L’Image du monde

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Texte établi par O. H. Prior, Librairie Payot & Cie (p. --tdm).


L’IMAGE DU MONDE

L’IMAGE DU MONDE

DE MAITRE GOSSOUIN

Rédaction en prose.

Texte du Manuscrit de la Bibliothèque Nationale

Fonds Français N° 574

Avec corrections d’après d’autres manuscrits

Notes et Introduction

par

O. H. PRIOR

Docteur es lettres.

LAUSANNE et PARIS

LIBRAIRIE PAYOT & Cie

1913

INTRODUCTION


Les œuvres didactiques du moyen âge en France, quoique très nombreuses, s’exposent en général à une critique inévitable : le sujet dont elles traitent est d’ordinaire trop restreint. Le grand Lapidaire de Marbode, le Bestiaire de Philippe de Thaon s’occupent d’histoire naturelle. Il y a les ouvrages qui traitent d’Astronomie, de Physique ou de Géographie. Dans la plupart, le sujet, tout en s’y prêtant fort peu, donne lieu à des moralisations à perte de vue : le traité scientifique sert de prétexte au traité religieux.

Mais les ouvrages d’ensemble en langue vulgaire sont rares : chose d’ailleurs assez naturelle, car, l’étude approfondie des sciences étant réservée aux clercs, ces encyclopédies étaient écrites en latin. C’est ainsi que nous possédons les grands ouvrages de Neckam, d’Albert le Grand, de Vincent de Beauvais.

Il y avait donc place au XIIIme siècle pour une œuvre contenant, sous une forme à la portée de tous, la somme des connaissances du temps.

Cette place, l’Image du Monde l’a remplie.

Il est inutile de discuter la valeur scientifique de cet ouvrage : à notre point de vue, il n’a qu’un intérêt historique. Mais certainement, dès son début, il a répondu à un besoin général. Le nombre d’éditions[1] en français, le nombre de traductions, les plagiats même, tout nous le prouve.

Contant d’Orville[2] définit l’Image du Monde comme un ouvrage écrit au moyen âge pour amuser les dames : il n’en a guère compris la valeur au XIIIme siècle.

L’auteur a su donner à ses contemporains un aperçu complet des sciences. Il traite de cosmogonie et de théologie sans que son ouvrage soit une simple traduction de sources latines ; mais on peut y reconnaître néanmoins l’influence directe des théologiens de l’époque. Nous retrouvons la trace de plus d’un auteur bien connu dans la partie géographique ; et l’œuvre se termine par un traité d’astronomie très simple et très clair dont les écrivains classiques ont fourni la base.

Pour être à même de faire usage de sources si variées, l’auteur devait se trouver dans un centre favorable à ses travaux.

Au XIIIme siècle, Metz était un vrai milieu intellectuel : on y cultivait les sciences et les arts ; les maisons religieuses y étaient nombreuses et florissantes ; des sociétés s’y formaient pour la lecture de la Bible[3]. Tout pouvait aider à la composition d’un ouvrage encyclopédique.

Les preuves ne nous manquent pas que là fut composée et écrite l’Image du Monde.

Une étude des rimes a permis à Haase[4] de constater l’emploi du dialecte lorrain par l’auteur.

Celui-ci montre de plus une connaissance intime des environs de Metz. Il parle des salines de Vic[5] et des bains de Plombières[6]. Il écrit à la suite d’une vie de saint Brandan[7] :

A Saint Ernol, une abeïe
De moines noirs qu’est establie
Droit devant Mez en Loherraine,
Trovai ceste istoire ancienne[8].

De nos jours, le succès d’un ouvrage se juge par le nombre de ses éditions ; nous n’avons aucune raison de douter qu’il en fût de même au moyen âge. Comme nous l’avons dit, l’Image du Monde répondait à un besoin ; aussi les rédactions se succédèrent.

Première rédaction en vers. — En 1246[9] a été composée la première rédaction de 6594 vers. Nous en connaissons 53 manuscrits[10]. Presque tous possèdent les deux traits distinctifs suivants : Le texte est divisé en trois livres ; la date est répétée deux fois, au vers 6124, et au vers 6584.

Date de la première rédaction. — L’auteur est même plus précis dans ce dernier cas ; il a, nous dit-il, terminé son travail le six janvier :

En l’an de l’incarnation
As rois a l’aparition
M.CCXLV. anz
Fu premiers parfaiz cist romanz[11].

Des différences de dates dans certains manuscrits s’expliquent par des erreurs de copiste. Ainsi au vers

M.CCXXV. anz[12]


il manque deux syllabes : c’est une simple bévue qu’aucun argument ne saurait justifier. Les dates 1246[13], 1247[14]d’autres manuscrits ne se trouvent qu’au vers 6124, et sont corrigées par le vers 6584.

De tout temps, les scribes ont attaché peu d’importance aux chiffres. Sauf les noms propres, rien n’est plus variable, dans les manuscrits, que les dates et les calculs. Dans ce cas-ci la mesure du vers est venue à notre aide ; mais plus tard, lorsqu’il s’agira de mesurer les distances, nous aurons à surmonter des obstacles bien plus sérieux, presque chaque manuscrit offrant une leçon différente.

Certaines informations nous aident à confirmer la date, 1246[15]. Les passages suivants sont instructifs à cet égard.

Le premier se trouve f° 25 d de notre édition :

Si resont en France unes autres gens qui en nostre tens i (en la cité de Paris) sont venu. Ce sont freres meneur et jacobins.

Les Dominicains (fratres majores) ne reçurent le nom de « jacobins » qu’en 1218, époque où ils s’établirent dans une maison de la rue Saint Jacques[16].

Dans un second passage qui fait partie d’un manuscrit de Londres[17], l’ouvrage est dédié au comte Robert d’Artois, frère de saint Louis, qui fut tué à la bataille de Mansourah le 8 février 1250.

Voilà donc la composition de l’Image fixée à une date entre 1218 et 1250, soit dans la première moitié du siècle.

Enfin par un calcul basé sur 1245, l’auteur lui-même nous permet de vérifier ses renseignements. Pour nous donner une idée de la distance du ciel à la terre, il écrit[18] :

Si li premiers que Diex fist onques, ce fu Adam, i (i. e. au ciel) fust touz jours alez dès lors qu’i fu premierement faiz et criez, et fust alez .XXV. milles chascun jour, ne fust il pas enquores la ; ainz eüst enquores a aler par .VII.C. et .XIII. anz, dès lors qu’Adans li premiers hons fu faiz, quant premierement fu parfaiz cis livres : ce fu a l’Aparition, en l’an .M.CC.XLV. anz.

Comme nous le prouvons plus loin[19], le calcul est parfaitement correct et confirme la date, 1245 (v. s.).

Seconde rédaction en vers. — Après un intervalle de deux ans à peine, en 1248[20], une seconde rédaction refondue est composée, augmentée d’environ quatre mille vers, et divisée en deux parties seulement. Fant en a fait une étude spéciale. Nous en connaissons dix-neuf manuscrits[21] qui tous contiennent, après une Vie de saint Brandan, les vers suivants :

En .IX. jorz de marz l’ai parfait
Mil .CC. anz .XL. et .VII.

Date de la seconde rédaction. — Comme on le voit, la date est ici confirmée par les nécessités de la rime. L’auteur n’hésite pourtant pas à répéter à la fin de son ouvrage le vers du poème original :

Mil .CC. XLV ans.

Théorie de Langlois sur les dates de l’Image du Monde. — Jusqu’ici les dates de l’Image du Monde n’ont paru offrir aucune difficulté. Mais dernièrement Langlois, dans son ouvrage sur la Connaissance de la nature au moyen âge, a proposé une théorie qui complique singulièrement les choses.

Cette théorie est basée sur le prologue exceptionnel du manuscrit Harley 4333, et plus particulièrement sur le passage suivant :

Fo 1 a.En l’an de l’Incarnacion
Jhesu, nostre redemption,
mil .CC. ans qarante sis
fui d’un livre faire pensis
de tote l’ymage del monde [22].

Selon Langlois (o. c. p. 62), la date 1246 (v. s) se rapporte à la première rédaction qui a été terminée le 6 janvier 1247 (v. s.) ; la date de la seconde rédaction est inconnue, et de même celle du manuscrit Harley.

Le savant critique admet que la leçon 1245 est fortement garantie par la grande majorité des manuscrits et par l’explicit des manuscrits de toutes les rédactions. Cependant il écarte cette date pour la seule et unique raison que Harley mentionne 1246 comme étant l’époque où le plan de l’Image du Monde lui est venu à l’esprit [23].

Il paraît pourtant évident que le vers cité (fui d’un livre faire pensis) se rapporte simplement à la rédaction du manuscrit Harley lui-même qui diffère tellement, soit comme plan, soit comme matière, de la première rédaction.

Langlois [24] attribue l’explicit commun à tous les manuscrits de toutes les rédactions à un simple copiste dont l’influence a conduit à contaminer la vraie date, 1247, au ch. 17 du livre III, et sur ce point il cite Fant[25]. Le critique suédois n’exprime cependant aucun doute sur la date, 1245 (v. s.).

Quant au copiste, auteur supposé de l’explicit, c’est gratuitement que Langlois l’accuse d’avoir mal lu son original et d’avoir mis 1245 au lieu de 1247.

D’ailleurs nous nous expliquons mal pourquoi les copistes des manuscrits de la première rédaction seule se seraient laissé influencer par cette date, 1245, au point de l’introduire au ch. 17, tandis que ceux de la seconde rédaction, apparemment plus rétifs, maintiennent 1247 dans le texte, et 1245 à l’explicit[26]

Enfin, selon Langlois (o. c. p. 59), la date si précise du 9 mars (1247), qui se trouve dans Harley 4333 aussi bien que dans les autres manuscrits de la seconde rédaction, ne doit s’appliquer qu’au long fragment de 1740 vers sur les voyages de saint Brandan. Cette conjecture n’enlève pas sa valeur à la date 1247.

En résumé la théorie de Langlois peut paraître séduisante ; mais pour l’admettre il faut 1° nier sans raison sérieuse la date 1245 (v. s.), 2° faire preuve d’incrédulité en repoussant le témoignage de tous les manuscrits de toutes les rédactions, à quelques exceptions près, et 3° refuser d’admettre les calculs mêmes de l’auteur qui confirment la date 1245.

De nos arguments précédents, les conclusions correctes se dégagent, semble-t-il, d’elles-mêmes : 1° L’auteur de l’Image du Monde termine sa première rédaction le six janvier 1245 (v. s.). — 2° Il conçoit l’idée d’une seconde rédaction refondue et considérablement augmentée en 1246 (v. s.). — 3° Il en termine en 1247 (v. s.) une rédaction intermédiaire qui nous est connue par le manuscrit Harley 4333. — 4° Comme résultat de ses voyages en Sicile et en Syrie, il ajoute quelques passages à son ouvrage et produit ainsi la seconde rédaction complète : celle-ci a vu le jour après la composition du manuscrit Harley.

Rédaction en prose. — Comme ouvrage d’éducation l’Image du Monde en vers devait avoir un grand avantage : sa forme même était une aide à la mémoire.

Nous sommes donc étonnés de voir paraître une troisième rédaction, cette fois-ci en prose. Toutefois le succès a justifié l’auteur : c’est cette dernière version qui a été traduite en différentes langues ; le premier livre illustré imprimé en Angleterre, c’est l’Image du Monde en prose ; et c’est elle enfin dont nous offrons l’édition.

Date de la rédaction en prose. — Neubauer[27], décrivant les manuscrits hébraïques de l’Image, en vient à la conclusion que la traduction a été faite d’après un manuscrit en prose, vers 1280, c’est-à-dire quelques années seulement après la composition du manuscrit original de 1246 (n. s.).

La question de la date de notre rédaction en prose est si intimement liée à celle de l’auteur qu’il est impossible de les séparer. Nous devons donc anticiper en partie sur un chapitre à venir pour prouver la thèse suivante : La rédaction en prose a été composée, peut-être en 1246 (n. s.) mais certainement avant la seconde rédaction complète, par l’auteur même de la première rédaction en vers.

Notre opinion est basée sur les faits suivants :

I. Trois des manuscrits de la rédaction en prose donnent le nom de l’auteur ; le seul manuscrit de la première rédaction en vers qui soit signé nous donne le même nom.

II. Le chapitre sept de la seconde partie de l’Image est traduit littéralement d’un chapitre correspondant de Jacques de Vitry[28] ; l’ordre même des matières est maintenu.

Mais dans la rédaction en vers il manque un passage qui évidemment a paru obscur au traducteur. Dans la rédaction en prose, au contraire, ce passage est traduit[29], mais d’une manière absolument inintelligible.

Nous en concluons que l’auteur des deux rédactions (i. e. la première rédaction en vers et la rédaction en prose) est le même, car il est peu probable qu’un remanieur quelconque se fût donné la peine de trouver la source du chapitre et de le compléter en traduisant de son mieux le passage omis dans la première rédaction. Mais pour l’auteur de l’original le cas est différent : son chapitre n’est pas complet ; il y manque un passage, peu important il est vrai, dont la difficulté lui a paru insurmontable en composant sa première rédaction ; sa vanité de traducteur est en jeu ; il se décide à introduire le paragraphe dans sa rédaction en prose : avec quel succès, nous l’avons vu.

Ajoutons qu’il s’agit ici d’une hypothèse dont le contraire est également soutenable : le passage pourrait s’être trouvé dans l’original et avoir été supprimé par un premier copiste. Il est évident que les deux points de vue ont une valeur absolument égale en tant qu’ils reposent tous deux sur une supposition.

Il n’y a rien d’étonnant à ce que le passage manque aussi dans la seconde rédaction en vers. Car si l’auteur des deux rédactions en vers est le même[30], il a dû réaliser son impuissance à rendre le passage d’une manière intelligible et l’avoir par conséquent définitivement omis ; ou bien l’auteur de la seconde rédaction en vers n’est pas le même que celui de la première, et dans ce cas il n’a pas eu à se préoccuper d’un passage qui ne se trouvait pas dans son original.

III. L’original de la rédaction en prose a été écrit en Lorraine, tout comme celui de la rédaction en vers[31] : dans le texte de tous les principaux manuscrits nous trouvons des traces du dialecte lorrain, traces qui doivent être dues à l’auteur même, puisqu’elles se retrouvent dans les manuscrits dont le copiste emploie un dialecte différent.

IV. Enfin, la rédaction en prose est antérieure à la seconde rédaction complète, car il n’y est pas fait mention des voyages de l’auteur en Sicile et en Syrie.

En résumé, nous voyons que l’auteur de la rédaction en prose signe son ouvrage du même nom que celui de la première rédaction en vers, qu’il emploie le même dialecte, qu’il se sert des mêmes sources, qu’il complète même un chapitre par la traduction peu réussie d’un passage sans importance et obscur pour lui, et qu’enfin il ne fait aucune mention de voyages en Sicile et en Syrie, trait si frappant de la seconde rédaction complète.

Nous appuyant sur les faits précédents, nous pouvons, semble-t-il, admettre l’identité de l’auteur de la première rédaction en vers et de la rédaction en prose, et fixer la date de cette dernière à une époque entre 1246 et la composition de la seconde rédaction.

Il n’y a même aucun argument sérieux contre l’adoption de la date mentionnée dans tous les manuscrits en prose : 1245 (v. s.). La tâche de l’auteur n’aurait certes pas été impossible : Caxton qui a traduit l’Image en anglais nous informe qu’il a commencé son ouvrage le 2 janvier 1480 et qu’il l’a terminé le 8 mars de la même année[32]. Le dérimeur français n’a guère dû prendre plus longtemps à compléter sa tâche que le traducteur anglais. Ainsi notre auteur a aisément pu remanier son ouvrage entre le 6 janvier 1246 et la fin de cette même année.

Rédaction en prose et première rédaction en vers. (Leur étroite parenté.) — Sous un rapport surtout la rédaction en prose nous est précieuse : elle est absolument calquée sur la première rédaction en vers. Elle est divisée en trois parties ; elle répète, comme d’ordinaire, à deux reprises, la date 1245 (v. s.). La reproduction du texte rimé est si fidèle que souvent les rimes mêmes sont conservées, et nous n’avons aucune difficulté à reformer les vers.

Cela seul fait de la rédaction en prose un instrument indispensable, à défaut du manuscrit original en vers, pour une reconstitution parfaite du poème.

Une comparaison des passages suivants montrera le peu de différence qu’il y a entre les deux versions, et prouvera de plus, s’il y a jamais eu du doute à cet égard, l’antériorité de la première rédaction en vers. Les rimes que l’on retrouve partout, à chaque page même, de la rédaction en prose nous fournissent une preuve évidemment irréfutable : une simple coïncidence ne saurait expliquer un phénomène pareil.

Manuscrit de la première rédaction.
Prose, folio 119 D.

Et fu de petite estature
Le dos corbe un po par nature ;

Et fu de petite estature et un poi courbés le dos par droite nature.

Et aloit la teste baissant,
Adès vers terre regardant [33].

Et aloit la teste baissant et regardant devers terre.

....Mais les gens d’ore
Pansent ore plus a autre afaire
Por lor lasses piax grasses faire,
Que si tost vont a porriture,
Por lor vilaine norriture
Qui les livre a honteus essil.
Ensi ne faisoient pas cil,
Car ne querroient fors mangier
Tant qu’il peüsent alegier
Lor faim, por lor cors sostenir
Et lor vie en santé tenir [34].

Mès les genz qui orendroit sont pensent plus a leur lasses pances emplir et engressier, qui si tost viennent a pourreture, por leur norreture vilaine qui les livre a painne et a honte. Cil ne faisoient pas ainsi, car il ne queroient menger fors seulement qu’il peüsent alegier leur fain, pour leur cors soutenir et tenir en santé [35].

Comme on le voit, le procédé de l’auteur est fort simple : il change à peine les mots, les rimes se retrouvent presque toujours intactes. Mais les inversions disparaissent ; quelques mots ajoutés donnent à la phrase l’apparence voulue de la prose, tout comme dans le temps un emploi judicieux de chevilles servait à bâtir nos vers latins.

Disons-le : l’Image du Monde n’a rien gagné à ce changement, et, quelle que soit la valeur du poème, nous ne réclamons pas une place bien élevée pour ce dernier remaniement, dans la littérature française, même dans celle du moyen âge. L’auteur s’est montré purement et simplement un éducateur, mais non pas un styliste.

Dans ce cas, dira-t-on, pourquoi ne pas s’en tenir à une édition du poème ? La réponse est facile : la supériorité littéraire de la rédaction en vers est plus que compensée par l’importance historique de la version en prose ; car c’est par celle-ci que nous nous trouvons rattachés directement à une des époques les plus intéressantes de la littérature anglaise : l’époque de Caxton et de l’introduction de l’imprimerie.

La version anglaise. — En 1480 Caxton traduisit l’Image du Monde en anglais, et l’imprima à Westminster en y ajoutant des gravures sur bois, chose inconnue en Angleterre jusqu’alors.

Grâce à de fréquents séjours à Bruges, le célèbre imprimeur avait acquis une connaissance parfaite de la langue française. Son choix de l’Image prouve l’importance de notre encyclopédie, même à cette époque. Cet ouvrage obtint en Angleterre autant de succès qu’en France. Caxton lui-même en a publié deux éditions [36]. Un certain Lawrence Andrewe en fit paraître une troisième à Londres en 1527.

Imprimés français. — La rédaction française en prose a aussi été imprimée deux fois à Paris : par Michel le Noir en 1501, et par Alain Lotrian en 1520. Toutes ces éditions sont rares et ont une grande valeur [37].

Traductions hébraïques. — Outre la traduction en anglais, on connaît une version de l’Image en judéo-allemand, et deux en hébreu qui diffèrent sous certains rapports.

Neubauer [38] suppose que la traduction hébraïque a été faite en 1273 à Malines par un Juif, Hagins, qui est peut-être le même que Haginus Deulecret, grand-rabbin de Londres, où les Juifs français étaient nombreux.

Plagiat. — À titre de curiosité, mentionnons aussi le Mirouer du Monde [39], plagiat imprimé à Genève en 1517 [40] chez Jaques Vivian. Un certain François Buffereau, natif de Vendôme, après avoir légèrement altéré le commencement et la fin de l’Image et un peu rajeuni la langue, fit imprimer sous son nom la rédaction en vers qu’il prétend avoir commencée en 1514 et finie en 1516 au château de Divonne.

Il augmenta ainsi la liste des candidats au titre d’auteur de notre encyclopédie.

L’auteur. — Laissant de côté notre plagiaire, nous nous trouvons en présence de trois noms : Omons, Gauthier de Metz et Gossouin, dont aucun n’a laissé d’autre trace dans la littérature.

Cette question a été fréquemment traitée, entre autres par Fant, et plus récemment par Langlois. Leurs conclusions sont en grande partie les mêmes et sont maintenant généralement admises.

Omons. — Des trois noms mentionnés, celui d’Omons a été écarté d’emblée par tous les critiques. Il s’agit là seulement d’un scribe qui a peut-être aussi composé un volucraire de médiocre valeur.

Ce nom ne paraît qu’une fois, dans un manuscrit de la première rédaction [41] où se trouve le volucraire en question, écrit de la même main, et signé aussi du même nom, Omons.

Gauthier de Metz. — Gauthier de Metz a, jusqu’à présent, réuni le plus grand nombre de suffrages. Il est donc à propos d’examiner ses titres, car les histoires contemporaines de la littérature française lui attribuent toutes sans exception la composition de l’Image. Elles ont, il est vrai, en leur faveur, toute l’autorité littéraire de P. Meyer.

Le nom n’est mentionné que dans une seule copie de l’encyclopédie : le manuscrit Ducange, autrefois connu de Dom Calmet [42], et retrouvé par P. Meyer dans la bibliothèque Phillipps à Cheltenham [43] :

Le passage où se trouve cette mention importante est ainsi conçu :

Che sont les materes qui
sont contenues en cest
livre qui est appelés
le Mapemonde ; si le

fist maistre Gautiers
de Mies en Lorraine, uns
trés boins phyllosophes.

Le manuscrit contient tous les remaniements, toutes les additions, telles que la vie de saint Brandan, distinctives de la seconde rédaction complète. Il est divisé en deux parties, comme on pouvait s’y attendre, et ne se nomme plus l’Image du Monde mais le Mapemonde. Le prologue est tout à fait particulier à ce manuscrit, et la conclusion celle propre à la première rédaction. Mais, à part ces quelques lignes, il est indiscutable que le texte entier est celui de la seconde rédaction.

En résumé, les droits de Gauthier reposent sur ce seul manuscrit de la seconde rédaction qui, ayant appartenu à Ducange, vu par Dom Cal met, semble avoir attiré plus d’attention qu’aucun autre et avoir créé ainsi de véritables droits d’auteur en faveur de Gauthier. Voilà ses titres. Comparons-les maintenant à ceux de Gossouin.

Gossouin. — Tout d’abord nous voyons là un bon nom germanique, tout comme celui de Gauthier, dont la présence en Lorraine n’aurait rien d’étonnant. Même à Bruges, au XVme siècle, on trouve un scribe nommé Gossein établi au-dessus du porche de Saint Donat.

Le nom nous est parvenu sous quatre formes différentes, mais où l’on peut, sans difficulté, reconnaître une origine commune : Gossouin, Gossonin, Gosson, Gosoyn. Comme le dit V. Le Clerc lui-même [44], les erreurs de copistes sont fréquentes, surtout dans le cas des noms propres, et ces variations n’ont rien d’extraordinaire.

Gosoyn est indiqué comme auteur dans un manuscrit apparemment égaré de nos jours, mais vu par V. Le Clerc, qui nous fournit ainsi un de nos plus précieux arguments. Il est à propos de reproduire ici, in extenso, ce paragraphe important de son article sur l’Image du Monde :

« Un manuscrit in-folio, qui nous a été communiqué à Paris, mais qui ne s’y trouve plus, composé au XIVme siècle, de quarante-trois feuillets de parchemin à deux colonnes, la plupart d’une quarantaine de vers, conserve dans les derniers la date 1245, quoiqu’il porte, au chap. 17 du troisième livre, celle de 1247. Mais nous devons remarquer surtout que, des copies en vers que nous avons pu voir, c’est la seule qui soit précédée de cette suscription : « Ci commencent li chapitre du romanz maistre Gosoyn, qui est apelez ymage du monde. » Le style y est rajeuni et le sens quelquefois altéré. »

Les détails sont précis et définitifs : le manuscrit contient entre six et sept mille vers, il est divisé en trois parties, la date est répétée au chap. 17, livre trois, et à la fin [45] : ce ne peut être qu’un manuscrit de la première rédaction. La date 1247 au chap. 17 ne saurait diminuer la valeur des faits : dans deux manuscrits [46] de la première rédaction la même erreur se retrouve.

Les trois autres manuscrits où le nom de l’auteur est indiqué appartiennent tous à la rédaction en prose, dont la proche parenté avec la première rédaction a été démontrée plus haut [47] ; ce sont : Bibl. Nat. fr. 574, qui donne Gossouin ; fr. 25344, Gossonin ; Bruxelles, Bibl. Roy. 9822, Gosson.

D’autre part, la seconde rédaction en vers est, sous beaucoup de rapports, un ouvrage absolument distinct et original.

Les arguments en faveur de Gossouin semblent être concluants. Nous n’hésitons pas à mettre son nom en tête de la rédaction en prose, choisissant, de préférence aux autres, la forme indiquée par le manuscrit dont nous offrons le texte.

Nous sommes persuadé qu’il a, de même, droit au titre d’auteur de la première rédaction en vers : le manuscrit vu par Le Clerc constitue un argument irréfutable qui confirme la théorie de l’identité de l’auteur de la première rédaction en vers et de celle en prose.

L’auteur de la seconde rédaction en vers. — La question reste ouverte quant à la seconde rédaction. Si nous y voyons, comme P. Meyer, une rédaction remaniée par l’auteur lui-même, nous devrons admettre une erreur de copiste [48] dans le manuscrit Phillipps [49].

Si, au contraire, la seconde rédaction forme un ouvrage séparé, original, Gauthier de Metz peut parfaitement en être l’auteur. Car, à tout prendre, l’argument que Gossouin est l’auteur de la première rédaction, et Gauthier celui de la seconde, n’est pas aussi improbable qu’il peut le paraître à première vue.

Langlois [50] trouve ridicule qu’on s’imagine deux auteurs tous deux lorrains, tous deux messins, tous deux parlant la même langue [51] ! Pourtant il s’agit là d’un simple syllogisme, et, l’origine messine des deux rédactions en vers une fois admise, l’identité de langage et de pays doit logiquement suivre : elle n’a rien qui puisse nous étonner.

Est-il donc impossible que Gossouin ait été un de ces Jacobins pour qui il montre une si profonde admiration dans la première rédaction [52], et Gauthier un des moines noirs mentionnés dans la seconde rédaction, et dans l’abbaye desquels il a trouvé la légende de saint Brandan [53] ?

La question est compliquée et encore loin d’être résolue. Même le style des deux ouvrages ne nous aide aucunement : V. Le Clerc trouve celui de la seconde rédaction tout à fait inférieur ; Fant, au contraire, voit dans le remanieur un vrai poète [54] !

Langlois lui-même ne suggère rien de mieux, pour expliquer la mention de Gauthier dans un manuscrit de la seconde rédaction, qu’une erreur de copiste [55]. Nous ne voyons donc pas qu’il soit justifié à prendre à partie Suchier qui exprime des doutes sur l’identité de l’auteur et du remanieur de l’Image du Monde [56].

Bref, sans vouloir nier qu’il nous paraisse y avoir de fortes présomptions en faveur de Gauthier, un examen soigneux des preuves laisse la question de l’auteur de la seconde rédaction encore indécise [57].

Le titre. — Le manuscrit Phillipps auquel nous devons la mention de Gauthier est exceptionnel sous un autre rapport : il donne comme titre à l’encyclopédie le Mapemonde. François Buffereau, le plagiaire de Genève, nomme le poème le Mirouer du Monde, et suit en cela le scribe d’un manuscrit de Londres [58].

Dans le contexte des différentes rédactions nous trouvons livre de clergie, mapemonde, roumanz. Mais il ne s’agit pas ici de titres : ce sont de simples qualifications.

À part les cas mentionnés ci-dessus, tous les autres manuscrits en vers donnent comme titre l’Image du Monde [59]. Il en est de même des manuscrits en prose que nous devons maintenant étudier plus en détail, et qui ont tous été consultés.

Les manuscrits de la rédaction en prose. — Ils sont au nombre de huit.

I (A). — Paris. Bibliothèque Nationale, fonds franç. 574.

Un des plus beaux manuscrits de la Bibliothèque Nationale.

387 sur 265 mm.

Reliure de cuir brun, à dos rouge.

Écriture du XIVe siècle.

Les rubriques sont à l’encre rouge.

Initiales et miniatures nombreuses.

139 pages, parchemin. 4 colonnes de 19 lignes.

À la première page, nous lisons : « Ce livre est au duc de Berry, Jehan B. »

Au verso : « Ce livre fu a messire Guillaume Flote, seigneur de Revel et chancellier de France [60] . »

À la dernière page est répétée la mention : « Le livre est au duc de Berry. Jehan B. [61] »

Cette copie a servi de base à notre texte. Elle contient seize dessins dans la première partie, dix dans la seconde, et neuf dans la troisième.

Elle donne le nom de l’auteur : Gossouin.

II (B). — Paris. Bibliothèque Nationale, fonds fr. 25344.

288 sur 152 mm.

Reliure de cuir rouge.

Écriture du XIVe siècle.

Les initiales sont à l’encre bleue ou rouge.

Quelques miniatures.

132 pages, parchemin. 4 colonnes de 20 lignes.

À la première page, d’une écriture moderne, nous lisons : « Ce manuscrit du XIVe siècle contient le roman de maître Gossonin appelé l’Image du Monde, traduit du latin en français. »

Le nom de l’auteur Gossonin se trouve aussi dans le texte.

Ce manuscrit est incomplet, il manque environ dix pages, presque toutes dans la seconde partie.

III (N). — Paris. Bibl. Nat., nouvelles acquis. françaises 6883.

145 pages, parchemin. 4 colonnes de 20 lignes environ. L’Image du Monde occupe fos 1 à 68. Le même volume renferme aussi l’Apocalypse en français [62].

Il date du XIIIe au XIVe siècle : c’est donc un des plus anciens manuscrits de la rédaction en prose que nous possédions.

Il n’indique pas de nom d’auteur.

La plupart des figures et des initiales manquent.

IV (G). — Paris. Sainte Geneviève, 587.

370 sur 250 mm.

Reliure verte.

191 feuillets, parchemin. 4 colonnes.

L’Image du Monde occupe les fos 172 à 191.

Date du XIIIe au XIVe siècle.

Le texte est très abrégé.

V (C). — Bruxelles. Bibliothèque Royale. 9822.

47 pages, parchemin, 4 colonnes de 41 lignes environ.

Les formes de la langue sont très souvent rajeunies.

Le nom de l’auteur est mentionné : Gosson.

VI (S). — Halle. Le professeur Suchier possède un manuscrit qu’il a bien voulu nous permettre de copier.

105 feuillets, parchemin.

L’Image du Monde occupe les fos 75 à 105.

Elle est précédée d’une version du Livre de Sydrach.

Date : XIIIe siècle.

Quoique ce manuscrit soit fort abrégé, nous aurons souvent l’occasion de le citer.

VII (T). — Ashburnam. Le manuscrit Barrois 66 a été acheté par un M. Thomson à la vente de la Bibliothèque Ashburnam au mois de juin, 1901. C’est un manuscrit du XIVe siècle, sur vélin ; reliure verte en maroquin gaufré. 43 pages. L’Image du Monde occupe les fos 1 à 23. Le texte est abrégé.

Le même volume contient ; 1° Paraphrase sur les 7 psaumes de pénitence ; 2° Oratio ad B. Mariam Virginem ; 3° Vitœ Sanctorum Patrum.

VIII (R). — Londres. British Museum. Royal 19. A. IX.

285 sur 200 mm.

Manuscrit du XVe siècle, écrit à Bruges.

Papier.

Fos i — 152. 24 lignes par page, sans colonnes.

Illustré.

Le copiste a rajeuni la langue.

La préface et la fin sont exceptionnelles.

IX (I). — Pour les imprimés français, mentionnés plus haut (p. 11), nous employons le sigle I.

Filiation des manuscrits. — Le manuscrit R est d’une importance qu’on ne saurait exagérer : il forme l’anneau principal qui joint la traduction anglaise de Caxton au manuscrit A, base de notre texte.

R et Caxton. — Nous en avons une preuve irréfutable : L’Image du Monde est précédée dans R d’un long prologue, absolument original, où le scribe nous informe, entre autres, qu’il a copié ce texte en 1464 par le commandement de Jehan le Clerc, librairier et bourgeois de Bruges [63].

Le prologue entier, y compris cette information intéressante [64] se retrouve dans Caxton. Il est évident que cette preuve seule suffirait pour établir l’étroite parenté entre R et la traduction anglaise : mais il y en a bien d’autres. D’abord le titre des deux ouvrages est le même, le Miroir du Monde dans le manuscrit de Londres, the Mirrour of the World dans Caxton ; or, comme nous l’avons vu [65], ce titre est tout à fait exceptionnel.

Ensuite un autre trait extraordinaire est commun à R et à l’édition anglaise : Nous lisons dans la version française [66] : « Et fu translaté de latin en franchois par le commandement et ordonnance du noble duc Jehan de Berry et d’Auvergne l’an .m. deux cens quarante cincq. » Caxton reproduit mot pour mot [67] cette étrange erreur qui fait vivre Jean de Berry [68] au XIIIe au lieu du XIVe siècle.

Comment expliquer cette bévue?

A, R et Caxton. — La clef du mystère se trouve dans le manuscrit A, où nous lisons deux fois, à la première et à la dernière page : « Ce livre est au duc de Berry. Jehan B. » Le scribe de R, ayant sous les yeux le manuscrit A qu’il allait copier, et lisant cette mention, s’est empressé de l’introduire dans son prologue ; Caxton a traduit en anglais, sans hésiter, le prologue et la mention de son original.

Et ainsi, grâce à une erreur de copiste, le duc de Berry, de propriétaire d’un manuscrit du XIVe siècle, est devenu l’inspirateur d’une œuvre composée en 1246.

Une telle preuve, à elle seule, ne suffirait pas pour établir l’étroite parenté entre A et les deux autres ouvrages. Mais tout vient confirmer notre opinion : Les passages, même les moitiés de phrases qui manquent dans A manquent aussi dans R et dans Caxton ; les fausses leçons sont communes à tous trois ; enfin, sauf pour quelques additions de mots sans importance, ils sont exactement les mêmes sous tous les autres rapports.

La table suivante permettra de se rendre compte des différences entre le texte de notre édition et celui de A, R et Caxton :


A R Caxton Texte corrigé d’après tous les manuscrits en prose et plusieurs en vers.
Le nom du duc de Berry est mentionné deux fois, à la première et à la dernière page du manuscrit. Le nom du duc de Berry est introduit dans le prologue et dans l’épilogue particuliers à ce seul manuscrit. Le copiste fait de plus une grossière erreur de date à ce propos. Caxton traduit en entier le prologue et l’épilogue de R, sans omettre ni le nom du duc de Berry, ni l’erreur de date. Le nom du duc de Berry, mentionné dans A, R et Caxton, ne paraît dans aucun autre des manuscrits.
Qui est près du saint ciel la sus, dont nous sommes si en sus mis. Id. Caxton, ne pouvant traduire le passage commun à A et R, l’omet entièrement. De cele clarté est la lumiere qui est près du saint ciel la sus, dont nous sommes si en sus mis [69].
Si trouverent tout vraiement que il devoit par ii fois fenir : A l’une foiz par le deluge d’yaue. Id. Caxton traduit R tel quel. Si trouverent..... ....fenir : A l’une foiz par feu ardant, a l’autre foiz par le deluge d’yaue [70].

Ces trois exemples, sans plus, peuvent donner une idée des cas où A, R et Caxton ont des traits communs. Une étude des deux derniers textes est encore plus intéressante à cet égard, car Caxton nous avertit dans sa préface qu’il va traduire le texte français littéralement [71], et il s’en tient à sa promesse.

On peut donc admettre nos preuves comme évidentes et dire sans hésitation 1° que Caxton a employé pour sa traduction le manuscrit R, 2° que R a été copié sur le manuscrit A.

B, C, N. — Il est impossible d’établir le rapport des manuscrits B, C, N soit entre eux, soit avec A et R : les variations du texte sont de trop peu d’importance.

Nous trouvons dans toutes ces copies quelques lacunes, des variantes orthographiques et d’autres erreurs ; mais de traits saillants il n’y en a point. Nous ne lisons pas dans l’Image, comme dans tant d’autres ouvrages, de ces passages, dus au simple caprice d’un copiste, qui forment école et sont absolument distincts du texte. Celui-ci est le même partout.

Bref, tout essai de classification, dans le cas des manuscrits A, B, C, N, ne produit qu’un résultat négatif.

A, R et N sont à peu près contemporains, à en juger par la langue et l’écriture. C est d’une date plus récente. Mais on ne saurait dire que l’un de ces manuscrits ait été copié sur l’autre : Ils contiennent tous des erreurs qui sont corrigées tantôt par A, tantôt par B, C ou N.

Les fautes de copiste rendent évident que nous ne sommes pas en possession du manuscrit original.

Notre essai de classification est, en somme, peu satisfaisant s’il s’agit de produire à tout prix un arbre généalogique. Celui que nous présentons réclame donc peu d’explications au-delà de celles que nous venons de donner.

A, B, C et N doivent être tenus séparés puisqu’ils ne sont pas copiés l’un sur l’autre.

L’étude de la langue montre plus de vieilles formes dans B qui, à ce point de vue, a droit à la première place, et des formes rajeunies dans C qu’il faut donc placer après les autres. Quant à A et N, ils paraissent être de la même époque.

Nous avons démontré plus haut que R a été copié sur A, et a, de plus, servi à Caxton pour sa traduction anglaise.

Voici donc le résultat de cette étude sous forme d’arbre généalogique :

Gossuin - L’Image du monde, édition Prior, 1913, Illustration 1 page 29.svg

Filiation des abrégés. — Les manuscrits S, G, T, les imprimés français (I) et la traduction hébraïque forment un groupe à part : la version abrégée de l’Image du Monde.

Ces ouvrages étant d’une importance moindre pour la reconstitution du texte correct, nous n’en faisons qu’une étude sommaire.

Des trois manuscrits, S est le plus ancien et le plus correct. Il a dû avoir comme original une des premières copies complètes de la rédaction en prose.

T, G et I diffèrent plus ou moins les uns des autres ; mais ils ont en commun plusieurs traits qui les distinguent de S : certains passages sont plus complets dans T, G et I que dans ce dernier, ainsi le chapitre sur les sept arts. Ce chapitre seul qui occupe plusieurs pages dans T, G, I, est réduit à environ une page dans S. Les autres passages consistent en phrases séparées dont la liste complète occuperait beaucoup d’espace.

Le prologue de S est entièrement original ; les deux autres manuscrits et les imprimés donnent au contraire un abrégé du prologue de A, B, C et N.

L’article déjà cité de Neubauer [72] sur la traduction hébraïque nous permet de la placer dans la classe des manuscrits abrégés. Nous ne pouvons toutefois lui assigner une place dans l’arbre généalogique, car il nous est impossible de vérifier si cette traduction se rapproche davantage du manuscrit S ou du groupe T, G, I.

La généalogie des abrégés se présente comme suit :

Gossuin - L’Image du monde, édition Prior, 1913, Illustration 2 page 29.svg

Le manuscrit A comme base du texte. — Il y a lieu d’expliquer maintenant le choix du manuscrit A de préférence aux autres comme base du texte. Dans ce but nous procédons par élimination.

B. — B, comme nous l’avons déjà fait remarquer, offre en général des formes linguistiques un peu plus anciennes que les autres manuscrits, et première vue nous aurions dû le choisir.

Malheureusement cette copie a été mutilée et il y manque des pages entières correspondant à environ huit pages du manuscrit A [73]. Pour la même raison, plusieurs des figures les plus importantes ont disparu [74].

Des lacunes pareilles n’auraient pas permis de présenter un texte vraiment suivi et uniforme.

B n’est d’ailleurs nullement supérieur à A sous d’autres rapports : les erreurs de copiste sont nombreuses ; elles ont été notées à mesure.

Mais certainement la raison principale pour écarter B a été le grand nombre de pages qui manquent.

D’autre part, toutes les variantes, orthographiques et autres, de ce manuscrit sont données dans les notes, et rendent la reconstitution parfaite de cette copie à la fois possible et facile.

C. — Le manuscrit C est complet ; mais il est beaucoup plus récent que A et la langue en est rajeunie. Il n’y aurait eu aucune raison pour le préférer, car le texte n’est pas supérieur à celui des autres manuscrits.

R. — R étant simplement une copie de A datant du XVe siècle, nous l’avons donc écarté d’emblée.

N. — Disons-le de prime abord : les droits du manuscrit N à servir de base à notre texte étaient égaux à ceux de A : égaux, mais non supérieurs.

Le texte est complet ; il ne manque pas une seule page. Mais, de même que dans A, il y a des fautes de copiste, des mots omis, des lacunes [75].

La langue n’a rien de particulier : ce sont les formes ordinaires du français littéraire à la fin du XIIIe et au commencement du XIVe siècles. Il en est de même dans A ; toutefois, dans ce dernier manuscrit, il y a de nombreuses formes anglo-normandes dues au copiste [76].

Bref le texte des deux copies, A et N est de valeur égale. Nous avons donc dû baser notre choix sur des raisons d’un autre ordre.

En premier lieu, N, tout complet qu’il est sous le rapport du texte, n’a pas le fini du manuscrit A : les initiales, les miniatures et les figures n’ont pas été insérées, les espaces où elles devraient se trouver étant laissés en blanc.

Sous ce rapport, au contraire, A est un des plus beaux et des plus parfaits ouvrages de la Bibliothèque Nationale.

Comme Gossouin nous renvoie souvent aux dessins qui accompagnent son texte, les figures sont absolument nécessaires, surtout pour la partie astronomique. Si nous avions choisi N, nous aurions dû y introduire les figures d’un autre manuscrit, sacrifiant ainsi à un choix purement arbitraire l’homogénéité du texte.

Il est à propos de faire remarquer ici que les manuscrits diffèrent plus ou moins quant aux dessins, et sont susceptibles de classification à ce point de vue. C’est même un travail que E.-D. Grand annonçait en 1893 l’intention de faire [77].

Ainsi on ne pourrait considérer un texte comme complet si les figures qui lui sont propres étaient omises, ou d’autres substituées.

Pourtant nous aurions certainement négligé ce point, si le texte de N avait été supérieur à celui de A ; mais la valeur égale des deux manuscrits sous ce rapport a décidé notre choix.

En second lieu, l’intérêt littéraire de A est certainement un argument en sa faveur. Comme nous l’avons dit plus haut, A est le manuscrit père de R, et ce dernier, à son tour, a été traduit par Caxton [78]. Il ne peut être qu’avantageux et intéressant de pouvoir comparer A et la traduction anglaise dans des éditions parallèles [79].

Nous donnons page 24 un extrait de A, B, C, N et B qui permettra de comparer ces cinq manuscrits et de réaliser jusqu’à quel point nos remarques précédentes sont justifiées.

Méthode de l’éditeur. — Le texte, tel que nous le présentons, est celui du manuscrit A. Toutefois la comparaison des différentes copies de l’Image du Monde a permis de corriger beaucoup de noms propres et certains chiffres.

Dans les cas où le sens d’une phrase était altéré soit par erreur, soit par ignorance de copiste, la leçon la plus correcte et la plus claire a toujours été préférée.

Tous les manuscrits en prose et plusieurs en vers ont été consultés et sont souvent cités ; mais toutes les variantes de B, sans exception, sont reproduites, et toutes celles de N et C lorsqu’il y a une lacune dans B.

A fo 23 B. s. R B N C
Et li clers doivent ensaingnier ces .ii. manieres de genz et les doivent adrecier de leurs euvres, si que nus ne face chose dont il perde Dieu ne Sa grace. Ainsi poserent trois manieres de genz ça en arrieres li sage philosophe au monde, comme cil qui bien sorent que nul ne pourroit metre son courage a ce qu’il peüst estre bien sages a droit en .ii. aferes ne en trois. Car il n’avint onques jour du monde que clergie et chevalerie et laboureeurs de terre peüsent estre bien senés a nul jour de leur vies par .i. seul home ne aprises, ne retenues. Et les clers doivent enseignier ces deux manieres de gens et les doivent adrechier de leurs œuvres, si que nul ne face chose dont il perde Dieu ne Sa grace. Ainsi poserent jadiz les sages philozophes trois manieres de gens au monde, comme ceulx qui bien sceurent que nul ne porroit mettre son coraige ad ce qu’il peüst estre bien sage a droit en deux manieres ne en trois. Car il n’ advint oncques jour du monde que clergie.... chevalerie et laboureurs de terre peüssent estre bien senez a nul jour de leurs vies par ung seul homme, ne aprises, ne retenues. Et li clerc si doivent ensaignier ces .ii. manieres de genz et les doivent adrecier de leur œvres, si que nus ne face chose dont il perdent Dieu ne Sa grace. Ainsi poserent trois manieres de genz ça en arrieres li sages philosophes au monde, comme cil qui bien sorent que nus n’i porroit meitre son courage a ce qu’il peüst estre bien.... a droit en .ii. afaires ne en trois. Car il n’avint onques jour du monde que clergie et chevalerie et laboureeurs de terres peüssent estre bien seües a nul jour de leur vies par .i. seul homme, ne aprises, ne retenues. Et les clers si doivent ensaingnier ces .ii. manieres de genz et les doivent adrecier de leur ouevres, si que nus ne face chose dont il perde Dieu ne Sa grace. Ainsi poserent trois manieres de genz ça en arrieres les sages philosophes au monde, comme cil qui bien sorent que nul ne pourroit metre son courage a ce qu’il peüst estre bien.... a droit en .ii. aferes ne en trois. Car il n’avint onques jour du monde que clergie et chevalerie et laboureus de terre peüsent estre bien senés a nul jour de leur vies par .i. seul home, ne aprises, ne retenues. Et lez clers doivent enseingnier ces .ii. manieres de genz et les doivent adrecier a leurs euvres, si que nus ne face chose dont ilz perdent Dieu ne Sa grace. Ainsi pouserent trois manieres de genz ça en arriere li sages philozophes au monde, comme cilz qui bien sceurent que nulz ne pourroit metre.... couraige... ... ne estre bien sages a droit en .ii. affaires ne en trois. Car il n’avint onques jour du monde que clergie et chevalerie et laboureeurs de terre peüssent estre bien senés a nul jour de leur vie, par un seul home bien sceües, ne bien aprinses, ne retenues.

En regard du texte en prose sont indiqués les vers auxquels chaque chapitre correspond. Dans ce but nous nous sommes servi d’une excellente copie de la première rédaction [80].

L’orthographe du copiste de A, même dans ce qu’elle a de plus exceptionnel, est maintenue partout, mais à deux conditions : 1° que le mot où l’orthographe exceptionnelle se présente ne soit pas isolé dans le manuscrit, mais soit répété sous cette forme dans quelque autre partie [81].

Nous faisons une exception à cette règle dans le cas de mots isolés tels que vount [82], avouns [83], qui reproduisent une forme dialectale prononcée, et dont l’orthographe est si typique de l’anglo-normand qu’on ne saurait y voir une faute de copiste ;

2° Que cette orthographe soit confirmée par des exemples analogues tirés d’autres ouvrages ou cités par des savants qui fassent autorité.

Les formes grammaticales et la syntaxe du manuscrit A restent intactes. Les nombreuses irrégularités de déclinaison et d’accord sont une preuve additionnelle que A est l’ouvrage d’un copiste anglo-normand : c’est un lieu commun que, dès le XIIe siècle, ce dialecte précède tous les autres en négligeant la distinction des cas, et qu’au XIIIe siècle le système de déclinaison est en pleine décadence.

Nous corrigeons donc 1° les formes orthographiques isolées et que nous ne pouvons confirmer, 2° les omissions, 3° les répétitions et autres erreurs évidentes, 4° les phrases, les noms et les nombres quand la bonne leçon se trouve dans les autres manuscrits.

La langue. — Nous avons fait allusion plus haut à la morphologie et à la syntaxe de A ; l’étude des formes orthographiques vient confirmer notre opinion : le scribe de A se sert de l’orthographe anglo-normande. Il emploie à tous moments des formes distinctives qui ne se retrouvent pas dans les autres copies de l’Image, soit en prose soit en vers.

Mais à part ces traits particuliers, il y en a d’autres qui sont communs à tous les manuscrits : Dans sa dissertation sur les rimes dans l’Image du Monde [84], Haase a prouvé que le dialecte lorrain de Gossouin a laissé des traces nombreuses dans le poème.

