Dictionnaire de Trévoux/6e édition, 1771/Tome 1/751-760

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Fascicules du tome 1
pages 741 à 750

Dictionnaire de Trévoux, 1771
Tome 1, pages 751 à 760

pages 761 à 770


le Barange tué fut privé de la sépulture. C’étoit sous l’Empire de Michel IV. Bar en anglois signifie fermer. Voyez Codinus. de off. vet. insc. Cantacuzene, Liv. I. Hist. c. 14. & les Juriscons. Grecs ad. l. 3. §. 5. D. ad. leg. Cor. de Sicar. le Gloss. de Cedrenus au mot βάραδγοι le P. Goar sur Codinus, p. 74. n. 53.

Barange. s. f. On appelle ainsi dans les Salines un mur d’environ trois pieds de haut, placé en dedans du fourneau, entre les murs sur lesquels la poële est posée, servant à la séparation des bois & des braises.

☞ BARANYWAR. Baranium, ou Varonianum. Petite ville de la basse Hongrie, qui donne son nom à une petite province ou comté, entre les comtés de Bath & de Boldrogh, de Torn & de Valpon.

BARAQUE. s. f. Hutte ou petit logement que les soldats font dans un camp pour se loger. Casula. Autrefois la hutte étoit pour loger les piétons, & la baraque pour les cavaliers : maintenant on les confond, & les deux s’appellent baraques. On se sert pour cela de planches, de pièces de bois, de branches d’arbres. Les soldats font des baraques, quand ils sont en campagne pendant l’hiver ; durant l’été ils se contentent de leurs tentes.

Ce mot vient de l’espagnol baracas, qui signifie des cahuttes que dressent les pêcheurs au bord de la mer.

☞ On fait aussi des baraques près d’un atelier pour servir aux Ouvriers de magasin pendant l’hiver, & de retraite pendant l’été.

BARAQUER. v. n. Faire des baraques. Tuguria condere. Il s’emploie ordinairement avec le pronom personnel. Les soldats commencent par se baraquer.

BARAQUÉ, ÉE. part. Qui est dans une baraque.

BARAT. s. m. Vieux mot françois & hors d’usage, qui signifioit tromperie, fourbe, mensonge, calomnie. Dolus, fraus, fallacia. On juroit autrefois qu’il n’étoit intervenu dans un contrat aucune fraude, barat ni malengin.

C’est aussi un terme de Relation, & connu de tous nos Marchands qui négocient dans les échelles du Levant, pour signifier une patente du Grand-Seigneur. En ce sens c’est un mot turc.

Barat. Voyez Baratterie ; c’est la même chose.

BARATAS. s. m. Espèce de rat, ou sorte d’animaux tels que les rats. Mus marinus. L’on demeura le reste du jour dans un grand calme & fort incommodés non-seulement de la chaleur, mais aussi de l’incroyable quantité de rats & de baratas. Wicqfort.

BARATEUR. s. m. Ce mot ne se dit que par le peuple, é signifie, trompeur. Fallax, fraudator, deceptor. Ce mot, aussi-bien que baratterie, vient de barat. Voyez ci-dessus.

☞ BARATHRE. s. m. Barathrum. Lieu très-profond, dans l’Attique, où l’on avoit coutume de précipiter les criminels. Il étoit revêtu de pierres de taille, en forme de puits, & l’on y avoit attaché des crampons de fer, dont les uns avoient la pointe en haut, & les autres de côté, pour accrocher le criminel en tombant. Ce nom chez les Grecs signifie toutes sortes de gouffres. Les Latins l’ont emprunté d’eux dans la même signification. Horace applique ce terme à des gourmands.

Pernicies & tempestas, barathrumque maulli,
Quidquid quæsierat ventri, donabat avaro.

☞ Plaute s’en sert pour désigner des femmes de mauvaise vie, dont la lubricité est insatiable.

O barathrum ubi nunc es !

Voyez l’article de Moréri.

BARATTE. s. f. Vaisseau fait de douves, plus étroit par le haut que par le bas, qui sert à battre le beurre. Vas, situla agitando lacti ad faciendum butyrum. Il y a aussi des barattes de terre cuite. Ce sont de grands pots assez larges par le ventre, & assez étroits par le haut. On couvre les barattes d’une espèce d’écuelle de bois, percé d’un seul trou, au travers duquel on passe un bâton qu’on appelle batte-beurre. On remplit ces barattes de crême que l’on bat, jusqu’à ce que le beurre soit fait.

Ce mot vient apparemment de l’espagnol barattar, qui signifie brouiller, parce qu’il faut en effet que les parties du lait soient battues & brouillées pour faire le beurre. D’autres disent qu’il vient du vieux mot françois barate, qui signifie bruit, à cause du bruit qu’on fait en battant le beurre. Les Bas-Bretons disent encore baraz, pour dire, une barate.

☞ BARATTER. v. a. Agiter la crême dans une baratte, pour faire le beurre. Voyez l’art. précédent.

☞ BARATTÉ, ÉE. part.

BARATTERIE. s. f. Terme de Marine. C’est la tromperie du Patron, ou malversation du Maître, ensemble les larcins, altérations, & déguisemens causés par le Maître, ou par l’équipage. Fraus, dolus, fallacia, barataria. La peine de la baratterie est mentionnée au livre 2e. de l’Ordonnance de la Marine. Décharger une barque pendant le cours de la navigation, est un crime de baratterie qui est punissable. Un Capitaine de vaisseau faisant naufrage volontaire, fait un crime de baratterie. L’Assureur court le risque de la baratterie. On se sert aussi de ce terme en italien & en espagnol. Originairement il ne signifioit que marché ; & parce qu’on y faisoit souvent des fraudes, il a été appliqué aux tromperies de commerce. On a appelé aussi Barattiers, les chicaneurs qui faisoient des surprises en plaidant ; & on lit dans Matthieu Paris, que l’Empereur Frédéric fut accusé d’avoir dit, tres fuisse baratores in mundo, seu tres ompostores.

Ce mot est venu du vieux mot françois, barat, qui de tout temps a signifié toutes sortes de tromperies. On disoit aussi baratter, pour dire, tromper. Quelques Auteurs appellent baratteries les malversations des Magistrats dans leurs charges, & celles de leurs domestiques. Le P. Thomassin dérive baratterie de παρατουρία, mot grec vulgaire.

☞ BARAVE, petite ville de France, dans le Languedoc, dans le Marquisat de Marquerose.

☞ BARBA, ou BOLANIQUE, c’est la lèvre inférieure des fleurs labiées. Voyez Labiée.

BARBACANE. s. f. Terme de fortification. Fente, ou petite ouverture qu’on fait dans les murs des châteaux & forteresses pour tirer à couvert sur les ennemis. Tabulare vallum arcendis telis. Quelques-uns croient que c’est un parapet de bois crénelé. D’autres l’ont pris pour toutes sortes de défenses & couvertures contre les ennemis. On a dit aussi autrefois barbocane & barbecane. Du Cange dit que c’est une défense extérieure de la ville, ou du château, qui sert à en fortifier les portes, & les murs, qu’il appelle en latin barbacana, ou barbicana, antemurale, & promurale. C’étoit autrefois un Fort qui étoit à l’entrée d’un pont, ou hors la ville, qui avoit un mur double & des tours.

Il y a une semblable barbacane à un des bouts du pont de Rouen, où le château qui est fortifié de cette manière est encore appelé par quelques personnes barbacane. On y mettoit autrefois de certains vaisseaux de guerre, faits en forme de galères qui servoient à la défense de la ville, dans les temps où ces sortes de galères étoient en usage ; & l’on trouvera encore aujourd’hui dans les archives de Roue, les noms de ceux qui commandoient ces vaisseaux ou galères. Le mot de Barbacana est aussi en usage dans le même sens chez les Espagnols. Voyez Covarrius dans son Trésor de la langue castillane. Ceux de la Crusca disent, que c’est la partie de la muraille qui est au bas de l’escarpe pour la sûreté de la ville : en ce cas ce seroit la même chose qu’une fausse-braie.

Ce mot vient de l’italien babacane, qui est un mot arabe, selon Spelmannus.

Barbacane, en termes d’Architecture, est une fente ou ouverture étroite & longue en hauteur, qu’on laisse dans les murs pour faire entrer & sortir les eaux, quand ils sont bâtis en un lieu sujet aux inondations, ou pour faire égoutter les eaux des terrasses. Spiramentum. Mais en ce sens le mot de barbacane n’est pas si usité que celui de ventouse.

BARBACINE. s. m. & f. C’est la même chose que Berebère. Voyez ce mot. D’Ablancour s’est servi de ce mot dans sa Traduction de Marmol.

BARBACOA. s. f. Espèce de grand gril de bois, élevé dans le milieu d’un Boucan, sur lequel on met la viande & le poisson qu’on veut faire boucaner. Ce terme, qui est caraïbe, a passé dans la langue françoise, depuis que les François se sont établis dans les îles Antilles de l’Amérique.

Barbacoa. Ville de l’Amérique. Voyez l’art. suivant.

☞ BARBACOAS. Peuple de l’Amérique méridionale, au Popayan, entre la mer pacifique & la rivière de Cauca.

BARBACOLE. s. m. Barbacola, c’est le nom d’un Maître d’Ecole Italien, dans l’Opéra intitulé : Le Carnaval, Mascarade, seconde entrée. C’est ce qui a fait dire à la Fontaine dans la Fable de la querelle des Chiens & des Chats, & de celle des Chats & des Souris,

Ce que je sais ; c’est qu’aux grosses paroles
On en vient sur un rien plus des trois quarts du temps :
Humains, il vous faudroit encore à soixante ans
Renvoyez chez les Barbacoles.

C’est-à-dire, chez les Maîtres d’Ecole, à l’Ecole.

BARBACOLLE. f. Jeu de hasard appelé autrement Hocca, ou Pharaon. Le Jeu de Hocca ayant été défendu, pour éluder ces défenses, on le nomma Barbacolle. C’est pourquoi le Roi le défendit sous tous ses noms par un Arrêt du 15 Janvier 1691. Le Roi ayant été informé que nonobstant les défenses réiterées, l’on n’a pas laissé de jouer au Hocca & à la Bassette, que l’on a déguises sous le nom de Pharaon, Barbacolle & de la Bassette, ou Pour & Contre, défend très-expressément à toutes personnes, de quelque sexe & qualité qu’elles soient, de jouer auxdits jeux de Hocca, ou Pharaon, Barbacolle & de la Bassette, ou Pour & Contre, sous quelques noms & formes qu’ils puissent être déguisés, &c.

