Cours d’agriculture (Rozier)/FERRURE

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Hôtel Serpente (Tome quatrièmep. 527-544).


FERRURE. La ferrure est une action méthodique de la main sur le pied des animaux, en qui elle est praticable & nécessaire.

Cette opération consiste à parer ou à couper l’ongle, à y ajuster & à y fixer des fers convenables.


Plan du travail sur le mot Ferrure.


CHAPITRE PREMIER. Des objets de la Ferrure, des connoissances quelle exige, des principes qui doivent diriger le Maréchal,
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Section Première. De l’objet de la Ferrure.
Sect. II. Des connoissances quelle exige de la part du Maréchal.
Sect. III. Des principes que le Maréchal ne doit point perdre de vue.
CHAP. II. De l’action de ferrer,
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Section Première. Des considérations qui doivent précéder l’action de ferrer,
Sect. II. Manière de tenir les pieds du cheval.
Sect. III. Des chevaux difficiles à ferrer.
Sect. IV. Manière de déferrer & de parer À pied.
Sect. V. Défauts fréquens dans faction de parer.
Sect. VI. Manière d’assujettir le fer, & de faire les rivets.
CHAP. III. Des différentes espèce de Ferrure,page=535
Section première. Ferrure ordinaire.
Sect. II. Ferrure pour aller solidement sur le pavé sec & plombé, tant pour les chevaux de trait, que pour les chevaux de bât.
Sect. III. Ferrure à demi-cercle pour les chevaux de selle.
Sect. IV. Ferrure à demi-cercle pour les chevaux de charrette.
Sect. V. Ferrure pour un pied plat.
Sect. VI. Ferrure pour les pieds combles & oignons.
Sect. VII. Ferrure pour un pied faible ou gras,
Sect. VIII. Ferrure pour les talons bas, foibles & fendillés.
Sect. IX. Ferrure pour un pied encastelé.
Sect. X. Ferrure pour les bleimes.
Sect. XI. Ferrure pour les seimes.
Sect. XII. Ferrure pour une fourchette petite, abreuvée d’humidité putride.
Sect. XIII. Ferrure pour des chevaux qui ont été fourbus, & qui marchent en nageant.
Sect. XIV. Ferrure pour un cheval encloué.
Sect. XV. Ferrure pour un cheval qu’on va dessoler.
Sect. XVI. Ferrure pour un cheval qui se coupe.
Sect. XVII. Ferrure pour un cheval qui forge.
Sect. XVIII. Ferrure pour un cheval qui use en pince, tant du devant que du derrière.
Sect. XIX. Ferrure pour un cheval qui use beaucoup de derrière, à la branche de dehors.
Sect. XX, Ferrure pour le cheval pinçart du pied de derrière, sujet à se déferrer.
Sect. XXI. Ferrure pour un mulet de bât ou de selle.
Sect. XXII. Ferrure pour donner aux mulets une marche sûre & ferme sur toutes fortes de terrains.
Sect. XXIII. Ferrure pour un mulet qui tire une voiture.
Sect. XXIV. Ferrure pour les ânes.
Sect. XXV. Ferrure pour les bœufs.


CHAPITRE PREMIER.

Des Objets de la Ferrure, des Connoissances qu’elle exige, des Principes qui doivent diriger Le Maréchal


Section Première.

De l’objet de la Ferrure.


Par la ferrure, le pied du cheval principalement doit être entretenu dans l’état où il est, si sa conformation est belle & régulière ; & les défectuosités doivent en être réparées, si elle se trouve vicieuse & difforme : par elle encore il est assez souvent possible de remédier aux suites inévitables des disproportions des parties du corps du cheval entr’elles, ou d’en modifier du moins les effets ; d’obvier à celles qui résultent du défaut de justesse dans la direction de ses membres, de le rappeler à une sorte de franchise & de régularité dans l’exécution de ses mouvemens, de prévenir les fausses positions auxquelles certaines habitudes, & quelquefois la nature même semblent le disposer.


Section II,

Des connoissances quelle exige de la part du Maréchal.


Les uns & les autres des objets que nous venons de définir, ne sauroient être remplis par la seule inspection d’un fer appliqué & attaché grossièrement, grossièrement, sans raisonnement & sans lumières. Réduire l’opération dont il s’agit à un simple travail des mains & du bras, qui ne sera soutenu ni par la réflexion, ni par l’étude & qui n’aura d’autre but que celui d’orner l’ongle pour le sauver d’une destruction plus ou moins prompte, c’est méconnoître le pouvoir de l’art, c’est lui dénier le droit de se conformer aux loix de la nature, pour la conservation de son ouvrage, ou de venir à son secours lorsqu’elle a erré ; c’est s’exposer à ajouter aux imperfections dont il peut être coupable ; c’est enfin s’assurer, en quelque façon, les moyens d’en créer de nouvelles, & de conduire les parties à leur ruine totale.

Le véritable maréchal ne doit donc donner rien au hasard, il ne doit agir que d’après les circonstances : quoiqu’en général, il ne soit pas absolument nécessaire qu’il possède la fine anatomie, il faut néanmoins qu’il connoisse à fond le pied du cheval ; dès lors, sa méthode de ferrer, bien loin de se ressentir d’une routine qui n’admet constamment que le même procédé, n’est uniforme que dans les mêmes cas ; il la varie selon les indications ; les moindres différences qu’il observe dans le pied, déterminent ses vues, & il n’a d’autre règle pour lui, que celle que lui suggèrent l’occasion & son génie.


Section III.

Des Principes que le Maréchal ne doit pas perdre de vue.


On reconnoît dans l’ongle ou le sabot trois parties très-distinctes, l’une supérieure, pourvue de vaisseaux, & moins dense que celles qui lui sont inférieures ; l’autre moyenne, plus compacte que celle-ci, & n’admettant qu’un fluide qui y transsude ; la troisième enfin, ayant encore plus de consistance que la seconde, & absolument dénuée de tout ce qui pourroit en constituer & en annoncer la vie.