La rédaction en prose, par sa nature elle-même, ne nous permet pas toujours de contrôler ses conclusions : le temps et les copistes ont oblitéré beaucoup de formes distinctives préservées par les nécessités de la rime dans la rédaction en vers. Pourtant le lorrain a laissé des traces partout, même dans A et dans les manuscrits dont les copistes emploient un dialecte différent.

Dans la table suivante, nous donnons :

1° les formes dialectales du nord-est ou lorraines qui se trouvent à la fois dans A et dans d’autres manuscrits.

2° Les formes particulières à A qui sont dues au copiste anglo-normand.

Il est fait une mention spéciale des cas où A et B offrent des formes lorraines ou autres qui coïncident. Les autres exemples sont relevés par Haase, Grand ou Fant [85] d’après la rédaction en vers, et se retrouvent dans A mais pas dans B, du moins aux passages cités.

Dans les notes du texte même nous donnons les cas parallèles d’autres ouvrages, ou les autorités qui les confirment.

Formes communes à A et à d’autres manuscrits.
Formes plus spécialement lorraines.

pais (= pas) fo 10 b.

ainz (= L. annos) fo 108 a.

ausin fo 10 b, 10 d.

praingne (de prendre) fo 8 b.A et B.

*weil (de voloir) fo 26 d [86].

*weille (de voloir) fo 7 d.

soufferrient fo 10 c.

Formes des dialectes orientaux.

pouist (de pooir) fo 32 b.A et B.

sainz (= L. sine) fo 20 d, passim.

Participe passé fém. -ie pour -iée : fréquent dans A et B, par exemple : prisie fo 122 a, maubaillie fo 26 b, essillie fo 26 b, etc.

*matire fo 26 d, passim.

*sicle fo 4 a.

*aparcevoir fo 36 b, passim.A et B.

*clargie fo 104 b.

*darreniers fo 21 d.A et B.

*paries fo 65 c.

*pardre fo 100 d, passim.

*darrieres fo 97 b.A et B.

*estoles fo 33 b.

sache fo 90 a (= L. siccam.).

*soustis fo 60 b.

*main fo 88 b (= maint).

*sain fo 26 c (= saint).

*son fos 82 d, 113 c (= L. sunt) ; etc.

remuet fo 89 b (Prés, ind., 3e pers. sing.).A et B.

Formes anglo-normandes [87] particulières au manuscrit A.

autri fo 7 d (= autrui).

sue fo 115 a (= L. suam).

turterelle fo 74 a.

corrumpt fo 105 c.

habunde fo 24 a, passim.

sunt fo 1 d, passim.

soumes fo 39 d, passim (= L. sumus).

soume fo 113 c (= L. summam).

poume fo 41 d, passim.

Roume fo 18 d, passim.

vount fo 5.

avouns fo 22 a.

fount fo 11 b.

yraingne fo 72 d (= L. araneam).

primere fo 50 a.

coucher fo 46 a, passim.

ensaingner fo 23 d.

legere fo 79 a.

menger fo 14 a.

priser fo 113 a.

cuider fo 119 d ; etc.

arreres fo 124 d.

eschinuiz fo 65 a.

wuit fos 131 b, 133 d.

Les sources. — Est-ce par hasard seulement que Gossouin a nommé son encyclopédie l’Image du Monde, ou n’avons-nous là vraiment qu’une traduction du latin, d’un Imago Mundi encore inconnu ?

L’auteur dit en termes précis : « Ce livre de clergie, que l’en apele l’ymage dou monde est translatez de latin en rommanz. »

Vincent de Beauvais mentionne, dans son Speculum Majus, qu’il a produit un autre ouvrage plus court, le Speculum vel Imago Mundi. Paulin Paris [88] relève ce passage et suggère que cet abrégé était l’original de l’Image du Monde.

Le titre est certainement un indice. Mais on peut en dire autant de l’Imago Mundi d’Honorius Augustodunensis.

Une étude du texte français tend plutôt à confirmer l’opinion de Fritsche [89] : Gossouin a eu recours à des sources variées, et entre autres à l’ouvrage d’Honorius ; chose d’autant plus probable que ce théologien avait autrefois dirigé l’école de la cathédrale à Metz, de 1120 à 1146 [90] . Notre auteur aurait donc emprunté son titre à l’ouvrage qui lui aurait le plus servi.

Cette théorie semble du moins d’accord avec les faits. Une grande partie de l’Image du Monde est l’ouvrage de Gossouin lui-même. Il a fort habilement introduit dans la première partie ses opinions religieuses : c’étaient d’ailleurs celles de son temps. Ses connaissances des auteurs classiques sont solides. Il a lu certains ouvrages d’Aristote et de Platon, grâce, sans aucun doute, à des traductions latines.

Dans les deux dernières parties, il a fait de nombreux emprunts soit à des écrivains romains, soit à des écrivains du moyen âge. Souvent les traductions sont si littérales qu’on ne peut avoir aucun doute sur leur origine.

L’étude de V. Le Clerc et la dissertation de Fritsche sur les sources de l’Image du Monde servent naturellement de base à tout travail sur ce sujet, qui est toujours susceptible d’être étendu. Ainsi les deux ouvrages d’Alexandre Neckam, De Naturis Rerum et De Laudibus Divinæ Sapientiæ, ont été employés par Gossouin bien plus fréquemment que Fritsche ne semble s’en douter.

Dans les pages suivantes et aussi dans les notes du texte les différentes sources de l’encyclopédie sont indiquées. Nous les divisons toutefois en deux classes bien distinctes : en premier lieu les auteurs, tels que Jacques de Vitry, Honorius, Neckam, dont Gossouin a rendu des passages entiers mot à mot ; ensuite les auteurs dont les idées seules se retrouvent dans l’Image, sans qu’il soit question de traduction littérale.

À cette dernière catégorie appartiennent les auteurs grecs dont nous faisons mention. Il n’est pas probable que Gossouin ait su cette langue et se soit servi des originaux. Mais il avait sans doute à sa disposition les versions latines de certains ouvrages d’Aristote et de Platon certainement connus au moyen âge. Il mentionne lui-même Boèce et ses traductions du grec « que nous avons enquore en usage [91]. »

Toutefois, comme nous venons de le dire, les passages d’auteurs grecs qui se trouvent dans l’Image ne sont pas des citations ; l’auteur se contente d’emprunter des idées qu’il exprime à sa manière. Dans ces conditions le texte original a autant et même plus de valeur qu’une traduction latine soit de Boèce, soit de tout autre. C’est pourquoi nous donnons les passages parallèles en grec lorsqu’il s’agit d’un original grec.

Nous citons souvent Solin en même temps que Neckam ou Jacques de Vitry à propos d’un même passage. Lui aussi ne semble pas avoir été employé directement par Gossouin. Mais nous y voyons la source première des descriptions d’animaux et autres contenues dans les deux autres auteurs.

Neckam mentionne même Solin à plusieurs reprises. Le rapprochement ne peut donc manquer d’être intéressant. De plus, il permet d’élucider plusieurs points dont l’obscurité est due non pas à Gossouin, mais à sa source directe latine, c’est-à-dire, soit à Neckam soit à Jacques de Vitry.

Nous avons fréquemment fait des rapprochements entre le livre de Sydrach et l’Image ; et de fait des passages entiers se retrouvent presque mot à mot dans les deux ouvrages.

L’étude de Langlois jette de graves doutes sur la date du Sydrach [92]. Il semble même probable qu’au lieu de citer Sydrach comme une des sources de l’Image nous devions admettre le contraire : bref, le Sydrach n’a pas été employé par Gossouin ; au contraire l’auteur du Sydrach a fait de nombreux emprunts à l’Image.

Cet ouvrage [93] de science populaire, un des plus répandus au moyen âge, prétend à une origine plus ou moins fabuleuse. D’après une de ses légendes, le philosophe Todres envoya, de la cour de l’empereur Frédéric II, le texte latin au patriarche Albert d’Antioche. Ce Todros (Théodore) philosophus était, de fait, l’astrologue de l’empereur Frédéric ; il a traduit beaucoup d’ouvrages arabes pour son maître.

Albert est aussi un personnage historique : il était patriarche latin d’Antioche (1228-1246).

Le prologue est censé avoir été écrit à Tolède en 1243.

Langlois fait remarquer que nous ne possédons pas un seul manuscrit du Sydrach qui soit antérieur à la seconde moitié du XIIIe siècle. Aussi la soi-disant prédiction du siège et de la destruction d’Antioche [94] nous induit à croire, avec Langlois, que le Sydrach a été écrit après cet événement, c’est-à-dire après le 19 mai 1268.

Les preuves cependant ne sont pas absolues et, dans le doute, nous maintenons nos citations.

Si le futur éditeur du Sydrach en arrive à confirmer les conclusions de Langlois, il nous saura gré de lui avoir épargné en partie la tâche laborieuse de la recherche des sources.

Nous terminons ce chapitre en donnant la liste des sources citées dans notre texte. La liste des ouvrages et des éditions employées se trouvera dans la bibliographie.

Sources employées directement par Gossouin [95].

Adélard de Bath.
Boèce.
Gervaise de Tilbury.
Giraldus Gambrensis.
Honorius Augustodunensis.
Neckam.
Orose.

Philosophia Mundi.
Jacques de Vitry.

Sources indirectement employées par Gossouin au moyen de traductions, ou auteurs dont les idées seules paraissent avoir influencé l’auteur de l’Image.

Saint Augustin.
Aristote.
Bède.
Clément d’Alexandrie.
Saint Grégoire le Grand.
Suidas ou Hilduin.
Platon.
Pseudo-Callisthène.
Ptolémée.

Résumé des chapitres de la première partie et notes sur le texte.

Il est à propos maintenant de donner un court résumé de certains chapitres, accompagné de notes explicatives.

Dans le premier chapitre de la Cosmogonie, Gossouin décrit la puissance de Dieu.

Livre I. Ch. I. — Tout vient de Lui, tout y retourne. Il ne peut y avoir aucun mal en Lui, sinon Il serait mortel comme nous. Le bien monte vers Lui, le mal descend comme la lie dans le vin. Il est immuable et immobile ; pourtant tout mouvement provient de Lui. Le temps n’existe pas pour Lui, ni pour les élus. Avant même d’avoir créé le monde, Dieu savait tout ce qui allait s’y passer.

La théorie du Dieu immobile est surtout frappante ici. Le Demiourgos de Platon est une Divinité paresseuse qui crée et puis se repose, laissant à la nature le soin de se reproduire et de croître. Le Dieu d’ Aristote est bien supérieur : Il est immobile ; mais, comme dit Gossouin, tout mouvement dépend de Lui.

Cette même idée revient sous différentes formes dans plusieurs chapitres. Notre auteur est évidemment à la hauteur des idées théologiques de son temps. Il est influencé par les théories aristotéliciennes, déjà connues au commencement du XIIIe siècle, et qu’Albert le Grand et Thomas d’Aquin aidèrent beaucoup à répandre. La mention de l’abbaye de Saint-Arnoul de Metz dans la seconde rédaction en vers nous permet de supposer que Gossouin a eu au moins l’occasion d’entrer en rapports intellectuels avec les religieux de ce monastère. Cela expliquerait d’autant mieux ses opinions, car, nous le savons, ce sont les Bénédictins qui, au XIIIe siècle, ont surtout aidé à faire connaître Aristote.


Ch. II. — Dieu a créé le monde par charité pour que d’autres aient part à ses biens. Efforçons-nous donc de les mériter : Il nous en a donné le pouvoir.

Le passage suivant de saint Augustin offre une frappante ressemblance avec ce chapitre : « Sciendum est ergo rerum creatarum, cœlestium et terrestrium, visibilium et invisibilium, causam non esse nisi bonitatem Creatoris, qui est Deus unus et verus ; cujus tanta est bonitas, quod alios suæ beatitudinis qua æternaliter beatus est, velit esse participes [96]


Ch. III. — De même pour le chapitre 3, nous trouvons dans saint Augustin : « Non propterea est Dei imago in mente, quia sui meminit et diligit se, sed quia potest etiam meminisse, intelligere et amare Deum, a quo facta est [97]. »

Voici le résumé du texte de Gossouin : Dieu a fait l’homme à Son image et l’a fait maître de toute la création. Il lui adonné l’intelligence pour qu’il se souvienne de ses bienfaits et qu’il puisse prendre part à sa joie. L’homme qui fait le bien est supérieur même aux anges.


Ch. IV. — C’est encore un ouvrage de l’évêque d’Hippone qui a servi de base au chapitre sur le libre arbitre [98].

Dieu a donné à l’homme le pouvoir de faire le bien ou le mal. Si l’homme ne pouvait pécher, il n’aurait aucun mérite, car il ne devrait pas sa vertu à lui-même. Les anges qui ne peuvent pas pécher ne sont pas récompensés comme nous. Dieu a voulu que nous pussions mériter d’aussi grands biens que Lui-même : c’est pourquoi Il nous a donné la raison et le bon sens. L’homme qui s’imagine rendre un service à Dieu en ne péchant pas doit être fou, car, si le monde n’existait pas, Dieu n’en souffrirait nullement.


Ch. V. — Dans les anciens temps, les hommes voulaient trouver la raison des choses. Ils cherchaient à découvrir les secrets du firmament, et ils ne pensaient pas seulement à leur nourriture, comme de nos jours. Ils s’efforçaient d’apprendre les sciences qui devaient leur donner la connaissance de Dieu. Pour y parvenir, ils étudiaient Ses œuvres, « car à ses œuvres on connaît l’ouvrier ». Ils souffraient toutes les persécutions par amour de la vérité, comme les saints souffraient le martyre par amour de Jésus.

Par leur science certains philosophes purent annoncer la venue du Christ, entre autres Virgile.

Nous trouvons l’origine de cette prophétie au quatrième vers de la quatrième églogue :

Ultima Cumaei venit jam carminis aetas.

D’après la prédiction de la Sibylle de Cumes, la terre, ayant parcouru les quatre âges d’or, d’argent, de bronze et de fer, allait maintenant revenir à l’âge d’or. Saint Augustin cite les vers suivants [99] :

Te duce si qua manent sceleris vestigia nostri
Irrita perpetua solvent formidine terras.

Il ajoute : « Quod ex Cumæo, id est, ex Sibyllino carmine se fassus est transtulisse Virgilius ; quoniam fortassis etiam illa vates aliquid de unico Salvatore in spiritu audierat, quod necesse habuit confiteri [100]. »

Gossouin nous dit qu’en lisant les vers de Virgile, saint Paul s’écria ; « Ha ! quel je t’eüsse rendu a Dieu se tu eüsses vescu tant que je feusse a toi venuz. » Quitte à paraître un peu trop complet, nous ne pouvons négliger de citer ici les vers biens connus d’une hymne qui se chantait encore au XVe siècle à Mantoue pendant la messe de saint Paul :

Quem te, inquit, reddidissem,
Si te vivum invenissem,
Pœtarum maxime [101] !

Virgile semble avoir eu un attrait mystérieux pour le moyen âge. Nous le voyons paraître ici comme prophète. Au troisième livre de l’Image du Monde, Gossouin consacre un chapitre entier à Virgile le Magicien.

Notre auteur parle ensuite avec mépris de ces gens riches qui achètent des livres en quantité pour qu’on les croie savants, et il leur applique la fable d’Esope, le Coq et la Perle.

Puis il donne la liste des sept arts libéraux qui constituaient les sept parties de l’enseignement dans l’école d’Alexandrie : la grammaire, la logique et la rhétorique (le trivium), l’arithmétique, la géométrie, la musique et l’astronomie (le quadrivium).


Ch. VI. — Les philosophes à Athènes divisaient les hommes en trois classes : les laboureurs qui doivent fournir ce dont les autres ont besoin ; les chevaliers qui doivent défendre les autres ; les clercs qui doivent les instruire.

Depuis Charlemagne, les rois de France ont toujours protégé les sciences, dont la fleur se trouve parmi les frères mineurs (les Franciscains) et les jacobins (les Dominicains) qui viennent d’arriver en France.

Ch. VII. — Le septième chapitre contient une description détaillée des sept arts, basée en grande partie sur Neckam. Gossouin explique pourquoi la médecine n’en fait pas partie : elle s’occupe du corps, et seules les sciences qui s’occupent de l’âme méritent le nom d’arts libéraux.


Ch. VIII. — Selon Legrand d’Aussy [102], qui a fait une courte analyse du texte de notre encyclopédie, l’auteur, dans le chapitre huit, attribue à la nature un pouvoir égal à celui de Dieu, et, comme d’autres critiques d’ailleurs, il s’étonne que l’Image du Monde n’ait pas été supprimée. Car, au moyen âge, une œuvre entachée d’hérésie n’aurait pu devenir si populaire sans attirer sur elle les foudres de l’Église.

Gossouin nous paraît être au contraire absolument conséquent. Il développe la théorie des rapports de Dieu et du monde mentionnée au premier chapitre. Il nous confirme dans l’opinion que nous avons ici un disciple d’Aristote et d’Albert le Grand. Ses idées sont celles de saint Thomas d’Aquin qui écrivait vingt ans plus tard et dont la Somme de Théologie est l’écho des opinions contemporaines.

Dieu créa premièrement la nature. Celle-ci meut les étoiles, les fait luire et fait naître et vivre ce qu’elle veut. Sans la nature rien ne peut naître, et, par elle, tout vit. Elle agit dans la main de Dieu comme la hache du charpentier : la hache ne fait que trancher, et celui qui la tient la guide où il veut.

Cette dernière phrase rend l’idée exacte de Gossouin ; sans elle l’accusation d’hérésie serait soutenable. Elle est d’autant plus intéressante que nous la retrouvons dans saint Thomas d’Aquin : « Deus movet non solum res ad operandum, quasi applicando formas et virtutes rerum ad operationem (sicut etiam artifex applicat securim ad scindendum, qui tamen interdum formam securi non tribuit) etc. [103]. »

Platon, selon notre auteur, dit que la nature est une puissance qui fait naître semblable par semblable. Le seul passage du philosophe grec que l’on puisse mentionner est un proverbe dans Gorgias, ὁμοῖος ὁμοίῳ. Boèce qui est peut-être la source immédiate, écrit, selon Albert le Grand [104] : « Natura est vis insita rebus ex similibus similia procreans [105]. »

Aristote définit la nature comme un principe qui donne aux choses le pouvoir de se mouvoir. Gossouin a pu trouver cette définition dans différents passages de la Physique et de la Métaphysique.

Physique [106]. — Tout ce qui provient de la Nature a en soi un principe de mouvement et de repos : τούτων μὲν γὰρ ἕκαστον ἐν ἑαυτῷ ἀρχὴν ἔχει κινήσεως καὶ στάσεως,…

Physique [107]. — La nature forme la base de toutes choses qui ont en elles un principe de mouvement et de changement : ἕνα μὲν οὖν τρόπον οὕτως ἡ φύσις λέγεται, ἡ πρώτη ἑκάστῳ ὑποκειμένη ὕλη τῶν ἐχόντων ἐν αὑτοῖς ἀρχὴν κινήσεως καὶ μεταβολῆς, ἄλλον δὲ τρόπον ἡ μορφὴ καὶ τὸ εἶδος τὸ κατὰ τὸν λόγον.

Métaphysique [108]. — La nature est un principe en soi : ainsi, l’homme engendre l’homme : ἢ γὰρ τέχνῃ ἢ φύσει γίγνεται ἢ τύχῃ ἢ τῷ αὐτομάτῳ. ἡ μὲν οὖν τέχνη ἀρχὴ ἐν ἄλλῳ, ἡ δὲ φύσις ἀρχὴ ἐν αὐτῶ, ἄνθρωπος γὰρ ἄνθρωπον γεννᾷ.


Ch. IX. — Le monde est rond comme une balle. Le ciel entoure à la fois le monde et l’éther, un air pur dont les anges prennent leur forme. Cet éther est si clair et si brillant que le pécheur n’en peut supporter l’éclat. C’est pourquoi l’homme tombe comme endormi à la vue d’un ange.

Bède le Vénérable et saint Grégoire le Grand fournissent les matières de la seconde partie de ce chapitre.


Bède : « Angeli corpora in quibus hominibus apparent, in superno ære sumunt, solidamque speciem ex cœlesti elemento inducunt, per quam humanis obtutibus manifestius demonstrentur [109]. »

Saint Grégoire le Grand : « Nisi enim Angeli quædam nobis interna nuntiantes ad tempus ex ære corpora sumerent, exterioribus profecto nostris obtutibus non apparerent ; nec cibos cum Abraham caperent, nisi propter nos solidum aliquid ex cœlesti elemento gestarent [110]. »


Ch. X. — L’éther environne les quatre éléments qui sont placés dans l’ordre suivant : la terre, l’eau, l’air, le feu. Gossouin compare cet ordre aux différentes parties d’un œuf : la coquille, le blanc, le jaune, la goutte de graisse.


Ch. XI — Au milieu du monde se trouve l’élément le plus pesant : la terre. L’homme peut en faire le tour, comme une mouche fait le tour d’une pomme. Si deux hommes se séparaient allant l’un à l’est, l’autre à l’ouest, ils se rencontreraient aux antipodes.

Au moyen d’une série d’exemples accompagnés de dessins explicatifs, Gossouin nous montre que des pierres jetées au centre de la terre ne sauraient aller plus loin, parce qu’elles seraient alors à égale distance du firmament. Si ces pierres étaient de poids différents, la plus lourde arriverait au centre avant les autres.

Fritsche [111] cite comme source Vincent de Beauvais [112] dont le chapitre intitulé Quorsum injectus lapis erit casurus, si perforatus sit ei terræ globus contient certainement l’idée exprimée par Gossouin. Vincent lui-même ajoute qu’il a tiré ces détails d’Adélard de Bath [113]. Beaucoup de traits provenant de ce dernier auteur se retrouvent dans l’Image du Monde, surtout dans la seconde partie ; aussi sommes-nous plutôt enclin à croire que Gossouin l’a employé directement sans avoir recours à Vincent.

Dans Alexandre Neckam il y a également un passage complet quant à la matière, et fort semblable à celui de notre encyclopédie : « Si terra in centro suo intelligatur esse perforata, ita quod magnus sit ibi hiatus, et descenderet maximum plumbi pondus sine omni obstaculo, quiesceret motus ejus in terræ centro [114]. »


Ch. XII. — Si nous pouvions nous élever à une hauteur suffisante, les montagnes et les vallées s’effaceraient et la forme ronde de la terre serait évidente. Les grands fleuves paraîtraient comme un cheveu sur le doigt d’un homme.

Fritsche [115] trouve cette comparaison ridicule. Selon lui, Gossouin a commis une grossière erreur en essayant de traduire le passage suivant de l’Imago Mundi [116] : « Si enim quis in ære positus eam [terram] desuper inspiceret, tota enormitas montium, et concavitas vallium minus in ea appareret, quam digitus alicujus, si pilam prœgrandem in manu teneret. » Le critique allemand conclut que l’auteur de l’Image du Monde a mal compris le sens de pilam, la balle, et a pris ce mot pour pilus, le cheveu. Mais l’erreur de Gossouin n’est pas du tout évidente : sa comparaison diffère totalement de celle du texte latin ; elle est même préférable. Loin d’être convaincu d’ignorance, notre auteur a montré de l’originalité.

La citation que nous donnons de l’Imago Mundi se retrouve dans Sénèque [117].


Ch. XIII. — La forme ronde est la plus favorable au mouvement. Or tout est mouvement en ce monde. C’est pourquoi Dieu a fait la terre ronde.


Ch. XIV. — Le dernier chapitre de la première partie est basé presque entièrement sur Neckam.

Le ciel est si loin de nous qu’une pierre mettrait cent ans à tomber de là jusqu’à la terre.

Neckam dit : « Tanta est firmamenti quantitas, ut ipsi totalis terra collata quasi punctum esse videatur [118] » Gossouin exprime la même idée en disant que, vue du ciel, la terre serait comme la plus petite des étoiles.

Le ciel tourne de l’est à l’ouest ; le soleil et les autres planètes tournent dans la direction opposée. On peut comparer ce mouvement à celui d’une mouche sur une roue, lorsque la mouche va dans un sens et la roue en sens contraire.

Nous lisons dans Neckam : « Simile autem inducere videntur in rnusca quæ a rota defertur, motu tamen suo contra rotæ impetum agitatur [119]. »

En résumé, une étude des sources indiquées dans les notes sur le texte montrera que, pour la première partie, Gossouin s’est surtout servi de Neckam, quelquefois d’Honorius. Mais, presque toujours, lorsque ce dernier peut être mentionné comme source, nous trouvons des passages semblables dans Neckam.

Sauf les passages, en somme bien peu nombreux, que nous avons mentionnés, la première partie est l’ouvrage de Gossouin lui-même.


Deuxième Partie. — On ne saurait en dire autant de la seconde : le sujet, d’ailleurs, ne s’y prêtait pas. Notre auteur a emprunté sa géographie à des ouvrages reconnus probablement comme faisant autorité.

C’est donc la science de l’époque, et non Gossouin lui-même, qu’il faut blâmer pour les descriptions d’hommes et d’animaux fabuleux qui, pour nous, ne forment pas les chapitres les moins intéressants de l’Image du Monde.


Ch. I. — La terre est divisée en quatre parties : l’orient, l’occident, le midi, le septentrion. La « ligne du midi » divise l’orient et l’occident. Au bout de cette ligne se trouve la ville d’Aaron qui est toute ronde et qui est au milieu du monde.

C’est là qu’en général nous voyons Jérusalem sur les cartes du moyen âge.

Aaron est sans doute la ville nommée Aren sur la carte de Pierre Alphonse [120], un Juif de Huesca, qui écrivait vers 1110. La forme Arim se trouve dans un manuscrit de l’Image du Monde [121], et rend cette supposition probable.

Cette cité, dit Miller [122], située au milieu de la terre, aux confins du monde habitable, est, d’après la légende arabe, le refuge des démons et le trône d’Iblys. Cet endroit, aussi nommé Aryn ou Arym, est déjà mentionné par les Arabes au IXe siècle. Sur une carte persane du XIIe siècle, il est indiqué comme étant au milieu de la terre. En occident on trouve souvent ce nom au XIIIe siècle. Roger Bacon en parle et dit que Syène se nomme maintenant Aryn.

La ligne qui s’étend à gauche de la ligne du midi s’appelle septentrion ; elle est ainsi nommée d’après les sept planètes.

Cette explication est tirée d’Isidore de Séville [123].

Le septentrion se termine à la montagne [124] qui guide les marins. Rien dans le contexte ne peut nous aider à découvrir de quelle montagne il s’agit. Peut-être est-ce une allusion à l’île de Thulé, où quelques-uns croient reconnaître l’Islande et ses volcans.

Gossouin donne ensuite le nom des trois continents, avec leur étymologie.

Afrique vient d’enfer, c’est-à-dire apportée. Même si nous admettons qu’il y a ici erreur de copiste, et qu’au lieu d’enfer il faut lire affer du latin affero, cette dérivation est originale. Aucune des sources ordinaires de l’Image du Monde ne la donne. Isidore [125], Honorius [126] et Vincent de Beauvais [127] disent que l’Afrique tire son nom d’un descendant d’Abraham nommé Afer. Vincent ajoute : « Africam autem nominatam quidam inde existimant, quasi Apricam, quod sit aperta cœlo vel soli sine horrore frigoris. »


Ch. II. — Le second chapitre se divise en huit parties, où Gossouin décrit l’Asie en détail.

La première région, c’est le Paradis terrestre dans lequel quatre fleuves ont leur source : le Phison, ou Gange ; le Gyon, ou Nil ; le Tigre et l’Euphrate.

La Genèse (II, 13) mentionne un fleuve Pison, mais rien ne nous prouve qu’il s’agisse du Gange. Flavius Josèphe dit que le Phison est nommé Gange par les Grecs. Ces deux noms sont aussi donnés par saint Ambroise [128] et par saint Augustin [129].

Ce Phison, dit Gossouin, sort du Mont Ortobares (l’Oscobares d’Orose [130], le premier qui fasse mention de cette montagne), traverse l’Inde et se jette dans la mer d’Occident.

Le Gyon ou Nil disparaît sous terre et ressort dans la longue mer qui entoure l’Éthiopie. Il se divise en sept branches, traverse l’Egypte, puis se jette dans la grant mer, le Mare Magnum d’Orose et d’Isidore, c’est-à-dire la Méditerranée.

L’Euphrate et le Tigre sortent du Mont Parthoacus [131] et se jettent dans la mer moyenne.

Après le Paradis vient l’Inde sur laquelle Gossouin donne beaucoup de détails. Nous relevons ici seulement les passages qu’il est à propos d’élucider.

Fo 51 C. — En Inde se trouve le mont Capien où Alexandre enferma une nation nommée Goz et Magoz. Ces gens dévorent la chair d’hommes et d’animaux toute crue.

Ce mythe vient d’Ezéchiel (c. 38, 39). En ossète Gog et Magog désignent deux massifs du Caucase. On appliqua ensuite ces deux mots aux populations scythiques de la mer Noire et de la mer Caspienne.

Sir John Maundeville, dont l’Image est une des sources principales, décrit cette nation qui, ajoute-t-il, appelle le mont Capien Uber [132]. Il s’agit là plutôt de la chaîne de l’Elbourz que du mont Elbrouz.

L’Inde est divisée en quatorze régions. Ce chiffre est évidemment une erreur : fo 60 A nous lisons « 33 régions », dans le manuscrit Arundel « 34 ». Orose, Gervaise de Tilbury et Honorius donnent « 44 »

Les monstres moitié bêtes, moitié hommes sont sans doute les Centaures d’Honorius [133], ou l’Hippocentaurus de saint Jérôme [134].

Fo 53 D. — Gossouin décrit une population composée d’hommes qui n’ont qu’un pied, si large qu’ils l’emploient pour se protéger du soleil. Ils se nomment « cyclopes ». Honorius [135] les appelle « Scinopodæ ». Ensuite nous lisons la description d’hommes qui ont un œil brillant au milieu du front. Honorius [136] mentionne seulement le nom de ce peuple sans autre détail : « cyclopes ». Il est facile de voir que dans l’Image il y a eu transposition :

Gossouin attribue le titre de « cyclopes » aux « Scinopodæ », et omet entièrement ce dernier nom.

Le long chapitre sur les animaux de l’Inde provient soit d’Honorius, soit de Jacques de Vitry ou de Neckam.

Fo 55 B. — Le musqualiet est petit comme une souris et a un petit museau. Il s’agit sans doute de la musaraigne, mentionnée par Isidore [137].

La légende des arbres qui parlèrent à Alexandre est une des plus répandues à propos du roi de Macédoine. Elle s’est formée, comme beaucoup d’autres, grâce à la lettre d’Alexandre à Aristote [138], dans l’Histoire d’Alexandre du pseudo-Callisthène .

Nous la retrouvons dans les œuvres de Ranulph Higden [139] et de Jacques de Vitry [140].

Dans la sixième partie du chapitre II, Gossouin décrit les différentes parties de l’Asie.

Fo 60 C. — Il mentionne Tarse, Sabba et l’Arabie, « d’où venaient les Rois Mages ». On donne généralement comme origine de l’histoire des Rois Mages le verset 10 du Psaume LXXII : « Les rois de Tarscis et des îles lui présenteront des dons ; les rois de Schéba et de Séba lui apporteront des présents. » Isidore [141] et Honorius [142] disent tous deux : « Arabia, quæ etiam Saba dicitur, a Saba filio Chus. » Gossouin aurait donc dû dire Schéba au lieu de Sabba, puisque ce dernier est seulement un autre nom pour l’Arabie.

Fo 60 D. — La description de la Phénicie et du phénix est traduite en entier de Neckam. C’est le seul ouvrage, parmi les sources généralement employées dans l’Image du Monde, où nous trouvions tous les détails.

Isidore [143] et Honorius [144] décrivent une race d’hommes à cheveux blancs en Albanie. D’après Gossouin, ce peuple habite l’Arménie.

Fo 63 C. — Vers l’orient se trouve une population sale et vile descendue des Juifs [145]. Le mariage est inconnu parmi ces gens, parce qu’ils n’osent se fier aux femmes.

Cette légende est traduite littéralement de Jacques de Vitry [146] : « dicuntur Essaei, de genere Judæorum descendentes. »


Ch. III. — Le troisième chapitre traite de l’Europe et de ses contrées.

Fo 67 C. — Les copistes des divers manuscrits ont fort maltraité les noms de pays mentionnés par l’auteur. Sous ce rapport, le manuscrit Harley 4333 [147] du Musée Britannique est de beaucoup le plus correct. C’est grâce à lui que nous avons pu résoudre une énigme telle que Retecorinde, Retecorinde, Retecorindet, Rechecorinde, qui se trouve être un composé de deux noms : Rethe, Corinte, c’est-à-dire la Rhétie et la Carinthie.

La lettre x a aussi trompé plus d’un scribe : Saproine, Sarroine, Sapoine représentent Saxoine, la Saxe, et Naton ou Naaron l’île de Naxos.

D’après Gossouin, l’Europe s’étend jusqu’au Mont Geu (Mons Jovis), le Grand Saint Bernard. Cette information intéressante va nous aider à expliquer le chapitre suivant.

Fo 68 A. — L’Afrique, dit l’auteur, comprend la Lybie, la Syrie, la Palestine, la Grèce, la Lombardie, la Toscane, Alexandrie, la Gascogne, l’Espagne et d’autres contrées. À première vue cette liste semble ridicule : Fritsche [148], Fant [149], Langlois [150], et d’autres encore y voient une faute de copiste. Il paraît étrange pourtant qu’une erreur aussi étonnante se soit conservée dans tous les manuscrits de toutes les rédactions sans exception. Bien plus, le scribe de Royal 19 A IX [151] ne se contente pas de copier ce chapitre mot pour mot ; il y ajoute d’autres noms : Chypre, la Sicile, Naples, la Catalogne, la Galicie, la Navarre et le Portugal. Il nous semble donc nécessaire d’expliquer autrement que par une simple faute de copiste cette nomenclature étrange et qu’il faille en chercher la raison dans les connaissances géographiques même du moyen âge.

Quelques anciens faisaient de l’Afrique une simple province de l’Europe, comme le prouvent les citations suivantes :

Varron [152] (116-26 av. J.-C.) : « Ut omnis natura in cœlum et terram divisa est, sic cœlum in regiones, terra in Asiam et Europam. »

Salluste [153] (87-34 av. J.-C.) : « In divisione orbis terræ plerique partem tertiam Africam posuere : pauci tantummodo Asiam et Europam esse, sed Africam in Europa. »

Orose [154] (Ve siècle) : « ....quamvis aliqui duas (partes), hoc est Asiam, ac deinde Africam in Europam accipiendam putarint. »

Gervaise de Tilbury [155] (XIIIe siècle): « ....sed potius in Europa deputantes Africam, hoc est secundæ partis portionem appellare maluerunt. »

Ranulph Higden [156] (XIVe siècle) : « Idcirco qui res humanas evidentius agnoverunt duas tantum orbis partes accipiendas censuerunt, scilicet Asiam solummodo et Europam ; Africam vero censuerunt Europæ finibus deputandam... »

Ces extraits suffisent pour montrer qu’une opinion assez répandue a guidé Gossouin. D’une manière un peu arbitraire, il a fixé la limite, évidemment très vague, entre l’Europe et l’Afrique, attribuant à cette dernière le littoral entier de la Méditerranée. Ainsi la Carinthie, la Thessalie, l’Epire, « une partie de Constantinople », sont en Europe. Mais l’Italie, la Grèce, l’Espagne, la Palestine sont en Afrique.

Le fait que pas un seul des copistes n’ait songé à transférer cette énumération au chapitre sur l’Europe, que certains d’entre eux y ajoutent même d’autres noms, semble prouver qu’il s’agit là d’un fait admis à l’époque et d’un exemple curieux des connaissances géographiques au moyen âge. D’après cela, nous comprenons pourquoi notre auteur indique le Grand Saint Bernard comme limite sud de l’Europe.

Fo 68 D. — Le paragraphe suivant, sur Naxos, nous fournit un exemple remarquable de la négligence des scribes. Le nom paraît dans les manuscrits de l’Image du Monde sous les formes Naaron, Varon et Anon.

Dans la description de cette île, Gossouin commet une série d’erreurs. Pour lui, Naxos est le lieu natal de saint Denis qui fut décapité en France.

Dès le IXe siècle le premier évêque de Paris a été identifié avec Denis l’Aréopagite, légende qui doit son origine à Hilduin [157]. Une des plus sérieuses accusations contre Abailard a été son refus d’admettre cette identité.

Il est certain que saint Denis n’a pas vu le jour à Naxos ; quant à l’Aréopagite, son origine est prouvée : Suidas [158], son biographe, nous dit qu’il est né à Athènes.

Comment expliquer cette seconde erreur de Gossouin ? La réponse est fort simple. Les fertiles vignobles de Naxos l’avaient fait surnommer Dionysias (c’est-à-dire l’île de Dionysus, autrement dit Bacchus). C’est donc cette ressemblance fortuite qui a trompé notre auteur et l’a induit à faire de Naxos le lieu natal de saint Denis.

Fo 69 A. — Isidore [159] décrit les deux îles de Melos et de Paros ; il ajoute que, de cette dernière, on tire du marbre blanc. Gossouin a combiné les deux îles dans sa description de Melos.

Il mentionne ensuite la reine de Samos « qui prophétisa la venue du Christ ». Elle était une des plus fameuses sibylles et la sixième en rang.

Fo 69 B. — L’île de Bosus où les serpents ne peuvent vivre est sans doute l’"Εβυσσος mentionné par Ptolémée. C’est l’île d’Iviça, une des Baléares.

Colombine, la Columbina Terra ou Colubraria de Pline, peut être soit l’île de Formentera, soit le groupe des Columbretes sur la côte d’Espagne. La position de cette île sur les anciennes cartes ne permet guère de résoudre la question : la probabilité est en faveur de Formentera, quoique la forme même du mot « Columbretes » soit un argument en faveur de ce groupe peu important.

Fo 69 D. — L’île disparue de Platon dans la mer Bétique est naturellement l’Atlantide dont le philosophe grec parle dans le Critias [160] et dans le Timée [161].

Gossouin décrit en quelques mots l’île perdue de saint Brandan. Sur les cartes du moyen âge [162] elle est placée au sud de l’île Antilia, à l’ouest des îles du Cap Vert. [163]


Ch. VI. — Le chapitre six est presque entièrement consacré à l’Irlande. Les merveilles de ce pays ne le cédaient en rien à celles de l’Inde au moyen âge. Nous trouvons même dans Giraldus Cambrensis [164] des détails qui, dans l’Image du Monde, se trouvent dans le chapitre sur les Indes : ainsi la description des femmes à barbe de Limerick. Gossouin suit d’ailleurs de très près dans ce chapitre l’ouvrage de Giraud.

Fo 71 C. — L’île de Tylle, où il n’y a qu’un jour dans l’année et où les arbres sont toujours verts, représente deux îles dont parle Isidore [165] : Tylos, aux Indes, qui est toujours verte ; et Thyle ou Thulé près de l’Angleterre.

Fo 72 B. — D’après l’Image du Monde, il y a, en Bretagne, des gens qui ont une queue au bas du dos. Ce passage est pris de Jacques de Vitry [166] qui dit expressément in Majori Brittania, ne nous laissant ainsi aucun doute : il s’agit de l’Angleterre.

S. Baring-Gould a publié une étude sur le sujet [167]. Il ne cite pas de sources très anciennes, et le fait que la légende est déjà bien connue en 1246 nous permet de douter qu’elle ne date que de Thomas à Becket, comme Baring-Gould le suggère.

L’origine la plus probable se trouve dans Capgrave et dans Alexandre de Esseby, cités par John Bale, évêque d’Ossory, dans son ouvrage « Actes of English votaries » : Les habitants du pays de Dorchester, ayant attaché, par dérision, des queues de poisson aux vêtements de saint Augustin de Canterbury, celui-ci les maudit, eux et leurs descendants. Depuis lors les habitants de cette contrée eurent une queue au bas du dos.

Cette légende s’étendit peu à peu à l’Angleterre en général, et Bale, qui écrivait vers 1550, se plaint amèrement qu’il est impossible à un Anglais de voyager dans d’autres pays sans être appelé coué.

Fo 72 B. — Les femmes au pied du Mont Gieu qui ont des bosses sous le menton ne nous sont que trop connues. La réputation des goitreux du Valais était évidemment déjà établie au moyen âge.


Ch. VII. — Gossouin donne, dans le chapitre sept, une description des phénomènes les plus communs. C’est là que se trouve un passage des plus importants pour l’attribution de l’auteur de la rédaction en prose [168].


Ch. XIII. — Un chapitre qu’il est à propos d’élucider nous décrit comment l’eau de mer devient salée : Dans certaines parties du monde il fait si chaud que la terre au fond de la mer transpire ; le soleil attire cette transpiration qui est très salée et qui se mêle peu à peu avec l’eau douce. De ce mélange provient l’eau de mer.

Cette explication se retrouve dans plusieurs auteurs [169], et presque mot pour mot dans le livre de Sydrach, de même que la matière du chapitre suivant, sur l’air et sa nature.


Ch. XIV. Fo 84 C. — La vie de l’homme dépend de l’air humide qu’il respire. Notre auteur prouve la densité de ce fluide au moyen d’une verge qui plie si on l’agite rapidement.

Cet exemple ne paraît se trouver dans aucun écrivain antérieur à Gossouin.

Les esprits malins qui prennent leur forme de l’air humide sont décrits par saint Augustin [170] : Dæmones æria sunt animalia, quoniam corporum æriorum natura vigent.


Ch. XV. Fo 88 D. — Le De Laudibus de Neckam a suggéré à Gossouin beaucoup de passages de sa seconde partie. C’est là seulement [171] que nous trouvons la description originale de la cause du tonnerre [172] : Lorsqu’on plonge un fer rouge dans l’eau froide, il s’ensuit une explosion ; de même, un éclat de tonnerre se produit lorsque la foudre traverse un nuage épais.

La fin du chapitre quinze correspond au passage suivant d’Adelard :

(o. c. quaest. 68 : Quare nec simul nec semper cum videmus ignem talem audimus fragorem)... ut si quis ab altissima montis specula in una valle percussorem notet prius auctum rei visum quam auditum arguet.


Ch. XVII (b). — C’est aussi dans Neckam que Gossouin a puisé sa description du dragon : une vapeur sèche qui prend feu, tombe sur la terre et disparaît. Dans le De Laudibus [173] on lit : Impetus in longum nubem producit, et illam Serpentis formam visus habere putant.


Ch. XVIII. Fo 91 D. — La distance de la terre à la lune, selon A et d’autres manuscrits, est de quinze fois la circonférence de la terre.

Les chiffres varient beaucoup : les manuscrits S, Harley 4333 et Additional 10 015 donnent tous 12 au lieu de 15. D’après Fo 127 B du manuscrit A, la distance de la terre à la lune est égale à 24 1112 fois le diamètre de la terre (le diamètre = 6500 milles) = 161 958 13 milles.

La circonférence de la terre, d’après Fo 127 B = 20 428 milles. Ainsi la distance ne serait que de 8 fois la circonférence de la terre, résultat ridicule et pas du tout d’accord avec les autres calculs de l’auteur [174]. De plus 8 ne se trouve dans aucun des manuscrits. D’après le manuscrit de Turin [175], la distance de la terre à la lune

= 34 1112 fois le diamètre de la terre ;
= 226 958 13 milles ;
= presque 12 fois la circonférence de la terre.

Nous avons donc ici un nombre mentionné par plusieurs manuscrits. Mais, pour y arriver, nous avons dû admettre la leçon du manuscrit de Turin : 34 1112, au lieu de 24 1112. Celle-là est heureusement confirmée, d’abord par les calculs du chapitre XVI de la troisième partie où, si nous prenons comme base 34 1112 les résultats obtenus sont toujours corrects et se confirment les uns aux autres, et ensuite par la mesure du vers, correcte dans le manuscrit de Turin, mais fautive dans d’autres copies de la première rédaction, comme nous le montrons plus loin [176].

Quant au chiffre 15, aucun des calculs précédents ne le produit comme résultat. Nous y voyons une simple faute de copiste.

Donc nous lisons ici 12 au lieu de 15.

Fo 92 C. — Un passage frappant semble confirmer ici l’emploi de Bède comme une des sources de l’Image du Monde. Nous donnons in extenso dans la note sur le texte même [177], cet extrait tiré des Elementorum Philosophiæ.

Fo 92 D. — Les taches de la lune sont simplement la réflexion de la terre. D’autres disent cependant que la lune a perdu sa splendeur première à cause de la chute d’Adam. Neckam écrit [178] : « Merito enim praevaricationis primorum parentum, omnium planetarum et stellarum fulgor dispendium claritatis sustinuit. Luna vero, quae citima terris est, et aspectibus humanis familiarius occurens, maculam in se retinuit. »


Ch. XIX (a). — Gossouin nous dit que le dimanche prend son nom du soleil, information qui lui vient de Neckam [179] ; « ...in die Dominica, quam Philosophi dicunt esse diem solis. »

Ch. XIX (b). — Le mouvement du firmament produit une douce harmonie. Les petits enfants peuvent entendre cette musique : voilà pourquoi ils sourient dans leur sommeil.

L’origine de cette jolie légende se trouve probablement dans ce passage de Bède [180] : « Si autem aliquis in altero mundo nasceretur (si possibile esset), ut sanctus Augustinus affirmat, ut in hunc mundum postea venisset, eam [181] sine ullo impedimento audiret, eique ultra vires placeret. »

L’étude de la seconde partie nous laisse peu de doutes sur les sources employées par Gossouin. Il prend son bien où il le trouve, sans altérer le sens de l’original. Sans même changer l’ordre des matières, il traduit parfois toute une série de chapitres d’un seul auteur. Même les fautes de traduction dont il se rend coupable ne peuvent que nous confirmer dans nos suppositions.

Nous donnons donc comme sources principales de la seconde partie : Honorius, Jacques de Vitry, Neckam, Gervaise de Tilbury.


Troisième partie. — Dans la troisième partie Gossouin s’occupe d’astronomie. Les connaissances en mathématiques dont il fait preuve sont loin d’être méprisables. Si le résultat de ses calculs varie, la faute en est aux copistes des manuscrits. Nous chercherons à lui rendre son dû sous ce rapport.

Notre auteur mentionne aussi certaines légendes qu’il est intéressant d’étudier.


Ch. V. Fo 103 D. — Selon lui, saint Denis, avant d’être converti par saint Paul en Grèce, observa l’éclipse de soleil qui eut lieu à la mort de Jésus-Christ. Il éleva un autel au dieu inconnu.

Tout ce que nous savons sur saint Denis nous vient de saint Grégoire de Tours. La légende qui identifie l’évêque de Paris avec l’Aéropagite ne s’est formée que plus tard. Nous en avons déjà parlé [182].

L’exclamation de l’Aéropagite, ἢ τὸ θείον πάσχει, ἢ τῷ πασχόντι συμπάσχει [183], dont Gossouin nous donne la version française, était adressée à son ami Apollophanes.


Ch. VI. — La plupart des idées contenues dans le chapitre six se retrouvent dans Neckam et surtout dans Adelard de Bath [184] ; mais notre auteur a employé ses sources d’une manière très libre et a beaucoup étendu la matière.


Ch. VIII. — Gossouin a fait plusieurs emprunts à l’Almageste de Ptolémée. Il s’agit naturellement de Claude Ptolémée, né, à ce qu’on croit, à Ptolemaïs dans la Thébaïde, qui enseignait à l’école d’Alexandrie au milieu du IIe siècle après Jésus-Christ. Son ouvrage a été traduit par Boèce. Mais le titre arabe dont se sert notre auteur, l’Almageste, tend plutôt à faire supposer que la traduction employée pour l’Image du Monde est celle faite par ordre de Frédéric II vers 1230 [185].

Le roi Ptolémée de notre encyclopédie appartient à la dynastie des Lagides, dont aucun n’a laissé de traces comme astronome. L’erreur de Gossouin est probablement due à Isidore qui, selon Halma, donne le titre de roi à Claude Ptolémée.

Ce chapitre est occupé en grande partie par un sermon, qui est loin d’être sans mérite, sur l’emploi du temps, sur la ponctualité et la punition de ceux qui poursuivent la fortune et oublient le service de Dieu.


Ch. IX. — L’historien Flavius Josèphe [186] et Gervaise de Tilbury [187] mentionnent tous deux la légende suivante : Les philosophes, sachant que le monde devait périr deux fois, par l’eau et par le feu, élevèrent deux colonnes pour y inscrire les sept arts. L’une était de pierre pour résister à l’eau, l’autre de briques pour résister au feu.

D’après l’historien juif, les deux colonnes existaient encore de son temps en Syrie, et avaient été érigées par Seth.


Ch. X. Fo 116 B. — Josèphe attribue aussi à ce dernier la découverte de l’astronomie après le déluge, tandis que l’Image du Monde cite Abraham et Sem, fils de Noé, au lieu de Seth. La ressemblance des noms aura trompé Gossouin.

Fo 117 A. — Ce dernier affirme plus loin que Platon et Aristote croyaient à la Trinité. Quoiqu’il en dise, cette croyance n’a jamais été attribuée à Aristote au moyen âge. Clément d’Alexandrie [188] est le premier qui fasse mention de Platon à cet égard. Il donne comme preuve certaines lettres et plusieurs passages du Timée.


