Page:Diderot - Encyclopedie 1ere edition tome 11.djvu/189

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


pée. Il y en a d’autres auxquelles on ne met qu’un point noir sur la culasse, assez volontiers sous les roses que l’on met sur la feuille d’argent, on peint une étoile noire sur cette feuille. Il est assez difficile de donner de regles là-dessus, cela dépend des circonstances ; l’artiste attentif essaye souvent de plusieurs façons, & se fixe à celle qui donne plus de jeu à sa pierre, ou qui déguise mieux sa couleur.

Noir d’yvoire, le noir d’yvoire se fait avec des morceaux d’yvoire que l’on met dans un creuset ou pot bien lutté avec de la terre à potier, & que l’on met dans leur four lorsqu’ils cuisent leurs poteries ; il faut qu’il y reste autant que lesdites poteries pour devenir bien noir & bien cuit : il faut sur-tout bien prendre garde qu’il n’y ait aucun jour au creuset ou autre vase, autrement l’yvoire deviendroit blanc au lieu de noir, & se consumeroit. Ce noir mêlé avec le blanc, fait une fort belle teinte grise : on s’en sert pour les tableaux, comme pour l’eau ou miniature.

Noir, (Teinture.) le noir est la cinquieme & derniere couleur du bon teint ; l’opération qui le produit est précisement la même qui sert à faire de l’encre à écrire. On plonge l’étoffe dans un bain composé d’une décoction de noix de galle & de dissolution de vitriol verd : il arrive nécessairement que l’acide vitriolique s’unissant à l’alkali de la noix de galle, abandonne le fer avec lequel il étoit uni dans le vitriol ; ce fer divisé en parties extrèmement fines, se loge dans les pores de l’étoffe, & y est retenu par le resserrement que la stipticité de la noix de galle y a causée, & par une espece de gomme qu’elle contient & qui l’y mastique. On ne remarque dans toute cette opération, aucun ingrédient qui ait pû donner du crystal de tartre, ou du tartre vitriolé, aussi la teinture noire n’est-elle pas à beaucoup près aussi solide que les autres, & elle ne résisteroit nullement, non plus que les gris qui en sont les nuances.

Avant de teindre une étoffe en noir, les réglemens exigent qu’elle soit guesdée, c’est-à-dire qu’elle ait été teinte en bleu très-foncé : ce bleu dont la teinture est solide, sert en outre, en donnant à l’étoffe une couleur approchante du noir, à diminuer la quantité du vitriol qui, sans cela seroit nécessaire, & qui rendroit l’étoffe rude. On pourroit employer au même usage, le rouge foncé de garance, mais il en résulteroit deux inconvéniens ; le premier de faire subir à l’étoffe une premiere altération par l’action des sels du bouillon ; & le second, de donner au noir un œil rougeâtre & désagréable. On évite l’un & l’autre en donnant à l’étoffe une premiere teinture bleue, qui ne détruit pas l’étoffe ; & qui loin d’alterer le noir, lui donne au contraire un velouté très-avantageux.

Le noir & le gris servent non seulement seuls, mais encore on les emploie pour brunir toutes les couleurs, & c’est pour cette raison qu’on nomme bruniture, la teinture noire ou grise qu’on donne à une étoffe dejà teinte d’une autre couleur. Acad. roy. des Scienc. 1750. (D. J.)

Noir antique, (Hist. nat.) en italien, nero antico ; nom donné par les modernes à un marbre très-noir, fort dur & prenant un très-beau poli. Les anciens l’appelloient luculleum marmor.