BARBADE. La Barbade. On y joint toujours l’article. On trouve aussi Barboude, mais ce mot n’est point en usage en France. Barbata, Barbada, Barbuta, Barbuda. Île de l’Amérique septentrionale, la plus orientale de celles qu’on appelle les Antilles de Barlovento. Elle est éloignée d’environ 25 lieues de celle se sainte Luce, & de celle de saint Vincent, & un peu plus de la Martinique. Elle est fertile en tabac, en gingembre, en coton & en cannes à sucre. Les Anglois qui en sont les maîtres depuis 1627, y ont les villes de S. Michel, de Carelstow, de Jameslow, & le petit Bristol. Elle a 7 lieues de long sur cinq de large, & 25 de circuit. L’île Barbade est par les 304° 5′ 15″, de longitude ; & par les 31° 30′ 0″, de latitude septentrionale. Harris.

Il y a encore dans les Antilles une autre île de même nom qui est au couchant de celle de S. Christophe : les Anglois y ont quelques colonies.

☞ BARBANÇON. Beau village des pays-bas, dans le Hainaut, avec un château qui a titre de principauté, à une lieue de Beaumont.

BARBANT. adj. m. Faisant la barbe. Mot peu en usage. Gui Patin appelle Barbier barbant, un homme qui est simplement Barbier, dans faire les fonctions de Chirurgien. Un Barbier barbant nommé Grisel avoit une femme fort jolie, à ce qu’on dit…

BARBARA. C’est le nom qu’on donne dans l’Ecole au premier mode d’argument de la première figure. Un syllogisme en barbara est un syllogisme dont toutes les propositions sont universelles & affirmatives, & dont le moyen terme est sujet dans la première proposition, & attribut dans la seconde. Exemple.

Tous ceux qui laissent mourir de faim ceux qu’ils doivent nourrir, sont homicides.
Tous les riches qui ne donnent pas l’aumône, laissent mourir de faim ceux qu’ils doivent nourrir.
Donc tous les riches qui ne donnent pas l’aumône, sont homicides.

C’est l’argument de S. Jean Chrysostôme contre les riches, non pavisti, occidisti. Le syllogisme en barbara est le premier des quatre directs de la première figure : barbara est le premier mode direct de la première figure.

☞ BARBARALEXIS. s. f. On donne ce nom à une figure de Réthorique, qui consiste à joindre un mot étranger avec un naturel à la langue en laquelle on s’exprime.

☞ BARBARE. adj. de t. g. Ce mot n’a plus la même signification qu’il avoit autrefois. Les Grecs appeloient barbares tous les peuples qui ne parloient pas leur langue, ou qui ne la parloient pas aussi bien qu’eux ; de sorte que ce mot chez eux ne signifie qu’étranger, peregrinus. Les Romains eurent la même vanité ; ils appelerent barbares tous les autres peuples, excepté les Grecs, qu’il regardoient comme un nation polie & savante ; de sorte que ce n’étoit point parmi eux un terme de mépris, comme parmi nous. Ils donnoient des ôtages à des barbares dans l’état le plus florissant de la République. Ablanc. Les Bourguignons & les Francs qui s’établirent dans les Gaules, étoient appelés barbares. Les Goths d’Italie furent aussi appelés barbares. Il semble que ce mot ne vouloit dire qu’étranger, & que depuis long-temps on lui eût attaché cette signification ; car Ovide qui étoit si poli à Rome, avoue qu’il étoit barbare parmi les Grecs.

Barbarus hìc ego sum, quia non intelligor ulli,
Et rident stolidi verba latina Getæ.

Nos Gaulois qui étoient soumis aux Romains, appeloient barbares les nations germaniques qui habitoient au-delà du Rhin. On appeloit dans les Gaule la langue teutone, langue barbare. Enfin, les ennemis de l’Etat, & ceux qui n’étoient pas catholiques, étoient appelés barbares. Ce que l’on appeloit barbares dans les Gaules, sous les Empereurs Romains, n’étoient point Gaulois originaires du pays, mais des peuples de Germanie que les Empereurs y avoient faits passer pour cultiver les terres. Chifflet, Gloss. Sal. au mot barbarus. De Hauteserre, dans ses notes sur Grégoire de Tours, pag. 99. a remarqué que cet Auteur prend souvent barbare pour païen.

Ce mot βάρβαρος, selon Stabon est dit pas imitation. Les étrangers, quand ils venoient en Grèce, ἐβαρβάριζον, id est balbutiebant, ils bégayoient, parloient grossièrement. Cependant on peut dire qu’ils appeloient barbares, ceux dont ils n’entendoient pas le langage, tels qu’étoient les Persans, les Scythes, les Egyptiens. Scaliger tient que ce mot de barbare vient de l’arabe bar, qui signifie déser. Barbare, selon son sentiment, est un Sauvage, un homme vivant dans les solitudes. Ravanelle dérive, comme les autres, le mot barbare du grec βάρβαρος, d’où l’on a fait barbarus ; mais il ajoute que βάρβαρος, vient de l’arabe barbar, auquel on a ajouté la terminaison grecque ; barbar signifie bruit, & désert. Mais Ravanelle se trompe, on ne dit point barbar en arabe pour signifier désert, mais seulement bar. D’autres prétendent, comme Picard dans sa Celtopédie, qu’il vient de βάρβαρ, mot qui ne signifie rien, & que certains étrangers venus à Athènes avoient sans cesse à la bouche ; ce qui fit qu’on les appela βάρβαροι, barbares. Tossius, L. I. De vitiis Sermonis, Cap. 1. croit que ce mot vient de ברא, adverbe chaldéen, qui signifie, extrà, foris, hors ; & qui se trouve dans le Thalmud pour le בר des Hébreux. Ainsi un barbare, dans sa signification primitive, est, selon Vossius, un homme de dehors, qui est hors du pays de ceux qui l’appellent ainsi, en un mot, étranger ; & Scaliger, au commencement de sa li. Exercitation, montre que ברברי, barbari, est un mot venu d’Orient, qui signifie étranger. Le Concile de Chalcédoine, Can. 28. appelle les Evêques qui sont hors des terres de l’Empire Romain Επισκὸπους εν βαρβαρικοῖς, comme s’ils disoient, qui sont dans les pays étrangers. Et le 52 des Canons de l’Eglise d’Afrique oppose la Mauritanie, province de l’Empire, τῷ βαρβαρικῷ, au pays d’Afrique qui n’en étoit pas, & qu’il appelle pour cela Barbarique, c’est-à-dire, hors de l’Empire ; étranger à l’Empire.

☞ Aujourd’hui ce mot se prend dans un sens odieux, & s’applique à un homme cruel, qui n’écoute point la pitié ni la raison. Barbarus, sævus. Une barbare. Cœur barbare. C’est un pere barbare qui n’a aucune tendresse pour ses enfans ; un Prince barbare qui tyrannise ses sujets.

☞ On le dit aussi des choses qui annoncent de la barbarie. Médée faisoit des actions barbares. La coutume d’immoler des hommes étoit bien barbare.

Que je plains le sort des avares
A qui l’avide soif des biens
Fournit pour l’enrichir mille nouveaux moyens
Toujours injustes & barbares. L’Abbé Tetu.

Barbare dans un sens figuré se dit des peuples sauvages & grossiers, qui vivent sans police & sans loix. Barbarus incultus. Les Hurons, les Iroquois, plusieurs peuples de l’Afrique, sont des nations barbares.

Barbare dans ces deux exceptions est aussi substantif. Ainsi l’on dit que les Iroquois sont de vrais barbares ; qu’un pere qui n’a point de tendresse pour ses enfans, est un barbare. Les Grecs & les Romains traitoient de barbare tous ceux qui n’étoient pas Grecs, ou Romains.

☞ En matière de langage, nous appelon barbares des termes impropres, d’où vient barbarisme ; & langue barbare, celle qui n’a point de rapport à la nôtre, & qui choque l’oreille. Les Iroquois parlent une langue barbare.

D’un seul nom quelquefois le son dur ou bisarre
Rend un poëme entier ou burlesque, ou barbare.

Boil.

☞ On appelle lois barbares, celles qui furent faites lors de la décadence de l’empire Romain, par les différens peuples qui le demembrerent, les Goths, les Visigoths, &c.

☞ En peinture on appelle manière barbare, ce qu’on appelle autrement manière gothique. Voy. Gothique.

BARBARE, RESQUE, s. m. & f. Barbarus, a. Nom de peuple qui habite la Barbarie, pays d’Afrique le long des côtes septentrionales, ou de la Méditerranée, depuis le détroit de Gibraltar jusqu’en Egypte. Les Barbares de la campagne sont laborieux, doux, libéraux. Ceux des villes sont fiers, avares, vindicatifs, & de mauvaise foi. Les Barbaresques, tant les femmes que les filles, sont toujours couvertes d’un voile devant les hommes.

Barbare. Monnoie. Barbarus. Voyez BARBARIN.

BARBAREMENT, adv. D’une manière barbare. Barbarè. On a traité ce misérable trop barbarement. Le peuple de cette contrée parle barbarement.

BARBARESQUE, adj. m. & f. Qui appartient à des Barbares. Qui tient des Barbares. Barbarus, Barbaricus, a, um.

BARBARICAIRE, & dans la suite par corruption BRAMBARICAIRE. s. m. Barbaricarius, Brambaricarius. Ce nom a deux sens. 1°. Il signifie Brodeur, ou l’Ouvrier, ou les Peintres en tapisseries, qui emploient dans les représentations d’hommes & d’animaux, du fil d’or & des soies de différentes couleurs. Dict. de Peint. & d’Arch. ☞ Tels sont les artistes de la manufacture des Gobelins qui ont excellé dans ce genre de peinture. 2°. Les Barbaricaires étoient des soldats ou officiers qui portoient des casques, & des visières ornées d’or & d’argent. Voyez Pancitole. Notitia Dignit. Imp. Occid. Cap. 39. & 72. Bulenger de Imp. Rom. VI. 67.

BARBARICINS. Les Barbaricins sont les peuples qui habitent les montagnes de Sardaigne, principalement dans la Province de Cagliari. S. Grégoire le Grand, Liv. III, épître 14, & Procope, Liv. II de la guerre des Vandales, ch. 13, parlent des Barbaricins. Ce sont originairement des Maures d’Afrique, que les Vandales, après qu’ils eurent fait la conquête d’Afrique, transporterent en Sardaigne avec leurs femmes & leurs enfans, afin qu’ils ne les troublassent point. Saint Grégoire leur envoya l’Evêque Cyriaque pour les convertir. C’est apparemment de ces Barbaricins que Dante a voulu parler dans son Purgat. Chant. 23, quand il dit la Barbaria di Sardina, la Barbarie de Sardaigne. S. Grégoire en 594 travailla à la consersion des Barbaricins.