Ch. XI. — Au chapitre cinq de la première partie [189], Gossouin a décrit Virgile le prophète. Il va maintenant nous parler de Virgile le magicien.

Chacun sait que le poète latin doit cette étrange réputation à la huitième églogue et à un passage de l’Enéide [190]. Les prodiges attribués à Virgile sont répétés de tous côtés au moyen âge, mais aucune des sources mentionnées ne paraît être l’original dont Gossouin a fait usage.

Un des miracles cités dans l’Image du Monde ne se retrouve nulle part tel que notre auteur nous le décrit : celui des deux cierges et de la lampe qui brûlent sans cesse, enfouis dans la terre.

Il est certain qu’une partie de la légende, celle qui se rapporte à la lampe, était déjà connue au moyen âge bien avant Gossouin ; les exemples suivants le prouvent : Dans le Roman de Troie de Benoist de Sainte-More [191], nous lisons (v. 16 751 seq) :

Oiez que firent li trei sage ;
Desor, devant chascune ymage,
Firent lampes d’or alumer ;
Onques nus hom nes vit fumer.
Tex est li feus, ja n’esteindra
Ne a nul jor ne desceistra ;
Si est fez et de tel nature
Que toz jorz art et toz jorz dure.

Guillaume de Malmesbury [192], dont l’ouvrage a peut-être servi de source à Benoit [193], écrit :

Epitaphium hujusmodi repertum :

« Filius Evandri Pallas, quem lancea Turni »

« Militis occidit more suo, jacet hic. »

Quod non tunc crediderim factum, licet Carmentis, mater Evandri, Latinas litteras dicatur invenisse ; sed ab Ennio vel alio aliquo antiquo poeta compositum. Ardens lacerna ad caput inventa arte mechanica, ut nullius flatus violentia, nullius liquoris aspergine valeret exstingui.

Gossouin paraît être le premier auteur du moyen âge qui attribue ce miracle à Virgile. Du moins ni Fritsche [194], ni Comparetti [195], personne de fait, n’a trouvé jusqu’ici la source de la légende telle que notre auteur la rapporte, mais les passages cités ci-dessus sont, semble-t-il, un indice précieux.

Gossouin a parfaitement pu connaître soit le Roman de Troie, soit l’Enéas, ou la Chronique de Guillaume de Malmesbury.

Le rapport entre les idées est maintenant évident : Virgile, auteur de l’Enéide et magicien, devient aisément, dans l’esprit de Gossouin, l’inventeur de la lampe merveilleuse du tombeau de Pallas.

Les cierges sont un trait ajouté peut-être par notre auteur lui-même.

La source n’est donc pas certaine ; mais il est fort probable que le passage cité de Guillaume de Malmesbury est l’origine de la légende telle qu’elle se trouve dans l’Image du Monde.

Thomas Wright remarque, dans une note manuscrite [196], que l’histoire de la mouche d’airain, dont aucune mouche ne peut s’approcher sans périr, semble avoir existé en Orient. Dans les voyages d’Evliya Efendi (Oriental Translation Committee, p. 17), l’auteur, parlant de certaines colonnes à Constantinople, dit : « Sur une d’elles érigée par le Hakim Filikús (Philippe), seigneur du château de Kavaláh, se trouvait une mouche d’airain qui, par son bourdonnement incessant, chassait toutes les mouches d’Istámból. »

À Naples se trouve encore le Château de l’œuf. Il y a là peut-être une trace de cet autre miracle de Virgile : la ville bâtie sur un œuf.


Ch. XII. — Le chapitre suivant nous explique l’invention de l’argent. Gossouin donne d’abord l’étymologie du mot monnaie qui vient, selon lui, soit du verbe mener, parce qu’elle mène les gens qui voyagent, soit du grec μόνος, parce qu’il n’y avait autrefois qu’une seule espèce d’argent.

Le chapitre des dérivations n’est pas le moins curieux de l’Image du Monde : Septentrion [197], d’après Gossouin, prend son nom des Sept étoiles ; Afrique [198] vient d’enfer, et veut dire apportée ; Melos [199], ainsi nommée à cause du doux chant des oiseaux, vient de mélodie. La première île qui apparut après le déluge en reçut le nom et s’appela Delos [200].

La mention de parisis et de tournois semble montrer qu’à l’époque de Gossouin ces deux espèces de monnaie s’employaient encore indifféremment l’une pour l’autre.


Ch. XIII. — En décrivant la manière dont les philosophes voyageaient autrefois, l’auteur introduit saint Brandan qu’il a déjà mentionné au chapitre cinq de la seconde partie [201].


Ch. XV. — Ce chapitre et les suivants contiennent les calculs de l’auteur sur les dimensions de la terre.

Brunetto Latino semble avoir employé, dans son Tresor [202], les mesures de l’Image du Monde. Le manuscrit dont il s’est servi est certainement un des meilleurs ; comme nous le verrons, ses mesures s’accordent entre elles et peuvent donc nous aider à rétablir le texte.

Jusqu’à présent les méthodes employées dans ce but ont été : la mesure des vers, la rime et la comparaison des manuscrits.

Il est possible, dans certains cas, de vérifier les résultats par les calculs mêmes : c’est ce que nous allons essayer de faire.

La circonférence de la terre, selon Gossouin, est de 20 428 milles. Brunetto Latino [203] et les manuscrits R et Harley 4333 donnent 20 427 milles. Il n’y a aucun calcul dans le reste de l’ouvrage qui nous permette de contrôler la valeur de ces chiffres ; nous acceptons donc la leçon de la plupart des manuscrits : 20 428 milles.

Le mille a 100 pas ; le pas, 5 pieds ; le pied 14 pouces. Ici l’erreur est évidente, et nous mettons 12 pouces au lieu de 14.

Le diamètre de la terre est de 6500 milles. Brunetto Latino [204] donne la distance du firmament à la terre comme étant égale à « 10 066 fois le diamètre de la terre, c’est-à-dire 65 429 000 ».

65 429 000 divisé par 10 066 = 6500.

Ce nombre est, donc correct en tant qu’il prouve que Brunetto Latino n’a pas fait de faute de calcul ; mais nous tâcherons de démontrer plus loin [205] que le nombre 10 066 est erroné.


Ch. XVI. — Ptolémée [206] dit que la terre est 39 14 fois plus grande que la lune. Nous lisons dans Brunetto Latino [207] et dans la plupart des manuscrits « 39 fois et un peu plus ».

Au chapitre dix-huit de la seconde partie [208], nous avons donné nos raisons pour indiquer la distance de la terre à la lune comme étant égale à 12 fois la circonférence de la terre. De là nous avons déduit que cette distance était de 226 958 13 milles environ. Le diamètre de la terre étant de 6500 milles, nous devons en conclure que la lune est à une distance de la terre égale à 34 1112 fois le diamètre de la terre. Ceci justifie la leçon du manuscrit de Turin (34 1112), quoique les autres manuscrits et Brunetto Latino [209] donnent 24 1112. Ajoutons que ·XX· étant un monosyllabe et ·XXX· dissyllabe, la mesure du vers confirme le nombre trente [210].

Le soleil est 166 320 fois plus grand que la terre. Ptolémée [211] dit 170 fois ; mais il n’y a pas de raison pour refuser d’admettre les calculs de Gossouin. Celui-ci est d’ailleurs d’accord avec Neckam [212].

Selon l’Image du Monde et Brunetto Latino [213], la distance de la terre au soleil est de 585 fois le diamètre de la terre « comme l’a prouvé Ptolémée ». L’Almageste estime cette distance à 1210 fois le rayon de la circonférence de la terre.


Ch. XVII. — Une difficulté se présente au commencement même de ce chapitre. Selon Brunetto Latino [214] et le manuscrit de Turin, la distance de la terre au firmament est de 10 066 fois le diamètre de la terre ; selon les autres manuscrits, de 10 055 fois. Quelle leçon faut-il adopter [215] ?

Le premier exemple donné par Gossouin nous dit que, si un homme faisait 25 milles par jour, il atteindrait le firmament en 7157 12 ans.

Les calculs donnent le résultat suivant :

1) 10 055 × 6500 (diamètre de la terre) = 65 357 500 (distance de la terre au firmament).

1)65 357 500 : (25 × 365 14) = 7157 13.

2) 10 066 × 6500 (diamètre de la terre) = 65 429 000

2)65 429 000 : (25 × 365 14) = 7165 13.

Donc si nous prenons comme base de notre calcul 10 055, le résultat correspond au nombre d’années indiqué par les manuscrits.

Le second exemple est le suivant : Si Adam, depuis sa création, avait fait 25 [216] milles par jour, il aurait encore à marcher 713 ans depuis le jour où le manuscrit original a été écrit, c’est-à-dire le six janvier 1245 (v. s.).

Si nous prenons pour base 10 055, la création de l’homme aurait eu lieu en 5199 12 av. J. C. : la date mentionnée par Orose [217]. Voici le calcul :

65 357 500 [218] : 25 [219] = 2 614 300

2 614 300 : 365 14 = 7157 12.

7157 12 — (1245 + 713) = 5199 12.

Avec la base 10 066, nous trouvons que la création d’Adam a dû avoir lieu en 5207 310 av. J. C. : nombre peu probable et pour lequel il n’y a aucune autorité.

Ici donc l’évidence est en faveur de 10 055.

Le dernier calcul est moins compliqué : Si une pierre tombait du firmament pendant 100 ans, elle devrait faire 53 12 milles par heure dans sa chute pour arriver jusqu’à la terre.

Le nombre 53 12 est évidemment corrompu ; il est facile de le prouver.

1) 6500 (diamètre de la terre) × 10 055 = 65 357 500 (distance de la terre au firmament).

1)65 357 500 : 876 600 (nombre d’heures en 100 ans) = 74 12 milles.

2) 6500 × 10 066 = 65 429 000.

2)65 429 000 : 876 600 = 74.

Nous devons choisir entre 74 et 74 12. Aucun manuscrit ne paraît offrir la leçon 74. La leçon 74 12 au contraire se trouve dans le manuscrit Sloan 2435 du Bntish Museum, et ce chiffre qui répond à nos calculs vient aussi confirmer la base 10 055.

Nous mettons donc 74 12 au lieu de 53 12.

Si nos conclusions à propos des chiffres sont admises, notre étude aurait un résultat pratique : celui d’aider à la reconstitution de la rédaction en vers.

La troisième partie semble être basée sur l’Almageste de Ptolémée. Mais nous pouvons aussi mentionner Honorius, la Philosophia Mundi et Neckam.

Nous avons donné une liste des sources principales de l’Image du Monde, mais cette liste est probablement loin d’être complète. Les lectures de notre auteur ont été aussi vastes que variées. Il en a fait bon usage. Pourtant il est resté original jusqu’à un certain point. Il sait développer la matière que lui fournissent ses sources. Les calculs sont absolument le résultat de ses propres efforts [220]. Même au point de vue littéraire il montre parfois un certain talent descriptif : ainsi son chapitre sur l’enfer.

Mais ses exemples surtout ont une valeur indiscutable. Gossouin est au fond un pédagogue ; son but est d’instruire ses lecteurs. Ce qui pourrait être obscur, il l’explique au moyen de comparaisons ou de dessins d’une véritable utilité. Il prouve la densité de l’air par une verge qui plie lorsqu’on l’agite [221] ; il démontre au moyen d’une chandelle allumée l’alternance du jour et de la nuit [222] ; il nous explique d’une manière originale pourquoi l’on voit l’éclair avant d’entendre le tonnerre [223]. Ses remarques sur la force centrifuge [224], sur le mercure et l’eau [225], montrent un esprit éclairé. Il emploie un exemple frappant pour faire comprendre à ses lecteurs la présence universelle de Dieu : la voix d’un homme que chacun dans une foule peut entendre en même temps sans pourtant la voir [226].

Ces passages ne sont pas tous originaux ; mais Gossouin a du moins le mérite d’avoir su choisir ce qu’il y avait de vraiment utile et instructif dans ses sources.

Enfin, disons-le à son honneur, il a su éviter le grand défaut des œuvres de vulgarisation au moyen âge : il ne moralise pas à tout propos.

Même encore maintenant nous pouvons lire avec intérêt la géographie et l’astronomie de l’Image du Monde.

Il est facile de comprendre pourquoi cet ouvrage a survécu pendant des siècles : il n’a vraiment perdu sa valeur scientifique qu’à l’aurore des temps modernes.


Liste des principaux manuscrits de l’« Image du Monde »
employés par l’éditeur.


PROSE

Bibliothèque Nationale : fonds fr. 574 = A.

Bibliothèque Nationale : fonds fr. 25344 = B.

Bibliothèque Nationale : Nouv. acquis. fr. 6683 = V

Bruxelles : Bibliothèque Royale, 9822 = C.

M. Suchier = S.

British Museum : Reg. 19. A. IX. = R.

VERS

British Museum : Arundel 52 (1re rédaction).

British Museum : Sloan 2435 (1re rédaction).

British Museum : Harley 4333 (2me rédaction).

British Museum : Additional 10 015 (1re rédaction).


Dans le texte, les abréviations du manuscrit A sont remplacées par des italiques, les corrections sont en caractères gras.

Dans les notes :

Sydrach S veut dire : Manuscrit Suchier du livre de Sydrach.

Sydrach Add. veut dire : Manuscrit Additional 16 563 du British Museum.


I. Les chiffres arabes (1, 2, etc.) se rapportent aux « variae lectiones ».
II. Les astérisques (*, **, etc.) se rapportent aux remarques sur la grammaire, etc.
III. Les lettres (A, B, etc.) se rapportent aux notes sur les sources.
L’IMAGE DU MONDE
DE
MAITRE GOSSOUIN

Version en prose
(Texte du manuscrit fr. 574 corrigé d’après d’autres manuscrits.)

[F° 1 a] [a] Ci commence [227] li chapitre du roumanz [228] mestre Gossouin [229] qui est apelez ymage du monde.

Ce [230] livre de clergie, que l’en apele l’ymage dou monde, qui est translatez de [231] latin en rommanz [232], contient ·lv· chapistres et ·xxviii· [F° 1 b] figures, sanz quoi li livres ne porroit estre legierement entenduz, qui est devisez en ·iii· parties, dont la première partie contient ·xiiii· chapistres et ·viii· figures, sanz le prologue.

Li premiers chapistres [F° 1 c] parole de la poissance de Dieu. Li seconz, pour quoi Diex fist le monde. Li tierz, pour quoi Diex forma [233] homme a sa samblance [234]. Li quarz, pour quoi Diex ne fist houme [235] tel qu’il ne peüst pechier [236]. Li quinz, pour quoi et comment les ·vii· arz furent trouvées, et de lor ordenence [237]. Li sisiesmes, des trois manieres de genz [238] que li philosophe poserent au monde, et comment clergie vint en France. Li septiesmes, de la manière des ·vii· arz. [F° 1 d] Li oictiesmes [239], de nature comment ele oevre et quel [240] chose ce est. Li nueviesmes, de la fourme du firmament. Li disiesmes, comment les quatre elemenz [241] i sunt [242] assis. Li onziesmes, comment la terre se tient en mi le monde. Li douziesmes, quele la reondesce de la terre est. Li treziesmes, pour quoi Diex fist le monde reont. Li quatorziesmes, de l’ineleté du cours du firmament et des vii planetes.

[F° 2 a] Ci commencent les chapistres de la seconde partie, dont il en y a ·xix· et ·ix· figures.

Li premiers chapistres est comment la terre est devisée en diverses parties et quel [243] part ele est habitée. Li seconz est de la mapemonde [244], et ou ele commence. Si i est d’Aise la grant, et de paradis terrestre, et ou il siet. Et d’Inde, et de la diverseté [245] des genz. Et des pierres des contrées d’Aise la menour ; des genz et des poissons et des arbres [F° 2 b] qui la sont. Li tierz est d’ [246] Europe et de ses regions. Li quarz, d’Aufrique et de ses contrées. Li quinz, des ylles et de leur choses. Li sisiesmes, des diversetez d’ [247] Europe et d’Aufrique ; et la maniere des bestes et des oisiaus [248] qui i sont. Li septiesmes, d’aucunes choses communes. Li oictiesmes, ou enfers siet, et quel [249] chose ce est. Li nueviesmes, pour quoi et comment l’yaue court par mi la terre [F° 2 c]. Li disiesmes [250], pour quoi yaue douce et salée, noire et chaude et envenimée sourt. Li onziesmes, ou la mappemonde fenist, et si i est des diverses fontainnes [251]. Li douziesmes, comment la terre croulle [252] et fent. Li treziesmes [253], comment la mer devient salée. Li quatorziesmes, de l’air et de sa nature. Li quinziesmes, comment nues, pluies, gelées, nois, grelles, tempestes, esparz, et tonnoires [254] aviennent. [F° 2 d] Li seziesmes est comment li vent naissent. Li diseseptiesmes est du feu et des estoiles [255] qui samblent courre [256] et cheoir, et du dragon, et que ce est, et dont ce vient. Li diseoictiesmes, du [257] pur air, et comment les ·vii· planetes i sont assises. Li disenueviesmes, des [258] estoiles et de la concordance de tout le firmament.

Ci commencent li chapistre [259] de la tierce partie, dont il en y a [F° 3 a] ·xxii· et ·ix· figures.

Li premiers chapistres est comment il est jour et nuit [260] ; et pour quoi l’en ne voit les estoiles de jourz [261], et le soleill de nuit [262]. Li seconz, comment la lune reçoit diversement lumiere. Li tierz, comment les eclypses de la lune aviennent. Li quarz, des eclypses du soleill [263]. Li quinz, de l’eclypse qui avint a la mort Jhesu Crist. Li sisiesmes, de [264] la ver-[F° 3 b]tu du ciel et des estoiles. Li septiesmes, comment l’en mesura le monde, et pour quoi. Li oictiesmes, du roy Tholomeu [265] et des autres philosophes. Li nueviesmes, comment [266] l’en sauva les clergies pour le deluge. Li disiesmes, comment l’en retrouva les clergies après le deluge. Li onziesmes, des merveilles que Virgiles fist par astronomie. Li douziesmes est [267] pour quoi et comment monnoie fu establie. Li treziesmes, des [268] philosophes qui cerchierent le monde pour aprendre. [F° 3 c] Li quatorziesmes est de philosophie, et de la reponse Platon [269]. Li quinziesmes, combien la terre a de lonc environ, et d’espés par mi. Li seziesmes, combien la lune et li solaus [270] contiennent de grant et de haut, chascun [271] en droit soi. Li diseseptiesmes, de [272] la grandeur et de la [273] hautesce des estoiles. Li diseoictiesmes [274], del nombre des estoiles et des ymages que eles forment en eles el ciel. Li disenueviesmes [275] [F° 3 d] de la grandeur du firmament et du ciel qui est desus. Li vintiesmes, du ciel cristalin et du ciel empiré. Li vinteuniesmes, du celestiel paradis et de son estre. Li vintedeusiesmes, c’est li darreains. Si i [276] est li recors, ou la recapitulations des choses devant dites est.

Ci commence l’ymage du monde.

Qui bien veult savoir et en-[F° 4 a] tendre cest livre pour savoir et pour aprandre [277] comment il doit vivre et soi contenir en cest sicle [278] [* 1], dont il vaudra mieulz [279] touz les jours de sa vie, si lise tout premierement et tout ordenéement, si qu’il ne lise riens avant, devant ce qu’il entendra bien ce qui est devant. Et ainsi porra il savoir et entendre cest livre.

Ore donques, qui veult entendre a cest commandement, il porra aprandre [280] en cest li-[F° 4 b]vre grant partie de la faiture du monde, et comment il fu faiz par nature de Dieu et acompliz, et pour quoi il fu establiz ; dont il nous fist si trés grant bonté, li douz sires, que nous n’eüssiens [281] riens esté [282] neant plus que ce qui onques ne fu.

Si prions au commencement de cest livre a Dieu le pere tout poissant [283] que il [284] nous doint entendre tel bien et tel science aprendre et retenir qui nous maint et conduie en paradis, [F° 4 c] la ou il est, et que nous en puissons [285] conquerre s’amour et sa grâce.

Si commencerons tout avant [286] du glorieus Dieu souverain et de sa puissance [287].

  1. Cf. p. 11.
  2. Contant d’Orville. Mélanges tirés d’une grande bibliothèque (Paris 1780), t. 4, p. 59.
  3. Neander : General History of Christian religion and Church (tr. J. Torrey. Bohn’s Library. 1851-58) t. 7, p. 449.
  4. Haase : Untersuchung über die Reime in der Image du Monde (Halle 1879).
  5. F° 82 c.
  6. F° 80 a.
  7. Fant : L’Image du Monde (Upsala 1886) p. 7.
  8. Ces vers se trouvent dans les manuscrits de la seconde rédaction.
  9. 1245 vieux style.
  10. La liste la plus complète des manuscrits de l’Image du Monde nous est donnée par Grand. Il mentionne 51 manuscrits de la première rédaction en vers*. À cette liste nous pouvons ajouter : Sainte Geneviève 2200 ; Modène n° 32 (XII.C, 7)** ; British Museum, Sloan 2435. Le manuscrit Barrois 171 de Ashburnam Place a été acheté, à la vente de cette bibliothèque, par Quaritch de Londres (v. E.-D. Grand, dans École Nationale des Chartes. Positions de thèses par les élèves de 1885 p. 81-84 ; aussi E.-D. Grand. L’Image du Monde. Recherches sur le classement des manuscrits de la première rédaction, dans la Revue des langues romanes, 4e série, VII (1893-94), p. 1-58).

    * Le manuscrit Caius College, Cambridge, n° 384, que Grand mentionne parmi les manuscrits de la première rédaction, fait vraiment partie de la seconde (v. P. Meyer, Les manuscrits français de Caius College, dans Romania XXXVI, p. 517).

    ** V. sur ce manuscrit : Camus, Notices et extraits des manuscrits français de Modène, dans la Revue des langues romanes t. XXXV (1891), p. 203-211.

  11. Fant, o. c. p. 5.
  12. Bibl. Nationale, manuscrit fonds fr. 2480 (v. Fant, o. c. p. 6).
  13. Bibl. Nat., manuscrits fonds fr. 14963 et 1553 (v. Fant, o. c. p. 6).
  14. Bibl. Nat., manuscrits fonds fr. 1669 et 1548 (v. Fant, o. c. p. 6).
  15. 1245 (v. s.).
  16. V. Bourgeat, Études sur Vincent de Beauvais (Paris 1856), p. 17.
  17. Manuscrit Harley 4333 du Musée britannique, f° 5 a.
  18. Chapitre 17 de la IIIe partie, f° 129 b.
  19. Cf. p. 53, s.
  20. 1247 vieux style.
  21. Grand mentionne seize manuscrits de la seconde rédaction (v. E.-D. Grand, dans École Nationale des Chartes. Positions de thèses par les élèves de 1885, p. 81-84 ; et dans École Nationale des Chartes. Positions de thèses par les élèves de 1886, p. 83-88). Le manuscrit Caius College 384 est de la seconde rédaction, et non pas de la première, comme le dit Grand. Il faut donc l’ajouter à cette liste-ci (v. p. 2, n. 8*). On connaît de plus : Stuttgart, poet. 16 (v., sur ce manuscrit, un article dans Serapeum [Leipzig, 1848] vol. IX p. 116), et Cheltenham, Phillipps 3655. P. Meyer a fait une étude spéciale de ce dernier manuscrit, de celui de la Bibliothèque Nationale, fr. 14961, contenant une interpolation provençale ; et enfin du manuscrit du Musée britannique Harley 4333. Quoique ce dernier se distingue sous certains rapports de tous les autres manuscrits, nous le joignons à la liste de la seconde rédaction dont il possède tous les traits distinctifs. Nous revenons plus loin (p. 5 n. 1) sur ce manuscrit important. (V. sur le manuscrit Phillipps : P. Meyer, dans Romania XV (1886) p. 236-357, 643 ; Romania XXI (1892) p. 299, 481-805 ; aussi dans Notices et extraits des manuscrits de la Bibl. Nat. (1891) t. 34, p. 149-259. — E.-D. Grand dans la Revue des langues romanes (janvier-mars 1893) t. 37. V. sur le manuscrit fr. 14961 : P. Meyer, dans le Bulletin de la Société des anciens textes français (1909) p. 46-60. — V. sur le manuscrit Harley 4333 : P. Meyer, dans Romania XXI (1892) p. 481-505 ; Ch.-V. Langlois, La connaissance de la nature au moyen âge (Paris 1911) p. 59 s.
  22. Ce manuscrit a tous les traits caractéristiques de la seconde rédaction ; il ne s’en distingue que par son prologue et par quelques passages qui manquent. Mais l’ordre des chapitres est le même et l’ouvrage est divisé en deux parties seulement.

    Paul Meyer a étudié ce manuscrit (v. Romania XXI [1892] p. 481). Pour lui, Harley représente une étape intermédiaire entre la première et la seconde rédaction. Langlois (o. c. p. 63) y voit « une troisième rédaction postérieure aux deux autres, puisqu’elle les mentionne, mais dont il n’y a aucun moyen de déterminer la date. »

    L’opinion de P. Meyer sur ce point, comme sur celui de la date, nous semble avoir en sa faveur des arguments bien plus concluants que ceux de Langlois. Ce dernier fait observer qu’il y a plusieurs lacunes dans le manuscrit ; d’où il conclut que l’auteur a simplement supprimé quelques digressions, en vérité trop amples, de la seconde rédaction.

    Pourtant l’argument contraire semble être tout aussi plausible et bien plus d’accord avec les faits. Selon nous, la rédaction représentée par Harley est antérieure à la seconde rédaction. Par conséquent les passages qui manquent n’ont pas été omis : ils ne se trouvent pas dans le manuscrit de Londres, simplement parce que l’auteur n’avait pas à sa disposition certains matériaux qu’il ne s’est procurés que plus tard ; en voici la preuve : Dans la seconde rédaction, l’auteur fait deux fois allusion à un voyage entrepris par lui-même. Nous citons d’après Langlois (o. c. p. 56) :

    ... fors uns dont je trouvai la Vie
    En la cité d’Acre en Surye
    En un livre qui le devise
    Que je trovai en une eclise
    D’ancienne religion
    Qui apent a Monte Syon.
    Mere Eclise en Jerusalem.

    La « vie » dont il s’agit est la légende de Seth au Paradis terrestre qui occupe 314 vers.

    Dans un second passage, l’auteur décrit la Sicile et le Mont Gibel (l’Etna) ; il nous fait part de ses impressions lors de son ascension du volcan (Langlois, o. c. p. 57) :

    Je, qui cest livre fis ici,
    Celes .II. monteignes je vi
    Et montai en son la plus grans
    Pour veïr ce qu’ist de leans.
    La bouche vi de la fumée
    Qu’adès fume sanz reposée...

    Or, ce sont là précisément les deux passages qui manquent à Harley, de même qu’ils manquent à la première rédaction et à celle en prose.

    Cela nous semble être une preuve conclusive que l’opinion de P. Meyer est celle qu’il faut adopter, et que Harley représente en effet un état encore imparfait de la seconde rédaction, une édition antérieure aux voyages de l’auteur.

    Langlois nous dit qu’il trouve dans le manuscrit de Londres la mention de deux rédactions. Il cite à ce propos le passage suivant (Langlois, o. c. p. 60, 62, 63) :

    Fo 5 a :Mès ne sui pas si toz senez
    Ce ne fu .I. sols hom gentils,
    Fils de roi prodom et sutils,
    Freres au roi Loys de France
    Qui conquist lo fer et la lance
    La corone Deu et la Croix,
    C’est li contes Robers d’Artois.
    a celui lo dona premiers,
    Car il aprenoit volentiers.
    Et après fis lo secont mez
    A l’avesque Jake de Mez,
    Frere lo duc de Loheregne,
    Mon evesque et signor demeine.

    Nous avons déjà eu l’occasion, plus haut (p. 3), de mentionner Robert d’Artois. Quant au frère du duc de Lorraine, il a été évêque de Metz de 1239 à 1260.

    Selon Langlois, la dédicace au frère de saint Louis se rapporte à la première rédaction ; la dédicace à Jacques de Metz, à la seconde. Il n’y a rien là qui soit incompatible avec notre théorie des dates, car Robert dArtois vivait en 1246 ; ainsi la première rédaction aurait parfaitement bien pu lui être dédiée alors.

    Mais après tout pourquoi s’efforcer de trouver un sens caché dans les lignes de notre auteur lorsqu’une explication fort simple peut résoudre toutes les difficultés ? Nous savons qu’au moyen âge dédier successivement à plusieurs patrons le même ouvrage n’avait rien d’extraordinaire. Langlois lui-même (o. c. p. 60) en cite un exemple frappant : le cas de la double dédicace de Philippe de Thaon à deux reines d’Angleterre.

    L’Image du Monde nous offre donc un cas parallèle et, selon nous, l’auteur dédie à Robert d’Artois et à Jacques de Metz non pas deux rédactions successives, mais un seul et même ouvrage : la rédaction représentée par le manuscrit Harley 4333.

  23. À l’appui de sa théorie, Langlois cite P. Meyer qui, nous dit-il, qualifie la leçon 1245 d’isolée et sans valeur (o. c. p. 50).

    Ce sont en effet les propres termes de P. Meyer, tels qu’on peut les lire dans Romania, XXI (1892), p. 503. Mais dans cet article le savant critique traite du manuscrit Phillipps, de Cheltenham, manuscrit de la seconde rédaction à laquelle la date 1245 ne s’applique évidemment pas.

    P. Meyer n’avait aucune intention de généraliser puisqu’à la page 482 du même article il dit en tout autant de termes que la première rédaction date de 1246 n. s. (i. e. 1245 v. s. dans les manuscrits).

    La citation est donc plutôt un argument contre la théorie de Langlois.

  24. Langlois, o. c. p. 50, 51 n.
  25. Fant, o. c. p. 37.
  26. De même, avec une unanimité déconcertante, les scribes de la première rédaction prennent comme base de leurs calculs sur le voyage d’Adam de la terre au firmament (cf. p. 4) l’année 1245, les scribes de la seconde rédaction, 1247. Langlois (o.c. p. 110 n.) pense que, pour ce passage, les manuscrits adaptent simplement leurs calculs au changement fictif de date.

    Nous sommes prêt à croire que l’auteur lui-même a refait ce calcul à deux reprises ; mais il semble bien peu probable que de simples copistes aient fait de même dans le cas de chaque manuscrit.

  27. Neubauer, dans Romania V (1876) p. 129 s., 131 s. ; cf. p. 11.
  28. Jacques de Vitry, Historia Hierosolomitana (Douai 1597) ch. 93.
  29. Pour ce passage et le latin correspondant, voir f° 75 c note.
  30. Cf. p. 14 s.
  31. V. plus haut p. 2.
  32. L’information de Caxton est intéressante, car, par elle, nous pouvons juger combien de travail un homme était capable de faire en un temps donné au moyen âge.
  33. Manuscrit cité par Fant (o. c. p. 25).
  34. D’après Fant (o. c. p. 19).
  35. F° 14 a.
  36. Ces éditions ne sont pas datées, mais, d’après certains signes extérieurs et la comparaison avec d’autres imprimés de Caxton, on fixe généralement la date de la première édition à 1481, et de la seconde à 1490.

    Les exemplaires connus du Mirrour of the World (c’est ainsi que Caxton intitule sa traduction) sont assez nombreux. Seymour de Ricci, dans son ouvrage si complet sur les incunables de Caxton (A Census of Caxtons. Printed for the Bibliographical Society at the Oxford University Press. 1909), mentionne 33 exemplaires de la première édition, et 19 de la seconde.

    La Early English Text Society de Londres a sous presse une reproduction annotée de l’édition de 1481, contenant les gravures sur bois de Caxton en fac-simile.

    Cf. le chapitre sur la filiation des manuscrits, p. 18 s.

  37. E.-D. Grand (o. c. Positions de thèses 1885) mentionne un exemplaire à Paris (Bibl. Nat. impr. D. 3782. Rés.) et un à Oxford (Bodl. Douce. M. M. 483). Il faut ajouter à cette liste : British Museum 568. e. 16 (éd. de 1520), et 697. D. 22 (éd. de 1501).
  38. V. A. Neubauer, dans Romania t. V (an 1876) p. 129-139, et dans l’Histoire Littéraire, t. XXVII p. 500 s. ; cf. p. 8.
  39. E.-D. Grand mentionne un exemplaire de ce plagiat à Paris (Bibl. Nat. impr. Y. 6143. A. Rés.) (E.-D. Grand dans Pos. de thèses 1885).

    Le Mireour du Monde, imprimé à Lausanne en 1846, n’a aucun rapport ni avec le plagiat, ni avec aucune des rédactions de l’Image du Monde : c’est un ouvrage qui reproduit, d’après un manuscrit du XIVe siècle, de longs passages de la Somme le Roy.

  40. Brunet (Manuel du libraire 5e éd,. vol. III, p. 1118, 1751) donne 1542 comme date de l’impression. — V. aussi Catalogue de La Vallière t. I p. 62 et t. II p. 198-201.
  41. Bibl. Nat. fonds fr. 24428.
  42. Dom Calmet, Bibliothèque lorraine (Nancy 1751) p. 406.
  43. P. Meyer, dans Notices et Extraits des Manuscrits t. XXXIV (1891) p. 149-259. Id. dans Romania t. XXI (1892) p. 481-505, 299.
  44. V. Le Clerc, dans l’Histoire littéraire de la France t. XXIII, p. 327
  45. La seconde rédaction contient environ dix mille vers et est divisée en deux parties seulement.
  46. Cf. p. 3 n. 4.
  47. V. p. 9 s.
  48. Langlois, qui est en faveur de cette théorie d’identité, dit à ce propos : (o. c. p. 60) « Il semble donc que la balance doive pencher plutôt du côté de Gossuin, surtout si l’on considère qu’il devait être, pour ainsi dire, instinctif, pour un rubricateur placé en présence d’un manuscrit comme il y en a eu sans doute, où l’on lisait : Si le fist maistre G. de Mies, de résoudre arbitrairement l’abréviation G. par « Gautier », l’un des noms les plus répandus au moyen âge. »

    Remarquons en passant que la forme du nom choisie par Langlois (Gossuin) ne se présente nulle part.

  49. Cf. p. 12, s.
  50. O. c. p. 62.
  51. Il semble suffisamment prouvé que l’auteur de la première rédaction était messin (cf. p. 2). Ce fait est encore mieux confirmé dans la seconde rédaction (y compris la rédaction intermédiaire), car nous y lisons à propos de Charlemagne (v. Fant, o. c p. 9, 10) :

    Et sout assez d’astronomie.
    Si come l’en trouve en sa Vie
    Qu’a Mez en Loherraine gist
    Dont cil fu que cest livre fist.

  52. Cf. p. 3 et f° 25 d du texte.
  53. A Saint Ernol, une abeïe
    De moines noirs, qu’est establie
    Droit devant Mez en Loherraine
    Trovai ceste histoire anciene. (V. Fant, o. c. p. 7.)

  54. Fant, o. c. p. 38.
  55. V. p. 14 n. 4.
  56. Langlois, o. c. p. 61 n. 2.
  57. Pour les partisans de Gauthier comme auteur de la seconde rédaction la dédicace du manuscrit Harley (v. p. 5 n. 1) s’explique aisément : Ils ont le choix entre deux arguments également valables : 1° Gauthier a fort bien pu dédier son ouvrage (i. e. la rédaction intermédiaire qui, complétée plus tard, devient la seconde rédaction) à deux personnages différents ; ou, 2°, reprenant la théorie de Langlois et faisant de la rédaction intermédiaire une troisième rédaction postérieure aux deux autres, Gauthier aurait dédié la seconde rédaction à Robert d’Artois, et la troisième à Jacques de Metz.
  58. British Museum, Royal 19 a. ix.
  59. Ce titre est répété deux fois : à la première ligne de la table des matières ; puis à la fin de l’ouvrage.
  60. Guillaume Flote était chancelier de France en 1339.
  61. Comme nous le verrons plus tard (p. 19), ce détail est très important pour établir la filiation des manuscrits.
  62. V. L. Delisle et P. Meyer, l’Apocalypse en français, dans Bulletin de la Société des anciens textes français (Paris 1901) p. 111.
  63. Manuscrit R, fo 4 b : Ci fu grossé et de tous poins ordonné, comme dist est, en la ville de Bruges, l’an de l’Incarnation nostre seigneur Jhesu Crist mil quatre cens soixante et quatre par le commandement de Jehan le clerc, librarier et bourgeois d’icelle ville de Bruges.
  64. Caxton, The Mirrour of the world, f o 5 a : which was engrossed and in alle poyntes ordeyned by chapitres and figures in ffrenshe in the toun of Bruggis the yere of thyncarnacion of our Lord .M.CCCC.LXIIII in the moneth of Juyn...
  65. Cf. p. 16.
  66. Manuscrit R, fos 4 et 4 vo. Cette même information se retrouve à la fin, fo 151 : ... fut cestui volume compilé l’an de l’incarnation Nostre Seigneur Jhesu Crist .M.II.C. quarante et cincq a la requeste de mon seigneur Jehan, duc de Berry.
  67. Mirrour, fo 7 vo. : Which said book waz translated out of latyn in to ffrensshe by the ordynaunce of the noble duc Johan of Berry and Auuergne the yere of Our Lord .M.CC.xlv.
  68. Jean de Berry, fils du roi Jean le Bon, vécut de 1340 à 1416. Il prit une part active à la bataille de Poitiers, et fit un séjour en Angleterre comme otage pour son père.
  69. V. fo 39 b.
  70. V. fo 115 b.
  71. Mirrour, fo 5 : ...humbly requyryng alle them that shal fynde faulte, to correcte and amende where as they shal ony fynde, and of suche so founden that they repute not the blame on me but on my copie, whiche I am charged to folowe as nyghe as God wil gyue me grace.
  72. Cf. p. 11, n. 3.
  73. Les lacunes de B correspondent aux fos suivants dans
    A : 29 a à 30 a.
    40 c à 41 c.
    42 d à 43 c.
    45 d à 47 c.
    80 c à 81 c.
    93 d à 94 d.
    98 c à 99 c.

    Nous avons toujours noté dans le texte les mots mêmes où commence et où se termine la lacune.

  74. Cf. p. 23.
  75. V., par exemple, fos 30 b, 48 d, 49 a, etc., où les lacunes du manuscrit N sont notées.
  76. V., sur le dialecte du scribe de A, p. 25 s.
  77. E.-D. Grand, dans la Revue des langues romanes t. 37 (1893) pp. 1-58.
  78. Cf. p. 18 s.
  79. Cf. p. 11, n. 1.
  80. British Museum, Arundel 52. Il manque 79 vers à ce manuscrit ; mais, à part deux passages assez longs qui sont notés, le copiste a seulement omis quelques lignes de peu d’importance pour le sens des phrases.
  81. Cf. sont (= suum) fo 36 d ; cette forme se retrouve fos 74 a et 82 b, elle est, de plus, confirmée par des exemples et des parallèles dans d’autres auteurs ; par conséquent nous l’admettons.
  82. V. fo 5 b.
  83. V. fo 22 a.
  84. Haase, Untersuchung über die Reime in der Image du Monde (Halle, 1879.)
  85. Haase, E.-D. Grand et Fant, o. c. passim.
  86. Les formes qui se retrouvent en anglo-normand sont marquées d’un astérisque.
  87. Le dialecte anglo-normand a fait le sujet d’une étude spéciale par Stimming (Der Anglonormannische Bœve de Haumtone, vol. VII de la Bibliotheca Normannica. Halle, 1899). La liste des formes que nous donnons ici est basée sur cet ouvrage.
  88. Paulin Paris, Les manuscrits français de la bibliothèque du roi (Paris, 1842).
  89. Fritsche, Untersüchung über die Quellen der Image du Monde (Halle a/S., 1880).
  90. V. Histoire littéraire de la France t. IX, p. 42.
  91. V. fo 117 a et b. Le savant ouvrage de Sandys (History of classical scholarship. Cambridge 1906-08, 8°), contient des informations très détaillées sur les connaissances du grec au moyen âge. Il mentionne les traductions de Boèce (o. c. p. 253 s.) et cite un poème de cet auteur qui est entièrement inspiré par le Timée et le Gorgias de Platon (o. c. p. 256). Boèce cite aussi Homère.

    Les auteurs grecs que nous donnons parmi les sources sont les suivants :

    Aristote. — Physique : Boèce en donne de nombreuses citations dans ses ouvrages (Sandys, o. c. p. 256). Nous en avons vu nous-même une traduction latine dans un manuscrit du XIIIe siècle au British Museum.

    Métaphysique : Il s’en trouve une traduction latine au British Museum dans un manuscrit du XIIIe siècle.

    De Cœlo : « Aristotelis de Cœlo et Mundo libri 3 » (manuscrit latin du XIIIe siècle au British Museum).

    Platon. — Gorgias : Traductions dans Boèce (Sandys, o. c. p. 256).

    Timée : Traductions dans Boèce. Aussi nous avons vu au British Museum un manuscrit latin du Xe siècle : Chalcidii interpretatio latina Timœi Platonis.

    Pseudo-Callisthène. — On possède des traductions latines nombreuses de cet auteur dès le VIIe siècle (cf. Budge. Alexander the Great. Cambridge 1889. p. liv.). C’est dans l’ouvrage du Pseudo-Callisthène que se trouve la Lettre d’Alexandre à Aristote dont il y a plusieurs manuscrits latins au British Museum datant dès le XIIe siècle.

    Ptolémée. — Almageste : Cet ouvrage a été traduit de l’arabe en latin par ordre de Frédéric II en 1230 (v. Halma. Almageste. Paris, 1813, p. 39).

    Suidas. — Vita Dionysii, traduction latine par Robert de Lincoln (v. Fabricius. Bibliotheca Græca t. VI p. 402).

  92. V. Langlois, o. c. p. 195 s.
  93. V. Suchier und Birch-Hirschfeld : Geschichte der Französischen Literatur (Leipzig et Vienne, 1900) p. 223, 224.
  94. Langlois, o. c. p. 197.
  95. C’est à dessein que nous omettons Vincent de Beauvais. Dans le cours de tout l’ouvrage nous n’avons que cinq fois l’occasion de le citer, et chaque fois les sources ordinaires fournissent la même matière. Voir texte fos 42 a ; 42 b ; 49 c : 69 b ; 117 d ; 118 d.
  96. Saint Augustin, Liber de diligendo Deo (Migne, Patrologia, t. 40) ch. II.
  97. Saint Augustin, De Trinitate (Migne, Patrologia, t. XLII, col. 1048). lib. 14, ch. XII.
  98. Saint Augustin, De libero arbitrio (Migne, Patrologia, t. XXXII, col. 1221), II, ch. I.
  99. Eglogue IV, v. 13 et 14.
  100. Saint Augustin, Epistolarum classis IV, Epist. 258 (Migne, Patrologia, t. XXXIII, col. 1073).
  101. V. Bettinelli, Delle lettere e delle arti Mantovane (Mantoue, 1775) ; aussi Comparetti, Virgilio nel medio evo (Livorno, 1872) p. 72 s. Enfin cf. le vieux chant de Noël de l’Église qui commence par ce vers, Maro, Maro, vates gentilium, da Christo testimonium.
  102. Legrand d’Anssy, Notices et extraits des manuscrits de la Bibliothèque Nationale (Paris, an VII de la République) V, p. 243 s.
  103. Saint Thomas d’Aquin, Summa Theologica (Migne, Patrologia, Series secunda, t. I, col. 1313) Pars prima, quaest. 105, art. V. — Nous ne désirons nullement suggérer que Thomas d’Aquin ait, dans ce passage, copié Gossouin. C’est plutôt, selon nous, un exemple frappant qui était d’usage courant à l’époque.
  104. Albert le Grand, Summa Theologiae, Prima pars. VII. Quæst. 30, 6. (Opera Omnia, vol. 31, p. 307. Paris, 1895.)
  105. V. sur Boèce et ses connaissances du grec p. 29 n. 1.
  106. 2. 1. 192 b. 14 (ed. E. Teubner. Leipzig, 1879).
  107. 2. 1. 193 a. 28 (ed. E. Teubner. Leipzig, 1879).
  108. 11. 3. 1070 a. 6 (ed. E. Teubner. Leipzig, 1879).
  109. Bède, Quæstiones Variæ (Migne, Patrologia, t. 93, col. 463) Quæst. 9.
  110. Saint Grégoire le Grand, Moralia (Migne, Patrologia, t. 76, col. 450) liber 28, ch. 1.
  111. O. c. p. 20.
  112. Vincent de Beauvais, Speculum Naturale (Vincentius Bellovacensis, Bibliotheca Mundi 4 vol. Douai, 1624, vol. I, col. 374) VI. 7, cf. p. 30 n. 3.
  113. Adélard de Bath, Quæstiones Naturales (Louvain, 1480) Quæst. 49.
  114. Neckam, De Naturis Rerum (ed. T. Wright. Londres, 1863) l. I, ch. 16.
  115. O. c. p. 21.
  116. Honorius Augustodunensis, Imago Mundi (Migne, Patrologia t. 172) I, 5.
  117. Sénèque, Questions naturelles IV. 11.
  118. Neckam, o. c. I, 5.
  119. Neckam, o. c. I, 9.
  120. Manuscrit de la Bibl. Nationale, suppl. lat. 1218.
  121. Musée britannique, Arundel 52.
  122. Miller. Mappæmundi (Stuttgard, 1895) III, 127.
  123. Isidore de Séville, Etymologiæ (Migne, Patrologia, t. 81-84) XIII, 11. 11.
  124. Caxton, dans sa traduction (fo 35 a), remplace le mot montagne par étoile. C’est un des rares cas où il s’est permis d’altérer le texte français.
  125. Isidore, o. c. XIV, 5. 2.
  126. Honorius, o. c. I, 32.
  127. Vincent de Beauvais, Speculum Historiale (Bibliotheca Mundi, vol. IV, p. 28, Douai, 1624) I. 76.
  128. Saint Ambroise, De Paradiso (Migne, Patrologia t. 14, col. 280) III.
  129. Saint Augustin, De Genesi ad litteram (Migne, Patrologia, t. 34) VIII, 7.
  130. Orose, Historiarum libri septem (Migne, Patrologia, t. 31) I, 2 : « Mons Oscobares, ubi Ganges fluvius oritur. »
  131. Orose, o. c. I. 2 : « Parchoatras, mons Armeniæ. »
  132. Sir John Maundeville, Voyages and Travels (Londres, 1886) ch. 26.
  133. Honorius, o. c. I, 12.
  134. Saint Jérôme, Vie de saint Paul (Migne, Patrologia, t. 23, col. 22).
  135. Honorius, o. c. I, 12.
  136. Honorius, o. c. I, 12.
  137. Isidore, o. c. XII, 3. 4 : « musaraneus. »
  138. Cf. p. 29, n. 1.
  139. Ranulph Higden, Polychronicon (ed. Babington, Londres, 1865-86. 9 vol.) lib. I, ch. 11 [vol. 1 p. 84].
  140. Jacques de Vitry, Historia Hierosolomitana (Douai, 1597) ch. 85.
  141. Isidore, o. c. XIV, 3. 45.
  142. Honorius, o. c. I, 15.
  143. Isidore, o. c. XIV, 3. 34.
  144. Honorius, o. c. I, 19.
  145. Fritsche (o. c. p. 33) n’a pu expliquer ce passage, étant arrêté par le mot Juis (Juifs), qu’il lit Ivis ou Iris.
  146. Jacques de Vitry, o. c. ch. 82.
  147. Cf. p. 5 n. 1.
  148. Fritsche, o. c. p. 34.
  149. Fant, o. c. p. 14.
  150. Langlois, o. c. p. 89 n. 1.
  151. V. pour ce manuscrit p. 18 s.
  152. Varron, De lingua latina, 4.
  153. Salluste, Jugurtha, ch. 17.
  154. Orose, o. c. I, 2. (Migne, Patrologia t. 31, col. 673.)
  155. Gervaise de Tilbury, Otia Imperialia (ed. Leibnitz, Hanovre, 1707. 2 vol.) II, 11.
  156. Ranulph Higden, o. c. I, 7 (ed. Babington, vol. I, p. 50).
  157. Hilduin, Areopagitica (Migne. Patrologia, t. 106, col. 2009).
  158. Suidas (Migne, Patrologia. Series Græca, t. 117, col. 1251).
  159. Isidore, o. c. XIV. 6, 28, 29.
  160. Le Critias ne semble pas avoir été connu au moyen âge.
  161. V. sur le Timée p. 29 n. 1.
  162. V. Miller, o. c, passim.
  163. Dans la seconde rédaction en vers, le chapitre sur saint Brandan a été considérablement étendu et comprend 1740 vers, reproduits par Jubinal dans sa Légende de saint Brandaine (Paris, 1836, p. 105 s.) d’après le manuscrit Bibl. Nat. fonds fr. 1444. — V. aussi p. 51.
  164. Giraldus Cambrensis, Topographia Hibernica (ed. Dimock, vol. 5. Londres, 1861-91, Opera 8 vol.) II ch. 20, p. 107.
  165. Isidore, o. c. XIV, ch. 6, 4 et 13.
  166. Jacques de Vitry, o. c. ch. 92.
  167. S. Baring-Gould, Curious myths of the Middle-Ages (Londres, 1884) p. 145 s.
  168. V. p. 8 et 9 de l’introduction et fo 75 c n. du texte.
  169. V. fo 83 d s. n.
  170. Saint Augustin, De Genesi ad litteram (Migne, Patrologia, t. 34) lib. III. ch. X, 14.
  171. Neckam, De Laudibus Divinæ Sapientiæ (ed. T. Wright, Londres, 1863, p. 357 s.) III 97-118.
  172. Adélard de Bath attribue les éclairs et le tonnerre à la collision des nuages : il ne saurait donc être cité comme source (o. c. quæst. 64, 65).
  173. Neckam, De Laudibus I. 319 s.
  174. Cf. fo 127 b.
  175. Turin, Biblioteca nazionale : L. IV. 5 (manuscrit de la première rédaction en vers.)
  176. V. p. 52 et p. 52 n. 6.
  177. V. fo 92 c n.
  178. Neckam, De Naturis Rerum I. 14.
  179. Neckam, De Naturis Rerum I. 10.
  180. Bède, Musica Theorica (Migne, Patrologia, t. 90, col. 911).
  181. i. e. musicam.
  182. V. p. 43.
  183. V. Actes des Apôtres XVII, 23-34. — Suidas, dans Migne, Patrologia, Series Græca, t. 117. col. 1251. — De Launoy, Duo Dionysii (Paris, 1660).
  184. Adelard de Bath, o. c. Quæst. 74 : Utrum animatæ sint stellæ.
  185. V. Halma, Almageste (Paris, 1813) p. 61.
  186. Flavius Josèphe, Ἰουδαϊκὴ ἀρχαιολογία (Oxford, 1700) I, 2.
  187. Gervaise de Tilbury, o. c. (vol. I p. 899) I, 20.
  188. Clément d’Alexandrie, Stromata (Migne, Patrologia, Series Græca, t. 8, col. 155, 158) V, ch. 14.
  189. V. p. 32, 33.
  190. Enéide VI, 263 s.
  191. A. Joly : Benoit de Sainte-More et le Roman de Troie. Paris 1870-71. 2 vol. 4°. Vol. I p. 231 sq.
  192. W. Stubbs : Willelmi Malmesbiriensis monachi De Gestis Regum Anglorum (Londres, 1887, 2 vol. 8°.) Vol. I p. 259. « De corpore Pallantis filii Evandri. »
  193. V. A. Joly, o. c, passim. Selon Jacques Salverda de Grave (Enéas. Bibliotheca Normanica. Vol. IV. Halle, 1894, 8°, v. 6510 sq.), c’est l’Enéas qui a servi d’exemple à Benoit. Petit de Julleville (Histoire de la Littérature française, Paris, 1896, vol. I p. 220) voit au contraire dans l’Enéas un ouvrage postérieur au « Roman de Troie ». Voici d’ailleurs le passage de l’Enéas tel qu’il se trouve dans l’édition critique de Jacques Salverda de Grave (v. 6510 sq.) :

    Une lanpe ot desor pendue ;
    d’or esteit tote la chaeine,
    la lanpe fu de basme pleine ;
    ce fu merveillose richece,
    de beston en esteit la mece,
    d’une piere que l’en alume,
    tel nature a et tel costume :
    ja puis esteinte ne sera,
    ne nule feiz ne desfera.
    Li reis fîst la lanpe alumer,
    n’onc puis n’i estut recovrer.