Si l’on imprime sur la première de ces parties, & plus ou moins près de la couronne, une marque quelconque, une Rozier - Cours d’agriculture, 1783, tome 4 symbol page 529.png, par exemple, avec le cautère actuel, cette marque tracée avec le feu descendra insensiblement, avec cette même partie, vers l’extrémité du sabot, & s’évanouira absolument avec elle lorsque la masse totale du pied sera renouvelée : c’est donc une preuve que l’ongle accroît, dès son principe & non par son extrémité, ainsi que nous l’avons quelquefois entendu dire à la campagne ; c’est donc la partie vive qui est la seule dans laquelle s’exécute la nutrition, & par conséquent l’accroissement ; c’est donc cette même partie qui, cédant par degrés à l’impulsion des liquides, est continuellement chassée de manière qu’une partie, peu à peu & nouvellement formée, la remplace ; qu’elle succède elle-même à la partie moyenne qui, successivement aussi se change en partie morte ; & qu’enfin elle prend la place de celle-ci à mesure des retranchemens faits à l’ongle, & que, retranchée comme elle dans la suite, elle cesse d’appartenir à l’animal, & de faire corps avec le sabot.

La partie vive doit donc pousser vers l’extrémité du pied, la partie moyenne & la partie morte ensemble, à mesure qu’elle y est déterminée elle-même par les chocs qu’elle éprouve, & par celle à laquelle elle cède insensiblement la place qu’elle occupoit : donc, selon le degré de résistance de la part des parties qu’elle doit chasser, l’ouvrage de l’accroissement sera plus ou moins pénible : donc, plus leur étendue & plus leur volume feront considérables, plus l’obstacle sera difficile à surmonter, attendu qu’elles contre-balanceront davantage la force impulsive des liqueurs reçues par la partie supérieure : donc, moins les retranchemens à faire à l’ongle, par l’action de parer, seront fréquens, moins l’ongle croîtra & moins l’accroissement en sera prompt : donc, plus ils seront réitérés, plus cet accroissement sera diligent & sensible.

C’est sur ces grands principes, qu’il seroit superflu d’étendre ici, que le maréchal doit étayer son raisonnement & la pratique. Par les principes, & en s’y conformant, il parviendra facilement à se rendre maître de la forme de tous les pieds, même les plus défectueux, il en dirigera l’accroissement, il le hâtera, ou le retardera à son gré, il répartira la nourriture à sa volonté, &, selon le besoin, sur les diverses parties ; il la détournera des unes, il la forcera à refluer sur les autres, & comme il n’agira jamais que d’après les vues & les conseils de la nature, il sera certain d’entretenir ou de réparer avec succès une partie d’autant plus essentielle, que le cheval le plus précieux peut cesser bientôt de l’être, pour peu qu’elle ait reçu quelqu’atteinte.


CHAPITRE II.

De L’action de Ferrer.


Section première.

Des instrumens propres & particuliers pour l’action de ferrer.


Ces instrumens sont le brochoir, le boutoir, les tricoises, la râpe, le rogne-pied & le repoussoir.

Le brochoir est un marteau qui n’a pas tout-à-fait un pouce & quart de l’appui de la bouche au centre de l’œil, quoique cette même bouche ait plus d’un pouce & un quart de largeur en l’un & l’autre sens.

Le boutoir est un instrument tranchant qu’on peut se représenter sous la forme d’un ciseau dont la lame très-mince auroit environ deux pouces de largeur ; les deux bords latéraux de cette lame sont relevés de deux lignes seulement de profondeur en forme de gouttière ; sa largeur des deux pouces, ainsi que les rebords en gouttière ne subsistent au surplus que dans la longueur d’environ trois pouces pour les plus longs.

Nous nommons tricoises, l’instrument que les charpentiers & autres artisans appellent communément tenailles.

La râpe est une râpe à bois, mi-ronde, & d’un pied de lame.

Le rogne-pied est un tronçon de sabre d’environ huit ou dix pouces de longueur.

Enfin le repoussoir est un poinçon de cinq à six pouces de longueur, terminé comme le seroit une lame coupée quarré ment dans son milieu.

Le tablier à ferrer, dont nous allons donner la description doit contenir tous les instrumens.

Ce tablier présente deux gibecières de cuir, à trois principales poches chacune, qui portent & qui reposent sur la partie latérale & supérieure des cuisses du maréchal, étant suspendues par une ceinture de cuir. Sur cette ceinture s’abbat une pièce triangulaire, tirée de celle qui réunit les deux gibecières, pour la recouvrir au bas du ventre ; chacune de ces gibecières est composée, 1°. d’une grande poche dont la forme revient à un quart de sphère appliqué contre le tablier, lequel présente néanmoins une surface à peu près plane ; 2°. de deux autres poches presque semblables, mais plus petites & placées l’une dans l’autre, comme elles le sont elles-mêmes dans la première.

Il est en outre un petit gousset recouvert d’une patte sur l’extérieur de chaque grande poche ; il est un peu rejeté sur l’arrière.

La grande poche droite reçoit le brochoir, la seconde reçoit la râpe, & la troisième le boutoir.

La grande poche gauche reçoit les lames, un petit fourreau pratiqué dans son angle antérieur reçoit le repoussoir, b seconde reçoit le rogne pied, & la troisième enfin reçoit les tricoises.


Section II.

Des considérations qui doivent précéder l’action de ferrer.


L’action de ferrer doit être nécessairement précédée, non-seulement de l’examen des pieds du cheval, mais de celui de l’action de ses membres. Sans cette dernière inspection, il n’est pas possible que le maréchal parvienne jamais à rectifier, sur-tout dans des chevaux jeunes, les défauts qui peuvent vicier ses allures. Ce n’est donc qu’après que ses yeux auront été frappés des différentes indications sur lesquelles il doit absolument se régler, qu’il forgera des fers, ou qu’il appropriera ceux qu’il trouvera proportionnés à la longueur & à la largeur du pied, en se rappelant toujours qu’un fer trop lourd & trop pesant cause infailliblement la ruine plus ou moins prompte des jambes des chevaux.


Section III.

Manière de tenir les pieds du cheval qu’on veut ferrer.


