Cours d’agriculture (Rozier)/MALADIE

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Hôtel Serpente (Tome sixièmep. 389-394).


MALADIE. (physiologie Végétale) Plus on compare le règne végétal avec le règne animal, plus on y trouve de l’analogie ; nous en avons détaillé le parallèle avec assez d’étendue au mot Arbre ; (Voyez ce mot) nous y avons comparé les maladies qui affectent les individus des deux règnes nous ne reprendrons donc pas ici ce parallèle, & nous nous contenterons de faire l’émunération des maladies dont les plantes & les arbres peuvent être affectés.

Tout ce qui a vie dans la nature, en doit le soutien au mouvement ; c’est le grand agent de tous les phénomènes qui concourent à l’entretien de la vie. Développement & consolidation des solides, circulation & purification des fluides, appropriation & excrétion des principes nourriciers, tout dépend de lui, sans lui tout seroit mort. Mais en même temps qu’il est le principe de la vie, il devient le principe de la mort, en consolidant les parties molles, en oblitérant les vaisseaux, & en dénaturant les fluides. Les végétaux sont donc comme les animaux, ils passent par trois états différens dans le cours de leur vie, ils se développent & croissent, ils se soutiennent en état de parfait, ils décroissent & meurent. Les deux premiers états peuvent être considérés comme états de santé, & le dernier comme un état de maladie & de dépérissement habituel & nécessaire. Cette maladie, de tous les jours de de tous les instans, a son principe dans l’organisation même du végétal. Tout fluide qui circule & qui va porter un principe nourrissant dans toutes les parties de la plante, forme perpétuellement un dépôt qui, dans la jeunesse & dans l’âge fait, se convertit tout entier en principes constituans ; mais qui, dans la viellasse, ne fournit que ce qu’il faut pour soutenir l’individu, tandis que le reste forme un dépôt qui, à la longue, donne une rigidité extrême aux solides, durcit les parties molles, & obstrue les vaisseaux. Comme cette maladie est celle de l’organisation même, l’homme n’a qu’un foible pouvoir sur elle ; il est incertain si son art peut prolonger la vie, mais il est sûr qu’il ne peut pas empêcher de mourir, lorsque la machine est dans un état qui nécessite sa décomposition. Si son pouvoir est si borné dans le règne animal, combien plus l’est-il dans le règne végétal, où ses connoissances sont bien moindres, & sa pratique plus routinière ; cela ne doit pas nous empêcher d’étudier & de chercher à approfondir les causes des maladies des plantes, & l’art de les guérir, ou du moins de diminuer leurs effets.

Les maladies des plantes, outre celle générale & universelle qui conduit à la mort, que l’on pourroit nommer le dépérissement vital, dont nous ne parlerons pas, reconnoissent deux causes principales, les causes internes & les causes externes : c’est d’après ces causes que nous classerons les maladies.


Maladies des végétaux qui dépendent des causes internes.


La carie.
Les chancres.
Le couronnement.
Les dépôts.
Les excroissances.
La gallomanie.
Les loupes.
La moisissure.
La mort subite.
La pourriture.
La suppuration.
Les tumeurs.
Les ulcères.


Maladies des végétaux qui dépendent des causes externes.


Le blanc.
La brûlure.
Le cadran.
La champêtre.
Le charbon.
La chute des feuilles.
L’ergot.
L’étiolement.
L’exfoliation.
Les gales.
Le gelis.
La gelivure.
Les gersures.
Le gîvre.
La jaunisse.
La mousse.
La nièle.
La rouille.
La roulure.

Pour achever ce tableau, nous indiquerons rapidement les causes qui influent sur chaque maladie, renvoyant à chacune en particulier les détails nécessaires & les remèdes qui y sont propres.


Maladies produites par des causes internes.


1°. La carie (Voyez ce mot) est une moisissure du bois qui le rend mou, & qui l’entraîne à une décomposition semblable à celle des os ; cette maladie causée par la transpiration arrêtée, ou par une sève chargée de principes viciés, qui, circulant dans toutes les parties de la plante, y produit un ravage d’autant plus considérable, que son action est plus générale.

