Cours d’agriculture (Rozier)/BOTANIQUE

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Hôtel Serpente (Tome secondp. 362-388).
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BOTANIQUE.

Plan du mot Botanique.
Section première.
De la Botanique en général.
I. Sa définition,
362
II. Ses avantages, ses agrément, & son utilité,
363
III. Histoire de la Botanique ancienne & moderne,
364
IV. Nombre de plantes connues,
366
V. Division de la Botanique,
367
Section II.
De la Physique végétale.
I. Théorie de la végétation,
367
II. Anatomie végétale,
368
III. Physiologie végétale,
369
Section III.
De la Nomenclature
I. Des méthodes,
370
II. Des systèmes,
372
III. Des phrases Botaniques,
373
Section IV.
De l’Histoire naturelle d’une Plante.
I. Description du port & de la forme extérieure,
374
II. Description du sol & du climat,
374
III. Description des qualités ou vertus médicinales,
375
IV. Description des usages mécaniques,
ibid.
Section V.
De la Culture.
§. I. Culture naturelle.
I. De la connoissance des sols,
377
II. Des forêts,
ibid.
III. Des prairies,
378
IV. De la culture des grains,
ibid.
V. De la culture de la vigne,
377
§. II. Culture artificielle.
I. De la multiplication des plantes,
380
II. De l’institution végétale,
381
III. De la conservation des plantes & des fruits,
382
IV. Des Jardins botaniques,
383
Section VI.
De l’usage des Plantes.
I. Des plantes alimentaires,
384
II. Des plantes médicinales,
385
III. Des plantes propres aux arts,
386
IV. Des plantes propres à la décoration des jardins,
387
Section VII.
Herbier & Collection de plantes,
ibid.

Section première.

De la Botanique en général.

I. Définition de la Botanique. L’histoire naturelle a pour objet tout ce qui couvre, embellit & vit sur la surface de la terre ; elle pousse même ses recherches jusque dans son sein. Tous les êtres qui croissent simplement, comme s’exprime Linné, qui croissent, vivent & sentent, sont de son ressort. Si la première partie de l’histoire naturelle minérale est amusante, intéressante même par la variété & la multiplicité des sujets qui la composent, combien plus l’histoire naturelle végétale doit-elle fixer l’attention de tout homme qui pense, de tout philosophe sensible à la vue des êtres qui l’environnent ! La botanique est cette partie de la science de la nature qui s’occupe directement de tout ce qui a un rapport immédiat au règne végétal : ainsi depuis la plante que le microscope seul peut offrir aux regards, jusqu’au chêne majestueux, tout ce qui végète est du ressort de la botanique.

II. Avantages, agrémens & utilité de la Botanique. Il est peu d’étude aussi satisfaisante, aussi intéressante, aussi digne de l’homme : à chaque pas il trouve des merveilles. La nature s’offre à lui sous mille formes agréables ; elle se dévoile à ses yeux, elle se présente avec tous ses atraits ; rarement lui fait-elle un mystère de ses beautés ; & s’il en coûte quelquefois un peu pour en jouir, quelle douceur accompagne cette jouissance ! Un plaisir pur, fait pour être senti par tout le monde, un plaisir qu’il rencontre à chaque pas, qui l’accompagne sans cesse, que l’ennui ne flétrit point, que le remords ne fait jamais regreter ; un plaisir sur-tout que l’on peut avouer, que l’on partage sans regret, que l’on augmente même en multipliant le nombre de ceux qui s’y livrent, parce qu’en même-tems on multiplie ses richesses : telle est la sensation dont cette étude enivre l’ame. Voir, admirer, suivre la nature pas à pas, être étonné de sa sagesse, de sa simplicité & de sa fécondité ; étudier, apprendre, & savoir, ou du moins compter sur quelque chose de certain, car ici tout est faits, apparence, réalité ; voilà la botanique. Cette science n’est point fondée sur des calculs, des démonstrations algébriques : son objet n’est pas à des millions de lieues de distance ; un grand appareil de machines dispendieuses autant que délicates & difficiles à manier ne sèment pas sur la route des entraves continuelles ; elle n’exige pas des instrumens compliqués, mais de bons yeux, des yeux surtout accoutumés à voir, à saisir, secondés quelquefois par une loupe ou un microscope ; un esprit droit & sage, qu’une imagination vive & exaltée n’emporte jamais au-delà des bornes : voilà tout ce que la nature demande à un amateur, à un philosophe qui veut la connoître dans un de ses règnes les plus intéressans. Quelquefois elle vous invitera à pénétrer dans son sanctuaire retiré, elle vous appellera par l’attrait si séduisant de l’amour des découvertes, par l’appas si flatteur de l’observer jusques dans ses retraites ; elle semblera vous conduire comme par la main à travers les forêts, les rochers arides, les sommets incultes. Avec quelle profusion ne récompensera-t-elle pas les soins, les peines, les sacrifices que vous faites à son étude ! Outre le bienfait d’une atmosphère pure qu’elle vous fera respirer, la sérénité des airs, la perspective étendue par un horizon immense, les points de vue délicieux qu’elle vous fait rencontrer sur ces hauteurs, elle jonchera vos traces de fleurs nouvelles, de plantes inconnues, dont le port & le caractère s’éloignent autant de ceux des végétaux qui nous environnent dans les plaines, que le climat de ces régions aériennes diffère de celui des vallées & des sols inférieurs. Mais tout cela n’est rien auprès des avantages & de l’utilité réelle que nous pouvons en tirer.

L’agriculture, proprement dite, la médecine rurale & vétérinaire, l’art des teintures, l’architecture & la mécanique tirent leur plus grand secours de la botanique. Les plantes diverses, qui d’elles-mêmes viennent nous offrir leurs richesses, & qui semblent attendre que nous en tirions parti ; celles que notre industrie a su s’approprier, auxquelles nous donnons tous nos soins dans l’espoir d’en être généreusement récompensés ; ces végétaux majestueux qui portent leurs têtes altières dans les régions des nuages, servent de base à ces sciences. De quel intérêt n’est-il donc pas en général, de savoir les connoître, les distinguer & les juger ! Des caractères particuliers servent à les classer ; des classes, on descend aux genres, des genres aux espèces, des espèces aux familles, des familles aux individus qui les composent : ainsi d’anneau en anneau, on parcourt toute la chaîne. Ce sont donc ces caractères particuliers qu’il faut étudier, c’est une des clefs de la botanique. Vouloir connoître les plantes sans s’instruire à fond de ces caractères extérieurs, c’est vouloir travailler en vain : desirer de faire de grands progrès dans l’agriculture générale, dans la médecine surtout, sans être au moins un peu botaniste, c’est refuser de s’éclairer de la lumière d’un flambeau, & se résoudre à marcher à tâtons dans les ténèbres ; aussi voyons-nous que les premiers écrivains botanistes ont été des médecins.

III. Histoire de la Botanique ancienne & moderne. Les anciens n’ont cultivé la botanique, que dans la vue d’en tirer des secours pour soulager l’humanité ; c’est là le but principal & le plus essentiel que l’on devroit se proposer dans cette étude, & que l’on a peut-être un peu trop négligé dans ce siècle. C’étoit sur les lieux mêmes où la nature fait croître les plantes, que l’on alloit les étudier. Une transmigration quelquefois très-longue, un climat & un ciel souvent nouveaux, une culture toujours différente & artificielle, ne les altéroient pas. On les recevoit des mains de la nature, qui les offroit telles qu’elles devoient être, avec leur éducation agreste, & leurs sucs propres. Les plantes seules qui fournissoient à la médecine des remèdes certains, fixèrent l’attention des Hyppocrate, des Crateras & des Théophraste. Ces trois Auteurs Grecs nous ont donné les descriptions des plantes connues & en usage de leur tems. Hyppocrate ne nomme & ne décrit la propriété que de 234. Crateras est entré dans de plus grands détails, mais c’est à Théophraste, qui nous a laissé seize livres sur les plantes, que nous devons l’histoire des connoissances des grecs en botanique. Par malheur il règne une si grande obscurité dans son ouvrage, soit par rapport aux descriptions, soit par rapport aux noms qui ne sont plus les mêmes à présent, que l’on ne peut en tirer tout l’avantage qu’il semble promettre.

Les romains plus occupés à faire des conquêtes, & à étendre leur empire qu’à acquérir des connoissances, ne commencèrent guère à écrire qu’après les triomphes des Lucullus & la défaite de Mithridate. Les ouvrages des Valgius, Musa, Euphorbius, Æmilius Macer, Julius Bassus, Sextius Niger, ne sont connus que parce qu’ils sont cités par Pline, & la botanique ne fit pas de grands progrès entre leurs mains. Caton & Varron s’occupèrent directement de l’agriculture. Dioscoride rendit la botanique intéressante & utile, en faisant non-seulement l’histoire des herbes, comme on l’avoit faite jusqu’à son tems, mais encore en donnant celle des arbres, des fruits, des sucs & des liqueurs que les végétaux fournissent. Dans son ouvrage, il fait mention d’environ 600 plantes, & il en décrit 410. Il ne nous a laissé que les noms & les propriétés des autres.

À peu près dans le même tems, Columelle, le père de l’agriculture, composa un très-grand ouvrage sur cet objet, dont il nous reste encore 13 livres. Les excellens préceptes qu’il donne aux cultivateurs sont de tous les tems, & conviennent presqu’à tous les pays ; aussi nous sommes-nous fait un plaisir d’en citer quelques-uns. (Voyez le mot Agriculture, au commencement, pag. 252 ; & à la fin, pag. 185.) Pline parut ensuite, & nous a laissé l’état exact des connoissances des romains en botanique : il a décrit des plantes, comme dit Gesner, en philosophe, en historien, en médecin & en agriculteur. Pline porte le nombre des plantes connues de son tems à près de 1000. Il faut mettre les œuvres de Palladius, avec celles de Caton, Varron, Columelle, & en général, on peut dire que les romains ont écrit plutôt sur l’agriculture, que sur la botanique.