BARBARIE. s. f. Cruauté, action faite contre la raison, l’humanité. Crudelitas, savitia, ferocitas. Les Tyrans ont persécuté les Chrétiens avec une grande barbarie.

Barbarie, signifie dans le sens figuré, ignorance, grossiereté, manque de politesse. Barbariæ. La Grèce où régnoit autrefois la science & la politesse, est présentement plongée dans une affreuse barbarie. La France a été long-temps un pays de barbarie.

Barbarie, en fait de langage, se dit des termes grossiers & impropres dont on se sert pour exprimer ses idées.

Barbarie, en termes de mer, se dit des choses & marchandises étrangères, d’une autre nation. Res peregrinæ.

☞ Les lois maritimes nomment barbaries, les marchandises naufragées, que la mer va rejeter dans un autre pays, res peregrinæ, sans doute de la signification du mot barbare, pour dire, étranger.

BARBARIE, partie d’Afrique, au nord, sur les côtes de la Méditerranée. Barbaria. La Barbarie à l’Egypte à l’orient, le Biledulgérid & le mont Atlas au midi, l’Océan ou mer Atlantique au couchant, & la Méditerranée au septentrion. La Barbarie est habités par trois nations différentes ; les Barbares, ou Africains naturels, & originaires du pays ; les Arabes, & les Turcs. Les naturels du pays sont de deux sortes : les blancs qui sont ceux des côtes qui habitent dans les villes, & les noirs, qui sont plus au midi. La Barbarie est un pays très-riche. Elle est en partie gouvernée par des Rois Arabes ou Africains, comme Fez, Maroc, &c. & en partie sujette au Turc, qui y envoie des Bachas, comme à Alger, à Tunis & à Tripoli. Les paysans de Barbarie, qui errent dans les campagnes à la suite de leurs troupeaux, n’ont presque point de Religions. Les autres sont ou Mahométans, ou chrétiens, ou Juifs.

Ce nom est très-ancien. Il ne semble pas néanmoins qu’originairement il ait été donné à tout le pays. Il n’y eut d’abord que la partie qui n’étoit point soumise à l’Empire Romain que l’on appela Barbarique, comme il paroît par le 52e des Canons de l’église d’Afrique ; & il semble que ce nom ne signifioit rien autre chose, sinon qui est hors de l’Empire, qui n’est point de l’Empire ; voyez les étymologies du mot Barbare adj. Les Arabes prononcent Barberie. Voyez Dapper Descript. de l’Afrique, p. 116 & suiv. Marmol. tom. I, p. 8, 9 & suiv. 1 diego de Torres Histoire des Cherifs, pas. 2 & suiv. Le P. Dan, Religieux Trinitaire, a fait une histoire de Barbarie, où il dit Liv. I, chap. 1, que la plupart tirent ce nom du mot Barbar, qui signifie murmure ; qu’au temps que les Arabes commencerent d’habiter ce pays-là, ils appelerent ainsi les Africains de Numidie, ou de la petite Afrique, où étoit autrefois Carthage, & qu’ils donnerent encore ce nom à l’une & à l’autre Mauritanie.

BARBARIN. s. m. Barbarinus. Nom d’une monnoie que les Vicomtes de Limoges firent battre dans le treizième siècle : il en est parlé dans la Chronique de S. Martial de Limoges à l’an 1211, celles de S. Etienne de Limoges à l’an 1363, & les lettres d’eustorge Evêque de Limoges de l’an 1127. Le P. Sirmond & M. de Hauteserre prétendent que les barbarins étoient originairement une monnoie arabesque, qui après l’établissement des Arabes en Espagne, passa en France sous les Carlovingiens, c’est-à-dire, sous la seconde race de nos Rois ; que le commerce lui donna cours en ce Royaume ; & que c’est pour cela qu’on les appela Barbares, ou Barbarins, c’est-à-dire, Arabes, ou Arabesques. Les Macri prétendent que c’étoit une montagne fort commune en Sicile & en Sardaigne.

BARBARISER. v. n. Commettre un barbarisme, faire un faute contre la pureté du langage. In Grammaticæ leges peccare. Je ne sais où désormais on pourra se fournir de langage françois qui soit mettable partout, vû que de jour en jour les bons mots sont décriés entre qui qui s’écoutant pindariser à la nouvelle mode, barbarisent aux oreilles de ceux qui suivent l’ancienne. Il est bien vrai que j’ai moi-même usé d’aucuns mots nouveaux en ce livre, mais ç’a été où les vieils défailloient : & puis ils sont tels, qu’on voit bien que je les ai forgés à plaisir, pour parler ridiculement des choses ridicules… Henri Etienne, à la fin du Disc. prémim. sur son Apologie pour Hérodote. Au reste voilà une peinture fidelle de ce qui est arrivé de nos jours. Quelques-uns de nos Ecrivains ont voulu se singulariser par des expressions hors d’usage, & par-là ont fourni la matière du Dictionnaire Néologique, dont l’Auteur, après s’être moqué des locutions étrangères, s’en sert lui-même dans son Eloge de Pantalon-Phœbus, pour en faire mieux sentir le ridicule. Barbariser n’est point usité.

BARBARISME, s. m. Terme de Grammaire. Expression dure ou qui n’est pas du bel usage ; faute dans le langage qui tient le milieu entre le solécisme, & l’impropriété. Barbarismus. Il se commet quand on se sert de quelque mot, ou phrase étrangère à la langue, & qui n’est pas naturelle, ou en oubliant des particules, des pronoms, & des prépositions dans les endroits où elles sont nécessaires. Vaug. Rem. On peut commetre un barbarisme, c’est-à-dire, parler barbarement, & hors des bons termes d’une langue, ou en une seule parole, ou en une phrase entières. Les barbarismes d’un seul mot sont aisés à éviter ; mais pour les barbarismes, de la phrase, il est facile d’y tomber, parce que tous les mots dont la phrase est composée, sont françois, & ainsi l’on ne s’apperçoit point de la faute ; au lieu qu’au barbarisme du mot, l’oreille qui n’y est pas accoutumée, le rebute, & ne s’y laisse pas surprendre. Mais au barbarisme de la phrase, l’oreille étant comme trahie par les mots qu’elle connoît, lui ouvre la porte, & la laisse passer dans l’esprit. Vaug. Mon esprit n’admet point un pompeux barbarisme. Boil. Barbarisme, selon Hesychius, Eusthatius & Suidas, ne se trouve que dans un seul mot, & non pas dans les phrases : lorsqu’on donne à un mot une terminaison, un accent, une mesure de quantité, ou une prononciation qu’il n’a pas, on fait, selon ces Auteurs, un barbarisme. On a pû étendre cette signification, & l’appliquer aux phrases entières, suivant la remarque de M. de Vaugelas.

☞ Le barbarisme est une élocution étrangère, au lieu que le solécisme est une faute contre la régularité de la construction d’une langue.

☞ Ainsi on fait un barbarisme, en disant un mot qui n’est pas de la langue, ou qui est pris dans un sens qui n’est pas autorisé par l’usage, & en usant de façons de parler qui ne sont en usage que dans une autre langue.

☞ Il y a deux sortes de barbarismes, dit Voltaire ; celui des mots é celui des phrases. Egaliser les fortunes, pour égaler les fortunes : au parfait, au lieu de parfaitement : éduquer, pour donner de l’éducation, élever : voilà des barbarismes de mots. Je crois de bien faire, au lieu de dire je crois bien faire : encenser aux Dieux, pour encenser les Dieux : je vous aime tout e qu’on peut aimer. Voilà des barbarismes de phrase.

☞ Ce mot vient de la signification que les Grecs & les Romains avoient attachée au mot barbare qui vouloit dire étranger. Ainsi tout mot étranger mêlé dans la phrase grecque ou latine étoit appelé barbarisme.

Barbarisme, est une une des quatre espèces de sectes, ou d’hérésies, d’où les autres se sont formées. Le barbarisme ne s’est trouvé que parmi les hommes qui ont vécu sans société, sans composer une Eglise, ni un corps politique. Voyez S. Jean Damascène, qui dit que le barbarisme a duré depuis Adam jusqu’à Noé, qui est le temps où les hommes ont vécu dans une entière indépendance & dans une pleine liberté ; c’est cet état d’indépendance & de liberté qui est marqué par le nom de barbarisme ; soit que ceux qui vivoient ainsi dans les premiers temps, & avant Noé, reconnussent & adorassent le vrai Dieu, soit qu’ils fussent idolâtres. D’autres disent que le barbarisme, qu’ils appellent aussi Scythisme, est l’athéisme, ou l’erreur de ceux qui, selon le Psalmiste, disent dans leur cœur, il n’y a point de Dieu. Quelques Anciens, selon S. Epiphane, disoient que le barbarisme avoit précédé le déluge, & que le Scythisme avoit regné depuis le déluge, jusqu’à Sarug, où l’Hellénisme avoit commencé. Mais 1°. Epiphane ne dit point que ces Barbares avant le déluge, & ces Scythes d’avant Sarug, n’eussent point de connoissance de Dieu. 2°. Toute la distinction de ces sectes est vaine. Elle n’a d’autre fondement que l’onzième verset du ch. 3, de l’Epître aux Colossiens, où S. Paul dit, où il n’y a point de Gentil & de Juif, de circoncis & d’incirconcis, de Barbare & de Scythe, d’esclave & de libre. Mais S. Paul ne prétend point par ces mots marquer différentes sectes, ou opinions de Dieu ; mais seulement nous apprendre que tout homme étoit également appelé & reçu, s’il vouloit, au christianisme, sans distinction de nation ou de condition, & que les Juifs n’avoient point de privilége en cela plus que le Gentil, le Barbare, le Scythe & le Grec, le libre plus que l’esclave.

☞ BARBATH. Ville de l’Arabie Heureuse, dans la petite province de Schagr ou de Hadramuth, dont elle est capitale. On la nomme aussi Marbat, Merbat & Mirbat.

☞ BARBATO, ou PUERTO BARBATO. Barbatar. Petite ville d’Espagne, en Andalousie, à l’embouchure de la rivière de Barbato qui se décharge dans la mer Atlantique.

BARBAZAN. Lieu dans les Pyrénées. Les Eaux thermales de Barbazan sont renommées. Voyez le Dict. de James au mot Thermes.

