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Cours d’agriculture (Rozier)/BRANCHE

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Hôtel Serpente (Tome secondp. 453-461).


BRANCHE. La tige ou le tronc, en s’élevant, jette de côté & d’autre différentes productions que l’on nomme branches ou rameaux, qui se divisent & se subdivisent à leur tour. Toutes les parties qui concourent à former le tronc, se retrouvent dans la branche. Ainsi on y remarque au centre un filet de moelle proportionné à la grosseur & à l’âge de la branche ; le bois proprement dit, composé de fibres & de vaisseaux ; une espèce d’aubier, sur-tout dans les grosses branches ; des couches corticales ; enfin un épiderme. Comme le tronc, la branche a ses yeux, ses boutons, ses bourgeons, ses feuilles ; & de plus que le tronc proprement dit, les fleurs & les fruits ; car les branches paroissent directement destinées à les produire. (Quelques arbres font exception à cette loi générale, par exemple l’arbre de Judée : il naît sur le tronc même quelques bouquets de fleurs, & les fruits leur succèdent, ainsi que sur les branches.)

La branche est donc un petit arbre dont toutes les parties sont développées, enté sur un plus gros qui lui fournit une partie de la nourriture, la sève ascendante ou terrestre. Ajoutons encore, pour confirmer cette assertion, que les branches sont susceptibles de pousser des racines quand on les plante en terre, & que le bourrelet qui se forme au bouton sert à leur donner naissance. (Voyez Bourrelet & Racine) Si donc la branche n’a pas de racine, cela ne vient que de la place où elle est attachée ; mais les fibres, tant ligneuses que corticales, par lesquelles elle est implantée dans la tige, lui en tiennent lieu, & lui rendent le même service.

Rien n’est plus admirable que cette insertion. La branche composée de toutes ses parties, pénètre à travers l’épaisseur même du tronc, & là chaque partie se réunit & se confond avec celle du tronc ; l’écorce avec l’écorce, l’aubier avec l’aubier, le bois avec le bois, la moelle avec la moelle, &c., &c. Pour bien entendre & démontrer ceci jusqu’à l’évidence, il suffit de jeter les yeux sur les Figures 33, 34, 35 & 36 de la planche du mot Bulbe. La Figure 33 représente deux branches sciées au-dessus de leur réunion ; on voit par leurs couches concentriques & leur conformation, qu’elles forment chacune un arbre parfait, & il seroit même difficile dans cet état, de distinguer le tronc d’avec la branche. Si l’on scie un peu au-dessous de la jonction des deux branches, (Fig. 34) on distingue les deux aires des couches ligneuses A & B, mais elles sont entourées d’autres couches qui les enfermant toutes les deux, forment une enveloppe commune aux couches ligneuses qui appartiennent à chacune des branches. Plus on coupe bas, & plus les deux aires se confondent au point enfin qu’ils ne forment plus qu’une seule tige avec le tronc. Si au lieu de scier les branches horizontalement, on les fend perpendiculairement, (Fig. 35) on peut suivre leur réunion jusqu’à ce qu’elles se confondent. La ligne A A représente la coupe de la Fig. 33, & B B celle de la Fig. 34. Nous avons pointé la trace de la branche D jusqu’en C, pour qu’on pût la distinguer.

Par ce que nous venons de dire on doit conclure que les branches se terminent dans le corps des arbres par un vrai cône A B C (Fig. 36) qui a son sommet B sur la couche où le bouton qui a été la première origine de cette branche, a commencé à paroître, & sa base A C est la branche elle-même. Ce cône est d’abord très-petit ; plus la branche croît, & plus il se développe & devient étendu.

La branche tire sa nourriture & de la substance même de l’arbre qui la porte, & de ses propres feuilles, lorsqu’elles sont développées. Ces différens sucs produisent son accroissement, tant en grosseur qu’en longueur. Comme nous avons expliqué le mécanisme de l’accroissement du végétal au mot Accroissement, nous y renvoyons, parce que la branche ne diffère nullement en ce point du reste de l’arbre.