Galien, dont la médecine se glorifie à si juste titre, & que ses ouvrages font placer à côté d’Hyppocrate, après un très-grand nombre de voyages dans différens pays, s’appliqua à donner à ses contemporains une histoire des plantes, faite avec le plus grand soin. Durant la chute de l’empire romain, la botanique, cette science si utile fut absolument négligée, & elle resta dans l’oubli jusqu’au tems des arabes.

Ce peuple conquérant, après avoir fournis à l’alcoran la moitié de l’ancien hémisphère, se livra à l’étude des sciences, durant les beaux jours qui distinguèrent le règne de leurs principaux califes ; mais ils embrouillèrent plutôt qu’ils n’expliquèrent la botanique des anciens grecs & romains. Sérapion, Rhazes, Avicenne, Averroès, Abenbitar, &c. &c. furent des commentateurs plus obscurs que les auteurs dont ils s’érigèrent les interprêtes : cependant on doit leur savoir gré de leurs travaux ; ils ont tiré de la nuit & de l’oubli les ouvrages qui nous restent. Après eux, l’ignorance étendit son voile épais, & enveloppa de ses ténèbres l’univers jusqu’à la fin du quinzième siècle, où l’on commença à s’occuper de cette science. Insensiblement ce goût s’accrut, la botanique prit une forme, les plantes furent examinées & étudiées de plus près, & les voyages, les fatigues & les travaux de Dalechamp, de Belon, de Césalpin, de Clusius, de Lobel, de Prosper Alpin, des deux frères Bauhin, de Parkinson, de Magnol, nous ont fourni ce que la botanique a de plus précieux & de plus exact, & ont amené les siècles heureux, où elle est devenue une science complète & digne de fixer entièrement l’attention de l’homme qui cherche à s’instruire. On vit de tous côtés se former des jardins botaniques où l’on rassembloit & cultivoit des plantes que les quatre parties du monde sembloient apporter en tribut.

Les deux plus fameux, comme les deux plus anciens, sont sans contredit ceux de Suéde & de Paris. Rudbek, célèbre botaniste suédois, fut le père & le fondateur de celui de Stockholm ; il y établit des démonstrations, on y accourut, on se plut à l’entendre. Le roi de Suéde encouragea ces commencemens ; ce jardin s’agrandit insensiblement, il est devenu à présent un lieu de délices sous la direction du fameux Linné ; mais son principal mérite est d’y avoir vu naître son systême.

François premier, père des lettres, aima & cultiva les sciences ; les plantes l’occupèrent & l’amusèrent souvent. Henri IV eut un jardin considérable, dont il confia le soin à Jean Robin, qui l’enrichit d’un grand nombre de plantes très-rares. Louis XIII accorda à M. de la Brosse, son médecin, l’établissement d’un jardin de botanique dans le fauxbourg S. Victor ; ce médecin en fut le fondateur & l’intendant. En 1640, on commença à y faire des leçons publiques de botanique ; Vespasien Robin en fut le démonstrateur. Après la mort de M. de la Brosse, ce jardin fut négligé jusqu’à. M. Fagon, qui s’attacha à lui donner un nouveau lustre, comme au lieu qui l’avoit vu naître. Ce fut de son tems que des voyageurs botanistes furent envoyés dans différentes régions, pour ramasser & apporter en France toutes les plantes étrangères qu’ils pourroient trouver. M. Fagon lui-même parcourut le Languedoc, les Alpes & les Pyrénées ; le père Plumier fut envoyé en Amérique. M. Tournefort visita successivement les montagnes de Dauphiné, de la Savoie, de la Catalogne, les Pyrénées, l’Espagne, le Portugal, la Hollande, l’Angleterre, la Grèce, & une partie de l’Asie & de l’Afrique ; enfin chargé de richesses, il vint déposer au jardin du roi 1356 nouvelles espèces de plantes.

Ce jardin immense après avoir passé entre les mains de M. Dufay qui en fut un des plus zélés restaurateurs, est actuellement sous la direction de M. le comte de Buffon. Les plantes sont confiées aux soins de M. Thouin qui joint à plusieurs qualités intéressantes, une connoissance très-étendue de la botanique & de la culture des plantes ; enfin depuis long-temps l’instruction & la démonstration, sont entre les mains de MM. de Jussieu & le Monnier. Il étoit difficile de réunir autant de grands hommes & de savans pour concourir également à la perfection de ce jardin de botanique.

IV. Nombre de plantes connues. Cette science immense par les détails, porte ses regards sur tous les végétaux qui peuplent la terre. Quelques grands que soient les jardins les plus considérables, ils ne renferment pas le quart de celles qui sont connues ; que sera-ce, si nous comptons celles qui peuplent les pays qui n’ont point encore été parcourus par nos fameux botanistes. M. de Linné propose environ mille genres de plantes, quelques auteurs vont infiniment au-delà, & en comptent près de vingt mille espèces. « J’ose dire que j’en ai fait moi seul, dit M. Commerson, une collection de vingt mille ; & je ne crains pas d’annoncer qu’il en existe au moins quatre à cinq fois autant sur la surface de la terre ». On peut en croire cet illustre botaniste ; & l’exemple de MM. Banck & Solander, qui ont rapporté douze cens nouvelles espèces de plantes confirme le sentiment de M. Commerson.

V. Division de la Botanique. Ce nombre immense d’individus devroit effrayer & dégoûter de l’étude, quiconque voudroit tenter de se livrer à la botanique, si cette science n’avoit pas ses principes enchaînés les uns aux autres, & capables de conduire de connoissances en connoissances jusqu’à la dernière division. Des notions générales & qui conviennent à toutes les plantes, elle peut descendre au plus petit détail sans s’égarer, & remonter de même, de la partie la plus foible d’une plante, jusqu’aux météores qui influent sur sa végétation. Son objet très-étendu, se divise & se subdivise en une infinité de parties & de sections qui, prises même séparément, sont en état de fixer l’esprit du philosophe qui voudroit l’approfondir. Toutes réunies, elles se prêtent un secours mutuel ; isolés, elles satisfont imparfaitement & à chaque pas, on sent, on desire, on a recours aux autres.

Ces différentes parties, sont la physique végétale, la nomenclature, l’histoire naturelle, la culture, l’usage des plantes, & leur collection ou herbier. Parcourons-les successivement pour en connoître toute l’importance.

Section II.

De la Physique végétale.

Quiconque ne veut pas se contenter d’une connoissance superficielle & vaine du règne végétal, & qui, peu satisfait de distinguer le caractère & le port d’une plante, veut encore savoir quelles sont les parties qui la composent, les principes qui l’entretiennent, & le méchanisme admirable par lequel elle vit, doit porter ses regards au-delà de l’individu qu’il vient d’arracher, & que ses yeux contemplent avec intérêt. S’il se demande pourquoi & comment une graine, après avoir séjourné dans la terre un certain espace de tems, se développe, pousse des racines & une tige, se couvre de feuilles, de fleurs & de fruits, & se propage des siècles infinis, par une multitude aussi infinie de germes ; si après avoir fait l’analyse de cette plante, il n’obtient pour résidu qu’un peu de terre, du phlegme, quelques sels, une huile, il verra qu’il faut nécessairement remonter plus haut & chercher dans une autre science des connoissances & des principes absolument nécessaires pour obtenir la solution du problême qu’il cherche à résoudre.

I. La théorie de la végétation, pour être bien entendue, suppose que l’on est familier avec les vérités de la physique. L’air, l’eau, le feu & la terre entrent comme parties constituantes, comme élémens dans les végétaux ; il faut donc absolument savoir ce que c’est, comment ils agissent, comment ils deviennent, pour ainsi-dire, plantes eux-mêmes. (On peut voir au mot Air, Ier. vol. de cet Ouvrage, le plan que nous suivrons pour les autres élémens, quand nous les traiterons.) Rarement, ou pour mieux dire, jamais ces élémens ne sont purs & homogènes ; ils se présentent toujours à nous composés, modifiés, combinés entr’eux, & avec d’autres principes qui les altèrent, qui leur donnent des propriétés particulières, & dont les effets sont tous différens. Nouvelle source de recherches & d’étude.

L’astre qui préside à la naissance du jour, qui sème sur sa route des flots de lumière fécondante, qui répand de tout côté l’impression d’une chaleur bienfaisante, qui pénètre tous les êtres du principe de la vie & de la santé, qui donne l’impulsion à tout, qui anime tout ; le dieu, le père de la nature, le soleil a la plus grande influence sur la végétation. Est-il caché, tout prend un air de langueur, de sommeil, de mort ; les plantes redemandent ardemment son retour, elles le cherchent, elles se retournent & se portent vers son côté, elles soupirent après lui. Son absence trop prolongée, entraîne des maladies réelles, la transpiration arrêtée, l’épaisissement des sucs, l’étiolement. Reparoît-il enfin, est-il rendu à leurs desirs, elles semblent saluer son retour par uns nouvelle vigueur ; l’épanouissement de leurs feuilles & de leurs fleurs annonce un nouveau ressort, un agent puissant, un principe d’existence. De quelle utilité n’est donc pas la connoissance de l’influence du soleil sur les plantes ? mais, pouvons-nous nous flatter de quelques vérités, de quelques principes certains dans cette partie ? Nous examinerons & discuterons fidèlement ce que nous avons, comme nous avouerons de bonne foi ce que nous ignorons, aux mots Lumière & Soleil.

Les météores, tant aqueux qu’ignées, tiennent de trop près à la physique générale, & ont tant de rapport avec la végétation, qu’on ne doit pas négliger leur étude. La science de la météorologie les renferme tous ; elle doit avoir un article à part, indépendamment des mots Bouillards, Bruine, Chaleur, Froid, Gelée, Givre, Grêle, Neige, Pluie, Rosée, Tonnerre, Vents & Verglas.

