L’Encyclopédie/1re édition/MOIS

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
◄  MOIRE
MOISES  ►

MOIS, s. m. (Astronomie & Chronologie.) c’est la douzieme partie de l’année. Voyez Année.

Comme il y a différentes especes d’années, il y a aussi différentes especes de mois suivant l’astre particulier par les révolutions duquel on les détermine, & les usages particuliers auxquels on les destine, comme mois solaire, mois lunaire, mois civil, mois astronomique, &c.

Mois solaire, c’est l’espace de tems que le soleil emploie à parcourir un signe entier de l’écliptique. Voyez Soleil.

Si on a égard au vrai mouvement du soleil, les mois solaires sont inégaux, puisque le soleil est plus long-tems dans les signes d’hiver que dans ceux d’été.

Mais comme il parcourt constamment tous les douze signes en 365 j. 5h. 49′. on aura la quantité du mois moyen en divisant ce nombre par douze ; & d’après ce principe on déterminera la quantité du mois solaire de 30 j. 10h. 29′. 5″.

Les mois lunaires sont ou synodiques ou périodiques.

Le mois lunaire synodique qui s’appelle simplement mois lunaire ou lunaison, c’est l’espace de tems compris entre deux conjonctions de la lune avec le soleil, ou entre deux nouvelles lunes. Voyez Synodique & Lunaison.

La quantité du mois synodique est de 29j. 12h. 44′. 3″. 11‴. Voyez Lune.

Le mois lunaire périodique, c’est l’espace de tems dans lequel la lune fait son tour dans le zodiaque, c’est-à-dire le tems qu’elle emploie à revenir au même point du zodiaque d’où elle est partie. Voyez Périodique.

La quantité de ce mois est de 27 j. 7h. 43′. 8″.

Les anciens romains se sont servi des mois synodiques lunaires, & les ont fait alternativement de 29 & 30 jours ; ils marquoient les différens jours de chaque mois par trois termes, calendes, nones & ides. Voyez Calendes, Nones & Ides

Mois astronomique ou naturel, c’est celui qui est mesuré par quelqu’intervalle exact correspondant au mouvement du soleil ou de la lune.

Tels sont les mois lunaires & solaires dont nous avons déja parlé, sur quoi il faut remarquer que ces mois ne sont point d’usage dans la vie civile, où on demande que les mois commencent & finissent à un jour marqué ; c’est ce qui fait qu’on a recours à une autre sorte de mois.

Mois civil ou commun, c’est un intervalle d’un certain nombre entier de jours qui approche beaucoup de la quantité de quelques mois astronomiques, soit lunaires, soit solaires. Voyez Jours.

Les mois civils sont différens, suivant les différens mois astronomiques auxquels ils répondent.

Comme le mois lunaire synodique est de 29 j. 12h. 44′. 3″. 11‴, les mois lunaires civils devroient être alternativement de 29 à 30 jours, pour conserver autant qu’il seroit possible l’accord avec les vrais mois lunaires. Cependant si tous les mois étoient alternativement de 29 & de 30 jours, on négligeroit 44′. 3″. 11‴, qui au bout de 948 mois font un mois de 29 jours ; il faut ajouter à la fin de chaque 948e mois un mois de 29 jours, ou bien il faut faire, si l’on aime mieux, chaque 33e mois de 30 jours, ainsi que le 32e, parce que ces 44′. 3″. 11‴. font un jour au bout de 33 mois.

C’étoit-là le mois qui étoit d’usage civil ou commun parmi les Grecs, les Juifs & les Romains, jusqu’au tems de Jules-César.

Sous Auguste, le sixieme mois, qui jusqu’alors avoit été nommé par cette raison Sextilis, fut nommé, en l’honneur de ce prince, Augustus, & il eut dans la suite 31 jours, au lieu qu’il n’en avoit eu jusqu’alors que 30. Pour faire une compensation, on ôta un jour à Février, de façon qu’il n’eut plus que 28 jours, & à chaque quatrieme année 29, &c. Tels sont encore les mois civils ou du calendrier dont on se sert pour compter le tems en Europe. Voyez Calendrier.

Mois dracontique, voyez Dracontique.

Mois embolismique, voyez Embolismique. Chambers. (O).