Le fer étant forgé ou préparé, le maréchal muni du tablier, ordonnera à l’aide ou au palefrenier dé lever un des pieds de l’animal ; l’aide tiendra ceux de devant simplement avec les deux mains. Mais quant à la tenue de ceux de derrière, le canon & le boulet appuieront & reposeront sur la cuisse, &, pour mieux s’en assurer, il passera son bras gauche, s’il s’agit du pied gauche, & son bras droit, s’il s’agit du pied droit, sur le jarret du cheval.

Rien n’est plus capable de rendre un cheval difficile & impatient dans le temps qu’on le ferre, que l’action de mal lever ou de mal tenir les pieds ; le maréchal aura la plus grande attention à ce qu’il ne soit ni gêné, ni contraint par l’aide chargé de ce soin. Il ordonnera à ce même aide de ne pas élever trop haut, & de ne pas trop écarter du corps du cheval la partie qu’il doit maintenir ; il ne souffrira pas qu’il le brutalise ; il lui recommandera de s’affermir lui-même dans la situation qu’il aura dû prendre, & de ne pas permettre enfin au cheval de peser & de s’appesantir sur lui, ce qui arrive souvent par la faute de l’aide ou du palefrenier qui, se reposant lui-même sur l’animal, l’invite à opposer son propre poids à celui qu’on lui fait supporter. Si le cheval retire le pied, l’aide lui résistera, non en employant une grande force, mais en le prêtant en même temps à ses mouvemens, auxquels il ne cédera néanmoins, que dans le cas où l’animal retireroit vivement cette partie ; mais il ne se rendra qu’à la dernière extrémité, & il l’abandonnera toujours avec précaution, s’il est obligé de la laisser aller & de la quitter. Il faut se souvenir au surplus, qu’on acquiert le double de force contre le cheval, lorsqu’on lui tient le pied par la pince, par la raison qu’on l’oblige à une flexion considérable, dès que la pince est beaucoup plus élevée que le talon.


Section IV.

Des chevaux difficiles à ferrer, & des soins qu’il faut prendre pour les y accoutumer.


Les chevaux difficiles à ferrer doivent être gagnés par la douceur ; les coups, la rigueur les révoltent encore davantage, & souvent les caresses les ramènent : ce n’est qu’autant que tous les moyens connus ont été mis en usage, qu’on doit se déterminer à les placer dans le travail, & qu’on peut avoir recours à la plate-longe. Le parti de les renverser est le moins sûr à tous égards ; celui de les trotter sur des cercles après leur avoir mis des lunettes, dans l’intention de les étourdir & de provoquer leur chute, est très-dangerreux ; on ne doit l’adopter que dans le cas de l’insuffisance absolue de toutes les autres voies. Il est des chevaux qui se laissent tranquillement ferrer à l’écurie, pourvu qu’on ne les ôte point de leur place ; d’autres exigent simplement un torche-nez, d’autres des morailles ; quelques-uns enfin ne se prêtent à cette opération qu’autant qu’ils sont dégagés de leur licol, de tous liens quelconques ; en un mot, absolument abandonnés & totalement libres. C’est donc au maréchal à rechercher & à sonder toutes les routes pour parvenir à son but ; mais il importe très-fort de recommander à tous ceux qui soignent des chevaux ennemis de la ferrure, de leur manier fréquemment les jambes, de leur lever toujours les pieds chaque fois qu’ils les alimentent de fourrage, de son & sur-tout d’avoine, & de frapper sur la face inférieure de ces dernières parties lorsqu’ils les ont levées ; par tous ces moyens, insensiblement les chevaux les moins aisés s’habitueront à souffrir la main du maréchal, à moins qu’ils n’aient été trop fortement & trop long-temps gourmandés.


Section V.

Manière de déferrer & de parer le pied.


En supposant l’aide ou le palefrenier saisi du pied du cheval, le maréchal ôtera d’abord le vieux fer. Il appuiera à cet effet un coin du tranchant du rogne-pied sur les uns & les autres des rivets, & frappant avec le brochoir sur ce même rogne-pied il parviendra à les détacher ; alors il prendra avec les tricoises, le fer, par l’une des éponges, & le soulèvera ; par ce moyen, il entraînera les lames brochées, & en donnant avec les mêmes tricoises un coup sur le fer pour le rabattre sur l’ongle, les cloux se trouveront dans une telle situation qu’il pourra les pincer par leur tête & les arracher entièrement : d’une éponge il passera à l’autre, & des deux éponges à la pince. S’il s’agissoit cependant d’un pied douloureux, il tâcheroit au contraire de soulever les têtes avec le rogne-pied, en frappant sur cet instrument pour pouvoir les enlever & les prendre. Il faut encore que le maréchal examine les lames qu’il retire ; une portion du clou restée dans le pied du cheval, forme ce que nous appelons une retraite, qu’il est nécessaire de chasser avec le repoussoir, ou de retirer d’une manière quelconque. Le plus grand inconvénient qui en résulteroit, ne seroit pas de gêner & de d ébrécher le boutoir, mais de détourner la nouvelle lame, & de la déterminer contre le vif ou dans le vif ; alors le cheval boîteroit, le pied seroit serré, ou il en résulteroit une plaie compliquée.

Dès que le fer est enlevé, le maréchal ayant eu la précaution de mettre les cloux &c les lames dans une des parties du tablier, nettoie le pied de toutes les ordures qui peuvent dérober à ses yeux la sole, la fourchette & le bas des quartiers, & c’est ce qu’il doit faire en partie avec le brochoir, & en partie avec le rogne-pied. Il s’arme ensuite du boutoir pour parer le pied, c’est-à dire pour couper l’ongle, en tenant pet instrument très-ferme dans sa main droite, en en appuyant le manche contre son corps, & maintenant continuellement cet appui qui, non-seulement lui donne la force nécessaire pour faire à l’ongle tous les retranchemens convenables, mais une sûreté dans la main qui obvie à l’accident assez fréquent d’atteindre & de couper les muscles de l’avant bras, & même la main de l’aide ou du palefrenier.