II. C’est peu de connoître les météores & ce qui les constitue, si l’on n’entend pas autant qu’on le peut, comment ils influent sur la végétation ; mais pour cela l’anatomie & la physiologie végétale sont aussi nécessaires à un botaniste & à un agriculteur intelligent, que l’anatomie & la physiologie animale à un médecin. Et en effet, les élémens agissent sur un être quelconque, en raison de ses parties différentes & de leur rapport entr’elles. C’est certainement là une des connoissances les plus utiles & les plus intéressantes. Quel plus merveilleux assemblage, quelles richesses, quelle fécondité de parties ! ici des solides, une charpente ligneuse qui résiste aux efforts les plus impétueux des orages ; là une tige herbacée, souple, pliante, qui cède & se courbe mollement. Les mêmes principes constituent le chêne vigoureux & l’humble roseau, le pin qui se perd dans les nues, & la violette qui se cache sous l’herbe. Des fibres ligneuses, une écorce qui les enveloppe, des vaisseaux propres & des fluides qui y circulent, des pores absorbans & des vaisseaux excrétoires, des organes mâles & femelles, telles sont les principales parties de l’anatomie végétale dont le détail est immense. Voyez-en le tableau au mot Anatomie des plantes.

III. Tout cet amas de parties, n’a pas été fait en vain. L’être qui en est composé, nait, végète, croît, se reproduit & meurt ; il a donc une vie, & cette vie dépend de plusieurs principes ; il est susceptible d’un état de santé & d’un état de maladie ; un mouvement continuel l’anime, il prend de l’accroissement & de la perfection ; les principes qui l’avoient entretenu, l’acte même de la vie, le conduisent insensiblement à la mort. Voilà donc autant d’objets qui concourent à former une physiologie végétale, dont l’exquisse est tracée au mot cité plus haut.

La physique, l’anatomie & la physiologie végétale donnent la clef de la botanique ; c’est un fil sûr pour guider les pas dans ce labyrinthe ; & l’on ne doit pas craindre de se livrer après cela à l’étude des plantes proprement dites. Elle renferme la nomenclature & l’histoire naturelle de chaque individu.

Section III.

De la Nomenclature.

Si l’esprit de l’homme étoit assez vaste, assez fort pour retenir facilement vingt mille & tant de mots personnels distinctifs ; s’il pouvoit se familiariser avec ce nombre prodigieux de noms, sans les confondre, la nomenclature simple des plantes seroit seule nécessaire en botanique. Mais il s’en faut de beaucoup, que la mémoire de tous ceux qui se livrent à cet étude, puisse accumuler & retenir sans confusion les noms & les caractères de toutes les plantes ; cependant la nomenclature doit être la véritable clef de la botanique, c’est le seul moyen de s’entendre & de se communiquer, de pays en pays, les observations & les découvertes que l’on peut faire dans le règne végétal. Comment donc supléer à la foiblesse & à l’insuffisance des mémoires communes ? L’esprit de méthode & d’ordre est venu au secours ; les fameux botanistes ayant remarqué que quantité de plantes avoient des caractères propres & communs entr’elles, & qu’elles se rangeoient mutuellement par familles, ont établi des divisions générales & des subdivisions particulières, susceptibles de différentes sections. Ce projet aidant facilement l’esprit, a été adopté assez généralement ; de-là sont venus les méthodes, les systêmss & les phrases botaniques.

Si plusieurs auteurs qui ont écrit sur l’agriculture, avoient été botanistes, ils auroient désigné par des phrases claires, par des descriptions méthodiques, les plantes dont ils parloient. On ne les auroit pas vu traiter deux fois le ray-grass & le fromental, faire deux espèces du sainfoin & de l’esparcette ; décrire un arbre pour un autre, &c. Que d’exemples on pourroit citer !

I. On distingue deux espèces de méthode ; l’une naturelle & l’autre artificielle.

Si la nature avoit divisé elle-même toutes les plantes en grandes familles, qui eussent les plus grands rapports non-seulement pour la forme, mais encore pour les qualités intérieures, alors nous aurions tout le règne végétal divisé en familles naturelles ; & par conséquent, la méthode qui les classeroit & qui en assigneroit les divisions, pourroit être regardée comme la méthode de la nature, une méthode vraiment naturelle. Mais nos connoissances en botanique ne sont pas portées au point nécessaire pour saisir tout cet ensemble. Nous ne connoissons qu’un certain nombre d’espèces ; & encore, celles que nous croyons connoître, les connoissons-nous parfaitement ? Toutes les parties qui les composent se sont-elles offertes à nous ? les avons-nous analysées ? sommes-nous assurés qu’elles possèdent telles ou telles propriétés ? une prétendue analogie, des rapports apparens, des simples similitudes ne nous ont-elles jamais égarés ? Quel est l’homme qui osera affirmer le contraire ? Nous sommes donc bien loin de composer une méthode naturelle ; il a fallu recourir à d’autres principes, pour suppléer aux bornes limitées de notre mémoire, saisir l’ensemble, se reconnoître au milieu de cette multitude d’êtres, & se faire un langage particulier, intelligible dans tous les tems & dans tous les lieux ; l’art & l’imagination sont venus au secours & ont tenu lieu des vérités que la nature nous cachoit ; on a construit des méthodes artificielles & des systêmes.

La méthode artificielle est fondée sur la connoissance de toutes les parties & toutes les propriétés des plantes.

Les besoins qui ont toujours été les premiers guides de l’homme, & auxquels il doit sa science & ses richesses, lui firent trouver dans les plantes, & des alimens & des remèdes : il n’y vit d’abord que ces deux objets principaux ; & l’importance des services qu’il en retiroit, régla ses premières divisions. Les plus anciens botanistes dont nous ayons les écrits, n’ont considéré que les usages auxquels on les employoit : Théophraste distingua les plantes en potagères, farineuses, succulentes, &c. & Dioscoride en aromatiques, alimenteuses, médicinales & vineuses. Si ces divisions sont insuffisantes, celles tirées des climats particuliers que les plantes affectionnent, & des saisons où elles fleurissent, sont encore bien plus vaines. Les qualités ou vertus médicinales des plantes, frappèrent les médecins ; ils voulurent rapprocher la botanique de son véritable objet, l’application à soulager l’humanité ; & ils distinguèrent les plantes par leurs qualités, amères, acerbes, salées, âcres, acides, austères, &c. & par leurs vertus, purgatives, apéritives, sudorifiques, emménagogues, hépatiques, &c. Mais rien de plus incertain & de plus dangereux que ces méthodes. Combien souvent n’arrive-t-il pas que les différentes parties d’une plante ont des vertus opposées ? il faudroit donc, pour suivre un ordre exact, placer la racine dans une division, la tige & les feuilles dans une autre, & les fleurs dans une troisième. Souvent aussi la même plante a plusieurs vertus ; elle appartiendroit donc à plusieurs classes. Quelle confusion ! quel cahos !

Les usages, les positions locales, les circonstances de saisons, les qualités, les vertus ne pouvant fournir des distributions exactes & méthodiques, on chercha des caractères, des signes frappans aux yeux les moins accoutumés à l’étude des plantes. D’abord, la considération des végétaux, selon leur grandeur, leur consistance & leur durée fut anciennement adoptée par Aristote ; & l’Écluse, sous le nom de Clusius dans le seizième siècle, développa & fit valoir ce systême. Tout le règne végétal fut partagé en herbes & en arbres ; les herbes, en annuelles, qui lèvent, croissent & meurent dans la même année, & en vivaces, qui durent plus d’un an. Dans la seconde classe, on distingua les arbustes ou sous-arbrisseaux, les arbrisseaux & les arbres. Ce pas fait servit beaucoup pour connoître en grand la vie & le port des plantes ; les familles se trouvèrent trop nombreuses : c’étaient des lignes de démarcation tracées, pour ainsi-dire, entre de très-vastes provinces ; mais on ne voyoit pas encore comment on pourroit démêler l’immensité d’objets que chacune renfermoit en particulier.

On eut recours alors à la considération des racines, des tiges, des feuilles, des fleurs & du fruit. Tant qu’on ne s’attacha qu’à certaines parties isolés & trop vagues, comme les feuilles ou les racines, la botanique fit peu de progrès ; elle avança beaucoup plus & se perfectionna insensiblement, quand on étudia tout l’ensemble. On vit tout d’un coup un très-grand nombre de plantes avoir des caractères multipliés, permanens & sensibles, & se ranger pour ainsi-dire, comme d’elles-mêmes, en très-grandes familles naturelles ; telles sont les graminées, les cruciformes, les ombellifères, les cucurbitacées, les conifères, &c. &c. Chaque plante de chacune de ces familles, rassembloit des caractères sensibles, essentiellement les mêmes, dans tous les individus de la même famille. C’est ainsi que dans le règne animal, nous voyons les différentes espèces d’animaux, par exemple, tous les chiens, dans les quadrupèdes, les pics dans les oiseaux, les scarabées dans les insectes, réunir des caractères qui leur sont propres, & qui les différencient des animaux des autres classes.

Si l’on connoissoit absolument toutes les plantes, & que l’on pût distinguer toutes les familles naturelles, on auroit cette méthode naturelle dont nous avons parlé plus haut. Elle seroit le tableau de la progression graduelle que la nature a suivie dans la formation des végétaux. Les chaînons de cette chaîne ne nous sont pas tous connus ; un très-grand nombre est échappé à nos recherches, & quantité de plantes ne trouvent point de place dans les familles naturelles que nous avons déjà déterminées. Ce sont des exceptions frappantes qui ne feroient que jeter de la confusion dans la botanique, si les méthodes artificielles, fondées sur des caractères moins sensibles à la vérité & moins multipliés, mais plus simples, plus généraux & aussi invariables que ceux des familles naturelles, & les systêmes n’avoient pas servi de fil dans ce labyrinthe obscur.