BARBE. s. f. Poil qui vient au menton ☞ & aux joues des hommes. Barba. La barbe lui vient. Faire la barbe à quelqu’un, le raser. Faire sa barbe, se faire la barbe, se faire faire la barbe. C’est un affront & une marque d’un mépris insigne, & d’ignominie, d’arracher ou de faire arracher la barbe à un homme. David déclara la guerre au Roi des Ammonites, pour venger l’affront qu’il avoit fait à ses Envoyés, de leur faire couper la moitié de la barbe. La plûpart des peuples sont différens en la manière de porter, de faire leur barbe. Les Américains furent fort surpris de voir les Espagnols qui avoient de la barbe. C’est une marque de deuil chez la plûpart des peuples, de laisser croître sa barbe, quoiqu’autrefois chez plusieurs nations ce fût une marque de tristesse de la couper. Plutarque dans Thésée, rapporte qu’Alexandre commanda à tous ses Capitaines de faire raser les barbes aux Macédoniens, de crainte de donner prise aux ennemis par leurs longues barbes. Jean Kinson dit que les Tartares sont en guerre avec les Persans, à cause qu’ils ne veulent pas couper les moustaches de leurs barbes comme font les Tartares ; & pour cela ils les appellent Infidelles, quoiqu’ils s’accordent avec eux dans plusieurs points de la Religion Mahométane. Comme les Chinois affectent en tout un air de gravité qui attire le respect, ils se sont imaginé qu’une longue barbe y pouvoit contribuer : ils la laissent croître, & s’il n’en ont pas beaucoup, ce n’est pas faute de la cultiver ; mais la nature en ce point les a très-mal partagés, & il n’y en a aucun qui ne porte envie aux Européens, qu’ils regardent en cette matière comme les plus grands hommes du monde. P. le Comte.

Les Grecs laissoient croître leur barbe. Ahénée remarque que ce ne fut que du temps d’Alexandre que l’on commença à se raser la barbe en Grèce, & que celui qui le premier se la fit couper à Athènes, fut appelé κόρσης tondu. Il y a néanmoins apparence qu’Athénéce, ou plutôt Chrysippe, de qui Athéné avoit pris ce qu’il dit à ce sujet dans son XIIIe Livre ; que Chrysippe, dis-je ne parle que du peuple & d’un usage général, ou particulier d’Athènes ; car non-seulement Alexandre, mais Philippe son pere, Amyntas & Archelaüs, Rois de Macédoine long-temps avant lui, sont représentés sans barbe sur leurs médailles. Les Romain furent aussi long-temps sans se raser. Pline remarque que l’on ne commença que l’an 454 de Rome ; que cette année-là P. Ticunius Mena amena des Barbiers de Sicile, & que Scipion l’Africain fut le premier qui introduisit la mode de se faire raser tous les jours.

Chez les Romains, on faisoit une visite de cérémonie à ceux à qui on faisoit la barbe pour la première fois, ou qui prenoient la robe virile. C’étoit une marque de tristesse & de deuil que de laisser croître sa barbe. M. Livius ayant été condamné par le peuple en sortant du Consulat, en eut tant de chagrin qu’il se retira à la campagne, & laissa croître sa barbe & ses cheveux. Les Censeurs voulant le ramener au Sénat, l’obligerent de se faire couper la barbe. Les premiers Philosophes laissoient croître leur barbe, plutôt par mépris des ajustemens du corps, & par nonchalance, que par affectation. Dans la suite ils la nourrirent avec grand soin, comme une marque & un caractère de sagesse. Une longue barbe devint une bienséance essentielle à la gravité philosophique. S. Chrysostôme dit, que les Rois de Perse se faisoient faire un tissu de leur barbe avec des fils d’or, & tiroient vanité de paroître en cette figure monstrueuse. Tillem. Le continuateur de Monstrelet dit que le Duc de Lorraine vêtu de deuil ayant une grande barbe d’or venant jusqu’à la ceinture, à la façons des anciens Preux, & pour signe de la victoire qu’il avoit obtenue, vint donner de l’eau-benite à Charles dernier Duc de Bourgogne. C’étoit aussi une ancienne coutume des Gentils de donner une barbe d’or à leurs Dieux en signe de magnificence. Favyn. Hist. de Nav. L. A., p. 557, qui croit que c’est de-là que cette coutume passa aux Princes & aux Seigneurs.

Autrefois on faisoit une cérémonie de bénir la barbe, & de la consacrer à Dieu, quand on la rasoit aux Ecclésiastiques. Warnefridus dit, que le nom des Lombards vient de ce qu’ils portoient une longue barbe. Clodion commanda aux François de porter de grands cheveux, & de laisser croître leur barbe, pour les distinguer des Romains. Cette coutume a duré jusqu’au Roi Louis le Jeune, qui fit raser la sienne sur certaine remontrance que lui fit Pierre Lombard Evêque de Paris. Nos Rois de la première race portoient les cheveux longs tressés & cordonnés de cordons & rubans de soie, & leur barbe nouée & boutonnée d’or, ainsi que le remarquent nos anciens Annaliste. Favyn. Sous le règne de Philippe de Valois, la mode vint de porter une longe barbe, & des habits fort courts. P. Dan. T. II, p. 531. Pasquier remarque que pendant les premières années du règne de François I. l’on suivoit l’ancienne coutume de porter longue chevelure, & barbe rase. Mais ce Prince ayant été blessé à la tête, & obligé à se faire couper les cheveux, tout le monde fit de même, & on porta longue barbe.

Les 14 premiers Empereurs Romains assurent que les Germains se faisoient raser la barbe. Les Goths & les Francs ne portoient qu’une moustache, qu’on appeloit cirsta. Oyhon I. introduisit la coutume de laisser croître la barbe : mais Fédéric I. ramena la mode ancienne, & il n’y eut plus que les paysans, ou les Moines, ou ceux qui vouloient porter une marque qu’ils avoient fait le voyage de la Terre-Sainte, qui se fissent honneur d’avoir une longue barbe.

Les personnes de qualité faisoient autrefois couper la barbe à leurs enfans, pour la première fois, par d’autres personnes qualifiées, & l’on devenoit Parrain, ou Père spirituel d’une personne, en lui faisant la barbe, ou les cheveux. C’est ce que l’on apprend de Paul Diacre, De Gest. Longob. L. IV. cap. 40. & L. VI. cap. 53. Voyez le P. Mabillon, Acta. Sanct. Ord. Bened. sæc. iii. præf. i. Auparavant c’étoit en touchant seulement la barbe d’une personne qu’on devnoit son Parrain. Une des conditions du Traité entre Alaric & Clovis, fut qu’Alaric toucheroit la barbe de Clovis, pour devenir son Parrain, ainsi que Fredegaire le rapporte après Idatius.

Ce fut, il y a quelques siècles, la coutume de porter de fausses barbes, comme on porte de faux cheveux, & des perruques au menton, comme on en porte aujourd’hui sur la tête. Car nous trouvons dans les Etats, ou Cortes de Catalogne, tenus en 1351, sous D. Pedre Roi d’Arragon ; nous trouvons, dis-je, une défense de porter de fausses barbes.

A l’égard des Ecclésiastiques, la discipline a été fort diverse sur l’article des barbes. Tantôt on a trouvé qu’il y avoit de la molesse à se faire raser, & que les longues barbes convenoient mieux à la gravité sacerdotale, & tantôt qu’il y avoit trop de faste à porter une barbe vénérable. Le P. Du Moulinet dans son Histoire des Souverains Pontifes, remarque sur les médailles de Clément VII, qu’il fut le premier des Papes dont on a connoissance, qui porte la barbe ; parce qu’ayant négligé de se faire raser durant sa prison, qui dura cinq mois, & en étant sorti avec une longue barbe, il la porta depuis, ce que ses successeurs ont retenu jusqu’à présent. Mais les PP. Henschenius & Papebrock parlent bien plus exactement dans le Propylæum du mois de Mai, pag. 209. Ils remarquent qu’Anastase IV fut le premier de son siècle qui fit raser sa barbe ; que plusieurs de ses successeurs l’imiterent jusqu’à Jules II qui la laissa croître ; qu’Anastase n’est pourtant pas le premier Pape qui se soit fait raser ; que dès l’an 797, il trouve que Léon III portoit la barbe rasée ; qu’alors les Empereurs Grecs ne possédant plus rien en Italie, il paroît que ce Pontife préféra cet usage à celui des Grecs, chez qui encore aujourd’hui les Evêques & les Moines conservent leurs barbes avec grand soin ; qu’ensuite l’an 960 Jean XII reparoît avec une longue barbe ; que ce fut en ce temps que Rome commença à avoir de grands égards pour les Empereurs d’Allemagne ; que c’est peut-être ce qui donna occasion à ce changement, la nation allemande ayant toujours été beaucoup plus curieuse d’entretenir sa barbe longue, que les François. En 1556, lorsque le Cardinal d’Angennes voulut prendre possession de son évêché du Mans, il fallut des Lettres de Jussion du Roi Henri II, pour le faire admettre avec sa longue barbe ; parce qu’il ne pouvoit se résoudre à la faire couper.

Il semble que depuis le schisme des Grecs, les Latins, pour se distinguer d’eux, aient affecté de couper leurs barbes. Il y a même des constitutions de radendis barbis, & l’on a cru se conformer en cela aux temps apostoliques. Les Grecs au contraire ont soutenu avec chaleur le parti des grandes barbes ; ils ne peuvent souffrir dans nos Eglises les images des Saints qui n’ont point de barbe. Saint Epiphane reprend fortement les Hérétiques Massaliens, de ce qu’ils rasoient leurs barbes. Il leur oppose la parole de Dieu dans les Constitutions des Apôtres, où il est défendu expressément de raser la barbe. Nous apprenons des Status & des Coutumiers de différens Monastères, que les Moines Clercs se faisoient couper la barbe, & que les Moines laïques la laissoient croître, & qu’on bénissoit avec cérémonie la barbe de ceux qu’on recevoit dans les Monastères. Martene. On trouve dans le Pontifical de Salisbery, & dans un autre que l’on garde au Monastère du Bec en Normandie, des prières que l’on récitoit lorsqu’on coupoit la barbe de ceux que l’on tonsuroit, & même des Evêques lorsqu’ils étoient sacrés. Id.

Ce mot vient du latin Barba que Guichard prétend s’être formé de l’hébreu אבד, abad, d’où vient אביב, qui est interprété, prima fœcunditas, germinatio, seu proventus frugum & fructuum, que de אבב, abab, s’est fait baba, & en ajout un r, barba. Mais c’est-là une de ces étymologies qui quand elles seroient vraies, sont sans preuves. Le mot barbe est pris des Celtes, qui disent, bar & barf, pour marquer la barbe. Pezr. Antoine Hortman a fait un dialogue latin sur la barbe, intitulé Πωγωνίας qui fut imprimé en 1586, chez Plantin ; dans lequel il rapporte tout ce que les anciens ont dit de la barbe.

