Page:Diderot - Encyclopedie 1ere edition tome 16.djvu/175

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&c. M. Tralles a oublié encore l’os de seche, les tayes des crustacées, &c. Du regne minéral, le bol d’Arménie, les terres siclées ou sigillées de divers pays, telles que la terre de Lemnos, la terre de Malte, la terre de Golberg, celle de Strigau, &c. les pierres précieuses telles que la topaze, l’émeraude, le saphir, le rubis, l’hyacinthe, le grenat, le chrysolite, le crystal de roche, & un grand nombre d’autres pierres, telles que la pierre judaïque, la pierre de linx, la pierre néphrétique, l’osteocole, la pierre d’éponge, &c. l’auteur a oublié encore ici la craie commune ou de Champagne, la marne, la craie de Briançon, le talc, la pierre d’aigle, &c.

Quant à plusieurs pierres évidemment métalliques, comme la pierre d’asur, la pierre hématite, &c. il les a sans doute omises à dessein & avec raison, car leurs vertus spécifiques & propres doivent être déduites de leurs principes métalliques plutôt que de leurs principes terreux, & il ne s’agit ici que des remedes purement terreux. M. Tralles fait cependant une troisieme classe des remedes purement terreux, de plusieurs substances métalliques, tellement altérées par des opérations chimiques qu’elles ne font plus, selon lui, relativement à la vertu médicinale, que des corps purement terreux ; il met dans cette classe l’antimoine diaphorétique, la céruse d’antimoine, la matiere perlée, le besoardique minéral, solaire, martial, auxquels l’auteur pouvoit joindre encore le jovien ou antihectique de Poterius, la magnésie blanche, le prétendu soufre fixe d’antimoine, &c. on peut très-vraissemblablement ranger dans la même classe la terre douce de vitriol & les soufres de mer absolus, c’est-à-dire parfaitement calcinés ; s’il est vrai pourtant ce qui est dit dans plusieurs livres modernes de la destruction absolue des qualités médicamenteuses du fer par la dissipation totale du phlogistique. Voyez Mars, Mat. médic.

Quant à la question de fait, savoir si les matieres ci-dessus alléguées sont toutes purement terreuses, c’est-à-dire insolubles dans les liqueurs aqueuses, sans goût, sans odeur, & sans activité vraiement médicamenteuse sur les solides & les fluides des animaux, ce point est examiné en détail dans des articles particuliers, qu’on a destinés à ceux des corps qui ont paru mériter cette discussion particuliere. Toutes les matieres tirées du regne animal ont paru être dans ce cas. Voyez tous ces articles particuliers & l’article Substances animales.

Nous répeterons seulement ici, que toutes les matieres, à tirer les substances terreuses animales, ne different entre elles que par le plus ou moins de mucosité ou de lymphe animale qu’elles contiennent ; & que ce principe étant détruit par quelque moyen que ce soit, toutes ces substances deviennent absolument identiques, & ne different plus entre elles que par le degré de dureté : nous dirons encore qu’elles sont toutes changées en chaux vive par la calcination ; altération qui leur donne de nouvelles propriétés médicinales. Voyez Chaux, Chimie, & Chaux, Médecine.

Enfin nous observerons encore que toutes ces matieres, soit calcinées, soit non-calcinées, lorsqu’elles sont devenues exactement & purement terreuses, c’est-à-dire qu’elles ont perdu cette portion de mucosité animale, qui marque dans quelques-unes le principe terreux, comme cela arrive éminemment dans l’ivoire, &c. (Voyez Ivoire), que dans cet état, dis-je, purement terreux, sec, maigre, macer, toutes ces matieres s’unissent aux acides, & mêmes aux acides très-délayés. Quant aux substances terreuses & pierreuses retirées du regne minéral, il est évident qu’elles sont exactement dans le cas supposé. On peut prononcer hardiment sur celles-ci, que toutes celles qui ne sont pas calcaires, & même


