Page:Figuier - Les Merveilles de la science, 1867 - 1891, Tome 3.djvu/302

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d’atténuer les propriétés brisantes du chlorate de potasse, et de le faire servir à la composition d’une poudre à effets réguliers. Énumérer ces différents mélanges, avec les noms de leurs inventeurs, serait une tâche impossible. Contentons-nous de citer : le sel d’Augendre, — la poudre d’Ucathius, qui ne sont que des espèces de pyroxam, c’est-à-dire de l’amidon rendu fulminant par l’acide azotique (voir page 284), — la poudre blanche de Pohl, composée de 50 parties de chlorate de potasse, 28 parties de sucre et 23 parties de prussiate de potasse.

Les plus sûres de ces préparations paraissent être celles que M. Hosley et le docteur Erhardt, revendiquent comme leur découverte particulière, et qui consistent en un mélange de chlorate de potasse et de matières très-hydrogénées, telles que certaines résines, le tannin et l’acide gallique. Il paraît que l’addition de ces matières organiques atténue l’action brisante du chlorate de potasse, et donne une poudre tout aussi puissante que la poudre actuelle, sans effet destructeur bien redoutable.

La poudre blanche d’Allemagne bien préparée est supérieure à la poudre noire, pour faire sauter les fourneaux de mine ; elle ne le cède sous ce rapport qu’au fulmi-coton. On pourrait s’en servir comme poudre de chasse, car les armes de luxe résistent très-bien, en raison de la ténacité du métal, à l’action des poudres brisantes, et nos poudres de chasse surfine et extra-fine, sont bien positivement des poudres brisantes, auxquelles résistent seulement les canons des fusils de luxe. Mais on ne saurait songer à faire usage dans les fusils de munition ou les bouches à feu, d’aucune espèce de poudre à base de chlorate de potasse, en raison de ces effets brisants et destructeurs.

En 1860, un fabricant allemand de produits chimiques, M. Hochstadter, proposa un mode d’emploi particulier du chlorate de potasse, pour l’usage des armes à feu. Sur du papier non collé, il étendait une couche d’une pâte formée de chlorate de potasse et de charbon en poudre, avec une petite quantité de sulfure d’antimoine et d’amidon ou de gomme. Ce papier ainsi préparé séché et mis en rouleaux, brûle à l’air avec beaucoup de violence. Introduit dans les armes à feu de petit calibre, il produit un effet équivalent à celui de notre poudre à mousquet. Cette matière n’est pas inflammable par la simple percussion. On ne pourrait cependant songer à la substituer à notre poudre de guerre, parce qu’il serait impossible de compter sur l’uniformité de puissance et sur l’homogénéité de composition de ces rouleaux de papier inflammable.

En 1865, M. Reichen et M. Melland ont préparé, en Angleterre, de semblables papiers fulminants, qui paraissent ne différer presque en rien des produits de M. Hochstadter.

On a appliqué à l’exploitation des mines, quelques préparations explosives, plus grossières que les précédentes, et qui consistent en un mélange de chlorate de potasse et de soufre avec du tan (écorce de chêne ayant servi aux tanneurs). On trempe des morceaux de tan dans une dissolution chaude de chlorate de potasse ; puis on les recouvre d’une couche de soufre en poudre. Les copeaux ainsi préparés ne brûlent à l’air que lentement, ou mal ; mais quand on les renferme dans un trou de mine, ils développent, en brûlant dans ce petit espace, une force suffisante pour faire sauter les roches.

On invoque, en faveur de cette préparation à l’usage des mineurs, son bon marché et surtout la sécurité de son emploi. Cette dernière qualité a été mise en évidence par un fait éloquent. L’usine dans laquelle le produit se fabrique, près de Plymouth, a été incendiée deux fois, et la matière a brûlé sans faire plus d’explosion que les bois ou autres matériaux combustibles de l’édifice.

Poudre prussienne. — Nous passerons rapi-