Mois apostoliques, (Jurisprud.) sont les mois que les papes se sont reservés pour la collation des bénéfices dans les pays d’obédience. La regle de chancellerie de mensibus alternativâ donne au pape la collation de tous les bénéfices qui vaquent pendant huit mois de l’année, n’en conservant que quatre de libres aux collateurs ordinaires. La même regle donne six mois aux évêques en faveur de la résidence, quand ils ont accepté l’alternative.

On tient que ce furent quelques cardinaux qui projetterent cette regle des huit mois après le concile de Constance. Martin V. en fit une loi de la chancellerie ; Innocent VIII. en 1484 établit l’alternative pour les évêques en faveur de la résidence.

Chaque mois apostolique commence & finit à minuit. Voyez les lois eccléiastiq. de d’Héricourt, p. 329, & les mots Alternative, Bénéfice, Chancellerie romaine, Collateur, Collation, Pape, Regles de chancellerie. (A)

Mois militaires, en Pologne sont trois mois de l’année, ainsi nommés, parce qu’autrefois les fiefs de nomination royale qui venoient à vaquer dans le cours de ces trois mois, ne se conféroient qu’à des gens de guerre. La diete de Pologne proposa en 1752 de rétablir ces mois militaires, mais l’opposition d’un nonce rendit ce projet & plusieurs autres inutiles. Voyez le journal de Verdun de Janvier 1753, pag. 9. (A)

Mois romains sont des aides extraordinaires qui se payent à l’empereur en troupes ou en argent ; ils consistent aussi en quelques subsides ordinaires des villes impériales, en taxes de la chancellerie de l’empire ; enfin, en redevances ordinaires & extraordinaires que les Juifs sont obligés de payer à l’empereur : savoir les redevances extraordinaires à son couronnement, les redevances ordinaires tous les ans à Noël, ce qui ne forme pas des sommes fort considérables. Les fiefs de l’empire produisent aussi quelqu’argent à l’empereur pour l’investiture, mais cet argent est presque toujours tout pour les officiers qui assistent à la cérémonie. Voyez le tableau de l’empire Germanique, pag. 31. (A)

Mois philosophique, (Alchimie.) Les Alchimistes ont désigné par cette expression un tems de quarante jours, & c’est-là la durée qu’ils ont déterminée pour plusieurs opérations alchimiques, principalement des circulations & des digestions. Voyez Circulation & Digestion. (b)

Mois des Arabes. Les Arabes, depuis qu’ils ont embrassé la religion de Mahomet, partagent leur année, qui est de 355 jours, en douze mois lunaires, dont les uns ont 30 jours & les autres 29 jours. Ils donnent à ces mois les noms suivans : Moharram, Safar, le premier Rabi, le dernier Rabi, le premier Jomada, le dernier Jomada, Rajeb, Shaaban, Ramadan, Shawal, Dhulkaada & Dhulhaja. Le premier de ces mois est de 30 jours, le second est de 29, & ainsi de suite alternativement ; cependant dans les années intercalaires on ajoute un jour de plus au mois Dhulhaja, qui par ce moyen en a 30. Il n’est point permis aux Mahométans de rien changer à cet égard, & leur maniere de compter est fixée par l’alcoran. Par cette maniere de diviser l’année, dans l’espace de 33 ans le premier jour de l’année mahométane passe par les quatre saisons.

Avant la venue de Mahomet, les arabes payens avoient quatre mois dans l’année qu’ils regardoient comme sacrés, pendant lesquels toute guerre & tout acte d’hostilité cessoient ; il n’étoit pas permis durant cet intervalle de se venger de ses plus cruels ennemis, ni même de porter des armes. Cette loi s’observoit avec la plus grande exactitude, & sa violation étoit regardée comme la plus grande impiété.