Si une jeune branche vient à pénétrer & à sortir à travers le tronc, alors les fibres sont forcées de s’écarter pour lui laisser passage, & elles se rapprochent ensuite au-dessus pour reprendre leur première direction droite. Cette déviation des fibres longitudinales, soit dans le tronc, soit dans les grosses branches, produit cette difformité dans les bois que l’on connoît sous le nom de bois rebours.

Les branches se divisent & se subdivisent en d’autres plus petites branches, qui forment entre elles différens angles plus ou moins aigus ou plus ou moins ouverts. Les petites branches suivent à leur tour les mêmes progressions que les grosses, & les mêmes que le tronc.

Comme les boutons croissent dans l’aisselle des feuilles, (voyez Bouton) & que c’est à ces boutons que les branches doivent leur origine, les branches suivent le même ordre, dans leur distribution relative, que les feuilles & les boutons : à la vérité, cette distribution est ordinairement moins sensible dans les grosses branches, qu’elle ne l’est dans les plus petites & dans celles de moyenne grosseur ; plusieurs circonstances, qu’il seroit trop difficile à suivre, influent sur cette variation.

Nous avons cru pouvoir classer tous les boutons en cinq ordres généraux par rapport à leur position relative ; les branches suivent la même division, & ainsi nous avons des branches alternes, des branches à paires croisées ou opposées, des branches verticillées, des branches en quinconce, ou en spirales alongées, & des branches en spirales redoublées. On remarque encore à chaque branche de chaque espèce une disposition assez réguliérement observée ; les unes sont droites, lorsqu’elles forment avec la tige des angles très-aigus ; les autres sont divergentes & étalées, lorsqu’elles forment des angles presque droits. Ici elles croissent serrées & presque adhérentes à la tige ; là elles s’en écartent en formant un peu l’arc, de sorte que leur extrémité est plus basse que leur insertion : plus loin, le saule de Babylone laisse retomber ses branches jusqu’à terre, &c. &c. Que l’on fasse bien attention que nous ne parlons ici que des branches dans leur état naturel, & non pas de celles que la main de l’homme a forcé de prendre telle ou telle direction.

M. Adanson a cru remarquer dans cette disposition des branches, une régularité assez générale, pour pouvoir en faire un systême de botanique. Dans la première classe, il a placé les plantes sans branches ; dans la seconde, les plantes à branches alternes ; dans la troisième, celles à branches opposées ; dans la quatrième celles à branches verticillées ; enfin dans la cinquième, celles dont les branches sont hors des aisselles des feuilles : mais ce caractère est trop peu sensible, sujet à trop de variation, pour en faire la base d’un systême général. (Voyez au mot Botanique, ce qu’il faut penser de ces systêmes.)

Si les branches ont une sorte d’uniformité dans chaque espèce, pour l’insertion & la disposition relative, elles n’en ont pas moins pour leur forme particulière. Au premier coup-d’œil, on croiroit que toutes les branches comme les tiges sont cylindriques, & que leur coupe transversale doit être circulaire : cela peut être par rapport à leur base, où l’accroissement total & complet est achevé ; mais vers l’extrémité des tiges, dans les jeunes pousses où la branche est encore telle qu’elle est sortie des mains de la nature, on remarque des cannelures qui produisent des coupes polygonnes ; ces cannelures déterminent les angles de chaque figure. Cette observation n’a pas échappé à MM. Duhamel & Bonnet ; ils ont distingué des sommités de jeunes branches à trois, à quatre, à cinq, à six, à huit côtés. L’aune, l’oranger, quelques espèces de peupliers donnent une coupe triangulaire ; celle du buis, de la féve, du phlomis bouillon sauvage, du fusain, est un carré ; celle de l’arroche, du jasmin jaune des Indes, du pêcher, de la ronce, est un pentagone ; celle de la clématite, de l’érable, du jasmin commun, est un hexagone ; celle du chanvre est un octogone ; enfin on rencontre des sommités parfaitement circulaires, comme celles de la julienne blanche, de l’amandier, du prunier, de l’osier, &c. À mesure que les extrémités grossissent, elles prennent de la rondeur, & les cannelures s’effacent. Il est cependant des espèces qui retiennent ces cannelures, tels que le fusain & la ronce.