Section VI.

Défauts fréquens dans l’action de parer le pied ; manière de faire porter le fer.


Un des défauts des plus fréquens dans l’action de parer, vient du plus de difficulté que le maréchal a dans le maniement du boutoir, quand il est question de retrancher du quartier de dehors du pied du montoir, & du quartier de dedans du pied hors du montoir ; aussi voyons-nous fréquemment ces quartiers plus hauts que les autres, & rencontrons-nous par cette raison un nombre infini de pieds dé travers, difformité qu’il seroit aisé de prévenir, dès que la cause en est due à la paresse du maréchal. Après qu’il a paré le pied, il importe donc qu’il l’examine dans son repos sur le sol, à l’effet de s’assurer s’il n’est pas tombé dans l’erreur commune. L’aide ou le palefrenier lèvera ensuite de nouveau le pied, & le maréchal présentera sur cette partie le fer légèrement chauffé. Il ne l’y laissera pas trop long-temps, comme sont la plupart des maréchaux de la campagne, qui consumant par ce moyen l’ongle, pour s’épargner la peine de le parer, affament sens considération tous les pieds des chevaux qu’on leur confie. Il se hâtera de plus, dès qu’il l’aura retiré, d’enlever la portion de ce même ongle, sur laquelle la chaleur du fer fera imprimée. Il observera que ce fer doit porter justement par-tout ; s’il vacilloit, la marche de l’animal ne seroit pas fixe, les lames brochées seroient bientôt ébranlées par le mouvement que recevroit à chaque pas un fer qui n’appuyeroit pas également. La preuve que le fer n’a pas porté sur une partie, se tire de l’inspection du fer même qui se trouve dans la portion, sur laquelle l’appui n’a pas été fixé, plus lisse, plus brillant & plus uni que dans tous les autres. Lorsque nous avons dit ci-dessus, que le fer doit porter également par-tout ; nous prétendons que son appui doit avoir lieu dans toute la rondeur du sabot, sans en excepter les talons.


Section VII.

Manière d’assujettir le fer, & de faire les rivets.


Dès que l’appui du fer est tel qu’on le peut exiger, le maréchal doit l’assujettir. Il brochera d’abord deux cloux, un de chaque côté, après quoi, le pied étant à terre, il examinera si le fer est dans une juste position, & il fera ensuite reprendre le pied par l’aide, pour achever de brocher. Les lames doivent être déliées & proportionnées à l’épaisseur de l’ongle. Il faut bannir, tant à l’égard des chevaux de selle, que par apport aux chevaux de labour, celles qui par leur volume & par les ouvertures énormes qu’elles sont, détruisent la corne & peuvent encore presser le vif & le serrer. Le maréchal brochera d’abord à petits coups, en maintenant avec le pouce & l’index de la main gauche, la lame sur laquelle il frappera, & dont l’affilure doit être droite & courte : quand elle aura fait un certain chemin dans l’ongle, & qu’il pourra reconnoître le lieu de sa sortie, il coulera sa main droite vers le bout du manche du brochoir, & soutenant la lame avec un des côtés du manche de la tricoise, il la chassera hardiment jusqu’à ce qu’elle ait entièrement pénétré.

Il est ici plusieurs choses à observer : 1°. le maréchal aura attention que la lame ne soit point coudée, c’est-à-dire, qu’elle n’ait point fléchi ensuite d’un coup de brochoir donné à faux, (la condure est alors extérieure & s’aperçoit aisément) ou en conséquence d’une résistance trop forte que la lame aura rencontré, & qu’elle n’aura pu vaincre. Souvent, en pareil cas, la coudure est intérieure & ne peut être soupçonnée ou apperçue que par la claudication de l’animal ; cependant, un maréchal expérimenté & soigneux reconnoît sur le champ ce qui lui arrive par la réaction différente du brochoir dans la main, en semblable occasion.

2°. Il prendra garde à ne point casser cette même lame dans le pied en retirant ou en poussant le clou ; il faut l’extraire sur le champ, ainsi que les pailles ou les brins qui peuvent s’être séparés de la lame même, & chasser, s’il se peut, la retraite avec le repoussoir, qui est l’instrument, ainsi que nous l’avons déjà dit, dont on doit faire usage à cet effet,

3°. Il ne brochera ni trop haut ni trop bas, mais en bonne corne ; brocher trop haut, c’est risquer de ferrer, de piquer ; brocher trop-bas, c’est s’exposer à ne point fixer solidement le fer & à occasionner le délabrement du pied.

4°. Il se souviendra que le quartier de dedans demande, attendu sa foiblesse naturelle, une brochure un peu plus basse que celui de dehors.

5°. Les lames seront chassées de façon qu’elles ne pénétreront point de côte, & que leur sortie répondra aux étampures.

6°. Elles régneront autour des parois du sabot, les rivets se trouvant tous à-peu-près à une même hauteur.

Chaque lame étant brochée, & l’effilure étant relevée, le maréchal, par un coup de brochoir adressé sur la tête de chaque clou, achèvera de les faire pénétrer fermement dans l’ongle, ayant la précaution d’assurer & de soutenir ses coups en plaçant les tricoises en dessous près du fer ou de la partie qui doit former les rivets, selon le plus ou le moins de délicatesse & de sensibilité du pied. Il coupera & rompra ensuite avec ces mêmes tricoises, le plus près de l’ongle qu’il lui fera possible, les effilures qui ont été pliées & qui excèdent les parois du sabot ; il aura soin, aussi-tôt après, de couper avec le rogne-pied toute la portion de l’ongle qui pourroit excéder & dépasser le fer, en frappant, dans cette intention, modérément & à petits coups de brochoir, sur ce même instrument, en observant de prendre l’ongle dans le vrai sens ; il enlèvera en même temps, avec le coin tranchant de ce même outil, une légère partie de la corne aux environs de la sortie de chaque lame, pour y former

la place des rivets ; il rivera ensuite, en frappant d’une part sur la tête des clous, & en soulevant de l’autre la pointe avec les tricoises qu’il tient près de cette pointe, à mesure des coups adressés sur la tête ; il les dirigera ensuite, mais avec moins de force, sur les pointes qu’il s’agit d’insérer & de noyer dans l’ongle : pour s’assurer & maintenir les lames dont la tête pourroit s’élever alors & s’éloigner de l’étampure, il opposera les tricoises, en les plaçant successivement près de chaque pointe, quand il frappoit les têtes ; il les frappera encore de nouveau en opposant pareillement les tricoises sur les rivets, & il terminera enfin son opération en rabattant, à coups légers de brochoir les pinçons, s’il y en a : il n’est pas nécessaire de raper la muraille, ainsi qu’on le pratique communément, si l’on veut conserver cette pellicule grasse que la nature a donnée au sabot, & si l’on veut éviter les seimes & les autres altérations de cette partie.


