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fasse point de bruit en le plaçant avec une perche dans l’ame de la piece. Pendant ce tems la mousqueterie de la place redouble son feu sans charger à balle, & elle dérobe quelquefois à l’ennemi, par cet artifice, la connoissance de cette entreprise, qui peut réussir quand elle est exécutée par des canonniers habiles, & assez déterminés pour arriver aux embrasures de batterie des assiégeans ».

Il est évident que cette très-périlleuse expédition ne peut se tenter que quand les batteries de l’ennemi sont proches de la place ; & pour que le coin fasse son effet, il faut qu’il soit introduit dans la piece quand elle est déchargée : c’est pourquoi le canonnier doit profiter du moment que l’assiégeant remet la piece dans l’embrasure, ce qu’il fait après l’avoir chargée.

La méthode de rendre le canon hors de service en l’enclouant, est fort ancienne. Le chevalier Deville prétend que le premier qui trouva cet expédient, fut un certain Vimercatus de Breme, qui encloüa le canon de Sigismond Malatesta ; mais Juvenal des Ursins fait mention d’un canon encloüé au siége de Compiegne par Charles VI. en 1415, c’est-à-dire environ un an avant la naissance de Malatesta. Les assiégés ayant fait une sortie sur le camp du roi, « passerent outre, dit cet auteur, jusqu’au lieu où l’on avoit assis les canons, & au plus gros, nommé bourgeoise ; mirent au trou par où on boutoit le feu, un clou, tellement que devant ladite ville oncques ne put jetter, &c. »

Il y a deux manieres de remédier à l’encloüage du canon. La premiere consiste à mettre une charge de poudre dans la piece, & à la bien comprimer avec un tampon de bois. On y met le feu par une meche imbibée d’une composition d’artifice qui passe dans le tampon, dont un des bouts communique avec la charge de poudre, & l’autre sort de la piece. Il arrive quelquefois, sur-tout lorsque le clou n’est pas rivé, que la poudre en s’enflammant fait assez d’effort sur le clou pour le faire sauter de la lumiere.

Une simple charge de poudre sans tarapon peut aussi produire le même effet ; on en trouve un exemple dans les mémoires de M. de Puysegur, qui fait voir que cette pratique n’est pas nouvelle : c’est au siége d’Hesdin en 1639. Les ennemis ayant dans une sortie encloüé une batterie de quatre pieces de canon, M. de la Meilleraye, alors grand-maître de l’artillerie, en fit ôter les boulets, & il fit mettre le feu à ces pieces par leur embouchure, & la poudre en s’enflammant fit sauter les clous des lumieres.

Lorsque cet expédient ne réussit pas, il faut nécessairement percer une nouvelle lumiere aux pieces : c’est le second moyen de remédier à l’encloüage, & celui dont le succès est plus certain. Il y a longtems qu’on a trouvé l’expédient de remédier à l’encloüage du canon, sans le refondre. Juvenal des Ursins qui nous apprend, comme nous venons de le dire, qu’il y eut un canon encloüé au siége de Compiegne sous Charles VI. nous apprend aussi qu’on trouva le moyen de le desencloüer, en marquant « qu’on y avoit mis tel remede, qu’on en ouvroit & travailloit très-bien ».

Louis Collado ingénieur du roi d’Espagne dans le Milanois, qui a écrit sur l’Artillerie long-tems avant Diégo Ufana, parle aussi de la maniere de remettre un canon encloüé en état de servir, en lui perçant une nouvelle lumiere. Lorsqu’une piece se trouve encloüée, on peut, sans lui mettre un grain, lui percer une nouvelle lumiere ; opération d’environ deux ou trois heures. Mais comme la poudre pourroit à la fin faire sauter le clou de la premiere lumiere, & qu’alors il lui faudroit nécessairement un grain, il est plus convenable de le mettre d’abord, pour s’assûrer du service de la piece, & pour n’être point obligé de

lui percer deux lumieres au lieu d’une. Voy. Grain, mém. d’Artillerie de S. Remy, troisieme édition. (Q)

Enclouer un cheval, (Manége & Maréchall.) accident qui arrive conséquemment à la négligence & à l’ignorance du maréchal. Voyez Encloueure, Ferrure, Ferrer. (e)

ENCLOUEURE, (Manége & Maréchall.) blessure faite au pié du cheval par le maréchal qui le ferre.

Brocher de façon que le clou, au lieu de traverser simplement l’ongle, entre & pénetre dans le vif, c’est encloüer. Brocher de maniere que la lame presse seulement la partie vive, c’est serrer. La premiere faute donne toûjours lieu à une plaie plus ou moins dangereuse selon la profondeur de la blessure, & selon le genre des parties blessées ; & la seconde occasionne une contusion plus ou moins forte.

Dans les unes & les autres de ces circonstances, le cheval feint ou boite, plus ou moins bas, aussitôt après la ferrure, & c’est à cette marque que l’on reconnoît un cheval encloüé, ou dont le pié a été serré.

Le moyen de discerner le clou qui le pique ou qui le serre, est de frapper avec un brochoir sur la tête des uns & des autres des cloux. Celui d’où résultera l’encloüeure étant frappé, la douleur que ressentira l’animal se manifestera par un mouvement de contraction dans les muscles du bras, mouvement qui annonce la sensibilité de la partie frappée. Ceux qui s’arrêtent, pour en juger, à celui du pié de l’animal ensuite du coup de brochoir, sont souvent trompés & recourent à un indice très-faux & très-équivoque ; car la plûpart des chevaux font à chaque coup que le maréchal donne, un leger effort pour retirer le pié, le tout à raison de la surprise & de la crainte, & non à raison d’une douleur réelle. Pour s’assûrer encore plus positivement de son véritable siége, il est bon de déferrer l’animal, de presser ensuite avec des triquoises tout le tour du pié, en appuyant un des côtés de ces triquoises vers les rivets, & l’autre vers l’entrée des clous, & dès-lors il sera facile de reconnoître précisément le lieu affecté. Ce lieu reconnu, on découvrira le mal, soit avec le boutoir, soit avec une petite gouge, en creusant & en suivant jusqu’à ce que l’on n’apperçoive plus les vestiges ou les traces qu’aura laissé la lame.

On ne doit jamais craindre de pratiquer une ouverture trop large & trop profonde, parce qu’il faut nécessairement se convaincre de l’état de l’encloüeure, & que d’ailleurs s’il y a épanchement de sang, ou s’il y a de la matiere suppurée, on ne sauroit se dispenser de frayer une issue dans la partie déclive ; autrement ce fluide ou cette matiere séjournant dans le pié, corromproit bien-tôt toutes les parties intérieures, se feroit jour en refluant à la couronne, & dessouderoit inévitablement le sabot. Voy. Reflux & Pied.

A mesure cependant que l’on pénetre dans l’ongle, on doit prendre garde d’offenser ces mêmes parties.

Si le pié n’a été que serré, & que la contusion n’ait occasionné aucune dilacération ; si en un mot on ne rencontre point de matiere, on se contentera d’appliquer sur la partie une remolade (voyez Remolade), ou de faire sur toute la sole une fondue d’onguent de pié (voyez Encastelure) ; on garnira ensuite d’étoupes le dessous du pié, & on maintiendra cette étoupe avec des éclisses (voy. Eclisses). On ne fixera pas le fer, on l’arrêtera simplement en brochant deux clous de chaque côté, après quoi on oindra de ce même onguent la paroi extérieure, à l’endroit où la lame a serré. Cet onguent, fondu sur la sole & mis sur cette paroi, détendant & donnant plus de souplesse à l’ongle, calmera & dissipera enfin la douleur.