M. Duhamel a voulu chercher quelle étoit la proportion qui pouvoit se rencontrer entre l’épaisseur du tronc des arbres & celle des branches qui en partent ; & il a trouvé, 1º. sur un mûrier dont le tronc se partageoit en deux branches, que l’épaisseur ou l’aire du tronc étoit à la somme de celle des deux branches, comme 5 à 6 ; 2º. sur un cerisier dont le tronc portoit trois branches, que le rapport de l’épaisseur du tronc étoit moindre que la somme des épaisseurs des trois branches, de presqu’un quart ; 3º. sur un coignassier qui portoit six branches, que le rapport de l’épaisseur du tronc étoit aux épaisseurs des branches, à peu près comme 4 est à 5. Ainsi en général, la somme des branches qui partent d’un tronc, excède celle du tronc qui les porte, à peu près dans le rapport de 5 à 4.

Poussant plus loin ses recherches, ce savant a voulu examiner le rapport des branches du second ordre, avec celles du premier ordre, & avec le tronc ; (les branches du premier ordre sont celles qui partent immédiatement du tronc ; les branches du second ordre naissent des premières) & il a trouvé, 1º. sur un mûrier qui portoit deux branches du premier ordre, & cinq du second, que le rapport de ces cinq branches avec le tronc étoit comme 100 à 119, & que le rapport de ces cinq mêmes branches du second ordre avec les deux du premier ordre, étoit comme 100 à 101 ; 2º. sur un arbre dont la tige assez basse se divisoit en six branches du premier ordre qui elles-mêmes en portoient treize du second, que le rapport du tronc avec les six branches du premier ordre étoit comme 50 à 59 ; que le rapport du tronc avec les treize branches du second ordre étoit à peu près comme 51 à 50 ; enfin que le rapport de ces treize branches du second ordre aux six du premier étoit comme 5 est à 6 ou à peu près. Il conclut de-là que les treize branches étoient un peu moindres, non-seulement que les six branches du premier ordre, mais même que le tronc.

Il paroît assez singulier que les branches du premier ordre gagnent constamment de valeur sur le tronc, & que les branches du second ordre perdent sur celles du premier. Suivant l’auteur que nous copions, la cause de cette bisarrerie vient de ce qu’il meurt quantité de menues branches, & que cela diminue d’autant la solidité de ces sortes de branches. Car en supposant que l’on ait abattu une des six branches du premier ordre, il est probable que les autres auroient pu en devenir plus vigoureuses, & augmenter un peu de grosseur, mais si cette augmentation n’étoit pas proportionnée à la branche retranchée, les cinq branches restantes se trouveroient égales, ou inférieures au tronc, qui pourroit bien lui-même avoir un peu profité du retranchement de cette sixième branche.

La tendance continuelle des branches vers le ciel, la direction droite qu’elles affectent, & la force avec laquelle elles se redressent, sont autant de phénomènes du règne végétal, digne de l’attention & de l’étude la plus réfléchie du philosophe observateur ; mais comme ils appartiennent plus particulièrement à la tige, nous en renvoyons l’explication à ce mot. M. M.

Après avoir considéré les branches avec l’œil du physicien, il faut encore les examiner avec celui du jardinier. Le premier développe la formation, & le second s’en sert pour leur faire produire du fruit à volonté, & afin de donner à l’arbre une forme aussi utile qu’agréable. L’ouvrage de M. l’abbé Roger de Schabol, dans lequel il décrit la méthode sublime des habitans de Montreuil, commence à produire une heureuse révolution dans la taille des arbres. En effet, il est impossible de voir des arbres plus beaux, plus sains, plus vigoureux, & qui se conservent plus long-tems dans le luxe de la végétation, si je puis m’exprimer ainsi. Pour parvenir à cette perfection de la taille des Montreuillois, l’arbre doit être suivi depuis le moment qu’il pousse ses premières branches. Cette taille a sa nomenclature comme les autres arts ; il est essentiel de bien l’entendre, pour comprendre ce qui sera dit à ce sujet dans le cours de cet Ouvrage. C’est M. de Schabol qui va parler, & je me fais gloire de copier ici les préceptes de ce grand maître, & de publier de nouveau ses observations.