II. Le systême est un arrangement, un ordre général fondé sur la détermination d’un caractère quelconque, qui, comme principe fondamental, sert de base à toutes les divisions & sous-divisions. Ce caractère peut être tiré également du fruit, ou des organes sexuels, ou de la corolle, ou même des feuilles ; mais, pour qu’il fût bon & universel, il faudroit qu’il renfermât assez de divisions pour conduire, par une voie également sûre & facile, à la connoissance de toutes les plantes observées. L’expérience nous montre qu’aucun systême adopté jusqu’à présent, ne remplit toutes ces conditions ; & celui du chevalier von Linné, qui en approche le plus, n’est pas encore exempt de reproche à cet égard. Plusieurs savans se sont appliqués à le corriger dans certaines parties ; & de tous les systêmes, de toutes les méthodes, imaginés depuis, & qui par conséquent devroient être meilleurs, c’est le plus parfait & le plus exact pour le botaniste.

Dans toute méthode, comme dans tout systême, chaque division est désignée par un terme général qui la caractérise.

1°. Les classes ou familles, forment les premières divisions, celles du caractère général qu’on a adopté pour la première distinction.

2°. L’ordre ou section subdivise chaque classe, en considérant un caractère moins apparent, mais aussi général que celui qui constitue la classe.

3°. Le genre subdivise l’ordre, en considérant dans les plantes, indépendamment du caractère particulier de l’ordre, des rapports constans dans leurs parties essentielles, rapports qui rapprochent un certain nombre d’espèces.

4°. L’espèce subdivise le genre ; mais c’est par la considération des parties moins essentielles, qui distinguent constamment les plantes qui y sont comprises.

5°. La variété subdivise les espèces, suivant les différences, uniquement accidentelles, qui se trouvent entre les individus de chaque espèce.

6°. L’individu enfin, est l’être ou la plante qui arrête vos yeux, considérée seule, isolé, indépendamment de son espèce, de son genre & de sa classe.

Cette idée générale des divisions admise dans les méthodes & les systêmes, deviendra plus claire, par l’application que nous en ferons aux méthodes particulières de MM. Tournefort & von Linné. Pour la rendre plus sensible, dès à présent, nous emprunterons, avec M. Duhamel, la comparaison de Cœsalpin ; « au moyen de ces distinctions, dit-il, le règne végétal se trouve divisé comme un grand corps de troupes. L’armée est divisée en régimens ; les régimens en bataillons ; les bataillons en compagnies ; les compagnies en soldats ».

III. Phrases botaniques. En descendant insensiblement de la classe générale à la dernière division, on arrive à la plante qui fait l’objet des recherches. Pour la reconnoître, il ne suffit pas de savoir à quel genre, à quelle espèce elle appartient ; il faut encore connoître ses caractères propres & son nom.

Les plantes usuelles & communes en ont un, que le peuple leur a assigné de tout temps ; on en a donné à celles que l’on a rangées depuis dans les différens systêmes, & tous les jours on est obligé d’en créer pour les nouvelles espèces & les individus que les voyageurs botanistes rencontrent. Outre ce nom particulier, chaque botaniste décrit une plante d’après son systême, & cette description s’exprime dans le moindre nombre de mots possibles, dans une phrase courte & précise. Tous les auteurs n’ont pas également réussi dans cette partie de la botanique, qui est certainement une des plus essentielles. En général, une phrase botanique, pour être bonne, doit présenter en abrégé, la somme des différences d’une espèce d’avec toutes les espèces du même genre : celles du chevalier von Linné, sont plus précises que celles des autres auteurs. Avec tout cela, elles ne sont pas exemptes de défauts : le grec-latin dont elles sont composées, n’est pas à la portée de tout le monde, & devient fatigant à retenir. Les phrases, dans Tournefort, ne portent souvent que sur le nom du pays de la plante, ou sur celui du botaniste qui l’a découverte.

Comme notre Ouvrage est destiné à l’utilité commune, & que notre projet en le composant, est de le rendre intelligible pour tout le monde, les phrases botaniques que nous emploirons, seront toujours en françois ; nous tâcherons qu’elles soient claires, simples & précises. Nous y joindrons toujours celles de MM. Tournefort & von Linné, afin de faire reconnoître les plantes aux botanistes ordinaires. Il paroît donc absolument nécessaire de faire connoître les deux fameux systêmes que ces auteurs ont imaginés. Ils sont nos guides les plus sûrs ; & en les adoptant l’un & l’autre, c’est le moyen de les corriger & de les perfectionner mutuellement.

Voyez au mot Systême, le développement de ceux de MM. Tournefort & von Linné.

Section IV.

De l’histoire naturelle d’une plante.

L’histoire naturelle offre une infinité d’objets à nos recherches & à notre curiosité. Rarement oublie-t-elle les soins que nous nous donnons pour l’étudier ; & dans tous ses règnes elle offre à chaque instant des spectacles intéressans, des découvertes piquantes, ou des merveilles à admirer. Le règne végétal séduit, attache ; & la plus simple, la plus humble des plantes mérite toute l’attention de l’homme. L’histoire naturelle considère son objet, & dans la forme extérieure, & dans son caractère particulier, & dans le lieu de sa naissance, de sa formation, & dans l’usage dont il peut être : ainsi, dans la botanique, l’histoire naturelle s’occupe de la description de toutes les parties de la plante, de son pays natal, du sol qui lui convient, du climat qui lui est propre, des qualités & des vertus qu’elle possède, & des usages dont elle peut être.

I. Description du port d’une plante. Il n’est point de partie dans une plante qu’il ne soit absolument intéressant de connoître. Depuis la racine jusqu’aux fleurs, tout doit être spécifié, tout doit être décrit. Il est des caractères (Voyez ce mot) essentiels qui empêchent de confondre telle ou telle plante ; quelques-unes ont des formes singulières & distinctives qu’on ne doit pas oublier. Il y a tant de variétés, en général, dans les racines, les tiges, les supports, les feuilles, les fleurs, les fruits, les semences ! Où en serions-nous si nous n’en avions pas une idée claire & complète ? comment pourroit-on reconnoître une plante d’après un auteur, s’il n’a pas été exact à la bien décrire ? C’étoit le défaut des anciens botanistes, sur-tout des grecs : attachés uniquement aux vertus médicinales, ils ne les distinguoient que par ces propriétés, en négligeant presque absolument leurs formes extérieures. Aussi quelle obscurité règne dans leurs ouvrages ! Il est presque impossible de spécifier & de nommer à présent la moitié des plantes dont ils ont laissé le nom & la description.

Pour remplir le but désiré, il faut s’attacher singuliérement à la forme, la couleur, l’odeur & la saveur même de chaque partie, s’il est possible ; la décrire, si les observations le permettent, à sa naissance, durant son accroissement, dans son état de perfection, pendant sa fleuraison & à sa mort. Les noms & les phrases employés doivent être clairs, simples, & intelligibles, même pour ceux qui ignorent absolument la langue botanique.

II. Description du sol & du climat. Pour parvenir à transplanter & multiplier les plantes étrangères dont on espère tirer parti, il faut les naturaliser dans nos climats. Deux connoissances sont nécessaires à la réussite de ce projet ; 1°. celle du sol ; 2°. celle du climat. Tous les végétaux ne croissent pas indifféremment dans toute espèce de terrain. La nature leur a donné, à la vérité, une force particulière, par laquelle elles s’approprient les sucs terrestres qui leur conviennent le plus, & aspirent dans l’atmosphère les élémens qui doivent servir à leur nourriture. Mais ces sucs propres, ces élémens ne se rencontrent pas par-tout. Telle plante demande un sol aquatique & marécageux, pendant que celle-ci veut une terre légère & sabloneuse ; des cailloux, un roc recouvert d’une légère couche de terre, conviennent à celle-ci, tandis que cette autre ne se plait qu’au milieu d’un terrain argileux. Il est donc essentiel de bien connoître le sol que la nature a assigné à chaque plante, afin de l’imiter, autant qu’il est possible, quand on veut la cultiver. La température du climat influe prodigieusement sur le règne végétal ; la chaleur artificielle des serres & des couches en approche jusqu’à un certain point. (Aux mots Couche & Serre, on verra la différence de l’art avec la nature. Fidèles à ces principes, nous avons soin, à l’article des plantes, de parler du terrain où on les trouve & où elles réunissent.

III. Des qualités. La description des qualités d’une plante n’est pas moins importante. C’est précisément dans cette partie que la botanique est une science vraiment digne du philosophe qui ne cherche à s’instruire que pour être utile. Par le mot de qualité ou propriété, nous entendons, dans cet Ouvrage, la vertu médicinale d’une plante. Ces vertus sont reconnues dans un très-grand nombre de plantes. Le hasard, les recherches, les essais nous en découvrent tous les jours de nouvelles, & l’on peut presqu’assurer que la botanique renferme toute la médecine. Les sauvages, vrais enfans de la nature, & qui ne connoissent qu’elle pour guide, n’en ont point d’autre. La santé dont ils jouissent, le peu de maladies qui les affligent, la courte durée même de ces maladies, à quoi faut-il attribuer tous ces avantages, sinon à l’usage des simples ? (Voyez des détails sur cet objet au mot Vertus des plantes) En décrivant la plante, spécifiez exactement ses propriétés avérées, & admises en général ; indiquez même celles qui sont douteuses ; de nouvelles expériences peuvent les confirmer, ou en démontrer la fausseté. Une description bien faite doit les renfermer toutes, ainsi que les usages dont elles peuvent être.

