Page:Binet - La Vie de P. de Ronsard, éd. Laumonier, 1910.djvu/82

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DISCOURS DE LA VIE

Catholique que le Roy et la Royne mere l’en gratifierent[1] *, comme aussi fit le Pape Pie cinquiesme, qui | l’en remercia par [18] lettres expresses[2] *
. Au reste les Muses, qui à cause des divisions entre les grans sembloient[3] avoir esté muettes, commencerent[4] à se

  1. C qui furent jugées de tant d’efficace pour combatre les ennemys de la religion Catholique, que le Roy et la Royne sa mere l’en gratifierent
  2. C expresses : ce qui fut cause que ceux de la nouvelle opinion commencerent à l’attaquer et dresserent un Poëme fort Satyrique et mordant contre luy, qu’ils nommoient le Temple de Ronsard, où en forme de tapisseries ils depeignoient sa vie * : ils (on lit vie, ils) firent aussi quelques responses à ses remonstrances où estoit ce tiltre, la Metamorphose de Ronsard *, dont les autheurs furent un A. Zamariel et B. de Montdieu ministres, le dernier desquels il designe assez par ces vers de la response qu’il luy fit, le comparant à Sisyphe,

    Qui remonte et repousse aux enfers un rocher
    Dont tu as pris ton nom *.

    Ils le blasmoient entre autres choses d’avoir sacrifié un bouc à Jodelle au village d’Hercueil *, mais il respond asses luy mesme à ce chef d’accusation *, et voicy ce qui en est : Jodelle avoit fait representer devant le Roy la Tragedie de Cleopatre, qui eust tel applaudissement d’un chacun, que quelques jours apres, s’estant toute la brigade des Poëtes trouvée en ce village, pour passer le temps et s’esjouir aux jours licentieux de Caresme prenant *, il n’y eust aucun d’eux qui ne fist quelques vers à l’imitation des Bacchanales des anciens, il vint à propos de rencontrer un Bouc par les rües, qui leur donna occasion de follastrer sur ce suject, tant pour estre victime de Bacchus, que pour faire contenance de le presenter à Jodelle, et representer le loier de sa Tragoedie à la mode ancienne, à laquelle les Chrestiens mesmes, et principalement les Poëtes recourent par fois, non par creance aucune, mais par allusion permise : et ce qui en fit croire quelque chose furent les vers et folastries [1604 et éd. suiv. folastreries] de ces Poëtes qui furent mises au jour *, et mesmement les Dythirambes (sic) de Bertrand Berger Poëte dythirambique (sic) *, où se lisent ces vers :

    Mais qui sont ces enthyrsez
    Herissez
    De cent fueilles de lierre,
    Qui font retentir la terre
    De leurs pieds et de la teste,
    A ce bouc font si grand feste,
    Chantant tous autour de luy
    Ceste Chanson bris’ennuy,
    Iach Iach evoé,
    Evoé Iach Iach.
    Tout forcené à leur bruit je fremy
    J’entrevois Baïf et Remy,
    Colet, Janvier, et Vergesse, et le Comte,
    Paschal, Muret, et Ronsard qui monte
    Dessus le bouc qui de son gré
    Marche à fin d’estre sacré
    Aux pieds immortels de Jodelle,
    Bouc le seul pris de sa gloire eternelle.
    Pour avoir d’une voix hardie
    Renouvellé la Tragedie,
    Et desterré son honeur le plus beau,
    Qui vermoulu gisoit soubs le tombeau *.

    Tout cela ne fut qu’une feinte et mascarade *. Au reste...

  3. AB entre les grans, sembloient | C entre les grands, effarouchées, sembloient
  4. A muettes commencerent