Barbe, se dit proverbialement en ces phrases. Barbe bien étuvée est à demi rasée. Rouge barbe & noirs cheveux, guette-t’en, si tu peux. On dit aussi faire une chose à la barbe de quelqu’un ; pour dire, la faire hardiment, malgré lui, & en sa présence. On dit aussi qu’il faut qu’un homme s’en torche la barbe, ou les barbes ; pour dire, qu’il n’aura point de part à une affaire où il désiroit d’entrer. On dit qu’on doit être sage, quand on a la barbe au menton. On dit aussi, rire sous barbe, ou rire sous cape, quand on entend quelque discours avec plaisir, sans en rien témoigner à l’extérieur. On dit aussi abusivement, faire barbe de foarre à Dieu, au lieu de dire, gerbe de foarre ; pour dire lui faire une méchante offrande, lui donner le pire de ce qu’on a. Ce proverbe est tiré de la Bible, & se dit de ceux qui offroient seulement à Dieu des gerbes de pailles, feignant offrir des gerbes de blé. Pasquier, Rech. Liv. VIII. ch. 62. On dit aussi par mépris aux jeunes gens qui se mêlent de donner conseil. Vous avez la barbe trop jeune, vous êtes une jeune barbe ; pour dire, vous n’avez point d’expérience dans les affaires du monde. On dit aussi, faire la barbe à quelqu’un ; pour dire, lui faire affront, parce que c’étoit autrefois une peine fort ignominieuse de raser la barbe à quelqu’un, non-seulement en France, mais même chez les Grecs, & chez plusieurs autres nations ; d’où sont venues ces trois façons de parler, Je veux qu’on me tonde : Je lui aurai le poil : Je lui ferai la barbe : Voyez les Recherches de Pasquier, Liv. VIII, ch. 10.

Barbe, se dit quelquefois dans un sens un peu figuré, pour la personne même qui la porte. Ces vilaines barbes de bouc sont toujours en querelle. Ablanc.

Barbe, se dit encore pour signifier Présence. Il vient par le coche vous enlever à notre barbe. Mol.

Barbe, se dit aussi des poils qu’on les autres animaux au menton, ou aux environs de la gueule. Les boucs & les chèvres ont de la barbe sous le menton. Un lièvre, un lapin, un chat, un rat, ont des barbes.

Barbe, se dit aussi des Comètes, & signifie les rayons que la Comète darde vers l’endroit du Ciel où son propre mouvement semble la porter. Et c’est en cela que l’on distingue la barbe d’avec la queue de la Comète, laquelle se dit des rayons qui s’étendent vers la partie du Ciel d’où la Comète semble s’éloigner par son propre mouvement. Rohaut. voyez Comète & Chevelure.

Barbe, se dit aussi des petites arrêtes ou cartilages, qui servent de nageoires aux poissons plats, comme les turbots, les barbues, les solles, les carrelets. Spina. Les barbes de la baleine sont celles qui lui tombent sur les mâchoires : ce sont des bandes plates & pliantes qui servent à mettre dans des corps de jupes de femmes pour les rendre fermes. On les appelle autrement fanons.

Barbe, se dit aussi des petits filets que les plumes jettent à droite & à gauche, & dont elles sont composées.

Les vaisseaux sanguins qui entrent par un trou qui est au bout de la plume, versent leur lymphe dans les petits godets d’un corps charnu ; & de-là elle se filtre jusqu’au haut du tuyau, d’où elle entre dans la moelle de la plume, qui n’étant qu’une matière spongieuse, s’en imbibe aisément, & la distribue à droite & à gauche, dans les barbes. Acad. des Sc. 1688. Hist. p. 45. Les barbes des plumes ne sont dans les commencemens qu’une espèce de bouillie, tant elles sont tendres & délicates. Aussi sont-elles roulées en cornet dans un long tuyau cartilagineux, rempli d’humidité, pour n’être pas exposées à l’ait, qui les dessécheroit & ressereroit tellement leurs pores, qu’elles ne pourroient plus recevoir de nourriture. Mais quand elles se sont assez fortifiées pour ne devoir plus craindre l’action de l’air, l’étui qui les enveloppoit, & qui ne leur est plus nécessaire, se desséche, & tombe de lui-même par écailles. Id. 46.

On appelle barbes, des bandes de toile ou de dentelle, qui pendent aux cornettes des femmes. Acad. Fr. 1740.

Barbe, est aussi un terme consacré aux longs poils qui sont au bout des épics. Arista. L’orge & le seigle ont des barbes bien plus longues que le froment.

Barbe, se dit aussi des poils qui passent dans des étoffes effilées par l’usage. Villus. Il faut faire la barbe à cette garniture, à ce manteau.

Barbe, se dit encore de ces menus poils qui forment la chancisssure des choses qui se corrompent. Mucor. Ces confitures sont gâtées, chancies ; elles ont de la barbe.

On appelle aussi barbes dans les monnoies, les petites pointes ou filets qui y paroissent avant qu’elles aient été frotées ou polies. Ramenta.

Barbe, se dit aussi de cette chair rouge qui pend au coq au-dessous du bec. Palla.

Barbe, ou Sous-barbe, en Manége est la partie de la tête du cheval qui porte la gourmette ; & c’est le dehors de la mâchoire inférieure au-dessus du menton. Maxilla inferior.

Barbes, en termes de Maréchallerie, sont des superfluités de chait qui viennent dans le canal de la bouche du cheval, dans cet intervalle qui sépare les barres, & qui est sous la langue. On les appelle aussi barbillons, Ranæ equinæ. On le dit aussi des bœeufs.

Barbes, en Serrurerie, se dit de ces pièces élevées, ou avancées, qui sont à un des côtés du pène d’une serrure, qui donnent prise à la clef pour la faire ouvrir, ou fermer.

En termes de Marine on appelle barbes, les parties du bordage de l’avant du vaisseau, à l’endroit où l’estrave s’assemble avec la quille ; & quand on parle d’un bateau, la barbe est une petite pièce de bois jointe au bout du chef, & posée sur le four : elle est longue de deux pieds dans les grands bateaux, sur douze pouces de grosseur. Caron.

On dit en termes de Guerre, tirer le canon en barbe ; pour dire, le tirer par-dessus la hauteur du parapet, au lieu de le pointer par l’ouverture des embrasures.

Barbe, s. m. est un cheval de Barbarie qui a une taille menue, & les jambes déchargées. Equus Punicus. On dit que les barbes meurent, mais qu’ils ne vieillissent jamais, parce qu’ils conservent leur vigueur jusqu’à la fin : c’est pourquoi on en fait des étalons. Et on appelle un échappé de barbe, un poulain engendré d’un barbe. Les barbes ont la corne du pied très-forte, & passent tous les autres à la course. On dit que ces chevaux étoient autrefois sauvages, & qu’ils couroient çà & là dans les forêts de l’Arabie ; mais que les Arabes, au temps de Cheque Ismaël, commencerent à en dompter bon nombre, & à en faire des harras qui se multiplierent & se répandirent par toute l’Afrique. Ce sentiment, ajoute Jean de Léon, est assez vraisemblable, puisqu’encore aujourd’hui on trouve des chevaux sauvages dans les forêts de l’Afrique & de l’Arabie, & qu’il a vû dans les déserts de Numidie un poulain sauvage tout blanc, & avec du crin long & frisé. Dapper.

Il y a des barbes en Afrique qui attrapent les autruches à la course : on le vend ordinairement deux mille livres, ou, comme dit Dapper, mille ducats, ou cent chameaux. On les entretient toujours maigres, & on les nourrit fort peu avec quelques grains & de la pâte, ou, comme dit Dapper, avec du lait de chameau qu’on leur donne deux fois pas jour, le soir & le matin : Marmol ajoute des dattes. Dapper dit qu’on les envoir en pâture quand il y a de l’herbe. Ils ne sont point ferrés : ils ont de petites selles rases, des brides & des étriers légers, & courent avec autant de liberté que s’ils n’étoient point montés. On prétend qu’en Barbarie on conserve la généalogie des chevaux barbes avec le même soin qu’on fait en Europe celle des grandes familles. Pour vendre un cheval on produit ses titres de noblesse. Il y en a qu’on fait descendre en droite ligne de l’illustre cheval du grand Valid.

Le barbe est de tous les chevaux celui qui approche le plus du cheval d’Espagne, duquel il ne possède pas entièrement toutes les bonnes qualités ; ce qui le rend plus aisé à dresser. Il est de fort bon naturel, docile, nerveux & léger. C’est un aussi joli cheval qu’il s’en puisse voir ; mais il est un peut trop menu, & si paresseux & négligent en son marcher, qu’il broncheroit en un jeu de boule. Il trotte comme une vache, galope fort bas, & n’a en ces deux actions aucune vivacité : il est ordinairement nerveux, a bonne force, & l’haleine admirable, ce qui le rend capable de grandes corvées, & de souffrir un grand voyage ; il apprend tout ce qu’on lui veut enseigner, & est fort aisé à dresser, ayant la disposition bonne, le jugement, la conception, & la mémoire excellente ; & quand il est une fois soumis, il n’y a point de cheval qui aille mieux au manége en toutes sortes d’airs, & va très-bien sur le terrain, de quelque manière que ce soit. On dit que les barbes des montagnes sont les meilleurs, je crois que ce sont les plus larges ; mais j’aime mieux un cheval moyen, ou même moindre ; & ceux-là sont à assez bon marché en Barbarie. J’ai oui dire que ceux des environs de Marseille mêlent de leurs poulains parmi les barbes, & les vendent comme s’ils étoient venus de Barbarie.

Le barbe ,’est pas si propre à être étalon pour avoir des chevaux de manége, que pour des coureurs ; car il engendre des chevaux longs & lâches ; c’est pourquoi il ne faut point avoir de sa race pour le manégé, s’il n’est court de la tête à la croupe, fort & raccourci, & d’une grande vivacité, ce qui se trouve en fort peu de barbes. Newc.

Barbe. s. f. Nom de femme. Barbara. La Chronique orientale dit que sainte Barbe souffrit du temps de l’Evêque Héraclas, disciple d’Origène, qui gouverna l’église d’Alexandrie jusqu’en 248. Barbe s’est fait par apocope de Barbara, barbare.

En termes de Marine, on appelle sainte Barbe, Cubiculum sanctæ Barbaræ, la chambre des Canoniers qui est au bas du château de poupe, au-dessus de celle ou on met le biscuit, & au-dessous de la chambre du Capitaine ; parce que les Canoniers ont choisi saint Barbe pour Patrone. On l’appelle autrement Gardiennerie : les vaisseaux de guerre y ont deux sabords.