1°. Le chancre, (Voyez ce mot) il attaque les arbres sur-tout, & est assez analogue à celui qui attaque les animaux. Une humeur âcre & corrosive en est le principe, elle circule avec la sève, & on la reconnoît en ce que l’écorce laisse suinter de ses fentes une eau rousse, corrompue & très-âcre, qui attaque toutes les parties sur lesquelles elle coule. Il faut distinguer ces ulcères coulans des abreuvoirs, qui sont des trous formés par la pourriture des chicots ou des branches coupées, & des goutières qui sont des fentes dans le tronc, ou les branches par lesquelles l’eau de pluie coule le long de la tige.

3°. Couronnement. Cette maladie tient à l’action même de la vie les extrémités les plus éloignées, comme celles qui terminent l’arbre, sont celles qui éprouvent les premières l’effet de l’obstruction des vaisseaux, du dessèchement des solides, en un mot du dépérissement de l’arbre ; il meurt bientôt de cette maladie, qui commence toujours par la sommité de l’arbre ; on la nomme couronnement, lorsqu’elle a lieu dans cette partie, & décurtation, quand elle affecte les branches inférieures ; les plantes herbacées, annuelles, ou vivaces, y sont sujettes comme les arbres. (Voyez le mot Arbre, Tom. 13 page 661)

4°. Dépôts. Ce sont des amas de sucs propres, qui, se fixant à un endroit, obstruent nécessairement les vaisseaux, les brisent, arrêtent la circulation, & s’extravasent dans le tissu cellulaire, ou dans les vaisseaux lymphatiques ou séreux. L’espèce d’inflammation qui se produit bientôt dans cette partie, altère toutes les parties voisines, & fait périr la branche & la tige où s’est formé le dépôt.

5°. Excroissances. (Voyez ce mot) Productions ligneuses, beaucoup trop abondantes & hors des règles communes de la végétation : ce sont des espèces d’exostoses végétales, occasionnées ou par une surabondance, ou, ce qui est plus commun, par un reflux de la sève, déterminé par la taille des branches d’un arbre, faite à contre temps. Ces monstruosités accidentelles ont encore lieu lorsque l’écorce d’un arbre a été déchirée & mutilée jusqu’à l’aubier, alors, en se reproduisant, il se forme un bourlet (Voyez ce mot) tout-au-tour de la plaie, qui souvent dégénère en loupe, tumeur & autre espèce d’excroissance ligneuse.

6°. Fullomanie. Abondance prodigieuse & surnaturelle de feuilles, qui est déterminée dans une plante par une trop grande quantité de suc propre au développement des feuilles, aux dépens toujours des fleurs & des fruits.

7°. Loupe. (Voyez ce mot) Espèce d’excroissance ligneuse d’une forme globuleuse.

8°. Moisissure. (Voyez le mot Carie)

9°. Mort subite. Elle est ou partielle ou totale, & est presque toujours produite par un dessèchement subit, ou une extravasation très abondante du suc séreux, occasionné par un coup de soleil, ou par la piquûre intérieure de quelque insecte.

10°. Pourriture. Cette maladie attaque communément l’intérieur de l’arbre, en commençant par la partie supérieure du tronc, & descendant jusqu’aux racines ; elle creuse toute la partie ligneuse, & n’épargne que l’écorce, qu’elle attaque aussi, lorsque tout le bois & l’aubier ont été dissous par la pourriture. Les arbres dont la tête ou quelques grosses branches ont été brisées ou coupées, sont assez sujets à cette maladie, sur-tout lorsqu’ils sont d’un bois poreux & léger, comme le saule. J’ai cependant vu des sapins & des chênes attaqués de cette maladie, & dans l’intérieur desquels on pouvoit tenir plusieurs personnes à-la-fois. La pourriture est occasionnée par la partie du bois mise à nud, que l’humidité de l’air, la pluie & l’eau qui y séjourne, commencent à pourrir ; la sève ralentie par cette altération, s’échauffe, fermente, réagit contre les fibres ligneuses, & les décompose en les ramenant à l’état de terreau ou d’humus végétal.