Mois des Egyptiens, (Calendrier égypt.) c’est une matiere des plus obscures que celle de ce calendrier. S’il est vrai, comme le rapporte Diodore de Sicile, que les Egyptiens des premiers âges employerent des années qui n’avoient chacune qu’un seul mois ou deux ; il en résulte qu’ils ne connurent point d’année proprement dite, ni de mesure plus longue pour supputer les tems, que l’intervalle des révolutions lunaires. Une méthode si bornée désigne manifestement l’enfance du monde ; & bientôt la vissicitude des faisons dut conduire les hommes à la connoissance de quelques périodes plus longues que celle du cours de la lune : delà, cette distinction qu’on fit des saisons, qui porterent aussi le nom d’année, par exemple, les années de trois mois établies, dit-on, par l’égyptien Horus, & les années de quatre mois, dont on prétend que les auteurs furent les peuples d’Egypte : c’est par une réduction de ces sortes d’années si fort abrégées, que d’anciens écrivains, tels que Diodore, Varron & Pline, expliquent historiquement les antiquités égyptiennes, qu’on faisoit remonter à tant de milliers de siecles ; pendant que d’autres estiment que tout cet appareil chronologique cache réellement des calculs de pure astronomie.

Quoi qu’il en soit, il est démontré que l’Egypte employa dans la suite une mesure de tems plus longue & plus conforme à l’idée que nous avons de ce qu’on nomme année. Telle fut l’année en usage parmi les Hébreux à leur sortie d’Egypte, la même année sans doute que celle des naturels du pays. On voit par l’histoire sainte que les mois de cette année Judéo-égyptienne avoient pour toute dénomination celle de premier mois, second mois, ainsi du reste, jusqu’au douzieme, & Josephe suppose manifestement qu’ils étoient lunaires. D’ailleurs, comme en sait que les mois judaïques des tems postérieurs étoient reglés par le cours de la lune, on doit juger par l’attachement de la nation juive à ses usages & à ses cérémonies, que ses mois furent effectivement lunaires dès les premiers tems, & que les anciens mois égyptiens ayant été les mêmes, furent aussi pareillement lunaires. Cependant on ne peut rien établir de positif, ni sur la forme d’une pareille année, ni même sur l’année de 360 jours, que les Egyptiens employerent, selon le Syncelle, avant leur année vague de 365 jours ; & c’est avec raison à cette derniere qu’on fait ordinairement commencer l’histoire du calendrier égyptien.

Les années égyptiennes ont été l’objet du travail de plusieurs savans modernes. Scaliger & Pétau ont traité cette matiere dans leurs ouvrages chronologiques ; Golins dans ses notes sur Alfragan ; Marsham, dans son canon chronique ; Dodwel, dans un appendix ou addition à différentes dissertations ; M. Des-Vignoles, dans une piece qui est à la tête du quatrieme tome des mémoires intitulés, Miscellanea Berolinensia ; dom Martin, dans son explication de divers monumens ; & M. Averani, dans son petit livre sur les mois égyptiens, imprimé à Florence en 1731, in-4°. Nous renvoyons le lecteur à tous ces divers ouvrages qui regardent la forme des années égyptiennes : c’est assez de donner ici l’ordre des mois qui la composoient.

Premier mois, Thoth.
Second mois, Paophi.
Troisieme mois, Athyr.
Quatrieme mois, Choeac
Cinquieme mois, Tybi.
Sixieme mois, Méchir.
Septieme mois, Phamenoth.
Huitieme mois, Pharmuthi.
Neuvieme mois, Pachon.
Dixieme mois, Payni.
Onzieme mois, Epéphi.
Douzieme mois, Mesori.

Tels étoient les mois qui composoient la forme des années civiles des Egyptiens, soit de leur année vague, soit de leur année solaire, dite l’année alexandrine, soit enfin de leur année lunaire ; car ces différentes formes d’années furent toutes trois en usage pendant un certain tems dans différens cantons de l’Egypte.

L’année alexandrine, établie en l’an 336 avant Jesus-Christ, & usitée encore du tems de Pline, vers l’an 80 de l’Ere chrétienne, subsista plus de 400 ans. Voici présentement quel étoit le rapport du calendrier alexandrin avec le calendrier julien des Romains, & quel étoit dans les années communes le jour julien, qui répondoit à l’ouverture des mois alexandrins.

  Commencement des anciens mois alexandrins. Dans les années communes.
Automne. Thoth, 11 Août.
Paophi, 10 Septembre.
Athyr, 10 octobre.
 
Hiver. Chœac, 9 Novembre.
Tybi, 9 Décembre.
Méchir, 8 Janvier.
 
Printems. Phaménoth, 7 Février.
Pharmuti, 9 Mars.
Pachon, 8 Avril.
 