Trois sortes de branches sur tout arbre, des grosses, des moyennes, & des petites. Ces trois sortes de branches se partagent en différentes classes, savoir :

Branches à bois. Elles ne portent que des boutons à bois, (voyez ce mot) elles sont lisses ; leurs fibres sont droites, alongées, aplaties les unes sur les autres, occupant toute l’étendue de la branche, & diminuant à mesure qu’elle diminue de grosseur jusqu’à son extrémité. Elles sont si filandreuses, qu’elles se détachent comme des brins de chanvre qui n’est point travaillé ; leurs intestins, leurs pores, ceux par lesquels la séve se communique à ces fibres, leurs parois semblent ainsi pratiqués dans toute la longueur des diamètres. Elles se tordent aisément, & la plupart obéissent jusqu’à plier en forme de spirale sans casser. Quand on les rompt, elles éclatent & laissent des esquilles inégales à chacune des parties séparées.

Branches à fruit ; à cause qu’elles ont des boutons fructueux. Elles ont des marques distinctives, savoir des rides ou des espèces d’anneaux à leur empatement. La configuration de celles-ci est bien éloignée des premières. Ces branches ont des fibres courtes & transversales, elles sont criblées de trous semblables à ceux d’un dé à coudre. Quantité de petits vaisseaux, dont quelques-uns sont presqu’imperceptibles ; des valvulves, des particules de séve amassées çà & là, dont le tissu est plus serré ; des sinus, des petites cavités, dont les orifices paroissent imiter ceux d’une éponge, sont répandus dans toute la capacité de ces sortes de branches. On y trouve plusieurs cellules, dans lesquelles est contenu le suc nutritif, plus épais, plus gluant que la séve renfermée dans l’intérieur des branches à bois seulement. En tirant avec une épingle du fond de ces loges, des particules de ce suc, & les considérant dans le microscope, elles paroissent comme de la bouillie, de la couleur & de la consistance de la glaire d’un œuf : les branches à fruit ou brindilles, au lieu de plier & de se rompre par éclat, se cassent net comme le verre ou comme le fer aigre.

Branches de faux bois. Ainsi appelées parce qu’elles percent à travers l’écorce, & non d’un œil ou bouton. (Voyez ces mots) celles-ci ont le même caractère que les branches à bois.

Branches gourmandes ou gourmands. Ainsi nommées en raison de ce qu’elles prennent toute la nourriture, & causent la disette de leurs voisines. Personne encore, excepté les gens de Montreuil, n’a connu l’usage, les propriétés & les avantages qu’on peut en tirer. Les arbres venus naturellement, & sur lesquels la fatale serpette du jardinier vulgaire n’a exercé aucun empire, sont dépourvus de gourmands. Lorsque, dans un jardin, on voit un arbre chargé de ces branches voraces, on peut dire sans balancer que la personne chargée de les tailler n’y entend rien ; ils sont communs sur l’arbre taillé trop court, ou trop déchargé, ou enfin parce qu’il est trop vigoureux, mais ce cas n’est pas ordinaire.

On distingue trois sortes de gourmands ; les naturels, qui naissent immédiatement de la greffe & des branches ; les sauvageons qui poussent au-dessus de la greffe & du tronc même ; & les demi-gourmands, également produits de ces parties de l’arbre. On pourroit y ajouter une quatrième sorte appelée gourmand artificiel, que le jardinier industrieux fait pousser à tout arbre pour le renouveler lorsqu’il commence à s’user, & pour le remplir quand il est dégarni à quelque endroit.