  194. O. c. p. 49 sq.
  195. O. c. passim.
  196. La bibliothèque du romanisches Seminar de l’Université de Halle possède une copie manuscrite de l’Image du Monde faite d’après le manuscrit du British Museum Additional 10015. Cette copie appartenait à T. Wright. Il s’y trouve plusieurs notes de la main même du savant auteur qui, nous le savons, avait l’intention de publier une édition de l’Image du Monde, ouvrage que la mort l’a malheureusement empêché de mener à bien. (V. à ce propos : T. Wright, Popular Treatises on Science written during the Middle Ages in Anglo-Saxon, Anglo-Norman, and English [Londres, 1841] p. 8 de l’Introduction.) Nous devons à l’amabilité de M. le professeur Suchier d’avoir pu consulter le manuscrit de T. Wright.
  197. V. fo 48 c.
  198. V. fo 49 c.
  199. V. fo 68 d.
  200. V. fo 68 d.
  201. V. p. 43 et p. 43 n. 1.
  202. Brunetto Latini, Li Livres dou Tresor (ed. Chabaille, Paris, 1863) Livre I, part. III, ch. 110.
  203. Brunetto Latini, o. c. I, III, 110.
  204. Brunetto Latini, o. c. I, III, 111.
  205. V. p. 53 s.
  206. Ptolémée, Almageste (ed. Halma, Paris. 1813) V. 16.
  207. Brunetto Latini, o. c. I. III, 116.
  208. V. p. 46.
  209. Brunetto Latini, o. e. I, III, 116.
  210. Cf. manuscrit Sloan, fo 128 a :

    Et de terre si loing ensus
    ·xxiiii· tans et demi.

    Si nous lisons ·xxxiiii· tans et demi, le vers aura le nombre de syllabes voulu, et la leçon du manuscrit de Turin se trouvera doublement justifiée.

  211. Ptolémée, o. c. V, 16.
  212. Neckam, De Naturis Rerum I, 8.
  213. Brunetto Latini, o. c. I, III, 116.
  214. Brunetto Latini, o. c. I, III, 111.
  215. Cf. p. 51, 52.
  216. Les manuscrits de la rédaction en prose disent 20 milles, au lieu de 25. Mais il n’y a pas de raison pour qu’Adam ne fasse que 20 milles lorsque, dans l’exemple précédent, Gossouin donne 25 milles comme étant la distance couverte par un homme ordinaire en une journée. De plus les manuscrits en vers donnent 25 milles. Enfin les calculs qui suivent confirment le nombre 25. Il ne s’agit, dans les manuscrits en prose, que d’une simple faute de copiste.
  217. Orose, o. c. I, 1 : Sunt autem ab Adam, primo homine, usque ad Ninum magnum (ut dicunt) regem, quando natus est Abraham, anni tria millia centum octoginta et quatuor... A Nino autem vel Abraham usque ad Cæsarem Augustum, id est, usque ad Nativitatem Christi... anni duo millia quindecim. — Cette date devait être généralement admise au moyen âge puisque Gossouin l’emploie comme base de ses calculs sans même la mentionner.
  218. V. ci-dessus, calcul n° 1.
  219. Le même calcul fait avec 20 comme base donne les résultats suivants, qu’aucun ouvrage du moyen âge ne semble justifier :

    (Base : 10055) la création d’Adam est placée entre 6990 et 6989 av. J.-C.

    (Base : 10066) création d’Adam entre 6999 et 7000 av. J.-C.

  220. Par exemple le calcul sur le temps qu’Adam aurait mis à venir de la terre au firmament, et qui introduit la date de la composition de l’Image du Monde (III, 17), est indubitablement dû à Gossouin lui-même.
  221. II ch. 14.
  222. III ch. 1.
  223. II ch. 15.
  224. I ch. 12.
  225. II ch. 7.
  226. III ch. 21.
  227. — B, C : commencent.
  228. — B : romanz.
  229. — B : maistre Gossonin ; C : Gosson.
  230. — B : cest.
  231. — B : du.
  232. — B : roumanz ; C : roumant.
  233. — B : fourma.
  234. — B : semblance.
  235. — B : home.
  236. — « qu’il ne peüst pechier » manque dans A.
  237. — B : ordenance.
  238. — B : des gens.
  239. — B : oictismes.
  240. — B : quele.
  241. — B : element.
  242. — B : sont.
  243. — C : et en quelle.
  244. — B : mappemonde.
  245. — B : diversité.
  246. — B : de.
  247. — B : de.
  248. — B : oisiaux.
  249. — B : quele.
  250. — B : diesiesmes.
  251. — B : fontaines.
  252. — B : Li douziesmes est comment la terre croule.
  253. — Li treziesmes est.
  254. — B : espars et tonnaires.
  255. — B : estoilles.
  256. — B : semblent coure.
  257. — B : est du.
  258. — B : assisses. Li desenueivesmes est des.
  259. — B : chapistres.
  260. — B : jours el nuiz.
  261. — B : jour.
  262. — B : nuiz.
  263. — B : soleil.
  264. — B : est de la.
  265. — B : Tholomen.
  266. — B : est comment.
  267. — A : Li onziesmes, pour quoi...
  268. — B : li treiziesmes est des...
  269. — A : Pilaton.
  270. — B : soleil
  271. — B : chascune.
  272. — B : ...est de.
  273. — B : la manque.
  274. — B : diseoctiesmes.
  275. — B : disenueivesmes.
  276. — B : i manque.
  277. — B : aprendre.
  278. — B : siecle.
  279. — B : miex.
  280. — B : aprendre.
  281. — B : n’eüssons.
  282. — B : esté manque.
  283. — B : puissant.
  284. — A : quel il.
  285. — B : empuissons.
  286. — A : commencerons ront avant.
  287. — B : poissance.
  1. * La forme graphique i pour ie est fréquente en anglo-normand et autres ; Stimming en donne de nombreux exemples : Bœve de Haumtone (Halle a/S 1899), p. 202 : pice ; milz ; li (lætum) ; grivement ; de même Suchier, Altfranz. Gram. (Halle a/S 1893). p. 47 : pechith ; Vie de saint Auban (Halle 1876), p. 47 : fichi, etc. ; Lais de Marie de France (Halle a/S, 1900) p. 62 : pice, sentir. — Le scribe de A écrit « matire » f° 26 D, passim ; « eslivent » f° 89 B.
  1. Vers d’après Arundel 52. [F° 1 aF° 4 c = Vers 1-30].

i [a].
Cist chapistres parle de [1] la poissance Dieu.

Quant Diex fist [2] le monde au commencement, il ne li en estoit nul mestier. Car autretant avoit il devant comme il ot après. Car Diex fu devant et sera touz jourz [3], sanz fin et sanz commencement [b]. Donques ne s’en amenda il de riens. Car [F° 4 d] il ne li failli onques nulle chose.

Tout voit, tout tient en sa main. Il n’ot onques ne faim, ne soif, ne tans, ne mois, ne heure. Ainz demuere [4] tout adès en touz biens. Car a lui n’afiert ne tost ne tart ; quen qui onques, fust [5] ne qui ja soit li [6] est touz jourz [7] devant les ieulz [8], autresi bien li loing comme li près. Tout ausi bien veoit [9] il le monde ainz qu’il feüst [10] faiz, comme [11] fait orendroit [c].

Et se il n’eüst onques fait le monde, autre-[F° 5 a]tant vausist il adonques comme il puet jamais mieulz [12] valoir. Car autrement ne fust il pas Diex, se il ne seüt [13] [* 1] tout et veïst tout, quanque jamais [14] estre peüst. Car ainsi feüst il defaillanz et nonpoissanz [15] d’aucune chose, et de tant fust il hons mortels [d].

Mais sa nature n’est pas tele. Car il est Diex entierement, sanz commencement et sanz fin. Nulle ne li est viez ne nouvele ; ainz li est touz jourz [16] bele et fresche ; et touz biens [17] sont siens [18] [F° 5 b] a droiture et par nature s’en vount [19] [* 2] a lui. Car de lui viennent touz [20] et muevent et a lui tienent [21] leur droit chemin.

Il n’avra ja cure de nul mal ; car sa bontez est toute pure et saintisme et sainne et nete [22], sanz nul mal. Car li mal li sont contraire, et pour ce couvient [23] il qu’i [24] [* 3] se traient en sus de lui et de [25] touz ses biens. Car ce n’est [26] fors que [27] fiens et ordure. Si le couvient [28] descendre en parfont.

Et li biens couvient [29] aler contremont devant [F° 5 c] Dieu, qui est cler [30] et purs [31] et nez. Et li maus [32], qui est obscurs et laiz et tenebreus seur [33] toute rien, laist [34] [* 4] le bien et descent aval.

Car ce couvient il par nature, ausi comme l’en voit de l’ordure du vin qui est mis el vaissel, que li laiz se depart du bel, si que li bons demeure en haut et la lie demeure au fonz, qui est mauvaise. Et li bons vins [35] qui demeure en haut devient touz jours clers et nez ; et li mauvais [36], qui est au fonz, [F° 5 d] devient touz jours obscurs et laiz. Et de tant comme li bons devient plus clers, de tant retient la lie plus d’ordure et de maleürté et d’obscurté [37].

Tout ausi [38] est il du [39] bien et du mal. Car li maus couvient descendre en lieu tenebreus et orrible et plain de toute douleur ; et li biens couvient estre amont devant Dieu, ou tuit [40] li bien sont. Et com plus esclarcist li biens devant Dieu et plus s’esjoist, tant a li maus [F° 6 a] plus d’oscurté et de douleur en enfer, ou il est touz dis et sera tant comme Diex sera en paradis, ou Diex a touz biens devant soi et adès les avra sanz painne et sanz annui. Touz les a et touz les enlumine, sanz nulle defaute [41] et sanz nul termine.

Diez puet tout faire et tout redeffaire [42] sanz soi muer de riens qui soit. Car il peut [43] tout et tout consent. Nulle riens ne se prent a lui. Il est estables [44], sanz movement [45], et tuit mouve-[F° 6 b]ment viennent de lui.

Cent mile anz ne li montent mie a la cent milliesme part d’une seule heure de cest monde, n’a toz cels [46] qui en [47] paradis sont, dont li mendres qui la demeure a plus de bien en une seule heure et de joie et de deduit [48] et de soulaz et d’onneur [49], dont jamais [50] ne sera [51] lassez, que nus hons ne porroit penser ne ne savroit en cent ·M· anz, se il tant pooit durer et fust li plus soutils qui onques fust ne qui jamais soit et [F° 6 c] i pensast au mieulz [52] qu’i [53] peüst [e].

De cele grant gloire est Diex touz sires, comme Diex qui tout set et tout voit quanque fu et quanque iert [54].

Et tout a, quanque affiert a lui. Onques ne li failli nus biens ; adès [55] les a devant lui. Ne ne fu onques biens [56] ne jamais n’iert, qui [57] ne fust devant Dieu pourtrait avant qu’i feïst [58] le monde.

Ore oez pour quoi Diex fist le monde.

  1. — B : Ci premiers chapitres parole de...
  2. — B : fist manque.
  3. — B : jours.
  4. — B : demeure.
  5. — B : tout quen qui onques fu.
  6. — A : il.
  7. — B : jours.
  8. — B : ieux.
  9. — B : voit.
  10. — B : que il fust.
  11. — B : comme il.
  12. — B : comment il puet jamès miex.
  13. — B : seüst.
  14. — B : jamès.
  15. — B : fust il defaillans et nonpoissans.
  16. — B : jours.
  17. — B : et tuit bien.
  18. — B : sien.
  19. — B : vont.
  20. — B : viennent tuit.
  21. — B : tiennent.
  22. — B : saine et neite.
  23. — B : convient.
  24. — B : qu’il se..
  25. — A : de manque.
  26. — B : est manque.
  27. — B : que manque.
  28. — B : convient.
  29. — B : convient.
  30. — B : clers.
  31. — B : pur.
  32. — B : maux.
  33. — B : suer.
  34. — B : lait.
  35. — B : vins manque.
  36. — B : mauveis.
  37. — B : oscurté.
  38. — B : ainsi.
  39. — B : dou.
  40. — B : tout.
  41. — B : deffaute.
  42. — B : redesfaire.
  43. — B : puet.
  44. — B : estable.
  45. — B : mouvement.
  46. — A, B, C, N : ne tuit cil... Ce passage est corrigé d’après les manuscrits Sloan 2435, Arundel 52, Harley 4333, qui donnent tous « n’a toz cels ».
  47. — B : em.
  48. — A : duit.
  49. — B : d’ouneur.
  50. — B : jamès.
  51. — A, B, C, N : ne seront ; Sloan, Arundel, Harley : sera.
  52. — B : miex.
  53. — B : qu’il.
  54. — B : sera.
  55. — B : nul bien, et tout adès... N : adès les a touz.
  56. — B : nul biens.
  57. — B : qui tout...
  58. — A : avant qu’i feust le... B : avant qu’il feïst le monde. Or... C : avant qui le fist le... N : avant qu’il feïst le...
  1. * seüt : la chûte de l’s en angln. est confirmée : eüt (habuisset), deüt, etc. (Stimming, o. c. p. 226.)
  2. * vount : forme angln., Suchier, Altfranz. Gram., p. 66. Ex : doune, ount, fount Stimming. o. c. p. 192. Voir f° 11 d « fount ».
  3. * « qu’i » = qu’il : cette forme se présente fréquemment soit dans le m. A, soit dans B, cf. pour A f° 6 c, 8 c, 11 b, etc. ; pour B f° 17 d, 93 a, etc. Les exemples sont nombreux dans d’autres textes : Chevalier du Papegau (Halle 1897), p. 11. 29, 32. 9 etc. ; fréquent aussi dans le Narbonnais (ed. Suchier).
  4. * laist : P. I. de laire ou laiir. Ex. : Huon de Bordeaux (Paris, 1860) v. 5839, laist. — Vie de saint Gilles (Paris, 1881) v. 1595, leist.
  1. [F° 4 cF° 6 c = vers 31-132.]
  2. « car Diex... commencement. » Sydrach Ad. 240.
  3. « Car lui... orendroit. » Sydrach Ad. 1 — S. 115.
  4. « car autrement... mortels. » Sydrach Ad. 208 — S 324.
  5. « Cent mile... peüst. » Sydrach Ad. 239 — S 594.


ii [a].
Pour quoi Diex fist le monde.

[Fo 6 d] Diex fist le monde a sa volenté, pour ce qu’il i peüst avoir aucune chose qui feust [1] [* 1] tele qui ses biens peüst desservir, se [2] il ne perissoit en lui. Et pour ce establi il cest monde ; non pas pour ce que miex l’en fust, ne qu’il en eüst nul besoing, mais il le fist par charité et par sa trés grant debonnaireté. Car il vouloit [3], comme bons, qu’autres partist a lui et a ses biens, et que toute autre creature, chascune selonc [4] sa nature, se sen-[Fo 7 a]tist de sa puissance, selonc ce que a lui apertenist [5] [b].

Ainsi volt establir cest monde que tel chose en peüst issir qui entendre et savoir peüst la noblece [6] de son pooir et de sa sapience et dou [7] bien qu’i [8] fist pour homme terrien, si qu’il le peüst servir en tele maniere que, par lui, peüst desservir les biens que pour lui avoit faiz.

Si devons moult amer celui qui nous fist et forma, et bon gré savoir, quant nous avons [Fo 7 b] tel pooir par lui que, se nous le voulons amer, nous serons seigneur de touz ses biens [9]. Or l’amons donques, si ferons que sage, ou nous [10] i avrons damage grant. Car se nous perdons touz icès biens que Diex a faiz pour nous, ja pour ce Diex riens n’i perdroit.

Il les fist [11] pour ce que nous les aions, puis que nous les savons desservir et qu’il nous en [12] a donné le sens et le pooir.

  1. — B : fust.
  2. — B : si.
  3. — B : voiloit.
  4. — B : solonc.
  5. — B : apartenist.
  6. — B : nobleice.
  7. — B : du.
  8. — B : que il.
  9. — B : de « et bon gré » jusqu’à « ses biens », manque.
  10. — B : non.
  11. — B : fist manque.
  12. — B : en manque.
  1. * feust : I. S. de « estre ». Ex. : Chronique du Mont Saint Michel (Paris, 1883) vol. 1 p. 241, feust. — Stimming, o. c. p. 180, feust.
  1. [Fo 6 dFo 7 b= vers 133-168.]
  2. « Diex fist... apertenist. » Sydrach Ad. 240 — S 234.153. — Saint Augustin. Liber de diligendo Deo, ch. II (Patrologia t. 40.) V. Introduction p. 32.


iii [a].
Pour quoi Diex forma homme [1] a s’ymage et a sa samblance.

[Fo 7 c] Quant Diex fourma houme [2], il le volt faire a sa samblance, pour ce qu’il eüst remenbrance de ses biens, si qu’il en eüst et qu’il les peüst desservir tout par droit vers son creator [3]. Car il li fist si grant amour que sor touttes [4] autres creatures le fourma [5] a sa figure et a sa samblance. Et li dona [6] naturelment tout le plus gentill entendement pour lui amer et pour lui connoistre que nulle [7] riens peüst avoir, pour ce que [Fo 7 d] il peüst partir [8] a ses biens plus que nulle autre creature [b].

Ne onques Diex ne fist pour autri [9] [* 1] tant de biens comme il fist pour houme [10], mais que [11] il les weille [12] [* 2] desservir ; et se non, il est bien droiz que il s’en dueille. Car cil ne fait a Dieu point de bonté, qui [13] fait bien pour avoir sa grace et s’amour. Car il fait son preu meïsmes plus qu’il ne fait l’autrui, et tout le bien [14] s’en vient par lui. Et pour ce le fait bon amer et ser-[Fo 8 a]vir [15].

Car moult se puet [16] clamer chaitis et las qui dessert par sa folie que il pert cele haute gloire par son pechié qui ne li monte riens. Et n’en a en la fin fors que honte ; et le tire aps lui en tel [17] lieu ou il n’a fors que painne et ire et douleur [18], dont jamais delivré ne se verra tant comme il vive [19].

Ainsi a celui la grant joie perdue qui rendue li deüst estre [20], se ne fust par son pechié qui li tolt. Et sires en fust se il vousist, se il se fust [Fo 8 b] maintenuz en bien faire et il se fust gardez et tenuz de faire mal. Car qui bien fait, il a tant d’onneur [21] que li ange en font leur seingneur [22] devant Dieu et roi coronné [c]. Dont cil se puet bien pour beneüré tenir qui tant fait en terre, tant comme il vit, qu’i [23] puisse cele honeur [24] conquerre et avoir. Et faire le puet chascuns [25] hons tout par soi se il [26] veult. Or se praingne au quel [27] que il voudra. Car il le puet bien gaaingnier ou perdre.

  1. — B : home.
  2. — B : forma home.
  3. — B : ver son creatour.
  4. — B : fist amour si grand que seur toutes...
  5. — B : forma.
  6. — B : donna.
  7. — B : nule.
  8. — B : pour ce qu’il peüst a partir...
  9. — B : autrui.
  10. — B : homme.
  11. — B : qu’il.
  12. — B : veille. C : vueille.
  13. — B : qu’il.
  14. — B : touz li biens.
  15. — B : servir et amer.
  16. — A : peuet.
  17. — B : tel manque.
  18. — B : paine et douleur et ire.
  19. — N : il vive ; A : li vive.
  20. — B : qui li deüst estre rendue.
  21. — B : ouneur.
  22. — B : seigneur.
  23. — B, N : qu’il.
  24. — B : honneur.
  25. — A : chascū ; B : chascuns.
  26. — A : se li veult.
  27. — A : quel manque.
  1. * autri. Ex. : William de Wadington, Manuel des péchés, cité par Toynbee (Oxford, 1892), p. 250, autri. — Nombreux exemples dans Stimming (o. c. p. 210) ; Vising, Dial. angln. (Upsale, 1882) p. 86 ; Suchier, Altfr. Gram. p. 35.
  2. * W en angln. représente soit v, soit vu (Suchier Altf. G. p, 12 ; Stimming o. c. p. 220. — Psautier de Metz (Prologue) : welt, wellent (lorrain).
  1. [Fo 7 bFo 8 b = Vers 169-214.]
  2. « Quant Diex... creature. » Sydrach S. 235. — Saint Augustin, De Trinitate XIV 12 (Patrol. t. 42). Voir Introduction, p. 32.
  3. « Car qui... coronné. » Sydrach Ad. 40.


iiii [a].
[Fo 8 c] Pour coi Diex ne fist houme [1] tel qu’i [2] ne peüst pechier.

Damlediex [3] donna le pooir a l’oume [4] de faire sa voulenté [5], ou bien, ou mal, lequel que il vousist. Car, s’il eüst l’oume [6] tel fait qu’il ne peüst [7] faire fors que bien, il li tousist aucune chose de son pooir. Car il ne peüst faire mal quant [8] il li pleüst. Car ainsint [9], vousist ou non, feïst il touz jourz bien sanz raison. Car ce ne fust mie par lui qu’il feïst le bien, mais par autre qui [Fo 8 d] l’en eüst a force entalenté et donnée la voulenté [10]. Et cil par cui il le feïst en desservist le guerredon, non pas lui. Car petit dessert qui par force d’autrui fait servise [b]. Qui me merroit [11] demain en prison pour bien faire maugré moi, je ne le tendroie mie a sage ; car il me feroit desraison.

Et nostre sires eüst bien fait, se il vousist, houme tel qu’il ne peüst [12] mal faire. Mais il ne desservist ja tel [13] biens comme il fait orendroit [Fo 9 a] en nul tens [14] du monde. Et pour ce fist nostre seigneur tels genz [15] qu’il peüssent plus de bien avoir. Ja autrement n’en eüssent tant.

Se Diex a fait les anges tels qu’il [16] ne pueent pechier mortelment ne mal faire, ja si grant don ne si haut [17] ne desserviront comme les houmes [18] [c].

Mais qui bien voudroit desservir, il devroit servir voulentiers [19] de cuer entier et par trés grant amour celui qui tel le fist pour plus haut honnor [20] conquerre.

[Fo 9 b] Si voult Diex que li hons fust tels que il peüst par droit desservir [21] autant de bien, endroit soi, comme il meïsmes en avoit. Et li donna sens et raison d’avoir entention vers lui. Car par droit servir le devroit. Si est moult fols [22] qui ne se porvoit [23] de bien faire tant comme il vit. Car tous [24] li biens que chascuns fera sera [25] sien. Et si avra por [26] ·i· bien ·c· biens, et por [27] ·i· mal ·c· mals.

Car moult est fols celui qui cuide faire a [Fo 9 c] Dieu bonté de son bien de nulle riens qui soit, quant il le fait et quant il se tient de mal faire, fors que tant que Diex l’en tient [28] plus chier et miex l’en aime [29]. Car se touz li mondes se perdoit, ja pour ce Diex n’en vaudroit pis, ne nus [30] des biens qui sont [31] en son pooir [d].

Se tuit li saint qui ont esté au monde, et qui jamais i seront, n’eüssent onques fait nul bien et dampné se fussent trestuit, ja por [32] ce Diex mains de de-[Fo 9 d]duit n’en eüst ne pis n’en vausist, ne riens nule qui feust en [33] paradis.

Mais li saint furent sage et preuz et viguereus de faire leur pourfiz [34] ; comme cil qui bien aperçurent que li siecles ne valoit riens [* 1]. Si orent plus chier a souffrir mal et offrir leur cors a tourment et a martire et avoir honte et laidure pour l’amour de Dieu, en cest siecle qui si pou dure, et avoir les biens de paradis a touz jours que avoir aise mua-[Fo 10 a]ble au cors pour avoir la painne pardurable. Si n’orent cure de tels biens qui riens ne valoient en la fin. Ainz [35] pristrent le frain as denz pour aquerre le trés haut sens de paradis. Et moult y a de ceuls [36] qui les tindrent pour fols [37] au monde, qui orendroit ont bien les cols chargiez de ce dont il sont delivrés. Car il sont herbergiez en paradis.

Et encore tient on maint sage a fol [38], qui ne prisent gaires leur paroles.

[Fo 10 b.] Maint sage sont orendroit en paradis que, s’il prisassent les fols [39] diz et les paroles des genz [40], tant comme il furent au monde, il n’eüssent pais [41] fait ce qu’il firent ; ausin [42] comme font orendroit moult de gent [43] qui tant couvoitent [44] a avoir le los de cest siecle pour la parole des fols [45], qu’il en laissent a faire les biens de Nostre Seigneur [* 2] ; don [46] li saint firent bien leur preu [* 3], car il ne laisserent [47] pas, pour les deliz du siecle, a servir Dieu pour a-[Fo 10 c]voir paradis, ou il ont joie et toute honneur, comme cil qui seigneur en sont [48] et seront sanz fin. Et s’il eüssent autrement fait, il eüssent touz jourz [49] honte et laidure en enfer ou touz les maus [50] que l’en porroit deviser sont.

Si est merveilles [51] de cest monde, comment [52] ce est que tant de gent sont qui soufferrient [53] plus de painne pour le los des genz [54] conquester ou pour amasser avoir, qui si pou de tans leur demeure et qui en une [Fo 10 d] seule heure leur faut, que il ne feroient pour conquerre les biens de Nostre Seigneur, qui ja ne faudront, que li saint ont en lor baillie pour un poi de dure vie qu’il [55] souffrirent en cest monde, qui ne samble que delit a ceuls qui de cuer s’i metent. Et leur est avis en la fin que il ont paradis pour noient [56].

Et tout ausin [57] le puet avoir chascuns, et estre communs des biens Dieu, et avoir la joie de paradis, se il ne perist en lui meïsmes. [Fo 11 a] Mais cil qui desirrent [58] la gloire de ce [59] monde, il s’en empirent tant qu’il ne pueent nul bien aprendre ne entendre a leur sauvement. Si ont plus chier l’aisement du cors, dont il sont si tost hors mis et menez a douleur et a painne [60], qu’il ne font l’aise de l’ame qui touz jourz [61] dure. Ne ne prisent [62] riens, sens ne savoir d’oume [63], s’il ne se set avoir au siecle et se il n’a avoir assez par coi il soit alevez au siècle. Ainz dient qu’i est ni-[Fo 11 b]ces et fols [64], pour ce qu’il ne sieut [65] leur malices [* 4].

Mais tuit cil sont [66] maudit [67] de Dieu par la bouche le roi David, qui se painnent [68] de plaire au monde pour nulle rien qu’il sachent [69] faire. Car cel orgueill est vaine chose per [70] [* 5] quoi l’en empire l’ame. Dont [71] David dist el sautier : Maudit sont, dist il, trestuit cil et confus comme gent d’essill, qui au monde plaissent de riens. Car de touz biens il s’ostent [72], et se descordent de Dieu, puis qu’il sont [Fo 11 c] en tel estat qu’i s’acordent au monde et a ses delices. Car Diex les a touz en despit, et leur escondit sa grace, pour ce qu’il quierent le los du monde ou il fu pour fols tenuz [73].

Et puis dist Diex en l’evangile : que cil seront beneüré qui avront [74] le monde en despit et qui seront des genz haÿz et degetez et escharniz [75] comme foul pour l’amour de moi et de mon non. Car il avront el ciel le guerredon.

Car ce puet on [Fo 11 d] tout clerement [76] veoir, se Diex meïsmes ne ment et veritez n’est fausetez, que ceuls [77] a cui li mondes [78] plaist, et qui le los du monde veulent avoir, il ne puet estre qu’i [79] ne s’en duelent [80]. Pour ce est cil fols [81] qui point en quiert avoir. Car tuit cil sont [82] en mauvais point qui point en quierent ne pourchacent [* 6]. Car li dyable [83] les chacent en enfer, qui en fount doulereus [84] conroi. Ja ni avra si cointe roi ne conte, ne duc [Fo 12 a] si puissant que li dyables n’en face autretant comme du plus vill et du plus povre qui viengne en enfer, s’il fait tant qu’il le tiengne en son pooir. Tuit cil qui la vont, et roi et prince et conte, devienent [85] tuit ribaut. Dont l’en dist en reprouver : Moult [86] se doit plaindre de ses mais qui ci est rois et la ribaus [87]. Car il puet conquerre en paradis plus noble roiaume que en terre.

Car qui sert Dieu [88] [* 7] en ce [89] siecle, tant comme il est vis, il en est [Fo 12 b] plus honnorez [90] en paradis que tuit li roy [91] ne furent onques au monde. Or le servons donques et laissons le mal a tant ester [92].

Puis que vous avez oÿ ci devant [93] por coi [94] Diex fist le monde, et pour coi il fist l’oume [95], si vous dirons aps la fourme del [96] monde, selonc sa façon, et comment il est faiz tout environ. Mais il est raisons que nous dions avant des ·vii· arz et de leur [97] raisons et comment eles furent trouvées par ceus [98] qui s’aperçurent [Fo 12 c] de bien. Car par les ·vii· arz set [99] l’en les faiz du monde et comment il est. Si en devons parler avant, pour miex entendre ce que nous dirons après.

  1. — B : homme.
  2. — B : qu’il.
  3. — B : Damediex.
  4. — B : l’omme.
  5. — B : volenté.
  6. — B : si eüst l’omme.
  7. — A : puet.
  8. — B : tant qu’il.
  9. — B : ainsinc.
  10. — B : volenté.
  11. — B : metroit.
  12. — B : fait homme tel se il vousist qui ne peüst.
  13. — B : tels.
  14. — B : temps.
  15. — B : les genz.
  16. — B : qui.
  17. — B : « ne si haut » manque.
  18. — B : hommes.
  19. — B : volentiers.
  20. — B : honneur.
  21. — A : asservir.
  22. — A : flos.
  23. — B : pourvoit.
  24. — B : touz.
  25. — B : sera manque.
  26. — B : et si ara pour.
  27. — B : pour.
  28. — B : le tient.
  29. — B : aimme.
  30. — B : nul.
  31. — B : soit.
  32. — B : pour.
  33. — B : fust em.
  34. — B : preufiz ; N : proufiz.
  35. — A : Aiz ; B : Ain ; N : Ainz.
  36. — B : cels ; N : ceus.
  37. — B : fouls ; N : fous.
  38. — B : foul ; N : foul.
  39. — B : fouls.
  40. — B : gens.
  41. — B : pas.
  42. — B : aussi.
  43. — B : gens.
  44. — B : couveitent.
  45. — B : fouls.
  46. — B : dont ; A : don. Cette orthographe est confirmée. Cf. p. 80, note**.
  47. — B : laissierent.
  48. — B : qui en sont seigneur.
  49. — B : jours.
  50. — B : mals.
  51. — B : merveille.
  52. — B : comme.
  53. — B : soufferoient.
  54. — B : gens.
  55. — B : que il.
  56. — B : neant.
  57. — B : aussi.
  58. — B : desirent.
  59. — B : cest.
  60. — B : paine.
  61. — B : jours.
  62. — B : prise.
  63. — B : d’omme.
  64. — B : qu’il est fouls et nices ; C : qu’il est nice et fol.
  65. — B : que il ne sieut ; C : qu’il ne sieut ; A : qu’il sient.
  66. — B : « sont » manque.
  67. — B : maudist.
  68. — B : painent.
  69. — B : sache.
  70. — B : par.
  71. — A : Oont.
  72. — B : Car il s’ostent de touz biens.
  73. — B : ou il fu tenuz pour fols.
  74. — A : aururont.
  75. — B : haÿ et degeté et ladi et escharni...
  76. — B : plainement
  77. — B : faussetez, que cels.
  78. — B : a qui le monde.
  79. — B : qu’il ne
  80. — B : duillent.
  81. — B : fouls.
  82. — B : son.
  83. — B : dyables.
  84. — B : chace et boute en enfer qui en fait dolereus.
  85. — B : deviengnent.
  86. — B : reprovier : Moult.
  87. — B : roi, et la ribauz.
  88. — A : Du.
  89. — B : cest.
  90. — B : plus sires.
  91. — B : rois.
  92. — B : ester a tant.
  93. — B : ... avez devant oÿ.
  94. — B : pour quoy.
  95. — B : et pour quoi Diex fist l’omme.
  96. — B : du.
  97. — B : leurs.
  98. — B : ceuls.
  99. — B : sest.
  1. * « Mais... riens » : Mais les saints furent sages et braves et ardents à chercher leur salut, comme ils savaient bien que ce monde n’est qu’une chose vaine (ne valait rien).

    Sloan fo 80 c :

    Mais li saint furent bon et preu
    et bien sorent faire lor preu,
    com cil qui aperchiurent bien
    que li siecles ne valoit rien.

  2. * « Et encore... Seigneur » : Et pourtant ces gens (on) prennent maint sage pour un fou parce qu’il n’a pas grande opinion de leurs paroles. Il y a maint sage au paradis maintenant qui n’y serait pas arrivé (qui n’eussent pas fait ce qu’ils firent) s’il avait écouté les folles paroles des gens pendant qu’il était sur cette terre. Pourtant beaucoup de gens agissent maintenant de telle façon qu’ils convoitent la louange de ce monde par la bouche des fous au point de cesser de faire le bien (les commandements de Notre Seigneur).
  3. * « don... preu » : sous ce rapport les saints firent bien leur profit.
  4. * « Ne ne prisent... malices » : Ils n’apprécient ni le sens ni le savoir d’un homme s’il n’a pas de biens sur cette terre et s’il n’a pas de biens temporels au moyen desquels il puisse s’élever en ce monde. Aussi l’appellent-ils sot et fou parce qu’il n’imite pas leurs méchancetés.
  5. * « per » : cette forme se retrouve à plusieurs reprises dans le ms. A : fo 59 a, fo 95 b, fo 114 c. Elle est confirmée par de nombreux exemples : Serments : « per dreit » ; St Léger : st. xvii « toth per enveia, non per el ». Sermons de St Bernard (Paris, 1841) p. 537 : « Il se combat en sa conversation et per paroles et per exemples ». Papegau (Halle, 1897) p. 17. 32 « maillié dehors per semblant ».
  6. * « Pour ce... pourchacent » : C’est pourquoi celui-là est fou qui cherche à en avoir. Car tous ceux qui en cherchent ou en désirent sont mal avisés.
  7. * Nous n’avons pu relever un autre exemple de Du pour Dieu, quoique le changement de ieu en u soit fréquent en angln. : ju, fu, milu, estru, lu, etc. (Suchier, Altf. Gram. p. 56. — Stimming, o. c. p. 204.)
  1. [Fo 8 cFo 12 c = Vers 215-412].
  2. « Damlediex... servise. » Sydrach Ad. 208. S 115, 201. Saint Augustin. De Libero Arbitrio (Patrol. t. 32 col. 1221) ii-1. Voir Introduction p. 32.
  3. « Se Diex... houmes. » Sydrach Ad. 40.
  4. « Car moult... pooir. » Sydrach Ad. 453.


v [a].
Pour quoi [1] et comment les ·vii· arz furent trouvées. Et de leur ordre.

Or dit [2] cis livres, qui est d’astronomie estraiz, comment li sage philosophe ça en arriere [3] voudrent enquerre la manière du monde, comment il estoit faiz. Dont moult de genz s’en merveilloient

[Fo 12 d]. Et quant li mondes fu faiz et compassez, il i ot assez de genz ; si regarderent li pluseur le firmament qui tournoit [4] tout entour le monde et se mouvoit. Moult se merveillierent comment ce pooit estre. Si en veillierent par maintes nuiz et par mainz jourz [5]. Lors prenoient a regarder les estoiles [6] qui se levoient vers oriant et s’esmouvoient [7] environ par desus leur teste [8].

Cil n’entendoient a mangier [9] ne a leur ventres emplir, comme font [Fo 13 a] les bestes qui ne quierent fors leur pasture, si comme font orendroit cil qui n’ont cure fors de vivre comme pourciaus et de couchier a aise [10] en leur mols liz [b] ; ainz veilloient par maintes nuiz, et ne lor annioit pas ; anz [11] leur embellissoit moult de ce qu’il veoient [12] le firmament si noblement mouvoir.

Et veoient les estoiles mouvoir jusqu’a [13] tant que eles se couchoient contre oriant par d’autre part [14] [* 1] l’une [Fo 13 b] plus tost que l’autre. Ainsi regardoient en tour le firmament, jusques [15] au jour qu’il reveoient le souleill [16] lever au matin vermeill et cler [17] qui montoit la moitié du jour et en l’autre moitié descendoit, tant que il s’aprochoit du [18] couchier qui faisoit aprochier [19] la nuit. Et lors revenoient les estoiles [20] en leur deduit, tant que li souleulz [21] revenoit qui enluminoit tout le [22] jour, et [Fo 13 c] s’en aloit son droit chemin tant qu’il repairoit au matin arrieres.

Après regarderent de la lune qui estoit une commune chose et au monde apparoit diversement. L’une foiz estoit reonde, et l’autre demie, ausi [23] comme s’ele fust trenchie par mi le milieu. Et après devenoit cornue. Et ainsi s’en aloit toute defaillant [24], tant que l’en n’en veoit point. Après rapparoit [25] cornue, et puis demie, et puis toute [Fo 13 d] plainne, si comme ele estoit devant, et ausi [26] entiere.

Lors sorent il bien par leur sens qu’ele s’aprochoit [27] du souleill [28] jusques a tant qu’ele estoit endroit lui, et puis s’en departoit [29], et après s’en esloingnoit plus et plus, tant qu’ele [30] estoit ausi [31] ensus du souleill [32] comme ele avoit esté devant. Et lors s’an [33] raloit aprouchant. Puis s’en raloit [34] et revenoit, toute [35] nuit et toute jour tourniant et faisant son tour avec [36] [F° 14 a] le firmament tout en tour, ausi [37] comme ele fet [38] encore orendroit sanz remuer.

Mès [39] les genz qui orendroit sont pensent plus a leur lasses de pances [40] emplir et engressier [41], qui si tost viennent a pourreture, por [42] leur norreture vilaine [43] qui les livre a painne [44] et a honte.

Cil ne faisoient pas ainsi. Car il ne queroient menger [45] [* 2] fors seulement qu’il peüsent [46] alegier leur fain pour leur cors soutenir [47] et tenir en [Fo 14 b] santé, si qu’il se peüssent aidier de leur sens, si comme il deüssent, pour venir a la droite voie de la gloire Dieu. Et lors en vivoient plus longuement ·XX· [48] ou ·XXX· que [49] ne font orendroit ·C· [50] par leur fole contenance et vaine [* 3] ; il n’entendent pas bien la parole que Jhesu Crist dist au dyable, quant il le cuida tempter par son barat, quant il li dist qu’il feïst de [51] pierres pain et qu’il en manjast [52]. Et Diex li dist tantost que li hons ne vivoit [Fo 14 c] pas de pain seulement, ainz vit de toute la parole qui de la bouche Dieu vient [c].

S’il entendoient bien ceste parole, il en retendroient [53] plus volentiers les paroles qui viennent de Dieu. Mès les granz [54] rentes que il ont et les granz tresors leur apeticent leurs vies, par leurs [55] mengiers qui trop leur nuisent ; si que nature ne les peut soufrir [56], dont il couvient que il muirent [57] plus tost. Ainsi leur emble leur avoir, ou il se delitent [Fo 14 d] et fient, leur [58] cuers et leur sens tout ensemble, si qu’il sevent pou a la mort quant [59] il doivent mourir [60]. Dont pluseur [61] en sont mort et dampné [62] qui ne se pouoient [63] conseillier ne ne savoient quant il en avoient plus grant mestier.

Il ne vivoient pas autresi comme cil qui pour eus [64] oster de peril [65] s’estudioient en clergie et usoient leur vies en tele [66] maniere qu’il vouloient [67] leur cors soutenir [68] seulement tant comme il seroient au siecle, [Fo 15 a] si comme cil qui bien savoient que pou leur durroit ceste vie ; si n’avoient d’autre chose envie, fors que d’aprendre tele science dont il peüssent connoitre le souverain roy [69] tout puissant qui tout avoit fet [70] de sa main.

Si penserent bien en leur sens, comme gent qui estoient de noble pourpens, que ja [71] connoissance n’avroient ne de Dieu, ne de sa poissance, se il n’enqueroient avant en ses euvres [72], tant comme il en pourroient [73] savoir. [Fo 15 b] Car ja bien ne connoitra l’en le mestre, se l’en ne connoist [74] son estre avant, et ses euvres [75] queles eles sont. Car par les euvres [76] connoist on l’ouvrier et comment il peut [77] estre. Et pour ce se voudrent essaier aus euvres [78] Dieu premierement por plus legierement avoir connoissance de son pouoir [79] et de sa vertu. Et quant plus porroient savoir de ses euvres [80] et de ses sens, tant avroient il meilleur volenté d’amer leur createur, et meil-[Fo 15 c]leur pourpens [81], qui avoit fet si noble chose comme estoit le ciel qu’il veoient, les estoiles qui reluisoient par mi, et ses autres vertuz merveilleuses dont il le prisoient plus. Et tant comme plus le prisoient, [et] plus le servoient volentiers. Car ce estoit [82] toute leur entention et toute leur [83] raison de Dieu connoistre.

Car il savoient bien de verité que Diex leur avoit donné sens pour raison et nature enquerre des choses de la terre [Fo 15 d] et de celes du ciel, tant que il en peüssent plus savoir. Car autrement n’i eüssent [84] il ja pensé, que nus [85], tant soit sages ne discrez [86], ne pourroit [87] entendre de ses haus [88] secrez ne de ses miracles se il meïsmes non[* 4]. Car il set [89] tout par droiture ; mès [90] de celes qui par nature sont faites en [91] ciel et en terre [92] peut [93] bien li hons enquerre aucune raisons, se il est de bon sens et il met son temps [94] en clergie aprendre.

Et puis que cil orent [F° 16 a] reison [95] enquise et aprise par leur grant estuide pour quoi touz li mondes estoit [96] faiz et compassez [97], si comme vous avez oÿ [98] ci devant, si penserent que bien pourroient [99] savoir raison d’aucunes choses, puis qu’il en avoient reison [100] du tout puissant de savoir en partie, au mains de celes que il pouoient [101] veoir aus ieulz, combien que il [102] fussent loing.

Ausi [103] voudrent il raison savoir de ce qu’il veoient mouvoir les estoiles du firmament et de ce que [F° 16 b] il reluisoient si cler ; et ce fu [104] ce qui les mist premierement en estuide d’enquerre la science que il ne savoient. Si sorent bien que il enquerroient plus tost des choses qu’il veoient que de celes dont il ne veoient nules. Et pour ce furent il esmuz [105] de savoir et d’enquerre ce qu’il orent veü par maintes foiz mouvoir le firmament [106] si en vouloient savoir la verité. Et distrent que moult bon faisoit savoir ce qu’il [107] plaisoit a Dieu, et savoir de ses naturels euvres [108], [F° 16 c] pour miex croire que il fust Diex touz puissanz. Car l’en ne puet savoir ne trouver nulles raisons de Dieu, fors que par ses euvres [109].

Li vrai [110] preudoume [111] ancien qui bien s’apenserent de ce, n’orent cure de nul autre avoir fors que d’aprendre la pure science. Il ne furent mie couvoiteus [112]. Si n’orent cure d’avoir amasser. Ainz en i ot moult de ceuls [113] qui s’aperçurent de leur avoir, comme sages [114] que il furent [115], que tant i por-[F° 16 d]roient penser aucunes foiz, ou pour garder le, ou pour metre [116] cure au despendre a mesure, ou pour assez d’autres besoingnes que cil ont qui volentiers amasent [117], si que leur avoir leur [118] peüst bien tolir le loisir d’aprendre [* 5]. Si s’en departoient en tele maniere que li uns le getoit en la [119] mer, li autre le clamoient quite, et s’en aloient ausi comme hermites. Et li autre le departoient [120] as povres. Et li autre le laissoient en tele [F° 17 a] maniere comme il leur estoit avis qu’il en [121] pensassent mains. Et n’en [122] retenoient seulement que pour leur user. Et voloient bien tenir [123] aucunes genz pour les servir [124], si qu’il ne les couvenist a nule chose [125] entendre fors qu’a aprendre [126] et a estudier. Si fesoient faire lor mesons [127] ensus de gent, ausi [128] comme religions [129]. Et se metoient en tels lieus qu’il s’assambloient ensamble ·iii· foiz ou ·iiii· la se-[F° 17 b]maine pour euls [130] soulacier et esbatre. Et rendoit chascuns raison de [131] ce que chascuns avoit trové et aprins [132], et tant qu’il avoient esprouvé que voirs [133] estoit. Et faisoient maistre de celui qui plus en savoit et qui plus estoit de grant sens. Si l’eslisoient par consentement de chascun. Et cil leur recordoit [134] leur raisons, oiant touz les conpaingmons, et recordoit [135] a touz ensamble [136] ce que chascuns avoit dit [137]. Si que chacuns s’i a-[F° 17 c]cordoit, et si metoit chascuns en escrit [138] ce que li maistres leur avoit dit [139].

En tele maniere furent premierement les clergies controuvées et avancies. Tant penserent et tant estudierent qu’il [140] sorent de par Dieu, de cui toute la science naist et vient, grant partie de ce qu’il en est. Mais ce ne fu mie en pou de tans ; ainz [141] i mistrent moult lonc tans, et moult i estudierent et entendirent [142]. Et cil qui furent pre-[F° 17 d]merain, tout ce qu’il entendoient et savoient metoient en escrit au miex qu’il [143] leur estoit avis ; pour ce que cil qui après venissent, qui s’en vousissent entremetre [144], eüssent leur escriz et queissent touz jourz après ausi [145] comme il avoient fait. Tot [146] ce qu’il trouverent et virent mistrent tout en compiloisons. Et tant firent chascun a leur tans que il mistrent plus de ·ii·m· anz [147] avant qu’il eussent aquises les ·vii· arz [148] [F° 18 a] et mises ensamble.