Noir emplatre, on emplâtre de céruse brûlée, voyez sa préparation au mot Emplatre. Cet emplâtre ne doit sa naissance qu’à une bisarrerie ou fantaisie d’ouvrier. C’est une préparation moins élégante que celle de l’emplâtre de céruse blanc, sans avoir aucune propriété de plus. Il y a même apparence que le premier emplâtre noir qui ait été fait, est dû à l’ignorance ou à la négligence d’un artiste ; car l’emplâtre noir est un emplâtre manqué ou gâté, voyez Emplatre. Au reste ce qu’on appelle ici brûlé, n’est en effet que réduit : la céruse prétendue brûlée, n’est


autre chose que du plomb qui a repris sa forme métallique, en empruntant du phlogistique de l’huile. Voyez Réduction. (b)

Noir, (Maréchal.) poil du cheval. Noir jais, ou maure, ou moreau, ou vif, c’est le vrai noir. On appelle un cheval qui, quoique noir, a une teinte roussâtre, noir mal teint.

NOIRCEUR, s. f. (Physiq.) c’est la couleur qui est occasionnée par la texture des parties de la surface d’un corps, telle que les rayons de lumiere qui tombent dessus sont amortis ou absorbés, sans se refléchir que très-peu ou point du tout. La noirceur n’est donc pas proprement une couleur, mais la privation de toute couleur, voyez Couleur & Lumiere. La noirceur est directement opposée à la blancheur, qui vient de ce que les parties refléchissent indifféremment tous les rayons qui tombent sur elles, de quelque couleur qu’ils soient, voyez Blancheur. Newton dans son traité d’optique, montre que pour produire un corps de couleur noire, il faut que les corpuscules qui le composent soient moindres que ceux qui forment les autres couleurs ; parce que quand les particules composantes sont trop grandes, elles refléchissent alors beaucoup de rayons ; mais si elles sont moindres qu’il ne faut pour refléchir le bleu le plus foncé, qui est la plus sombre de toutes les couleurs, elles refléchiront si peu de rayons que le corps paroîtra noir. De-là il est aisé de juger pourquoi le feu & la putréfaction, en divisant les particules des substances, les rendent noires : pourquoi un habit noir est plus chaud qu’un autre habit, toutes choses d’ailleurs égales ; c’est qu’il absorbe plus de rayons & en refléchit moins, voyez Chaleur : pourquoi une petite quantité de substances noires communiquent leur couleur aux autres substances auxquelles elles sont jointes ; leurs petites particules, par la raison de leur grand nombre, couvrant aisément les grosses particules des autres : pourquoi les verres qui sont travaillés & polis soigneusement avec du sable, rendent noir le sable aussi-bien que les particules qui se détachent du verre : pourquoi les substances noires s’enflamment au soleil, plus aisément que les autres ; ce dernier effet vient en partie de la multitude des rayons qui s’absorbent au-dedans de la substance, & en partie de la commotion faite des corpuscules composans : pourquoi quelques corps noirs tiennent un peu de la couleur bleue ; ce qui se peut éprouver en regardant à-travers un papier blanc des objets noirs, alors le papier paroîtra bleuâtre ; la raison de cela est que le bleu obscur du premier ordre des couleurs, est la couleur qui approche le plus du noir, parce que c’est celle qui refléchit moins de rayons, & que parmi ces rayons, elle ne refléchit que les bleus. Donc réciproquement, si les corps noirs refléchissent quelques rayons, ce doit être les bleus préférablement aux autres. Voyez Bleu. Chambers. (O)

Noirceur, (Médec.) la couleur noire naturelle, & celle qui doit sa naissance à la teinture, n’annoncent rien de fâcheux ; mais celle qui vient d’une cause morbifique, est d’un mauvais présage.

Le sang, la graisse, la bile, la moëlle, les crachats, la mucosité, les matieres fécales, les matieres rejettées par le vomissement, l’urine, le pus & la pituite, sont sujets à acquérir une couleur noire, produite par la matiere de la mélancolie.

Ces humeurs corrompues & tombées dans le sphacele, sont un triste pronostic dans les maladies aiguës ; comme l’inflammation, les fiévres érésypélateuses, malignes, épidémiques, la peste, la petite vérole. Elles sont également mauvaises dans les maladies chroniques, l’ictere, les contusions, les brûlures, & dans la congélation des membres, soit que ces matieres s’évacuent, soit qu’elles s’attachent