Page:Diderot - Encyclopedie 1ere edition tome 11.djvu/516

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

On se sent oppressé, lorsque le poids des alimens surcharge l’estomac. Il y a oppression de poitrine, lorsque la respiration est embarrassée, & qu’il semble qu’on ait un poids considérable à vaincre à chaque inspiration.

OPPRESSION, s. f. (Morale & Politiq.) par un malheur attaché à la condition humaine, les sujets sont quelquefois soumis à des souverains, qui abusant du pouvoir qui leur a été confié, leur font éprouver des rigueurs que la violence seule autorise. L’oppression est toujours le fruit d’une mauvaise administration. Lorsque le souverain est injuste, ou lorsque ses représentans se prévalent de son autorité, ils regardent les peuples comme des animaux vils, qui ne sont faits que pour ramper, & pour satisfaire aux dépens de leur sang, de leur travail & de leurs trésors, leurs projets ambitieux, ou leurs caprices ridicules. En vain l’innocence gémit, envain elle implore la protection des lois, la force triomphe & insulte à ses pleurs. Domitien disoit omnia sibi in homines licere ; maxime digne d’un monstre, & qui pourtant n’a été que trop suivie par quelques souverains.

Oppression, s. f. (Médec.) symptome commun à diverses maladies ; c’est un sentiment d’étouffement & de suffocation dans l’hystérisme, & autres maux de nerfs : on ressent de l’oppression dans la poitrine, quand la respiration est lésée par quelque cause que ce soit ; on éprouve de l’oppression dans l’estomac, quand ce viscere exerce une digestion pénible. L’oppression qui vient d’une cause externe, se détruit en ôtant cette cause.

OPPROBRE, s. m. (Gram.) c’est le mépris de la société dans laquelle on est. Ce terme me semble du moins avoir rapport à une certaine collection d’hommes. Ceux qui ont une conduite opposée aux devoirs de leur état en sont l’opprobre ; on est l’opprobre de l’église, de la nation, de la littérature, de la magistrature, de l’état militaire. Pour completer l’acception d’opprobre, à cette idée il faut encore en ajouter une autre, c’est l’extreme degré de la honte & du mépris, encouru apparamment par quelqu’action bien vile. Il se dit aussi d’une injure grieve. Les Juifs firent souffrir à J. C. mille opprobres.

OPS, s. f. (Mythol.) c’est la même déesse que Rhéa, femme de Saturne, & les anciens adoroient sous ce nom la terre, à cause de sa fécondité. On représentoit Ops comme une matrone vénérable, qui tendoit la main droite, c’est-à-dire, offroit son secours à tout le monde, & de la gauche elle distribuoit du pain aux malheureux. Ceux qui lui sacrifioient étoient assis pendant le sacrifice pour marquer la stabilité de la déesse. Elle avoit un temple à Rome que lui voua T. Tatius, roi des Sabins ; c’étoit dans ce temple qu’étoit le trésor. César y mit jusqu’à sept cent millions de sesterces, ce qui faisoit plus de soixante-dix millions de notre monnoie. Antoine distribua cet argent à ses amis & à ses créatures. Jugez par-là combien il enrichit de gens tout d’un coup. Nous n’avons point d’idée de pareilles profusions. (D. J.)

OPSONOME, s. m. (Hist. anc.) nom qu’on donnoit dans l’antiquité à une sorte de magistrats d’Athènes, qui étoient au nombre de deux ou trois, & qu’on prenoit dans le sénat ou dans le concile douteux.

Leur charge consistoit à avoir l’inspection du marché au poisson, & à prendre soin que tout s’y fît dans l’ordre & conformément aux loix.

OPTATIF, adj. (Gramm.) une proposition optative est celle qui énonce un souhait, un desir vif. Cet adjectif se prend substantivement dans la grammaire grecque, pour désigner un mode qui est propre aux verbes de cette langue.