Mais il tindrent a bien emploié le travaill [149] et la paine qu’il i mistrent. Car il savoient par leur sens et par leur clergie quant qu’il avenoit en terre par nature, quant il i voloient metre [150] leur cure. Si ne se merveilloient pas, quant aucun cas merveilleus avenoit en ciel ou [151] en terre. Car il savoient bien enquerre la raison pour coi c’estoit, puis qu’il avenoit par [152] nature. Si en amoient Dieu plus[F° 18 b] quant il veoient si merveilleuses vertuz. Si en veillerent [153] par maintes nuiz, a grant joie et a grant estuide de ce qu’il trouvoient si haute chose.

Dont il s’amenderent tant envers Dieu qu’il connoissoient verité et laissoient la vanité de cest siecle qui pou vaut, pour avoir la joie qui ja ne faudra. Dont maint philosophe qui furent en morurent [154] a tort et sanz raison, pour ce qu’il annonçoient droitu-[F° 18 c]re as granz seingneurs, et leur blasmoient leur mauvaistiez, et ce qu’il faisoient a pluseurs tort. Et leur preeschoient droiture et verité. Et cil qui croire ne les voloient et qui honte avoient de ce qu’il [155] les blasmoient, si les fesoient metre en prison, ou il les fesoient [156] ocire a martire [157], pour ce que il leur moustroient [158] verité dont il estoient certain. Ausi [159] comme firent les sainz et les saintes qui souffrirent mort et passion [160] pour [F° 18 d] la loi Jhesu Crist qu’il vouloient [161] essaucier.

Si i ot de tels phylosophes qui par leur sens prophecierent le saint tens [162] de la venue Jhesu Crist. Si comme Virgiles le dist qui fu au tens [163] Cesar de Roume [164]. Dont mainte [165] gent en furent puis meilleur que il n’avoient esté devant [166] [d]. Car il dist c’une nouvele lingniée [167] s’estoit eslessiée du ciel en haut, qui feroit vertuz en terre, dont li dyables seroit vaincuz. Dont sainz [168] Pols qui [F° 19 a] vit ses escriz [169], qui moult les prisa, dist, a cuer iracu [170] pour ce qu’il n’avoit esté crestien : Ha ! quel je t’eüsse rendu a Dieu se tu eüsses vescu tant que je feusse [171] a toi venuz.

Autres phylosophes y ot dont chascun [172] dist moult de bons moz et de merveilleus [173]. Mès nous ne poons pas dire orendroit touz les biens qu’il en porent dire. Car il furent preudomme [174] et vaillant, quant il mistrent avant clergie. Car, se ne fust par cler-[F° 19 b]gie, l’en ne seüst que Diex fust. Car s’il ne [175] fussent si preudome [176] comme il estoient, jamès [177] ne fust si grant clergie comme il est orendroit. Et si peüst l’en bien encore trover [178] après, s’il [179] feussent [180] autretel comme il estoient adonques [181], qui premierement trouverent [182] clergie [* 6] ; mès ele vet [183] orendroit toute a noient, si qu’a pou qu’ele ne perist. Car les gens [184] ne voient goute que cil qui deüssent entendre a bien et les autres aprendre et ensaingnier et donner [F° 19 c] essample de bien fere [185], ce sont cil [186] qui mains font de bien. Et ce est par leur folie. Car nus ne tient clergie ps [187] ne ne s’i alie a droit [* 7]. Il n’en quierent fors avoir la lie. Car nus ne quiert mès [188], fors tant avoir qu’il ne puisse [189] avoir conquester. Et quant il a avoir assez [190], si vaut pis que devant. Car leur avoir les a si seurpris qu’il ne peuent [191] entendre [192] a autre chose.

Il en y a maint povre qui volentiers aprendroient s’il en avoient le [F° 19 d] pouoir [193]. Si n’i peuent ausi [194] entendre, pour leur vies ou il n’ont ou prendre, et n’ont de quoi avoir nul livre. Ains [195] leur couvient querre leur vivre et gaaingnier [196]. Car li riche ont tout saisi, et li povre en sont nu [197] et souffraiteus.

Si sont maint riche clerc qui ont les grans mons de livres d’uns et d’autres richement atornez [198], pour ce que l’en les tiengne a sages et a bons clers ; car il n’en quierent [199] plus avoir que le los des gens [200]. Et [F° 20 a] font ausi comme le koc [201] qui gratoit dedenz le fumier la ou il queroit sa viande. Tant grata en cel fumier qu’il trouva une gemme riche et precieuse qui getoit grant clarté. Lors la laissa a regarder [202] et plus n’en fist ; et la [203] laissa tantost ester, car il ne demandoit point de gemme. Car il amoit miex aquerre sa viande. Autresi est il de mainz [204] riches clers couvoiteus qui ont les precieus livres richement ator-[F° 20 b]nez [205] et bien, qui ne les font fors regarder par defors [206], tant comme il sont nouvel, pour ce qu’il leur samblent bel [207]. Si les regardent ·ii· foiz ou ·iii· aucunes foiz, ne plus n’en font que les regarder, puis se tournent tantost d’autre part [208]. Si pensent de leur ventres emplir et d’acomplir leur fouls desirriers [209]. Et assez pourroient [210] aprandre se il entendre i vouloient [211]. Car il en ont bien le pouoir [212].

Et porroient [F° 20 c] bien autressi [213] faire comme cil firent ça en arrieres, qui par leur sens et par leur bonne [214] maniere [215] trouverent premierement les clergies. Mais il ont foul [216] entendement. Et pour ce perissent les arz [217], si qu’a painnes [218] sevent [219] il leur parz [220] qui est li premiers livres [221] de gramaire, qui est la premiere des ·vii· arz [222]. Ainz boutent les arz [223] en leur males, et se prennent [224] tantost a lois ou a decretales. Et deviennent avo-[F° 20 d]caz et mires pour couvoitise de gaaingnier [225] avoir ou li dyables se mire. Et ne le font enquore [226] pas tant pour aprandre [227] comme il font pour gaaingnier [228] l’avoir.

Et a Paris a une maniere de clers qui ont tel coustume que il veullent [229] avoir le renon d’estre maistres clamez pour euls prisier et aloser. Si ont plus chier a pou savoir, et que il aient le non de maistre, que il ne feroient a estre bon clers sainz [230] avoir le [F° 21 a] non de maistre [231]. Mais il sont clamez maistres a tort. Car vanitez les maistrie si, qu’il sevent pou de verité. Car tantost comme il ont le non de maistre, si laissent la clergie, et se prennent a gaaignier, autresi comme font [232] marcheanz ou courratiers.

Et ainsi ont [233] maint au siecle le non de maistre qui pou sevent de raison et de bien. Car cil qui orendroit couvoitent [234] ce, ne sont pas maistre [235] selonc droit. [F° 21 b]. Car cil s’ordenerent autrement aus arz [236], qui premierement les trouverent. Il entrerent premierement en gramaire pour atraire raison en leur ordrenance [237] ; et puis logique, pour prouver et pour demoustrer le faus et le voir. Après trouverent retorique pour droiture que moult amerent. Et puis trouverent arismetique [238] pour estre es [239] choses plus aperz. Puis trouverent geometrie, pour toute maistrie mesu-[F° 21 c] rer [240] et compasser. Et puis trouverent la science de musique pour metre concordance en toutes choses ; après i mistrent l’entendement d’astrenomie [241]. Car par lui furent il esmeü [242] d’avoir vertu et science.

Tout en tele maniere ordenerent les ·vii· arz cil qui premierement les controuverent. Et sont ainsi entrelacées [243] que eles ne peuent [244] estre aprises l’une sans [245] l’autre entierement, ne parfaitement savoir [F° 21 d] les premiers sans [246] les darreniers, ne les darreniers sans [247] les premiers. Qui une en veult a droit entendre, il li couvient aprendre de toutes, ou autrement n’en puet [248] l’en savoir ne faus ne voir apertement [* 8]. Car l’une est a l’autre si commune, qu’il couvient de chascune savoir.

Mès [249] l’en ne quiert orendroit que tant aprendre que l’en en puisse [250] deniers avoir. Et font a blasmer de ce dont cil font a lo-[F° 22 a]er qui premierement s’i travaillierent. Dont il nous est si grant [251] mestiers de ce que nous avouns escriptes a ce pou que [252] nous [253] en savons [* 9]. Car se clergie feust [254] perdue, l’en n’eüst ja riens seü de Dieu ne que Diex feust [255], ne jamès les genz ne seüssent quel [256] chose il deüssent miex fere [257]. Si fust tout [258] li mondes dampnez, dont nous fusiens nez de male heure [259] [* 10]. Car riens ne fust seüe par hommes [260], ne que [261] par bestes mues [* 11].

Et tout [262] [F° 22 b] li biens est seüz orendroit, et tout [263] venuz des [264] ·vii· arz que cil trouverent par leur sens. Car par ce orent il porpensement [265] de Dieu amer et sa vertu, et que Diex est touz jours et sera sans [266] fin. Si le crurent plus de foi, si comme en la loy [267] ancienne. Mès [268] orendroit perissent les clergies par nos envies et par noz maus [269], si que pou en ont retenu et uns et [270] autres. Car nus n’i ose mès [271] entendre pour les riches medisans, mauvès [272] et en-[F° 22 c]vieus, qui nul bien ne veulent [273] aprendre. Et s’il voient aucun entendre a clergie dont il ne puisse estre riche, de quoi il soient a aise, tantost le [274] veulent gaber et escharnir.

Mès [275] ainsi les veult [276] cil loer qui est et leur mestre [277] et leur sire et a qui [278] leur mesdire plest [279], tant qu’il leur [280] en rendra si grant loier [281] qu’il seront seür d’avoir toutes males aventures en enfer le puant, la ou il se gaberont de eus meïs-[F° 22 d]mes et diront que il furent nez de male heure quant il n’apristrent ce qu’il durent aprendre.

La lesseront il ceuls [282] ester, qui plus amerent a conquester clergie que le foul savoir dont il assemblassent les grans [283] avoirs et les [284] granz richesces ; et sachent que tout [285] ceus [286] qui pour avoir muable lessent leur tens [287] de bien aprendre sont asseür de mal atendre après la mort [* 12]. Car, par leur avoir [288], la clergie faut ; si qu’a pou que [F° 23 a] ele [289] n’est perie. Et ce qui orendroit en est [290] seü vient [291] et nest [292] de la cité de Paris plus que de nule [293] autre cité.

  1. — B : quoy.
  2. — B : dist.
  3. — B : arrieres.
  4. — B : tournioit.
  5. — B : jours.
  6. — B : resgarder les estoilles du ciel.
  7. — B : s’esmovoient.
  8. — B : testes.
  9. — B : mengier ; N : mangier.
  10. — A : « a » manque.
  11. — A : annoit ; B : leur annioit pas. Ainz... ; N : leur anuioit pas. Ainz.
  12. — A : noient.
  13. — B : estoilles mouvoir jusques a...
  14. — A, B, N : par d’autre part ; cf. aussi fo 100 a, c, 101 b.
  15. — B : dusques.
  16. — B : soleill.
  17. — B : cler et vermeill.
  18. — B : s’aprouchoit de.
  19. — B : aprouchier.
  20. — B : estoilles.
  21. — B : soullielz.
  22. — B : li.
  23. — B : aussi.
  24. — B : desfaillant.
  25. — B : reparoit.
  26. — A : ansi ; B : aussi.
  27. — B : s’aprouchoit.
  28. — B : soleill.
  29. — B : despartoit.
  30. — B : que ele.
  31. — B : aussi.
  32. — B : soleill.
  33. — B : s’en.
  34. — B : aloit.
  35. — B : revenoit ainsi toute...
  36. — B : avoec.
  37. — B : aussi.
  38. — B : fait.
  39. — B : mais.
  40. — A : lasses de pances.
  41. — B : encressier.
  42. — B : porreture, pour...
  43. — B : vilainne.
  44. — B : douleur.
  45. — B : mengier ; N : mangier.
  46. — B : qu’il en peüssent ; N : qu’il peüssent.
  47. — B : sostenir ; N : soustenir.
  48. — A, B, N, C : .XX. anz.
  49. — C : qu’ilz ne font.
  50. — A, B, N, C : et.
  51. — B : des.
  52. — B : mengast.
  53. — B : retrendroient.
  54. — B : grans.
  55. — B : apetice leur vies par les...
  56. — B : puet souffrir.
  57. — B : qu’il muerent.
  58. — B : leurs.
  59. — B : seuvent moult pou a la mort et quant...
  60. B : morir.
  61. — B : pluseurs.
  62. — B : morz et dampnez.
  63. — B : pooient.
  64. — B : euls.
  65. — B : perill.
  66. — A : teles : il y a évidemment ici une faute de copiste, l’angln. n’offrant aucun cas parallèle.
  67. — B : voloient.
  68. — B : sostenir.
  69. — B : connoistre le souurain roi.
  70. — B : auroit fait.
  71. — B : que il ja...
  72. — B : avant de ses œures.
  73. — B : emporoient.
  74. — B : connoistra l’en le maistre, se l’en le connoist.
  75. — B : avant son estre et ses œures...
  76. — B : oures.
  77. — B : puet.
  78. — B : as œures.
  79. — B : pooir.
  80. — B : œures.
  81. — B : meilleur pourpens et meilleur volenté d’amer leur creatour.
  82. — B : car s’estoit.
  83. — B : lor.
  84. — A : n’y heüssent il... ; C : n’y heussent.
  85. — A : nus hons.
  86. B : discres.
  87. — B : porroit.
  88. — B : hauz.
  89. — B : soit.
  90. — B : mais.
  91. — B : el.
  92. — B : en la terre.
  93. — B : puet.
  94. — B : tans.
  95. — B : raison.
  96. — B : est.
  97. — A : compasset.
  98. — B : .
  99. — B : porroient.
  100. — B : raison.
  101. — B : pooient.
  102. — B : as ieux con bien qu’il...
  103. — B : aussi.
  104. — B : et fu ce...
  105. — B : esmeüz.
  106. — B : le firmament mouvoir.
  107. — B : ce qui.
  108. — B : œures.
  109. — B : œures.
  110. — B : vrais.
  111. — B : preudomme.
  112. — B : couveiteus.
  113. — B : cels.
  114. — B : sage.
  115. — A : furgent.
  116. — B : meitre.
  117. — B : ceuls ont qui voulentiers les amasent.
  118. — A : « leur » manque.
  119. — B : « la » manque.
  120. — B : despartoient.
  121. — B : i.
  122. — A : ne.
  123. — B : retenir.
  124. — B : gens pour els servir ; C : pour eulx servir.
  125. — B : s’il qui les convenist a nules choses.
  126. — B : fors que aprendre.
  127. — B : faisoient faire leur maisons.
  128. — B : aussi.
  129. — C : religieux.
  130. — B : els.
  131. — B : raison, selonc s’entention de...
  132. — B : apris.
  133. — B : vers.
  134. — B : recordent.
  135. — B : leur recordoit.
  136. — B : « ensamble » manque.
  137. — B : dist.
  138. — B : escript.
  139. — B : dist.
  140. — B : qui.
  141. — B : ains.
  142. — B : i entendirent et estudierent.
  143. — B : qui.
  144. — B : entremeitre.
  145. — B : aussi.
  146. — B : tout.
  147. — R : deux mil et quatre cens ans.
  148. — B : ars.
  149. — B : travail.
  150. — B : meitre.
  151. — B : et.
  152. — B : pas.
  153. — B : veillierent.
  154. — B : moururent.
  155. — B : qui.
  156. — B : faisoient mettre emprison ou ils les faisoient.
  157. — B : ocirre a martyre.
  158. — B : mostroient.
  159. — B : aussi.
  160. — B : martyre et mort ; « passion » manque.
  161. — B : volloient.
  162. — B : temps.
  163. — B : tans.
  164. — B : Romme.
  165. — B : maintes.
  166. — B : devant esté.
  167. — B : lignie.
  168. — B : saint.
  169. — B : escripz.
  170. — b : irascu.
  171. — B : fusse.
  172. — B : philosophes i ot dont chascuns.
  173. — B : merveillieus.
  174. — B : preudoume.
  175. — B : si ne.
  176. — B : preudomme.
  177. — B : iamais.
  178. — B : trouver.
  179. — A : et s’il...
  180. — B : se il fussent.
  181. — B : adouques.
  182. — B : troverent.
  183. — B : mais ele va.
  184. — B : « gens » manque ; N : genz.
  185. — B : faire ; N : fere.
  186. — B : cels ; N : ceus.
  187. — B, N : près ; C : pris.
  188. — B : mais ; N : mès.
  189. — B, N : savoir, qu’il en puissent... ; C : avoir, qu’il en puisse...
  190. — B : il a assez avoir...
  191. — B : pueent ; N : pouent.
  192. — A : endre.
  193. — B : pooir.
  194. — B : pueent pas aussi.
  195. — B : ainz.
  196. — B : leur vivre querre et gaaingnier.
  197. — B : si en sont et nu...
  198. — B : aournez.
  199. — B : querrent.
  200. — B : genz.
  201. — B : coc.
  202. — B : commença a resgarder.
  203. — B : ainz la...
  204. — B : mains.
  205. — B : atourneiz.
  206. — B : font que resgarder par dehors.
  207. — B : nouvel et frès, pour ce qui samblent bel.
  208. — B : tornent d’autre part tantost.
  209. — B : fols desierriers.
  210. — B : porroient.
  211. — B : aprendre se il i voloient entendre.
  212. — B : pooir.
  213. — B : autresi.
  214. — B : bonnes.
  215. — B : manieres.
  216. — B : fol.
  217. — A : le arz ; B : ars.
  218. — B : paines.
  219. — B : sciuent.
  220. — B : pars.
  221. — B : livre.
  222. — B : ars.
  223. — B : ars.
  224. — B : prennet.
  225. — B : gaaignier.
  226. — B : encore.
  227. — B : aprendre.
  228. — B : gaaignier.
  229. — B : voulent.
  230. — B : sanz.
  231. — B : maistrie.
  232. — B : font autres...
  233. — B : en ont.
  234. — B : couveitent.
  235. — B : maistres.
  236. — B : as ars.
  237. — B : ordenance.
  238. — B : arimetique.
  239. — B : as.
  240. — B : mesure.
  241. — B : astronomie.
  242. — B : esmeüz.
  243. — B, N : entrelaciées.
  244. — B : pueent ; N : povent.
  245. — B, N : sanz.
  246. — B : sanz.
  247. — B : sanz.
  248. — B : ne puet.
  249. — B : mais.
  250. — B : que il en puissent.
  251. — B : granz.
  252. — A : a ce que pou nous... ; B, N : avons, a ce pou que...
  253. — B : nous ; N : nos.
  254. — B : fust.
  255. — B, N : fust.
  256. — B : que ; N : quel.
  257. — B : faire.
  258. — B : touz.
  259. — B : de « dampnez » à « Car » manque ; N : dampnez, dont nos fussons nez de male heure. Car... ; A : huere.
  260. — B : houme ; N : home.
  261. — A : ne quel ; B : « quel » manque ; N : ne que.
  262. — B : touz.
  263. — B : touz.
  264. — B : de.
  265. — A : porpenserement ; B, N : pourpensement.
  266. — B : sanz.
  267. — B : loi.
  268. — B : Mais.
  269. — B : nons maus et nons envies.
  270. — B : retenu ne uns ne.
  271. — B : mais.
  272. — B : mesdisanz, mauvais.
  273. — B : voulent.
  274. — A : les.
  275. — B : Mais.
  276. — B : veut
  277. — B : maistres.
  278. — B : sires et a cui.
  279. — B : plaist.
  280. — B : « leur » manque.
  281. — B : loer.
  282. — A : sens ; B : laisseront il ceuls ; C : laisseront il ceulx.
  283. — B : granz avoirs.
  284. — B : « les » manque.
  285. — A : tout ceus (Schwan-Behrens. Altf. gr. II p. 163) [Ex. n. pl. Lais de Marie de France p. 82 v. 207 (Halle, 1900), id. p. 85 v. 297, etc.].
  286. — B : sachiez que touz cels.
  287. — B : laissent leur tans.
  288. — B : par leur sens et leur avoir.
  289. — B : qu’ele.
  290. — B : ce qui en est orendroit.
  291. — C : en est ce vient.
  292. — B : naist.
  293. — B : nulle.
  1. * « Par d’autre part » se retrouve dans la plupart des mss. Il s’agit, semble-t-il, du vieil emploi de la préposition par jointe à certaines prépositions, surtout à celles qui commencent par de. Cf. par devers, par decosté, par dessous. « Par de treis parz les assaillirent — E par treis lieus les envaïrent. » Chron. des Ducs de Normandie (Paris, 1836). « Karles li rois de France, qi lor vient en aïe — S’est ambatuz an l’ost par de l’autre partie ». Chanson des Saxons (Paris, 1839, II 126).

    Par est aussi confirmé par la mesure des vers dans la première rédaction. Sloan, fo 81 d : Contre oriant par d’autre part. Cf. Burguy II 358.

  2. * -er pour -ier se trouve à plusieurs reprises dans ms. A (coucher 46 a, 100 a ; priser 113 a ; cuider 119 d). C’est une forme angln. (Suchier Altf. G. p. 47.) Ex. : abeisser, chevaler, manger, Lais de Marie de France (Halle, 1900) ; chevaler : aler, Estorie des Engleis par Gaimar. V. 5651 ; manger, Bœve de Haumtone, V. 408 (Halle, 1899).
  3. * Ms. Sloan f° 82 b.

    ...Dont li .xxx.
    vivoient lors plus longement
    que ne font orendroit li cent
    par contenance vaine et fole.
    N’entendent...

    Les mss. prose ont tous la même leçon. Caxton rend ce passage comme suit : « Ils

    vivaient alors 20 ou 30 ans de plus que ne le fait de nos jours un sur cent par sa conduite folle et vaine. » La leçon de la rédaction en vers est claire. Il faut omettre « anz » après .xx. et le sens ressort clairement comme suit : « 20 ou 30 d’entre eux vivaient alors plus

    longtemps que, de nos jours, une centaine d’êtres dont la conduite est folle et vaine. »

  4. * « Car autrement... non » : Car autrement ils n’auraient jamais pensé que personne, quelque sage ni discret qu’il fût, pût jamais comprendre Ses secrets ni Ses miracles sauf (sinon) Lui-même.
  5. * « Ainz... d’aprendre » : Il y eut beaucoup de ces sages qui s’aperçurent, à propos de leurs trésors, qu’ils perdaient tellement de temps à penser comment ils devraient faire pour les garder ou les dépenser avec mesure ou les rassembler, que ces trésors leur enlevaient le loisir de travailler.
  6. * « Car s’il... trouverent clergie » : Car s’ils n’avaient pas été aussi sages qu’ils l’étaient, jamais il n’y aurait eu autant de science qu’il y en a maintenant. Et l’on pourrait encore bien en découvrir si les hommes de nos jours étaient semblables à ceux qui découvrirent les sciences autrefois.
  7. * « Car... a droit » : Car personne ne (tient en estime) prise la science et ne s’y applique comme il le devrait.

    Nous avons choisi la leçon des mss. B, N pour résoudre l’abréviation du ms. A. C dit « pris », Sloan « pas » : ni l’une ni l’autre de ces leçons n’éclaircit la question. « Pris » (lat. pretium) aurait ici le sens d’ « estime ».

    Sloan f° 84 a : Car nus clergie pas ne tient
    Sloan f° 84 a : ne nus a droit ne s’i alie.

    Cf. f° 25 a, où l’expression « tenir clergie près » est répétée, mais sans abréviation. Cela décide la question en faveur de « près ».

  8. * « Et sont... apertement » : l’accord des pronoms et des adjectifs est le même dans tous les mss. en prose. La version en vers ne differe pas non plus.

    Sloan 2435, f° 84 d :

    Et sunt ensi entrelaissies
    qu’il ne puent estre sorpies
    l’une sens l’autre entirement
    ne savoir si parfetement
    les premerains sens les darrains
    ne celes sans les premerains.
    Qui l’une en violt a droit entendre
    de toutes li covient aprendre.
    Autrement ne puet on...

    La même leçon se retrouve dans tous les mss. en vers de la première rédaction (cf. Fant o. c. p. 60, sq.).

  9. * « Et font a blasmer... nous en savons. »

    Manuscrit Sloan 2435 :

    Et por ce font plus a blasmer
    De ce dont cil font a loer
    Qui s’entraveillerent premiers.
    Dont il nous est si granz mestiers
    De ce qu’escrites les avons,
    Et cel po que nous en savons.

    Variante d’après Arundel 52 :

    De ço qu’escrites les avons
    Iço pou que nous en savons.

    Ce passage obscur n’est pas facile à expliquer. On s’attendrait peut-être à une leçon telle que « Dont il nous est si grand mestiers que nous avouns escript ce pou que nous en savons. » Mais la forme « escriptes » est confirmée par la version en vers.

    Même la correction « de ce que nous les avouns escriptes iço pou que nous en savons » offre des difficultés.

    Le sens de la phrase est probablement le suivant : Et ils (les mauvais clercs) méritent d’être blâmés pour ce dont ceux qui travaillèrent d’abord aux sept arts (i) méritent d’être loués. Nous avons si grand besoin de ces arts que nous avons mis par écrit le peu que nous en savons.

  10. * La forme ue pour eu est fréquente. Ex. : Ponz-suer-Saigne, pruedons, suel (Suchier, Altf. G. p. 31). Nous ne pouvons cependant confirmer huere, et, le cas étant isolé dans le ms. A, nous corrigeons : heure.
  11. * « Car... mues » : Car alors les hommes n’auraient rien su, pas plus que des animaux muets.
  12. * « La... mort » : Là (en enfer), ceux qui ont préféré les sciences aux folies qui servent à acquérir les richesses laisseront ces fous (ceuls) : Et que tous ceux qui préfèrent les biens temporels aux sciences sachent qu’ils sont assurés d’un triste sort après leur mort.
  1. [Fo 12 c — 23 a = Vers 413-929.]
  2. « Et quant... mois liz. » Sydrach Ad. 208. Neckam II 173 ; De Laudibus 10.
  3. « la parole... vient. » S. Matthieu IV 4.
  4. « Si i ot... devant » (cf. Introduction p. 33). Saint Augustin Epistolarum classis IV. Epistola 258 (Patrol. t. 33 col. 1073).


vi [a].
Des [1] trois manieres de gens [2], et comment clergie vint en France.

Clergie regne orendroit a Paris, si comme ele fist a Athenes, une cité de grant noblesce.

Li philosophe, qui lors estoient et qui les autres devoient aprendre et ensaingnier [3], ne poserent selonc leur sens que trois manieres de gens [4] au monde : ce furent [F° 23 b] clers et chevaliers et laboureeurs [5] de terres. Li gaaingneeur [6] de terres [7] doivent querre aus [8] autres ·ii· ce que mestier [9] leur est pour vivre au monde honnestement [10]. Et li chevaliers les [11] doivent garder et deffendre [12] comme bon serjant, que il ne facent [13] tort les uns aus [14] autres. Et li clers [15] doivent ensaingnier [16] ces ·ii· manieres de genz et les doivent adrecier de leurs euvres [17], si que nus ne face chose dont il perde [18] Dieu ne sa grace.

[F° 23 c] Ainsi poserent trois manieres de genz ça en arrieres li sage philosophe [19] au monde [b], comme cil qui bien sorent que nul [20] ne pourroit metre [21] son courage a ce qu’il peüst estre bien sages [22] a droit en ·ii· aferes [23] ne en trois. Car il n’avint onques jour du monde que clergie et chevalerie et laboureeurs [24] de terre peiïsent [25] estre bien seües [26] a nul jour de leur vies par ·i· seul home [27], ne aprises, ne retenues. A l’une des trois seulement cou-[F° 23 d]vient penser, qui a droit la veut [28] aprendre. Et pour ce poserent ·iii· manieres de genz, sans [29] plus, en terre li philosophe. Car il vouloient enquerre droite verité.

Et queroient une cité au monde ou il peüssent [30] miex estre et demourer pour enquerre l’estre [31] de clergie, et pour eus [32] meïsmes adrecier, et pour ensaingner [33] les autres. Dont Athènes fu jadis une ; et la avoient leur commune et leur assamblée, et la regna premiere-[F° 24 a]ment chevalerie avec [34] la clergie. Et puis s’en vint a Romme qui orendroit est de grant regnon [35]. Et chevalerie revint après, qui adès se tenoit près de li. Et puis s’en renvint [36] en France, ou chevalerie a grant pouoir [37], plus qu’en [38] nul lieu du monde. Et ainsi habunde [39] li uns en [40] l’autre. Car chevalerie [41] suit touz jourz [42] clergie la ou ele va adès.

Dont li rois de France doit estre joians et liez [43], quant de son roiau-[F° 24 b]me [44] puet nestre tel seigneurie [45] comme est science de clergie, ou chascuns puis [46] sens humains, ne pour ce mains n’en i remist [47] il pas [* 1]. Car c’est ausi comme la fontainne [48] qui touz jours sort, et plus loing court [49] et plus est saine. Et que plus court li ruisiaus de la fontaine loing [50], tant y a il plus d’yaue et tant en puet l’en plus prendre a son besoing. Tout autresi vous puis je dire que Paris [F° 24 c] est la fontainne [51] ou l’en peut [52] plus puisier science que en autre lieu, qui avoir i peut [53] demourance. Et puis que il est ainsi que clergie est en France si avanciée, donques en devroient savoir par raison les hoirs de France, se il daingnioient [54]. Car ausi [55] comme li souleus [56] est li plus biaus des estoiles [57], et tant fet nestre [58] de biens au monde, pour la bonté qui habonde en lui ; autresi [59] doit miex valoir li rois des autres gens et plus a-[F° 24 d]voir [60] de sens et de clergie, si qu’il puisse, par sa vaillance, reluire entre les autres gens [61], et par l’essample de son bien fere [62], que il verront en lui, se puissent [63] a droit conduire et atraire a Dieu. Et ainsi seroit il rois a droit, et ci et en paradis. Si seroit bien droit [64] et raisons qu’il meïssent entente [65] a aprendre tele clergie que il ne perdissent seigneurie [66] aps ceste vie mortel. Car par nature et par lingnage doivent il tuit [67] amer clergie [et] touz jours aprendre.

[F° 25 a] Car Charlemaine [68] ama moult philosophie [69] et avança en France de son pouoir [70], et retenoit touz les bons clers que il pouoit [71] avoir avec [72] lui, et les mandoit par tout la ou il les savoit. Mainte paine [73] ot et maint annui pour essaucier sainte crestienté. Ne onques pour ce ne vout [74] lessier [75] que il ne tenist clergie près [c]. Et touz jours aprenoit volentiers, et d’astronomie sot assez, si comme l’en treuve en sa vie, et moult fu amez. en Lo-[F° 25 b]heraine. Car il i demoroit [76] volentiers ; et encore y a de ses joiiaus [77] biaus et riches que il donna aus yglises [78], comme preudoume q[ue] il [79] fu. Car il ama moult Dieu et son non. Et se panna [80] moult toute sa vie d’amener clergie en France. Et encore [81] i est ele et regne par sa proesce [82]. Si en est moult bien avenu aus [83] rois qui sont venuz aps lui. Car il a conquesté a touz jours sens et clergie en la cité de Paris.

Or doint Diex [84] qu’ele [85] s’i tiengne [86] et que [F° 25 c] la vile en puisse estre maintenue. Car se clergie s’en aloit de France, chevalerie s’en [87] iroit après, comme [88] ele a toz jours fet [89]. Car touz jours se tient près de lui [90]. Si la retiengne li rois de France pour son preu. Car il porroit bien perdre son riaume [91], se clergie se departoit [92] de France. Car Diex l’en desavanceroit, qui avancié l’a et essaucié sus [93] touz autres rois.

Si resont [94] en France unes autres gens [95] qui en nostre tens i sont ve-[F° 25 d]nu [96]. Ce sont freres [97] meneur [98] et jacobins qui se sont mis en religion pour l’amour de Dieu pour aprendre et pour entendre a Dieu servir. Dont Diex nous en a fet [99] si grant honnour que il [100] retiennent toute la fleur de clergie en leur ordre pour adrecier et pour essaucier sainte crestienté par leur estuide et par leur travail [101]. Car il ont mout [102] grant pensée de servir Dieu toute leur vie et d’aprendre clergie et [F° 26 a] sens, comme cil qui ont tout le monde guerpi. Si me semble que il [103] font autresi comme firent cil qui ça an [104] arrieres se mistrent en leur encloitre [105] en sus de gent pour miex enquerre verité du ciel et de la terre. Si en a Diex fet granz [106] bontez a ceus [107] qui en leur [108] citez les ont, et en leur chastiaus [109] et en leur viles. Car il ne servent pas de guile ne de barat ; ains [110] se painnent de sermouner [111] pour les autres genz me-[F° 26 b]ner a bien et a voie de verité et seuffrent souvant [112] grant mesaise pour meitre a aise [113] les autres genz. Car je croi bien que, se ne [114] fust pour [115] leur bontez et par leur ensaingnemens, que crestientez [116] fust orendroit maubaillie et essillie [117] de mescrandise [118] et d’erreur.

Si se tiennent en ce qu’il ont empris [119], comme cil qui ont mis jus toutes les richesces [120] du siecle, sans retourner arrieres ; si en ont mout bone [121] maniere [* 2]. Car il [F° 26 c] se sont mis a povreté pour Dieu et pour ses sainz [122], et mains autres qui sont au monde, qui prennent essample a ceus [123] qu’il voient qui bien font.

Si en devons Dieu gracier et adrecier noz cuers a bien faire, tant que par droit nous puissions [124] aler el sain [125] [* 3] ciel par [126] nostre bienfait, dont [127] Diex nous doint si bon pouoir de deservir [128] que nous en soions parçonniers.

Mès [129] puis que vous avez oÿ raconter com-[F° 26 d]ment les ·vii· arz [130] furent trouvées, et par qui, si en lessiez atant ester, si vous diré qu’eles font et qu’eles sevent fere [131]. Car d’eles vient touz [132] humains sans [133] et toutes euvres [134] que l’en fet [135] des mains, et toutes prouesces, et toutes aperteces [136], et touz biens, et toutes humilitez. Et pour ce weil [137] je en ma matire [138] descrivre l’euvre [139] de chascune, et puis de nature, et puis du monde, comment il est fet [140] a la reonde.

Mès nous dirons [141] avant des ·vii· arz que [F° 27 a] l’en ne doit pas oblier [142].

  1. — A : De.
  2. — B : genz.
  3. — B : ensaignier.
  4. — B : genz.
  5. — B : laboureours.
  6. — B : gaaigneeur.
  7. — B : terre ; A : tres.
  8. — B : as ; A : querre a aus...
  9. — B : mestiers.
  10. — B : honestement.
  11. — A : le.
  12. — B : desfendre.
  13. — B : face.
  14. — B : as.
  15. — B : clerc si ; N : les clers si.
  16. — B : ensaignier.
  17. — B : leur œures ; N : leur ouevres.
  18. — B : perdent ; N : perde.
  19. — B : li sages philosophes ; N : les sages philosophes.
  20. — B : nus.
  21. — B : n’i porroit meitre.
  22. — B, N : « sages » manque
  23. — B : afaires.
  24. — A, B : laboureeurs ; N : laboureus.
  25. — B : terres peüssent.
  26. — A : senes, B : senez.
  27. — B : homme.
  28. — B : il veult.
  29. — B : sanz.
  30. — A : penssent.
  31. — B : l’eitre.
  32. — B : euls.
  33. — B : ensaignier ; « ensaingner » cf. note p. 69.
  34. — B : avoec.
  35. — B : renon.
  36. — B : revint.
  37. — B : pooir.
  38. — A : « en » manque : q nul...
  39. — B : habonde.
  40. — B : a.
  41. — A : Car lerie.
  42. — B : sieut touz iours.
  43. — B : liez et ioianz.
  44. — B : roialme.
  45. — B : seingnorie.
  46. — B : puisse ; « puis », cf. note f° 97 a.
  47. — B : remest.
  48. — B : aussi comme la fontaine.
  49. — B : sourt, et que plus court loing.
  50. — B : court loing le ruisel de la fontainne.
  51. — B : est orendroit la fontaine.
  52. — B : puet.
  53. — B : puet.
  54. — B : daingnoient.
  55. — B : aussi.
  56. — B : souleuls.
  57. — B : de toutes les estoiles.
  58. — B : fait naistre.
  59. — B : autressi.
  60. — B : genz et plus savoir.
  61. — B : genz.
  62. — B : faire.
  63. — B : puisse.
  64. — B : drois.
  65. — B : leur entente.
  66. — B : seingnorie.
  67. — B : touz.
  68. — B : Charlemaines.
  69. — B : phylosophie.
  70. — B : de tout son pooir.
  71. — B : pooit.
  72. — B : avoec.
  73. — B : painne.
  74. — B : voult.
  75. — B : laissier.
  76. — B : i demouroit.
  77. — B : ioiaus.
  78. — B : as eglyses.
  79. — B : qu’il.
  80. — B : peinna.
  81. — A : euquore.
  82. — B : prouesce.
  83. — B : as.
  84. — B : « Diex » manque.
  85. — B : que ele.
  86. — A : se tiengne.
  87. — B : « s’en » manque.
  88. — B : ausi comme.
  89. — B : touz iours fait.
  90. — B : li.
  91. — B : roialme.
  92. — B : departoit.
  93. — B : seur.
  94. A : seront.
  95. — B : genz.
  96. — B : qui i sont venuz en nostre tans.
  97. — B : frere.
  98. — B : menour.
  99. — B : fait.
  100. — B : « honnour que il » manque.
  101. — B : travaill.
  102. — B : moult.
  103. — B : samble qu’il.
  104. — B : en.
  105. — B : encloistre.
  106. — B : a fait Diex grant...
  107. — B : ceuls.
  108. — B : lor.
  109. — B : chatiaus.
  110. — B : ainz.
  111. — B : sermonner.
  112. — B : sueffre souvent.
  113. — B : « a aise » manque.
  114. — B : se ce ne.
  115. — B : pour.
  116. — B : crestienté.
  117. — B : et assaillie.
  118. — B : mescreandise.
  119. — A : enempris.
  120. — B : richeces.
  121. — B : moult bonne.
  122. — B : sains.
  123. — B : ceuls.
  124. — B : puissons.
  125. — B : saint.
  126. — B : par nostre bonté et par...
  127. — A : dom ; B : donc.
  128. — B : pooir de desservir.
  129. — B : mais.
  130. — B : ars.
  131. — B : par cui, si en laisserons atant la parole ester, si vous diré que eles font et qu’eles sevient faire.
  132. — B : tout.
  133. — B : sens.
  134. — B : oevres.
  135. — B : fait.
  136. — B : apertetez.
  137. — B : vueill.
  138. — A : « ma » manque ; B : matieir.
  139. — B : l’uevre.
  140. — B : il est faiz.
  141. — B : vous dirons.
  142. — B : oublier.
  1. * « ou chascuns... pas » : où chacun puise l’intelligence humaine sans qu’elle s’épuise (sans que pour cela il en reste moins).
  2. * « Si se... maniere » : Ainsi ils persistent dans ce qu’ils ont entrepris après avoir abandonné tous les biens de ce monde ; il leur en revient beaucoup de mérite.
  3. * Sain : la chute du t, soit final, soit médial, est très commune. Cas paral. dans ms. A : main 88 B ; son (sunt) 82 d, 113 c ; don 10 b ; etc. — Ex. : Sain Fursi (Le Miroir par Robert de Gretham) [Paul Meyer, Romania, 1886, t. XV, p. 304] ; sen (Boève v. 956, etc.) [Halle 1899] ; sein Gabriel (C. d. Roland v. 2847) [Heilbronn. 1878].
  1. F° 23 a — 27 a = Vers 930-1126.
  2. « Li philosophe... philosophe au monde. » Sydrach S. 212, 313, 393. Neckam II. 21.
  3. « Car Charlemaine... près. » Sydrach S. 572. — Neckam II. 174.


vii [a].
Ce est [1] gramaire.

La premiere des  ·vii· arz si est gramaire, dont il n’est pas seü le quart au tens [2] d’orendroit. Sanz laquele riens ne vaut guieres qui veult entendre de clergie. Car sanz li ne peut [3] nus apren-[F° 27 b]dre, que gramaires si est fondemens et commencemens [4] de clergie.

Ce est la porte de science [5], par quoi [6] l’en vient a sapience de clergie. Ce est cele [7] qui ensaingne a fourmer parole, soit en latin ou en roumanz ou en touz autres langages parlans [8]. Et qui bien savroit [9] toute gramaire, il savroit fere [10] et dire toute parole. Et par parole fist Diex le monde. Car parole est au monde sentence.

Ci après est logique [11].

[F° 27 c] La seconde art [12] si est logique, qui est appellée [13] dyalectique. Ceste si preuve faus et voir, et preuve par quoi l’en cognoist et bien et mal [14]. Et qui [15] savroit toute logique, il prouveroit et bien et mal sanz doutance [16]. Car par bien fu criez et fez [17] paradis, et [F° 27 d] par mal fu establiz enfer.

Ce est retorique [18] .

La tierce art a non retorique [19], qui est et droiture et raison et ordenance de parole, que ele ne soit pour fole tenue. Car li droit [20], par quoi li jugement sont fet [21], et qui, par raison et par droit, sont esgardé [22] en [F° 28 a] court de roi [23] et de baron, viennent de rectorique.

De cest [24] art furent decretales estraites, et lois et decrez qui ont mestier [25] en toutes causes et en touz droiz.

Qui bien savroit rectorique, il connoitroit [26] et tort et droit. Par fere [27] tort est li hons perduz et dampnez, et par fere [28] droit est sauvez et a l’amour de Dieu [29].

Ce [30] est arismetique.

[F° 28 b] La quarte art si a non arismetique.

Ceste art si vient après rectorique, et est mise en mi les ·vii· arz. Car sanz li ne peut [31] estre nulle des ·vii· arz assise parfaitement ne bien seüe entierement, devant que l’en sache ceste [32] art. Car toutes i prenent [33] [F° 28 c] garde ne ne pueent estre sanz lui [34]. Et pour ce fu ele mise en [35] milieu des ·vii· arz, et illuec tient son nombre. Et de li viennent tuit li nombre [36] par quoi [37] toutes choses queurent et vont et viennent. Car nulle riens n’est sanz nombre. Mais poi voit comment ce puet estre qui n’a esté maistre des ·vii· arz [38], tant qu’il en sache a droit dire la verité [39]. Mais nous ne poons pas orendroit [F° 28 d] tout [40] raconter ne dire. Car qui veult tel [41] chose espondre, il li couvient moult savoir de glose.

Qui bien savroit arismetique [42], il veroit ordenances [43] en toutes choses. Par ordenance fu faiz li mondes [44], et par ordenance sera desfaiz.

C’ [45] est geometrie.

La quinte a a non [46] geome-[F° 29 a]trie, qui a astronomie plus vault [47] que nule [48] des autres. Car par li est ele mesurée, et par lui [49] est compassée. Et mesure toute riens ou il a mesure. Par lui [50] puet l’en savoir le cours des estoiles [51] qui touz jours [52] vont, et la grandeur du firmament et [53] du souleil [54] et de la lune et de la terre ; par li [55] set on la verité de toutes choses et la quantité [56] de toute rien, ja si lointaingne ne sera, pour tant que l’en la puisse veoir as ieulz [57].

[F° 29 b] Qui bien entent geometrie, il voit mesure en toutes maistrises [58]. Car par mesure fu li mondes faiz [59] et toutes autres choses hautes et basses et parfondes [60].

Ce est [61] musique.

La sisiesme si est musique, et se fourme [62] d’arismetique.

[F° 29 c] De ceste art de musique vient toute atemprance, et de ceste art s’avance [63] fisique. Car, ausi [64] comme musique acorde toutes choses qui se descorderent [65] en eles [66] et les ramaine a concordance, tout autresi se painne phisique [67] de ramener a point nature qui se desnature et se desatempre en cors humain, quant aucune maladie l’encombre. Mais ele n’est mie du nombre [68] des ·vii· arz de philosophie. Ainz est ·i· me-[F° 29 d]stier qui se donne [69] a cors d’oume [70] saner, et de soi garder de maladie, tant comme il est en vie. Et pour ce n’est ele mie liberaus. Car ele sert de guerir cors humain [71] qui aucunes [72] foiz porroit [73] bien perir. Et nulle [74] riens n’est liberaus ne franche qui naist de terre. Et pour ce, science qui sert a cors humain pert sa franchise ; mais [75] celes qui servent a l’ame desservent [76] au monde liberal non [* 1]. Car l’ame doit estre liberaus, [F° 30 a] si comme chose qui est de noble estre, comme cele qui vient de Dieu et a Dieu s’en veult [77] revenir. Et pour [78] ce sont les arz liberaus. Car il [79] [* 2] font l’ame toute franche, et ensaingnent [80] quanque l’en doit faire [81] proprement en chascune chose. Et ce est la droite reson pour quoi [82] ele a non arz [83] liberaus. Car ele fait l’ame liberaus [84], et de tout mal la delivre [85].

De ceste est musique commune, qui s’acorde a chascune si bien que par li furent les [F° 30 b] ·vii· arz concordées si comme eles durent. De ceste sont estraiz touz les chanz [86] que l’en chante en sainte eglise [87], et toutes les acordances de touz les estrumenz qui ont divers acordemenz et [88] divers sons [89], et ou il a raison et entendement d’aucunes choses [90]. Qui set la science de musique, il set l’acordance de toutes les [91] choses. Et toute la creature qui se painne [92] de bien faire se ramainne [93] a concordance [94].

Ce [95] est astronomie.

[F° 30 c] La septiesme, si [96] est astronomie qui est de toute clergie la fins [97]. Ceste ensaigne [98] raison par quoi [99] l’en doit enquerre de [100] choses de la terre et du ciel, de celes qui sont faites par nature, ja si lointaingnes ne seront. Et qui bien set astronomie, il set metre [101] rai-[F° 30 d]son en toutes choses. Car Nostre [102] Sires fist toutes riens [103] par raison, et donna son non a chascune riens.

Par ceste art furent premierement emprises et enquises toutes autres sciences de decrez et de devinité [104], par quoi toute crestienté [105] est convertie a droite foi de Dieu amer et servir le roi tout puissant a cui [106] tout li biens se donne et alie, qui toute astronomie fist, et le ciel et la terre et le souleill et la lune et les estoiles, comme cil qui est li [F° 31 a] verais gouvernierres et li vrais voiles de gouverner tout le monde et adrecier [107]. Ne riens ne peut durer sanz lui. C’est li verais [108] astronomiens ; car il set tot [109], et les biens et les maus, comme cil qui astronomie fist, que l’en soloit jadis pour amie [110] tenir. Car c’est une art de si trés noble estre que, qui en porroit estre bien sages, il porroit connoistre a droit comment li mondes fu compassez [111] [* 3] et assez d’autres choses. [F° 31 b] Car c’[112] est la science par quoi [113] l’en connoist miex et plus a droit toutes [114] riens.

Par li seule furent trouvés [115] les autres ·vi· qui sont nommées devant [116] ; et sanz eles ne porroit nus savoir a droit d’astronomie, tant fust sages ne poissanz [117]. Tout ausi comme une hache ou ·i· autre outill de maçon sont li estrument [118] par quoi il forme [119] sa besoingne [120] et de quoi il fait son mestier, tot [121] autresi par droit majestire [122] sont les autres [F° 31 c] ·vi· estrument [123] et fondement d’astronomie.

Et li preudoume [124] ça en arriere, et roi et prince et duc et conte et autre grant seigneur [125], par leur sens et par la [126] bonne maniere qui estoit en euls, metoient toute leur painne et tout leur labour en savoir les arz [127] de clergie pour d’astronomie entendre [128]. Et tant i entendirent qu’il en sorent assez par la volenté de Dieu. Car il sorent mainz granz afaires qui avenoient par le monde. Si ne [F° 31 d] prisoient riens les choses qui avenoient en terre, comme cil qui bien en savoient la raison.

Si estoit coustume au tens de lors que se nus fust sers a autres genz [129], ne nus hons bas, ne nus vilains, tant fust plains de grant avoir ne de richeces [130], n’osoit il riens aprandre [131] des ·vii· arz pour les gentils hommes qui tuit en vouloient entendre [132] le principal, pour ce qu’il fussent liberal et franc. Et par ceste raison leur mistrent il a non les [F° 32 a] ·vii· arz liberaus.

Et a droit les nommerent liberaus. Car eles [133] sont si franches que il [134] rendent l’ame toute franche a Dieu. Et sont ordenées si a droit et données si entierement que l’en n’en peut [135] riens oster ne riens metre, tant s’en seüst entremetre, tant fust sages. Car se l’en en remuoit riens qui i soit, eles seroient toutes desfigurées. Car eles sont si a droit faites que nus hons qui soit en tout le monde, tant fust de [F° 32 b] parfonde escience, ne paien, ne [136] juif, ne crestien, n’i peut [137] riens ne muer, ne oster, ne contrester de rien.