CHAPITRE III.

Des différentes espèces de Ferrure.


Section Première.

Ferrure ordinaire.


Il n’y a, dit M. la Fosse, qu’une ferrure à mettre en usage pour les chevaux qui ont bon pied, & qui n’ont pas de défaut ; c’est celle de ferrer court, de ne jamais parer le pied. On ne doit pas confondre les termes parer & abattre ; parer, c’est ; vider le dedans du pied, tandis qu’abattre, c’est rogner la muraille.

La ferrure ordinaire consiste donc en fers minces d’éponges, de manière que les talons & la fourchette posent à terre. Quoique la sole soit dans son entier elle n’acquerra pas pour cela plus d’épaisseur ; puisqu’elle se délivre elle-même de ce qu’elle a de trop ; on n’a qu’à jeter les yeux sur les chevaux qui n’ont point eu le pied paré, & l’on verra des lames de corne s’élever, & qu’en grattant cette même sole avec le rogne-pied, on trouvera une substance farineuse qui prouve que c’est un superflu prêt à tomber.

Les fers ne doivent point être couverts, l’épaisseur ne doit pas être considérable. Un fer mince est plus léger. Il est des chevaux à la vérité, qui usent plus les uns que les autres, ordinairement plus du derrière que du devant. L’étampure doit être semée également quant au pied de devant, le sabot en sera moins fatigué ; mais à l’égard des fers du derrière, elle sera à peu près de même, en observant seulement de laisser en pince un espace de la valeur d’un clou ; l’ajusture sera douce & un peu relevée en pince, & le corps des branches à plat. Les cloux à leur tête seront coniques, & représenteront la figure de l’étampure ; quand ils sont bien brochés & usés à niveau des trous, ils ne paroissent qu’un seul & même corps avec le fer. Les fers doivent garnir tant du devant que du derrière aux chevaux de trait ; mais il faut qu’ils soient plus justes pour les chevaux de selle.

Cette espèce de ferrure conserve les talons bas & foibles. Pour suppléer à ce défaut ; 1°. la nature a formé une grosse fourchette, sur laquelle les chevaux marchent, & qui leur sert de point d’appui ; 2°. les pieds plats & les talons bas ont tous une grosse fourchette qui soulage les talons, & qui supporte tout le poids du corps.

Il n’en est pas de même relativement aux bons pieds qui, pour l’ordinaire, ont une petite fourchette ; mais aussi se trouvent-ils compensés par de forts talons, qui sont la fonction de fourchette.

Nota. Nous bannissons de la ferrure ordinaire les fortes éponges & les crampons ; c’est le vrai moyen de conserver l’assiette du cheval, qui d’ailleurs se trouve moins expos& à devenir long-jointé ou bouleté. (Voyez Bouleté)


Section II.

Ferrure pour aller solidement sur le pavé sec & plombé, pour les chevaux de trait, de selle & autres.


Cette ferrure est celle que nous venons d’indiquer, appelée par M. la Fosse, ferrure à croissant.

Fer à employer. On doit mettre un fer dont l’étampure soit également semée, & dont les éponges minces viennent se terminer au bout des quartiers, de manière que le bout des éponges soit de niveau avec les talons, & que la fourchette pose à terre, afin de donner plus d’appui au cheval. On peut même, si l’on veut, aux chevaux qui ont beaucoup de quartiers, faire des crampons de corne, de la hauteur d’un tiers de pouce & plus, dans la vue de les retenir plus fermement, non-seulement sur le pavé sec & plombé, mais sur toutes sortes de terreins, Ces crampons de corne ne s’usent pas. Pour s’en convaincre, on n’a qu’à jeter les yeux sur un cheval qui n’a pas été ferré de six semaines ou deux mois, & l’on verra que le maréchal est obligé d’en abattre une partie.

Nota. Ces sortes de crampons ne peuvent se faire qu’aux pieds, qui ont de petites fourchettes, autrement il faut de toute nécessité s’en tenir à la ferrure courte, à celle dont les éponges seroient égales à la muraille des talons, & dont la fourchette poseroit à terre, & c’est celle, dit M. la Fosse, qui donne le plus d’appui au cheval ; elle s’exécute de même aux quatre pieds.


Section III.

Ferrure à demi-cercle pour les chevaux de selle.


Fer à employer. Le fer doit être de deux ou trois lignes de largeur, sur une & demie d’épaisseur ; il doit avoir dix étampures également semées & contre-percées du même côté ; les cloux doivent être par conséquent très-petits. On le placera de la même manière que le précédent.

Nota. Cette ferrure rend le cheval plus léger, ses mouvemens sont plus lians, plus fermes sur le pavé sec & plombé, & donnent de la douceur au cavalier.


Section IV.

Ferrure à demi-cercle pour les chevaux de charrette.


Fer à employer. La ferrure dont nous venons de parler, ne pouvant empêcher le cheval de glisser, dans le premier temps qu’il porte son pied sur le terrein plombé, ou lorsque la pince porte la première, & qu’elle se trouve entièrement garnie de fer, on mettra le fer à demi-cercle mince du côté de l’étampure, plus juste que le pied, & paré de manière que toute la muraille déborde de la moitié de son épaisseur dans tout son pourtour ; après avoir raisonnablement abattu le pied, on cernera avec la cornière du boutoir, le dedans de la muraille, dans la partie qui avoisine la sole de corne ; on fera ensuite porter le fer à chaud que l’on attachera avec de petits cloux ; après quoi, on râpera les bords de la muraille en rond, afin qu’elle ne puisse pas s’éclater, lorsque le cheval marchera.

