qui sont convergens, le deviennent encore davantage.

Les rayons de lumiere ne sont point similaires ou homogenes ; mais ils different en réfrangibilité, en réflexibilité, & en couleur. Voyez Réfrangibilité.

C’est proprement de leur différente réfrangibilité que naissent toutes leurs autres différences ; du moins il paroît que les rayons qui conviennent ou different en ce point, conviennent ou different aussi dans tout le reste.

L’effet du prisme est de séparer les différentes sortes de rayons qui viennent pêle-mêle du soleil, & qui ont différens degrés de réfrangibilité, &c. Voyez Prisme & Réfraction.

Outre la réfrangibilité & les autres propriétés des rayons de lumiere dont on est déja assuré par des observations & des expériences, M. Newton soupçonne qu’ils peuvent en avoir un grand nombre d’autres ; particulierement celle d’être détournés par l’action des corps auprès desquels ils passent.

Ce philosophe croit que les rayons peuvent en passant par les extrémités des corps se replier en plusieurs manieres, & pour ainsi dire serpenter ; & que ceux qui paroissent tomber sur les corps, sont réfléchis ou rompus avant d’y arriver. Il ajoute qu’ils peuvent par le même principe souffrir différentes réfractions, réflexions, & inflexions. Voyez Distraction. Voici encore quelques questions que le même philosophe propose sur cette matiere.

N’est-ce point les rayons qui frappant le fond de l’œil excitent dans la rétine des vibrations qui s’étendent jusqu’au cerveau par le moyen des fibres, des nerfs optiques, & causent la vision ? Les rayons différens ne causent-ils point des vibrations plus ou moins fortes, qui excitent la sensation de différentes couleurs, de même que les vibrations de l’air, suivant leur plus ou moins de force, excitent les sensations de différens sons ? Voyez Son.

Les rayons les plus réfrangibles ne causent-ils pas les vibrations les plus courtes, pour exciter la sensation d’un violet foncé, & les moins réfrangibles les plus longues pour exciter cette sensation d’un rouge foncé ; & les divers espaces intermédiaires de rayons, des vibrations de grandeurs intermédiaires pour exciter les sensations des couleurs de même nature ? Voyez Couleur.

L’harmonie & la dissonnance des couleurs ne peut-elle pas venir de la proportion de ces vibrations, de même que celles des sons dépendent des vibrations de l’air ? Car il y a des couleurs dont l’union flatte l’œil, comme l’or & l’indigo, & d’autres dont l’accord est extrèmement desagréable.

Les rayons de lumiere n’ont-ils point divers côtés doués de plusieurs propriétés originales ? Il semble en effet, que chaque rayon de lumiere a deux côtés opposés qui possedent une propriété, d’où dépend la réfraction extraordinaire du crystal d’Islande, & deux autres côtés qui en sont dénués. Voyez Crystal d’Islande.

Les rayons ne sont-ils point de petits corps émanés des substances lumineuses ? En effet, de pareils corps peuvent avoir toutes les conditions de la lumiere ; & cette action & réaction entre les corps transparens & la lumiere, ressemble parfaitement à la force attractive qui subsiste entre les autres corps. Il n’est besoin d’autre chose pour la production de toutes les différentes couleurs, & de tous les degrés de réfrangibilité, sinon que les rayons de lumiere soient de différentes grosseurs ; car les moindres peuvent former le violet, qui est la plus foible & la moins brillante de toutes les couleurs, & celle qui se détourne le plus de son droit chemin à la rencontre des corps ; & les particules les plus grosses ne sont-elles pas celles qui produisent les couleurs plus fortes ; le bleu, le verd, le jaune & le rouge. Il n’est besoin d’autre chose pour faire que les rayons se réfléchissent & se transmettent aisément, sinon qu’ils soient de petits corps, qui par attraction, ou par quelque autre propriété semblable, excitent des vibrations dans les corps sur lesquels ils agissent ; car ces vibrations étant plus vives que celles des rayons, elles les changent & les alterent successivement, au point d’augmenter & de diminuer par degrés leur vîtesse, & d’y causer les variétés dont nous venons de parler.

Enfin, la réfraction extraordinaire du crystal d’Islande, n’est-elle pas causée par quelque vertu attractive qui réside dans certains côtés, tant du rayon, que du cristal ? Voilà les idées de M. Newton sur les propriétés des rayons de lumiere ; idées que ce philosophe n’a qu’ébauchées, parce qu’elles ne pouvoient pas être rendues autrement.

Rayon commun, en termes d’Optique, se fait quelquefois d’une ligne droite, tirée du point de rencontre des deux axes optiques, par le milieu de la ligne droite qui joint le centre des prunelles des deux yeux.

Rayon principal, en termes de Perspective, est la distance de l’œil au plan vertical. Voyez Perspective. Chambers. (O)

Pinceau de rayons, voyez Pinceau.

Rayon, en termes de Mécanique, se dit des rais d’une roue, parce qu’ils sortent du moyeu en forme de rayons.

Rayon visuel, (Nivell.) se dit dans l’opération d’un nivellement, quand vous mettant à 3 ou 4 piés de distance du niveau, vous posez l’œil, & vous vous alignez sur la surface de la liqueur colorée comprise dans les trois fioles : ce qui dirige votre rayon visuel, & forme une ligne de mire pour poser un jalon ou une perche à quelque distance.

Rayon extérieur, c’est, dans la Fortification, la ligne tirée du centre de la place à l’angle du polygone extérieur, ou à l’angle flanqué du bastion. C’est proprement le rayon du polygone extérieur. Ainsi OH, Pl. I. de fortification, fig. 1, est le rayon extérieur.

Rayon intérieur, c’est la ligne tirée du centre de la place à l’angle du centre du bastion, ou bien c’est le rayon du polygone intérieur, comme OK, Pl. IV. de Fortif. fig. 1. (Q)

Rayon, (Agriculture.) c’est le fond des sillons que produit la charrue, en labourant la terre en droite ligne ; on les fait en pente pour l’écoulement des eaux de pluie. (D. J.)

Rayon, (Jardinage.) espece de petite rigole profonde d’un pouce, & qu’on tire au cordeau sur des planches, pour y semer avec propreté les graines qui ne se sement point en plein chanp, comme les épinars, le cerfeuil, le persil, & quantité d’autres.

Rayon, s. m. (terme de Marchand.) il signifie des divisions d’armoires en quarrés, où l’on met différentes marchandises en ordre, & séparées les unes des autres.

Rayon, (terme de Monnoie.) les rayons sont des creux & cannelures qui sont dans les lingotieres, & qui servent de moule aux lingots. (D. J.)

Rayons, en terme d’Orfevre en grosserie, ce sont des traits, ou lames aiguës d’or ou d’argent, qui entourent la lunette d’un soleil, & imitent les rayons naturels de lumiere. Il y a des rayons simples, des rayons flamboyans, & des rayons à la bermine. Voyez ces mots à leur article.

Les rayons à la bermine sont des rayons réunis ensemble, & qui ne sont séparés qu’à leur extrémité, étant plus ou moins longs pour approcher la nature de plus près. On les appelle ainsi du nom d’un chevalier romain qui en a été l’inventeur.

Rayon flamboyant est un trait tourné en serpentant, & qui représente les variations de la flamme.

Rayon simple interne, ce sont des languettes d’or ou d’argent directes, qui imitent les rayons de lumiere. On en orne les soleils pour exposer le S. Sacrement.