Été. Payni, 8 Mai.
Epéphi, 7 Juin.
Mésori, 7 Juillet.

Vers les premiers siecles de l’ere chrétienne, les peuples qui composoient la partie orientale de l’empire Romain ne s’accordoient point entr’eux dans la maniere de compter leurs années ; & parmi les peuples d’Asie, souvent une seule province avoit des calendriers différens : le cardinal Noris l’a démontré par rapport à la Syrie en particulier, dans son ouvrage intitulé, annus & epocha Syro-Macedonum. On ne doit donc pas trouver étrange si les Egyptiens, étant voisins de la Syrie, se diviserent aussi pour leurs méthodes de calendrier ; & si dans les premiers siecles de l’ere chrétienne, où ils employoient ici une année vague & là une année fixe solaire, ils se servirent ailleurs d’une troisieme sorte d’année véritablement lunaire, comme celle des Juifs & des Grecs, c’est ce qui a engagé le savant Dodwel à dresser la table du cycle egyptio-judeo-macédonien, suivant laquelle on voit l’ordre des mois égyptiens, judaïques & macédoniens, qui se répondoient uniformément. Comme cette table est essentielle pour l’intelligence de l’Histoire, il convient de la rapporter ici.

  Mois égyptiens. Mois judaïques. Mois macédon.
Automne. Thoth. Elul. Gorpiæus.
Paophi. Tifri. Hyperberetus.
Athyr. Marcheswan. Dius.
 
Hiver. Chœac. Kifleu. Appelæus.
Tybi. Tébeth. Audynœus.
Méchir. Sebath. Peritius.
 
Printems. Phaménoth. Adar. Dystrus.
Pharmuti. Nisan. Xanthique.
Pachon. Ijar. Artemisius.
 
Été. Pagni. Sivan. Dœsius.
Epéphi. Tamuz. Panémus.
Mésori. Ah. Loüs

(D. J.)

Mois des Hébreux, (Hist. sacrée.) Les Hébreux ne désignoient les mois que par l’ordre qu’ils tenoient entr’eux, le premier, le second, le troisieme, & ainsi du reste. Moïse, Josué, les juges, les rois, suivirent le même usage ; & ce n’est que depuis la captivité de Babylone que les Israëlites prirent les noms des mois des Chaldéens & des Perses, chez qui ils avoient demeuré si long-tems. Voici les noms de tous les mois des Hébreux, & l’ordre qu’ils tiennent entr’eux dans l’année sainte & dans l’année civile.


Année sainte.
Nisan, qui répond à Mars.
Ijar, Avril.
Sivan, Mai.
Thammuz, Juin.
Ab, Juillet.
Elul, Août.
Tizri, Septembre.
Marschewan, Octobre.
Casleu, Novembre.
Thebet, Décembre.
Sébat, Janvier.
Adar, Février.
Année civile.
Tizri, Septembre.
Marschewan, Octobre.
Casleu, Novembre.
Thebet, Décembre.
Sebat, Janvier.
Adar, Février.
Nisan, Mars.
Ijar, Avril.
Sivan, Mai.
Thammuz, Juin.
Ab, Juillet.
Elul, Août.

Comme les mois des Juifs étoient lunaires, ils ne pouvoient exactement répondre aux nôtres, qui sont solaires ; ainsi ils se rapportent à deux des nôtres, & enjambent de l’un dans l’autre ; & les douze mois lunaires ne faisant que 364 jours & six heures, l’année des Juifs étoit plus courte que la romaine de 12 jours. C’est pourquoi les Juifs avoient soin de trois en trois ans d’intercaler dans leur année un treizieme mois qu’ils appelloient Né-adar ou le second Adar ; & par-là leur année lunaire égaloit l’année solaire, parce qu’en 36 mois de soleil il y en a 37 de lune. (D. J.).

Mois des Grecs (Littérat. grecq.) chez les anciens Grecs, l’année étoit partagée en douze mois, qui contenoient chacun alternativement trente, ou vingt neuf jours. Mais comme les mois de trente jours précédoient toujours ceux de 29, on les nommoit pleins, πληρεις ou δεϰαφθινοι, comme finissant au dixieme jour. Les mois de vingt-neuf jours étoient appellés creux, ϰοιλοι ; & comme ils finissoient au neuvieme jour, on les nommoit ἐνναφθινοι.