11°. Suppuration des plaies. Une plaie faite à un arbre par accident ou en le taillant, est une issue qu’on procure aux différens sucs qui circulent dans l’arbre, & par laquelle ils s’extravasent si on ne s’y oppose. La désunion des fibres & la contraction des parties occasionnent naturellement le flux des sucs, & établissent une vraie suppuration ; elle sera séreuse, gommeuse ou résineuse, suivant la nature des sucs des vaisseaux que l’on a mis à découvert par la plaie ; cette suppuration peut dégénérer en carie & moisissure, si on n’y apporte remède. Le remède est bien simple, il consiste à appliquer sur la plaie de l’onguent de S. Fiacre, ou tout autre corps qui empêche la communication de la plaie avec l’air. Lorsque l’homme a cru que les sucs, les gommes & les résines que certains arbres contenoient, pouvoient lui être de quelqu’utilité, alors il a su tourner cette maladie à son profit, & il a fait des plaies à ces arbres, afin que la suppuration naturelle lui fournît ces produits.

Tumeurs. (Voyez ce mot) La tumeur ne diffère de la loupe que par ce qu’elle affecte toutes sortes de formes irrégulières, mais elle reconnoît les mêmes principes, & affecte la plante où elle se forme de la même manière que la loupe.

Ulcères coulans. (Voyez Chancre)


Maladies produites par des causes externes.


1°. Blanc. (Voyez ce mot) taches blanches que l’on apperçoit sur quelques feuilles & sur quelques tiges de plantes, qui gagnent insensiblement jusqu’au bas des tiges & jusqu’à la racine ; elles sont dûes à des obstructions des extrémités.

2°. Brûlure. (Voyez ce mot) Maladie propre aux arbres fruitiers, dûe aux premières gelées du printemps, qui glacent l’eau & l’humidité dont les tiges & même les boutons ont été imprégnés par les brouillards & le gîvre.

3°. Cadran. (Voyez ce mot) Maladie propre aux troncs des gros arbres ; elle réunit les fentes circulaires de la roulure, & les rayons de la gelivure.

4°. Champlure. Cette maladie dûe au froid qui, survenant tout-d’un-coup après une automne humide, surprend & glace les jeunes tiges herbacées de l’année, qui n’ont pas eu le temps de se fortifier & de se durcir. Les arbres des pays chauds, & transportés dans des climats tempérés ou froids, sont sujets à cette maladie, qui en enlève un très-grand nombrè.

5°. Charbon. (Voyez Froment, article maladie)

6°. Chute des feuilles. Nous ne considérerons pas ici la chute des feuilles dans l’automne, parce qu’étant un effet nécessaire de la végétation, & devant être comprise dans les périodes annuelles que la plante éprouve, ce n’est pas une vraie maladie ; (Voyez Feuille) mais lorsqu’elle arrive subitement dans le courant de l’année, c’est alors une cause étrangère qui produit cette vraie maladie, & cette cause peut être également ou une gelée matinale, qui brûle les pédicules des feuilles, & les détache de leurs tiges, ou un soleil brûlant qui, dardant ses rayons entre deux nuages, agit comme à travers un verre brûlant, & dessèche tout ce qui se trouve à son foyer. Les humeurs, dont la feuille & sa tige sont perpétuellement imbibées, étant absolument évaporées, les fibres racornies, le parenchyme desséché, la feuille est un membre mort, qui ne tire plus la vie de l’air, n’exhale plus les sécrétions de la plante, & tombe bientôt.

