Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome16.djvu/407

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par un terme qui le distingue absolument des autres nations[1].

Il faut d’abord que le lecteur se fasse, la carte à la main, une idée nette de cet empire, partagé aujourd’hui en seize grands gouvernements, qui seront un jour subdivisés, quand les contrées du septentrion et de l’orient auront plus d’habitants.

Voici quels sont ces seize gouvernements, dont plusieurs renferment des provinces immenses.

DE LA LIVONIE.

La province la plus voisine de nos climats est celle de la Livonie. C’est une des plus fertiles du Nord. Elle était païenne au xiie siècle. Des négociants de Brême et de Lubeck y commercèrent, et des religieux croisés, nommés porte-glaives, unis ensuite à l’ordre teutonique, s’en emparèrent au xiiie siècle, dans le temps que la fureur des croisades armait les chrétiens contre tout ce qui n’était pas de leur religion. Albert, margrave de Brandebourg, grand-maître de ces religieux conquérants, se fit souverain de la Livonie et de la Prusse brandebourgeoise vers l’an 1514. Les Russes et les Polonais se disputèrent dès lors cette province. Bientôt les Suédois y entrèrent : elle fut longtemps ravagée par toutes ces puissances. Le roi de Suède Gustave-Adolphe la conquit. Elle fut cédée à la Suède, en 1660, par la célèbre paix d’Oliva, et enfin le czar Pierre l’a conquise sur les Suédois, comme on le verra dans le cours de cette histoire[2].

La Courlande, qui tient à la Livonie, est toujours vassale de la Pologne, mais dépend beaucoup de la Russie. Ce sont là les limites occidentales de cet empire dans l’Europe chrétienne.

DES GOUVERNEMENTS DE REVEL, DE PETERSBOURG ET DE VIBOURG.

Plus au nord se trouve le gouvernement de Revel et de l’Estonie. Revel fut bâtie par les Danois au xiiie siècle. Les Suédois ont

  1. « Le mot Russe a d’ailleurs, écrit Voltaire à Schouvaloff, quelque chose de plus ferme, de plus noble, de plus original que celui de Russien ; ajoutez que Russien ressemble trop à un terme très-désagréable dans notre langue, qui est celui de ruffien ; et la plupart de nos dames prononçant les deux ss comme les ff, il en résulte une équivoque indécente qu’il faut éviter. »
  2. Chapitre XIX de la première partie.