qui quoique de nature calcaire ne sont pas d’un tissu assez rare pour qu’elles puissent être attaquées facilement par les acides foibles ; que celles-ci, dis-je, n’ont absolument aucune vertu médicinale. Or de toutes les matieres minérales dont nous avons donné la liste, nulle excepté la craie, n’a cette propriété ; le bol & toutes les terres scellées, qui sont spécialement regardées comme astringentes & cicatrisantes, pourroient tout-au-plus avoir quelque efficacité à titre de topique, mais encore cette qualité est-elle fort douteuse ; ces terres sont pour le moins fort inutiles dans l’usage extérieur ; elles sont des ingrédiens impertinens de plusieurs compositions pharmaceutiques destinées à l’usage intérieur, telles que la thériaque, la confection hyacinthe, & même de quelques autres consacrés à l’usage extérieur, comme l’emplâtre contra rupturam : nous n’avons pas meilleure idée des pierres précieuses. Voyez l’article particulier Fragmens précieux.

Le troisieme ordre de corps terreux, savoir les chaux métalliques, nous ont paru mériter spécialement d’être examinées chacune en particulier ; ainsi voyez sur ce sujet les articles Antimoine, Matiere perlée, Magnésie blanche, Vitriol, Mars, Matiere médicale.

Il résulte de ce que nous avons avancé sur les corps terreux naturels, que ceux qui sont retirés du regne animal & la craie, ont une vertu médicinale réelle, savoir la vertu absorbante (voyez Absorbans) mais qu’ils n’ont que celle-là ; & qu’ainsi, excepte le cas de la présence des acides dans les premieres voies, tous ces remedes sont purement inutiles. L’observation prouve d’ailleurs qu’ils sont souvent nuisibles : ainsi ils ont assurément mérité d’être privés de tous les titres fastueux que les anciens médecins leur avoient donnés, & qui s’étoient perpétués par la charlatanerie & la routine. Je ne sais pourtant point si c’étoit la peine d’écrire un assez gros in-quarto pour démontrer qu’il étoit très-douteux que les remedes terreux passassent dans le sang ; qu’ils n’étoient point ni diaphorétiques, ni diurétiques, ni anti-spasmodiques, ni anti-épileptiques, ni roborans, ni cardiaques, ni antorgastiques, ni raffraîchissans, ni capables d’arrêter les hémorrhagies internes, ni anti-phlogistiques, ni anti-néphrétiques, ni fébrifuges, ni spécifiques contre les fievres éruptives, malignes & pourprées, ni contre les intermittentes, ni utiles contre les catarrhes, la goutte, & le rhumatisme, ni propres à résoudre le sang coagulé ; & enfin que quelques-uns de ces remedes ne possédoient point de vertus dépendantes de leur signature, comme par exemple l’ostéocole, celle de procurer la réunion des os, parce que cette pierre imite grossierement la figure d’un os, &c. Quoi qu’il en soit, toutes ces assertions sont vraies, & l’ouvrage de M. Tralles, qui est ce gros in-quarto dont je parle, est plein de recherches & d’observations utiles ; & cette prolixité que nous lui avons presque reprochée est peut-être pardonnable dans ce qu’on appelle un traité complet. (b)

Terre douce de vitriol, (Chim. & Mat. méd.) Voyez Vitriol & Mars.

Terre foliée de tartre, (Chim. & Mat. méd.) la terre foliée de tartre est la même chose que ce qu’on nomme tartre régénéré. Voyez Tartre régénéré.

J’ajouterai seulement que pour sa préparation, il est nécessaire d’employer un sel alkali très-pur ; les cendres gravelées réussissent fort bien ; on remarque encore que plus on emploie de vinaigre, plus les feuillets de ce sel sont larges & blancs, outre que la surabondance de vinaigre en rendant la terre foliée plus pure, prévient encore sa trop grande alkalicité : cette terre au reste devient plus blanche & plus pure par des dissolutions, des évaporations, & des liquéfactions réitérées.