Et qui savroit a droit les ·vii· arz, il seroit creüz en toutes lois. Car il n’est nus qui contrester le pouist [138] de chose qu’il vousist prouver, fust faus ou voir. Car il prouveroit par vive raison quanqu’il voudroit et droit et tort [139]. Si est cil fouls qui cuide savoir nulle [140] chose a droit qui apar-[F° 32 c] tiengne a clergie, pour nulle chose qui aviengne [141], se n’est par miracle [142] de Dieu qui tout peut faire, se il ne set des ·vii· arz. Car tout ne li vaudroit nient [143] a ce qu’il peüst moustrer riens, ne prouver a droit ne faus ne voir [* 4]. Car eles sont creües en toutes les lois la ou eles sont leües.

Et si n’est nus, tant soit de diverse loi [144] ne de divers language [145], que, s’il converse avec [146] autres genz [147], pour qu’il sache riens des ·vii· [F° 32 d] arz [148] a droit, ne prouver de leur usage ne [149] de lor [150] parz nulle chose qui soit, qu’il [151] ne soit creüz comme sages [* 5]. Ne ja ne sera paiens si divers que crestiens ne juif le peüst contredire de riens [152] de chose qu’il ne vousist dire ne prouver. Et [153] ne sont pas decretales ne lois que aucunes genz tiennent a males les constitutions qui y [154] sont, pour ce qu’autres les font et tiennent [* 6]. Car toutes les lois se tiennent as ·vii· [F° 33 a] arz ; et toutes les croient et retiennent [155], la ou il a genz qui riens en sachent. Car toutes resons [156] qui vienent des ·vii· arz sont voires en toutes causes et en toutes resons [157] par touz lieus. Car ce ne sont pas muables sciences que [158] touz jours sont estables et veraies [159].

Mais nous en laisserons a tant a [160] parler ; car vous en avez oÿ [161] ça devant souffissaument [162]. Si vous dirons de nature aps et briément que ce est. [F° 33 b] Car Diex la cria premierement ainz [163] qu’il feïst autre chose qui apartenist au monde. Si en devons premierement parler et dire que ce est pour deviser le monde après et descrire. Car li firmamenz muet par nature [164], et toutes les choses qui ont mouvement [165]. Ele muet les estoles [166] [* 7] et fait luire, et fait naistre et vivre quanqu’ele veut [167]. Et pour ce que toutes les genz ne sevent pas bien que ce monte, aloingnerons [168] un poi [F° 33 c] noustre matire pour faire entendre qu’est nature et comment ele œuvre [169], pour mieulz entendre la faiture du monde, que [170] nous vous dirons après se vous en voulez [171] entendre les resons [172]. Si metez painne au retenir.

  1. — B : Ci est li arz de.
  2. — B : tans.
  3. — B : puet.
  4. — B : fondemenz et commencemenz.
  5. — A : des creance.
  6. — B : quoy.
  7. — B : celle.
  8. — B : parlanz.
  9. — A : savroitt.
  10. — B : et faire.
  11. — B : Ci est li arz de logique (« après » manque).
  12. — B : Li seconz arz.
  13. — B : apelée.
  14. — B : de « et preuve » jusqu’à « et mal » manque.
  15. — B : Et qui bien.
  16. — B : doute.
  17. — B : faiz.
  18. — B : Ci est rectorique.
  19. — B : rectorique.
  20. — B : les droiz.
  21. — B : les jugemenz sont faiz.
  22. — B : par droit et par raison sont esgardez.
  23. — B : roy.
  24. — B : ceste.
  25. — B : mestiers.
  26. — B : connoistroit.
  27. — B : faire.
  28. — B : faire.
  29. — B : Dieu entierement.
  30. — B : Ci.
  31. — B : puet.
  32. — B : cest.
  33. — B : prennent.
  34. — B : li.
  35. — B : el.
  36. — B : de « et de li » jusqu’à « nombre » manque.
  37. — A : « quoi » manque.
  38. — B : ars.
  39. — B : sache a dire la droite verité.
  40. — B : tout ci.
  41. — B : tele.
  42. — B : arimetique.
  43. — B : verroit ordenance.
  44. — B : le monde.
  45. — B : Ci.
  46. — B : La quinte a non...
  47. — B : vaut.
  48. — B : nulle.
  49. — B : li.
  50. — B : li.
  51. — B : estoilles.
  52. — B : jourz.
  53. — B : de « et du souleil » jusqu’à « chascune chose » [f° 30 a] manque.
  54. — N : soulleil.
  55. — N : lui.
  56. — N : cantité.
  57. — N : aus ieuz.
  58. — N : mestrises.
  59. — N : fez.
  60. — N : pfondes.
  61. — N : « ce est » manque.
  62. — N : forme.
  63. — A : s’avan ; C : s’avance ; N : s’avance ; R : procede ; S [f° 79 b] : est descendue.
  64. — N : aussi.
  65. — N : toute chose qui se descorde.
  66. — N : soi.
  67. — N : paine fisique.
  68. — A : nomble ; C : nombre ; N : nombre.
  69. — N : done.
  70. — N : ome.
  71. — N : de cors humain garir.
  72. — N : aucune.
  73. — N : pourroit.
  74. — N : nules.
  75. — N : mès.
  76. — N : deservent.
  77. — N : veut.
  78. — N : por.
  79. — C : ilz ; R : ils ; N : il.
  80. — N : enseingnent.
  81. — N : fere.
  82. — B : raison pour quoy.
  83. — B et N : ars.
  84. — N : ele fet l’ame liberal.
  85. — B et N : la delivre de touz maus.
  86. — B : chans ; N : chanz.
  87. — B et N : eglyse.
  88. — N : « et divers sons » jusqu’à « d’aucunes choses » manque.
  89. — B : son.
  90. — B : « d’aucunes choses » manque.
  91. — B et N : « les » manque.
  92. — B et N : paine.
  93. — B et N : ramaine.
  94. — B : a concordance veraiement.
  95. — B : Ci.
  96. — B : « si » manque.
  97. — B : qui la fins de toutes clergies est.
  98. — A : « ensaigne » manque ; B : ceste ensaigne.
  99. — B : quoy.
  100. — B : des.
  101. — B : meitre.
  102. — B : noustre.
  103. — A : « riens » manque.
  104. — B : divinité.
  105. — B : crestientez.
  106. — B : qui.
  107. — A : li vrais voiles et li verais gouvernierres de tout le monde gouverner et adrecier.
  108. — B : vrais.
  109. — B : tout.
  110. — A : « amie » manque.
  111. — A : compasserz.
  112. — B : ce.
  113. — B : coi.
  114. — B : toute.
  115. — B : trouvées.
  116. — B : devant nommées. ; N : nomées.
  117. — B : puissanz ; N : poissanz.
  118. — B : les instrumenz ; N : les estrumenz.
  119. — B : fourme ; N : forme.
  120. — B : besoigne ; N : besoingne.
  121. — B et N : Tout.
  122. — A : droit maiesture ; B et N : maiestire ; C : droite maistrie. Sloan : droit maiestire.
  123. — B : estrumenz.
  124. — B : les preudommes.
  125. — B : arrieres, et rois et princes et contes et autres granz seigneurs ; N : arrieres, et rois et princes et dus et contes et autres granz seigneurs.
  126. — B : leur.
  127. — B : ars.
  128. — B : pour entendre d’astronomie.
  129. — B : gens.
  130. — B : richeises.
  131. — B : aprendre.
  132. — A : « entendre » manque ; B : entendre en voloient.
  133. — B : il.
  134. — Voir notes f° 30 a, 56 c sur il.
  135. — B : puet.
  136. — A : ne ne.
  137. — B : puet.
  138. — B : qui le pouist contrester ; N : qui le peust contrester.
  139. — B : et tort et droit.
  140. — B et N : nule.
  141. — B : nule ; N : nules choses qui avieignent.
  142. — B : se cen n’est pas espetial miracle... puet ; N : se n’est par miracle... ; A : se n’est pas ; C : ce n’est par.
  143. — B : noient.
  144. — B : loy.
  145. — B : langages.
  146. — B et N : avoec.
  147. — B : gens.
  148. — B : « arz » manque ; A : « arz » répété deux fois.
  149. — B et N : usage et de...
  150. — B et N : leur.
  151. — B : qui ; N : qu’il.
  152. — B : de riens contredire.
  153. — B : Ce.
  154. — B : i.
  155. — B et N : retiennent. ; A : retenient : cette forme n’est pas confirmée par d’autres ouvrages et est isolée dans le manuscrit A.
  156. — B : raisons.
  157. — B : raisons.
  158. — « que » : cf. note f° 123 b du texte.
  159. — B : sont veraies et estables ; C : maiz sunt touz jours estables...
  160. — B : tant en parler.
  161. — B : oï.
  162. — B : souffisaument.
  163. — B : la fist premierement et cria ainz.
  164. — B : Car par nature muet li fîrmamenz.
  165. — B : qui mouvement ont.
  166. — A : estoles ; B : estoiles.
  167. — B : veult.
  168. — A : alomgnerons.
  169. — B : ovre.
  170. — B : de que.
  171. — B : volez.
  172. — B : raisons.
  1. * « Et pour ce... non » : C’est pourquoi la science qui s’occupe du corps humain perd sa noblesse ; mais celles qui s’occupent de l’âme méritent en ce monde le nom de «  libérales ». — La leçon de la rédaction en prose est confirmée par la rédaction en vers :

    Sloan f ° 87 c : Mais celes qui a l’ame servent
    Sloan f ° 87 c : liberal non au mont deservent.

  2. * Nous trouvons quatre fois dans le texte du ms. A il où nous nous attendrions à trouver eles (nom. pl. fem.). Les deux premiers cas (fos 30 a et 32 a) s’expliquent par le genre de « arz » qui, dans notre texte, est tantôt masc. tantôt fem. ; de plus, il est confirmé par les ms. B et N. Les deux autres cas se trouvent fos 56 c et 82 b. Cf. note fo 56 c.
  3. * Compasserz : cette forme est isolée dans le ms. A, et n’est pas confirmée par d’autres ouvrages.
  4. * « Car tout... voir » : Car tous ses efforts seraient inutiles pour le mettre à même de montrer quoi que ce soit et de prouver avec autorité le vrai et le faux.
  5. * « Et si... sages » : Il n’y a pas un seul homme, quelque différents que soient son langage et ses coutumes, qui, s’il parle à d’autres gens et sache quoi que ce soit à propos des vii ars sans rien connaître des coutumes ou de quoi que ce soit qui concerne ces gens, ne soit considéré par eux comme sage.
  6. * « Et ne sont... et tiennent » : Et ce (les 7 arts) ne sont pas des lois et décrets dont certaines gens considèrent les règles (qui s’y trouvent) comme mauvaises parce que ce sont d’autres gens qui les font et les observent.

    La construction est la même dans la rédaction en vers.

    Sloan f ° 88 c :

    Ne sunt pas lois ne decretales
    qu’autres gens tenroient a males
    les constitutions qui sunt
    pour ce qu’autres tienent et font.

  7. * O pour oi se trouve assez souvent en Bourgogne, en Lorraine et en angln. pour que nous n’hésitions pas à garder « estole ». Cf. Stimming, o. c. p. 200 (mo, damosele).
  1. F° 27 a - 33 c = Vers 1127-1404.

    La description des sept arts se trouve dans Neckam II. 173.


viii [a].
De nature, comment ele oevre et que ce est.

Damediex fist tout premierement nature. Car ce est [1] la chose par quoi toute riens dure et vit qui desouz le ciel est ordenée [2]. Sanz na-[F° 33 d]ture ne peut [3] riens naistre, et par li [4] vit toute [5] riens née [6]. Et por [7] ce la couvint [8] premierement estre [9], qu’ele norrist [10] les genz et assaisonne, et s’abandonne la ou Diex veult [* 1]. Ele oevre diversement [11]. Nature fait ausi comme la hache au charpentier. Quant li charpentiers oevre de son mestier, la hache ne fait que trenchier. Et celui qui la tient la dresce quel part que il veult. Et par la hache est l’oevre assouvie [12] et [F° 34 a] faite selonc [13] la maniere de l’ouvrier. Tout autresi [14] se donne nature et habandonne [15] la ou Diex veult [b]. Car toute riens est faite par lui [16], si comme Diex la veult pourtraire. Et oevre en tel [17] maniere que se ele [18] faut a l’une, ele recuevre a [19] l’autre.

Riens en vain ne fait nature [20] ; ele oevre en tel [21] maniere qu’ele ne toult a nulle riens son plain [22]. Car entiere est touz jourz s’oevre selonc ce qu’ele trueve matere [23] [* 2]. [F° 34 b] Soit en genz ou en bestes, touz jourz est ses afaires genz, comme cele [24] qui riens ne fait qui de riens soit contraire a Dieu. Et la ou matere [25] defaut, si laisse a ouvrer ; et que plus y a matere, et plus œuvre [26] ; si comme l’en voit d’aucunes bestes, dont les unes naissent [27] a ·ii· testes ou a ·vi· piez ou a ·i· mambre mains qu’il ne doit [28] avoir et que sa fourme ne li remambre [29]. Aussi en [F° 34 c] voit l’en de tels souventes foiz qui sont presque tout failli ; et li autre [30] sont plenteureus et habondant de [31] leur fruit. Tout ausi revoit l’en souvent [32] avenir a aucunes genz [33] que, quant il naissent, il naissent a tout [34] ·vi· doiz en une main, et les autres a ·i·, ou a ·ii·, on a ·iii· mains [35] ; ou il leur faut ·i· mambre tout entier, dont il valent pis, selonc ce qui apartient au monde. Et en un autre ra si grant habondance [F° 34 d] de matere en cors ou en membre [36], autre chose que fourme [37] humaine n’i met [38]. Car [39] il li faut ou piez ou mains ; ou [40] il naist souvent a moins ou a plus [41] ; ou il a une jambe ou ·i· braz, l’un plus lonc que l’autre.

Si ravient a ·i· autre autre chose : Car li uns est noirs et li autres est blans ; li uns est granz et li autres petiz. Li uns devient preudoume [42] et sage, et li autres fouls et mauvais ; li uns se tient sages [F° 35 a] en sa jœnnesce [43], et en sa vielliesce [44] devient fouls. Li uns est sages vielz [45] et juenes, et li autres est fouls toute sa vie, et juene et vieill. Les uns sont cras et les autres sont maigres. Les uns sont malingeus et les autres santeis [46]. Les uns sont grelles [47], les autres si sont gros [48]. Les uns sont [49] vistes, les autres moulz [50] et lasches. Les uns sont tardis, les autres hastis. Les uns sont hardiz, les autres sont couarz. Les uns sont boi-[F° 35 b]teus, les autres sont boçuz, et les autres sont bien faiz en touz endroiz. Uns granz hons est souvent mal faiz, et uns petiz est bien faiz et bien avenanz. Car il n’a mambre [51] qui ne soit a [52] sa droite taille, tant comme il apartient a son [53] cors. Uns biaus enfes devient souvent laiz, et li laiz devient souvent [54] biaus. Li uns veult moult avoir de ses voulentez [55] et li autres en veult pou. Chascuns a son talent et a son apetit. Uns petiz hons engendre sou-[F° 35 c]ventes foiz ·i· grant [56], et uns bien granz souvent ·i· petit. Uns petiz [57] hons enprent [58] souventes foiz une grant chose a faire que uns bien granz n’oseroit enprendre [59]. Li uns muert tost, li autres tart. Et li autres vit tant que par aage se part [60] [* 3] du siècle, selonc ce que nature li dure par la voulen[61] de Dieu.

Si revoit l’en sovent [62] en genz, que li un [63] entendent a clergie, et li autre [64] entendent a [F° 35 d] autre mestier, ou a charpentier, ou a maçon, ou a fevre, ou a aucun autre mestier ou il met son tans. Car chascuns s’i donne [65] selon son sens. Car, a autre mestier que nature ne [66] li donne ne savroit entendre, dont il se seiïst entremetre si bien comme de celui ou sa nature li trait. Si a ·i· autre d’autre maniere qui se met et [67] adonne [68] a faire pluseurs choses que nus autres ne porroit ne ne savroit faire ; car [F° 36 a] sa nature pas ne li donne [69]. L’un bee en bas et l’autre [70] en haut. Si voit l’on [71] que il avient souvent que li hons avient la ou il bee a avenir, et autre foiz n’en vient [72] a chief. Ainz li tourne [73] tout a contraire et a meschance [74], si qu’a painnes peut [75] venir a chief de chose que il vueille [76] mener a fin. Et uns autres fet [77] maintes choses dont uns autres ne porroit [78] ne ne savroit faire. Car tant a de diversetez en gent [79], et [80] de faiture [F° 36 b] et de voulenté [81], que l’en ne porroit trouver en nulle terre du monde ·ii· hommes qui s’entreressamblassent, tant les seüst l’en querre, qu’il ne se diversifiassent [82] de cors, ou des [83] membres, ou de vis, ou de sens, ou de faiz, ou de diz. Car sa puissance est si diverse qu’il n’est riens qui ait naissance, qu’il n’ait en lui aucune chose dont uns autres n’a riens en soi [84], ja soit ce que nulle dessevrance n’i puisse nus hons aparcevoir.

[F° 36 c] Tele est la vertuz de nature, ou maint bon clerc ont mis leur cure et leur entente [85] a ce que il puissent mieuz dire et plus briément [86] [* 4] que est nature [87]. Si en dist tout premierement [88] Platon, qui fu de mout [89] garant renommée, que c’est une outrée poissance en choses, qui fait naistre samblant par samblant selonc ce que chascune peut estre [c]. Si peut [90] l’en entendre [91] ce par ·i· homme [92] c’uns autres engendre, et par bestes, et par plantes, et par se-[F° 36 d]mences qui selonc leur samblances [93] naissent, et selonc [94] leur façon. Itant en dit [95] Platon, qui fu granz clers[96]. Et puis en redit Aristotes, qui sont [* 5] clerc fu [97], que ce estoit principiex qui donnoit vertu es [98] choses de mouvoir et d’ester, a cui Diex donna tel pooir et tel force ; si comme l’en voit quant aucune chose se remue qui se peut [99] ester et mouvoir [d]. Aristotes, qui ce en dist, enquist maint livre de natures [100]. [F° 37 a] Et puis en redistrent pluseur [101] [* 6] autre philosophe que ce est [102] vertuz de chaleur qui fait chascune chose estre ; si n’en dirai autre chose orendroit. Cist ensuivirent [103] mieuz [104] Platon que Aristotes. Ainsi en distrent leur samblant. Si en distrent assez selonc ce que chascuns en [105] pooit dire.

Mais nus qui soit ne puet contredire ne savoir que ce est, fors Diex qui tout set et tout voit, et qui premierement le volt [106] establir pour acomplir toutes cho-[F° 37 b]ses. Si peut [107] l’en bien par ce savoir que Diex est de moult [108] grant puissance [109] et moult est grant chose de lui, quant il fist tel chose sanz painne qui est de si pesant affaire [110]. Et pour ce volt [111] il lui meïsmes faire l’oume [112], pour ce que il fust si poissanz [113] et qu’il eüst tels sens en lui qu’il seüst par nature ce qui grever li [114] porroit a l’ame et nuire envers Dieu. Car s’il se veult a droit conduire, il peut [115] bien a ce mener so[n] cuer, que nature ne le peut [116] [F° 37 c] grever en nule [117] maniere.

Et pour ce furent trovées [118] les ·vii· arz pour oster les mauvaises pensées qui pueent conduire l’omme [119] a mort, que l’en les peut [120] destruire par les arz. Et ainsi peut [121] l’en muer son mauvais estat par ensaingnement de bon maistre. Et pour ce, fait bon estre entre les bons ; car l’en i aprent bien a faire. Si est sages qui fait son preu en tel maniere qu’i [122] en ait mieulz [123] aps la mort et que Diex le preingue [124] en gré ; si [F° 37 d] avra fet [125] plus son preu que de l’autrui ; ce sache certainnement [126]. Car il en avra tout le bien.

Et moult est fouls qui tant aimme son cors qu’il en oublie a sauver s’ame que Diex li presta pour ravoir la arrieres ; et il fet [127] tant que maufez [128] l’a par son pechié. Cil qui ce fait [129], si fait autresi comme li mauvais serjanz a cui li sires bailla ses besanz pour monteploier en bien. Mais il ne le fist mie bien, comme cil qui estoit de male [F° 38 a] foi. Dont li sires le chaça ensus de lui. Nonques puis n’ot que honte et reprouche, si comme l’evangile le nous raconte [e]. Tout ausi [130] sera il de ceuls qui laissent le grain pour la paille. Ce sont cil [131] qui laissent leur ames perir pour le delit de leur cors, dont touz les maus [132] leur viennent.
Mais atant se taist ici endroit [133] li contes [134] des ·vii· arz et de nature, pour deviser la faiture du monde, comment il est par nature faiz et pourtraiz [135] de Dieu qui [F° 38 b] par son saint commandement fist le monde, et tout ce qui i apent. Et tout fait fu [136] a sa volenté et a son devis. Or oiez ce que nous vous en dirons [137].

  1. — B : c’est.
  2. — B : qui est ordenée desouz le ciel.
  3. — B : puet.
  4. — B : lie ; N : lui.
  5. — A : toutes.
  6. — B : « née » manque.
  7. — B : pour.
  8. — B : couvient ; N : covint.
  9. — B : « estre » manque.
  10. — B : car ele norrist ; N : car ele nourrit.
  11. — B et N : touz jourz diversement.
  12. — B : assovie.
  13. — B : solonc.
  14. — B : autressi.
  15. — B : habonde.
  16. — B : li.
  17. — B : tele.
  18. — B : s’ele.
  19. — B : en.
  20. — B : Nature ne fait riens en vain.
  21. — B : tele.
  22. — B : ne toult son plain a nulle riens.
  23. — B : matiere ; A : mate’.
  24. — B : genz ses afaires, comme celle.
  25. — B : matiere.
  26. — B : oevre.
  27. — A : laissent.
  28. — A : « qu’il ne doit » répété deux fois.
  29. — B : remembre.
  30. — B : autres.
  31. — A : et.
  32. — B : souventes foiz.
  33. — B : aucune gent.
  34. — B : touz.
  35. — B : moins.
  36. — B : mambre.
  37. — B : forme.
  38. — A : iumet.
  39. — B : Ou.
  40. — B : Car.
  41. — B : a plus ou a moins.
  42. — B : preudomme.
  43. — B : jonnesce.
  44. — B : vieillesce.
  45. — B : vieulz.
  46. — B : santeys.
  47. — B : grailles.
  48. — A : grox.
  49. — B et N : « sont » manque.
  50. — B : mouls.
  51. — B : membre.
  52. — B et N : de.
  53. — B : sont ; N : son.
  54. — A : « laiz, et li laiz devient souvent » manque.
  55. — B : volentez.
  56. — B : .i. grant homme.
  57. — B : petit.
  58. — B : emprent.
  59. — B : n’oserent emprendre.
  60. — A : se par.
  61. — B : volenté.
  62. — B : souvent.
  63. — B : que les uns.
  64. — B : et les autres.
  65. — B : se donne.
  66. — B : « ne » manque.
  67. — B : « se met et » manque.
  68. — B : donne.
  69. — B : nature ne li donne pas.
  70. — B : l’uns bee en bas et li autres.
  71. — B : voit on.
  72. — B : ne vient.
  73. — B : torne.
  74. — B : mescheance.
  75. — B : painne puet.
  76. — B : qu’il veille.
  77. — B : fait.
  78. — B : porroit riens faire.
  79. — B : genz.
  80. — B : « et » manque.
  81. — B : volenté.
  82. — B : diversefiassent.
  83. — B : de.
  84. — B : lui.
  85. — B : antente.
  86. — A : briesment.
  87. — B : qu’il peüssent mieulz dire que est nature, et plus briément.
  88. — A : prierement.
  89. — B : moult.
  90. — B : puet estre. Si puet...
  91. — B : entedre.
  92. — b : houme.
  93. — B : semblances.
  94. — B : selon.
  95. — B : dist.
  96. — B : qui granz clers fu.
  97. — B : qui fu son clerc.
  98. — B : as.
  99. — B : puet.
  100. — B : nature.
  101. — A : pluseure.
  102. — B : pluseurs autres philosophes que c’est.
  103. — B : ensiverent.
  104. — B : mieulz.
  105. — A : ne
  106. — B : voult.
  107. — B : puet.
  108. — B : « moult » manque.
  109. — B : poissance.
  110. — B : a faire.
  111. — B : voult.
  112. — B : l’omme.
  113. — B : puissanz.
  114. — B : le.
  115. — B : puet.
  116. — B : puet.
  117. — B : nulle.
  118. — B : trouvées.
  119. — B : pueent l’oume conduire.
  120. — B : puet.
  121. — B : puet.
  122. — B : qu’il en...
  123. — B : miex.
  124. — B : praigne.
  125. — B : fait.
  126. — B : certainement.
  127. — B : fait.
  128. — B : mauffez.
  129. — B : qui fait ce.
  130. — A : tout aut ausi ; B : aussi.
  131. — B : ceuls.
  132. — B : mauls.
  133. — B : « endroit » manque.
  134. — B : le conte.
  135. — B : portrait.
  136. — B : fu fait.
  137. — B : devisserons.
  1. * « Et por ce... veult » : Il était convenable qu’elle fût créée la première, parce qu’elle nourrit les gens et les fait venir à point ; et elle se livre là où Dieu le veut.

    Sloan f ° 89 a :

    Pour ce la covient premiers estre ;
    les gens norist, les gens sesone ;
    et la u Dex violt s’abandone.

  2. * L’orthographe ordinaire du ms. A est « matire » (f° 26 passim). Seule la position de l’abréviation fait supposer une forme « matere », forme bien connue en angln., et que nous retrouvons dans f° 34 b. Nous mettons donc « matere ».
  3. * Cf. f° 26 c n. Ex. de « par » : par (Ipomedon, v. 3316, cité par Stimming, o. c. p. 222). Toutefois la forme « par » étant isolée dans le ms. A, et l’exemple de Stimming se rapportant à « part » L. partem, nous rétablissons le t.
  4. * Le ms. A donne ordinairement « briefment », mais « briément » se trouve f° 33 a.
  5. * Sont : Cette forme se retrouve fos 74 a, 82 b. Elle est confirmée par des exemples et des parallèles : Stimming, o. c. p. 223 sunt [suum] (Ipomedon v. 3233) ; seint [sanum] ; dunt [donum], etc.
  6. * « pluseure » n’est pas confirmé par d’autres textes, et la forme est isolée dans A. Toutefois l’addition d’un e muet, surtout après r, est commune en angln. Cf. Suchier, Vie de St. Auban p. 39 (prisone, avale, forestes », etc.) ; Stimming o. c. p. 183 (mure, foreste, avante, bele, etc.).
  1. [F° 33 c38 b = Vers 1405-1619.]
  2. « Damediex... veult. » Ce passage est discuté dans l’introduction (v. Introd. p. 34).
  3. « Si en dist tout... peut estre. » Platon, Gorgias. Boèce, cité par Albert le Grand : Sum. Theol. VII. 30 (vide Introd. p. 34).
  4. « Et puis en redit... mouvoir. » Aristote. Physique 2. 1. 192 b. 14 ; 2. 1. 193 a. 28. Métaphysique 11. 3. 1070 a. 6 (vide Introd. p. 34 s.).
  5. « Cil qui ce fait... nous raconte. » St Luc XIX, 12 ; St Matthieu XV. 14.


ix [a].
De la fourme du firmament.

Diex forma [1] le monde tout reont, autresi comme est une pelote qui est toute reonde, et le ciel tout reont qui environne la terre de toutes parz entierement sanz nulle defaute, tout ensement comme l’escaille de l’oef qui environne l’aubun [2] tout [F° 38 c] entour. Et ausi [3] li ciels avironne [4] ·i· air qui est seur [5] celui air, qui a non hester en latin [* 1] ; c’est autretant a dire comme pur air et net [b], car il fu faiz de nesteé et de pure purté

Cil airs s’i resjouist nuit et jour de resplendeur perpetuel ; et est si clers et reluisanz [6] que, se uns hons estoit demouranz [7] la, il verroit tout, et unes choses et autres, quanqu’il y avroit, de l’un des chiés jusques a l’autre, ausi legierement, ou plus, comme uns [F° 38 d] hons feroit ça jus a terre devant ses ieulz un seul pié loing de lui, ou mains enquore [8], s’il en avoit mestier. Tout autressi [9] vous di, qui la seroit il porroit veoir tout entour [10] ausi bien de loing comme de près, tant est cil airs et clers et nez [11].

De celui hester prennent les anges [12] leur cors et leur elles, quant Nostre Sires les envoie en terre en message [13] a ses amis, quant il leur veult demoustrer aucune chose. Et pour ce samblent [14] [F° 39 a] il estre [15] si cler [16] as hommes pecheeurs [17] de ça jus, que leur oeill ne pueent souffrir la resplendeur, ne regarder cele grant clarté [18], comme cil qui d’oscurté sont [19] plain ; c’est a dire plain de pechiez dont il sont tuit empli. Si en est avenu maintes foiz que, quant li ange estoient venu a aucun homme [20] en aucun lieu pour la volenté [21] de Dieu annoncier, que, tant dis comme li anges parloit a lui, il se cheoit a terre [22] ausi comme endormiz. Et li estoit [F° 39 b] avis qu’il n’ooit la parole de l’ange fors autresi comme en sonjant. Et estoit touz muz sanz parler jusques a tant que li anges s’en repairoit arrieres [c]. Lors li preudons se resveilloit, qui bien se remembroit [23] du dit que li anges li avoit annoncié. Ausi [24] vous di je certainement [25] que nus hons corporels ne s’i porroit soustenir en nulle maniere. De cele clarté est la lumiere [26] qui est ps du saint ciel la sus, dont nous sommes si en sus mis. Car nulle [F° 39 c] chose corporel ne s’i porroit soustenir en nulle maniere [27] pour quoi [28] il fust de riens pesant. Ne nus oisiaus, tant soit volanz, ne se porroit la soutenir [29], que il ne le couvenist [30] venir aval, ausi comme une pierre, jusques a l’air ou il porroit reprendre [31] son voler, se il n’estoit esbahiz de [32] descendre. Car nus n’i porroit demourer, se ce n’estoit esperituel chose ; ne point n’i avroit de son vivre [33]. Car neant plus que li poissons [F° 39 d] peut [34] vivre en cest air ou nous soumes, ne lui soustenir, que moult tost morir [35] nel couvenist, et moult tost periroit [36] se il n’estoit adès norriz [37] en l’yaue [38], tout autresi vous di je de nous que nous ne nous porrions mouvoir en cel air perpetuel, ne vivre, ne demourer, tant comme [39] nous aions cors mortel.

  1. — B : fourma.
  2. — B : l’aubunt.
  3. — B : aussi.
  4. — B : environne.
  5. — B : sur.
  6. — B : et si reluisanz.
  7. — B : demoranz.
  8. — B : encore.
  9. — B : autresi.
  10. — A : encor.
  11. — B : naiz.
  12. — B : angres.
  13. — B : mesage.
  14. — B : samblant.
  15. — B : « estre » manque.
  16. — B : clers.
  17. — B : pecheours.
  18. — B : ne cele grant clarté regarder.
  19. — B : « sont » manque.
  20. — B : houme.
  21. — B : voulenté.
  22. — B : lui.
  23. — B : ramembroit.
  24. — B : aussi.
  25. — B : certainement.
  26. — A et R : « De cel eclarté est la lumiere » manque.
  27. — A : nulle cho maniere.
  28. — B : quoy.
  29. — B : soustenir.
  30. — B : covenist.
  31. — B : resprendre.
  32. — B : du.
  33. — A : niure.
  34. — B : puet.
  35. — B : mourir.
  36. — A : proit ; B : periroit.
  37. — B : norrir.
  38. — B : l’iaue.
  39. — B : comment.
  1. * « Et ausi... latin » : Et le ciel environne un air, appelé éther en latin, qui est au-dessus de l’air terrestre (celui air).

    La leçon de la rédaction en vers est plus simple et plus claire :

    Sloan f° 90 c :

    Tot ensi li cieus avirone
    un air qui est desous cest air
    qui en latin a non ether,
    c’est a dire purs airs et nès.

  1. [F° 38 b — 39 d = Vers 1620-1697.]
  2. « Diex forma... air et net. » Sydrach Ad., 121, S 118 ; Neckam I. 3 ; De Laud. 5.
  3. « De celui... repairoit arrieres. » Neckam I. 3 ; Honorius August. Imago Mundi I. 67 et 53 (Patrologia t. 172) ; Bède. Liber vari. quaest. 9 ; St-Grégoire le Grand, Moralia l. 28 ch. 1. (V. Introd. p. 35.)


[a].
Comment li quatre element sont assis.

Cele clarté dont nous vous avons dit [1], qui air espirituel [2] a non, dont [F° 40 a] li ange prennent leur atornement, environne tout entour les ·iiii· elemenz que Diex fist et assist l’un par [3] dedenz l’autre. Ce est feus et airs et yaue et terre, de coi li uns se serre en l’autre, et li uns l’autre soustient en tele maniere que la terre se tient en mi [b]. Li feus, qui est premierement, enclot cest [4] air ou nous sommes, et cist airs enclot l’yaue après, qui entour la terre se tient. Tout ausi [5] comme l’en voit de l’œf que li aubuns [F° 40 b] enclot le moieul ; et en mi le moieul a ausi [6] comme une goute de cresse [7] qui ne

Fig. 1.
Fig. 1.


se tient de nulle part ; et la cresse, qui la se tient, n’i touche de nulle part [8] [* 1] [c].

Par tel esgart et autresi [9] est la terre assise en mi le ciel si igalment qu’autresi [10] est ele loing du ciel en haut comme en bas. Ausi [11] comme est li poinz du [12] compas, qui est mis el milieu du cercle [13], c’est [14] a dire qui el plus bas est assis. Car, de toutes fourmes qui sont faites [F° 40 c] a compas [15], est touz jourz plus bas [16] li poinz dou [17] milieu. Et ausi sont li ·iiii· element entierement assis [18] li uns en l’autre si que la terre est tout en mi, qu’autretant a touz jourz du [19] ciel desouz li comme il apart [20] [* 2] desus. Ceste figure en moustre [21] la devision ; si i prenez garde. (Fig. 1.)

  1. — B : dist.
  2. — B : esperituel.
  3. — B : « l’un par » manque.
  4. — B : cel
  5. — B : aussi.
  6. — B : aussi.
  7. — B : gresse.
  8. — B : de nulle part n’i touche.
  9. — B : autressi ; N : autresi.
  10. — B : igaument que autressi ; N : igaument qu’autresi.
  11. — B et N : aussi.
  12. — B et N : d’un.
  13. — A : clergie ; B : cercle.
  14. — B : Ce est.
  15. — B : qui a compas sont faites.
  16. — A : pas.
  17. — B et N : du.
  18. — B : element assis entierement.
  19. — B : que autretant a touz jourz communement du...
  20. — B : de « part desus » jusqu’à « Autresi iroient » [f° 41 c] manque ; N : comme il a par desus ; A, C, R : comme il apart desus.
  21. — N : mostre.
  1. * « li aubuns... touche de nulle part » : Le blanc de l’œuf enclôt le jaune. Et au milieu du jaune se trouve une goutte de graisse qui n’est fixée nulle part. Et cette goutte de graisse se tient au milieu librement sans toucher au blanc.
  2. * « apart » du verbe « aparoir » peut se justifier (cf. Suchier. Altfr. Gram. p. 23 ; Partonop. de Blois (cité par Burguy) : part (= lat. paret) v. 6380.) — De plus ce mot n’altère pas le sens de la phrase. — Il semble pourtant que la leçon de N (il a par desus) est la plus correcte : c’est celle des deux rédactions en vers.

    Sloan f ° 91 c : tous jors com il a par desus.
    Harley f° 40 c : toz jors com ele a par desus.

  1. [F° 39 d40 c = Vers 1698-1732.]
  2. « Cele clarté... en mi. » Neckam I. 16 ; Honorius Aug. o. c. I. 3.
  3. « Tout ausi comme... nulle part. » Sydrach Ad. 121, S. 118 ; Honorius Aug. o. c. I. 1 Philolsophia Mundi IV. 1 (Patrol. t. 172) ; Abailard, Hexaemeron (Patrol. t. 178, col. 735 d. 736 a) ; Gervaise de Tilbury, Otia Imper. I. 1, éd. Leibnitz (Hanover, 1707).


xi [a].
Comment [1] la terre se tient en mi le monde.

[F° 40 d] Pour ce que la terre est pesanz [2] plus que nus des autres elemenz, se tient ele plus en milieu [3] ; et ce qui est legier se tient entour lui [4] [b]. Car qui plus poise plus bas trait, et quanque poise atrait a lui [* 1]. Et pour ce nous couvient [5] il joindre a li, et tout ce qui de li est atrait.

Se tel chose peüst [6] [* 2] a-[F° 41 a]venir qu’il n’eüst riens seur terre, ne yaue, ne autre chose qui destornast [7] la voie quel part que l’en alast, l’en pourroit [8] aler environ toute la terre, ou homme [9], ou beste, sus et jus, quel part qu’il voudroit, ausi [10] comme une mouche iroit entour une pomme [11] reonde ; autresi pouroit [12] aler ·i· homme [13] par tout le monde, tant comme la terre dure, par nature tout entour [14] [c], si que quant il vendroit desouz nous [15], il li sambleroit que nous fussienz desouz lui [16], si [17] [F° 41 b] comme il feroit de lui a nous [18]. Car il tendroit ses piez devers les nostres et la teste tout droit vers le ciel, ausi comme nous [19] faisons [20] ci, et les piez devers [21] la terre. Et s’il aloit adès avant devant lui, il iroit tant qu’il revendroit au lieu dont il parti premierement. Et ainsi [22] fust que par avanture ·ii· houmes [23] se departissent li uns de l’autre, et s’en alast adès li uns [24] vers oriant, li autres vers occident [25], si qu’il alassent igaument andui, il couvendroit [F° 41 c] qu’il s’entrencontrassent desouz le lieu ou il se murent. Et puis revendroient andui au lieu dont il partirent premierement. Car lors avroit chascuns fait [26] ·i· tour entour [27] la terre par desoz [28] et par desus, ausi [29] comme entour une roe qui seroit toute coie [30] sus terre [d].

Autresi iroient il entour la terre comme cil qui adès se trairoient [31] droit vers le milieu de la terre. Car ele serre touz pois envers li. Et que plus poise et plus a-[F° 41 d]trait, et plus près se tient du milieu. Car que [32] plus chieve l’en la terre en parfont, et plus la trueve l’en pesant.

Et pour entendre ce que je vous ai devisé ci devant des aleüres des mouches [33] entour la poume [* 3], et des honmes [34] entour la terre, ainsi entierement le pouez veoir [35], et la maniere et la façon [36], par ces ·ii· figures qui ci vous sont representées, se vous avez entendement en vous. (Fig. 2 et 3.) [F° 42 a] Mès pour la chose mieulz entendre et plus clerement, pouez vous prendre ·i· autre [37] essample : Se la terre estoit parciée [38] parmi le milieu droit, si que l’en veïst parmi le [F° 42 b] ciel desouz nous, et l’en getoit une pierre dedenz ou une plomée [39] bien pesant, quant ele vendroit ou [40] milieu de la terre, ele se tendroit illuec droit que plus ne porroit avaler, neant plus qu’ele porroit monter en haut ; fors tant que par ce qu’ele [41] cherroit de si haut, li donroit son pois aucun pooir, si qu’ele cherroit plus en parfont [e]. Mais tantost revenroit [42] amont, tant qu’ele seroit arrieres el milieu de la terre. Ne jamès [43] ne se mouvroit d’iluec, [F° 42 c] car lors seroit ele igaument par tout en sus du firmament qui adès tourne et jour et nuit [44]. Et par la vertu de son tour ne peut riens aprochier [45] de lui qui soit pesanz [46]. Ainz s’en trait touz [47] jourz [48] ensus. Dont vous pouez [49] veoir

Fig. 2 et 3.
Fig. 2 et 3.
la nature et entendre par ceste figure qui ci est [50]. (Fig. 4.) [F° 42 d] Et

se la terre estoit parciée [51] en ·ii· lieus [52], dont l’un pertuis feïst trenchiée [53] en l’autre, autresi comme une croiz, et ·iiii· houmes [54] fussent tout droit as

Fig. 4.
Fig. 4.


·iiii· chiés de ces [55] ·ii· pertuis, li uns desouz et li autre desus ; si getast chascuns [56] sa pierre dedenz, quele que ele fu [57], ou grant ou petite, chascune venroit jusques [58] el milieu de la terre sanz jamais [59] remover [60] d’illuec [61], se l’en ne l’en traioit a force. Et s’en tendroient [62] tout environ l’une en l’au-[F° 43 a]tre pour prendre [63] lieu, chascune devers le milieu [64] de la terre.

Et se les pierres estoient d’un pois, si venroient [65] tout a une foiz ausi [66] tost l’une comme l’autre. Car nature n’en feroit autre chose. Et vendroit l’une vers l’autre, si comme il apert ci endroit en ceste figure ici [67]. (Fig. 5.) [F° 43 b] Et se lor [68] pois n’estoient igal du lieu la ou eles cherroient, ce [69] qui

Fig. 5.
Fig. 5.


seroit plus pesant si se tendroit plus tost vers le milieu [70] de la terre, et les autres seroient tout entour li [71], si comme ceste figure, qui ci est, demoustre [72]. (Fig. 6.) Et si i en porroit l’en tant geter [73] que les pertuis seroient tuit plain [74], [F° 43 c] aussi comme il furent devant, si comme vous [75] veez en ceste figure. (Fig. 7.) Si vous en souffise [76] atant. Si parlerons d’autre chose après.

  1. — N ; comant.
  2. — N : pesant.
  3. — N : plus bas el milieu.
  4. — N : li.
  5. — N : por ce nos covient.
  6. — A : peut ; N et C : peüst.
  7. — N : destournast.
  8. — N : porroit.
  9. — N : home.
  10. — N : aussi.
  11. — N : pome.
  12. — N : porroit.
  13. — N : home.
  14. — N : tout entour par nature.
  15. — N : nos.
  16. — N : que nos fussons desouz li.
  17. — A : « si » répété deux fois.
  18. — N : a nos de li.
  19. — N : aussi comme nos.
  20. — A : faisions ; C : faisonz ; R : faisons ; N : fesons.
  21. — A : piez de ; C : deverz ; R : devers ; N : desus.
  22. — N : Et se einsi.
  23. — N : homes.
  24. — A et N : li uns ; C : ly un.
  25. — N : ocident.
  26. — N : auroit fet chascun.
  27. — N : tout entor.
  28. — N : desouz.
  29. — N : aussi.
  30. — N : quoie.
  31. — A : traioient ; B : trairoient ; N : treroient.
  32. — B : qui.
  33. — B : mousches.
  34. — B : houmes.
  35. — B : ainssi le pouez entierement veoir.
  36. — B et N : « et la maniere et la façon » manque.
  37. — B : une autre.
  38. — B : percie.
  39. — B : plommée.
  40. — B : el.
  41. — B : que ele.
  42. — B : revendroit.
  43. — B : jamais.
  44. — B : torne et nuit et jour.
  45. — B : apreuchier.
  46. — B : pesant.
  47. — A : tot jourz.
  48. — B : jouz.
  49. — B : vous en pouez.
  50. — Il manque ici un feuillet à B. Il y a aussi une interversion de feuillets comme suit : Dans B le folio 39 d finit « qui ci est ». Le feuillet suivant (f° 40 a) commence avec « tient maintes regions », ce qui correspond au f° 49 D dans le ms. A, et finit (f° 40 c) « de son vivre pour les ma... » [= f° 50 d dans le ms. A]. F° 41 A dans le ms. B commence « terre est reonde » [= f° 43 c dans le ms. A], et finit (f° 42 c) « et si parest si granz que » [= f° 45 d dans le ms. A]. F° 43 a dans le ms. B commence « Et en la fin de ceste » [= f° 47 d dans le ms. A], et finit (f° 44 d) « nommées tient chascune » [= f ° 49 d dans le ms. A]. F° 45 A dans le ms. B commence « ...les bestes qui » [f° 50 d dans le ms. A]. « ... les » dans 45 a (ms. B) est la seconde moitié du mot « ma... » à la fin du f° 40 c (ms. B). Les folios doivent ainsi être dans l’ordre suivant : 41, 42, 43, 44, 40, 45. Mais il manque deux folios : l’un entre f° 39 et f° 41 [= dans le ms. A f° 42 d « Et se la terre... » jusqu’à 43 c « deviserons comment la... »] ; l’autre entre f° 42 et f° 43 [ = dans le ms. A f° 45 d « trestoute la terre qui est... » jusqu’à 47 c « vous veez ci desouz ».
  51. — N : perciée.
  52. — N : leus.
  53. — N : feïst tranchiée ; C : feïst trainchie ; N : feïst tranchiée ; R : fst trenchie ; A : feüst trenchiée.

    Sloan f° 92 C :

    Et s’en ·ii· lius estoit partie,
    dont ·i· pertrius feïst trenchie
    et l’autre ensi comme une crois...

    Harley f° 41 B :

    Ou s’en dous leus estoit parcie,
    dont ·i· pertus feïst tranchie
    a l’autre ausi com une croix...

  54. — N : homes.
  55. — N : des.
  56. — N : chascun.
  57. — N : fust.
  58. — N : dusques.
  59. — N : jamès.
  60. — N : removoir.
  61. — N : d’ilec.
  62. — N : se tendroient.
  63. — N : por prandre.
  64. — N : mileu.
  65. — N : vendroient.
  66. — N : aussi.
  67. — N : ci.
  68. — N : leur.
  69. — N : cele.
  70. — N : mileu.
  71. — N : tout entour li seroient.
  72. — A : demoustree ; N : si comme en ceste figure ci est demoustré ; C : vouz demoustre ; R : demoustre.
  73. — N : jeter.
  74. — N : touz plains.
  75. — N : vos.
  76. — N : vos en soufise.
  1. * « quanque... a lui » : tout ce qui pèse attire vers soi.
  2. * La forme ordinaire du ms. A est « peüst » (fos 1 c, 5 a, etc). « Peut » serait donc une forme isolée. Pour cette raison nous mettons « peüst », quoique la chûte de l’s puisse être justifiée par de nombreux exemples en angln. (Stimming, o. c, p. 226).
  3. * Poume se trouve dans A et B. La forme est répétée plusieurs fois : fos 43 d, 66 a. Elle est confirmée par de nombreux exemples. C’est une forme commune en angln. (Suchier, Altfr. G. p. 66. Stimming. o. c. p. 192). Cf. Adam de la Halle, Robin et Marion (Monmerqué et Michel, Paris, 1879) p. 102 s. v. 146 : poumes.
  1. [F° 40 c43 c = Vers 1733-1846.]
  2. « Pour ce que... entour lui. » Neckam II. 48.
  3. « ausi comme... tout entour. » Neckam II. 48 ; Honorius Aug. o. c. l. 5.
  4. « Et ainsi fust... sus terre. » Neckam II. 48. Philos. Mundi IV. 3.
  5. « Se la terre... en parfont. » Neckam I. 16 ; Vincent de Beauvais, Speculum Naturale (Douai, 1624, vol. 1) VI. 7 (v. Introd. p. 36) ; Adélard de Bath, Quaestiones Naturales. Quaest. 49 : Si perforatus foret terrae globus lapidi injecto quorsum fieret casus. (Louvain, 1480.) (V. Introd. p. 36.)


xii [a].
Quele la reondesce de la terre est.

Or oez donques après ; si vous [1] deviserons comment [2] la terre est reonde. Qui porroit tant monter en haut [F° 43 d] en l’air qu’il peüst esgarder la

Fig. 6.
Fig. 6.
Fig. 7.
Fig. 7.
terre par vaus et par plains [3], la hautesce de [4] granz montaingnes et les

granz valées parfondes et les granz ondes de mer et les granz flueves li sambleroient mains paroir envers la terre que ne feroit un cheveill d’oume desus une poume ou desus son doit. Mais ne montaingne ne valée, tant soit haute ne parfonde, ne tout [5] a la terre sa reondesce [b] : neant plus que la gale laisse a estre reonde por [F° 44 a] ses espingnons. Car il couvient que la terre soit reonde pour estre i [6] plus de genz. Si vous dirons après pour quoi [7] il couvient que li mondes soit reonz.

  1. — N : vos.
  2. — N : commant.
  3. — N : plaingnes.
  4. — B : des.
  5. — B : toult.
  6. — B : y.
  7. — B : coi.
  1. [F° 43 c44 a = vers 1847-1866.]
  2. « Qui porroit... sa reondesce. » Neckam, De Laud. 5. Honorius Aug. o. c. I, 5. Ce passage est mentionné dans l’Introduction p. 36.


xiii [a].
Pour quoi [1] Diex fist le monde reont.

