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rendoient des oracles, tantôt en vers tantôt en prose, à Dodone ville d’Epire, fameuse dans le paganisme par son dieu, sa forêt, & sa fontaine. Voyez Chauderons de Dodone.

DODRANS, s. m. (Hist. anc.) c’étoit anciennement une des parties de l’as, qui en contenoit les ou 9 onces. Voyez As. (G)

DOÉ ou DOUÉ, (Geog. mod.) ville d’Anjou en France ; elle est située à quatre lieues de la Loire. Long. 17. 15. lat. 47. 18.

DOESBOURG, (Géog. mod.) ville du comté de Zutphen, aux Provinces-Unies ; elle est située sur la rive droite de l’Issel, au confluent du vieil Issel. Long. 23. 42. lat. 52. 3.

DOGADO ou DOGAT, (Géog. mod.) partie des états Venitiens, dans laquelle cette capitale est située.

DOGAN-BACHI, s. m. (Hist. mod.) nom que les Turcs donnent au grand fauconier du Sultan ; on le nomme aussi dochangi-bachi.

DOG-BOOT ou DOGGER-BOOT, (Comm.) nom que les Hollandois donnent à de petits bâtimens plats, dont ils se servent pour la pêche sur le banc appellé dogger-banck.

DOGE de Genes, s. m. (Hist. mod.) premier magistrat de la république, qu’on élit du corps des sénateurs ; il gouverne deux ans, & ne peut rentrer dans cet emploi qu’après un intervalle de douze. Il lui est défendu de recevoir aucune visite, donner aucune audience, ni ouvrir les lettres qui lui sont adressées, qu’en présence de deux sénateurs qui demeurent avec lui dans le palais ducal. L’habit qu’il porte dans les jours de cérémonie, est une robe de velours ou de damas rouge à l’antique, avec un bonnet pointu de la même étoffe que sa robe. On le traite de sérénité, & les sénateurs d’excellence ; c’est pourquoi quand il sort de charge, & qu’il se rend à l’assemblée des colléges convoqués pour recevoir la démission de sa dignité, le secrétaire de l’assemblée lui dit : Vostra serenita ha sornita suo tempo ; vostra excellenza sene vadi à casa : Votre sérénité a fait son tems ; votre excellence peut se retirer chez elle. Son excellence obéit dans le moment. On procéde quelques jours après à une nouvelle élection, & le doyen des sénateurs fait pendant l’interregne les fonctions du doge. Article de M. le Chevalier de Jaucourt.

Doge de Venise, s. m. (Hist. mod.) premier magistrat de la république, qu’on élit à vie, & qui est le chef de tous les conseils.

C’est en 709 que les Vénitiens se regardant comme une république, eurent leur premier doge, qui ne fut qu’un espece de tribun du peuple élu par des bourgeois. Plusieurs familles qui donnerent leurs voix à ce premier doge, subsistent encore. Elles sont les plus anciens nobles de l’Europe, sans en excepter aucune maison, & prouvent, dit M. de Voltaire, que la noblesse peut s’acquérir autrement qu’en possedant un château, ou en payant des patentes à un souverain.

Le doge de la république accrut sa puissance avec celle de l’état ; il prenoit déjà vers le milieu du xe siécle le titre de duc de Dalmatie, dux Dalmatiæ ; car c’est ce que signifie le mot de doge : dans le même tems Béranger reconnu empereur en Italie, lui accorda le privilége de battre monnoie. Aujourd’hui le doge de Venise n’est plus qu’un fantome de la majesté du prince, dont la république aristocratique a retenu toute l’autorité, en décorant la charge d’une vaine ombre de dignité souveraine.

On traite toûjours le doge de sérénité, & les Vénitiens disent que c’est un titre d’honneur au-dessus d’altesse. Tous les sénateurs se levent & saluent le doge quand il entre dans les conseils, & le doge ne


se leve pour personne, que pour les ambassadeurs étrangers. La république lui donne quatorze mille ducats d’appointemens pour l’entretien de sa maison, & pour les frais qu’il fait à traiter quatre fois l’année les ambassadeurs, la seigneurie, & les sénateurs qui assistent aux fonctions de ces jours-là. Son train ordinaire consiste en deux valets-de-chambre, quatre gondoliers, & quelques serviteurs. La république paye tous les autres officiers qui ne le servent que dans les cérémonies publiques. Il est vêtu de pourpre comme les autres sénateurs, mais il porte un bonnet de général à l’antique, de même couleur que la veste.

Il est protecteur della Virginia, collateur de tous les bénéfices de saint Marc, & nomme à quelques autres petites charges d’huissiers de sa maison, qu’on appelle commandeurs du palais. Sa famille n’est point soûmise aux magistrats des pompes, & ses enfans peuvent avoir des estafiers & des gondoliers vêtus de livrée. Voilà les apanages du premier magistrat de Venise, dont la dignité est d’ailleurs tellement tempérée, qu’il n’est pas difficile de conclure que le doge est à la république, & non pas la république au doge.

Premierement on ne prend point le deuil pour la mort du doge, pour lui prouver qu’il n’est pas le souverain ; mais nous allons faire voir par plusieurs autres détails qu’il est bien éloigné de pouvoir s’arroger ce titre.

Il est assujetti aux lois comme les autres citoyens sans aucune réserve ; quoique les lettres de créance que la république envoie à ses ministres dans les cours étrangeres, soient écrites au nom du doge, cependant c’est un secrétaire du sénat qui est chargé de les signer, & d’y apposer le sceau des armes de la république. Quoique les ambassadeurs adressent leurs dépêches au doge, il ne peut les ouvrir qu’en présence des conseillers, & même on peut les ouvrir & y répondre sans lui.

Il donne audience aux ambassadeurs, mais il ne leur donne point de réponse de son chef sur les affaires importantes ; il a seulement la liberté de répondre comme il le juge à propos aux complimens qu’ils font à sa seigneurie, parce que de telles réponses sont toûjours sans aucune conséquence.

Pour le faire ressouvenir qu’il ne fait que prêter son nom au sénat, on ne délibere & on ne prend aucune résolution sur les propositions des ambassadeurs & des autres ministres, qu’il ne se soit retiré avec ses conseillers. On examine alors la chose, on prend les avis des sages, & l’on dresse la délibération par écrit, pour être portée à la premiere assemblée du sénat, où le doge se trouvant avec ses conseillers, n’a comme les autres sénateurs que sa voix, pour approuver ou désaprouver les résolutions qu’on a prises en son absence.

Il ne peut faire de visites particulieres, ni rendre celles que les ambassadeurs lui font quelquefois dans des occasions extraordinaires, qu’avec la permission du sénat, qui ne l’accorde guere, que lorsqu’il manque de prétextes honnêtes pour la refuser. De cette façon, le doge vit chez lui d’une maniere si retirée, qu’on peut dire que la solitude & la dépendance sont les qualités les plus essentielles de sa condition.

La monnoie de Venise qu’on appelle ducat, se bat au nom du doge, mais non pas à son coin ou à ses armes, comme c’étoit l’usage lorsqu’il avoit un pouvoir absolu dans le gouvernement.

Il est vrai qu’il préside à tous les conseils, mais il n’est reconnu prince de la république qu’à la tête du sénat, dans les tribunaux où il assiste, & dans le palais ducal de S. Marc. Hors de-là il a moins d’auto-