L’Encyclopédie/1re édition/CROCHET

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* CROCHET, s. m. on donne en général ce nom à tout instrument recourbé par la pointe, & destiné à saisir différens objets, soit pour les tenir suspendus, soit pour les enlever d’un lieu dans un autre. Le mot crochet a une infinité d’acceptions différentes, voyez-en quelques-unes dans les articles suivans.

Crochet, (Instrument de Chirurg.) son corps est une tige d’acier de cinq pouces de longueur, son extrémité inférieure est une soie quarrée de trois pouces ou environ ; elle doit entrer dans un manche, sur le bout duquel elle est rivée. Ce manche est d’ébene, il est taillé à pans, pour présenter plus de surface, & être tenu avec plus de fermeté. L’extrémité antérieure, ou le crochet, est la continuation de la tige qui forme le corps de l’instrument. La figure cylindrique de cette tige va en augmentant de largeur & en s’applatissant jusqu’à la hauteur de quatorze ou quinze lignes ; là sa largeur est d’environ six lignes : alors elle se courbe & forme un angle aigu, dont le sommet est mousse & arrondi : le reste va en diminuant de largeur & d’épaisseur, pour former une pointe mousse & polie. Le manche doit avoir à sa tête un petit crochet, dont le bec tourné du côté du crochet de l’extrémité antérieure de l’instrument, fait connoître par l’inspection du manche, la direction précise de ce crochet dans les opérations où il est d’usage. Voyez Pl. XXI. fig. 6. de Chirurgie.

Telle est la description du crochet dont on se sert communément dans la pratique des accouchemens laborieux, lorsqu’avec la main ou d’autres moyens plus doux que le crochet, on n’a pû faire l’extraction de l’enfant. Voyez Forceps. Mais le crochet dont nous parlons, quoique destiné uniquement à tirer un enfant mort, en entier ou par parties, comme nous l’avons dit ailleurs, a des inconvéniens considérables. Si les parties sur lesquelles on l’a implanté, n’offrent pas assez de résistance à l’effort nécessaire pour l’extraction (ce qui arrive souvent, sur-tout lorsque l’enfant a séjourné long-tems dans la matrice depuis sa mort, & qu’il tend à une putrefaction parfaite), alors la prise venant à manquer, on risque de blesser dangereusement la mere. C’est pour prévenir cet accident, presqu’inévitable dans l’usage du crochet ordinaire, que M. Levret a imaginé depuis peu un crochet à gaîne, dont on peut lire la description & voir la figure dans la suite de ses observations sur les accouchemens laborieux ; mais la tige de cet instrument est droite, & M. Mesnard accoucheur de réputation à Roüen, avoit remarqué que cette direction n’étoit pas favorable au but qu’on se propose : ses corrections sur cet instrument ont été adoptées par les plus habiles accoucheurs de l’Europe.

La tige des crochets de Mesnard est courbe depuis la partie moyenne jusqu’à l’extrémité où est le crochet proprement dit. Cette figure permet de porter la pointe du crochet jusqu’à la nuque, & de le fixer dans la base du crâne, ce qui est impossible avec un crochet dont la branche est droite. Secondement, Mesnard dit avec raison que pour que l’extraction se fasse sûrement & commodément, il faut absolument avoir deux crochets qu’on place en partie opposée. Le manche de l’un a une vis assez longue du côté intérieur, & le manche de l’autre est percé pour recevoir cette vis, que l’on assujettit extérieurement avec un écrou. Ces crochets courbes ainsi réunis, ont l’avantage de ne pouvoir jamais blesser la mere, puisque leur pointe ne peut porter contre la matrice, quand la prise viendroit à manquer.

Il importe peu par lequel de ces deux instrumens on commence l’introduction ; mais il faut que le doigt d’une main serve de conducteur à la pointe du crochet, qui doit couler de côté jusqu’au-delà de la tête de l’enfant, pendant que son manche est tenu de l’autre main ; de maniere que quand on fait l’introduction de la pointe, le manche soit élevé du côté du ventre de la femme, afin de lui faire faire un demi-tour en le conduisant par-dessus le pubis, pour le faire aller vers la cuisse opposée au côté où l’on a fait l’introduction ; & cela afin que la pointe de ce crochet se trouve tournée du côté du crâne de l’enfant. On doit prendre les mêmes précautions pour introduire l’autre crochet dans le vagin du côté opposé. On choisit pour l’extraction de l’enfant, le tems d’une des douleurs expulsives de la mere, dans la supposition qu’elle en ait encore.

