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un rayon renvoyé par une surface sur laquelle il tombe. Vision refléchie, est celle qui se fait par le moyen des rayons refléchis de la surface des objets, & qui parviennent à l’œil. Voyez Vision & Réflexion.

La vision refléchie est l’objet de la Catoptrique. Voyez Catoptrique.

La théorie de la vision refléchie, embrasse tous les phénomenes des miroirs de toute espece. Voyez Miroir. Chambers. (O)

RÉFLECHIR, v. act. (Gram.) c’est dans un corps l’action de renvoyer loin de soi celui qui vient le frapper ; les miroirs réfléchissent la lumiere ; le bois, la pierre, l’eau réfléchissent plus ou moins les corps dont ils sont frappés. Il se dit au figuré dans le même sens ; la gloire de votre pere réfléchit sur vous ; & dans un sens tout différent, il a profondément réfléchi sur cette matiere ; ici il marque une attention longue & instructive : il faut accoutumer les enfans à réfléchir de bonne heure ; toutes nos démarches devroient être réfléchies.

REFLET, s. m. (Architecture.) c’est dans les desseins d’Architecture, une demi-teinte claire qui s’observe à l’extrémité d’une ombre, pour faire paroître un corps rond ou cylindrique, comme dans la longueur d’une colonne, par exemple du côté de l’ombre. (D. J.)

Reflet, (Peinture.) c’est ce qui est éclairé dans les ombres par la lumiere que renvoyent les objets éclairés & voisins. Comme le reflet est une sorte de rejaillissement de clarté, qui porte avec soi une couleur empruntée de l’objet qui la renvoie, il s’ensuit que les effets du reflet doivent être différens en couleur & en force, selon la différence de la lumiere, de la matiere, de la disposition, ou de l’aspect des corps. (D. J.)

REFLEURIR, v. n. (Gram.) c’est fleurir de nouveau. Voyez les articles Fleur & Fleurir.

REFLEXIBILITÉ, s. f. (Optique.) est cette disposition que les rayons de lumiere ont à se réfléchir. Voyez Réflexion : ou bien c’est cette disposition qu’ils ont à retourner du milieu sur la surface duquel ils tombent dans celui d’où ils étoient venus. On dit que les rayons sont plus ou moins réflexibles, à proportion de la facilité qu’ils trouvent de retourner en arriere sous la même incidence. Voyez Rayon.

Si un rayon de lumiere passe du verre dans l’air, & qu’il s’incline de plus en plus sur la surface commune de ces deux milieux, il commence enfin à se réfléchir entierement de cette surface lorsqu’il est parvenu à une certaine obliquité ; ceux des rayons qui se réfléchissent en plus grande quantité sous la même incidence, ou qui commencent à se réfléchir plutôt, sont les plus réflexibles.

M. Newton a découvert le premier que les rayons de lumiere sont de différentes couleurs, & ont différens degrés de réflexibilité ; ce qu’il prouve par l’expérience suivante. Il applique un prisme DFE, (Pl. Optique, fig. 55.) dont les angles sont chacun de 45 degrés, à l’ouverture o d’une chambre obscure ; de telle sorte, qu’une partie de la lumiere se réfléchisse de la base en G : les rayons violets se réfléchissent les premiers, suivant HG, & les autres continuent à se rompre, suivant GK. Les rayons bleus sont ceux qui se rompent le plus, ensuite les verds, &c. Voyez Prisme.

D’où il paroît que les rayons qui different en couleur, different aussi en réflexibilité. Voyez Couleur.