L’optatif est un mode personnel & oblique, qui renferme en soi l’idée accessoire d’un souhait.

Il est personnel, parce qu’il admet toutes les terminaisons relatives aux personnes, au moyen desquelles il se met en concordance avec le sujet.

Il est oblique, parce qu’il ne peut servir qu’à constituer une proposition incidente, subordonnée à un antécédent qui n’est qu’une partie de la proposition principale. Par-là même, c’est un mode mixte comme le subjonctif ; parce que cette idée accessoire de subordination & de dépendance, qui est commune à l’une & à l’autre, quoique compatible avec l’idée essentielle du verbe, n’y est pourtant pas puisée, mais lui est totalement étrangere. Au reste, l’optatif est doublement mixte, puisqu’il ajoute à la signification totale du subjonctif, l’idée accessoire d’un souhait, qui n’est pas moins étrangere à la nature du verbe. Voyez Mode & Oblique.

Cette remarque me paroît bien plus propre à fixer l’optatif après le subjonctif dans l’ordre des modes, que la raison alleguée par la méthode grecque de P. R. lib. VIII. ch. x. d’après la doctrine d’Apollone d’Alexandrie, lib. III. ch. xxix. L’optatif en général admet les mêmes différences de tems que le subjonctif.

Quelques auteurs de rudimens pour la langue latine, avoient cru autrefois qu’à l’imitation de la langue grecque, il falloit y admettre un optatif, & l’on y trouvoit doctement écrit : optativo modo, tempore præsenti & imperfecto, utinam amarem, plut à Dieu que j’aimasse ! &c. Mais puisque, comme le dit la grammaire générale, part. II. ch. xvj. & comme le démontre la saine raison, « Ce n’est pas seulement la maniere différente de signifier qui peut être fort multipliée, mais les différentes inflexions qui doivent faire les modes » ; il est évident qu’il n’est pas moins absurde de vouloir trouver dans les verbes latins, un optatif semblable à celui des verbes grecs, qu’il ne l’est de vouloir que nos noms aient six cas comme les noms latins, ou que dans παρὰ πάντων θεολόγων, au-dessus de tous les Théologiens, πάντων θεολόγων, quoiqu’au génitif, est à l’accusatif, parce qu’en latin on diroit, suprà ou ante omnes theologos. « C’est, dit M. du Marsais (art. Datif), abuser de l’analogie, & n’en pas connoître le véritable usage, que d’en tirer de pareilles inductions ». (N. E. R. M.)

OPTER, v. n. (Gramm.) il est synonyme à choisir. Il faut opter entre la haine ou l’amour des peuples. Voyez l’article Option.

OPTERES ou OPTERIES, s. f. (Hist. anc.) c’étoit chez les anciens le présent qu’on faisoit à un enfant la premiere fois qu’on le voyoit. Ce mot vient du grec οπτομαι, je vois. Opterie se disoit aussi des présens qu’un nouveau marié faisoit à son épouse, quand on le conduisoit chez elle & qu’on le lui présentoit. Voyez Bartholin, de puer. veter.

OPTICIEN, s. m. (Gram.) celui qui fait les instrumens de l’Optique, ou qui donne des leçons de cette science.

OPTIMATES, s. m. pl. (Hist. anc.) terme dont on se servoit autrefois pour désigner une des portions du peuple romain, qui étoit opposée à populares. Voyez Populaire.

Selon la distinction des optimates & des populares, donnée par Cicéron, les optimates étoient les meilleurs citoyens, & ceux qui ne cherchoient dans leurs actions que l’approbation de la plus saine partie ; & les populaires au contraire, sans se soucier de cette espece de gloire, ne cherchoient pas tant ce qui étoit juste & bon en soi, que ce qui étoit agréable au peuple, & qui pouvoit leur être utile à eux-mêmes.

D’autres disent que les optimates étoient les plus ardens défenseurs de la dignité des premiers magis-