IV. Des usages mécaniques. L’article de l’usage des plantes devient de jour en jour plus étendu. À mesure que l’industrie augmente, les plantes offrent de nouvelles richesses à l’homme, soit pour sa nourriture, soit pour la mécanique & les arts. Différentes nations emploient souvent la même plante à divers usages. Nous les approprier, c’est étendre nos connoissances & augmenter nos richesses. La nature offre à tout l’univers ses trésors ; c’est une mine inépuisable qui est ouverte, & dont l’exploitation n’est pas difficile. Hâtons-nous d’y travailler, ou du moins profitons des ouvrages faits par ceux qui nous ont précédés. Ne reprochons pas à la nature d’avoir fait croître dans des climats éloignés des plantes utiles ; les courses des voyageurs, le commerce, la transmigration des plantes, nous mettent à même de jouir de leurs avantages. On ne doit donc jamais négliger les détails des usages que différens peuples tirent d’une plante dans son histoire.

Section V.

De la culture des plantes.

La botanique n’a considéré d’abord les plantes que sous les rapports généraux d’êtres vivans, composés d’une infinité de parties qui toutes concouroient à leur existence, ou sous le point de vue, qu’ayant des parties communes, elles pourroient former une chaîne immense, composée de tous les individus végétans ; elle s’est élevée ensuite jusqu’à la contemplation de cette série : d’un coup d’œil rapide, parcourant ce nombre prodigieux, elle a osé les diviser & les subdiviser, leur assigner des rangs & des classes, former des ordres, nommer des familles & nombrer les productions de la nature ; ses efforts n’ont pas été absolument vains, des succès apparens ont couronné son audace ; & si la nature ne lui a pas prodigué sans réserve tous ses trésors, & dévoilé tous ses secrets, du moins elle a souri à ses tentatives ; & les phénomènes qu’elle lui a présentés à chaque pas, sont déjà pour elle une magnifique récompense. Fière de ses conquêtes, la botanique a contemplé avec plaisir les dépouilles qu’elle a rapportées ; elle s’est plu à les considérer dans leur forme élégante, dans leurs vertus & dans l’usage qu’elle en pourroit faire ; mais n’estimant ses richesses que par le plaisir de les répandre, elle s’est amusée à les décrire avec exactitude, afin qu’elles pussent être reconnoissables, & par-là devenir communes à tout le monde.

C’est trop peu encore pour elle, elle va nous apprendre à les multiplier, & à nous les approprier par la culture. Parmi ces plantes, les unes ne demandent qu’à être confiées à la terre & abandonnées à ses soins, tandis que les autres exigent de nous des préparations préliminaires, une attention journalière, des dépenses & des travaux continuels : on peut donc les distinguer en deux cultures ; l’une, que nous nommerons culture naturelle, & l’autre, culture artificielle. Ce n’est pas que dans la dernière, la nature ne soit pas l’agent principal & unique même de la réproduction ; mais nous aidons, pour ainsi dire, nous modifions, nous forçons quelquefois ce principe à agir suivant nos vues. Nos soins ne le produisent pas, mais l’accompagnent, l’excitent ou le retiennent suivant nos desirs ; tandis que, dans la première, la semence une fois déposée dans son sein, nous attendons tout de son travail. Qu’on nous permette ici une comparaison pour développer notre idée : dans la culture naturelle, nous plaçons notre argent chez un banquier, pour qu’il nous rapporte du profit au bout d’un certain tems, tranquilles sur les moyens qu’il emploiera ; dans la culture artificielle, nous le faisons valoir nous-mêmes, & nous devons tout notre gain à notre industrie.

§. I. De la culture naturelle.

Plusieurs objets sont du ressort de la culture naturelle ; mais le premier, dont il faut s’occuper essentiellement, c’est celui de la connoissance des sols les plus propres à telle ou telle culture. Elle doit nous guider dans les opérations rurales faites en grand, comme l’établissement des forêts, des prairies, & la culture des grains & des vignes.

La botanique, telle que nous la considérons, cette science générale des végétaux, ne regarde point ces parties comme étrangères à son étude. Elle embrasse tout, & ses recherches se portent sur l’ensemble comme sur les détails. Ne craignons donc pas de tracer ici le tableau de son travail dans cette partie ; le détail des préceptes particuliers se trouvera naturellement répandu dans les différens articles insérés dans cet Ouvrage. (Consultez les mots propres)

I. De la connoissance des sols. Si toute la terre qui enveloppe notre globe, & qui est susceptible de culture, étoit la même, uniforme partout, la culture seroit une (abstraction faite du climat) ; ajoutons, on ne pourroit cultiver avec succès qu’une seule espèce de plante, celle qui conviendroit à ce terrain. Mais heureusement le sol change à chaque pas, & nous met à même de varier, & de cultiver les diverses plantes qui doivent nous servir. La terre végétale n’est qu’un composé de plusieurs autres espèces, qui dominent les unes sur les autres par cantons, par régions entières. Ici c’est une terre forte & argileuse que l’humidité pénètre difficilement ; qui une fois imbibée des eaux que la neige dépose, ou que la pluie verse abondamment, se dessèche avec peine ; que le soleil durcit, à la longue, & rend presqu’impénétrable à l’action des météores : là, au contraire, c’est une terre légère, friable, meuble, que la douce chaleur du soleil pénètre facilement, qui suit, pour ainsi dire, toutes les vicissitudes de l’atmosphère : plus loin, ce n’est qu’un sable ingrat, sans liaison, sans principe végétatif : à côté, l’on apperçoit un terrain marneux, peu fertile par lui-même, mais capable de répandre la vie dans les sols qui l’environnent, ou qui le recouvrent ; enfin, des terres mélangées, à différentes proportions, de toutes celles-là, offrent d’autres rapports & d’autres principes. Si l’agriculteur indiscret ne craignoit pas de confier à ces sols si variés la même semence, de planter la vigne ou des arbres forestiers dans tous ces terrains, devroit-il être étonné de voir évanouir ses espérances par de mauvaises récoltes, & le dépérissement de ses plantations ? De quel intérêt n’est-il donc pas pour lui de s’appliquer, avant tout, à la connoissance réfléchie du terrain qui forme son domaine, pour en tirer le parti le plus avantageux, & pour l’améliorer en corrigeant ses défauts ?

Il en tirera le parti le plus avantageux, en ne lui confiant que l’espèce de plante qui lui convient, & il l’améliorera, soit en composant un nouveau mélange approchant de celui que la nature a fait, au moyen de la terre argileuse sur un terrain sablonneux, du sable sur un terrain argileux, & de la marne ; soit en répandant sur ses terres les engrais que lui offrent abondamment les trois règnes.

Son terrain bien connu & bien préparé, il pourra se livrer avec sécurité à la culture des grands objets, ou des plantes utiles.

II. Des forêts. L’article des forêts ne regarde pas seulement le choix des arbres qui les composent, mais encore la manière de les semer ou de les planter, ainsi que le tems de leur exploitation. Ne croyons pas qu’il suffise de planter, de semer, de couper indifféremment une forêt, sans faire attention à la nature du terrain, à la position, à l’aspect & à l’élévation du sol, au climat & à la température ordinaire de l’atmosphère qui domine le canton, aux espèces d’arbres à employer, à la durée de leur croissance, à celle de leur vie. Tous ces objets sont de la plus grande conséquence. (Voyez le mot Forêt) C’est ici que la partie de la botanique qui traite des arbres & des arbrisseaux, est d’un grand secours. Elle nous fait connoître les arbres qui se plaisent en plaine, ceux qui aiment à couvrir de leurs ombrages les collines ou les vallées, ceux qui ne craignent pas d’affronter les frimats dans les régions élevées ; elle nous apprend quelle est à peu près la durée de l’arbre que nous voulons multiplier, dans quel tems il est dans sa perfection, & propre aux usages auxquels on le destine ; elle nous montrera dans quelle saison & comment il faut semer ou planter avec le plus d’avantages : jointe à l’économie rurale, elle nous donnera sur tous ces points le détail des pratiques les plus simples & les plus sûres.

III. Des prairies. Si la botanique paroît en grand & avec toute la majesté dans les forêts ; si les objets qu’elle nous présente, nous étonnent par leur élévation, leur diamètre, l’étendue de leurs branches, la richesse de leurs feuillages, & nous forcent de les admirer, combien n’est-elle pas intéressante dans les prairies, où mille fleurs séduisent nos regards par des nuances multipliées à l’infini ? Qui me nommera cette multitude de végétaux dont les tiges pressées ne présentent qu’un tapis de verdure ? qui m’apprendra à connoître & me décrira les plantes qui, contenant une quantité considérable de parties savoureuses & nutritives, doivent seules entrer dans les fourrages ? qui m’assignera le caractère des plantes qu’il importe de détruire, soit parce qu’étant parasites, elles dévorent la substance des autres, soit parce qu’étant nuisibles, dangereuses & quelquefois un vrai poison, elles porteroient les maladies ou la mort dans les troupeaux ? qui m’enseignera les plantes les plus propres à établir des prairies artificielles ? La botanique résoudra toutes ces questions, satisfaira à tout, & ne nous trompera jamais. Ses connoissances sont fondées sur des faits, ses principes sont démontrés par l’expérience ; point de calcul, peu de rayonnement, jamais de secrets, toujours la nature, & voilà cette science qui doit nous guider sans cesse.

IV. De la culture des grains. Les forêts & les prairies une fois établies, travaillent à nous enrichir d’année en année, sans exiger de nous de nouveaux soins ; nous en sommes quittes pour une première avance, assurés que pendant un long espace de tems la nature nous rendra avec intérêt ce que nous aurons d’abord dépensé. Mais il est une autre culture qui exige des travaux annuels ; c’est celle des grains & des vignes.

On peut diviser les grains en trois espèces ; grains farineux, semences huileuses & plantes charnues.

