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Son ombre vers mon lit a paru se baisser,
Et moi je lui tendois les mains pour l’embrasser ;
Mais je n’ai plus trouvé qu’un horrible mélange
D’os & de chairs meurtris & traînés dans la fange,
Des lambeaux pleins de sang, & des membres affreux,
Que des chiens dévorans se disputoient entr’eux.

Acte I. Scene 5.

Enfin, pour conclure cet article, les belles hypotyposes, en vers ou en prose, sont des peintures vives, touchantes, pathétiques, d’un seul ou de plusieurs objets, soit laconiquement, soit avec quelques détails, mais formant toujours des images qui tiennent lieu de la chose même ; & c’est ce que signifie le mot grec hypotypose. Voyez Image, Peinture, Description, &c. (D. J.)

HYPSILOIDE, terme d’Anatomie. Voyez Hyoide.

HYPSISTARIENS, s. m. pl. (Theolog.) secte d’hérétiques qui parurent dans le quatrieme siecle, & qui furent ainsi appellés de la profession qu’ils faisoient d’adorer le Très-Haut. Ce mot est grec, ὑψιστάριος, formé d’Ὕψιστος, Hypsistos, Très-Haut.

La doctrine des Hypsistariens étoit un assemblage du paganisme, du judaïsme & du Christianisme. Ils adororent le Très-Haut, de même que les Chrétiens ; mais ils révéroient avec les payens le feu & les éclairs : ils observoient le sabbath, & la distinction des choses mondes & immondes avec les Juifs.

Ces hérétiques approchoient fort des Luchites ou Massaliens. Voyez Massaliens. Dictionnaire de Trévoux. (G)

HYRCANIE, s. f. (Géog. anc.) grand pays d’Asie, au midi de la mer Caspienne, dont une partie en prenoit le nom de mer d’Hyrcanie, Hircanum mare ; elle avoit la Médie au couchant, la Parthie au midi, & étoit séparée de cette derniere par le mont Coronus. Ptolomée lui donne deux rivieres, savoir l’Oxus & la Maxéra, & il décrit tout le pays avec beaucoup d’exactitude ; mais il faut remarquer que les anciens ne pouvoient avoir une idée juste de l’Hyrcanie, car comme ils prenoient la longueur de la mer Caspienne d’occident en orient, au lieu qu’elle est du nord au sud, cette erreur faisoit une étendue très-opposée à la vérité.

2°. L’Hyrcanie désigne dans Xénophon un pays d’Asie au midi de la Babylonie, qui est par conséquent différente de l’Hyrcanie septentrionale de Ptolomée. Les Hyrcaniens de Xénophon habitoient le milieu du pays, nommé présentement Irac ou Irac-Arabi, pour le distinguer d’une grande province de Perse, nommée Irac Agémi ou étrangere, qui comprend une partie de l’Hyrcanie voisine de la mer Caspienne ; ces deux Iracs sont séparés par les hautes montagnes du Curdistan & du Louvestan. Voyez sur l’Hyrcanie de Xénophon les mém. des Inscript. & Belles-Lettres, tome VI. (D. J.)

HYRIUM, (Géog. anc.) ville de la Pouille Daunienne selon Ptolomée ; l’on croit que Hyrium est l’Uria de Pline, mais Celsus Citadinus prétend que ce sont deux villes différentes ; selon lui Hyrium est aujourd’hui Rhodes, & Uria est Oria ; cette derniere est dans les terres, entre Brindes & Tarente, & l’autre est vers le mont Gargan. (D. J.)

HYSIUS, (Mythologie.) surnom donné à Apollon, à cause d’un temple qu’il avoit à Hysica en Béotie, où il rendoit des oracles. Il y avoit un puits dont l’eau mettoit le prêtre en état de donner des réponses sûres lorsqu’il en avoit bû.