Diex forma [2] tout reont le monde. Car de toutes formes [3] qui sont, tant aient manieres diverses, ne pueent estre si plenieres [4] ne tant pourprendre [5] par nature comme fait la figure qui est reonde. Car c’est la plus ample de toutes les figu-[F° 44 b]res [6] [b]. Dont vous pouez tel essample prendre : Car il n’est nus [7], tant soit sages ne soutis en oevre, ne tant i sache entendre, qu’il peüst faire, pour nulle riens, d’autretant de merrien un vaissel de fust [* 1], ou de pierre, ou de metal, qui fust ausi amples, ne qui tant tenist en nul endroit, comme feroit le [8] reonz.

Ne figure que nus feïst ne se pourrait ausi mouvoir de nulle part, n’ausi tost [9] avoir son tour en nul sens [F° 44 c] que l’en puisse entendre, que il nel couvenist [10] pourprendre autre lieu que celui devant, fors seulement que la reonde qui tout entor [11] se puet mouvoir sanz avoir autre lieu, que ele ne pouroit [12] autre avoir que le premier, ne passer une seule roie dou lieu ou ele se tient [* 2]. Dont vous en [13] pouez veoir la nature par une figure quarrée metre desus une [14] reonde. Si les faites tourner [15] andeus [16], [F° 44 d] les angles de cele qui ne seroit pas reonde prendroient divers lieus que la reonde ne quiert pas. Et ce pouez vous veoir par ces trois figures qui ci sont. Dont l’une si est reonde tout environ, et les autres ·ii· si [17] sont quarrées. (Fig. 8.) Enquore [18] y a une autre chose, que il n’a riens

Fig. 8.
Fig. 8.


[F° 45 a] desouz le ciel enclos, tant soit de faiture diverse [19], qui ja se peiïst si tost mouvoir par nature comme feroit la reonde. Et pour ce fist Diex le monde reont, qu’il se peüst miex [20] acomplir et amplir de toutes pars [21]. Car il n’i voult riens laissier vuit, et voult qu’il tournast et nuit et jour [22]. Car il couvient avoir mouvement el ciel qui tout fait mouvoir. Car touz mouvemenz viennent du ciel. Si li couvient isnelement mouvoir. Et sanz le ciel ne [F° 45 b] puet riens mouvoir qui soit. Si vous dirons ci après de son mouvement.

  1. — B : quoy.
  2. — B : fourma.
  3. — B : fourmes.
  4. — B : plaineres.
  5. — B : porprendre.
  6. — B : Car de toutes les figures c’est la plus ample.
  7. — B : nus hons.
  8. — B : li.
  9. — B : n’aussi tout.
  10. — B : convenist.
  11. — B : entour.
  12. — B : porroit.
  13. — B : « en » manque.
  14. — B : metre desouz une...
  15. — B : torner.
  16. — B : audeus.
  17. — B : « si » manque.
  18. — B : encore.
  19. — B : de diverse faiture.
  20. — B : mieulz.
  21. — B : parz.
  22. — B : tornast et jour et nuit.
  1. * « qu’il peüst... de fust » : il n’y a pas d’homme qui puisse faire, d’aucune manière, avec la même quantité de matière, un vaisseau de bois ou de pierre...
  2. * « Ne figure... tient » : Aucune figure que l’on puisse tracer ne pourrait se mouvoir ni tourner dans aucun sens que l’on puisse imaginer sans qu’elle doive prendre une position différente de sa position précédente : sauf la figure ronde qui peut faire son tour sans changer de place, et qui peut rester à sa première place sans en bouger d’une ligne.
  1. [F° 44 a45 b = Vers 1867-1918.]

    Le chapitre XIII dans le ms. Arundel contient les vers de 1867 à 1902. Le chapitre XIV commence au vers 1903. De plus, dans le ms. en vers il manque un passage qui correspond à la page 44 d de la rédaction en prose, depuis « Et ce pouez... » à « ... si sont quarrées ».

  2. « Diex forma... figures. » Sydrach Ad. 158.

xiv [a].
Des mouvemenz [1] du ciel et des ·vii· planetes. Et de la petitesce de la terre envers le ciel.

Diex donna mouvement au ciel qui si tost vait, et si apertement [2], que nus ne le porroit penser. Mais il ne le [3] vous samble pour [4] sa grandeur. Ne qu’il sambleroit a un homme, se il [5] veoit de bien loing un cheval courre par desus une grant [6] montaingne, il ne li sambleroit [F° 45 c] mie qu’il alast le pas seulement. Et que plus seroit loing de lui, mains tost li sambleroit aler.

Et li ciels si est si ensus de nous, que se une [7] pierre estoit la sus, ausi haut comme les estoiles sont, et fust la plus pesant de tout le monde, de plon ou de metal, et preïst a cheoir de tout en haut, ce est chose prouvée et seüe qu’ele ne seroit pas cheoite jusques a cent anz, tant est loing de nous [b]. Et si [F° 45 d] parest si granz [8] que trestoute [9] la terre qui est entour n’a point de grandeur envers le ciel [10], neant plus que avroit [11] le point el milieu [12] du plus grant compas ne el plus grant cercle [13] que l’en porroit faire [14] en terre. Et se uns hons [15] estoit la sus el ciel, et il regardoit [16] vers terre ça [17] jus, et la terre fust toute ardant tout entour ausi [18] comme charbons ardanz, ele li sambleroit plus petite que la mendre estoile qu’i veoit [19] el [F° 46 a] ciel de terre ça jus, et fust en montaingne ou en valée [c].

Et pour [20] ce puet l’en bien savoir que tost couvient movoir le ciel [21], a ce qu’il li couvient faire [22] ·i· tour [23] entour la terre, que de jour que de nuit [24]. Si comme l’en peut [25] apercevoir par le souleil que nous [26] veons au matin lever vers oriant et coucher [27] vers ocidant [28]. Et puis après a l’endemain le reveons au matin en oriant. Car lors a il parfait [29] ·i· tour que l’en claime [F° 46 b] jour naturel, qui contient en lui jour et nuit [d]. Ainsi [30] va et vient li soleuls que [31] ja n’avra repos. Ne ja ne finera d’aler avoec [32] le ciel, ausi [33] comme le clou qui est fichez [34] en une roe, qui tourne quant ele tournoie. Mais, pour [35] ce qu’il a mouvement contre le tour du firmament, si vous [36] dirons une autre reson : se une mousche [37] aloit entour une roe qui se tournast, si que la mousche [38] alast encontre, la roe l’enmenroit [39] a-[F° 46 c] vec lui, si que la roe avroit fait mainz tours avant que la mousche [40] eüst fait [41] ·i· tour, et qu’ele eüst alé tout entour la roe jusques au premier point [e]. Si entendez que en autele maniere va la lune et li soulaus [42] par une voie qui est commune as [43] ·vii· planetes qui sont el ciel, qui toutes [44] vont par cele voie adès [45] devers oriant, et li ciels [46] tourne [47] en ocident, si comme sa nature le mainne [48] [f]. Mès ci se fenist ceste premiere [F° 46 d] partie pour [49] deviser en la seconde la terre et la forme du firmament.

  1. — B : del mouvement.
  2. — B : qui si tost et si apertement vait.
  3. — B : « le » manque.
  4. — B : nous samble pas pour...
  5. — B : s’il.
  6. — B : une moult grant...
  7. — B : que s’une.
  8. — N : grant.
  9. — B : de « trestoute » jusqu’à « vous veez ci desouz » [f° 47 c] manque.
  10. — N : n’a envers le ciel point de grandeur.
  11. — N : qu’avroit.
  12. — N : melieu.
  13. — A : clergie ; C, N, S et R : cercle.
  14. — N : fere.
  15. — N : homs.
  16. — N : regardast.
  17. — N : « ça » manque.
  18. — N : aussi.
  19. — N : qu’il voit.
  20. — N : por.
  21. — N : le ciel mouvoir.
  22. — N : covient fere.
  23. — N : « tour » manque.
  24. — N : que de nuit que de jourz.
  25. — N : puet.
  26. — N : soulleil que nos.
  27. — « coucher » cf. note f° 14 a.
  28. — N : en oriant et couchier devers ocident.
  29. — N : parfet.
  30. — N : Einsi.
  31. — N : soulleil ; C : souleil qui (« que » cf. note f° 123 b).
  32. — N : avec.
  33. — N : aussi.
  34. — N : fichiez.
  35. — N : Més por.
  36. — N : vos.
  37. — N : mouche.
  38. — N : mouche.
  39. — N : enmanroit.
  40. — N : mouche.
  41. — N : fet.
  42. — N : le soulleil et la lune.
  43. — N : aus.
  44. — N : totes.
  45. — N : tout adès.
  46. — N : li ceus.
  47. — N : torne.
  48. — N : maine.
  49. — N : por.
  1. [F° 45 b46 d = Vers 1919-1996.]
  2. « Et li ciels... loing de nous. » Sydrach Ad. 152. S. 120.
  3. « Et se uns... ou en valée. » Neckam I. 5 (v. Introd. p. 37).
  4. « Car lors... nuit. » Sydrach S. 492 ; Neckam I. 10 ; Philosophia Mundi II. 28.
  5. « Se une mousche... premier point. » Neckam I. 9 ; Honorius Aug. I. 68 (v. Introd. p. 37).
  6. « Si entendez... mainne. » Sydrach S. 492 ; Neckam I. 9 ; Honorius Aug. I. 68.



SECONDE PARTIE
i [a].
Ci commence [1] la seconde partie. Comment [2] la terre est devisée, et quel part ele puet estre habitée [3].

Puis [4] que la terre est si petite comme nous vous [5] avons ci devisé, petit poons [6] prisier ses biens envers ceuls [7] du ciel, ne que l’en fait [8] fiens envers fin or, ne envers gemmes [9]. Car il ne valent riens en la fin. Mais pour [10] ce qu’il [F° 47 a] nous [11] est avis, ci la ou nous [12] soumes [13], qu’ele est granz [14], si la deviserons [15], si comme nous savrons, briefment [16].

Puis que vous [17] avez entendu comment [18] la terre est reonde comme une pomme [19] de toutes parz, dont il n’est pas habitée la quarte partie, que l’en sache, de nulle [20] gent du monde, et n’est habitée qu’en [21] ·i· quartier tant seulement, si comme li philosophe l’enquistrent qui i mistrent grant painne [22] et grant estuide, et pour ce la [F° 47 b] deviserons nous [23] tout environ en ·iiii· parties. Dont vous [24] pouez prendre essample, se vous [25] voulez, par une pomme [26] qui seroit partie par mi en ·iiii· quartiers tout droit de lonc et de lé par moitiez, et vous [27] en pelissiez ·i· quartier, et estendissiez [28] la peleüre, pour [29] mieulz [30] veoir et entendre la façon, en plainne [31] terre ou en vostre main toute entiere : tant [32] est de la terre habitée. Dont l’une moitiez [33] est clamée oriant et l’autre ocident. Et la lin[F° 47 c]gne qui les depart andeus est clamée la droite lingne de midi. Et ce pouez [34] [* 1] vous prouver par ces trois ·iii· figures que vous [35] veez ci desouz. (Fig. 9, 10 et 11.) [F° 47 d] Et en la fin de ceste lingne [36], si

Fig. 11.
Fig. 11.


comme ele vait a lingne [37] droitement, poons veoir une cité qui a non [38] Aaron [39] [b]. Ele siet el milieu du monde, et fu toute reonde faite. La fu trouvée astronomie [40] premierement par grant maistrie [41] [* 2] et par grant

Fig. 9 et 10.
Fig. 9 et 10.
sens. Cil lieus est diz li droiz midis [42], car il est assis en [43] mi-[F° 48 a]lieu

du monde. Li autres chiés de cele lingne qui se lingne [44] devers senestre est apelez septentrion, et prent [45] son non des ·vii· estoiles [c], et tourne vers l’autre montaingne qui mainne les mariniers par la mer [d]. En l’autre lingne qui est en [46] milieu que midis tranche par mi, en la fin devers oriant, si

Fig. 12.
Fig. 12.


comme dient li aucteur, est paradis terrestre, ou Adans fu jadis faiz et criez. Cil lieus est apelez [47] oriant, car de la nous naist li soulaus qui [F° 48 b] nous rent le jour environ le monde [e]. Et li autres chiés a non ocident [48] ; car li jours y faut et oscurcist quant li soulaus gist cele part. Ainsi et [49] par ceste raison ont non [50] les ·iiii· parties du monde. Li premiers contient oriant ; li secons, ocident [51] ; li tierz, midis ; et li quarz, septentrion. Et vous pouez entendre ce que l’en vous ensaingne par ceste figure ci qui [52] le vous moustre. (Fig. 12.) [F° 48 c] Ces ·iiii· lieus que je vous devise, qui sont assis en ·i· quartier de toute la terre du monde, si doivent avoir reonde fourme, car raisons et nature donne que toz [53] li mondes soit reonz. Et pour ce entendez de cest quartier ausi comme se il fust touz arreondiz.

Or faisons donques [F° 48 d] de cest quartier un cercle qui soit touz reonz et touz entiers [54], et le metons en mi cele lingne [55] qui ensaingne [56] oriant et ocidant [57], pour metre les parties a droit que ceste figure vous [58] ensaingne ci après [59], si [60] comme vous pouez veoir apartement sanz nulle defaillance qui puist estre [61]. (Fig. 13.) Après soit chascune [F° 49 a] partie

Fig. 13.
Fig. 13.


tournée vers son non en terre, dont chascune sera la quarte partie. Si en soit ceste figure ensaingnement et [62] demoustrance [63] certainne et [64] veraie [65] : (Fig. 14.)

Trestouz li lieus qui est habitez el monde est [66] devisez en ·iii· [67] parties. Et pour ce couvient il par ceste raison une autre devision fere [68]. Dont la [F° 49 b] partie qui est vers [69] oriant soit Aise la Grant apelée. Et est dite Aise d’une royne [70] qui fu dame de cele region, qui ot a non Aise. Et

Fig. 14.
Fig. 14.
Fig. 15.
Fig. 15.
autretant tient celui lieu d’espace comme font les autres ·ii· [71]. Et pour ce est

ele apelée Aise [72] la Grant. Et dure dès septemtrion jusques a midi [73] [f], si comme ceste figure le [74] vous moutre [75] ici [76] : (Fig. 15.) [F° 49 c] L’autre partie si est Europe. Et prist son non d’un roi [77] qui ot a non Europes qui fu sires de la terre. Et pour ce fu ele ainsi apelée. Et dure d’ocident [78] jusques en septentrion [g]. Et [79] marchist environ Aise la Grant. L’autre

Fig. 16.
Fig. 16.

partie si est Aufrique qui s’estent dès midi jusques en ocident [80]. Et est Aufrique nommée [81] d’enfer. Et vaut a [82] autant a dire comme aportée [h].

Ainsi est la terre devisée [83] en ·iii· parties. Dont ceste figure est devise-[F° 49 d]ment sanz nulle doute (Fig. 16.)

De ces trois parties du monde qui sont nommées tient chascune maintes régions et maintes contrées dont nous dirons [84] auques les nons et les nons des bestes qui sont plus communes el pays. Et en dirons les fourmes [85] d’aucunes, de celes qui sont plus veues d’ou-[F° 50 a]mes. Et dirons communement des genz du pays, et des bestes et des poissons ; si comme nous devise li livres dont est prise ceste mapemonde.

  1. — N : commance.
  2. — N : comant.
  3. — N : ele est habitée.
  4. — N : « P » manque.
  5. — N : vos.
  6. — N : povons.
  7. — N : ceus.
  8. — N : fet.
  9. — N : envers gemmes ne envers fin or.
  10. — N : Mès por.
  11. — N : nos.
  12. — N : nos.
  13. — N : sommes.
  14. — N : grant.
  15. — A : diverserons ; N, S et C : deviserons.
  16. — N : briément.
  17. — N : vos.
  18. — N : commant.
  19. — N : pome.
  20. — N : nule.
  21. — N : que en.
  22. — N : paine.
  23. — N : nos.
  24. — N : vos.
  25. — N : prandre essemple se vos.
  26. — N : pome.
  27. — N : vos.
  28. — N : estandissiez.
  29. — N : por.
  30. — N : mieuz,
  31. — N : plaine.
  32. — R et Caxton : Le passage depuis « tant est... » jusqu’à « ... ci desouz » manque.
  33. — N : moit.
  34. — N, C et S : pouez ; A : et ce pouz vous.
  35. — N : vos.
  36. — B : ligne.
  37. — B : ligne.
  38. — B : qui a a non.
  39. — Arundel : Arim.
  40. — B : fu astronomie trouvée.
  41. — A : maistre ; B, C : maistrie.
  42. — B : miedis.
  43. — B : el.
  44. — B : « qui se lingne » manque.
  45. — B : septemtrion. Qui prent...
  46. — B : el.
  47. — B : clamez.
  48. — B : occident.
  49. — B : « et » manque.
  50. — B : ont a non.
  51. — B : occident.
  52. — B : figure et qui...
  53. — B : tout.
  54. — B : touz entiers et touz reonz.
  55. — B : ligne.
  56. — B et N : qui saingne.
  57. — B : occident.
  58. — B : figure ci vous...
  59. — N : de « ci après... » jusqu’à « ... puist estre » manque.
  60. — B : de « si... » jusqu’à « veoir » manque.
  61. — B : « qui puist estre » manque.
  62. — N : de « et demoustrance... » jusqu’à « ... veraie » manque.
  63. — B : demonstrance.
  64. — B : « certainne et » manque.
  65. — B : vraie.
  66. — B : qui sont el monde habitez si est.
  67. — A et R : ·iiii· (cf. f° 49 c) ; Caxton, S. : ·iii· ; N : quatre.
  68. — B : faire.
  69. — B : devers.
  70. — B : roine.
  71. — B : deus.
  72. — B : apelée certainement Aise.
  73. — B : jusques au lieu du midi.
  74. — B : figure ça le...
  75. — B : moustre.
  76. — B : « ici » manque.
  77. — B : roy.
  78. — B : occident.
  79. — B : Et si.
  80. — B : occident.
  81. — B : nommé.
  82. — B : « a » manque.
  83. — B : est devisée la terre.
  84. — B : deviserons.
  85. — B : nons.
  1. * « pouz » : cette forme est isolée dans le ms. A. Nous ne pouvons la confirmer par des exemples pris d’autres textes. Nous rétablissons donc l’« e ».
  2. * Le changement de -ie en -e est angln. (Suchier. Altfr. G. p. 47, Stimming. o. c, p. 201.) Toutefois « maistre » pour « maistrie » n’est pas confirmé, et est isolé dans le ms. A. Nous mettons « maistrie ».
  1. [F° 46 d50 a = Vers 1997-2125.]
  2. « poons veoir... Aaron. » Ce passage est mentionné dans l’Introduction, p. 37-38.
  3. « Li autres... estoiles. » Isidore, Etym. XIII. 11. 11, XIII. 1. 6 (Patrol. t. 81-84). (V. Introd. p. 38.)
  4. « tourne... mer. » (V. Introd. p. 38.)
  5. « En l’autre... le monde. » Genèse II. 8 ; Isidore, Etym. XIII. 1. 4.
  6. « Et est dite... a midi. » Isidore, Etym. XIV. 3. 1. ; Honorius Aug. I. 8.
  7. « Et prist... septentrion. » Isidore, Etym. XIV. 4. 1 ; Honorius Aug. I. 22.
  8. « L’autre partie... aportée. » Isidore, Etym. XIV. 5. 2 ; Vincent de Beauvais, Speculum Hist. I. 76 ; Honorius Aug. I. 32 (v. Introd. p. 38).


ii a [a].
De paradis terrestre et des ·iiii· fluns qui en issent.

La primere [1] region d’Aise la Grant si est paradis terrestre. C’est uns lieus qui est plains d’aise et de joie et de soulaz, si que nus qui laienz soit ne puet envieillir [2] ne mal avoir en nulle maniere du monde [b]. Laienz est li arbres [F° 50 b] de vie. Et qui en avroit mengié du fruit, il ne morroit jamais nul jour [c]. Mais nus hons n’i porroit aler se Diex ou anges ne l’i menoit. Car il est touz clous de feu ardant tout entor [3], qui vait flambant jusques as nues [d].

Laienz sourt une fontainne qui est devisée en ·iiii· fluns. Dont li uns des fluns a non Phisons ou Ganges [4], et est ainsi apelez, et s’encourt par Inde [5] et loing et près [e]. Et sourt du mont qui est apelez Ortobares, qui siet devers oriant [F° 50 c] et chiet en la mer d’ocident [f].

Li autres fluns si a non Gyon [6], ou Nilus ; rentre en terre par un petit pertuis, et s’en court par dedenz la terre, et tant qu’il resourt en la longue mer qui environne toute Ethyope ; si qu’il se donne en ·vii· parties et vait courant par Egypte, tant qu’il rechiet [7] en la grant mer [g].

Tygris et Eufrates, les autres ·ii· fluns, sourdent [8] en Hermenie près d’une grant montaingne environ [9], qui a non mont Parthoacus. Et [F° 50 d] vont ces deus fluns par maintes granz contrées jusques a tant qu’il encontreencont la mer moienne ou il se fierent, si comme leur natures le requirent [10] [h].
De ça paradis terrestre tout environ a moult de divers lieus sanz nul retour. Car nus hons n’i pourroit [11] habiter ne trover [12] point de son vivre, por [13] les males bestes qui la sont fieres et cruieuses et des maintes guises [14]. La sont li jaiant et li chenillieu [15] qui deveu-[F° 51 a]rent tout et menjuent ausi comme font leu et mainte autre male beste sauvage [16] [i].

  1. — B : premiere.
  2. — B : enviellir.
  3. — B : entour.
  4. — B : Ougages ; C : Onagagez ; R et Caxton : Ungages ; S : Phisons ; Additional : Phisons ou Ganges ; A : Ongages ; N : Onganges.
  5. — B : Ynde.
  6. — S : Jehans ; Addit. : Jehans ; R : Gron ; N : Gyon.
  7. — B : chiet.
  8. — B : resourdent.
  9. — B : « environ » manque.
  10. — B : requierent.
  11. — B : porroit.
  12. — B : trouver.
  13. — B. pour.
  14. — B : cruieuses de maintes manieres et de maintes guises.
  15. — B : chevillieu ; B : chevelluz.
  16. — B : autre fiere beste et male, sauvage et cruel.
  1. [F° 50 a — 51 a = Vers 2126-2169.]
  2. « La primere region... du monde. » Genèse III ; Isidore, Etym. XIV. 3. 2 ; Honorius Aug. I. 9.
  3. « Laienz... nul jour. » Genèse II. 9 ; Isidore, Etym. XIV. 3. 2 ; Honorius Aug. I. 9.
  4. « Mais nus hons... as nues. » Genèse III. 24 ; Isidore, Etym. XIV. 3. 2 ; Honorius Aug. I. 8.
  5. « Laienz sourt... et près. » Genèse II. 10, II. 13 ; Isidore, Etym. XIV, 3. 3, Etym. XIII. 21. 8 ; Neckam II. 2 ; Honorius Aug. I. 9, I. 10.
  6. « Et sourt... d’ocident. » Orosius Histor. I. 2 (Mons Oscobares) (Patrol. t. 31) ; Honorius Aug. I. 10. V. Introduction p. 39.
  7. « Li autres fluns... grant mer. » Genèse IL 13 ; Neckam II. 2 ; Honorius Aug. I. 10 ; Solin 32 (éd. Biponti, 1794) ; Isidore Etym. XIII. 21. 7. V. Introduction p. 39.
  8. « Tygris... requirent. » Solin 37 ; Orosius, Histor. I. 2 (Parchoatras) ; Isidore, Etym. XIII. 21. 10. Honorius Aug. I. 10. V. Introduction p 39.
  9. « Car nus hons... sauvage. » Honorius Aug. I. 10.


ii b [a].
D’Ynde et de ses choses.

Après vient la contrée d’Ynde qui prent son non d’une yaue qui a non Ynde qui sourt devers septemtrion [1]. Ceste est close [2] tout entour de la grant mer qui l’avironne [b].

En Ynde siet une ille qui a a non Probane [c], ou il a ·x· citez et maintes autres viles, ou il a chascun an ·ii· estez et ·ii· yvers, et sont si a-[F° 51 b] trempez [3] que il y a touz jourz [4] verdure [d]. Et a toz [5] jourz es arbres et fueilles [6] et fruit et fleurs ; et est plenteureuse d’or et d’argent, et moult eureuse d’autres choses.

La sont les granz montaingnes [7] d’or et de pierres precieuses et d’autres tresors assez [8]. Mais nus hons n’i ose aprouchier pour les dragons et pour les gripons [9] sauvages qui ont cors de lyons volanz, qui emporte [10] bien ·i· homme tout armé a tout son cheval quant il le peut [11] [F° 51 c] atraper [e].
Si y a mainz [12] autres lieus si douz et si delitables et si esperituels que, se [13] uns hons estoit dedenz, il diroit que ce seroit paradis [14].

  1. — B : septentrion.
  2. — B : clouse.
  3. — B : atemprez.
  4. — B : jours.
  5. — B : et a touz.
  6. — B : jours as arbres et fuilles...
  7. — B : les très granz montaignes.
  8. — B : d’assez.
  9. — B : grifons.
  10. — B : enporte.
  11. — B : puent.
  12. — B : mains.
  13. — B : ce.
  14. — B : uns paradis.
  1. [F° 51 a51 c = Vers 2170-2195.]
  2. « Après vient... l’avironne. » Isidore, Etym. XIV. 3. 5 ; Neckam, De Laud. III. 1021 ; Honorius Aug. I. 11.
  3. « En Ynde... Probane. » Orosius, Histor. I. 2 ; Honorius Aug. I. 11.
  4. « ou il a... verdure. » Isidore, Etym. XIV. 6. 12 ; Honorius Aug. I. 11.
  5. « La sont... atraper. » Gervaise de Tilbury, Otia Imper. II. 3 ; Isidore, Etym. XIV. 3. 9 ; Honorius Aug. I. 11.

ii c [a].
Des diversitez [1] d’Ynde.

En Ynde si a une moult grant montaingne que l’en apele mont [2] Capien, et est une grant region. Illec [3] sont une gent sanz bien et sanz savoir que Alixandres encloust [4] la dedenz. Et sont la gent Goz et Magoz [5] qui menjuent char toute crue d’ommes et de bestes comme gent [F° 51 d] mescreues [b].

Ceste Ynde dont nous vous [6] parlons si [7] tient [8] ·xiiii· [9] regions ; et en chascune de ces regions a moult de gent [10].

Si y a si granz bois et si hauz qu’il aviennent [11] jusques as nues. Et la sont unes genz qui sont cornuz et n’ont que ·ii· coutes de grant, et s’en vont ensamble par granz [12] compaingnies, et se combatent souventes foiz contre les grues qui les assaillent [13]. Mais dedenz ·vii· anz enveillissent [14] et s’en vont de vie a mort. [F° 52 a] Cele gent ont a non Pygmain et sont ausi petit [15] comme nains [c].

Vers cel pays de la croist li poivres touz blans. Mais la vermine i est si grant [16] que, quant l’en le veult oster et cueillir, il i couvient bouter le feu pour oster la vermine. Et quant il est ainsi [17] brullé, si le trueve l’en tout noir et tout crespé [d].

Autres genz y ra que l’en apele Groing et Bragman, qui sont plus biaus que ceuls que nous avons nommez, qui pour [F° 52 b] garantir [18] la vie d’autrui se metent mourir [19] en ·i· feu ardant [e].

Si i ra enquore une autre maniere de gent que, quant leur peres et leur meres et leur autres parenz, que, quant il sont vieill et il sont près de mourir, il les tuent et sacrefient soit a tort ou a droit, et en menjuent la char [f].

Et tiennent a chaitis et a eschars touz ceuls qui ce ne font des [20] leur parenz. Car il le tiennent a grant honneur et a largesce et a grant bien. Et pour ce le fait chas-[F° 52 c]cuns du sien [21] parent.

Vers oriant ra une autre maniere [22] [* 1] de gent qui aorent le souleill tant seulement [23], et le tiennent a dieu pour les granz [24] biens qui viennent par lui, et pour ce [25] qu’il ne voient au monde nule [26] si bele [27] chose ; et pour ce le [28] croient comme dieu [g].

Autres genz y a qui sont touz veluz, qui menjuent touz cruz les poissons et boivent la mer salée [h].

Si ra devers celé contrée meïsmes unes genz qui sont moitié [F° 52 d] bestes et moitié houmes [i], et autres genz qui ont ·viii· doiz en ·i· pié [j].

Si i ra moult d’autres bestes orribles qui ont cors d’oume [29], et ont teste [30] de chien, et ont si granz [31] ongles qu’il arrestent quanqu’il tiennent. Et se vestent de piaus de bestes. Et ont autele voiz comme abaiement de chiens [32] [k].

Si i resont li cyclopien qui passent le vent de courre, et n’ont seulement que -i- pié dont la plante est si longue et si large qu’il s’en aombrist et cuevre [33] [F° 53 a] autresi [34] comme d’une targe, pour le chaut, quant il vient sur lui [l].

Une autre maniere de gent i ra qui n’ont que .i. œill, et l’ont en mi le front si vermeill et si cler que ce samble feu ardant [m].

Si i ra une autre maniere [35] de gent qui ont le vis et la bouche en mi le piz [36], et ont ·i· œill en chascune espaule ; et leur avale le nés aval [37] en la [38] bouche ; et ont soies desus le musel ausi comme pourciaus [39] [n].

Si ra vers le flueve de Ganges une [F° 53 b] gent estranges et courtoise [40] qui ont droite figure d’oume, qui de l’odeur [41] d’une pomme se vivent tant seulement. Et se il [42] vont loing en aucun lieu, la pomme leur a tel mestier que, s’il sentoient aucune mauvaise puor [43] sanz la poume [44], il mourroient [45] tantost [o].

  1. — B : diversetez.
  2. — B : montaingne qui a non mont...
  3. — B : illuec.
  4. — B : enclot.
  5. — A : Margoz ; C et S : Magoz.
  6. — B : « vous » manque.
  7. — B : « si » manque.
  8. — B : contient.
  9. — A, B, C et N. Aussi R et Caxton : ·xiiii· ; Addit. ·xxiii· ; S : ·xxiiii· ; Arun del : ·xiiii· (cf. f° 60 a). V. Introduction p. 39.
  10. — B : genz.
  11. — B : aviengnent.
  12. — B : grans.
  13. — B : assallent.
  14. — B : envieillissent.
  15. — B : petiz.
  16. — B : grans.
  17. — B : ainssi.
  18. — B : « garantir » manque.
  19. — B : morir.
  20. — B : de.
  21. — B : chascun de son.
  22. — B : maniere ; A : maniēre.
  23. — B : qui aorent tant seulement le soulleil.
  24. — B : grans.
  25. — B : « ce » manque.
  26. — B : nulle.
  27. — B : belle.
  28. — A : pour ce qui (mot barré) le... ; B : et pour ce le...
  29. — B : d’omme.
  30. — B : testes.
  31. — B : grans.
  32. — B : d’un chien.
  33. — A : cruevre : forme isolée et pas confirmée par d’autres textes. Cf. f° 31 a n.
  34. — B : autressi.
  35. — B : manire.
  36. — B : pis.
  37. — B : « aval » manque.
  38. — B : en mi la...
  39. — B : porciaus.
  40. — B : cortoise.
  41. — B : l’oudeur.
  42. — B : s’il.
  43. — A : puer ; B : puor ; G : pueur.
  44. — B : pomme.
  45. — B : morroient.
  1. * L’abréviation est sans doute une erreur ici : « manienre » n’est pas confirmé et est isolé dans A.
  1. [F° 51 c53 b = Vers 2196-2276.]
  2. « En Ynde... mescreue. » Pseudo-Callisthène. V. Alexander the Great (ed. Budge, Cambridge, 1889) p. 150, 151 ; Gervaise de Tilbury, Otia Imper. II. 3 ; Honorius Aug. I. 11. V. Introduction p. 39.
  3. « Si y a... nains. » Homère, Illiade III. 3 ; Strabon XV. 1. 57 ; Solin 52 et 10 ; Gervaise de Tilbury, Otia I. II. 3, p. 911. — Honorius Aug. I. 11.
  4. « Vers cel pays... crespé. » Solin 52 ; Isidore XVII. 8. 8 ; Honorius Aug. I. 11 ; Gervaise de Tilbury, Otia I. II. 3, p. 911.
  5. « Autres genz... ardant. » Solin 52 ; Gervaise de Tilbury, Otia Imp. II. 3, p. 911. Sydrach S. 77 ; Honorius A. I. 11.
  6. « Si i ra... la char. » Solin 52 ; Gervaise de Tilbury II. 3, p. 911 ; Honorius Aug. I. 11.
  7. « Vers oriant... dieu. » Isidore Etym. XIV. 3. 12. Sydrach S, 11.
  8. « autres genz... salée. » Lettre d’Alexandre à Aristote ; Solin 52 ; Gervaise de Tilbury II. 3 p. 912 ; Honorius A. I. 11.
  9. « Si ra... houmes. » Saint Jérôme, Vie de saint Paul ; Honorius Aug. I. 12. V. Introduction p. 39.
  10. « et autres genz... pié. » Solin 52 et Honorius Aug. I. 12.
  11. « Si i ra... chiens. » Solin 30, 52 ; Isidore, Etym. XI. 3, 15 ; Gervaise de Tilbury II. 3 p. 912 ; Honorius Aug. I. 12.
  12. « Si i resont... sur lui. » Solin 52 ; Isidore, Etym. XI. 3, 25 ; Honorius Aug. I. 12. V. Introduction p. 40.
  13. « Une autre maniere... ardant. » Isidore XI. 3. 16, XIV. 6. 33 ; Honorius Aug. I. 12 ; Sydrach S. 11.
  14. « Si i ra une autre... pourciaus. » Solin 31, 52 ; Isidore, Etym. XI. 3. 9 ; Honorius Aug. I. 12.
  15. « Si ra vers... tantost. » Solin 52 ; Honorius Aug. I. 12 ; Jacques de Vitry, Hist. Hier. (Douai. 1597) c. 92.


ii d [a].
Des serpenz et des bestes d’Ynde.

En Ynde a serpenz [1] qui sont de [2] tel force qu’il deveurent et prennent a force les cers et les dains [b].

Si i ra enquore une autre [F° 53 c] beste que l’en apele centicore, qui a cornes de cerf en mi le vis, et a le [3] piz et les cuisses [4] de lyon ; et a granz oreilles et piez de cheval et a bouche reonde, et a le musel ausi comme le chief d’un tuel [c], et a les ieulz bien près l’un de l’autre [d], et a la voiz bien près ausi comme ·i· homme [5] [e].

Une autre beste i ra moult fiere, qui a cors de cheval et teste de sanglier [6]. Et a keue d’[7] olifant, et a ·ii· cornes qui sont d’un coute de grant, [F° 53 d] dont il met l’une desus son dos en demantres [8] qu’il se combat de l’autre. Il est noirs et est moult orrible beste, et est moult penible en eaue [9] et en terre [f].

Si i resont toriaus qui sont touz blans et ont grosse teste, et ont la bouche si large que la fendeüre dure de l’une oreille [10] jusques a l’autre. Et a cornes qu’il remue si entour lui [11], que nus ne le puet dompter [g].

Une autre maniere de bestes ra en Ynde que l’en apele manthicora ; si a vis d’oume, et a [F° 54 a] ·iii· ordenées [12] de denz en [13] la bouche. Si a ieulz de chievre et cors de lyon [h], et a keue de scorpyon [14], et a voiz de serpent qui par son douz chant atrait la gent et deveure [i]. Et est plus isnele d’aler que n’est uns oisiaus [15] de voler.

Si i ra bues qui ront [16] les piez touz reonz. Et ont en [17] milieu du front ·iii· cornes [j].

Si i ra une autre beste de moult biau cors qui est apelée monotheros [18], qui a cors de cheval et piez d’olifant [19], teste de cerf et voiz clere et haute, [F° 54 b] et grant keue, autele comme truies [20] les ont. Et a une corne en mi le front qui a ·iiii· piez de longueur [21], droite et ague autresi comme ·i· espié, et tranchant [22] comme raseoir. Et quanqu’ele ataint par devant, deront tout et tranche [23] par mi [k].

Et vous di par verité que, se est [24] prise par nul enging, si se laisse mourir [25] par desdaing [l].

Mais ele ne peut [26] estre prise [27], fors que par une pucele virge que l’en li met en son devant par la [28] ou ele doit passer, qui [F° 54 c] soit bien et cointement parée. Lors s’en vient la beste vers la pucele moult simplement, si [29] s’endort en son gyron. Et lors la prent l’en en dormant [m].

En Ynde ra unes autres bestes granz et fieres qui ont couleur ynde, et ont cleres taches parmi le cors. Si sont si forz [30] et si males que nus nes [31] ose aprochier [32]. Et les apele l’en en cest pays tygres [n]. Et courent de si grant [33] randon que, quant li veneeur [34] i vont pour prendre [F° 54 d] autres bestes qui i sont, il n’eschaperoient jamais [35] de illuec, se il ne getoient par la voie, la ou il vont, mireoirs [36] de voirre. Et quant il voient leur ymages, si cuident que ce soient leur faons. Si vont tout entour, et tant, qu’il brisent les mireoirs [37] as piez, tant vont entour. Lors ne truevent riens illec [38]. Et ainsi s’en eschapent ceuls [39] qui la sont. Et aucunes [40] foiz est avenu de ces bestes que eles pensent tant a [F° 55 a] leur figures remirer, et en sont aucunes foiz si esprises que l’en les porroit bien prendre toutes vives [o].

Si i ra enquore [41] unes [42] autres bestes que l’en apele castoires ; si ont tele nature en eles [43] que, quant l’en les chace pour prendre, si se chastrent as denz de leur genetaires et les laissent [44] cheoir a terre [p]. Car il sevent [45] bien que l’en ne les [46] chace pour autre chose.

Si i ra une petite beste ausi [47] comme une souriz ; et a une petite bouche ; et est nom-[F° 55 b]mée musqualiet [q].

Cele part sont les arbres ses qui parlerent a Alixandre [r].

Une autre beste y a, que l’en apele salemandre, qui se paist de feu et norrist. Et cele salemandre porte une lainne dont l’en fait dras et ceintures [48] qui ne pueent [49] [* 1] ardoir en feu [s].

Si i ra unes souriz qui sont ausi granz comme chaz et ausi couranz. Devers oriant sont les lyons [50] qui ont plus de force el piz devant et en touz les membres qu’autres bestes [F° 55 c] n’ont. Si viennent paistre [51] au tierz jour que il ont faonné [52] leur faons, ausi comme s’il estoient resuscitez [53] de mort. Et quant il dorment, il tiennent les ieulz ouverz [54] ; et quant li veneeur les chacent, il [55] cuevrent la trace de leur piez a leur [56] keue. Il ne greveront ja home s’il ne sont courrouciez ; et qui que les assaille, il se desfandent [57] [t]. Quant cil qui les [58] garde bat ·i· chien devant euls, si le criement et [F° 55 d] doutent et le connoissent [59] bien [u]. Et la lyonnesse a, la premiere année, ·v· faons. Et puis ·i· mains chascun an ; jusques a sa [60] fin vait sa porture [61] declinant [v].

Une autre beste y a qui est petite ; et si est si cruieuse que nule [62] beste n’est seüre devant li [63] ; et a tele nature que li lyons la doute et fuit ; car ele l’ocit [64] souventes foiz [w].

Une autre beste converse et repaire cele part, qui est de diverses coleurs [65] par taches blanches et noires et verz [66] [F° 56 a] et yndes et jaunes, ausi comme s’ele feust [67] painte. Et est cointe et gente ; et est apelée panthere [x]. Et naist si grant douceur de se bouche quant ele alaine [68], que les bestes vont après li pour la douceur qui ist de son cors, fors le serpent a cui cele douceur grieve si qu’il en meurt sovent [y] [69]. Et quant cele beste est [70] aucune foiz saoulée de sa venoison qu’ele a trouvée, si se dort [71] ·iii· jours touz entiers. Et quant ele s’esveille, [F° 56 b] si [72] rent une odeur si [73] douce, qui ist de sa bouche hors, que les bestes y courent [74] tantost comme il la sentent [z].

Cele beste n’a c’une foiz [75] faons. Et quant ele doit faonner, si a tele destrece [76] et tele angoisse qu’ele ront et despiece ses marriz [77] as ongles, tant que les faons en sont hors. Mais jamais [78] n’avront plus de faons quant eles sont ainsi [79] descirées [aa].

Si y a une maniere de jumanz qui conçoivent du vent, et sont en une contrée qui a [F° 56 c] non Capadoce. Mais il [80] [* 2] ne durent que ·iii· anz [ab].

Cele part sont li olyfant, unes bestes qui sont granz et forz [81] et conbatanz. Et quant [82] l’en leur moustre le sanc devant euls, si en sont plus courageus et plus forz et s’enbatent [83] en touz lieus et en toutes batailles [ac]. Seur ces olyfanz se souloient [84] combatre les genz d’Ynde et de [85] Perse. Car ·i· [86] porte bien une grant tour de fust, plainne de gent armée, quant ele est bien fermée desus son dos [ad]. Si ont ·i· [F° 56 d] bouel par devant, grant et large, dont il menjuent [87]. Et en prennent bien ·i· houme et deveurent en poi d’eure [ae].

Les genz Alixandre qui fu rois et bons clers de grant maniere, qui s’en ala par maintes terres [88] pour enquerre et pour cerchier [89] les aventures, plus qu’il ne [90] faisoit pour conquerre, quant il se dut combatre a ceuls qui les olyfanz avoient duiz et apris de combatre en plainne terre, si fist faire vaissiaus d’arain [F° 57 a] en fourme d’oumes [91], et les fist emplir de feu ardant ; et les metoient [92] devant euls pour combatre vers [93] cele gent qui estoient seur les olyfanz [94]. Et quant li olyfant getoient leur boiaus dont il tuoient la gent, si s’ardoient touz les boiaus ; tant qu’il les en orent si duiz, qu’il n’osoient aprouchier les houmes pour [95] la samblance de leur façon. Car il cuidoient qu’il fussent ausi chaut comme cil [96] estoient qui [F° 57 b] plain estoient de feu [97]. Et ainsi eschiva cel perill Alixandres, qui fu moult sages, et conquist cele sauvage gent, et donta [98] si les olyfanz [99] qu’il n’osoient faire mal as houmes [af].

Olyfant vont moult simplement et moult acordéement [100] ensamble. Et, quant il s’entrencontrent, il baissent les chiés les uns contre les autres, ausi comme s’il [101] s’entresaluassent [ag].

Il sont de moult froide nature ; dont il avient que, quant l’en met sus la dent de l’-[F° 57 c]yvoire [102] ·i· drap linge et charbons ardanz desus, que li drap linge n’art pas ; ainz estaint li charbons [103] tantost comme l’en le met desus, por [104] la froidure qui est en lui [ah].

Il n’ont faons c’une foiz en lonc tans, et les portent [105] ·ii· anz en leur ventre. Et vit ·iii· cenz anz [ai].

Il doute la souriz et la coulevre et toute [106] vermine. Se la couluevre [107] s’aert a lui [108], si l’abat et l’ocit [109]. Ele repont ses faons es illes ou il n’a boz ne couluevres, et fa-[F° 57 d]onne adès dedenz yaue. Car s’il chaoient près de terre, jamais ne se releveroient. Car leur os sont touz entiers et roides sanz jointes [110] dès le ventre jusques as piez [aj].

Quant il dort [111] si est apuiez a ·i· arbre, et dort en estant. Et li veneeur [112], qui vont cerchant les arbres a coi [113] il s’apuie quant il dort, si le trenchent et sient [114] par desouz, si [115] qu’il ne chiet pas. Et quant li olyfanz [116], qui riens n’en set, se veult dormir, s’a-[F° 58 a]puie [117] a l’arbre qui est encisez [118], si chiet jus et ne se puet sus relever. Lors brait et crie et pleure et gemit [119] ; tant qu’aucunes [120] foiz viennent autres olyfanz [121] seur lui pour lui aidier. Et quant il ne le [122] pueent [123] redrecier, si braient et crient et font grant duel. Et li petit qui [124] vont entour si le soulievent a leur pooir. Et aucunes [125] foiz avient qu’il le lievent. Mais quant il ne le pueent relever, si s’en vont gemissant [126] et fai-[F° 58 b]sant leur duel, et le laissent. Et ceuls [127] qui sont repouz [128] près d’illuec saillent avant et les prennent par leur esforz [129] et par leur engins qu’il [130] ont. Et ainsi prent l’en les olyfanz [ak].

Dedenz le flun d’Ynde qui a non Ganges vont les anguiles a granz rangiées [131], qui ont bien ·iii· ·c· piez de lonc ; et les menjue l’en bien, au [132] besoing [al].

Mainte autre beste perilleuse et hideuse [133] a en Ynde : dragons, serpenz [134] et autres diver-[F° 58 c]ses bestes qui ont piez et testes et [135] keues.

Illuec sont li basilique qui ont venimeus [136] regart ; et ocient les genz et les oisiaus et les bestes seulement de leur regart [am]. Il a teste de coc et cors de serpant [137] [an]. Nulle autre beste ne se prant [138] a lui. Il est rois de touz autres serpanz, ausi [139] comme est li lyons seur les autres [140] bestes. Il est blanc roié ça et la ; jamais n’avra herbe ne fruit en la terre par [141] ou il passera. Neïs li arbre [142] en perissent tuit qui i sont plantez [143]. Se [F° 58 d] il a mors beste [144] ou autre chose, jamais autre beste n’en osera aprouchier [ao].

Si ra en cele region maismes [145] [* 3] une autre maniere de serpanz [146] qui ont cornes de mouton [ap] ; une autre en y a qui a non aspis, qui ne puet estre pris ne enchantez, se n’est par douz chant ; car il en ot trop volentiers le son. Mais quant il ot le chant premierement, si boute sa keue en ses oreilles, qu’il ne l’oie [147], et se [F° 59 a] trait ensus du chant pour ce qu’il ne [148] soit deceüz [aq].

Autres serpanz y a qui ont non tygris, que l’en prent touz vis a force d’engins. Et de ceuls fait l’en le triacle qui desfait et oste autre venin [ar].

Si ra [149] une maniere de vers qui ont ·ii· bras [150] si lons et si divers que il abatent les olifanz [151] et tuent [as]. Cil serpenz [152] vit moult longuement. Et quant il est vieill et il se sent floibe [153] [* 4], si se confont per geunner [154], et se laisse a-[F° 59 b]famer [155] si durement que pou li remaint de son cors. Et puis se met parmi ·i· pertuis d’aucune pierre hors [156] moult estroit. Lors se met hors si a grant destrece [157] que sa pel i remaint toute entiere. Et puis li revient arreres une autre pel. Et ainsi reforme [158] son aage comme sage beste qu’ele est [159] [at].

Serpanz i ra assez d’autre maniere qui ont maintes [160] precieuses pierres [161] es testes et es ieulz, qui font maintes granz vertuz, qui les porte [F° 59 c] sus soi [162] et les peut [163] avoir [au].

Or vous [164] deviserons de [165] pierres qui la croissent et qui i sont.

  1. * Le scribe du ms. A écrit tantôt pueent, tantôt peuent. « Peueent » semble être un mélange des deux formes, isolé dans le ms. A, et pas confirmé.
  2. * Les autres ms. donnent eles, et non pas il comme aux fol. 30 a et 32 a.

    « Il » nom pl. fem. est confirmé par d’autres textes : cf. Suchier, Reimpredigt (Halle, 1879), p. XLIII ; Burguy I. 128.