1°. Grains farineux. La classe des grains farineux est très-étendue ; elle renferme non-seulement le froment, le seigle, l’orge, l’avoine, le sarrasin, le maïs, le riz, mais encore les pois, les haricots, les fèves, le millet, le panis, &c. &c. 2°. Les semences huileuses principales sont le lin, le chanvre, le colsat, la navette, le pavot & la cameline. 3°. Les plantes charnues les plus cultivées sont les raves, les turneps, les pommes de terre, les melons, les courges, les potirons & les concombres.

La botanique ne nous donne pas ici les mêmes préceptes indistinctement pour toutes ces plantes. Celles de la première classe, une partie de la seconde & quelques-unes de la troisième, ne craignent pas d’être semées en pleine terre & d’être abandonnées entièrement à la nature & à l’influence des météores. Fortes & vigoureuses par elles-mêmes, & propres à presque tous les climats, il suffit de leur choisir la terre & l’exposition qui leur convient le mieux. Les autres, au contraire, exigent une culture particulière & certains degrés de chaleur. Dès-lors si vous voulez les faire croître dans un canton où la nature du terrain & celle du climat leur est contraire, il faut nécessairement avoir recours à l’artifice, & suppléer, pour ainsi dire, à la nature.

Le nom, l’histoire & la culture de ces trois genres de grains appartiennent bien directement à la botanique, mais on est convenu d’en former une science particulière, connue sous le nom d’agriculture. Ces principes, pour être bons, ne doivent jamais s’éloigner de ceux de la botanique ; celle-ci est la base & le fondement de celle-là. L’agriculture en grand porte ses regards au-delà de la plante qu’elle cultive ; elle s’occupe non-seulement des défrichemens, des engrais, des labours & des instrumens aratoires, mais encore ne faisant qu’un corps avec le systême politique & le commerce, les rapports & ses relations la distinguent aisément de la simple botanique. Où ces relations commencent, l’agriculture cesse de faire partie de la botanique & n’entre plus dans notre plan.

V. Des vignes. Un homme qui jetteroit les yeux sur des coteaux chargés de vignes, croiroit au premier coup d’œil que la même espèce de vigne les recouvre de les pampres & de ses raisins : s’il approchoit de plus près, il distingueroit aisément à la forme des feuilles, à la grosseur des grains qu’il s’étoit d’abord trompé, & que la vigne a ses variétés comme presque toutes les espèces de plantes. Cette variété est beaucoup plus considérable que l’on ne pense, & la qualité du vin dépend souvent en partie de la nature du raisin. Un agriculteur qui veut planter des vignes, doit connoître ces variétés, afin de choisir celle qui, cultivée dans telle ou telle position, fructifiera plus abondamment. La botanique, par ses phrases claires & simples, lui sera d’un secours infiniment au-dessus de la nomenclature vulgaire, si embrouillée & si peu d’accord de province à province ; il le fera entendre de tous les botanistes & même de ceux qui ne le sont pas, s’il veut les décrire ; & sur des espèces qu’il aura choisies, il n’aura pas la douleur de voir, au tems de sa récolte, ses espérances trompées.

Jusqu’à présent la botanique ne nous a donné que des préceptes généraux, parce qu’elle a supposé que les plantes que nous voulions cultiver convenoient & au terrain & au climat. Notre desir effréné de posséder & de jouir, même des biens que la nature a prodigués à d’autres climats, nous a fait imaginer la culture artificielle : ici la botanique veut bien encore guider nos pas, soyons dociles à ses leçons.

§. II. De la culture artificielle.

La nature, cette mère généreuse, nous a prodigué jusqu’à présent ses soins, tant qu’il n’a été question que de produire les végétaux qui nous étoient de première nécessité : notre luxe, notre gourmandise, notre avarice, toujours insatiables, ont voulu l’asservir & lui arracher des biens qu’elle sembloit vouloir éloigner de nous. Elle n’a pu se refuser à nos desirs, mais elle a exigé que nous dussions à nos peines & à nos travaux ces nouvelles jouissances.

Parmi les plantes, les unes naissent dans des climats éloignés, les autres ont une forme & une saveur peu agréables ; quelques-unes s’abandonnant à leur vigueur naturelle, poussent tout en bois & en feuilles, au détriment des fruits ; celles-ci isolées ne peuvent être que de foible secours ; celles-là naissant, croissant & mourant dans des déserts, nous en privent absolument. La botanique, secondée par notre industrie, nous apprend à multiplier ces dons de la nature, à les améliorer, à les conserver & à les rassembler dans un même lieu ; ce qui forme quatre objets bien distincts dans cette partie de la culture ; multiplication des plantes, institution végétale, (pour me servir de l’expression du baron de Tschoudi) conservation & jardins botaniques. Nous allons les parcourir successivement, n’en offrant que le tableau, & réservant les détails aux mots propres.

I. De la multiplication des plantes. Les plantes annuelles, quelque tems avant leur mort, produisent des semences qui doivent donner naissance à une nouvelle génération, & les perpétuer d’âge en âge. Les plantes vivaces n’attendent pas l’instant de leur dépérissement pour se reproduire par les graines ; chaque année elles nous offrent, après la saison des fleurs, leurs fruits qui renferment les germes régénérateurs. Cette marche de la nature paroît uniforme dans tous les individus ; & l’on peut assurer qu’il n’y a pas de plantes qui ne portent des graines, quoique dans certaines espèces elles ne soient pas apparentes. Il est cependant d’autres moyens de réproduction & de multiplication : les ressources de la nature sont infinies, & ses merveilles se rencontrent à chaque pas. Ici, des racines, arrachées de la racine principale, peuvent donner des branches qui se chargeront de feuilles, de fleurs & de fruits. Là, des branches couchées dans la terre, pousseront des racines d’un côté, & des tiges de l’autre. Auprès de ces jeunes plantes qui doivent l’existence aux germes, développés de la graine, croissent les mêmes plantes venues de bouture & de marcotte. Ce bourgeon, cet œil est-il donc indifférent à donner des racines ou des branches, des fleurs ou des chevelus ? Quels prodiges inconcevables ! Qui percera le voile dont la nature couvre ici ses opérations ? Ce ne peut être que la botanique qui, dans la partie de l’anatomie & de la physiologie végétale, essayera de débrouiller ce cahos en suivant la marche de la nature pas à pas.

Quand vous connoîtrez bien ce que c’est qu’une graine, quelles sont les parties qui la composent, comment elles se développent ; alors le semis ne sera plus pour vous un objet mécanique, une opération grossière, mais une source d’observations intéressantes qui régleront, & le tems, & la forme de semer, & le choix de la semence. Quand vous aurez bien disséqué les tiges des plantes, que vous posséderez à fond l’organisation végétale, vous verrez bientôt sur quels principes sont ffondés les marcottes & les boutures ; vous apprendrez quelles sont les plantes qui en sont susceptibles ; & joignant toujours l’expérience au raisonnement, vous serez bientôt en état de multiplier l’infini vos richesses par ce moyen singulier : vous y trouverez un double avantage, & celui de la réproduction certaine de la même espèce, & celui d’une jouissance plus prompte. Les semis donnent ordinairement des variétés ; & l’on ne sait ce que l’on aura, que lorsque la plante est parvenue à son point de perfection ; au lieu que les marcottes & les boutures ne sont jamais sujettes à changer.

II. Institution végétale. Tout a concouru pour seconder vos desirs : les plantes que vous avez semées croissent & s’élèvent de jour en jour ; celles que vous avez marcottées, ou que vous avez multipliées de boutures, ont pris des racines ; de nouvelles branches poussent de tous côtés : c’est ici que la nature réclame vos soins. Vous avez entrepris de l’améliorer, elle va être docile, & se courbera, pour ainsi dire, sous votre main, afin de remplir vos desirs ; mais n’épargnez point vos peines, ne calculez pas avec elle, ne vous reposez point sur ce que vous avez fait, agissez continuellement ; la nature s’efforce à chaque instant de reprendre ses droits ; & si vous vous négligez, cette jeune plante que vous voulez civiliser, rentrera bientôt dans son état agreste & libre. Ici, rien ne se fait à l’aveugle, tout doit être médité, tout doit être fondé sur de bons principes que la botanique peut seule donner.

Vos soins embrassent également, & les arbres fruitiers, & les arbres d’agrément, & les plantes potagères.

Les arbres fruitiers, abandonnés à eux-mêmes & sans culture, produisent tous des fruits & assez abondamment ; mais leur saveur naturellement exaltée, ne peut être que désagréable : la greffe & l’écussonage adoucissent la séve par une nouvelle modification. De sauvageon, l’arbre devient franc, & prodigue bientôt des fruits qui flattent autant le goût que l’odorat. Quelques arbres fruitiers n’exigent pas toujours de vous des soins aussi pressans & aussi multipliés ; formez-en vos vergers, embellissez-en les environs de votre demeure ; mais choisissez-leur toujours, & le meilleur terrain, & la meilleure exposition, si vous voulez être récompensés de vos premières peines. D’autres arbres fruitiers sollicitent vos regards journaliers ; leur fruit délicat peut se perfectionner sous vos mains. Ici, l’abondance & la qualité dépendent presqu’absolument de vous ; ne les éloignez donc pas de vos yeux, tapissez-en vos murs, formez-en des espaliers, plantez-les en arbres nains ; qu’une taille intelligente les débarrasse de branches infructueuses & fatigantes ; qu’elle sache vous préparer, d’année en année, vos récoltes, & qu’en faisant naître vos espérances, elle en assure le succès. Souvenez-vous que vous travaillerez en aveugle, si la botanique ne vous a pas appris à distinguer le bois gourmand, les branches folles, les boutons à fleurs, & les boutons à feuilles ou à bois.