Nota. Au moyen de cette ferrure, le cheval marchera sur toute sa muraille, soit en montant, soit en descendant.


Section V.

Ferrure pour un pied plat.


Fer à employer. Il faut examines d’abord si le cheval, dont le pied est plat, a les quartiers bons ou mauvais ; si les talons sont bas, foibles, renversés, où s’ils sont plus forts que les quartiers ; mais il est rare de trouver des chevaux dont les quartiers & les talons soient mauvais en même temps ; si les quartiers sont mauvais, il s’agira de contenir la branche du fer jusqu’à la pointe des talons, & de faire porter l’éponge dans l’endroit du talon qui a le plus de résistance ; la branche, & principalement l’éponge, sera étroite ; les talons sont-ils foibles, au contraire, il faudra raccourcir la branche, & la faire porter alors sur la partie la plus forte du quartier, sans qu’elle soit entolée ; d’ailleurs, on tâchera toujours que la fourchette porte à terre.


Section VI.

Ferrure pour les pieds combles & oignons.


Les pieds combles ne contractent ordinairement ce défaut que par la ferrure, & cela arrive par l’usage des fers voûtés qui ayant écrasé la muraille, obligent la sole à surmonter en dos d’âne.

Il n’est pas possible de remédier à ces sortes de pieds ; on peut seulement pallier le défaut par la ferrure.

Fer à employer. Le fer doit avoir la figure d’un U, c’est-à-dire, être ouvert des talons, parce qu’en rajustant, il ne se resserre que trop. En outre, il faut que le fer soit entolé à la pince & aux branches suivant l’oignon ou la plénitude de la sole des talons.

Manière d’entoler le fer. Pour bien entoler un fer, on doit prendre un ferratier dont la bouche soit ronde, & se servir d’une enclume usée, inégale, où il y ait des enfoncemens ; c’est-là qu’à coups de ferratier on donne la concavité ou l’entolure nécessaire au fer, sans altérer son épaisseur, & qu’on le rend de longue durée ; d’ailleurs, les ferrures les plus vieilles donnent le temps au pied de pousser.

Nota. En entolant ainsi les fers, & en cherchant à les faire porter sur la bonne corne, on donne au pied la liberté de pousser. On parvient également à remettre les talons renversés, devenus bas & foibles par la ferrure ; mais on ne rétablit jamais la sole.


Section VII.

Ferrure pour un pied foible ou gras.


Fer à employer. Il faut mettre un fer léger & dont l’étampure soit maigre, & avoir pour règle générale de ne point parer le pied, de ferrer court, & de choisir les lames les plus déliées, de crainte d’enclouer ou piquer l’animal.


Section VIII.

Ferrure pour les talons bas, foibles & sensibles.


Fer à employer. Tout consiste ici à ferrer court & à ne point parer le pied, en ayant soin principalement que les éponges très-minces viennent finir aux quartiers, & que la fourchette porte entièrement & également à terre.


Section IX.

Ferrure pour un pied encastelé.


Fer à employer. Il faut ferrer court & ne point parer le pied, Si l’encastelure (voyez Encastelure) est naturelle, il n’est pas possible d’y remédier, mais, lorsqu’elle est accidentelle, c’est-à-dire, lorsqu’elle vient de ce que l’on a paré la sole & creusé les talons, comme cela n’arrive que trop communément, il suffit de les laisser croître, de les tenir toujours humides. Alors on verra les quartiers, & sur-tout les talons, s’ouvrir, sans que l’on soit obligé d’avoir recours à cette pratique erronée de certains auteurs, qui conseillent de creuser les talons & de ferrer à pantoufle.


Section X.

Ferrure pour les bleimes.


Fer à employer. Le pied doit être ferré plus ou moins court, suivant le local, & comme pour la seime, mais la branche sera toujours plus mince du côté du mal. Si la bleime, par exemple, est à la pointe du talon, la branche sera plus courte que si elle étoit vers les quartiers ; est-elle vers les quartiers, on prolongera la branche mince jusqu’à la pointe du talon, en la faisant porter sur la muraille.

Si la bleime de nature a été traitée souvent, on mettra un fer étranglé dans cette partie, pour contenir les éclisses & le reste de l’appareil. (Voyez Bleime)


Section XI.

Ferrure pour les seimes.


Fer à employer. Avant d’appliquer le fer, il faut examiner si la seime est du pied de devant, & si elle attaque le quartier ou le talon. A-t-elle son siège sur les talons, on doit mettre un fer ordinaire dont la branche du côté malade soit raccourcie, & dont le bout aminci vienne porter sur le quartier & sur le fort de la muraille ; si la seime, au contraire, est placée sur le quartier, on prolongera le fer ou la branche jusqu’à la pointe des talons, mais sans y mettre de pinçon ; lorsqu’elle est en pince, ce que nous appelons en pied de bœuf, le cheval sera ferré à l’ordinaire ; mais le véritable remède, c’est de traiter la seime ainsi que nous l’indiquerons à cet article. (Voyez Seime)


Section XII.

Ferrure pour une fourchette petite abreuvée d’humidité putride.


Dans certains pieds, principalement dans ceux de derrière, la fourchette est naturellement petite ; elle est exposée à se remplir d’humeur sanieuse. Dans d’autres pieds, cette maladie arrive lorsqu’on pare la fourchette, ou lorsqu’elle est éloignée de terre. Les eaux, les boues, & tant d’autres impuretés entrant dans les différentes lames de corne, la minent, la corrodent & forment ce que nous appelons en hippiatrique, fourchette pourrie.

Fer à employer. Il est facile d’y remédier, en ferrant court, & en abattant beaucoup du talon, afin que la fourchette soit forcée de reposer à terre.