Pour entendre la maniere qu’avoient les Grecs de compter les jours des mois, il faut savoir que chacun de leurs mois étoit divisé en trois décades, ou dixaines de jours, τρια δεχημερα ; la premiere décade étoit du mois commençant, μηνὸς ἀρχομένου ou ἱσταμένου ; la seconde décade étoit du-milieu du mois, μηνὸς μεσοῦντος ; la troisieme décade étoit du mois finissant, μηνὸς φθίνοντος, ou παυομένου, ou λέγοντος.

Ils nommoient le premier jour du mois νεομηνία, comme tombant sur la nouvelle lune ; ils l’appelloient aussi πρώτη ἀρχομένου, ou ἱσταμένου, parce qu’il faisoit le premier jour de la premiere décade ; le second jour se nommoit δευτέρα ἱσταμένου ; le troisieme, τρίτη ἱσταμένου, & ainsi de suite jusqu’à δεκάτη ἱσταμένου.

Le premier jour de la deuxieme décade, qui faisoit le onzieme jour du mois, s’appelloit πρώτη μησοῦντος, ou πρώτη ἐπὶ δέκα ; c’est-à-dire le premier au-dessus de la dixaine ; le second de cette même décade se nommoit δευτέρη μησοῦντος, ou δευτέρα ἐπὶ δέκα, & ainsi de suite, jusqu’à εἰκὰς, le vingtieme, qui étoit le dernier de la deuxieme décade.

Le premier jour de la troisieme décade étoit nommé πρώτη ἐπ’ εἰκάδι ; de second δευτέρα ἐπ’ εἰκάδι, & ainsi des autres.

Quelquefois ils renversoient les nombres de cette derniere décade, appellant le premier jour φθίνοντος δεκάτη, le second φθίνοντος ἐννάτη, le troisieme φθίνοντος ὀγδόη, & ainsi de suite jusqu’au dernier jour du mois, qui se nommoit δημητριὰς, en l’honneur de Démétrius Poliorcete, Avant le regne de ce prince, & en particulier du tems de Solon, on appelloit le dernier jour du mois ἔνη καὶ νέα, le vieux & le nouveau, parce que la nouvelle lune arrivant alors, une partie de ce jour tomboit sur la vieille lune, & l’autre partie sur la nouvelle. On le nommoit encore τριακὸς, le trentieme ; & cela non-seulement dans les mois de trente jours, mais aussi dans ceux de vingt-neuf. A l’égard de ces derniers, on ne comptoit pas le vingt-deux, &, selon d’autres, le vingt-neuf, mais on comptoit toujours constamment le trentieme ; ainsi, conformément au plan de Thalès, tous les mois étoient nommés mois de trente jours, quoique par le réglement de Solon, la moitié des mois n’avoit que vingt-neuf jours. De cette maniere l’année lunaire des Athéniens s’appelloit une année de 360 jours, quoique réellement elle en eût seulement 354.

Comme les noms des mois étoient différens dans les différentes parties de la Grece, & que nous n’avons de calendriers complets que ceux d’Athènes & de Macédoine, c’est assez de considérer ici les mois athéniens, en mentionnant simplement ceux de quelques autres grecs qui leur répondent.

Hecatombœon étoit le premier mois de l’année athénienne ; il commençoit à la nouvelle lune, après le solstice d’été, & répondoit, suivant le calcul du savant Potter, à la fin de notre mois de Juin & au commencement de Juillet. Il avoit trente jours, & s’appelloit par les Béotiens Hippodromus, & par les Macédoniens Loüs ; son ancien nom étoit Cronius.

2°. Metagienion, second mois de l’année athénienne, qui répondoit à la fin de Juillet & au commencement d’Août. Il n’avoit que vingt-neuf jours, & étoit appellé par les Béotiens Panémus, & par le peuple de Syracuse, Carnius.

3°. Boédromion étoit le troisieme mois de l’année athénienne. Il contenoit trente jours, & répondoit à la fin de notre mois d’Août & au commencement de Septembre.

4°. Moemacterion, quatrieme mois de l’année des Athéniens, étoit composé de vingt-neuf jours. Il répondoit à la fin de notre mois de Septembre & au commencement d’Octobre. Les Béotiens le nommoient Alalcomenéus.

