Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1783, tome 3.djvu/676

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également lieu, si le froid est très-rigoureux, parce que la partie du midi du tronc de l’arbre est toujours plus relâchée qu’aucune autre, parce que le point premier de la crispation est au nord, & qu’il s’étend sur les deux côtés.

On ne connoît aucun remède à ce funeste accident : rarement un arbre ainsi fendu prospère ; il végète d’une manière triste & languissante, & la plupart des arbres périssent. J’ai vu des noyers, dont le tronc étoit éclaté pendant l’hiver de 1709, & qui, suivant le rapport des anciens du pays, n’avoient plus augmenté en grosseur ; je les ai toujours vu les mêmes.


DÉGÉNÉRATION ou dégradation de l’espèce, sont synonymes. Les plantes, les animaux dégénèrent-ils ? C’est un grand problême à résoudre. Je pense que tout ce qui a vie ou qui végète dans son propre pays, & qui ne s’écarte jamais des loix de la nature, ne dégénère point ; mais si, par le changement de climat, par une nourriture plus abondante & plus succulente, par un terrein meilleur & mieux cultivé, on est parvenu à améliorer l’espèce, (relativement à nous) cette espèce dégénérera, s’il lui manque une des conditions dont on vient de parler ; elle reviendra au point dont elle est partie. On ne peut pas appeler ce changement une dégénération, relativement à la nature, puisque cet embonpoint étoit un état forcé. À nos yeux, l’œillet des fleuristes, ses renoncules, sont plus brillans que l’œillet & la renoncule sauvage qui en ont été le type ; & aux yeux de la nature, ce que nous appelons perfection, n’en est pas plus une pour elle que celle du chapon ou du carpeau sur le coq & sur la carpe. Que le fleuriste néglige ces plantes, auxquelles auparavant il prodiguoit ses soins, on ne verra plus que de chétives fleurs ; de doubles elles redeviendront simples, mais elles acquerront le précieux avantage de pouvoir se reproduire par la graine. Dans le chapon, les parties mâles ont été sacrifiées pour lui procurer une délicatesse & un volume dont il auroit été privé dans son état de coq ; & dans les plantes, les parties de la génération se sont métamorphosées en pétales. (Voyez ce mot)

Sans pousser cet examen plus loin, disons que toutes les espèces d’animaux que nous avons asservis, ne sont plus dans l’état de nature ; que toutes les plantes que nous cultivons, & dont nous avons perfectionné l’espèce, exigent de nous des soins perpétuels, afin qu’elles ne dégénèrent pas. Quant aux animaux, la perfection vient du mâle : un bel étalon, soit cheval, taureau, bélier, coq, &c. uni à une belle femelle, donne un bel animal ; uni avec une femelle de médiocre volume, l’individu qui en provient est plus gros, plus fort que sa mère. Une belle femelle, au contraire, couverte par un mâle chétif, ne donne pas aussi beau qu’elle.

Quant aux plantes, varions souvent les semences d’un lieu à un autre, cependant analogue ; mais surtout, par des soins assidus, par un travail bien entendu, fournissons à la végétation une quantité nécessaire de terre végétale. (Voyez les mots Alterner, Amendement, Culture)