Il faut bien connoître les cas où il est indipensable d’avoir recours aux crochets ; car les ignorans abusent de ce moyen dans les accouchemens laborieux, dont plusieurs peuvent se terminer sans en venir à cette extrémité : il ne suffit pas même que l’opération soit jugée nécessaire, il faut encore qu’elle soit possible. L’accoucheur observera donc si la malade a des forces suffisantes pour supporter l’opération : la foiblesse du pouls & de la voix, les yeux éteints, le froid des extrémités, les sueurs froides, les défaillances, peuvent empêcher le chirurgien d’opérer ; & s’il y a encore une lueur d’espérance, il fera son prognostic de l’état fâcheux de la malade, & lui fera administrer les secours spirituels, si cela est possible.

On se sert principalement des crochets, lorsqu’on a été obligé d’ouvrir la tête d’un enfant, comme nous l’avons expliqué au mot couteau à crochet. On peut aussi s’en servir utilement dans les accouchemens où la tête de l’enfant a été séparée de son corps resté dans la matrice, principalement lorsque l’enfant est à terme. Il est utile néanmoins d’observer que dans ce dernier cas on peut situer la malade de façon que ses fesses soient beaucoup plus élevées que sa tête, & dans cette situation on portera la main dans la matrice, pour tirer l’enfant par les piés. Si cette façon de terminer l’accouchement ne peut avoir lieu, il faut absolument avoir recours aux crochets ; ces instrumens ne peuvent être regardés comme dangereux que par des personnes qui n’ont point d’expérience, ou qui ne sont pas suffisamment instruites. (Y)

Crochet à Curette, instrument de Chirurgie, d’acier poli, de figure pyramidale, allongé & évasé par sa partie antérieure en forme de cuillere, dont le dos & les bords sont arrondis & fort polis, & dont une partie de la cavité est garnie de trois rangs de dents en façon de râpe, pour mieux accrocher & retenir les pierres. Cette cuillere est longue d’environ trois travers de doigt, sur un demi-pouce de large dans son milieu ; elle est un peu recourbée en maniere de crochet, ce qui lui en a fait donner le nom. L’extrémité est une pointe fort arrondie, pour ne pas blesser, & s’engager facilement derriere les pierres. La tige du crochet est engagée par une soie quarrée dans un manche de bois taillé à pans, long d’environ trois pouces & demi. Tout l’instrument peut avoir sept pouces de longueur. Voyez Planche XI. fig. 7.

Cet instrument sert pour tirer les pierres dans le petit appareil ; on peut s’en servit dans toutes les méthodes, lorsqu’une pierre est enclavée au passage. On porte la pointe de l’instrument derriere la pierre en passant par-dessus ; & lorsqu’on l’a engagée on releve le manche de l’instrument, & on tire à soi pour faire l’extraction du corps étranger qui résiste, (Y)

Crochet, voyez l’art. Bas au métier.

* Crochets, instrumens servant aux Blanchisseurs de toiles, à les mesurer, afin que l’aulnage y soit fidellement observé : la longueur en est déterminée par les réglemens.

Crochet ou Aile, voyez travail des chandelles moulées à l’article Chandelle.

Crochet de fer, est chez les Charpentiers, un outil fait d’un bout en queue d’aronde, & denté à la partie la plus large ; & de l’autre bout coudé à l’équerre, comme une tige quarrée & en pointe : c’est par cette extrémité qu’il entre dans un morceau de bois quarré qu’on appelle la boîte de l’établi. La boîte est placée au bout dudit établi, & elle ne l’excede que suivant l’épaisseur des bois que l’on met dessus pour les dresser, & où le crochet les arrête, pour les empêcher d’avancer lorsqu’on pousse la varlope. Voyez la vignette de l’établi des Menuisiers, dans les Planches du Menuisier.

Crochets, (Fonderie en caracteres.) pieces du moule servant à fondre les caracteres d’Imprimerie. Ce sont deux fils d’archal de deux pouces environ de long, & crochus par un bout ; l’autre bout qui est pointu, est piqué & enfoncé dans le bois du moule. Lorsqu’on a fondu la lettre & qu’on a ouvert le moule, ces crochets servent à séparer la lettre dudit moule, ce qui s’appelle décrocher. Voyez Décrocher, & Pl. II. du Fondeur de caracteres d’Imprimerie, fig. 1. & 2. a, b.

Crochet, outil de Fourbisseur ; c’est une meche de lame d’épée, avec environ un doigt de la lame ; elle est faite en crochet un peu tranchant du côté de la meche : elle sert à décoler le cuir du fourreau pour y placer le crochet, après y avoir fait une petite entaille avec le couteau.