Nota. Par cette ferrure, on fait une compression qui oblige les eaux, ou les boues amassées dans la fourchette, de sortir. M. La Fosse assure avoir guéri, par cette voie, nombre de chevaux qui commençoient à avoir des fics. (Voyez Fic à la fourchette)


Section XIII.

Ferrure pour des chevaux qui ont été fourbus, & qui marchent en nageant.


La fourbure, comme on le verra à l’article qui traite de cette maladie, se manifeste toujours, ou presque toujours aux pieds, principalement à ceux de devant ; nous voyons des chevaux qui ont des cercles ou cordons bombés ou rentrés, d’autres dont la muraille est quatre fois plus épaisse qu’elle ne doit être, & dont la sole de corne est séparée de la sole charnue ; d’autres, enfin, qui en marchant sur les talons, jettent les pieds en dehors, ce que l’on appelle vulgairement nager, ou marcher en nageant.

Fer à employer. Lorsque les talons sont bons, ils doivent être ferrés long, à fortes éponges, sans quoi les talons s’useraient bientôt par la fuite ; mais il faut observer de ne jamais parer le pied, c’est le seul cas où il convient de ferrer à fortes éponges.

Si le cheval a un croissant, si la sole de corne est séparée de la charnue, il faut employer un fer couvert, & l’entôler de la même manière que nous l’avons indiqué dans la Section sixième, en traitant de la ferrure pour les pieds combles.


Section XIV.

Ferrure pour un cheval encloué.


Fer à employer. Il est inutile de déferrer à chaque pansement, un cheval qui aura été encloué ; il convient seulement alors déformer avec la tranche, une échancrure dans le fer, c’est le vrai moyen de panser le pied plus commodément ; si l’enclouure est aux talons, il faudra échancrer le fer dans cette partie ; il en sera de même de la pince, si cette partie a été enclouée. (Voyez ENCLOUURE)


Section XV.

Ferrure pour un cheval qu’on va dessoler.

Fer à employer. Si c’est à cause d’un essors, ou d’un Étonnement de sabot, (voyez ce mot) qu’on dessole un cheval, il faudra lui mettre un fer à l’ordinaire, en ayant seulement l’attention d’élonger les éponges & de les tenir droites ; mais il n’en sera pas de même si c’est à cause d’un fic ou d’un clou de rue ; il s’agit alors de lui mettre, pendant tout le temps du traitement, un fer étranglé pour donner la facilité de panser le pied. Le cheval une fois guéri, on doit employer un fer couvert & sans aucune ajusture. {Voyez Clou de rue, Dessolure, Fic à la fourchette.)


Section XVI.

Ferrure pour un cheval qui se coupe.


Nous disons qu’un cheval se coupe & s’entre-taille quand il s’attrape avec ses fers, qu’il se heurte les boulets, soit aux pieds de devant, soit aux pieds de derrière ; il peut se couper de la pince ou des quartiers ; ce dernier cas est plus ordinaire.

Fer à employer. Quant aux chevaux qui se coupent de la pince, ce défaut vient communément d’un vice de conformation ; c’est la raison pour laquelle on y remédie rarement ; cependant on doit les ferrer juste, en laissant déborder la corne en pince ; mais quant à ceux qui se coupent des quartiers, la mauvaise conformation peut aussi en être la cause ; mais l’expérience prouve que cet accident est presque toujours un effet de la lassitude ou de la mauvaise ferrure, ou d’un fer qui garnit en dedans ; dans ce cas, on met un fer dont la branche de dedans soit courte, mince, & étranglée, sans étampure, incrustée dans l’épaisseur de la muraille, comme si l’on ferroit à cercle ; (voyez la Section quatrième) la branche de dehors sera à l’ordinaire, si ce n’est les étampures qui doivent être serrées & en même nombre ; il faut encore que le fer soit étampé en pince, & jusqu’à sa jonction avec les quartiers.


Section XVII.

Ferrure pour un cheval qui forge.


Un cheval forge, lorsqu’avec la pince de derrière, il atrappe les fers de devant ; il forge en talons, lorsqu’il atrappe les éponges de devant, & il forge en pince, lorsqu’il frappe cette dernière partie.

Ce dernier défaut dépend ou du mouvement trop alongé des jambes de derrière, ou du peu d’activité de celles de devant ; ce qui est une preuve d’un cheval usé ou mal construit.

Fer à employer. Dans le premier cas, au lieu de ferrer trop long de devant, comme c’est la coutume des maréchaux de la campagne, il faut ferrer court & à éponges minces, tandis que dans le second, on doit laisser déborder la corne en pince.


Section XVIII.

Ferrure pour un cheval qui use en pince, tant du devant que du derrière.


Tout cheval qui use en pince dénote un cheval ruiné ou qui tend à sa ruine, c’est le commencement de ce défaut qui fait donner à l’animal le nom de rampin. (Voyez Rampin)

Cet accident vient ordinairement de ce que dans les différentes ferrures, 1°. on a paré le pied, & éloigné la fourchette de terre ; 2°. de ce que les muscles fléchisseurs du paturon de l’os de la couronne, & principalement de l’os du pied, sont toujours en tension à peu près comme dans un homme qui marcheroit continuellement sur la pointe du pied ; 3°. de ce que ces muscles, ainsi tendus, poussant les articulations en avant, les rendent droites, & éloignent les talons de terre ; on doit bien comprendre que cela n’auroit pas lieu si la fourchette portoit sur le sol.

Fer à employer. Il faut ferrer court, ne mettre point de fer en pince, lui donner plus d’ajusteur, & tenir les branches à plat & minces.


Section XIX.

Ferrure pour un cheval qui use beaucoup de derrière, à la branche de dehors.


En général, tous les chevaux usent plus de derrière que de devant, & toujours plus en dehors qu’en dedans, cela vient sans doute de ce que le cheval, au lieu de porter son pied en ligne droite, décrit une espèce de demi-cercle, en le portant en dedans & en le reportant en dehors ; par ce mouvement il doit donc y avoir un frottement du fer sur le pavé, mais toujours plus en dehors qu’en dedans, ce bord se présentant le premier sur le terrein.