5°. Pianepsion étoit le cinquieme mois de l’année des Atheniens. Il avoit trente jours, & répondoit à la fin de notre Octobre & au commencement de Novembre. Il étoit appellé par les Béotiens Damatrius.

6°. Anthesterion étoit le sixieme mois de l’année athénienne. Il répondoit à la fin de notre mois de Novembre & au commencement de Décembre Il avoit vingt-neuf jours. Les Macédoniens le nommoient Dœsion.

7°. Posideon, septieme mois de l’année athénienne, répondant à la fin de Décembre & au commencement de Janvier, & contenant trente jours.

8°. Gamélion étoit le huitieme mois de l’année des Athéniens. Il répondoit en partie à la fin de notre Janvier, en partie au commencement de Février, & il n’avoit que vingt-neufs jours.

9°. Elaphébolion faisoit le neuvieme mois de l’année athénienne. Il étoit de trente jours & répondoit à la fin de Février, ainsi qu’au commencement de Mars.

10°. Munychion, dixieme mois de l’année des Athéniens. Il étoit de vingt-neuf jours, & répondoit à la fin de Mars & au commencement d’Avril.

11°. Thargelion faisoit le onzieme mois de l’année des Athéniens. Il répondoit à la fin de notre mois d’Avril & au commencement de Mai. Il avoit 30 jours.

12°. Scirrophorion étoit le nom du douzieme & dernier mois de l’année des Athéniens. Il étoit composé de vingt-neufs jours, & répondoit en partie à la fin de Mai, & en partie au commencement de Juin.

Telle est la réduction du calendrier attique au nôtre, d’après M. Potter ; & je l’ai pris pour mon guide, parce qu’il m’a paru avoir examiné ce sujet avec le plus de soin & d’exactitude. Le P. Pétau dispose bien différemment les douze mois des Athéniens. Il en met trois pour l’automne ; savoir, Hécatombeon, Métageitnion & Boëdromion, Septembre, Octobre, Novembre ; trois pour l’hiver, Mémactérion, Pyanepsion & Posideon, Décembre, Janvier, Février ; trois pour le printems, Gamelion, Anthesterion & Elaphébolion, Mars, Avril, Mai ; & trois pour l’été, Munychion, Thargelion, Scirrophorion, Juin, Juillet & Août.

Mais quelque respect que j’aie pour tous les savans qui ont entrepris d’arranger le calendrier des Athéniens avec le nôtre, je suis persuadé que la chose est impossible, par la raison que les mois des Grecs étant lunaires, ils ne peuvent répondre avec la même justesse à nos mois solaires ; c’est pourquoi je pense qu’en traduisant les anciens auteurs, il vaut mieux retenir dans nos traductions les noms propres de leurs mois, que de suivre aucun système, en les ajustant pour sûr mal ou faussement avec notre calendrier romain.

Je sai tout ce qu’on peut objecter contre mon sentiment. On dira qu’il vaut mieux être moins exact, que d’épouvanter la plus grande partie des lecteurs par des mots étrangers auxquels ils ne sont point accoutumés ; car, quelles oreilles françoises ne seroient effrayées des mois nommés Pyanepsion, Posidéon, Gamélion, Anthesterion ? &c. On ajoutera que hasarder des termes si difficiles à articuler, c’est faire naître dans l’esprit des lecteurs des diversions désagréables, & leur faire porter sur des mots une partie de l’attention qu’ils doivent aux choses. Mais toutes ces raisons ne sont pas assez fortes pour me faire changer d’avis ; je ne crois pas que par trop d’égard pour une fausse délicatesse, on doive commettre volontairement une sorte d’anacronisme, & user de noms postérieurs aux Grecs qu’on fait parler françois. J’ai du moins pour moi l’exemple de M. d’Ablancourt, qui dans la traduction de Thucydide, emploie cruement le nom des mois grecs. On ne peut pas dire que ce savant homme a pris ce parti sans réflexion ; car en cela même il se retractoit, puisqu’il avoit pratiqué le contraire dans ses ouvrages précédens. Je n’affectionne point pédantesquement des termes d’un vieux calendrier conçu en langue barbare pour bien des gens ; mon oreille est peut-être aussi délicate que celle de ceux qui se piquent d’avoir du goût ; aussi le nom françois de chaque mois me plairoit bien mieux que le nom grec ; mais aucune complaisance vicieuse ne doit obtenir d’un traducteur qu’il induise sciemment en erreur, & qu’il emploie des noms affectés aux mois romains & solaires, qui n’ont aucun rapport avec les mois attiques & lunaires.