Crochet, en terme de Fourbisseur ; c’est une petite attache qui est montée sur le fourreau, à une petite distance de son extrémité supérieure, & qui arrête l’épée dans le ceinturon.

Crochet ou Eschopes, espece de burin ou d’outil tranchant, trempé fort dur, dont les Horlogers se servent pour creuser différentes pieces sur le tour. Voyez Pl. XIII. de l’Horlogerie, fig. 22. La seconde sert particulierement à creuser les drageoirs des barillets de ces figures.

Quand on remonte une répétition fort basse, ou dont les roües sont cachées, on se sert d’un petit outil auquel on donne aussi le nom de crochet : par son moyen, en poussant ou tirant les tiges des roües, on met les pivots dans leurs trous. Voyez Pl. XVI de l’Horlogerie, fig. 73. (T)

On appelle encore crochet, en Horlogerie, des pieces très-différentes par leurs figures, mais dont la fonction est à-peu-près la même ; ainsi on appelle crochets de la chaîne, les pieces T, F, Planche X. d’Horlogerie, fig. 54. dont l’une sert à la faire tenir au barillet, & l’autre à la fusée : ainsi on nomme crochet de petites éminences fort semblables à la dent d’un rochet, qui sont rivées sur la circonférence de l’arbre d’un barillet, & dans la circonférence interne du barillet, de maniere qu’elles retiennent fixement les deux extrémités du ressort. Voyez Ressort, . On appelle encore crochet de la fusée, cette partie C, figure 46. qui sert à l’arrêter par le moyen du guide-chaîne, lorsque la montre est remontée tout au haut. Voyez Fusée, Guide-chaîne, &c. (T)

Crochet ou Crochets, termes d’Imprimerie. Les crochets sont au nombre des signes dont on se sert dans l’écriture, autres que les lettres. Les crochets sont différens des parentheses ; celles-ci se font ainsi ( ), au lieu que les crochets se font en ligne perpendiculaire, terminée en-haut & en-bas par une petite ligne horisontale [ ]. On met entre deux crochets un mot qui n’est point essentiel à la suite du discours, un synonyme, une explication, un mot en une autre langue, & autres semblables. On appelle aussi crochets, certains signes dont on se sert dans les généalogies, dans les abregés faits en forme de table ; ce qui sert à faciliter la vûe des divisions & des subdivisions. (F)

Crochets, voyez Crocheteur.

Crochet, terme de Mégissier ; c’est un outil de fer crochu emmanché d’un long bâton, dont ces ouvriers se servent pour tirer avec des seaux l’eau & la chaux des plains qu’ils veulent vuider. Voyez Pl. du Mégissier, fig. 7.

Crochet d’Etabli, (Menuis.) est un morceau de bois qui s’attache contre le devant de l’établi, plus près du bout que la boîte, & qui sert à arrêter les planches lorsqu’on les dresse sur le champ. Voyez Pl. de Menuiserie, fig. 36.

Crochet de fer, (Menuiserie.) c’est le même que celui du charpentier. Voyez Crochet en Charpenterie. Sa queue entre dans la boîte de l’établi, & sert à tenir l’ouvrage. Voyez Planche de Menuiserie, fig. 36.

Crochet ou Émerillon, terme de Passementier-Boutonnier ; c’est un petit outil de fer de trois ou quatre pouces de longueur, recourbé & pointu par un bout, & garni d’un manche de bois par l’autre ; il sert à faire les cordons de chapeau & les chaînettes, à appliquer les fleurs sur le haut des crépines, & particulierement à doubler & tordre ensemble les différens fils de poil de chevre & de soie qui doivent être employés en boutons poil & soie. Voyez les Planches & leur explication.

Crochet, outil de Potier d’étain. Cet outil sert à tourner l’étain, c’est tout son usage ; mais il en faut un certain nombre, parce que le même ne peut pas servir à tout : il y en a pour la vaisselle, pour la poterie, pour la menuiserie ; les uns plus gros, les autres plus petits. Ce qu’il s’agit de considérer, c’est la forme du taillant ; il y en a de quarrés, de demi-ronds, de pointus, &c. C’est un morceau de fer plus ou moins long, plus plat qu’épais, d’environ un pouce de large, & acéré sur la planche du côté où il est courbé, ce qui fait le taillant ; l’autre bout est pointu, pour y mettre un manche. Voyez la fig. 2. du métier du Potier d’étain.

Les crochets dont on se sert pour commencer à tourner, & qui coupent le plus, s’appellent ébauchoirs ; ceux dont on se sert après, qui coupent moins & rendent l’étain plus brun, parce qu’on les frotte de tems en tems sur la potée d’étain, s’appellent planes. Voyez Tourner l’Étain.