Fer à employer. Il consiste en un fer dont la branche soit bien forte en dehors, & très-mince en dedans, qui soit couverte & étampée gras, afin que le fer garnisse. Le fer de derrière doit avoir également la branche de dehors plus épaisse, mais pas de beaucoup,


Section XX.

Ferrure pour le cheval rampin des pieds de derrière, sujet à se déferrer.


Fer à employer. Le fer sera étampé très-près du talon, avec un fort pinçon en pince, & sans entolure ; les branches de la voûte du fer seront renversées en dedans du pied, comme dans le fer à pantoufle ; par ce moyen, la voûte du fer approchera plus de la soie dans toute son étendue.


Section XXI.

Ferrure pour un mulet qui porte un bât ou une selle.


Fer à employer. Le fer ne doit déborder que d’une ligne en pince seulement, & être relevé, il faut par conséquent abattre beaucoup de corne en pince, afin d’en procurer la facilité. On ne mettra point de doux en pince, parce qu’ils font broncher le mulet ; les éponges n’excéderont point les talons, on bannira les crampons ; en un mot, le fer sera égal de force dans toute son étendue : il y a encore un moyen pour rendre le pied bien uni, c’est d’en abattre l’excèdent, si toutefois il y en a, avec le boutoir, & d’en lever la mauvaise corne avec le rogne-pied, sans cependant creuser le dedans du pied, ni ouvrir les talons ; l’expérience prouve que lorsque les talons sont parés, le pied se resserre ; cet accident occasionnant la fente du sabot, il en résulte une maladie que nous connojssons sous le nom de seime. (Voyez ce mot)


Section XXII

Ferrure pour donner aux mulets une marche sûre & ferme sur toutes sortes de terrein.


Fer à employer. On doit les serrer à cercle. (Voyez la section deuxième)

Nota. Cette ferrure est plus facile à exécuter sur les mulets que sur les chevaux, ceux-là ayant le pied beaucoup plus petit & la muraille plus forte ; tandis qu’on rencontre dans ceux-ci des pieds gras & combles, dont la muraille est mince, & par conséquent peu propre à cette ferrure.


Section XXII.

Ferrure pour un mulet qui tire une voiture.


Fer à employer. La ferrure est la même que celle du cheval, c’est-à-dire, que le fer ne doit déborder ni en pince ni en dehors, être juste au pied, & sans crampons, mais plus fort en pince qu’en éponges, par la raison que le mulet use en pince. Il ne faut pas, au surplus, ouvrir les talons.


Section XXIV.

Ferrure pour les ânes.


Fer à employer. L’âne ayant le pied fait comme le mulet, on doit e serrer de même ; mais toujours suivans l’usage auquel on le destine.


Section XXV,

Ferrure pour les bœufs.


Fer à employer. Le bœuf étant un animal à pied fourchu, (voy. BŒUF) la forme des fers dont on arme ses ongles, doit différer essentiellement de celle des fers préparés pour le cheval & le mulet. Ils consistent en deux pièces séparées pour chaque pied ; chacune d’elles est une platine de fer circonscrite conformément à l’assiette de l’ongle auquel elle doit être adaptée, de manière qu’elle représente le quart d’un ovale, borné d’une part par le grand-axe, & c’est la rive qui répond à la fourchure du pied de l’animal, de l’autre par le quart de sa circonférence, & c’est la rive extérieure ; enfin, par la rive postérieure qui n’est autre chose que la ligne droite, à peu près parallèle au petit axe, & menée de la fin de l’extérieure à la terminaison de l’intérieure, chaque platine devant couvrir exactement cette même assiette sans la dépasser, & laisser une partie du talon à découvert.

Au long de la rive externe sont percées cinq étampures, la première étant en pince, la dernière ne passant l’a moitié de la longueur totale de cette rive, que de la moitié d’un intervalle ordinaire d’étampure à étampure ; ici les étampures sont plus maigres que dans les fers destinés aux chevaux ; les lames employées dans cette serrure n’ont pour tête, par cette raison, que deux épaulemens latéraux, dans le même plan que la partie plate & pointue qui pénètre dans l’ongle, & l’étampe n’a de biseau que des deux côtés seulement, & qui répondent aux petits côtés de la lame, les autres côtés de l’étampe étant droits jusqu’au bout ; ainsi les étampures des fers pour les bœufs n’ont que la moitié de la largeur de celles des fers pour les chevaux, & le maréchal ne court aucun risque, en étampant très-maigre, d’affamer la rive externe.

La rive interne n’est pas droite, mais un peu rentrante pour suivre un cambre léger qu’on remarque dans l’ongle de l’animal. À cette même rive, le maréchal tire de la pince une bande repliée sur plat à angle droit, de manière que son extérieur n’en dépasse pas l’assiette ; le fer broché & les lames rivées, on rabat cette même bande sur le bout de l’ongle qu’elle embrasse par ce moyen.

Quelquefois on tire entre cette bande & la rive postérieure, un pinçon qu’on redresse aussi à angle droit sur l’assiette. Ce pinçon se loge contre le lieu de la parois intérieure de l’ongle, où le cambre est plus sensible, & il oppose une résistance constante aux cloux, qui tendroient toujours à tirer le fer, & à le faire déborder du côté des étampures. Dans d’autres occasions, on se contenté d’en tirer un de l’extrémité de la pince qui, du lieu ou il part, se relève suivant un quart de rond. Son usage est de défendre le bout de l’ongle de l’effet des heurts répétés qu’il pourroit éprouver ; mais dans ce cas, on n’omet jamais le pinçon qui répond au cambre, & on le tient même un peu plus haut & un peu plus large.

Note. Il est au surplus des pays dans lesquels on ne ferre point les bœufs ; il en est d’autres où l’on ne leur applique qu’une seule platine sous un des ongles qui est l’externe ; c’est-à-dire, celui qui répond au quartier de dehors du pied du cheval ; cette ferrure étant pratiquée tant aux pieds de devant que de derrière. D’autres fois, les pieds de devant sont ferrés de deux pièces & en entier, tandis qu’on n’en met qu’une aux pieds de derrière. M. T.