Le P. Pétau s’ést persuadé que les douze mois macédoniens répondoient aux mois d’Athènes à-peu-près de la maniere suivante : pour l’automne, Gorpiœus, Hyperberetœus, Dius ; pour l’hiver, Appellœus, Audinœus, Loüs ; pour le printems, Dyrtrus, Xanticus, Artemisius ; & pour l’été, Dœsius, Panemus & Peritius : mais si Philippe Macédonien & Plutarque prétendent, l’un que le mois Loüs répondoit au mois Boëdromion, & l’autre au mois Hécatombœon, comment un moderne peut-il oser ajuster les douze mois macédoniens, je ne dis pas aux nôtres, mais même aux mois attiques ?

Quant à ce qui regarde les mois des Corinthiens, les anciens monumens ne nous ont conservés que les noms de quelques uns.

Nous n’avons aussi que quatre mois du calendrier de Béotie, & cinq du calendrier de Lacédémone. (D. J.)

Mois des Romains, (Calendrier romain.) les moi des Romains gardent encore les mêmes noms qu’ils avoient autrefois. Le mois de Janvier, Januarius, qui commence l’année, fut ainsi nommé de Janus, dieu du tems ; Février, de la fête Februale, parce qu’il y avoit dans ce mois une purification de tout le peuple. Le mois de Mars prend son nom du dieu Mars auquel il étoit consacré. Avril vient du mot latin aperire, qui veut dire ouvrir, parce que c’est dans ce mois que la terre ouvre son sein pour produire toutes les plantes. D’autres le tirent d’un mot grec qui signifie Vénus, parce que Romulus l’avoit consacré à cette déesse, en qualité de fondatrice de l’empire romain par Enée. Le mois de Mai avoit reçu ce nom en l’honneur des jeunes gens, ou, selon quelques uns, à cause de Maia, mere de Mercure, & selon d’autres, en considération de la déesse Majesta, que l’on disoit fille de l’Honneur. Le mois de Juin tiroit son nom de Junon, ce qui a fait que quelques peuples du Latium l’ont appellé Junonius, Juniales. Le mois de Juillet qu’on nommoit le cinquieme mois, quintilis, parce qu’il est le cinquieme en commençant par Mars, porta le nom de Juillet, Julius, en l’honneur de Jules-César, comme le mois d’Août, sextilis, sixieme mois, fut appellé Augustus, à cause de l’empereur Auguste. Les autres mois ont conservé le nom du rang qu’ils avoient quand le mois de Mars étoit le premier de l’année : ainsi, Septembre, Octobre, Novembre & Décembre, ne signifioient autre chose, que le septieme, huitieme, neuvieme & dixieme mois. Dans la suite des tems, les Romains, pour faire leur cour aux empereurs, ajoutoient au nom de ces mois celui de l’empereur régnant, comme Septembre-Tibere, Octobre-Livie, en l’honneur de Tibere & de Livie sa mere. Les mêmes mois eurent aussi les noms de Germanicus, Domitianus, &c. L’empereur Commode donna même à tous les mois différens noms qu’il avoit tirés des surnoms qu’il portoit ; mais ces noms furent abolis après la mort de ce prince. On divisoit les mois en calendes, nones & ides. Voyez ces trois mots & l’article An. (D. J.)

Mois, pl. m. (Médec.) terme vulgaire pour signifier cet écoulement périodique des femmes, que les médecins nomment flux menstruel. Les femmes ont je ne sai combien d’autres termes de mode, moins propres que celui-ci, mais que tout le monde entend, & qu’elles emploient pour désigner l’indisposition réguliere à laquelle la nature les a soumises pendant une partie de leur vie. (D. J.)

Mois de Campagne, (Art. milit.) c’est dans les troupes un mois de quarante cinq jours. Les appointemens que le roi paye aux officiers généraux employés à l’armée, aux brigadiers, &c. de ses troupes, sont fixés pour des mois de cette espece.