Barbe de bouc. Trapogon. Plante qui vient communément dans les prés : sa racine est semblable à celle de la scorsonère, mais plus mince : elle donne des feuilles longues, étroites, pliées en gouttière, & pointues par leurs bouts ; sa tige s’éleve d’un ou deux pieds de haut, garnie de feuilles alternes, & terminées par une fleur jaune, qui est composée de plusieurs demi-fleurons, renfermés dans un calice simple, découpé en plusieurs pièce. Chaque demi-fleuron porte sur un embryon qui devient, après que le demi-fleuron est flétri, une semence oblongue, étroite, cannellée, faite en forme de fuseau, & terminée par une aigrette ouvragée en manière de gafe ou de toile d’araignée. Comme cette aigrette sortant de son calice représente une brosse, on l’a apparemment comparée à la barbe d’un bouc. On mange les jeunes pousses de la barbe du bouc cuites un guise d’asperge ou de houblon, tant à la sauce blanche qu’à la vinaigrette ; & on les nomme Pentecôte, parce que c’est dans ce temps qu’on use de ces mets. Dans le nombre des espèces de barbe de bouc est comprise celle que les Italiens nomment Artisi Tragopogon porrifolim, quod artisi vulgò, & que le vulgaire appelle improprement cersisi. Ses fleurs sont pourpres, ses racines brunes extérieurement. On les mange à la auce blanche, ou mises en pâte, & frittes.

Barbe de chèvre. Barba capræ. Plante dont les racines sont assez grosses, ligneuses, moelleuses dans leur centre, fibreuses & roussâtres ; d’où partent plusieurs feuilles oblongues, pointues par leur extrémité, dentelées sur leurs bords, & rangées sur une côte branchue. Ses tiges sont hautes de quatre pieds, plates, cannellées, moelleuses, creuses, branchues, & terminées par de longues grappes de fleurs longues de plus d’un pied. Chaque fleur est à cinq petits pétales blancs ; le calice est d’une seule pièce, découpé en cinq pointes. De son milieu s’éleve le pistil qui devient un fruit composé de quelques graines longues d’une ligne & demie : chacune renferme une semence oblongue ; l’arrangement de ces fleurs lui a fait donner ce nom. Elle croît dans les Alpes.

Barbe de Jupiter. Barba Jovis. Arbor pulchrè lucens. J. B. Arbrisseau qui s’éleve à la hauteur de quatre à cinq pieds : il est branchu, & garni de feuilles petites, ovales, argentées ou soyeuses, rangées par paires sur une côte longue de deux pouces au plus. Ses fleurs naissent par bouquets à l’extrémité des branches, & même des aisselles des feuilles qui terminent les branches. Elles sont légumineuses, d’un pâle tirant sur le jaune, petites pour la grandeur de la plante. A ces fleurs succedent des gousses très-courtes, velues, composées de deux cases qui ne renferment qu’une semence oblongue. On range sous ce genre d’autres plantes différentes de celle-ci par leurs feuilles, leurs fleurs, &c. L’ébène de Candide, Ebenus Cretica, est, suivant M. Tournefort, une espèce de Barba Jovis. Le sempervivum en françois, joubarbe, est appelé de ce même nom, Jovis barba.

Barbe de moine, autrement cuscute. Cette plante pousse des filets rouges aussi déliés que les cheveux, qui s’attachent aux différentes sortes de plantes. On l’emploie dans les maux de rate & autres maladies. Voyez Cuscute.


Barbe de Renard. s. f. Tragacantha. Plante vivace dont la racine est longue, branchue, filasseuse, grosse comme le doigt, blanchâtre, & qui se plonge fort avant en terre. Elle donne plusieurs tiges ligneuses, grosses comme des tuyaux de plumes à écrire, longues d’un pied, quelquefois branchues, & toujours garnies d’un grand nombre de feuilles, petites, blanchâtres, rangées par paires sur une côte terminée par un aiguillon assez piquant, ce qui rend cette plante épineuse. Ses fleurs sont légumineuses, blanchâtres, & naissent à l’extrémité des tiges, & d’entre les aisselles des feuilles. Ses gousses sont courtes, divisées selon leur longueur en deux loges, qui renferment des semences blanchâtres, petites, & taillées en forme de rein. Cette plante vient au bord de la mer auprès de Marseille. Il en vient une autre espèce dans les Alpes ; elle se distingue de celle de Marseille par ses fleurs, qui sont purpurines, & rayées de veines plus foncées ; ses feuilles outre cela ne sont pas si blanches. M. de Tournefort en a remarqué plusieurs espèces dans le Levant. Des tiges de ce genre de plante découle une gomme qu’on nomme improprement Adragan, & qu’on doit appeler Tragacan, du nom de la plante. Cette gomme se résout dans l’eau en un mucilage épais qui sert aux Peintres dans les colles, & qui entre en médecine dans la préparation de plusieurs compositions. On recommande cette gomme pour la toux & pour les fluxions. Elle nous est apportée du Levant : la meilleure est en petits brins longs, blancs & vermiculés ; la seconde est d’an blanc gris ; la troisième est rougeâtre, ou noirâtre, & remplie d’ordures. Cette plante est nommée par quelques Botanistes Ramebouc, Epinebouc, spina hirci. Tragacantha en grec signifie la même chose.

BARBÉ, ÉE. adj. Terme de blason, qui se dit principalement du coq, comme s’il étoit barbu. Barbatus. Il portoit de gueule au coq d’argent, barbé, crêté, becqué, & membré d’or. Barbé se dit pour exprimer l’émail de la barbe du coq ou des dauphins, quand il est différent du reste de l’animal. On le dit aussi d’une comète, lorsque sa barbe est d’un autre émail. Les comètes se distinguent en chevelue, barbue & caudée ou à queue. Lorsque la barbe d’une comète est du même émail que la comète, on dit barbue. N. porte d’or à une comète barbue d’azur. Mais si la barbe étoit d’un émail différent, il faudroit dire : N. porte d’or à une comète d’azur barbée de gueules, ou d’azur ou autre couleur. On dit aussi barbelé.

BARBEAU. s. m. Poisson d’eau douce qui est de la figure des carpes, mais mollasse & peu estimé. Barbus. Quelques-uns l’appellent aussi mullus, & veulent que ce soit le mullus des Anciens. Les œufs de barbeau sont venimeux & dangereux, à ce que dit Matthiole : & en effet ils dévoient l’estomac par haut & par bas. Sa chair est blanche, molle & flegmatique, & il n’est bon que quand il est de moyen âge. On l’appeloit autrefois ; bar d’où vient que les armes de Bar se blasonnent encore par deux bars adossés, qui sont des barbeaux. Il est ainsi nommé à cause de ses barbes ou moustaches qu’il a à chacun des côtés de la gueule. A Bordeaux on l’appelle surmulet.

Barbeau, est aussi une petite fleur bleue qui croît dans les blés. On l’appelle aussi bluet. Cyanus. Voyez Bluet.

BARBÉCIAN, ANE. Nom de peuple. Je trouve dans quelques Auteurs ce nom donné aux Nègres d’Afrique ; mais il est peu en usage.

☞ BARBECINS. Peuples qui habitent un petit royaume qui porte leur nom sur la côte qui est au midi du Cap-vert, entre les rivières de Sénégal & de Gambie.

☞ BARBÉIER. Voyez Barbeyr.

BARBELÉ, ÉE. Adj. qui se dit des traits ou flèches qui ont des dents ou des pointes dans leur ferrure. Barbatus. Une flèche barbelée est plus dangereuse qu’une autre.

Barbelé, en botanique : poils chargés d’autres poils, comme une plume. Voyez Aigrette.

BARBELIOTE, BARBELIOT ou BARBELIONITE. s. m. Barbeliota. C’est le nom qu’on donne à une secte de Gnostiques dont parle Theodoret. s. Epiphane dit que c’est un des noms qu’on donnoit aux Gnostiques. Les Barbéliotes disoient qu’un des Æons qui étoit exempt de la mort, avait eu commerce avec un esprit vierge appelé Barbéloth ; que cette Barbéloth lui avoit demandé la prescience, puis l’incorruptibilité, & enfin la vie éternelle, qu’elle avoit eues successivement, à mesure qu’elle les avoit demandées : que Barbéloth étant un jour plus gaie qu’à l’ordinaire, avoit conçu, & ensuite enfanté la lumière, maquelle étant perfectionnée par l’onction de l’esprit, fut appelée Christ. Christ témoigna qu’il vouloit avoir l’intelligence (νοῦν & il l’obtins. Ensuite, l’intelligence, la raison, l’incorruptibilité & le Christ s’unirent : puis de l’union, de l’intelligence & de la raison naquît Autogène (Αυτογένης. A ces fables ils en ajoutoient cent autres aussi impies & aussi ridicules. Autogène produisit l’homme parfait, qu’ils appellent Adamas, & sa femme la connoissance parfaite, qui produisient le bois (ξύλον) qu’on appelle aussi Connoissance. Le premier Ange produisit le Saint-Esprit, qu’ils appellent Sagesse & Prunic (σοφία καὶ προυνικος). La Sagesse ayant désiré la compagnie d’un mari, elle fit un ouvrage appelé Protarchonte, (premier Prince) en qui il se trouva de l’ignorance & de l’arrogance. Protarchonte est l’auteur des créatures, & c’est de son union avec l’arrogance qu’est né le vice avec ses parties, ou ses branches. Les Barbéliotes, en expliquant leurs dogmes, emploioient des mots hébreux, afin d’étonner les simples. Pour ce qui est de leurs cérémonies, elles sont remplies de tant d’abominations, que cela passe tout ce qu’on en peut imaginer ; & elles leur ont fait donner le nom de Borborien. Voyez Théodoret.

BARBÉLITE. s. m. & f. Barbelita. On donna ce nom dans les premiers siècles de l’Eglise aux hérétiques Nicolaïtes, parce qu’ils adoroient une certaine divinité nommée Barbelo.

BARBELO. Espèce de divinité des Nicolaïtes. Barbelo. Ces hérétiques, dit Philastrius, adoroient une femme qu’ils nommoient Barbelo. S. Epiphane attribue le culte de cette divinité aux Gnostiques, qu’il appelle les successeurs des Nicolaïtes. Il l’appelle Barbelo ou Barbero, & il dit que c’est de-là qu’ils ont été appelés Barberites, & selon d’autres Barbelites. Ils disoient que cette Barbelo habitoit le huitième ciel. Elle étoit sortie du père, & étoit mère de Jaldabaoth, ou, selon d’autres, Sabaoth, qui s’étoit emparé par force du VIIe ciel, & disoit à ceux d’en-bas : Je suis le premier & le dernier, & il n’y a point d’autre Dieu que moi. Philastrius ni saint Epiphane ne disent point que Barbelo fût mère de Jaldabaoth. Philastrius dit seulement que quelques-uns des Nicolaïtes adoroient Barbelo, & d’autres Jaldabaoth. Voyez cet Auteur, C. 33. S. Epiphane, Hær. XX, c. V. S. Irénée, L. I. C. 33. S. Jean Damascene, De Heres. c. 26.