Embellir sa retraite, la rendre le plus agréable que l’on peut, est un soin que l’on doit bien pardonner au philosophe cultivateur. Il faut que notre séjour nous plaise, pour que nous nous y plaisions. Quand on l’a fait soi-même ce qu’il est, il a des droits éternels à notre intérêt & à notre attachement. L’art & la taille sont parvenus à faire prendre toutes sortes de formes aux arbres d’agrémens. Ici, courbés en voûte & plantés en allée, ils défendent une avenue des ardeurs du soleil. Là, rapprochés de nos têtes, ils semblent suspendre leur feuillage & s’entrelacer pour former une ombre épaisse, & nous inviter à venir goûter la paix, la tranquillité, & quelquefois le plaisir, loin du tumulte & du grand jour ; ou bien, festonnés en arcades, ils offrent de longs portiques, décorés d’une riche architecture. La botanique fait distinguer les arbres susceptibles d’être taillés, & de prendre toutes les formes variées que dicte notre caprice.

Parmi la multitude de plantes dont la nature a peuplé la terre, elle en a destiné un certain nombre pour notre nourriture. Quelles peines, quelles fatigues, s’il falloit à chaque instant se déplacer pour aller les cueillir dans les bois, & dans les autres endroits où elles croissent naturellement ! L’industrie humaine a imaginé les potagers dans lesquels elle a transplanté tous les végétaux qui peuvent servir à notre nourriture. La botanique ne se trouve pas ici toujours d’accord avec le commun des jardiniers pour la nomenclature. Les jardiniers le sont-ils eux-mêmes entr’eux ? C’est un malheur, que cette science peut & doit seule corriger. Quand vous parlerez en botaniste & à des botanistes, servez-vous des phrases que vous offrent les différens systêmes ; mais quand vous voudrez vous faire entendre de votre jardinier, n’employez pas d’autres expressions que celles qui lui sont connues. (Nous suivrons exactement ce précepte dans le cours de cet Ouvrage).

En réunissant cette science à celle de l’économie rurale, on aura des principes certains pour établir un jardin potager, pour choisir son emplacement, son exposition, la préparation des terres, les instrumens, les couches, les ados, &c.

III. La conservation des plantes peut avoir deux objets principaux : celui des plantes durant leur vie, & celui des fruits qu’elles nous donnent.

Si tous les végétaux n’étoient cultivés que dans les lieux & les climats que la nature leur a assignés, l’art seroit absolument inutile. Mais en les transplantant chez nous, nous ne transplantons pas la température de l’atmosphère, ni le degré de chaleur des rayons du soleil qui les voit naître. Il faut donc y suppléer & nous efforcer d’imiter la nature, produire une chaleur artificielle, soit en rassemblant les rayons du soleil dans un espace où on veut les faire vivre, & les défendant du froid par le moyen des caisses à vitrages, des serres, des orangeries ; soit en les garantissant immédiatement de l’intempérie des saisons dans l’endroit même ou elles végètent, par des paillassons dont on recouvre ou enveloppe leur tige ; soit en tâchant d’égaler le degré de chaleur naturelle, par des poëlles, des réchauds & des serres chaudes.

C’est en vain que l’on se donneroit mille soins de cultiver les arbres & les plantes qui doivent donner des fruits, si on négligeoit la conservation de ceux-ci. Ce seroit exactement creuser, fouiller une mine à grands frais, & négliger de fondre & réduire en riche métal le minérai. La conservation des fruits demande des soins variés & relatifs à leur nature. La botanique, en indiquant les principes qui les constituent, fera sentir aisément les meilleurs, procédés pour empêcher ces principes de se décomposer, pour construire un fruitier & des greniers commodes, sains & propres aux différens objets qu’on veut y renfermer.

IV. Des jardins botaniques. La botanique nous a donné des préceptes pour la culture des plantes de première nécessité, pour celles d’usage ordinaire, pour celles même qui ne sont que d’agrément. Il est encore une, autre espèce d’étude qui est digne de nos soins, & qui même, considérée sous un juste point de vue, mérite toutes les attentions d’un naturaliste. C’est celle de toutes les plantes en général, sous le rapport des systêmes & des méthodes naturelles ou artificielles. S’il falloit les observer & les étudier dans les lieux qu’elles affectionnent de préférence, la vie de l’homme suffiroit à peine pour en voir la moindre partie ; les dépenses, les voyages de longs cours, les fatigues qu’ils entraînent nécessairement, rebuteroient le plus grand nombre, & peu d’êtres privilégiés auroient le courage des Tournefort, des Commerson, des Thunberg, des Forster ; peu se résoudroient à consumer leurs plus beaux jours, à affronter mille dangers pour rapporter dans leur patrie quelques plantes nouvelles. Les jardins de botanique ont été établis pour offrir à tous les amateurs & à tous les curieux, des collections plus complètes les unes que les autres de plantes, soit étrangères, soit indigènes. C’est ici le règne de la botanique pour la partie de la nomenclature. (Voyez section III) Là, chaque particulier est libre de choisir tel ordre qu’il lui plait, ou de n’en pas suivre du tout. Dans les jardins publics, destinés aux démonstrations & à l’instruction des élèves, on adopte toujours quelque grand systême ; ici, c’est le systême sexuel de Linné ; là, c’est la méthode de Tournefort ; dans cet autre, c’est l’ordre des familles de M. de Jussieu. Toutes les plantes rangées suivant ces systêmes, forment une série, une chaîne naturelle que l’on suit avec plaisir ; c’est un livre, un catalogue vivant & animé, qui intéresse d’autant plus & instruit avec d’autant plus d’avantage, qu’il parle sans cesse à tous les sens. Ces dépôts immenses renferment, pour ainsi dire, les tributs envoyés par toutes les régions de la terre ; & sans sortir d’un petit espace de terrain, on voyage parmi des peuples de différens pays, de différentes tribus. Les uns, se naturalisant à notre climat, y vivent facilement ; les autres, nés dans les plaines arides, sur les bords brûlans du Niger & de la zone torride, ne peuvent supporter la douceur de notre atmosphère, il leur faut des feux continuels & des abris. L’industrie des serres chaudes & leur chaleur graduée, les transportent bientôt dans la température de leur pays natal ; & trompés par l’art, émule de la nature, ils payent nos soins de leurs fleurs & de leurs fruits.

Section VI.

De l’usage des plantes.

Nous voilà enfin parvenu au bout de la carrière. Jusqu’à présent, nous avons étudié la nature de nos richesses, les moyens de les multiplier, de les faire valoir, de les conserver ; apprenons à jouir. Nous en connoissons le prix, profitons des avantages qu’elles nous offrent : tel un marchand qui a sacrifié sa jeunesse & une partie de sa vie à amasser des trésors ; sur ses vieux jours, tranquille au milieu du fruit de ses peines & de son travail, il ne pense plus qu’à l’employer à se procurer les douceurs de la vie.

Plus on a étudié le règne végétal, & plus on a découvert de propriétés dans les plantes. L’homme a su presque tout s’approprier dans les végétaux, tantôt la vertu nutritive, tantôt la vertu médicamenteuse : il s’est apperçu que le suc exprimé de certaines parties étoit coloré naturellement, ou pouvoit le devenir avec certaines préparations ; ses yeux ont été charmés de l’émail des fleurs, des nuances des feuilles ; son odorat a été flatté des parfums qui s’exhaloient des calices ; quelques tiges fermes & robustes ont assuré sa retraite, des branchages épais l’ont couverte ; les fibres de certaines plantes s’adoucissent sous ses doigts industrieux, il en a formé un tissu capable de le défendre de l’injure des saisons ; en un mot, racine, tronc, branches, feuilles, fleurs, fruit, tout a été converti pour son usage ; les végétaux semblent s’empresser à prévenir & à satisfaire tous ses desirs.

Cette variété dans l’emploi que nous faisons des plantes, à fait imaginer à quelques auteurs de les diviser suivant leurs propriétés ; nous n’en adopterons ici que quatre principales, elles renferment toutes les autres : les plantes alimentaires, les plantes pharmacopoles ou médicinales, celles qui sont propres aux arts & aux métiers, & celles qui peuvent être employées pour la décoration des jardins. Nous allons examiner rapidement les différentes richesses que la botanique nous offre dans ces quatre classes.

I. Des plantes alimentaires. Parmi la quantité immense de végétaux qui croissent autour de nous, presque tous contiennent les principes nécessaires à la nourriture animale, les uns plus, les autres moins. La nature semble n’avoir point eu d’autres vues en les multipliant si fort. Mais tous renferment-ils cette matière nutritive dans un état propre à servir d’aliment ? & n’y auroit-il pas du danger à manger indistinctement toutes sortes de plantes, & toutes les parties des plantes, ou à les offrir aux animaux ? c’est ici que la botanique secondée de l’analyse & de la chimie, nous rend les services les plus essentiels ; elle nous apprend que la matière vraiment nutritive tirée du règne végétal, est cette substance mucilagineuse, sans saveur, ni odeur, ni couleur, dissoluble dans l’eau, susceptible de fermentation, & exhalant sur les charbons une odeur de caramel ou de pain grillé. Cette substance si précieuse, est connue sous le nom de corps muqueux sapide, & de corps muqueux insipide. Il est peu de parties dans la plante, où la botanique ne la retrouve ; tantôt on la sépare des feuilles & des racines, par le moyen de l’eau ; tantôt l’écoulement spontané des gommes, ou l’incision faite au tronc & aux branches de certains arbres, la retirent du milieu des liqueurs végétales avec lesquelles elle étoit mélangée ; ici l’expression l’enlève des tiges & des fleurs sous forme de matière sirupeuse sucrée ; là, l’abeille diligente va la cueillir au fond des nectaires, l’élabore, & nous l’offre pour nous récompenser des soins que nous avons bien voulu prendre de sa république : le tissu celluleux des fruits veut envain nous dérober ce suc gélatineux ; le broiement & la trituration l’expriment bientôt ; la fermentation le développe enfin des semences farineuses, sous forme d’amidon.