HYSSOPE, s. m. (Hist. nat. Bot.) hyssopus, genre de plante à fleur monopétale labiée ; la levre supérieure est relevée, arrondie & échancrée, & l’inférieure est divisée en trois pieces, dont celle du milieu est creusée en cuiller, & terminée par deux pointes en forme d’ailes. Il sort du calice un pistil, attaché comme un clou à la partie postérieure de la fleur,


& environné de quatre embryons, qui deviennent dans la suite autant de semences oblongues & renfermées dans une capsule qui a servi de calice à la fleur. Tournefort, Inst. rei herb. Voyez Plante. (I)

Miller en compte cinq ou six especes ; décrivons la plus commune, hyssopus officinarum, cærulea, spicata, C. B. P.

Sa racine est ligneuse, dure, fibrée, de la grosseur du doigt ; ses tiges sont hautes d’une coudée, ligneuses, cassantes, branchues ; ses feuilles naissent deux à deux & opposées ; elles sont longues d’un pouce ou d’un pouce & demi, larges de deux lignes, pointues, lisses, d’un verd foncé, âcres, & d’une bonne odeur. Ses fleurs sont en grand nombre au sommet des branches, disposées en maniere d’anneaux sur de longs épis, tournées presque toutes d’un même côté ; elles sortent de longs calices, cannelés, partagés en cinq segmens, pointus ; elles sont grandes, d’une seule piece, bleues, & en gueule, la levre supérieure est redressée, arrondie, partagée en deux, & l’inférieure en trois, dont celle du milieu est creusée en cueilleron, échancré, & terminé par deux pointes.

Chaque fleur a quatre étamines, oblongues, bleues, garnies de petits sommets d’un bleu foncé. Il s’éleve du calice un pistil, attaché en maniere de clou à la partie postérieure de la fleur, & comme accompagné de quatre embryons, qui se changent ensuite en autant de petites graines arrondies, brunes, cachées dans une capsule qui servoit de calice à la fleur.

On cultive communément cette plante dans les jardins ; elle est toute d’usage, & a les qualités d’inciser, d’atténuer ; & de discuter ; elle est surtout destinée aux maladies tartareuses des poumons, & passe pour très-utile dans l’asthme humoral. Elle contient un sel ammoniacal uni avec une huile, soit subtile essentielle aromatique, soit épaisse & bitumineuse.

Nous ne connoissons point l’hyssope des anciens, mais ce n’étoit pas le même que le nôtre ; Dioscoride. en parlant d’une plante appellée Chrysocomé, dit que c’est un petit arbrisseau qui a la fleur en raisin comme l’hyssope ; dans un autre endroit, où il décrit l’origan héracléotique, il remarque qu’il a la feuille semblable à celle de l’hyssope, disposée en ombelle : or notre hyssope n’a point la feuille en forme de parassol, mais étroite & pointue, ni la fleur en raisin, mais en épi.

Il paroît d’ailleurs par l’histoire de la passion de Notre-Seigneur, rapportée dans les évangélistes, que l’hyssope des anciens devoit être un petit arbrisseau qui fournissoit du bois assez long. On emplit, dit S. Jean, chap. xix. v. 29. une éponge de vinaigre, & l’ayant mise au bout d’un bâton d’hyssope, on la porta à la bouche de Jesus-Christ en croix ; à la vérité le grec dit seulement, l’ayant mise autour d’un hyssope ; mais ce qui prouve que cet hyssope étoit un espece de bâton, c’est que S. Matthieu, racontant le même fait, dit qu’on attacha cette éponge autour d’un bâton.

Enfin, on peut tirer la même conséquence d’un passage de Josephe, ou il dit de Salomon, d’après le vieux testament, que ce prince avoit décrit chaque espece d’arbre, depuis le cedre jusqu’à l’hyssope. L’hyssope des anciens étoit donc un arbre, un arbrisseau, & par conséquent ce n’étoit point l’hyssope des modernes. Quelques commentateurs, comme le P. Calmet, répondent qu’en Judée l’hyssope s’élevoit à une assez grande hauteur ; mais cette supposition est gratuite, & n’est point appuyée du témoignage des Botanistes modernes qui ont herborisé dans ces pays-là. (D. J.)

Hyssope, (Diete & Mat. med.) l’hyssope est une