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lunette s’éloigne de lui, doit observer si le fil horisontal couvre toujours le même point de l’objet ; si cela arrive, on est assuré d’avoir une regle parfaite.

Si au contraire, l’objet paroît monter dans la lunette, on est sûr que le couteau a est tombé dans quelque creux y, au lieu de suivre la direction zu parallele à la ligne dx, qui va du centre du réticule à l’objet. Si l’objet paroît baisser, on est sûr que le couteau a est monté sur une bosse ; connoissant ainsi les points hauts & bas de la regle, il est facile d’y apporter remede, en réduisant tous les points de la regle au niveau des plus bas observés.

Par cette méthode ingénieuse, & qui demande une certaine sagacité pour être appliquée comme il faut, la plus petite différence devient sensible ; car sans parler de l’amplification que les verres du télescope peuvent apporter, les variations observées seront toujours multiples de celles du couteau a, comme la ligne dx l’est de ea, à cause des triangles semblables. (D)

Regle, signifie aussi une méthode ou un précepte, qu’on doit observer dans un art ou dans une science. Voyez Méthode, &c. ainsi on dit les regles de la Grammaire, de la Logique, &c. Voyez Grammaire, Logique, &c.

Les philosophes de l’école distinguent deux sortes de regles, savoir 1°. des regles de théorie qui se rapportent à l’entendement, & dont on fait usage dans la recherche de la vérité. Voyez Entendement. 2°. Des regles de pratique, ou regles pour agir, qui se rapportent à la volonté, & servent à la diriger vers ce qui est bon & juste. Voyez Bien.

Il y a deux sortes d’arts dans lesquels on enseigne ces deux sortes de regles, & la maniere de les appliquer ; savoir la Logique & la Morale. Voyez Logique, Morale.

Les auteurs sont fort divisés sur les égards que l’on doit avoir pour les regles de Poésie que nous ont laissées les anciens, comme Aristote, Horace, Longin, & qui ont été admises par quelques critiques modernes, entre autres par le P. Bossu. Les uns soutiennent que ces regles doivent être inviolablement observées ; d’autres prétendent qu’il est permis quelquefois de s’en écarter, les regles, disent ces derniers, sont des entraves qui ne servent souvent qu’à embarrasser les génies, & qui ne doivent être religieusement observées que par ceux qui n’ont rien de mieux à faire que de les suivre. Voyez Poésie.

Les pieces de théâtre ont leurs regles particulieres, comme la regle de 24 heures, la regle des trois unités, de tems, d’action & de lieu. Voyez Tragédie, Comédie, Dramatique, &c.

Si c’étoit vrai, dit Moliere, que les ouvrages de théâtre composés suivant les regles, ne plussent point, & qu’au contraire, ceux qui seroient contraires aux regles plussent, il faudroit entierement abandonner les regles. Pour moi, ajoute-t-il, quand un ouvrage me plait & me divertit, je ne m’avise point d’examiner si j’ai eu tort d’avoir du plaisir, ni si les regles d’Aristote me défendent de rire. Voyez Loi.

Regle, signifie dans l’Arithmétique, une opération que l’on fait sur des nombres donnés pour trouver des sommes ou des nombres inconnus ; & par le moyen de laquelle on a abregé les calculs dans le Commerce, dans l’Astronomie, &c.

Chaque regle d’Arithmétique a son nom particulier, qui répond à l’usage auquel la regle est destinée. Les quatre premieres regles qui servent de fondement à toutes les autres, sont nommées addition, soustraction, multiplication & division. Voyez chacune de ces regles à son article, Addition, Soustraction, &c.

De ces quatre regles naissent plusieurs autres ; savoir la regle de trois ou de proportion, qu’on appelle aussi regle d’or, & qu’on distingue en directe &


inverse, en simple & en composée ; la regle de cinq ; la regle de compagnie, simple & composée ; la regle d’alliage de quelque espece que ce soit ; la regle de change ; la regle de fausse position, simple & double. Il faut ajouter à ces regles, l’approximation, les combinaisons, l’extraction des racines, la regle d’escomte, la réduction, &c. Voyez ces mots, &c.

La regle de trois, ou proportion, communément appellée regle d’or, est une regle par laquelle on cherche un nombre qui soit en proportion avec trois nombres donnés. Voyez Proportion.

On demande, par exemple, si trois degrés de l’équateur sont 70 lieues, combien de lieues feront 360 degrés ? c’est-à-dire combien la circonférence de la terre aura-t-elle de lieues ?

Voici la regle : multipliez le second terme 70 par le troisieme 360, & divisez le produit 25200 par le premier terme 3, le quotient 8400 est le quatrieme terme qu’on cherche.

Cette regle est d’un usage fort étendu tant dans la vie civile que dans les sciences ; mais elle n’a lieu que quand on reconnoît la proportion des nombres donnés. Supposons par exemple, qu’un grand vaisseau plein d’eau se vuide par une petite ouverture, de maniere qu’il s’en écoule trois piés cubes d’eau en deux minutes, & qu’on demande en combien de tems il s’en écouleroit cent piés cubes ; il y a à la vérité dans cette question, trois termes donnés, & un quatrieme qu’on cherche ; mais l’expérience fait voir évidemment que l’eau s’écoule plus vîte au commencement qu’elle ne fait par la suite ; d’où il résulte que la quantité d’eau qui s’écoule, n’est pas proportionnelle au tems, & que par conséquent la question présente ne sauroit être résolue par une simple regle de trois.

Toutes les choses qui sont l’objet du commerce sont proportionnelles à leur prix ; le double de marchandises contre le double d’argent : ainsi le prix d’une certaine quantité de marchandises étant donné, on trouvera par une regle de trois, le prix d’une autre quantité donnée de marchandises de la même espece. Par exemple, si 3 livres pesant coutent 17 s. combien couteront 30 livres ? Dites : 3 liv. est à 30 liv. comme 17 s. prix du premier terme, est au prix cherché du second : écrivez donc ainsi les trois termes,

3 liv. — 30 liv. 17 s.
17 3
510 177s. = 8 ℔ 17 s.

On peut faire aussi la question suivante : si 3 liv. pesant sont achetées 17 s. combien aura-t-on de livres pesant pour 170 s. Dites, 17 s. est à 170 s. comme 3 liv. pesant est au nombre qu’on cherche :

3 liv. — 170 liv. 3 s.
3 17
510 30
00

Si les termes donnés sont hétérogenes, c’est-à-dire s’il s’y rencontre des fractions, il faut réduire alors ces nombres à l’homogénéité, ou à la même dénomination ; savoir les livres en sols, les sols en deniers, &c. les heures en minutes, &c. Voyez Réduction.

Exemple : si 3 livres 4 onces coutent 2 s. 4 d. que doivent couter 4 livres ? Voici l’opération :

16 16 12
3 2 2
48 32 onc. 24
4 4
52 onc. 28 c