En général, il n’est donc aucune partie végétale qui ne puisse offrir à l’homme ou à l’animal, une nourriture saine. À la vérité, il n’est pas toujours facile de l’extraire & de l’obtenir sous une forme comestible. Il suffit à la botanique, proprement dite, de nous présenter le tableau des plantes incultes, qui dans un cas de nécessité, pourroient remplacer les plantes cultivées, & qui même seroient dans le cas de varier nos jouissances, en satisfaisant nos goûts & nos appétits ; de nous apprendre quelles sont les racines qui contiennent de l’amidon qu’il faut extraire pour en faire de la bouillie ou du pain ; quelles sont celles dont les semences & les racines farineuses peuvent servir en totalité à la nourriture. Il existe encore une classe, dont la racine, sans être farineuse, peut servir à notre nourriture, sur-tout quand l’assaisonnement y est joint.

La nourriture solide n’est pas le seul bienfait du règne végétal ; le suc exprimé de certains fruits, acquiert par la fermentation des qualités auxquelles nous devons souvent le rétablissement de nos forces & la gaieté de l’esprit. Méfions-nous cependant des liqueurs & des sucs de toutes les plantes, & n’usons que de celles que la botanique nous indiquera. On peut la croire, sur-tout lorsque l’expérience & l’observation l’accompagnent.

II. Des plantes médicinales. Si vivre n’étoit que jouir d’une bonne fauté, & couler des jours heureux exempts de fatigues, d’accidens & de maladies, l’homme n’auroit cherché dans les plantes que la vertu nutritive ; mais hélas ! il ne paroît être sur la terre que pour traîner une vie languissante en bute à mille maux. Il naît dans les souffrances, son premier soupir est celui de la douleur, ses premiers cris sont ceux de la plainte ; la foiblesse l’accompagne, les principes qui le soutiennent, tendent continuellement à perdre leur accord & leur harmonie ; le plus petit dérangement occasionne des ravages affreux. À peine parvenu à son état de force & de perfection, qu’il tend continuellement à son dépérissement ; les maladies assiègent ses vieux jours, l’infirmité annonce sa destruction, une nécessité cruelle & sans cesse agissante, le précipite vers le tombeau ; il l’atteint enfin : il a vécu. Malheureux qu’il est, ne trouvera-t-il donc aucun secours dans la carrière de la souffrance ? n’est-il pas de main charitable qui allégera sa douleur, qui la dissipera ? personne ne l’aidera-t-il à vivre & à jouir de cette vie passagère ? Oui, & ce bienfait inestimable sera encore dû à la botanique. Elle trouvera, dans les végétaux, non-seulement le palliatif de tous nos maux, mais encore leurs remèdes souverains ; elle nous rend une seconde vie, la santé, le plus précieux des biens, celui que ni les trésors ni les grandeurs, ne peuvent suppléer. Des familles, des genres, des classes entières possèdent des vertus médicamenteuses, il n’est point, de remèdes que la nature ne nous présente : ici des purgatifs & des vomitifs, là des alexipharmaques puissans ou des rafraîchissans ; plus loin des antiseptiques croissent à côté des vulnéraires, des fébrifuges, des cordiaux, des carmmatifs, &c. &c. Quelle profusion, quelle richesse ! ajoutons, quelle sûreté, quand nous employons les végétaux d’après l’indication de la nature !

III. Des plantes propres aux arts & aux métiers. L’homme a trouvé sa subsistance dans les plantes alimentaires ; les médicinales ont soulagé son existence ; son industrie n’en est pas restée là. Les arts ont façonné & embelli son séjour, il en renaît de tous côtés pour satisfaire ses desirs, ils se multiplient comme ses pensées, & la botanique va lui choisir les végétaux dont il peut tirer le plus grand parti. Sous mille formes variées, les arbres majestueux, tantôt soutiennent ses édifices, & le défendent lui-même des injures des saisons, tantôt les décorent & les enrichissent. La charpente, la ménuiserie, le charronage, &c. trouvent dans le règne végétal leur matière première. L’homme n’emploira-t-il que les arbres qui peuplent les forêts ? Ces plantes qui végètent humblement à l’abri de leur feuillage, lui seront-elles inutiles, ou n’y trouvera-t-il que sa nourriture & ses remèdes ? Mais toutes ne peuvent pas remplir ses desirs dans cet objet. Les négligera-t-il, dédaignera-t-il de les admettre à son service ? Non ; il ne faut rien négliger dans la nature. Dans toutes ses productions on reconnoît sa prodigalité & ses vues généreuses ; à chaque pas un bienfait ou une ressource. L’art de la teinture est sur le point de faire les progrès les plus rapides, en cherchant sa matière colorante dans les végétaux. Déjà la botanique tinctoriale annoncée par Linné, augmentée par quelques auteurs, se perfectionne entre les mains d’un illustre secrétaire d’une savante académie ; déjà M. Dambourney a su extraire un nombre non moins prodigieux que varié, de couleurs ou de nuances du règne végétal. Rien ne résiste à l’activité de l’homme ; il suffit, pour ainsi dire, qu’il forme un souhait, pour que la nature se fasse presque une loi de le remplir ; & quel est le règne où elle lui offre plus de ressource & plus d’avantages que la botanique ?

IV. Des plantes propres à la décoration des jardins. C’est trop peu pour elle que l’utile, elle a voulu y joindre l’agréable. Pourquoi a-t-elle peint de si vives couleurs ces calices & ces pétales ? Pourquoi-a-t-elle étendu ces nuances verdâtres sur ces feuillages touffus ? Pourquoi a-t-elle rempli ces nectaires de parfum délicieux ? n’est-ce pas pour flatter agréablement tous nos sens ? Quels charmes ! quelles délices ! Mon œil récréé fait passer dans mon ame la douce sensation qu’il éprouve ; mes sens flattés goûtent un plaisir pur ; c’est celui qui naît de la contemplation de la nature. Varies forêts, retraites délicieuses, vous nous offrez des bosquets où la nature sourit de tous côtés, où elle étale mille beautés intéressantes & variées : là un air embaumé circule sous les touffes majestueuses des arbres élevés ; ici des plantes fleuries mêlent leurs beautés, & confondent presque leurs tiges avec les branches surbaissées de ces buissons. Quel doux murmure agite ses feuilles argentées ! Comme ce ruisseau serpente parmi ces fleurs, & répand la fraîcheur & la vie ! Comme mon œil repose sur ces masses que le zéphir agite mollement ; comme il suit cette architecture champêtre ; comme il s’égare à travers les sinuosités de ces berceaux ; comme il revient ensuite parcourir ce parterre émaillé, ce riche tapis que l’art tentera toujours en vain d’imiter ! L’art égalera-t-il jamais la nature ! Mais, ô séjour enchanteur ! pourquoi êtes-vous éloigné de moi ? pourquoi faut-il vous aller chercher au loin ? pourquoi ne vous transporterai-je pas autour de ma demeure ! Si mon industrie n’égale pas cette simplicité dont la nature a fait votre plus bel ornement, du moins vous serez l’ouvrage de mes mains. C’est moi qui aurai semé & cultivé ces fleurs odoriférantes, distribué ce parterre ; c’est moi qui aurai planté ce bois touffu, qui aurai percé ce parc, dessiné ce boulingrin, courbé ce bosquet ; c’est moi qui aurai rassemblé enfin tous ces êtres ; ils me devront la vie & l’entretien. Quelle jouissance ! Mais qui m’indiquera les plantes qui doivent se succéder les unes aux autres, & décorer mon parterre, soit par leurs fleurs, soit par leurs fruits ? Qui me nommera les arbres & les arbrisseaux dont je dois composer la retraite de la paix, du silence, de la tranquillité & du plaisir, si ce n’est la botanique, cette science universelle des végétaux ?

Section VII.

Herbier & Collection de plantes.

Que de bienfaits nous lui devons ? Que de secours elle nous a prodigué ? De quels plaisirs n’a-t-elle pas accompagné son étude ! La peine a toujours été cachée sous le voile d’une nouvelle jouissance, & la solidité dans ses présens l’emporte encore infiniment sur tout. Ne ferons-nous donc rien pour elle ? Verrons-nous échapper de nos mains ces dons si variés ? Elle a voulu multiplier le théâtre de sa bienfaisance ; il n’est aucun coin de la terre, où le botaniste ne trouve un sujet d’étude. Mais hélas ! tout passe, tout se flétrit, tout se décompose ! Cette plante que nous admirons, & qui séduit tous nos sens, dans un instant ne sera plus. Aurai-je eu seul le plaisir de la contempler : non, il faut la décrire ; mais la description que j’en ferai parlera à l’esprit, & ne dira presque rien aux yeux ? Si j’essayois d’en conserver la forme & les nuances par la peinture & la gravure ? mais la peinture & la gravure exigent de très-grandes connoissances pour être fidèles, & par conséquent utiles. Si je tentois de la transporter telle qu’elle est, avec ses feuilles & ses fleurs, on la reconnoîtroit facilement, on distingueroit ses caractères, elle vivroit toujours ; & la mort, pour ainsi dire, n’auroit plus aucun empire sur elle ? Mais les fluides dont elle est composée, & qui circulent sans cesse dans toutes les parties, tendent continuellement à la fermentation & à l’altération. Il faut donc les extraire & enlever ce principe toujours agissant de mort & de ravages. La dessiccation en est le moyen le plus simple ; & un herbier bien fait & bien en ordre, devient un jardin de botanique qu’à chaque instant on peut consulter, & dans lequel la nature se reproduit, sinon avec sa même beauté, du moins avec toutes ses parties essentielles. (Voyez le mot Herbier, où l’on traitera au long de sa formation, de sa récolte & de la dessiccation des plantes.) M. M.