Voici les principaux indices pour connoître les branches gourmandes. 1º. Leur position ; la plupart poussent de l’écorce & non d’un œil. 2º. Leur empatement : soit qu’ils partent de la peau ou de l’œil, leur base est épatée. Ils sont gros du bas, fournis, nourris même en naissant, & ils occupent toujours par leur base, presque toute la capacité de la branche dont ils sortent. 3º. La précipitation avec laquelle ils s’efforcent de pousser ; ils naissent, croissent, grossissent & s’alongent comme tout à coup : il en est qui durant un été poussent jusqu’à six ou sept pieds de haut, & qui parviennent à la grosseur du doigt. J’ai vu un gourmand sur abricotier, avoir plus de deux pouces de diamètre & plus de-neuf pieds de haut. 4º. Le tissu du bois d’un gourmand, & son écorce sont des marques certaines auxquelles il se fait connoître. Ces sortes de branches commencent de fort bonne heure à avoir par le bas cette couleur brune de la peau, qui n’existe sur les bourgeons, que lorsqu’ils sont convertis en bois dur. Ces caractères distinctifs sont une suite de l’abondance immodérée de la séve. 5º. Leurs boutons sont différens de ceux des autres branches, sont petits, noirâtres, & fort distans les uns des autres. 6º. La figure le décèle. Ils ne sont point exactement ronds, comme les branches venues dans l’ordre naturel, mais applatis plus ou moins d’un côté ou d’un autre jusqu’à ce qu’ils grandissent. 7º. Leur écorce, au lieu d’être lisse, luisante, vernissée, est ordinairement graveleuse & raboteuse. Au mot Gourmand, nous indiquerons la manière d’en tirer un parti avantageux.

Branches folles ou chiffonnes. Ce sont de menues branches qui ne sont d’aucune valeur, ni d’aucun avantage pour les arbres, & qui naissent sur des arbres malades, ou sur des arbres vigoureux qui regorgent de séve. Le mûrier fournit beaucoup de branches chiffonnes, parce qu’en cueillant la feuille on détruit les boutons ; il en naît de secondaires sur la console ou bourrelet qui supportoit le bouton, & comme elles ne reçoivent point assez de séve pour donner de bonnes branches, elles restent chiffonnes.

Quoique dans ce même article, on ait déjà parlé de la position des branches, il faut encore en dire un mot, & avec M. de Schabol, parler le langage des jardiniers.

Il y a deux autres sortes de branches, savoir des branches perpendiculaires, directes, verticales & d’aplomb à la tige & au tronc, & des branches latérales. Perpendiculaires, veut dire en ligne droite ; directes, qui part immédiatement du tronc & de la tige ; verticales, du mot latin, qui veut dire la tête, à raison de la façon de pousser des branches, toujours placées à l’extrémité de l’arbre : enfin d’à-plomb à la tige & au tronc, à raison de ce que ces sortes de bourgeons & de branches s’élancent du bas vers le haut, comme si on les eût posées avec l’à-plomb même : latérales, celles qui poussent de côté.

Dans le systême de Montreuil, outre ce partage des diverses branches, on en fait une nouvelle distribution ainsi qu’il suit.

Aux arbres d’espalier, on ne laisse que deux branches uniques, qu’on appelle branches-mères, (Fig. 1, Pl. 16.)

Ces branches-mères sont deux seules branches, sur lesquelles, dès la première taille, on réduit tout l’arbre ; l’une placée à droite, & l’autre à gauche, en forme de fourche, représentant la figure d’un V un peu ouvert.

Ces deux branches-mères sont encore appelées branches tirantes, parce qu’elles tirent & reçoivent immédiatement de la greffe toute la substance, pour ensuite la répartir à toutes les autres qui naissent d’elles.

On distingue ensuite un second ordre de branches, qu’on nomme membres ou branches montantes (Fig. 2) & descendantes. (Fig. 3) Ces membres sont des branches ménagées de distance en distance, sur les deux parties qui composent la fourche ou l’V ouvert. Les branches montantes garnissent le dedans, & les branches descendantes garnissent le dehors, ainsi qu’on va le représenter.

Ainsi donc, on supprime à tous les arbres d’espalier, le canal direct de la séve, & jamais on ne laisse aucune branche perpendiculaire à la tige & au tronc. Toutes les branches sont ce qu’on appelle obliques & toujours de côté.

Un troisième ordre de branches achève la formation & la structure des arbres suivant cette méthode de Montreuil. Ces branches sont appelées branches-crochets, parce que de la façon qu’elles sont placées sur ces membres, elles forment la figure d’autant de crochets. Ces derniers garnissent tout l’arbre, & l’industrie du jardinier est de ménager toute chose, de telle sorte que toujours & partout, il y ait de ces branches-crochets, qui sont les branches fructueuses.