Fabricius, après Crojus, tire ce nom de בר fils, & בעלה Dame, comme qui diroit le fils de la Dame. Ainsi il semble faire un homme de Barbelo, plutôt qu’une femme ; mais, comme on l’a dit, ce mot est constamment féminin dans S. Epiphane. Voyez les Notes de Fabricius sur Philastrius, pag. 71.

BARBELOTE. s. f. Vieux mot qui signifie une grenouille, ou une sorte d’insecte qui se trouve dans les fontaines.

Par lieux y eut claires fontaines
Sans barbelotes & sans raines. Rom de la Rose

BARBELOTH. Voyez Barbelo, & Barbéliote. La Barbeloth de quelques Gnostiques étoit apparemment la même que la Barbelodes Nicolaïtes.

☞ BARBENTANE. Bourg de France, dans la Provence, à l’embouchure de la Durance, dans le Rhône. C’est peut-être, dit Baudrand, le lieu appel& anciennement Beluntio.

☞ BARBERANO. Petite ville d’Italie, dans l’Etat de l’Eglise, dans la province du Patrimoine, sur le torrent de Bieda.

BARBERIE. s. f. Mot, qui signifie dans les statuts des Maîtres Chirurgiens jurés de Paris, & dans ceux des Maîtres Perruquiers, l’art de raser & de faire les cheveux. Il y a des Communautés d’hommes où ce mot signifie le lieu où l’on rase.

BARBERINE. s. f. Qui se dit à Rome des Religieuses de sainte Thérèse, fondées apparemment par le Cardinal Barberin. Barberiana.

☞ BARBERINO. Petite ville d’Italie, en Toscane, dans le Florentin, à seize milles de Florence.

☞ Il y a encore une autre petite ville de ce nom, dans le Florentin, au pied du Mont Apennin.

☞ BARBERINS. Quelques-uns nomment ainsi le peuple qui habite le royaume de Fungi. Voyez Fungi.

☞ BARBERY, Abbaye de France, dans la Basse-Normandie, Diocèse de Bayeux, Ordre de Cîteaux, Fille de Savigni.

BARBEROT. s. m. Mot burlesque & satirique pour signifier un méchant petit Barbier, qui ne fait pas son métier. Tonsor rudis & imperitus.

BARBET, ETTE, s. m. & f. Chien à gros poil & frisé qui va à l’eau, & qu’on dresse à la chasse des canards. Longioris atque crispi villi canis, cirratus canis. On tond les barbets. Beau barbet. Jolie barbette.

Dans le discours familier, en parlant d’un homme soupçonné de rapporter tout ce qu’in fait, tout ce qu’on dit, on dit que c’est un barbet. Ac. Fr. ☞ On dit aussi d’un homme crotté, qu’il est crotté comme un barbet, & de celui qui suit quelqu’un par-tout, qu’il le suit comme un barbet.

Barbet. Les hérétiques Vaudois, ainsi appelés de Valdo leur chef, qui commença son hérésie dans Lyon l’an 1170, ont pris dans la suite le nom de barbets, du nom de Barbes, qu’ils avoient donné à leurs Ministres, par un respect semblable à celui que nous portons aux Religieux, lorsque nous les appelons pères. P. Benoît.

Barbet, poisson. Voyez Barbeau.

BARBETTE. s. f. Sorte de guimpe dont les Religieuses se couvrent le sein. Fascia pectoralis, mamillare linteum.

Barbette. s. f. C’est ainsi que les Dames Chanoinesses de Remiremont appellent un petit morceau de quintin qu’elles mettent devant elles le jour de leur apprébandement. Cette barbette leur est donnée le jour de leur réception comme un reste de leur ancien habit, & une marque qu’elles ont été autrefois Religieuses, puisque ce morceau de linge est une espèce de guimpe. Et tous les Dimanches il y a une des ces Dames qui communiant pour les besoins spirituels & temporels de leur Abbaye, est obligée de porter cette barbette. On appelle cette cérémonie le Beau-Sire-Dieu, & toutes les autres Dames vont faire à celle qui a cette barbette, une civilité à sa place, pendant la lecture du Martyrologe. P. Hélyot. T. VI. C. LI.

BARBETTE. Terme de Fortification. C’est une espèce de plate-forme ou petite élévation de terre sans épaulement, qu’on pratique ordinairement dans les angles d’un bastion, pour placer du canon qui tire par-dessus le parapet. La barbette a quelque rapport au cavalier. On dit : mettre le canon à barbette, tirer le canon à barbette, quand on tire le canon à découvert, & sans épaulemens de terre pour se cacher. On ne tire guère que la nuit à barbette, ou dans un jour de bataille.

On dit proverbialement coucher à barbette, c’est-à-dire, sans bois de lit, matelas par terre.

BARBEYER. v. n. Terme de Marine, qui se dit lorsque le vent, au lieu de donner dans la voile, & de la remplir, ne fait que la raser en passant à côté : ce qui arrive, lorsqu’elle est presque parallèle au vent. Perstringere. Cela s’appelle autrement Friser, barboter.

BARBEZIEUX. Ville de France, en Saintonge, à neuf lieues de Saintes. Barbezillum.

BARBICHON. s. m. Diminutif de barbet. Petit barbet. voilà un beau barbichon.

BARBIER. s. m. Celui qui fait la barbe. Tonsor. Il y a des Barbiers Etuvistes, d’autres Perruquiers. Eutrapel, Barbier dans Martial, étoit si lent, que durant qu’il faisoit la barbe d’un côté, elle revenoit de l’autre.

Les Romains se passèrent se Barbiers pendant 454 ans. Ce fut Ticinius Ménas, au rapport de Varron, qui en amena le premier dans la ville, à son retour de Sicile. Julien l’Apostat chassa les Barbiers de sa cour.

Les Barbiers n’exerçoient point leur métier dans des boutiques, mais au coin des rues, & par-tout indifféremment où ils se trouvoient.

Les Barbiers furent érigés en corps en 1674 & payèrent pour cela chacun 1500 livres au Roi. Voyez dans les Recherches de Pasquier, Liv. IX, ch. 32 plusieurs choses curieuses sur les Chirurgiens Barbiers.

Aux Indes les Barbiers vont par les rues avec un instrument de cordes nouées, qui s’entrechoquant font du bruit, pour avertir ceux qui veulent se faire raser. Lettr. Ed.

On dit proverbialement, glorieux comme un Barbier. On dit aussi, qu’un Barbier rase l’autre ; pour dire, que chacun dans sa profession se rend des offices réciproques.

On trouve dans les siècles de la basse latinité barberius, pour signifier Chirurgien, parce que ces deux professions n’étoient point distinguées. Voyez les Acta Sanct. Febr. T. II, p. 634. E. 6. 35. Jun. Tom. II, p. 386. A. On trouve aussi barbarius, Ib, p. 382. E, & il se dit non-seulement de celui qui fait la barbe, mais d’un Chirurgien, ou, comme parlent les Bollandistes en cet endroit, d’un Médecin qui fait des cures en travaillant de la main. Barbier s4est aussi appelé dans la basse latinité barbator.

Barbier. s. m. Poisson de mer du genre appelé anthia. Voyez ce mot.

BARBIFIER. v. a. Qui ne se dit que dans le style familier. Raser, faire la barbe. Radere, tondere barbam. Ma barbe est bien longue, barbifiez-moi.

Ce mot est forgé de barba, barbe, & facere, facio, fieri, fio. Faire, être fait.

☞ BARBILLE. s. f. (à la Monnoie). Petits filamens ou pointes qui sont aux flans ; & que l’on emporte en les agitant les uns contre les autres dans un crible de fer.

BARBILLON. s. m. Petit poisson d’eau douce : diminutif de barbeau. Voyez Barbeau.

Barbillon, est aussi ce qui pend en forme de moustache, ou de barbe, au bout & aux côtés de la gueule du barbeau, ou de quelqu’autre poisson. Barbula.

Barbillon, est aussi une maladie de cheval, & est la même chose que barbes. Voyez Barbes.

Barbillon, en Fauconnerie, est aussi une maladie de la langue de l’oiseau, qui vient de rhume chaud qui tombe sur des glandes qu’il fait enfler. Les barbillons sont une espèce de pepie.

BARBINADE. s. f. J’appelle des barbinades ces nombreux colifichets de petits livres qui ne servent qu’à faire perdre inutilement du temps, & après la lecture desquels on se trouve l’esprit aussi peu rempli que si on n’avoit rien lu, & qui n’ont pas laissé d’enrichir Parbin. La fille d’Elvire veut parler les Auteurs, & décider de leur mérite, elle qui ne pourroit pas faire la différence des ouvrages de Despreaux ou de l’Auteur des Pasquinades, d’avec les Barbinades, ou le Mercure galant. Le Noble.

☞ BARBITON. Instrument des Anciens, dont Horace attribue l’invention à Alcée. On ne sait point ce que c’étoit. Harpe, Lyre, Luth, grand instrument de musique à cordes.

☞ BARBON. s. m. Terme de mépris dont se servent les jeunes gens pour désigner un vieillard. N’écoutez pas ce vieux barbon. Les femmes ne veulent point d’un barbon. Moquez-vous des sermons d’un vieux barbon de père. Mol.

☞ On applique aussi ce terme à un jeune homme qui est trop sérieux pour son âge. Il n’a que vingt-cinq ans ; il fait déjà le barbon. Tout cela n’est bon que dans le style familier.

BARBONNAGE. s. m. Qualité de barbob? Pour l’humeur, je suis plus loin du barbonnage que vous. Bussy.

BARBONNE. s. f. C’est un poisson de mer, qui est à peu près comme la perche, qui en a le goût, & qui s’apprête de la même manière. On nous donna à bon marché les plus belles barbonnes que j’aie jamais vues. Corneil Bruyn.

☞ BARBORA. Petite ville d’Afrique, en Ethiopie, sur la côte d’Ajan, sur le golfe de Babel-Mandel, au royaume d’Adel.

☞ Vis-à-vis de cette ville il y a une île du même nom, dont les habitans sont Nègres.

☞ BARBOT. s. m. C’est ainsi qu’on appelle sur les galères celui qui fait le poil aux forçats.