Crochet, instrument d’usage dans les Salines ; il sert à tirer les fagots de dessus la masse. Voyez l’art. Saline, & les Planches des fontaines salantes.

* Crochet : c’est un instrument dont les Serruriers se servent pour ouvrir les portes, quand on n’en a pas les clés ; il est fait d’un morceau de fer battu, plat, fait en anneau par la poignée, & coudé sur le champ par l’autre bout, de la longueur à-peu-près du panneton de la clé : on l’introduit par l’entrée de la serrure ; on le tourne dedans, & l’on tâche d’attraper le ressort & les barbes du pêle, afin de le faire sortir de la gache.

Crochet, instrument de fer qui se met à l’extrémité d’un établi, qui est semblable à celui des menuisiers, & qui a le même usage.

* Crochet, (Manuf. en soie.) Crochet de devant le métier des étoffes de soie. Ces petits crochets sont montés sur une bande de fer de la largeur d’un pouce environ, & de la longueur proportionnée à la largeur de l’étoffe. On les attache à l’ensuple, au moyen de plusieurs bouts de ficelles qui, en forme de boucle, tiennent d’un côté à ce crochet, & de l’autre à la verge qui entre dans la chanée de l’ensuple. Ces crochets servent dans les cas où l’on veut commencer l’étoffe sans perdre de la soie.

Il y a de ces crochets qui, au lieu des bouts de ficelle dont il est fait mention ci-dessus, sont cousus à une grosse toile que l’on fait tenir à l’ensuple, comme l’étoffe.

* Crochets de derriere le métier des étoffes de soie. On se sert aujourd’hui de cordes moyennes auxquelles on donne le nom de gancettes, parce qu’il n’est pas possible de placer des espolins avec des crochets de devant.

Ces crochets sont de moyenne grosseur, & sont attachés à un bois rond proportionné : on s’en sert lorsque la chaîne est sur sa fin, & qu’il n’y a plus rien sur l’ensuple de derriere. On commence par faire autour de ces ensuples plusieurs tours d’une grosse corde à deux bouts, à chacun desquels il y a une boucle ; on y passe les crochets, & on met la verge sur laquelle est la chaîne, dans ces crochets ; & à mesure que l’ouvrier employe sa chaîne, & qu’il roule son étoffe sur l’ensuple de devant, la corde qui est sur l’ensuple de derriere se dévide, ce qui facilite l’emploi du restant des chaînes.

Crochet, en terme de Raffineur de sucre ; c’est une verge de fer recourbée par un bout, garnie de l’autre d’une doüelle où entre son manche. Ce crochet sert à mettre des piles de formes tremper. Voyez Tremper & Formes. On met ces formes dans l’eau, la patte en en-bas ; &, pour plus grande facilité, pendant que la main de l’ouvrier conduit la tête de la pile, il la plonge doucement dans le bac, en la soûtenant avec le crochet. Voyez Bac a formes. Il y en a encore d’autres qui sont beaucoup plus courts, qui s’attachent aux deux bouts d’une corde, & servent à descendre les esquisses par les tracas. Voyez Esquisses & Tracas.

Crochet, (grand) en terme de Raffineur de sucre, ne differe du stoqueur, (voyez Stoqueur), que par un coude qu’il forme à son extrémité en se recourbant d’environ deux pouces & demi. Il sert aussi à arranger les feux sous les chaudieres, & à en tirer les mache-fers.

Crochet, en terme de Raffinerie de sucre, est une branche de fer plate, pliée à-peu-près comme une pincette, dont on se sert pour arrêter le blanchet sur les bords du panier. Voy. Blanchet & Panier a clairée.

Crochet, (Tondeur de draps.) est un morceau de fer recourbé par les deux bouts, dont les Tondeurs se servent pour attacher leurs étoffes sur les tables à tondre.

* Crochet, (Verrerie.) tringle de fer de neuf lignes de diametre, courbée & pointue par le bout, avec laquelle le foüet arrange les bouteilles dans le four à recuire. Il y a d’autres crochets dont on se sert pour mettre les pots dans le four ; ils ont sept piés & demi.

* Crochet, (Verrerie.) Il en faut trois, de peur qu’ils ne se cassent ; ils ont neuf piés & demi de longueur, onze lignes de diametre : les angles en doivent être rabattus, ce qui les met à six pans. Le grand crochet est une barre dont on se sert à l’ouvroir, pour lever & tenir le pot sur le siége, & le placer comme il convient. On verra à l’article Verrerie, l’usage des autres. Ce dernier a dix piés de long sur un pouce dix lignes d’équarrissage.