Au premier coup-d’œil, on imagine la chose bien difficile, mais on a vu par les Fig. 2 & 3, que rien n’est plus simple ni plus aisé. Ces branches-crochets se partagent en diverses autres sortes de branches, que l’on caractérise suivant leurs différentes façons de pousser, selon qu’elles sont diversement disposées, & conformément à la place qu’elles tiennent sur l’arbre, ainsi qu’il a été dit plus haut ; en branches fortes ou gourmandes, branches demi-fortes ou demi-gourmandes, des branches verticales & perpendiculaires, & d’autres obliques ou de côté.

Voici en deux mots tout le systême. À la première année, on fait prendre à un arbre d’espalier la figure de l’V ouvert ; ce sont les deux branches-mères ou branches tirantes qui forment chacune un côté de cet V ouvert ; les branches-montantes (Fig. 2) garnissent le dedans, & les branches descendantes (Fig. 3) le dehors. Les unes & les autres réunies représentent l’arbre complet dépouillé de ses feuilles (Fig. 4) & chargé de feuilles & de fruits. (Fig. 5)

Dans cette figure, certaines branches sont perpendiculaires, mais il faut observer qu’elles ne sont point perpendiculaires directes, mais placées sur des obliques, ce qui fait un point essentiel.

Si on compare actuellement cet arbre ainsi taillé avec ceux qui sont livrés à la main du jardinier ordinaire, on verra une différence

Rozier - Cours d’agriculture, tome 2, pl. 16.png


frappante : tous les arbres partent du centre comme autant de rayons ; chaque rayon forme un canal direct à la séve : il n’est donc pas étonnant qu’elle s’emporte, qu’elle produise des gourmands, beaucoup de branches à bois, & peu de branches à fruit : enfin par une forte végétation, l’arbre est bientôt épuisé, & un pêcher vit à peine dix ans.

Outre les branches dont on vient de parler, il faut encore en distinguer quelques autres, telles sont les brindilles, ou brindelles, & les lambourdes & les branches de réserve.

Les brindilles sont des branches à fruit fort petites & longues, ayant des feuilles ramassées toutes ensemble, n’excédant jamais deux ou trois pouces de long, souvent placées sur le devant en forme de dard, au milieu desquelles il existe toujours un bouton à fruit, ou plusieurs. Les fruits qui naissent de ces brindilles sont presqu’assurés, ils sont communément les plus gros & les plus exquis.

Les lambourdes sont de petites branches, menues, longues de cinq à six pouces sur le pêcher, plus longues ordinairement sur les autres arbres ; elles naissent communément vers le bas à travers l’écorce du vieux bois, & même des yeux des branches de l’année précédente. Leurs yeux sont drus, de couleur noirâtre, plus gros & plus rebondis que ceux des fortes branches. La couleur de leur peau est d’un beau vert de mer clair, luisant. Leur extrémité supérieure est couronnée par une espèce de bouquet ou greffe de boutons noirâtres, avec un seul bouton à bois. Les lambourdes des arbres à pepins sont lisses, unies, & les autres branches fructueuses de ces mêmes arbres ont des rides ou des anneaux, mais les boutons à fruit qu’elles produisent en sont abondamment pourvus.

Les branches de réserve. On nomme ainsi toute branche qui est entre deux branches à fruit, & que l’on laisse fort courte pour l’année suivante, afin qu’elles fournissent à la place de celles qui ont porté fruit. Sans cette précaution, les arbres se dénuent, soit du bas, soit par place.

La manière de conserver ou de soustraire les différentes branches dont on vient de donner l’émunération, & d’expliquer la nomenclature, sera détaillée au mot propre de chaque branche, & lorsqu’on expliquera la taille du pêcher, qui servira d’exemple pour les autres arbres. La gravure représentera alors tout ce qui est relatif à un arbre fruitier & à sa taille. La gravure qui accompagne le mot branche seroit donc inutile si je ne voulois pas mettre sous les yeux du lecteur la forme que l’on donne aux arbres de Montreuil, afin qu’il comprenne mieux ce qui est dit dans le cours de cet Ouvrage, & qu’il ne soit pas obligé d’attendre jusqu’au tems de l’impression du mot Pêcher.


Branche-ursine, ou Brancursine. (Voyez Acanthe)