7°. Ergot. (Voyez Froment & ses maladies)

8°. Étiolement. (Voyez ce mot) La privation de la lumière empêche la plante de se décomposer & de se dépouiller de l’air & de l’eau dont elle, se nourrit ; l’air déphlogistiqué se fixe dans l’intérieur, & il en vicie toute l’économie. L’étiolement est donc une vraie pléthore d’air déphlogistiqué, dont les deux principaux effets, sur le plante sont l’alongement, l’excroissance extraordinaire des tiges, & la couleur pâle & blanche des feuilles & des tiges. Les nouvelles expériences de M. Bertholet sur l’effet de l’acide marin, saturé d’air déphlogistiqué, sur les couleurs végétales, me font regarder comme démontré la théorie de l’étiolement que je viens d’indiquer en peu de mots, que j’avois déjà indiqué au mot Étiolement, mais que je n’avois pas osé affirmer, manquant d’expériences démonstratives.

9°. Exfoliation. Séparation de la partie morte de l’écorce, du bois, &c. d’avec une partie vive contiguë : elle peut être occasionnée par une humidité à laquelle a succédé une sécheresse de la partie.

10°. Gales. (Voyez ce mot) Maladie produite par la piquûre des insectes, qui occasionne une extravasion du suc ou de la sève qu’elle dénature.

11°. Gelis. Cette maladie est très analogue à la champlure, (Voyez ce mot) & elle reconnoît la même cause, c’est-à-dire, les gelées du printemps qui brûlent les jeunes tiges ou pousses encore trop tendres de l’année. (Voyez le mot Gelée & ses effets)

12°. Gelivure. Maladie produits par la gelée, qui fait fendre les arbres, & même avec bruit. Lorsqu’ils sont ainsi gelés, ils se trouvent marqués d’une arête ou éminence formée par la cicatrice qui a recouvert les gersures, lesquelles ne se réunissent pas intérieurement. La gélivure ne dépend ni de la qualité du terroir, ni de l’exposition, mais d’un froid subit & très-vif : elle est assez rare.

13°. Gersures. Fentes longitudinales que le froid extrême produit dans les troncs d’arbres en les gelant.

14°. Givre. Cette maladie, qui se manifeste par une blancheur qui recouvre la surface supérieure des feuilles, & qui les fait paroître plus épaisses & plus pesantes, n’attaque ordinairement que les plantes qui croissent dans des endroits bas & marécageux, où l’air ne se renouvelle qu’avec peine. Le défaut de transpiration en est la cause principale ; la sève, parvenue par les pores excrétoires à la surface supérieure de la feuille, ne peut s’évaporer faute de soleil & de courant d’air ; elle se dessèche, ses parties terreuse & huileuse n’étant plus délayées, se déposent & bouchent les pores ; de-là naissent des obstructions, des pléthores dans les vaisseaux de la feuille ; de-là les maladies qui en dépendent. Les plantes attaquées de givre, suivant l’observation de M. Adanson, produisent rarement du fruit, ou ils sont mal formés, rabougris, & d’une crudité désagréable.

15°. Jaunisse. Maladie qui attaque les feuilles des plantes herbacées, les décolore, & les privant de la nourriture nécessaire, ou viciant celle qu’elles tirent, occasionne sensiblement leur mort & leur chute ; elle peut avoir pour cause une extrême sécheresse, comme une trop grande humidité.,

16°. Mousse. (Voyez ce mot) C’est plutôt un accident qu’une véritable maladie, & qu’il est très-facile de prévenir ou de réparer quand en craint des suites dangereuses, en émoussant les tiges des arbres fruitiers sur-tout, car les arbres de hautes futaies paroissent n’éprouver qu’une très-légère impression de la mousse qui s’attache à leur écorce.

17°. Nielle. (Voyez ce mot & celui de Froment)

18° Rouille. (Voyez ce mot & celui de Froment, à l’article de ses maladies)

19°. Roulure. (Voyez ce mot) Maladie qui attaque les feuilles ; elle est ordinairement occasionnée par des insectes ou des chenilles, qui s’enveloppent dans ces feuilles.

Telles sont les principales maladies & les plus générales qui peuvent affecter les plantes dans tous les pays il en est quelques-unes de particulières, qui semblent dépendre du local & du climat ; elles ne sont que des variétés de celles que nous venons de décrire, mais elles méritent d’être observées avec le plus grand soin, afin de pouvoir les reconnoître aisément, les prévenir, ou du moins, les traiter sûrement. M. M.