BARBOTE. s. f. Poisson de lac & de rivière, qui a le bec & la queue pointus, avec un barbillon qui pend de la mâchoire inférieure. Auprès du trou, par où sortent les excrémens, la barbote, a une aile qui continue jusqu’à la queue.

BARBOTER. v. n. Qui se dit des cannes & des canards, & autres oiseaux aquatiques, lorsqu’ils boivent, ou fouillent dans la bourbe, & qui font un certain bruit en remuant le bec. Cœnum agitare. Les canards barbotent dans les mares.

Barboter, se dit aussi d’un homme qu’on plonge dans l’eau, & qu’on fait boire malgré lui. In aquam mergi. Je l’ai fait barboter dans le ruisseau.

Barboter. Se plonger dans l’eau, y faire du bruit.

Petits Abbés, qu’une verve insipide
Fait barboter dans l’Onde aganippide. R.

Barboter, se dit encore de ceux qui parlent entre leurs dents, & qui font un certain bruit pareil à celui des canards, sans qu’on puisse entendre ce qu’ils disent. Mussare, mussitare. Mais cela n’est bon que dans le style bas & comique. Il barbote je ne sais quoi entre ses dents. Mol. Barbotons les paroles que la magie enseigne. S. Amant.

BARBOTEUR. s. m. Nom qu’on donne à un Canard privé, nourri près d’un moulin, ou dans une basse-cour, qui est peu estimé en comparaison des canards sauvages. Anas domesticus.

BARBOTINE. s. f. Semence qu’on réduit en poudre, & qu’on donne aux enfans pour tuer les vers qu’ils ont dans le corps : elle est petite, de couleur brune ou jaune, de figure oblongue, d’un goût amer & d’une odeur forte. On en convient pas quelles est la plante qui la produit. Les uns veulent que ce soit l’espèce d’absinthe qu’on appelle santonicum, ou marinum absynthium, les autres la tanesie, ou tanacetum. Mais il y a plus d’apparence que c’est une espèce d’Aurone, ou Abrotanum. Quelques-uns l’appellent Semen sanctum, ou Semen contra vermes, Semen santonicum, sementina. A Paris on dit de la poudre aux vers. M. Lippi, Médecin de Paris, qui fut tué avec M. le Comte du Roule Ambassadeur du Roi en Ethiopie, avoit observé auprès du Caire une espèce d’absinthe qui avoit tout-à-fait l’odeur de la barbotine. M. de Tournefort en a trouvé une autre espèce en Espagne qui en approchoit par son odeur.

Les Botanistes ont été fort en dispute au sujet de la plante qui donne cette semence. J. Bauhin a donné une grande dissertation sur cette matière. Ce qu’il y a de certain, c’est que nous ne connoissons pas cette plante. Rauwolfe nous parle d’une espèce d’absinthe qui a plus de rapport avec la véritable plante de la barbotine qu’aucune autre ; car la figure de Mathiole ne paroit pas exacte. Rauwolfe l’a observée aux environs de Bethléem. Ses feuilles sont découpées ; menues, cendrées ; ses tiges sont fort branchues à leurs extrémités, & portent beaucoup de semences âcres, salées, amères, & qui sentent si mauvais, qu’elles font naître des envies de vomir. Les Arabes appellent cette plante Schela, & sa semence qui est menue Zina. Elle est souveraine pour tuer les vers. Les Marchands des caravanes l’achètent pour la vendre sous le nom de graine pour les vers. On doit choisir la barbotine nouvelle, verdâtre, d’un goût âcre, amer & aromatique, cependant désagréable. On la fait prendre en dragées, ou en opiats, pour tuer les vers.

On dit proverbialement d’un homme qui fait des vers à l’impromptu, il a pris de la barbotine.

Les Apothicaires & les Droguistes donnent encore d’autres noms à cette plante. Ils l’appellent Santoline, ou Xentoline, Semencine. Voici ce qu’en dit M. Tavernier, dans le second tome de ses voyages. On ne peut recueillir la semencine, ou poudre à vers, comme on fait les autres graines : c’est une herbe qui croît dans les prés, & qu’il faut laisser mûrir, & le mal est que lorsqu’elle approche de la maturité, le vent en fait tomber une grande partie entre les herbes, où elle se perd, & c’est ce qui la rend chère. Comme on n’ose la toucher de la main, parce qu’elle seroit plutôt gâtée, & que même, quand on lait la montre, on la prend dans une écuelle, lorsqu’on en veut recueillir ce qui est demeuré de reste dans l’épi, voici de quelle adresse on se sert : ils ont deux paniers à anses, & en marchant dans ces prés, ils font aller ces paniers l’un de la droite à la gauche, & l’autre de la gauche à la droite, comme s’ils fauchoient l’herbe, laquelle toutefois ils ne prennent que par le haut ; c’est-à-dire, par l’épi, & toute la graine tombe ainsi dans ces paniers. Barbotine est le nom de la graine dont nous parlons ; Sémencine est le nom de la plante qui porte la barbotine : ces deux noms se confondent quelquefois dans l’usage. On couvre la barbotine de sucre, & on en fait des dragées à cause de son amertume.

BARBOUILLAGE. s. m. Action de barbouiller, d’enduire d’une couleur. Tinctura. Le barbouillage de ce tripot a tant coûté.

Barbouillage, se dit aussi par mépris d’une méchante peinture. Pictura rudior. Il se dit aussi d’un récit mal fait, embrouillé. On ne comprend rien à ce barbouillage.

Barbouillage, se dit encore d’une mauvaise écriture, dont les lettres sont mal formées, & qu’on ne sauroit presque lire, ce qu’on appelle aussi griffonage. Votre exemple est très-mal fait, ce n’est qu’un barbouillage.

BARBOUILLER. v. a. Peindre grossièrement avec une brosse, enduire d’une couleur. Colorem inducere. L’ocre sert à barbouiller les planchers : le noir à noircir, à barbouiller les jeux de paume. Barbouiller une porte, une fenêtre.

Barbouiller, se dit aussi pour ébaucher. Rudiori penicillo pingere. Ce dessein n’est encore que barbouillé.

☞ En peinture, barbouiller se prend toujours en mauvaise part, à moins qu’on ne parle de celui dont le métier est de barbouiller la portes, les treillages ; & Ménage dérive ce mot de barbulare, qu’on a fait de barbula, diminutif de barba, d’où on a fait aussi barbuleius, qui signifie un bouffon enfariné. Guichard le tire de חבר, conjunxit, d’où se fait חבורה, plaga, vibex, livor, tumor : & de là חברבורה, abarboura, macula livoris, macula livens, une tache livide ; d’abarboura s’est formé en françois, selon lui, barbouiler. Cela est tiré de bien loin.

Barbouiller, signifîe aussi, salir, gâter quelque partie d’une chose. Maculare, inquinare. Les masques, les bouffons se barbouillent le visage. li a les mains barbouillées.

Thespis fut le premier qui barbouillé de lie
Et d’Acteurs mal ornés chargeant un tombereau
Amusa les passans d’un spectacle nouveau. Boil.

Barbouiller du papier, dans le sens propre, c’est former mal ses caractères, en sorte que l’écriture soit difficile à lire. En fait d’ouvrages d’esprit, au figuré, c’est faire une mauvaise composition. Inconditè, inconcinnè scribere. Cet Auteur a bien barbouillé du papier en sa vie.

☞ On dit encore figurément, barbouiller un récit, une histoire ; pour dire, l’embrouiller.

☞ Se barbouiller dans le monde, gâter sa réputation. Obscurare famam.

On dit se barbouiller l’esprit de grec, de latin, pour signifier un amas confus de grec & de latin. Indigestam græci latinique sermonis comparare farraginem.

On dit aussi qu’un Orateur, un Avocat se barbouille, lorsque la mémoire lui manque & que son discours n’est que galimatias. Cespitare, alienum à re proposita dicere. On dit la même chose d un homme qui s’enivre, lorsqu’il ne sait plus ce quil dit. Dans tous ces sens il est du style familier & populaire.

Barbouiller, est aussi un terme d’Imprimeur, qui signifie être trop noir aux marges & au fond. Atramento inficere. Cette feuille barbouille. Cet ouvrier barbouille.

Barbouillé, ée, part. Il a les significations de son verbe en françois & en latin.

On dit proverbialement & populairement, se moquer de la barbouillée ; pour dire, faire des propositions extravagantes & ridicules. Il se dit aussi de ceux qui ayant bien fait leurs affaires, se moquent de tout ce qui peut arriver, & de ce que l’on peut dire & faire.

BARBOUILLEUR, EUSE. s. m. & f. Qui peint grossièrement avec la brsse, qui enduit d’une couleur une muraille, un plancher. Infector. On l’appelle par raillerie un Enlumineur de jeu de paume.

On dit figurément des mauvais Peintres, & des mauvais Auteurs, qui gâtent de la toile, ou du papier, que ce sont des barbouilleurs. Va, va, petit grimaut, barbouilleur de papier. Mol.

BARBU, UE, adj. Qui a de la barbe, Barbatus. Cette femme est barbue comme un homme.

Vénus étoit surnommée barbue, barbata. On la représentoit quelquefois avec de la barbe, parce qu’on lui donnoit les deux sexes.

BARBU. Barbatus. est aussi un Frère Convers de l’Ordre de Grammont. Les Barbus, dans l’Ordre de Grammont, avoient le maniement & l’administration du temporel. Ils voulurent aussi usurper le gouvernement de l’Ordre, & réduire les Prêtres sous leur obéissance ; mais ils perdirent leur cause. Voyez Mézerai dans Philippe Auguste. On a aussi appelé Barbus les Frères Convers dans l’ordre de Cîtaux, ainsi qu’il paroît par l’histoire de cet Ordre ; & dans d’autres encore, comme on le peut voir dans la vie de sainte Erminolde. On appeloit aussi Frères Barbus dans la Congrégation d’Hirsauge, en Allemagne, les Frères Convers qui étoient destinés pour le travail, & pourvoyoient aux besoins de ceux qui ne s’occupoient qu’à la comtemplation. Il y avoit parmi eux d’habiles ouvriers en toutes sortes d’arts & de profession. S. Guillaume fut le premier qui établit ces sortes de Convers en Allemagne. P. Hélyot, T.V.C. 32. On trouve même un Ordre entier appelé les Frères Barbus, ou l’Ordre des Frères Barbus, dans Alberic, à l’an 1113, & 1240.

☞ BARBUE (Comète) terme d’astronomie. On dit qu’une comète est barbue, barbatus, lorsqu’elle est précédée d’une espèce de chevelure lumineuse & rayonnante. Voyez Comète.


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