  3. * « maismes » : En angn. ai pour ei est très commun (cf. Suchier, Altfr. Gr. p. 20, 28, 49) surtout devant le s. Ce changement est rendu d’autant plus probable ici que, pour le scribe de A, meïsmes était évidemment dyssyllabe : il l’épelle plus loin (f° 60 d) « mesmes. »
  4. * Les exemples de la conservation du premier l de flebilis sont nombreux et justifient l’orthographe du ms. A. Cf. aussi f° 113 a ; cf. Burguy t. III, p. 166.
  1. [F° 53 b59 c = Vers 2277-2565.]
  2. « En Ynde... dains. » Solin 52 ; Honorius Aug. I. 13.
  3. « Si i ra enquore... tuel. » Solin 52 ; Honorius Aug. I. 13.
  4. « et a les ieulz... l’autre. » Solin 52.
  5. « et a la voiz... homme. » Solin 52 ; Honorius Aug. I. 13.
  6. « Une autre beste... terre. » Solin 52 ; Honorius Aug. I. 13.
  7. « Si i resont... dompter. » Solin 52 ; Honorius Aug. I. 13.
  8. « Une autre maniere... lyon. » Solin 52 ; Honorius Aug. I. 13.
  9. « Et a keue... deveure. » Solin 52.
  10. « Si i ra bues... cornes. » Solin 52 ; Honorius Aug. I. 13.
  11. « Si i ra une autre beste... tranche par mi. » Isidore, Etym. XII. 2. 12 ; Solin 52 ; Honorius Aug. I. 13 ; Neckam II. 103. 104 ; Jacques de Vitry, Hist. Hieros. 88.
  12. « Et vous di... desdaing. » Isidore, Etym. XII. 2. 12 ; Solin 52 ; Neckam II. 103. 104 ; Jacques de Vitry, Hist. Hieros. 88.
  13. « Mais ele... dormant. » Isidore, Etym. XII. 2. 12 ; Neckam II. 103. 104 ; Jacques de Vitry, Hist. Hieros. 88.
  14. « En Ynde ra... tygres. » Solin 17 ; Isidore, Etym. XII. 2. 7 ; Jacques de Vitry, Hist. Hieros. 88, 86 ; Neckam, De Laud. IX.
  15. « Et courent... toutes vives. » Jacques de Vitry, Hist. Hieros. 88. 86 ; Neckam, De Laud. IX.
  16. « Si i ra enquore... a terre, » Solin 13 ; Isidore, Etym. XII. 2. 21 ; Neckam II. 140 ; Jacques de Vitry, o. c. 88.
  17. « Si i ra une petite... musqualiet. » Isidore, Etym. XII. 3. 4. V. Introduction p. 40.
  18. « Cele part... Alixandre. » Lettre d’ Alexandre à Aristote dans Pseudo-Callisthène (ed. Budge : Alexander the Great. Cambridge 1889, p. 104 s. ; aussi ed. Müller, Paris, 1877) ; Ranulph Higden, Polychronicon I. 11 (éd. Babington. Londres, 1865) ; Jacques de Vitry, o. c. 85. V. Introduction p. 40.
  19. « Une autre beste y a... en feu. » Isidore, Etym. XII. 4, 36 ; Jacques de Vitry, o. c. 89 ; Neckam I. 7.
  20. « Devers oriant... desfandent. » Solin 27 ; Isidore, Etym. XII. 2. 3 ; Neckam II. 148, 149 ; Jacques de Vitry, o. c. 88.
  21. « Quant cil... connoissent bien. » Jacques de Vitry 88.
  22. « Et la lyonnesse... declinant. » Solin 27 ; Jacques de Vitry 88.
  23. « Une autre beste... souventes foiz. » Solin 27 ; Isidore, Etym. XII. 2. 34 ; Jacques de Vitry 88.
  24. « Une autre beste... panthere. » Solin 17 ; Isidore, Etym. XII. 2, 8 ; Jacques de Vitry 88 ; Neckam II. 133.
  25. « Et naist... meurt sovent. » Solin 17 ; Jacques de Vitry 88 ; Neckam II. 133.
  26. « Et quant cele... la sentent. » Jacques de Vitry 88 ; Neckam II. 133.
  27. « Cele beste... descirées. » Isidore, Etym. XII. 28 ; Jacques de Vitry 88 ; Neckam II. 133.
  28. « Si y a une maniere... que ·iii· anz. » Honorius Aug. I. 19 ; Solin 45 ; Jacques de Vitry 88 ; Neckam II. 158.
  29. « Cele part... batailles. » Solin 25 ; Isidore, Etym. XII. 2. 14 ; Neckam I. 143, 144, 145, II. 9, 48 ; Jacques de Vitry 88.
  30. « Seur ces olyfanz... desus son dos. » Solin 25 ; Isidore XII. 2. 15 ; Neckam I. 143-145 ; II. 9, 48 ; Jacques de Vitry 88.
  31. « Si ont ·i· bouel... poi d’eure. » Neckam I. 143-145 ; II. 9, 48 ; Jacques de Vitry 88.
  32. « Les genz Alixandre... mal as houmes. » Jacques de Vitry 88.
  33. « Olyfant vont... s’entresaluassent. » Solin 25 ; Isidore, Etym. XII. 2. 16 ; Neckam I. 143-145 ; II. 9, 48 ; Jacques de Vitry 88.
  34. « Il sont de moult... est en lui. » Solin 25 ; Neckam I. 143-145 ; II. 9, 48 ; Jacques de Vitry 88.

    Ni Solin ni Neckam ne mentionnent le « drap linge ».

  35. « Il n’ont faons... cenz anz. » Solin 25 ; Isidore, Etym. XII. 2. 16 ; Neckam I. 143-145 ; II. 9, 48 ; Jacques de Vitry 88.
  36. « Il doute... as piez. » — Solin 25. (Au chapitre 21 Solin décrit un animal en Allemagne semblable à l’« alces » : « cujus suffragines, ut elephantis, flecti nequeunt : propterea non cubat, quum dormiendum est, tamen somnulentem arbor sustinet, quæ ad prope casuram secatur, ut fera, dum assuetis fulmentis innititur, faciat ruinam. Ita capitur. » Peut-être la source de A p. 118.) Le passage « Elle repont... as piez » ne se trouve pas dans Solin ; Isidore, Etym. XII. 2. 16 ; Neckam I. 143-145 ; II. 9, 48 ; Jacques de Vitry 88.
  37. « Quant il dort... prent l’en les olyfanz. » Neckam I. 143-145 ; II. 9, 48 ; Jacques de Vitry 88.

    Neckam mentionne comme source de A : Cassiodore. Variar. lib. X. 30 (Patrol. t. 69, col. 818).

  38. « Dedenz le flun... besoing. » Solin 52 ; Isidore, Etym. XII. 6. 41 ; Honorius Aug. I. 13.
  39. « Illuec sont... leur regart. » Solin 27 ; Isidore, Etym. XII. 4, 6 et 7 ; Neckam II. 120, 153 ; Jacques de Vitry 89.
  40. « Il a teste... serpant. »
  41. « Nulle autre... aprouchier. » Solin 27 ; Isidore, Etym. 4. 6, 7 ; Neckam II. 120, 153 ; Jacques de Vitry 89.
  42. « Si ra en cele... mouton. » Solin 27 ; Isidore, Etym. XII. 4. 18 ; Jacques de Vitry 89.
  43. « Une autre... deceüz. » Isidore, Etym. XII. 4. 15 ; Neckam II. 114, De Laud. IX. 289 ; Jacques de Vitry 89.
  44. « Autres serpanz... venin. » Neckam II. 108 ; Jacques de Vitry 89.
  45. « Si ra une maniere... tuent. » Solin 52 ; Isidore, Etym. XII. 4. 5, 4. 46 ; Honorius Aug. I. 13 ; Jacques de Vitry 89.
  46. « Cil serpenz... beste qu’ele est. » Isidore, Etym. XII. 4. 5, 4. 46 ; Jacques de Vitry 89.
  47. « Serpanz i ra... les peut avoir. » Solin 30 ; Neckam II. 146 ; Jacques de Vitry 89.
  1. — B : serpanz.
  2. — A : et de.
  3. — B : les.
  4. — B : cuises.
  5. — B : houme.
  6. — B : sangler.
  7. — B : et a la keue d’un...
  8. — B : dementres.
  9. — B : penible beste en yaue.
  10. — B : dès l’une des oreilles.
  11. — B : li.
  12. — B : omme. Si a ·iii· ordenances...
  13. — A : « en » manque.
  14. — B : scorpion.
  15. — B : oisiau.
  16. — B : on.
  17. — B : el.
  18. — A et B : monotheros ; C : monothoros.
  19. — B : d’olyfant.
  20. — B : truie.
  21. — B : longuer.
  22. — B : trenchant.
  23. — B : trenche.
  24. — B : s’ele est...
  25. — B : morir.
  26. — B : puet ; C : puest.
  27. — B : « prise » manque.
  28. — B : « la » manque.
  29. — B : et si...
  30. — B : fors.
  31. — A : ne...
  32. — B : aprouchier.
  33. — B : si très grant.
  34. — B : veneour.
  35. — B : jamès.
  36. — B : miroers.
  37. — B : et tant i vont qui brisent les miroers.
  38. — B : illuec.
  39. — B : cil.
  40. — B : aucune.
  41. — B : encore.
  42. — B : « unes » manque.
  43. — B : si ont en eles teles natures.
  44. — B : laisse.
  45. — B : seivent.
  46. — B : le.
  47. — B : aussi.
  48. — B : caintures.
  49. — A : peueent.
  50. — B : Li lyon sont devers...
  51. — B : « paistre » manque.
  52. — B : paistre.
  53. — B : resuscité.
  54. — B : ouvers.
  55. — B : le chacent pour prendre, il...
  56. — A : ocuevrent la trace ; B : cuevre la trace de ses piez a sa.
  57. — B : Il ne grevera ja homme s’il n’est courouciez ; et qui que l’assaille, il se desfent.
  58. — B : le.
  59. — B : devant, il le crient et le doute et le connoist.
  60. — B : la.
  61. — B : pourteure.
  62. — B : nulle.
  63. — A : « li » manque
  64. — B : ocist.
  65. — B : couleurs.
  66. — B : vers.
  67. — B : se ele fust.
  68. — B : alaigne.
  69. — B : souvent.
  70. — B : s’est.
  71. — B : s’en dort.
  72. — A : li.
  73. — B : si rent une si grant odeur et si...
  74. — B : acorent.
  75. — B : c’une seule foiz.
  76. — B : destresce.
  77. — B : despice ses meriz.
  78. — B : jamès.
  79. — B : ainsi si.
  80. — B : eles.
  81. — B : fors.
  82. — B : « quant » manque.
  83. — B : et plus fiers et plus fors et s’embatent.
  84. — B : olyfans se soloient.
  85. — B : combatre cil d’Ynde et cil de...
  86. — B : il.
  87. — B : « dont il menjuent » manque.
  88. — A : terre.
  89. — A : cerchiers ; B : encerchier.
  90. — B : plus qui ne...
  91. — B : fourmes d’ommes.
  92. — B : menoient.
  93. — A : pour combatren vers.
  94. — B : sus ces olifans.
  95. — B : por.
  96. — B : ceuls.
  97. — B : qui plains de feu estoient.
  98. — B : dampta.
  99. — B : olyfans.
  100. — B : ordenéement.
  101. — B : aussi comme se il.
  102. — B : « sus la dent de l’yvoire » manque.
  103. — B : le charbon.
  104. — B : pour.
  105. — B : tens... porte.
  106. — A : doute.
  107. — B : colevre.
  108. — B : li.
  109. — B : ocist.
  110. — B : « sanz jointes » manque.
  111. — B : il se dort.
  112. — B : veneor.
  113. — B : quoy.
  114. — B : et si le sient.
  115. — B : tant.
  116. — B : olyfans.
  117. — B : si s’apuie.
  118. — B : enscisez.
  119. — B : gemist.
  120. — B : aucune.
  121. — A : viennent autres foiz olyfanz ; B : viennent autre olyfant.
  122. — B : « le » manque.
  123. — B : puent.
  124. — A : « qui » manque.
  125. — B : aucune.
  126. — B : gemisant.
  127. — B : cels.
  128. — B : repost.
  129. — B : esfors.
  130. — B : que il.
  131. — B : anguilles a grant rengies.
  132. — B : a.
  133. — B : orrible.
  134. — B : serpanz.
  135. — B : es.
  136. — B : venimeux.
  137. — B : serpent.
  138. — B : prent.
  139. — B : aussi.
  140. — B : comment est li lyons de toutes autres...
  141. — B : terre la par...
  142. — b : arbres...
  143. — B : planté.
  144. — B : bestre.
  145. — B : msmes.
  146. — B : serpans.
  147. — B : oye.
  148. — B : ce qui ne.
  149. — B : venim. Si i ra.
  150. — B : braz.
  151. — B : olyfanz.
  152. — B : serpanz.
  153. — A : floibe ; B : fieble ; C : foible.
  154. — B : par geuner (« per » cf. note p. 66).
  155. — B : affamer.
  156. — B : hors d’aucune pierre.
  157. — B : a si grant destreice.
  158. — B : refourme.
  159. — B : quel est.
  160. — A : mātes ; B : mainte (l’orthographe ordinaire de A est maintes ; « mantes » ne se présente pas dans le texte ; nous résolvons l’abréviation ā par ain dans ce cas-ci).
  161. — B : precieuse pierre.
  162. — B : « sus soi » manque.
  163. — C : peüst.
  164. — A : Or vons.
  165. — B : des.

ii e [a].
Des pierres d’Ynde.

En Ynde croist li aymanz, une pierre [1] qui est plainne [2] de moult granz [3] vertuz. Car ele atrait [4] le [5] fer a li, et le ravist si durement que l’en ne l’en peut [6] oster par la vertu qui est en lui [7] [b]. Li dyamanz i croit [8] tout entier qui ne peut [9] estre despeciez ne usez en nulle maniere, se n’est par sanc de bouc tout chaut [c].

Si en y a [F° 59 d] d’autres qui sont de moult grant renon et de moult grant vertu que l’en apele esmeraudes. Eles confortent [10] la veüe a celui qui les regarde [11] [d].

Si y a une autre piere que l’en dit [12] escharboucle qui reluist par nuit ausi comme ·i· charbon ardant [e].

Si y a saphyrs qui ostent l’enfleure [13] des ieulz et sa rougeur [14] [f].

Si y a toupaces qui ont couleur [15] d’or, et rubiz qui mieux [16] valent assez que ne font les toupaces [17] [g]. Si [18] y a assez d’autres pierres qui ont [F° 60 a] en eles moult de bontez [19]. Mais qui savoir veult [20] leur bontez et leur vertuz [21], si lise dedenz le lapidaire. Si i trouvera leur nons et leur vertuz. Car ci n’en dirons [22] nous ore plus ; si vous dirons [23] après des contrées d’Ynde.

  1. [F° 59 c60 a = Vers 2566-2587.]
  2. « En Ynde... qui est en lui. » Solin 51 ; Isidore, Etym. XVI. 4. 1 ; Jacques de Vitry 91 ; Neckam II. 94, 98.
  3. « Li dyamanz... tout chaut. » Solin 52 ; Jacques de Vitry 91 ; Neckam II. 92.
  4. « Si en y a... qui les regarde. » Solin 15 ; Isidore, Etym. XVI. 7. 1 ; Jacques de Vitry 91 ; Neckam II. 91, 90 (De Beryllo) ; De Laud. VI. 153.
  5. « Si y a une autre... ardant. » Jacques de Vitry 91 ; Neckam, De Laud. VI. 241.
  6. « Si y a saphyrs... rougeur. » Jacques de Vitry 91 ; Neckam, De Laud. VI. 135.
  7. « Si y a toupaces... les toupaces. » Jacques de Vitry 91 ; Neckam, De Laud. VI. 193. 241.
  1. — B : « une pierre » manque.
  2. — B : plaine.
  3. — B : grant.
  4. — B : atraist.
  5. — A : ler.
  6. — B : ne le puet.
  7. — B : li.
  8. — B : croist.
  9. — B : puet.
  10. — A : ele confortent ; N : ele conforte ; B : et conforte ; G : ellez confortent.
  11. — N : qui la resgarde ; B : qui la regarde.
  12. — B : pierre que l’en apele.
  13. — B : ostent la rougeur et l’enfleure.
  14. — B : « et sa rougeur » manque.
  15. — B : coulor.
  16. — B : mieulz.
  17. — B : coupaces.
  18. — R : toupaces. Elle resiouist la veue et si la reconforte moult, et par especial a ceulx qui les portent. Si y a... [F° 61 a.]
  19. — B : boutez.
  20. — A : veue.
  21. — A : ver.
  22. — B : diron.
  23. — B : diron.


ii f [a].
Des contrées d’Ynde [1].

En Ynde a maintes granz contrées qui sont pueploiées [2] de genz et de grant plenté de bestes. Une en y a que l’en apele Perse. Et tient ·xxxiii· [3] regions. Dont la premiere est Perse, la ou ·i· art qui a a [F° 60 b] non nigromance [4] [* 1] fu premierement trouvée [b], qui fait metre [5] l’anemi en prison.

En cele contrée croist une poiz qui est si chaude qu’ele eschaude les mains a ceus [6] qui la tiennent, et vait croissant avoec la lune, et descroissant a son decours. Cil qui sont nigromancien [7] s’aident bien de cele poiz [c].

Et après est [8] une autre region qui est apelée Mesopothamie [9], ou Ninive, une cité de moult grant seignorie [10], est establie, qui a ·iii· [F° 60 c] journées [11] de lonc [d].

En Babiloine [12] a une tour qui fu faite par moult grant orgueill [13], dont li mur sont et granz et forz et hauz ; et a a non la tour Babel. Et a de haut tout environ ·iiii·m· pas jusques [14] en haut [e].

En la région de Caldée fu premierement trouvée astronomie [f].

En cele region est la terre de Sabbe, et puis Tarse [15] ; et Arrabe vient après. De ces ·iii· furent les trois rois seigneurs [16] qui alerent requerre Nostre Seigneur Jhesu Crist, [F° 60 d] quant il fu nez en terre, comme Diex qu’il estoit, si comme il le sorent par leur grant sens d’astronomie. La croist l’encens et le mierre [17]. Et si y a mainz pueples de diverses genz [g].

Si i est une grant province qui a a non Assire [h].

Et la region [18] de Fenice i est, qui prent son non d’un oisiau qui a non [19] fenix [i], dont il n’est adès que ·i· seul vif. Et quant il meurt [20], si en naist uns autres de lui mesmes [21] [j]. Il est granz et biaus [22] de grandeur et de corsa-[F° 61 a]ge [23]. Si a une creste [24] el chief a la manière d’un paon. Le [25] piz et la gorge li reluist et [26] rougoie ausi comme or, et est par dessus [27] le dos ausi vermeill comme rose. Et devers la keue est tout blou [28], ausi comme li ciels quant il est bien purs [k]. Et quant il est bien meürs [29] d’aage, si s’en vait en ·i· mont haut [30] et bel ou il se va renouveler. Seur cel mont [31] sourt une fontainne moult grant et moult large et moult clere. Et a desus ce-[F° 61 b]le [32] [* 2] fontainne ·i· arbre grant [33] et bel que l’en voit de moult loing [l]. Lors fait desus cel [34] [* 3] arbre son ny [35] et son sepulchre tout en mi l’arbre. Et le fait d’espices de si grant oudeur que l’en n’en porroit trover [36] nules [37] meilleurs. Puis se dresce dedenz son ny [38] quant il l’ [39] a tout parfait. Si muet et debat ses eles [40] vers le souleill [41] si forment et tant longuement que une grant chaleur li embat dedenz [42], qui l’esprent et art tot [43] entour, tant qu’il est [F° 61 c] touz ars et touz [44] en cendre. Et de cele poudre [45] renaist ·i· autre oisel [46] de sa samblance [m].

Après revient [47] Damas [n] ; et puis Anthioche ou il a maint chamuel [48] [o]. Puis vient Palatine et puis Samarie, et puis Sebaste [p], et puis Pentapolie [49], ou Sodome et Gomorre furent, ·ii· citez qui furent perilliées pour [50] les pechiez que l’en i faisoit [q].

Cele part est la Mer Morte qui ne porte en li [51] nulle riens vive [r]. Si i est une contrée que l’en apele Ys-[F° 61 d]mahelite, qui est habitée de ·xii· manieres [52] de genz [s]. Et puis vient Egypte la grant, ou nues ne pluies ne viennent nulles [53] foiz, et tient ·xxiiii· pueples [t].

Une autre region [54] y a, qui vient devers septentrion, ou il n’abite nul houme. Et n’i a que femmes [55] qui sont aussi [56] fieres comme lyons [57] [u]. Et se combatent encontres les hommes [58], quant mestiers [59] en est, et sont ausi armées comme chevaliers, et les tuent et abatent. Et ont les tresces [F° 62 a] par derrieres [60]. Si sont moult preuz en touz besoinz ; et les apele l’en Amazones. Et ont ps de leur terre houmes que eles vont requerre chascun an pour estre avoecques [61] eles [62] ·viii· jourz ou ·xv· ensamble, tant qu’il [63] leur samble qu’il ont engendré. Lors s’en departent de la terre et s’en vont. Et celes qui ont les anfanz, se ce est femele, si la retiennent avoec eles ; et se ce naist [64] malle, si le norrissent ·v· anz ou ·vi· ; et puis le gietent [65] hors [F° 62 b] de leur pays et de leur terre [v].

Si ra aillors [66] de moult beles dames qui en batailles et en estours usent toutes d’armes d’argent, pour defaute de fer dont eles n’ont point [w].

El bois d’Ynde sont autres fames qui ont les barbes si longues que eles leur aviennent jusques as mameles. Et se vivent de bestes sauvages, et se vestent des piaus des [67] bestes [x].

Si i sont houmes et femmes [68] touz nuz [69] et aussi [70] veluz comme bestes. Et sont habitanz en yaue [F° 62 c] et en terre. Et quant il voient les autres genz, si se fierent dedenz l’yaue, si qu’il n’aperent point dehors. Autres genz y a qui sont ausi veluz comme pors et gemissanz. Si sont autres femmes [71] qui sont pareles, qui [72] sont moult belles [73] et sont ausi blanches comme noif [74]. Mais eles ont les denz ausi comme chiens, et habitent bien en yaue [y].

Une autre grant regyon [75] y a, en la quele il a ·xliii· pueples. La sont li oiseil qui sont plain [F° 62 d] de deduiz [76], dont les pennes [77] reluisent par nuit ausi comme feu [z].

Li papegaut si [78] sont cele part, qui sont [79] tuit vert et reluisant comme paon, et ne sont pas [80] plus grant d’un jai. Dont li plus gentill [81], ce dit on, ont en [82] chascun des piez ·v· doiz, et li vilain n’en ont que ·iii· Si a la keue plus longue que n’a une pie [83], et a ·i· bec courbé, et a grant langue et fournie [84]. Qui l’a joene [85], il le puet faire parler as genz dedenz ·ii· anz [aa].

[F° 63 a] Un autre oisel y a qui a non pellican, qui est aussi comme touz chanuz. Quant il laisse ses poucins et il revient [86] pour paistre les, si comme il couvient, si les trueve [87] morz, ce li est avis. Lors fiche son bec en son piz, tant que li sans [88] en raie hors, dont il resuscite ses poucins [ab].

En Hermenie a unes genz qui ont touz les chevels blans [ac]. Cele part est ·i· haut mont [89] ou li arches Noë se reposa quant li deluges [90] fu passez [ad]. Après vient [F° 63 b] Aise la menour [91] qui est tout entour clouse [92] de mer, ou il a maintes regions [ae] dont nous ne dirons pas les nons [93] ci endroit. En ceste siet Dardane ; et Frise, la ou Paris ravi Helaine, dont Troie la Grant fu destruite qui est en la fin de Grece. Cele part est Lychaonie [af] et une autre cité qui Charie a non [94], ou uns granz flueves court qui a non Herme [95], dont la gravele est d’or luissant [96] [ag]. De cele part devers la fin nous vient la paillole qui est [F° 63 c] de fin or [ah].

Si a devers oriant d’autre part une maniere de gent qui descendirent de Juys [97], et sont unes genz vils et orz et puanz [98]. Si n’ont nulle femme [99] espouse ne amie, pour ce qu’il ne croient pas que femme se puisse tenir a ·i· homme seulement sanz aler a autre. Si n’ont cure de femme, fors tant qu’il puissent enfanz engendrer [ai].

Autres genz y a que l’en apele Barbarins ; et se [100] font apeler Jacobins, pour Jacob qui fu leur [F° 63 d] maistre. Et sont crestiens corrumpuz, pour les mariages qu’il font as sarrazins qui sont près d’euls. Cele gent pourprennent [101] bien ·xl· regnes en touz sens. Il ne croient pas confession a nul autre houme [102] fors que a Dieu. Et quant il se confessent a Dieu, si metent près d’euls feu et encens, et cuident que leur pensée [103] s’en aille en cele fumée vers Dieu [aj]. Mais il n’est pas ainsi comme [104] il le [105] croient ; ainz mescroient [106] saint [F° 64 a] Jehan Baptiste qui premierement les baptiza. Car il leur couvenoit avant dire touz leur pechiez a lui mesmes [107], et puis recevoient baptesme [108]. Dont saint [109] Jehans [110] meïsmes dist que, quant li hons dist ses pechiez a ·i· autre, cele vergoingne que il a de dire ses pechiez li est tournée en lieu de penitance et li est aleigence [111] de ses pechiez. Et se tient plus de pechier quant il set que savoir le couvient [112] a ·i· autre, ainz qu’il se puisse acorder vers No-[F° 64 b]stre Seingneur. Ce nous tesmoingne [113] saint Jehans Baptistes qui, par baptesme [114], nous rent quites envers Dieu de noz [115] pechiez, et que nous soions espurgiez par confession [ak]. Dont cele gent que je vous di sont [116] deceüz. Car il ont mauvaisement receü [117] ce que saint Jehans [118] leur ensaingna.
Cele part sont une autre gent crestiens qui croient mieulz en Dieu, et sont fort et puissant en bataille. Li sarrazin les doutent moult dure-[F° 64 c] ment et ne leur osent [119] riens mesfaire ; ainz leur sont debonnaires et douz. Cele gent si ont a non Georgiens ; bons crestiens sont, et si sont enclous tout environ de genz mescreanz et felons. Et sont apelé Georgien [120] pour ce que il apelent touz [121] jourz [122] saint George en batailles et en estors [123] encontre les sarrazins ; et si l’aorent [124] et aimment seur touz autres sainz. Si ont trestuit couronnes reses ; dont li clerc les ont reondes, et li lai [F° 64 d] les ont quarrées. Quant il vont aorer [125] le sepulchre, li sarrazin n’en osent prendre point [126] de paage, ne rien [127] seurvendre, qu’il doutent, quant il revendroient, qu’il ne le vendissent moult chier as autres [128]. Les gentix [129] dames du pais s’arment seur les [130] bons destriés couranz et se combatent as sarrazin [131] avoec les autres chevaliers de Georgie. Il ont auteles lois et autel language [132] comme ont [133] les Grejois [134] [al].

  1. — B : « Des contrées d’Ynde » manque.
  2. — b : pueploies.
  3. — V. Introduction p. 39 ; Arund. : ·xxxiiii· ; Addit. : ·xxiii· ; S : ·xxiiii· ; N : ·xxx· et trois ; A, B, C : ·xxxiii·.
  4. — B et N : nigrommance ; G : nygromance ; A : nigromanz.
  5. — B : « metre » manque.
  6. — B : ceuls.
  7. — B : nigrounancien.
  8. — B : Et après vient une... ; A : et aprei est...
  9. — B : Mesopotamie.
  10. — B : seingnorie.
  11. — B : jornées.
  12. — B : Babyloine.
  13. — B : orguill.
  14. — B : dusques.
  15. — B : Tharse.
  16. — B : seingneurs.
  17. — B : mirre.
  18. — B : terre.
  19. — B : un oisel qui a a non.
  20. — B : muert.
  21. — B : msmes.
  22. — B : biaux.
  23. — B : coursage.
  24. — B : creite.
  25. — B : li.
  26. — B : « reluist et » manque.
  27. — B : desus.
  28. — B : bloy.
  29. — B : meür.
  30. — B : en ·i· moult haut... (« mont » manque.)
  31. — B : moult.
  32. — A : cela.
  33. — A : « grant » manque.
  34. — A : cele.
  35. — B : ni.
  36. — B ; trouver.
  37. — B : nulles.
  38. — B : ni.
  39. — B : « l’ » manque.
  40. — B : elles.
  41. — B : soulleill.
  42. — B : dedenz le cors.
  43. — B : tout.
  44. — B : tout ars et tout...
  45. — B : Et de cele cendre et de cele poudre...
  46. — B : oisiau.
  47. — B : vient.
  48. — B : chamueill.
  49. — B : Penthapolie.
  50. — B : perillées par...
  51. — B : lie.
  52. — B : maniere.
  53. — B : viengnent nulle.
  54. — B : contrée.
  55. — B : fames.
  56. — B : ausi.
  57. — B : lions.
  58. — B : houmes.
  59. — B : mestier.
  60. — B : darrieres ; B : Elles portent belles tresches de leurs cheueulx qui leur pendent par derriere...
  61. — B : avoec.
  62. — B : euls.
  63. — B : qui.
  64. — B : et se ce est.
  65. — B : getent.
  66. — B : ailleurs.
  67. — B : de.
  68. — B : hommes et fames.
  69. — B : « nuz » manque.
  70. — B : ausi.
  71. — B : fames.
  72. — B : et qui.
  73. — A : bestes.
  74. — B : femmes velues pareillement comme les hommes, mais sont fort bestiales, et blanches sont comme nesge.
  75. — B : region.
  76. — A : plain deduiz (« de » manque) ; B : deduit.
  77. — B : pannes.
  78. — B : i.
  79. — A : soit.
  80. — A : par plus.
  81. — B : les plus gentils.
  82. — A : on non en.
  83. — R : Il a la queue plus longue que ung pié.
  84. — R : et a sa langue grande et fourgue.
  85. — B : jonne ; S : l’ajœne ; N : l’a jone.
  86. — B : reviet.
  87. — A : treieve ; B : trueve ; G : treuve.
  88. — B : sanc.
  89. — B : haut moult.
  90. — B : delugez.
  91. — B : meneur.
  92. — B : close.
  93. — A : nous. (Le manuscrit A a « no’ », l’abréviation ordinaire pour « -us » ; B donne « nōs » ; C : nomz. L’erreur dans le manuscrit A est évidente.
  94. — B : Lichaonie et une autre region qui a a non Charie.
  95. — B : grant.
  96. — B : luisant.
  97. — B : Juis.
  98. — B : et une gent vill et ort et puant (« sont » manque).
  99. — B : fame.
  100. — B : qui se (« et » manque).
  101. — B : porprennent.
  102. — B : homme.
  103. — B : pensées.
  104. — B : comment.
  105. — B : « le » manque.
  106. — B : « ainz mescroient » manque.
  107. — B : msmes.
  108. — B : « et puis recevoient baptesme » manque.
  109. — A : s’. (L’orthographe usuelle du manuscrit A est « saint » pour le nom. sing. m. : cf. f° 104 b « saint Pols », « saīt Denis » ; f° 69 d « saint Brandins ».
  110. — B : iehan.
  111. — B : aleiance.
  112. — B : convient.
  113. — B : Seigneur, et ce nous tesmoigne.
  114. — B : baptiesme.
  115. — B : a Dieu de non.
  116. — B : sunt.
  117. — B : retenu.
  118. — B : Jehan.
  119. — B : ossent.
  120. — B : apelez Georgiens.
  121. — A : tourz : cette forme est isolée dans le manuscrit A, cf. f° 31 a ; B : touz.
  122. — B : jours.
  123. — B : estours.
  124. — B : l’aourent.
  125. — B : aourer.
  126. — B : point prendre.
  127. — B : riens.
  128. — R : pour ce qu’ilz doubtent que, quant ilz repasseroient, qu’ilz ne les en paiassent chierement.
  129. — B : gentils.
  130. — B : leur.
  131. — B : sarrazins.
  132. — B : langage.
  133. — B : « ont » manque.
  134. — G : gregois.
  1. * L’orthographe du manuscrit A est peut-être due à la chute de l’e final si commune en angln. (cf. Suchier, St Auban p. 36, 52 (Halle, 1876) ; Stimming o. c. p. 182) « nigromanz est isolé dans A, et ne semble pas être confirmé par d’autres textes.
  2. * « cela » = celle : cette forme provençale ne peut se justifier ici. Elle est d’ailleurs isolée dans le manuscrit A.
  3. * « cele » acc. sing. m. est isolé dans le manuscrit A ; nous corrigeons « cel » malgré les nombreux exemples d’un e ajouté à la terminaison en angln. Cf. Stimming, o. c. p. 182, 183 ; Suchier, St Auban p. 39.
  1. [F° 60 a64 d = Vers 2588-2821.]
  2. « Dont la première... trouvée. » Isidore, Etym. XIV. 3. 12 ; Honorius Aug. I. 14 ; Gervaise de Tilbury o. c. II. 3 (vol. 2 p. 756, ed Leibnitz).
  3. « En cele... de cele poiz. » Solin 37 ; Honorius Aug. 1. 14 ; Gervaise de Tilbury II. 3.
  4. « Et après est une autre... journées de lonc. » Jonas III. 3 ; Honorius Aug. I. 15 ; Gervaise de Tilbury II. 3 (o. c. vol. II p. 756).
  5. « En Babiloine... jusques en haut. » Isidore (Patrol. t. 83, col. 1022) Chronicon 9 ; Honorius Aug. 1. 15 ; Gervaise de Tilbury II. 3 (o. c. vol. II p. 756).
  6. « En la region... astronomie. » Isidore, Etym. III. 25. 1 ; Honorius Aug. I. 15.
  7. « En cele region... de diverses genz. » V. Introduction p. 40 ; Psaume 72 ; Isidore, Etym. XIV. 3. 45, 15 ; Honorius A. I, 15.

    Ni Isidore, ni Honorius ne mentionnent les rois mages.

  8. « Si i est... non Assire. » Isidore, Etym. XIV. 3, 10 ; Honorius A. I. 16.
  9. « Et la region... non fenix. » Solin 33 ; Isidore, Etym. XIV. 3, 17 ; Honorius Aug. I. 16 ; Neckam I. 34, 35. V. Introduction p. 41.
  10. « dont il n’est... lui mesmes. » Solin 33 ; Neckam I. 34, 35.
  11. « Il est granz... bien purs. »
  12. « Et quant il... moult loing. »
  13. « Lors fait... sa semblance. »

    De ces trois paragraphes sur la Phénicie et le phénix, a se trouve dans Solin 33 ; c dans Isidore, Etym. XIV. 3, 17, XII. 7, 22 ; a, b, c dans Neckam I. 34, 35, et dans Jacques de Vitry 90. V. Introduction p. 41.

  14. « Après revient... Damas. » Honorius Aug. I. 16. 17.
  15. « et puis... chamuel. »
  16. « Puis vient... Sebaste. » Isidore, Etym. XIV. 3. 22 : « Samaria regio Palæstinæ ab oppido quodam nomen accepit, quod vocabatur Samaria, civitas quondam regalis in Israel, quæ nunc ab Augusti nomine Sebastia nuncupatur. » ; Honorius Aug. I. 16. 17.
  17. « et puis Pentapolie... faisoit. » Solin 35 ; Honorius Aug. I. 16. 17.
  18. « Cele part est la... riens vive. » Isidore, Etym. XIII. 19. 3 ; Honorius Aug. I. 17.
  19. « Si i est... de genz. » Genèse XVII. 20 ; XXV. 13 ; Honorius Aug. I. 17.
  20. « Et puis vient... pueples. » Isidore, Etym. XIV. 3. 27. Isidore mentionne seulement l’Égypte sans autres détails ; Honorius Aug. I. 18 ; Gervaise de Tilbury II. 3, vol. II p. 759.
  21. « Une autre région... lyons. » Solin 17 ; Isidore, Etym. IX, 2, 64 ; Honorius Aug. I. 19 ; Jacques de Vitry 92.
  22. « Et se combatent... de leur terre. » Isidore, Etym. IX. 2. 64 ; Jacques de Vitry 92.
  23. « Si ra aillors... n’ont point. » Jacques de Vitry. 92.
  24. « El bois d’Ynde... des bestes. » Jacques de Vitry 92.
  25. « Si i sont houmes... bien en yaue. » Jacques de Vitry 92.
  26. « Une autre grant... comme feu. » Solin 20 ; Honorius Aug. I. 19 (44 peuples).
  27. « Li papegaut... dedenz ·ii· anz. » Solin 51 ; Isidore, Etym. XII. 7. 24 ; Neckam I. 36, 38 ; Jacques de Vitry 90. Les passages « Dont li... que ·iii· » et « Qui l’a joene... ·ii· anz » ne se trouvent pas dans Isidore.
  28. « Un autre oisel... ses poucins. » Isidore, Etym. XII. 7. 26. Le passage « Un autre oisel... chanuz » ne se trouve pas dans Isidore ; Neckam I. 73, De Laud. II. 657 ; Jacques de Vitry, 90.
  29. « En Hermenie... chevels blans. » Isidore, Etym. XIV. 3. 34. (Albania) ; Honorius Aug. I. 19. (Albania).
  30. « Cele part est... fu passez. » Isidore, Etym. XIV. 3. 35 ; Honorius Aug. I. 19. Après le paragraphe sur l’arche de Noé, une nouvelle section du chapitre commence dans le manuscrit en vers.
  31. « Après vient... régions ». Orosius I. 2 ; Gervaise de Tilbury t. II p. 762, IL 6 ; Honorius Aug. I. 20.
  32. « En ceste siet... Lychaonie. » Isidore, Etym. XIV. 3. 41 ; — Honorius Aug. I. 21.
  33. « et une autre... luissant. » Honorius Aug. I. 21.
  34. « De cele... fin or. »
  35. « Si a devers... engendrer. » Jacques de V., Hist. Hieros. 82. V. Introduction p. 41.
  36. « Autres genz... vers Dieu. » Jacques de Vitry 76.
  37. « Mais il n’est... par confession. » Jacques de Vitry 76 ; Saint Matthieu III.
  38. « Dont cele gent... les Grejois. » Jacques de V. 80.

ii g [a].
Des poissons d’Ynde.

[F° 65 a] En la mer d’Ynde a une maniere de poissons qui ont en leur piaus peus si Ions [1], que les genz en font vesteüres pour euls vestir, quant il les ont pris [b].

Uns autres poissons i ra qui sont eschinuz [2] [* 1], qui n’ont mie plus d’un pié de lonc, qui ont tel vertu que quant li uns s’en [3] prent a une nef, ele ne puet aler avant [4] n’arieres [c].

Si i ra uns autres poissons que les genz apelent daufins ; que, quant la tempeste doit venir [F° 65 b] et les nés sont en perill [5] de noier, si s’aperent desus [6] l’yaue et se jeuent [7] as ondes [d].

Si ra en la mer ·i· poison [8] si grant et si merveilleus [e] qu’il [9] croist desus son dos terre et herbe, et samble que ce soit une grant ille [10]. Dont la gent qui vont par mer sont aucunes foiz deceüz ; car il cuident que ce soit terre. Si s’atraient cele part. Et quant il ont fait leur atrait de feu et de loges et de ce que mestiers leur est, comme cil qui cuident estre a [F° 65 c] terre, si alument lor [11] feu et font leur cuisine. Mais quant li poissons sent le feu, si s’esmuet si soudainement [12] et se fiert en parfont en l’yaue, si qu’il afonde tout, quanque il [13] a sus lui. Et ainsi [14] sont les nés paries [15] et les genz noiez qui cuidoient estre a sauveté [f].

Autres poissons y a qui ont tresces et cors de puceles jusques au nombrill, et, par desoz le nombrill [16], de poisson [17], et eles [18] d’oisiaus. Si est leur chant si biaus et si douz que ce est merveilles a oyr [19] ; et sont a-[F° 65 d]pelées seraines [20]. Si dient les uns que ce sont poissons ; les autres dient que ce sont oisiaus qui volent par mer [21]. Mais je ne vous en [22] dirai ore plus. Ainz parlerons des arbres d’Ynde.

  1. — B : si lons peus.
  2. — A : eschinuiz ; B : eschmuz ; C : eschinuz ; S : eschinus ; N : eschinuz.
  3. — B : « en » manque.
  4. — B : n’avant.
  5. — B : peril.
  6. — B : dedenz.
  7. — B : juent.
  8. — B : poisson.
  9. — B : qui.
  10. — B : ysle.
  11. — B : leur.
  12. — B : soudainement.
  13. — B : quanqu’il.
  14. — B : ainsinc.
  15. — B : peries.
  16. — A : « et par desoz le nombrill » manque.
  17. — B : poison.
  18. — A et B : et d’eles ; C : et d’ellez ; N : et d’elles. Sloan, Arundel et Harley : et eles...
  19. — B : oir.
  20. — B : serainnes.
  21. — B : par la mer.
  22. — A : « en » manque.
  1. * « eschinuiz » : ui = u est une forme graphique qui se trouve fréquemment dans les textes angln. Stimming en donne de nombreux exemples (o. c. p. 190, 192, 193). « Eschinuiz » est isolé dans le manuscrit A et nous ne pouvons pas confirmer ce mot sous cette forme par d’autres textes.
  1. [F° 64 d65 d = Vers 2822-2862.]
  2. « En la mer d’Ynde... les ont pris. » Jacques de V. 90.
  3. « Uns autres poissons... n’arieres. » Isidore, Etym. XII. 6 ; Jacques de V. 90 ; Neckam II. 34. 43.
  4. « Si i ra... as ondes. » Isidore, Etym. XII. 6 ; Jacques de V. 90 ; Neckam II. 27. 28.
  5. « Si ra en la mer... merveilleus » Isidore, Etym. XII, 6 ; Jacques de V. 90.
  6. « qu’il croist... a sauveté. » Jacques de V. 90.


ii h [a].
Des arbres d’Ynde [1].

En Ynde croist uns arbres moult granz et moult biaus et moult souef [2] flairanz, que l’en apele palmieres [3], qui portent dates. C’est ·i· fruit moult bon et moult sain [b]. Si i a uns pommiers qui sont si plain [4] de pommes longues qui ont moult bonne oudeur [5], et s’entre-[F° 66 a]tiennent bien ·c· en ·i· mont [6] ; dont les fueilles [7] qui naissent de ces pommiers ont ·ii· piez de lonc et ·i· pié [8] de lé [9] [c]. Autres pommes [10] y a, moult granz et moult grosses, ou le mors d’un homme apert dedenz atout les denz. Et les claime l’en pomes d’Adam [11], par [12] la raison que li mors pert en la poume [13] [d]. Autres arbres i sont qui portent pommes qui sont moult beles dehors, et dedenz si [14] est tout cendre [e].

Les vingnes i sont si portanz, que les gra-[F° 66 b]pes en [15] sont si granz, que dui homme en sont bien chargiez de porter ent [16] une seule a pié a leur cols [17] en ·i· tinel [f]. Si y a petiz arbruissiaus que l’en y saimme [18] chascun an, qui portent le coton. Si i croist unes canes granz qui sont par dedenz toutes plainnes [19] de çucre [g].

A l’un des chiés de Babyloinne [20] croist li basmes qui est moult chiers. Et le coultivent [21] li crestien qui sont prisonnier [22] en la terre. Et dient bien li sarrazin, qui souvent [F° 66 c] l’ont fait esprouver, que, quant il le font coultiver [23] a autres genz qu’a crestiens, qu’il ne portent [24] riens en l’année [h].

Et en cel champ, ou li basmes croist, dient qu’il sourt une fontainne ou nostre dame baingna son fill ; et de cele fontaine [25] est li basmes arrousez [26] ; ne ailleurs n’en peut [27] l’en point porter [28] qui porte fruit ne qui riens vaille [i].

En cele terre a uns autres arbres qui, en lieu de fueilles [29], portent une lainne dont l’en fait [F° 66 d] dras biaus et soutis ; de quoi [30] les genz font cotes et mantiaus dont il se vestent [j]. Si y sont autres arbres qui portent fruit moult souef flairant, qui repont son fruit par nuit en l’arbre, et revient au matin quant li soulaus [31] est levez [k].

Uns autres arbres i croissent [32] dont li charbons [33] qui en sont espris durent en leur cendre ·i· an entier sanz amenuisier ne sanz estaindre [l]. Si y a cedres et ebanus qui ne peuent [34] porrir, si comme l’en dit [m]. [F° 67 a] Autres arbres y a moult glorieus et moult bons, qui portent clos de girofle [35] et noz muguetes [36] et cubebes ; et de leur escorce est la canele, et de leur racines est li garingal et li cytoual et li gyngiembres [37] [n]. La croissent les bonnes espices [38] de toutes manieres. Noiz i croissent qui sont ausi grosses comme grosses poumes [39]. Et autres qui sont autresi grosses comme ·i· homme a la teste [o].

Des arbres qui sont en paradis ne savons [40] [F° 67 b] nous quel fruit il ont. Celui dont Eve ot si grant envie que ele en manja [41] outre le commandement de Dieu, y est [42]. Li autres est li arbres de vie dont nous avons parlé ci devant. Tant y a des autres arbres si bons et si delicieus, qu’i [43] samble que Diex soit laienz. Mais il y a si bone [44] garde que uns anges Nostre Seigneur en garde l’entrée, l’espée toute ardant en sa main, que nus ne s’en aille aprochant [45], ne beste, ne homme, ne mal esperit, pour son delit [F° 67 c] faire laienz [p]. Mais atant nous [46] en tairons ; si parlerons d’Europe [47] et de ses contrées.

  1. — B : « Des arbres d’Ynde » manque.
  2. — B : sœf.
  3. — B : palmiers.
  4. — B : plains.
  5. — B : odeur.
  6. — A : ·i· moult ; B, C, N ·i· mont.
  7. — B : fuilles.
  8. — B : « pié » manque.
  9. — B : large.
  10. — B : poumes.
  11. — B : poumes d’Adan.
  12. — B : pour.
  13. — B : pomme.
  14. — B : « si » manque.
  15. — B : i.
  16. — B : en.
  17. — B : couls ; C : apadue a leur col.
  18. — B : saime.
  19. — B : plaines.
  20. — B : Babyloine.
  21. — B : coutivent.
  22. — B : prisonniers.
  23. — B : quant il ont fait coultiver.
  24. — B : porte.
  25. — B : fontainne.
  26. — B : arousez.
  27. — B : ne puet.
  28. — B : planter.
  29. — A : feueilles.
  30. — B : coi.
  31. — B : soleus.
  32. — A, B, C : croissent ; S : sont ; Sloan : renest ; Harley : recrest ; Arund. : rescroist.
  33. — B : charbon.
  34. — A : peeunt ; B : puent ; C : peuent.
  35. — B : clous de gyrofle.
  36. — B : et noix muscades.
  37. — B : gyngebres.
  38. — A : espifes.
  39. — B : pommes.
  40. — B : savon.
  41. — B : menja.
  42. — A, N, B : « y est » manque ; C : de Dieu, y est.
  43. — B : qu’il.
  44. — B : bonne.
  45. — B : aprouchant.
  46. — A : nons.
  47. — B : de Europe.
  1. [F° 65 d67 c = Vers 2863-2936.]
  2. « En Ynde croist... moult sain. » Jacques de V. 86 ; Neckam II. 74.
  3. « Si i a uns... pié de lé. » Jacques de V. 86
  4. « Autres pommes... en la poume. » Albert le Grand, De veget (Opera omnia, Paris, 1891, vol. 10) VI. 1. 30 ; Jacques de V. 86.
  5. « Autres arbres... tout cendre. » Solin 35 ; Isidore, Etym. XIV. 3. 25 ; Jacques de V. 86.
  6. « Les vingnes... en ·i· tinel. » Nombres XIII. 23 ; Jacques de V. 87 (p. 175 [ed. Douai, 1597] : Vites etiam in partibus illis tantæ magnitudinis botros seu racemos producunt, quod plures homines in vecte vix unum possent sustinere).
  7. « Si y a petiz... de çucre. » Solin 24, 50 ; Jacques de V. 86.
  8. « A l’un des chiés... en l’année. » Jacques de V. 86.
  9. « Et en cel champ... riens vaille. » Jacques de V. 86.
  10. « En cele terre... il se vestent. » Solin 24. 50 ; Isidore, Etym. IX. 2. 40 ; Jacques de V. 86.
  11. « Si y sont... est levez. » Jacques de V. 86.
  12. « Uns autres... estaindre. »
  13. « Si y a cedres... comme l’en dit. » Isidore, Etym. XVII. 7. 33, 36 ; Jacques de V. 87 ; Neckam II. 83.
  14. « Autres arbres... gyngiembres. » Jacques de V. 86 (Douai, 1597, p. 172) : ...Quarum fructus sunt gariophili, nuces muscatu, cassia fistula, caldamomum, piper album... Sunt aliæ arbores quarum radices sunt zingiber, galanga et zedoaria, quæ vulgariter citouart appellatur ; Neckam, De Laud. VIII.
  15. « Et autres qui... a la teste, » Jacques de V. 87.
  16. « Des arbres... faire laienz. » Genèse III.


iii [a].
D’Europe [1] et de ses contrées.

Puis qu’Aise devisée avons, si vous deviserons d’Europe [2] legierement pour [3] tost finer. Car nous en oons parler souvent [4].

Li premiers lieus d’Europe [5], si est Romanie, et une partie de Constantinoble [6] ; Rethe, Corinte et [7] Macedoine, Thesale, Boeme et Saxoine [8] ; et Espire [9], une [10] moult sainne [11] terre. En cele terre sourt une [F° 67 d] fontainne ou l’en ne peut [12] estaindre tisons ardanz ne les charbons vis [b].

En Archadie [13] a une pierre que l’en ne peut [14] en nulle maniere du monde estaindre, puis que est [15] esprise, tant qu’ele est trestoute en [16] cendre [c].
Puis est Danemarche, et Hongrie, Osteriche ; et puis Germanie qui a maint regne vers occident. Si i est Soabe et Alemaingne [17], ou une eave sourt [18] qui a non Dunœ [19], qui s’espant et court par ·vii· flueves [d]. Si i est Yllande [20], Escoce [F° 68 a] et Angleterre [21], et toute France, et toute la terre qui est jusques as monz de mont Geu [22] [e]. Tant tient de lieu Europe. Or vous deviserons d’Aufrique.

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