Il paroît aussi par d’autres expériences, que les rayons qui sont les plus réflexibles, sont aussi les plus réfrangibles. Voyez Réfrangibilité. Chambers. (O)

RÉFLEXION, s. f. (Logique.) la réflexion est une opération de notre ame, qui dirige successivement son attention sur les diverses parties d’un tout. C’est la réflexion qui la retire de la dépendance où elle est

de tous les objets qui agissent sur elle. Maîtresse par son moyen de se rappeller les choses qu’elle a vues, elle y peut porter son attention, & la détourner de celles qu’elle voit ; elle peut ensuite la rendre à celles-ci, ou seulement à quelques-unes, & la donner alternativement aux unes & aux autres. A la vue d’un tableau, par exemple, nous nous rappellons les connoissances que nous avons de la nature, & des regles qui apprennent à l’imiter ; & nous portons notre attention successivement de ce tableau à ces connoissances, & de ces connoissances à ce tableau, ou tour-à-tour à ses différentes parties. C’est par une suite de cette liberté où nous met la réflexion de disposer de notre attention, que nous pouvons à notre gré, ou fixer nos regards sur le tronc d’un arbre, ou les élever sur la tige, & les promener ensuite sur les branches, les feuilles, les fleurs. Nous pouvons prendre de nouveau une feuille, & procéder de même dans l’examen que nous en faisons. Il est vrai que l’exercice donne la facilité de manier, pour ainsi dire, l’attention, & qu’ici, comme par-tout ailleurs, la coutume perfectionne la nature.

Cette maniere d’appliquer de nous-mêmes notre attention tour-à-tour à divers objets, ou aux différentes parties d’un seul ; c’est donc ce qu’on appelle réfléchir. On ne peut mieux en faciliter l’exercice, qu’en s’occupant des objets qui, exerçant davantage l’attention, lient ensemble un plus grand nombre de signes & d’idées. Tout dépend de-là : cela fait voir que l’usage où l’on est de n’appliquer les enfans pendant les premieres années de leurs études, qu’à des choses auxquelles ils ne peuvent rien comprendre, ni prendre aucun intérêt, est peu propre à développer leurs talens ; cet usage ne forme point de liaison d’idées, ou les forme si legeres, qu’elles ne se conservent point.

C’est a la réflexion que nous commençons à entrevoir tout ce dont l’ame est capable : tant qu’on ne dirige point soi-même son attention, l’ame est assujettie à tout ce qui l’environne, & ne possede rien que par une vertu étrangere ; mais si maître de son attention, on la guide selon ses desirs ; l’ame alors dispose d’elle-même, en tire des idées qu’elle ne doit qu’à elle, & s’enrichit de son propre fonds.

L’effet de cette opération est d’autant plus grand, que par elle nous disposons de nos perceptions, à-peu-près comme si nous avions le pouvoir de les produire & de les anéantir. Que parmi celles que j’éprouve actuellement, j’en choisisse une, aussi-tôt la conscience en est si vive & celle des autres si foible, qu’il me paroîtra qu’elle est la seule chose dont j’aye pris connoissance. Qu’un instant après, je veuille l’abandonner, pour m’occuper d’une de celles qui m’affectoient le plus légerement ; elle me paroîtra rentrer dans le néant, tandis qu’une autre m’en paroîtra sortir. La conscience de la premiere, pour parler moins figurément, deviendra si foible, & celle de la seconde si vive, qu’il me semblera que je ne les ai éprouvées que l’une après l’autre. On peut faire cette expérience, en considérant un objet fort composé. Il n’est pas douteux qu’on n’ait en même tems conscience de toutes les perceptions que ses différentes parties, disposées pour agir sur les sens, font naître. Mais on diroit que la réflexion suspend à son gré les impressions qui se font dans l’ame, pour n’en conserver qu’une seule.

La Géométrie nous apprend que le moyen le plus propre à faciliter notre réflexion, c’est de mettre sous les sens les objets mêmes des idées dont on veut s’occuper, parce que la conscience en est plus vive. Mais on ne peut pas se servir de cet artifice dans toutes les sciences. Un moyen qu’on employera partout avec succès, c’est de mettre dans nos méditations de la clarté, de la précision, & de l’ordre. De